La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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LUCIE DE FATIMA
messagère du Cœur Immaculé de Marie

Soeur Lucie et le Coeur Immaculé de Marie

S OEUR Lucie est partie au Ciel, le dimanche 13 février 2005, paisiblement parce qu’elle avait transmis tout son message à l’Église. Rappelons maintenant quelle était sa mission et d’abord quand cette mission lui a été révélée, puis comment Lucie a été providentiellement formée pour y répondre, ensuite, nous constaterons que le message a été connu à partir de 1935, mais qu’il a été constamment barré par une suite de répliques du diable. Enfin, nous verrons que dans ses persécutions, sœur Lucie a renouvelé héroïquement son témoignage.

LA MISSION DE SŒUR LUCIE

Dès la première apparition, le 13 mai 1917, Notre-Dame avait promis à Lucie, François et Jacinthe qu’ils iraient au Ciel. Le sachant, ils voulaient y aller sans tarder. À l’apparition suivante, le 13 juin, Lucie le réclama à Notre-Dame  :

«  Je voudrais vous demander de nous emmener au Ciel.

– Oui, Jacinthe et François, Je les emmènerai bientôt. Mais toi, Lucie, tu resteras ici pendant un certain temps. Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par Moi pour orner son trône.  »

Lucie fut saisie d’apprendre qu’elle allait rester sur terre un certain temps et y rester seule, sans ses chers compagnons.

«  Je vais rester ici toute seule  ? demanda-t-elle avec peine.

– Non ma fille. Tu souffres beaucoup  ? Ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais  ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  »

Merveilleuse promesse qui s’est accomplie comme nous le verrons.

«  Ce fut au moment où Elle prononça ces dernières paroles que Notre-Dame ouvrit les mains et nous communiqua, pour la deuxième fois, le reflet de cette lumière immense. En Elle, nous nous vîmes comme submergés en Dieu. Jacinthe et François semblaient se trouver dans la partie de cette lumière qui s’élevait vers le Ciel, et moi dans celle qui se répandait sur la terre.  »

En expliquant cette vision à son cousin et à sa cousine, Lucie formule sur son propre compte une prophétie qui s’est réalisée à la lettre  :

Lucie de Fatima en 1917

Lucie, en 1917.

«  C’est que vous, leur dit-elle, vous irez bientôt au Ciel et, moi, je resterai avec le Cœur Immaculé quelque temps sur la terre.

– Combien d’années resteras-tu ici  ?

– Je ne sais pas, beaucoup d’années.

– C’est Notre-Dame qui l’a dit  ?

– Oui, c’est Elle, et je l’ai vu dans cette lumière qu’Elle nous mettait dans la poitrine.  »

Assurément, sœur Lucie allait encore rester sur cette terre beaucoup d’années, plus de quatre-vingt-sept ans  !

Lors de cette même apparition, Notre-Dame demanda aux voyants  :

«  Je veux que vous appreniez à lire. Ensuite, je vous dirai ce que je veux.  »

Notre-Dame avait son plan. Pour que Lucie puisse accomplir sa mission, il fallait qu’elle sache lire et écrire.

Quelques mois plus tard, le chanoine Formigao, cet enquêteur si consciencieux, interrogea Lucie pour savoir si elle accomplissait l’ordre que Notre-Dame lui avait donné. La voyante se tut. Elle s’en explique dans ses Mémoires  : «  Je gardai le silence afin de ne pas accuser ma mère qui ne m’avait pas encore donné la permission d’aller à l’école. On disait à la maison que c’était par vanité que je voulais apprendre à lire. Jusqu’alors, presque aucune petite fille n’apprenait à lire, l’école était seulement pour les garçons.  » Mais Notre-Dame n’était pas pressée. Elle voyait loin  : «  Je te demande… d’apprendre à lire pour te dire ce que je veux.  »

Notre-Dame allait dire à Lucie ce qu’elle voulait huit ans plus tard, en 1925-1926 à Pontevedra, elle voulait l’approbation de la dévotion réparatrice des premiers samedis, puis, en 1929, à Tuy, elle demanda la consécration de la Russie par les évêques unis au Pape.

Lucie de Fatima novice à 21 ans

Sœur Lucie novice, à 21 ans.

Entre temps, de 1917 à 1925, l’évêque de Fatima et son conseiller, le chanoine Formigao, allaient agir très sagement pour instruire la voyante. Ils voyaient que la pauvre Lucie se trouvait mêlée au pèlerinage de Fatima alors en plein essor, qu’elle était très souvent adulée et flattée. Bref, sa situation était très périlleuse pour son âme. Si bien qu’ils décidèrent de l’éloigner de Fatima.

