La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La bienheureuse
MARIE DU DIVIN COEUR
et sa divine mission

I. AU CŒUR DE L’ÉGLISE ET DE LA PATRIE  : 1863-1895

L A comtesse Maria Droste zu Vischering naquit le 8 septembre 1863 dans une famille, dans un pays, dans une Église en pleine renaissance de Contre-Réforme et Contre-Révolution. (…)

Château familial de Darfeld

Château familial de Darfeld, près de Munster, en Westphalie.

L’enfance de Maria coïncida aussi avec une nouvelle montée de l’impérialisme prussien. La proclamation de l’Empire allemand par Guillaume Ier Hohenzollern et son chancelier Bismarck, ajoutait à cette hégémonie militaire et politique une prétention à la primauté culturelle, le Kulturkampf ou combat pour la “ civilisation ”, rationaliste, étatique, anticatholique.

Le comte Clemens Droste zu Vischering

Le comte Clemens
Droste zu Vischering

Formés à l’école de deux grands papes, Grégoire XVI et Pie IX, les catholiques allemands s’unissent alors pour la défense de leurs libertés séculaires jusque sur le terrain politique en formant un parti, le Zentrum, dont l’incomparable Windthorst assure la direction. Rapidement, ils remportent d’impressionnants succès, dus à la mobilisation des masses populaires groupées en associations, au soutien de grandes familles féodales, tels les Vischering, et à l’admirable exemple du clergé, faisant bloc autour de leurs évêques persécutés par Bismarck, tels l’archevêque de Mayence, Mgr de Ketteler, grand-oncle de Maria. (…) Ce fut lui qui, avec l’appui de Rome, stimula la résistance des évêques allemands au moment des premières lois persécutrices, et qui fixa son programme auZentrum  : à leur combat pour la liberté de l’Église, ils devaient joindre un souci constant du bien moral et matériel des classes les plus défavorisées, et défendre le particularisme de chaque Land. (…)

La comtesse Maria à l'âge de 14 ans.

La comtesse Maria
à l’âge de quatorze ans

Notre jeune sainte vit alors au château familial de Darfeld, comme déjà religieuse, cloîtrée, charitable, tout en restant très avertie des choses politiques, comme les circonstances l’y obligent. Son père, député du Zentrum, en a témoigné  : «  LeKulturkampf a eu, je crois, une puissante influence sur Maria, non seulement sous le rapport de la religion, mais aussi pour la formation de son caractère. Il faut avoir expérimenté la gravité de cette lutte, comme nous l’avons fait, non seulement dans ses grands événements, mais aussi dans les petites chicanes quotidiennes, pour se faire une idée de la réaction que tout cela avait sur notre vie. Ces événements touchaient même les enfants et ont rempli, durant plusieurs années, leur existence et leurs pensées.  »

Si la jeune fille participa intimement aux grandes heures du Zentrum et à sa lutte inflexible contre Bismarck, elle assista aussi à partir de 1878 à sa lente dégénérescence en raison de l’avènement d’un nouveau pape, Léon XIII. Avec lui, l’ancienne “ heureuse concertation ” pratiquée par l’Église avec les États catholiques depuis des siècles, et l’âpre mais juste combat contre les États modernes persécuteurs, devaient faire place à une politique d’entente dont le Pape escomptait les meilleurs résultats. (…)

L’ANGE DE DARFELD, ÉLUE DU SACRÉ-CŒUR (1884-1894)

C’est dans ce contexte que la comtesse Maria, passionnée pour la cause de Dieu et de son Église, va entendre l’appel du Christ.

C’est le 20 juin 1884, en la fête du Sacré-Cœur, que Notre-Seigneur vint chercher son épouse  : «  Je venais de communier, et toute unie à Notre-Seigneur, j’étais enivrée des délices de son Cœur, lorsqu’Il me dit, de cette voix intérieure que je ne connaissais pas encore, et qui aujourd’hui m’est si familière  : “ Tu seras l’épouse de mon Cœur ”  », ajoutant cette promesse merveilleuse  : «  Je ferai de ton cœur mon séjour, ma demeure pour y trouver un lieu de repos dans un monde qui m’oublie.  »