Mgr da Silva la fit placer dans un collège dirigé par les sœurs Dorothées à Vilar, près de Porto. Il lui imposa des conditions très dures pour assurer sa vertu et empêcher toute dérive semblable à celle que Mélanie de la Salette avait connue, soixante ans auparavant. Sœur Lucie y demeurait incognito, sous le nom de Maria das Dores, et elle s’engageait à n’y parler jamais des événements de Fatima. Par sa vertu, elle força peu à peu l’estime des sœurs Dorothées. Mère Magalhaes écrivait à Mgr da Silva  : «  Malgré le peu ou l’absence de crédit que je faisais aux apparitions, je remarquai toutefois qu’elle n’était pas une enfant ordinaire. De nombreuses fois, les sœurs venaient me dire que Lucie avait quelque chose d’extraordinaire avec Notre-Dame car lorsqu’elle parlait d’Elle, elle était toujours différente des autres personnes et l’on voyait bien qu’elle avait un amour extraordinaire pour la très Sainte Vierge. Quant à l’obéissance, elle se distinguait toujours parce qu’elle faisait tout très bien, sans rechigner, et toujours de bon cœur. (…) Elle a le don de se charger du pire et de ce qui coûte le plus.  »

LE FERME TÉMOIGNAGE DE LUCIE

Ainsi, en 1925, Lucie se trouvait prête à accomplir sa mission. Ce fut l’époque des grandes révélations de Pontevedra et de Tuy, précisant les clauses de la nouvelle alliance en Marie. On peut dire que, pendant au moins vingt ans, jusqu’en 1945, le Ciel va être constamment en relation avec la terre, par l’intermédiaire de Lucie. Hélas  ! La voyante se heurtera à l’indifférence, pour ne pas dire l’hostilité du Pape et même, dans un premier temps, à la réserve de son évêque, Mgr da Silva, qui négligeait ses requêtes.

Soeur Lucie dans la chapelle du couvent des Dorothées de Tuy

La voyante dans la chapelle du couvent des Dorothées de Tuy.

«  Quant à la réponse de Mgr l’évêque, confie Lucie, elle m’a été un coup bien pénible. Patience  ! J’ai de la peine que cela reste ainsi, car je crois que le bon Dieu en sera attristé. Mais je ne puis rien faire d’autre que prier et me sacrifier par amour.  »

Toutefois, en 1925, Mgr da Silva lui demanda providentiellement de rédiger une biographie de Jacinthe. Ce fut son premier Mémoire où elle révéla l’extraordinaire amour de Jacinthe pour le Cœur Immaculé de Marie. Le portrait de Jacinthe est retracé avec une telle précision des souvenirs qu’on la voit comme vivre sous nos yeux.

Il est sûr qu’en écrivant ce Mémoire, sœur Lucie a accompli sa mission spécifique de faire connaître et aimer l’Immaculée.

Cette biographie de Jacinthe a eu un retentissement considérable, au début des années 40, au Portugal, puis à l’étranger. Le cardinal Cerejeira, Patriarche de Lisbonne, manifesta un merveilleux enthousiasme  : «  Ce livre délicieux nous raconte le miracle intérieur réalisé dans les âmes des heureux enfants auxquels il a été donné de voir la Mère du bel amour. Pour moi, j’avoue que ce miracle me paraît encore plus admirable que celui de la naissance et des fruits du pèlerinage  ; il est certainement plus ravissant. On y trouve en même temps la fraîcheur de la simplicité virginale et les sommets de la sainteté héroïque. Ce livre nous introduit dans le cœur de Fatima.  »

Nous croyons que les apparitions de Fatima ouvrent une ère nouvelle, celle du Cœur Immaculé de Marie. Toutefois, il en coûtait à sœur Lucie d’écrire ses Mémoires, de divulguer ses secrets, même par obéissance. Tout vrai mystique a de la répugnance à dévoiler ses révélations. On le constate, chez sainte Marguerite-Marie, dès la première page de “ Sa vie par elle-même. ” Mais écoutez plutôt sœur Lucie  : «  Je viens malgré ma répugnance de ne pouvoir dire le peu de chose que je sais sur la vie de Jacinthe sans parler directement ou indirectement de ma misérable personne. Chaque fois que pour un motif quelconque je devais parler des apparitions, je cherchais à le faire avec le moins de paroles possible, voulant garder pour moi seule les choses les plus intimes qu’il me coûtait tant de dévoiler.  »

Providentiellement, le chanoine Galamba, voulant tout savoir, obtint que l’évêque de Fatima demande à la voyante de tout dévoiler. Si elle a pu dévoiler avec une extrême précision les paroles prophétiques du Secret, c’est parce qu’elle avait appris, comme le lui avait demandé la Sainte Vierge, à lire et à écrire.

Le Père Jongen interrogeait Lucie  : «  Avez-vous voulu vous borner, en révélant le Secret, à rendre la signification de ce que la Sainte Vierge vous a dit, ou avez-vous cité ses paroles littéralement  ?

– Quand je parle des apparitions, je me borne à la signification des mots. Quand j’écris, je tâche au contraire de citer littéralement. J’ai donc voulu écrire le Secret mot pour mot.

– Êtes-vous certaine d’avoir tout retenu  ?

– Je le pense.  »

Sœur Lucie a été privilégiée jusqu’à la fin de sa vie d’une mémoire naturelle extraordinaire, prodigieuse. Mais il y a surtout une raison surnaturelle qui explique qu’elle ait gardé des souvenirs si précis de ses révélations. «  Il me semble, indique-t-elle, qu’il y a entre les choses naturelles et les choses surnaturelles cette différence  : quand nous parlons avec une simple créature, nous oublions peu à peu ce qui a été dit, alors que les choses surnaturelles, à mesure que nous les voyons et les entendons, se gravent si intimement dans notre âme qu’il est presque impossible de les oublier.  »

Enfin, le 3 janvier 1944, à la demande de son évêque et après une confirmation de son ordre par la Vierge Marie elle-même, elle rédigea la troisième partie du Secret. Ensuite, elle ne s’est jamais cru habilitée à en dévoiler elle-même le contenu au monde. L’ayant confié à l’Église, en la personne de son évêque, c’était à l’Église hiérarchique de le publier. De plus, comme nous allons le voir, elle se trouva bientôt persécutée et contrainte par des ordres de ses supérieurs, au plus rigoureux des silences. On avait cru que sœur Lucie avait fait des confidences à l’une de ses nièces, lui disant à propos du troisième Secret  : «  C’est dans l’Évangile et dans l’Apocalypse, aux chapitres VIII à XIII.  » Cette nièce affabulait. On s’en est aperçu à la fin des années 80. Ainsi le troisième Secret est véritablement demeuré un Secret dans l’Église jusqu’à sa publication officielle, le 26 juin 2000. Mais le silence de Lucie témoigne de sa vertu. Un silence absolu, durant quatre-vingt ans, sur un Secret si convoité est comparable à celui de sainte Bernadette sur ses apparitions, parmi les novices du couvent Saint-Gildard, à Nevers, silence que Mgr Forcade qualifiait de “ véritablement héroïque ”. Il rappelle aussi celui de sainte Catherine Labouré qui, après avoir communiqué ses révélations à Monsieur Aladel, son confesseur, les garda secrètes pendant quarante-six ans.

Sœur Lucie ne dévoilait pas le Secret mais elle demeurait profondément marquée par l’appel de l’Ange à la pénitence  : «  Je crois, écrivait-elle en 1941, que Dieu a seulement voulu se servir de moi pour rappeler au monde la nécessité qu’il y a d’éviter le péché, de réparer les offenses envers Dieu par la prière et la pénitence.  »

On trouve de nombreuses réminiscences du Secret dans sa correspondance. Au Père Pasquale, elle écrivait le 1er novembre 1943  : «  Aveuglée par la passion, l’humanité ne veut pas entendre la voix de Dieu qui lui crie à l’oreille de tant de manières et par tant de moyens. Je dis qu’elle crie. Pourtant, la Sainte Écriture et l’Imitation de Jésus-Christ disent que Dieu parle dans le secret et la solitude. Aujourd’hui, il me semble que le Seigneur crie, mais que, même quand il crie, il n’est pas entendu. N’entendez-vous pas le cri de Dieu qui appelle l’humanité à la pénitence volontaire en s’abstenant de pécher, au repentir et à la prière pour obtenir miséricorde  ?  »

Sœur Lucie à Fatima, en mai 1946.

Sœur Lucie à Fatima,
en mai 1946.

En 1944, sœur Lucie avait donc écrit les trois parties du Secret et remit ses textes à l’Église. Elle avait accompli sa mission dont on pouvait espérer qu’elle serait bientôt couronnée de succès. Les biographies des voyants inspirées des Mémoires de sœur Lucie connaissaient une diffusion prodigieuse. Le livre tellement édifiant du chanoine Barthas, Il était trois petits enfants, publié en 1960, fut diffusé en français à plus de 500 000 exemplaires et il sera traduit en une vingtaine de langues. Les éditions de l’ouvrage du Père Jongen, en néerlandais, Fatima missionnaire de Dieu, atteindront en deux ans, de 1944 à 1946, les cent mille exemplaires.