La comtesse Maria à l'âge de 21 ans

La comtesse Maria
à l’âge de 21 ans

Cependant, une longue maladie la contraint d’ajourner pendant cinq ans ses désirs de vie religieuse. Mais déjà quelle perfection de sainteté, quelle tendresse de vie mystique  : «  C’était dans la communion des premiers vendredis du mois que mon Divin Époux me témoignait le plus de tendresse. Le Seigneur se faisait mon Maître les jours de communion et surtout quand le Saint Sacrement était exposé. Il daignait m’instruire et me consoler. Je ne trouve pas d’expression pour dire ce qu’était pour moi le Cœur de Jésus dans le Très Saint Sacrement… Oh  ! Si l’église paroissiale de Darfeld pouvait raconter ce qui se passait entre Lui et moi  ! ...  »

Un jour de printemps 1888, visitant un hôpital en compagnie de sa mère, Maria avise une pauvre fille qui avait donné du scandale, et se met à penser  : «  Si Notre-Seigneur était ici, lequel des malades traiterait-il avec le plus de tendresse   ? Bien sûr, cette pécheresse. Je surmontai ma répugnance et la crainte de ma mère et je tendis la main à cette malheureuse. Peu de temps après, je devais connaître que c’était à la conversion de ces malheureuses que je devais me sacrifier.  »

Cette rencontre prémonitoire, véritable parabole de la Miséricorde, était figurative de la vocation que Jésus avait choisie pour elle. Le 21 novembre suivant, la comtesse Maria Droste zu Vischering disparaissait dans un obscur et peu aimable couvent du Bon Pasteur à Munster, pour s’occuper des filles perdues et autres pauvres gens à sauver de leurs misères. (…) SœurMarie du Divin Cœur, qui reçoit ce nom le jour de sa prise d’habit, le 10 janvier 1889, en signe de son élection éternelle, ne quittera pas de cinq ans son cher couvent de Munster. (…)

DE MUNSTER À PORTO (1894-1895)

Sœur Marie du Divin Cœur novice

Sœur Marie du Divin Cœur novice

En janvier 1894, sœur Marie du Divin Cœur reçoit de la maison-mère l’ordre de se rendre au Portugal, où elle devra assister la supérieure de Lisbonne, une Westphalienne comme elle. Elle a trente ans, et commence sa “ vie publique ” par un cruel sacrifice. (…)

Elle s’arrête à Paris pour faire pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame des Victoires. (…) À Manrèse en Espagne, dans la grotte de saint Ignace, elle est “ promue chevalier ” selon sa propre expression, Notre-Seigneur lui ayant présenté la croix avec tout son poids  : «  se sacrifier pour une maison du Bon Pasteur qui est en grand péril  », volonté signifiée de son Époux qu’elle accepte immédiatement avec une sainte ardeur. (…)

La prophétie se réalise quand, après quatre mois passés à Lisbonne, elle apprend dans la nuit de la Pentecôte, 13 mai 1894, qu’on lui confie la charge de la Maison de Porto. (…)

Depuis 1891, la franc-maçonnerie entreprenait un travail d’infiltration de longue haleine, étendant à tout le pays, spécialement dans les grandes villes, sa propagande sournoise et violemment anticléricale. La banlieue de Porto, cité maritime et industrielle, ne fut pas épargnée, et l’apostolat des sœurs du Bon Pasteur devint une des cibles privilégiées des révolutionnaires. (…)

Mère Marie du Divin Cœur

Mère Marie du Divin Cœur

«  La pauvre supérieure s’entendait insulter presque chaque fois qu’elle ouvrait sa fenêtre qui donnait sur une route très fréquentée  : “ Jésuitesse  ! ” criait-on. Ou bien, le soir, on faisait le vacarme sous les fenêtres du Bon Pasteur, ou, pendant l’Office, on tournait en dérision les chants des Sœurs, ou même on jetait de la boue dans la chapelle. Une fois, Sœur Marie du Divin Cœur, en passant dans le jardin, vit tomber des pierres que lui lançait une petite fille de treize ans. Tout cela, non plus que les affreuses chansons qui circulaient en ville sur le compte des religieuses, ne lui faisait pas peur.  »

Dès son arrivée, elle consacre la communauté au Sacré-Cœur de Jésus,en disant qu’Il est le Maître de la maison et qu’Il doit y régner. Lui seul peut la restaurer dans sa ferveur première. (…) Ce fut, pendant un an et demi, un combat de tous les instants, courageux jusqu’à l’héroïsme, mené cependant dans la paix et la joyeuse assurance que c’était Lui, l’Époux divin, qui faisait tout, répandant son esprit et ses bénédictions temporelles et spirituelles, sur leurs “ enfants ”. «  J’ai les mains pleines de travail, la tête pleine de soucis et le cœur plein d’amour de Notre-Seigneur  », disait plaisamment la supérieure. (…)