Pie XII est informé des demandes de Fatima par une lettre de sœur Lucie. Lorsque l’évêque de Gurza, directeur de sœur Lucie lui communiquera quelques informations sur une consécration au Cœur Immaculé de Marie d’une paroisse ou d’une communauté, la voyante lui répondra  :

«  Je désire très ardemment l’instauration pour l’Église universelle d’un office en l’honneur du Cœur Immaculé de Marie. Lorsque j’ai exposé cette demande dans ma lettre au Saint-Père, je l’ai présentée comme un simple désir de mon pauvre cœur, et c’est ainsi que je le sentais  ; mais à la vérité, ce désir n’est pas seulement le mien  ; quelqu’un l’a déposé en moi. Il provient des très Saints Cœurs de Jésus et de Marie. Ils aiment et désirent ce culte parce qu’ils s’en servent pour attirer les âmes à eux, et c’est là tous leurs désirs  : Sauver les âmes, beaucoup d’âmes, toutes les âmes. Notre-Seigneur me disait, il y a quelques jours  : “ Je désire très ardemment la propagation du culte et de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, parce que ce Cœur est l’aimant qui attire les âmes à moi, le foyer qui irradie sur la terre les rayons de ma lumière et de mon amour, la source intarissable qui fait jaillir sur la terre l’eau vive de ma miséricorde.  ”  »

Le 4 mai 1944, Pie XII instaurait la fête du Cœur Immaculé de Marie exauçant ainsi partiellement la requête que sœur Lucie avait si souvent exprimée. La voyante exultait. Elle écrivit au Père Aparitio  : «  Je me réjouis des progrès que la dévotion au Cœur Immaculé de Marie est en train de faire de toutes parts. Dans les temps actuels, c’est cette dévotion qui nous sauvera.  »

Tandis que Fatima connaissait un rayonnement mondial, Pie XII paraissait favorable à la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Sœur Lucie espérait pouvoir le rencontrer. Elle écrivit à l’évêque de Gurza, qui était un ami de Pie XII et qui s’apprêtait à partir pour Rome  : «  Si le Saint-Père vous interroge sur moi et sur ce que je voudrai lui dire, vous pouvez lui répondre qu’il me plairait de parler à Sa Sainteté à propos de la consécration de la Russie.  » Sœur Lucie avait l’intime conviction que si elle parlait directement et personnellement à Pie XII, elle réussirait à le persuader d’accomplir la consécration de la Russie. Hélas, son voyage fut ajourné.

LA PATIENCE DE SŒUR LUCIE

À partir de cette année 1944, on repère très nettement une série de répliques du diable. Sœur Lucie va se trouver calomniée, contredite, barrée. C’est “ la lutte diabolique contre le message ” pour reprendre une expression de sœur Lucie elle-même qui, dans ces circonstances, va manifester des vertus héroïques. Le Père Édouard Dhanis, jésuite belge, publie ses premiers articles. Il accuse la messagère du Ciel d’avoir une “ propension à l’affabulation inconsciente. ” Il contestait ainsi tous les grands thèmes du Secret  : la vision de l’enfer, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, le rôle de la Russie. Les théories de Dhanis servirent de couverture à tous les adversaires de Fatima, particulièrement aux démocrates chrétiens. Dans la résistance, ils s’étaient alliés aux communistes et ne pouvaient donc supporter le grand Secret de Fatima qui dénonçait clairement la Russie bolchevique. Si bien qu’ils se rangèrent derrière Dhanis, au point d’impressionner Pie XII lui-même.

Toutefois, le diable porte pierre car les critiques de Dhanis vont pousser les dévots de Fatima à enquêter d’une manière très approfondie sur les apparitions. Des historiens, des religieux, comme le Père Jongen, vont interroger Lucie et recueillir ses réponses, des réponses dignes de sainte Jeanne d’Arc et de sainte Bernadette  ! Ainsi à propos des révélations de Pontevedra et de la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois  :

«  On a objecté, lui disait le Père Jongen, que Notre-Seigneur a demandé à peu près dans les mêmes termes la dévotion du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie Alacoque. On dirait une réminiscence de Paray-le-Monial.  »

Sœur Lucie rit, et son rire traduit l’innocence et la candeur d’une enfant  : «  Puis-je donc prescrire à la Sainte Vierge la façon de s’exprimer  ?  »

Le Père José Aparicio

Le Père José Aparicio
(1879-1966)

Néanmoins, les calomnies contre Lucie furent répandues jusqu’au Portugal et impressionnèrent la Mère provinciale des Dorothées qui prit des mesures pour entraver l’apostolat de la voyante. Alors que des prêtres lui ont écrit, qu’un Français, l’abbé Terrier, est venu jusqu’à la porte du couvent, Lucie indique au Père Aparicio le 11 septembre 1946  : «  Je ne lui ai pas parlé et je n’ai pas répondu aux autres prêtres, ce dont j’ai été assez peinée puisqu’il s’agissait de la conversion de la Russie. Mais je n’ai pas pu le faire, parce que maintenant plus que jamais, pour la correspondance et les visites, j’ai des ordres rigoureux. Cela ne m’étonne pas. Les œuvres de Dieu sont toujours persécutées. Ce qui me peine seulement, c’est que pour cela, le démon se soit servi d’un Père de la Compagnie. Je ne sais quelles choses il a racontées à la Révérende Mère provinciale. Mais le pauvre, laissons-le  ! Je crois qu’il pense bien faire. Le bon Dieu saura tirer gloire de tout.  »

On ne peut qu’admirer la sérénité de Lucie toute réfugiée dans le Cœur Immaculé de Marie. «  Là, je suis toujours en sécurité, écrit-elle au Père Aparicio, c’est le Cœur de la meilleure des mères  ; il est toujours attentif et il veille sur la dernière de ses filles. Combien cette certitude m’encourage et me réconforte  ! En Elle, je trouve force et consolation. Ce Cœur immaculé est le canal par lequel Dieu fait jaillir sur mon âme la multitude de ses grâces. Aidez-moi à en être reconnaissante et à correspondre à tant de miséricordes.  »

LA MESSAGÈRE DU CIEL RÉDUITE AU SILENCE

Après son entrée au Carmel, le 25 mars 1948, elle continue à témoigner fermement du message de Fatima afin de faire connaître et aimer la Sainte Vierge et ainsi sauver les âmes de l’enfer. Elle impressionnait ceux qui la visitaient, comme le Père Lombardi, un jésuite italien qui fut bouleversé par son entrevue avec elle, au cours de laquelle elle lui affirma que «  nombreux sont ceux qui se damnent. Beaucoup, beaucoup se perdront  ».

Il faut avoir à l’esprit que Lucie a eu la vision de l’enfer et que la seule lecture de la description qu’elle en a donnée fait frissonner de terreur.

Soeur Lucie de Fatima carmélite

La publication de cet entretien avec le Père Lombardi eut un grand retentissement en Italie. La réplique du diable ne tarda pas  : Le Saint-Siège ordonna de restreindre les parloirs. Le Pape Pie XII décida que seules les personnes qui avaient déjà rencontrée sœur Lucie pourraient la voir de nouveau, sans autorisation expresse du Saint-Siège.

À la fin des années 50, la Prieure du carmel de Coïmbre écrit à un apôtre de Fatima, le Père Dias Coelho  : «  La mission de sœur Marie-Lucie du Cœur Immaculé a été de transmettre le message de la Vierge. Ce qu’elle a fait avec exubérance (sic  !). Mais ne lui demandez pas qu’elle interprète ce qu’elle a écrit ou dit. Cela revient aux théologiens, à la hiérarchie, aux apôtres de Fatima que le Saint-Esprit suscite quand et où il lui plaît.  »

Bref, sœur Lucie vis-à-vis de ses supérieurs se trouve dans la même situation que sainte Jeanne d’Arc en face de l’évêque Cauchon. Les paroles de sa Mère Prieure ne sont-elles pas, comme disait l’abbé de Nantes, «  injurieuses à Dieu et mortelles pour tout le monde, parce qu’elles aboutissent à verrouiller toutes les communications du Ciel avec les pauvres humains. Le diable travaille à faire prévaloir dans l’Église cette idée que les Cauchon l’emportent en autorité, en science et en grâce sur les pucelles. Et qu’ils jugent de ce qu’ils ont à faire en maîtres, passant sous leur toise les envoyés de Dieu et n’étant soumis eux-mêmes à aucun jugement, ni de Dieu ni des hommes.  »

Le 26 décembre 1957, sœur Lucie rencontre un homme de Dieu, le Père Fuentes, qui publie ses avertissements angoissés. «  Père, la Sainte Vierge est bien triste car personne ne fait cas de son message, ni les bons ni les mauvais. (…) Il y a deux moyens pour sauver le monde  : la prière et le sacrifice. Ensuite le Saint Rosaire. Enfin, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, notre très Sainte Mère, en la considérant comme le siège de la clémence, de la bonté et du pardon, et comme la porte sûre pour entrer au Ciel.  »

L’ENTRETIEN DE SŒUR LUCIE AVEC LE PÈRE FUENTES

«  Mon Père, la très Sainte Vierge est bien triste, car personne ne fait cas de son message, ni les bons, ni les mauvais. Les bons continuent leur chemin, mais sans faire cas du message. Les mauvais, ne voyant pas tomber sur eux actuellement le châtiment de Dieu, continuent leur vie de péché sans se soucier du message. Mais croyez-moi, Père, Dieu va châtier le monde et ce sera d’une manière terrible. Le châtiment céleste est imminent.

«  Que manque-t-il, Père, pour 1960 et qu’arrivera-t-il alors  ? Ce sera bien triste pour tous, nullement réjouissant si auparavant le monde ne prie pas et ne fait pas pénitence. Je ne peux donner d’autres détails puisque c’est encore un Secret. Seuls le Saint-Père et Monseigneur l’évêque de Leiria pourraient le savoir, de par la volonté de la très Sainte Vierge, mais ils ne l’ont pas voulu pour ne pas être influencés. C’est la troisième partie du message de Notre-Dame qui restera secrète jusqu’à cette date de 1960.

«  Dites-leur, Père, que la très Sainte Vierge, plusieurs fois, aussi bien à mes cousins François et Jacinthe qu’à moi-même nous a dit que beaucoup de nations disparaîtront de la surface de la terre, que la Russie sera l’instrument du châtiment du Ciel pour le monde entier si nous n’obtenons pas auparavant la conversion de cette pauvre nation.