La vénérée Mère connut un merveilleux rayonnement auprès de tous, depuis le cardinal qui la considérait comme une sainte, jusqu’aux plus humbles familles d’ouvriers des faubourgs qui avaient recours à elle dans leurs détresses de toutes sortes. Le nombre des pensionnaires doubla en quelques mois. Pour subvenir à tant de nécessités, elle fit appel à sa famille, de son père en particulier, dont la générosité libéra définitivement le couvent de ses créanciers à la fin de l’année 1895.

R. P. Schober

R. P. Schober

Cette année, qui s’achevait par une victoire, fut également marquée pour mère Marie du Divin Cœur par une grâce insigne  : à l’occasion d’une retraite de communauté, prêchée par un savant et pieux bénédictin autrichien, le R. P. Schober, abbé de Seckau, elle trouva en lui le directeur sûr et ferme qu’elle appelait de ses vœux et de ses prières depuis des années. (…)

Entre ces deux âmes prédestinées, se noua une très pure amitié, comparable à celle de sainte Marguerite-Marie et de saint Claude de la Colombière. Le pieux religieux témoignera  : «  Lors des entrevues suivantes, je reconnus les brillantes qualités de cette âme hautement douée au point de vue naturel et spirituel.Je fus étonné de la place providentielle occupée par cette jeune Supérieure et je pressentais la grande mission apostolique dont Dieu l’avait investie pour cette seconde capitale du Portugal, pour le pays lui-même, pour sa Congrégation et pour toute l’Église… En peu de temps, nous nous entendîmes parfaitement en tout.  »

II. MISSION SECRÈTE AUPRÈS DU PAPE LÉON XIII  : 1896-1899

NOUVELLE MARGUERITE-MARIE  :
LE CULTE INTÉRIEUR DU SACRÉ-CŒUR

En janvier 1896, Notre-Seigneur renouvelle son alliance avec l’épouse privilégiée de son Cœur  : «  Alors, Il me donna sainte Thérèse, sainte Gertrude et sainte Catherine de Sienne pour modèles particuliers, pour patronnes et pour compagnes.  » Ces trois saintes doivent l’aider dans l’accomplissement de la mission que Jésus lui laisse entrevoir peu de temps après  :

«  Une fois, parlant de ce même sujet des communions, Il dit que son désir avait été d’établir le culte de son divin Cœur, et que maintenant que ceculte extérieur était introduit par son apparition à la bienheureuse Marguerite-Marie et répandu partout, Il voulait aussi que le culte intérieur s’établît de plus en plus,c’est-à-dire que les âmes s’habituassent à s’unir de plus en plus intérieurement avec Lui et à Lui offrir leurs cœurs comme demeures; et que pour témoigner de ce désir, Il continuerait, malgré tous les obstacles apparents, de se donner à moi tous les jours dans la sainte communion.  »

Pour accomplir cette mission d’apôtre du Divin Cœur, elle sait qu’elle devra beaucoup souffrir. Au mois de mai 1896, elle doit s’aliter. Les médecins diagnostiquent une myélite, maladie particulièrement douloureuse, dont les phases épouseront de manière mystérieuse le déroulement de sa mission

NOUVELLE CATHERINE DE SIENNE  :
AU SECOURS DU PAPE

Léon XIII

Léon XIII

Vers le milieu d’octobre 1896, Notre-Seigneur révèle à sa confidente, en une sorte d’image intérieure, que «  des assauts perfides se machinent dans l’ombre, contre l’Église. Elle voit une meute de loups furieux et en même temps elle entend ces paroles  : Elle est bâtie sur la Pierre et les Portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre Elle. Il lui semble alors qu’il s’agit de francs-maçons, déguisés en catholiques militants.  » (…)

Par une volonté spéciale de Notre-Seigneur, elle a eu connaissance surnaturelle de l’énorme mystification de l’affaire “ Diana Vaughan ”, une prétendue convertie de la secte luciférienne, dont les Mémoires sont lus avec passion dans beaucoup de milieux catholiques, depuis le pape Léon XIII qui a approuvé la Neuvaine Eucharistique composée par la prétendue “ convertie ”, jusqu’à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus au fond de son carmel de Lisieux. (…)