«  Le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et comme il sait ce qui offense le plus Dieu et qui, en peu de temps, lui fera gagner le plus grand nombre d’âmes, il fait tout pour gagner les âmes consacrées à Dieu, car de cette manière il laisse le champ des âmes désemparé, et ainsi il s’en emparera plus facilement.

«  Dites-leur aussi, Père, que mes cousins François et Jacinthe se sont sacrifiés parce qu’ils ont toujours vu la très Sainte Vierge très triste en toutes ses apparitions. Elle n’a jamais souri avec nous et cette tristesse, cette angoisse, que nous remarquions chez elle, à cause des offenses à Dieu et des châtiments qui menacent les pécheurs, pénétrait notre âme et nous ne savions qu’inventer en notre petite imagination enfantine comme moyens pour prier et faire des sacrifices. L’autre chose qui sanctifia les enfants vint de la vision de l’enfer. Voilà pourquoi, Père, ma mission n’est pas d’indiquer au monde les châtiments matériels qui arriveront certainement si, auparavant, le monde ne prie pas et ne fait pas pénitence. Non. Ma mission est d’indiquer à tous l’imminent danger où nous sommes de perdre notre âme à jamais si nous restons obstinés dans le péché.

«  N’attendons pas que vienne de Rome un appel à la pénitence de la part du Saint-Père pour le monde entier  ; n’attendons pas non plus qu’il vienne de nos évêques dans leur diocèse, ni non plus des congrégations religieuses. Non. Notre-Seigneur a déjà utilisé bien souvent ces moyens et le monde n’en a pas fait cas. C’est pourquoi, maintenant, il faut que chacun de nous commence lui-même sa propre réforme spirituelle. Chacun doit non seulement sauver son âme mais aussi toutes les âmes que Dieu a placées sur son chemin.

«  La très Sainte Vierge ne m’a pas dit que nous sommes dans les derniers temps du monde, mais je l’ai compris pour trois raisons  :

«  La première parce qu’elle m’a dit que le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et une bataille décisive est une bataille finale où l’on saura de quel côté est la victoire, de quel côté la défaite. Aussi, dès à présent, ou nous sommes à Dieu ou nous sommes au démon  ; il n’y a pas de moyen terme.

«  La deuxième, parce qu’elle a dit, aussi bien à mes cousins qu’à moi‑même, que Dieu donnait les deux derniers remèdes au monde  : le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, et ceux-ci étant les deux derniers remèdes, cela signifie qu’il n’y en a pas d’autres.

«  Et, troisième raison, parce que toujours dans les plans de la divine Providence, lorsque Dieu va châtier le monde, il épuise auparavant tous les autres recours. Or, quand il a vu que le monde n’a fait cas d’aucun, alors comme nous dirions dans notre façon imparfaite de parler, il nous offre avec une certaine crainte le dernier moyen de salut, sa très Sainte Mère. Car si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen, nous n’aurons plus le pardon du Ciel, parce que nous aurons commis un péché que l’Évangile appelle le péché contre l’Esprit-Saint, qui consiste à repousser ouvertement, en toute connaissance et volonté, le salut qu’on nous offre. Souvenons-nous que Jésus-Christ est un très bon Fils et qu’il ne permet pas que nous offensions et méprisions sa très Sainte Mère. Nous avons comme témoignage évident l’histoire de plusieurs siècles de l’Église qui, par des exemples terribles, nous montre comment Notre-Seigneur Jésus-Christ a toujours pris la défense de l’honneur de sa Mère.

«  Il y a deux moyens pour sauver le monde  : la prière et le sacrifice. Et donc, il y a le saint Rosaire. Regardez, Père  ! la très Sainte Vierge, en ces derniers temps que nous vivons, a donné une efficacité nouvelle à la récitation du Rosaire. De telle façon qu’il n’y a aucun problème, si difficile soit-il, temporel ou surtout spirituel, se rapportant à la vie personnelle de chacun de nous, de nos familles, que ce soient des familles qui vivent dans le monde ou des communautés religieuses, ou bien à la vie des peuples et des nations, il n’y a aucun problème, dis-je, si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du saint Rosaire. Avec le saint Rosaire nous nous sauverons, nous nous sanctifierons, nous consolerons Notre-Seigneur et nous obtiendrons le salut de beaucoup d’âmes.

«  Et donc, ayons la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, notre très Sainte Mère, en la considérant comme le siège de la clémence, de la bonté et du pardon, et comme la porte sûre pour entrer au Ciel.  »

Toutefois, relisez attentivement cet entretien, et vous constaterez qu’il n’est pas question des grandes requêtes de Notre-Dame  : la demande de consécration de la Russie, la demande d’approbation de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis. Sœur Lucie n’avait déjà plus la permission d’en parler.

Néanmoins, la bienheureuse voyante continuait, dans la mesure où elle en avait la permission, d’accomplir sa mission. Au début des années 70, elle rédigea son livre Les Appels du message de Fatima. Ce livre est une merveille  : on y trouve tout le dogme catholique. Ce que sœur Lucie dit sur la médiation universelle de la Vierge Marie est admirable. En écrivant ce livre, sœur Lucie a accompli sa mission de faire connaître et aimer la Vierge Marie. Toutefois, il demeure encore pour nous une énigme car on n’y trouve pas ce qui est le plus spécifique du message de Fatima  : à savoir, la révélation du Cœur Immaculé de Marie entouré d’épines, qu’elle reçut le 13 juin 1917, juste après avoir appris quelle serait sa mission. «  Devant la paume de la main droite de Notre-Dame se trouvait un Cœur entouré d’épines qui semblaient s’enfoncer. Nous avons compris que c’était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l’humanité, qui demandait réparation.  »

Le cardinal Luciani à Fatima

Le cardinal Luciani à Fatima,
le 10 juillet 1977.

Il faudrait parler de la rencontre avec le cardinal Luciani, le 11 juillet 1977, des révélations que sœur Lucie lui a faites et qui l’ont tellement impressionné.

Durant les premières années du pontificat de Jean-Paul II, elle a continué avec une admirable persévérance à rappeler ce que Notre-Dame attendait. Elle l’a exposé à une hiérarchie qui ne voulait pas comprendre. Quand le 21 mars 1982, le nonce vient l’interroger au carmel, l’évêque de Fatima veut l’empêcher de parler  :

«  Mais enfin, ma sœur, Pie XII a consacré le monde avec une mention spéciale de la Russie en 1942, puis il a consacré la Russie en 1952. Tout est donc fait. Tout est fini. Restons tranquilles.  » Sœur Lucie fit signe avec énergie que non. Elle agitait son index de droite à gauche.

Que de pressions n’a-t-elle pas subies  ! Dans les années 70, les aumôniers du carmel étaient choisis par l’évêque de Coïmbre dans le but de la faire évoluer. L’un d’eux, le Père Sertorio, confiait au Père Freire «  que sœur Lucie est peinée de voir les prêtres délaisser l’habit ecclésiastique pour prendre des costumes civils.  » Or ses supérieurs lui ont ordonné, à lui, le Père Sertorio, ainsi qu’aux autres prêtres qui se rendent au carmel pour célébrer la messe ou pour confesser, d’y aller en tenue civile pour que sœur Lucie s’y habitue. «  Cela, disait le Père Sertorio, est assez cruel pour la pauvre vieille femme (sic), mais elle s’y habitue.  »

Pauvre Lucie  ! Que sa solitude aurait été grande si elle n’avait pas enduré son martyre toute réfugiée dans le Cœur Immaculé de Marie  ! Elle continuait à affirmer fermement que la consécration de la Russie n’avait pas encore été accomplie comme le voulait Notre-Dame. En 1987, en rendant compte de l’enquête qu’il venait de mener au Portugal, l’abbé Caillon indiqua ceci  : «  Maintenant, même si Lucie mourait subitement – rappelons qu’elle a quatre-vingts ans –, ses amis, qui connaissent exactement sa pensée, ne permettront jamais qu’on prétende que la consécration est faite. On demande parfois  : “ Qui est juge, le Pape ou sœur Lucie  ? ” Certes sœur Lucie a toujours été très respectueuse de toutes les autorités de l’Église. Mais sœur Lucie est évidemment la seule à savoir ce que Notre-Dame lui a dit et la seule à pouvoir transmettre authentiquement le message à qui de droit. Après chaque grande tentative de consécration, en 1942, en 1952, en 1964, que de gens, parfois très haut placés, ont dit et cru que la consécration était faite. Mais la petite voix venue du Portugal disait non. De même, après la grande tentative de 1984, que de gens ont cru et proclamé que, cette fois, c’était fait et bien fini. Mais la même petite voix venue du carmel de Coïmbre dit encore non.  »

LA FALSIFICATION DU TÉMOIGNAGE DE SŒUR LUCIE

Finalement, à partir de 1989, on lui a imposé de dire que la consécration avait été faite. C’est le Pape lui-même qui le lui a ordonné par l’intermédiaire du substitut de la secrétairerie d’État. Elle a donc obéi héroïquement manifestant par sa soumission aux autorités de l’Église qu’elle était une authentique envoyée de Dieu. Mais à partir de ce moment là, son témoignage sur la consécration de la Russie était travesti. Toutefois, quand elle en avait la permission, elle renouvelait son témoignage sur la demande de Notre-Dame, sur ce qu’elle avait entendu. Par exemple, dans une lettre au cardinal Koenig, du 29 janvier 1996.

Lors de la divulgation au monde du troisième Secret, on a cherché à lui faire endosser l’interprétation officielle du Secret, à savoir que le Pape qu’elle avait vu, c’était Jean-Paul II  ! À Mgr Bertone, le 27 avril 2000, elle répondit  : «  J’ai écrit ce que j’ai vu. L’interprétation ne me concerne pas. Elle revient à l’Église.  »

En revanche, elle témoignait fermement, quand elle en avait l’occasion, de ce qu’elle avait vu  : «  Le 12 mai 2002, raconte le Père Kondor, nous nous sommes rendus au carmel. Nous avons montré à sœur Lucie la précieuse soutane blanche du Pape, lui demandant si elle avait vu, en compagnie de François et de Jacinthe, “ un évêque vêtu de blanc ” et si elle avait cru qu’il s’agissait du Saint-Père. Sœur Lucie répondit immédiatement et sans hésitation  : “ Oui, c’est exactement ça  ! ” Nous avons également souhaité savoir si elle se souvenait de cette vision, et elle de répondre  : “ Oui, je m’en souviens parfaitement  ! ”  »

Parloir de Mme Pestana avec Soeur Lucie

Parloir de Mme Pestana avec sœur Lucie, le 20 février 2001.

Revenons pour conclure à ce qu’elle disait en 1982 à l’une de ses amies, en l’occurrence à Madame Pestana  : «  Si l’on veut mon avis, le voici  : la consécration de la Russie, telle que Notre-Dame l’a demandée, n’est pas faite.  » Et elle ajoutait  : «  Je suis vieille. Je me prépare à voir Dieu face à face. J’ai donné tous mes textes à la Sainte Église. Je mourrai tranquille.  »

Ces textes qu’elle a donnés à la Sainte Église, ce sont des trésors pour conserver la Foi, pour connaître les clauses de la nouvelle Alliance en Marie et pour être embrasé d’amour pour le Cœur Immaculé de Marie. Il s’agit de ses Mémoires, de ses Appels que vous connaissez bien maintenant grâce aux commentaires de frère Bruno. Il s’agit aussi de sa correspondance, de ses innombrables lettres. En voici une, écrite en 1945 et adressée à sa supérieure Dorothée, Mère Cunha Matos  : «  Je me souviens toujours de la grande promesse qui me remplit de joie  : “ Je ne te laisserai jamais seule. Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu. ” Je crois que cette promesse n’est pas pour moi seule, mais pour toutes les âmes qui veulent se réfugier dans le Cœur de leur Mère du Ciel et se laisser conduire par les chemins tracés par Elle… Il me semble que telles sont aussi les intentions du Cœur Immaculé de Marie  : faire briller devant les âmes encore ce rayon de lumière, leur montrer encore ce port du salut, toujours prêt à accueillir tous les naufragés de ce monde… Quant à moi tout en savourant les fruits délicieux de ce beau jardin, je m’efforce d’en faciliter l’accès aux âmes, pour qu’elles y rassasient leur faim et leur soif de grâce, de réconfort et de secours.  »

UNE PUISSANTE MÉDIATRICE AU CIEL

Soeur Lucie de Fatima

«  Les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications.  » Conformément à cette promesse, grand fut le pouvoir d’intercession des enfants lorsqu’ils vivaient en ce monde. Rappelez-vous comment Jacinthe et François obtenaient les grâces qu’on leur demandait. Quant à Lucie, de son vivant, elle a opéré des miracles. En 1929, à Tuy, ses prières ont obtenu la guérison subite d’une enfant très gravement malade. (Abcès, tumeur, infection purulente à streptocoques.) Pendant la nuit, contrairement à ce que prévoyait le docteur, tout disparut.

Les supérieures de Lucie savaient à quel point elle pouvait obtenir des grâces extraordinaires. Mère Magalhes écrivait à Mgr da Silva  : «  Quand Lucie s’en alla à Pontevedra, il n’y avait que dix-neuf élèves. Un jour, je lui ai dit  : “ Je désire que vous demandiez à Notre-Dame que viennent d’autres élèves. ” Avant la fin de l’année, on n’en comptait déjà quarante-trois  ! Je fis comme si je n’avais pas perçu une telle grâce, mais à l’intime de mon cœur, je sentis qu’il y avait là quelque chose d’extraordinaire. Et, depuis cette époque, il y a toujours eu affluence d’enfants. Toutes les dettes furent payées. Or, il y en avait beaucoup.  »

Maintenant qu’elle est au Ciel, plus puissante sera-t-elle encore pour toucher le Cœur de sa Mère du Ciel. Sur terre, comme sa voix était étouffée par ses supérieures, elle ne pouvait déjà plus que prier et faire pénitence  : «  Telle est la part que le Seigneur a choisie pour moi, écrivait-elle le 12 avril 1970. Prier et me sacrifier pour ceux qui luttent et travaillent dans la vigne du Seigneur et pour l’extension de son Royaume.  »

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