La voilà jetée tout à coup en plein drame. Son amour et sa vénération de la Sainte Église la poussent à monter au créneau, pour avertir le Pape du complot qui se trame. Elle demande à son confesseur, le P. Théotonio, la permission d’écrire au Saint-Père. (…) Mais son confesseur, en aveugle, se contenta de répondre à la supérieure du Bon Pasteur  : «  Le Saint-Père n’a pas besoin de vos lumières  ; il a ses conseillers (sic  !).  »

En cette année 1896, selon un secret dessein de la Providence, l’attention du Souverain Pontife aurait dû être attirée sur la pauvre supérieure du Bon Pasteur de Porto. Mais l’occasion fut manquée, d’étrange, de désolante manière… Le Pape avait ses conseillers, évidemment  !

1897  : PREMIER APPEL DU SACRÉ-CŒUR

Mère Marie du Divin CoeurL’année 1897 voit s’ouvrir pour l’humble religieuse de Porto une «  troublante carrière  », troublante certes, mais non pas de son propre fait. Au contraire, elle ne cesse de s’émerveiller des “ secrets ” d’amour jaillissant en cascade du Cœur de son Époux et Roi, qu’elle reçoit mission de transmettre à qui de droit  ; le trouble vient d’un autre secret, ténébreux et honteux, celui de la résistance des serviteurs aux volontés de leur Maître, de leur trahison, par lâcheté, indifférence, ou par quelque violente passion contraire… Mère Marie du Divin Coeur devra désormais porter en son cœur d’épouse compatissante ces deux secrets si tragiquement opposés.

C’est au cours du mois de juin, mois du Sacré-Cœur, qu’après une terrible phase de sa maladie qui l’a menée aux portes de la mort, elle reçoit des grâces d’union au Christ tout à fait admirables, qui la soutiendront jusqu’au bout dans l’accomplissement de sa mission  :

«  (…) 25 juin, fête du Sacré-Cœur de Jésus. Notre-Seigneur m’a dit qu’aujourd’huiIl me choisissait de nouveau comme l’épouse bien-aimée de son Cœur, et qu’Il mettait les trésors de son Cœur à ma disposition ; que je devais beaucoup prier pour la Sainte Église, pour le monde entier, mais surtout pour les âmes auxquelles Il voulait faire parvenir des grâces par mon intermédiaire.  »

Le 4 juin précédent, elle a reçu un message pour une autre personne qu’elle-même  ; c’est un secret entouré d’un tel mystère que nous ne savons presque rien de son contenu, si ce n’est qu’il s’agit sans doute de la première demande de consécration du monde au Sacré-Cœur adressée au pape Léon XIII  :

«  Je n’ai d’autre ordre de Notre-Seigneur que celui de communiquer ces choses  : maintenant, qu’elles s’accomplissent ou non, cela ne me regarde pas. Aujourd’hui, je me disais que ce serait orgueil de ma part de parler de ce que je vous exposais hier, et de m’engager dans ces affaires qui ont trait à la sainte Église.   »

Mais une nouvelle fois, Don Theotonio ne juge pas opportun de transmettre le message  : «  J’avais peur d’être pris pour un visionnaire  », expliquera-t-il plus tard. À moins qu’il n’y ait eu aussi, chez ce prêtre formé à Rome au début du pontificat de Léon XIII, la crainte de se compromettre avec les catholiques légitimistes portugais, ardents apôtres du règne du Sacré-Cœur  ?

1898  : DEUXIÈME APPEL DU SACRÉ-CŒUR

Mère Marie du Divin Cœur en reçoit communication le Jeudi saint 7 avril 1898  :

«  Notre-Seigneur revient sur ce qu’Il disait l’an passé. Laisser la décision à mon Père spirituel ; il connaîtra la vérité par souffrances extraordinaires [endurées par elle, et non par lui !].Consécration du monde entier au Cœur de Jésus… Écrire à Rome aussitôt que possible.  »

L’urgence manifestée par la sainte venait de ce que les États-Unis s’apprêtaient à déclarer la guerre à l’Espagne pour lui arracher ses dernières colonies, l’île de Cuba et l’archipel des Philippines. L’impérialismeyankee était en marche, pour cent ans d’hégémonie mondiale…Cette guerre ne rentrait pas dans le plan de rédemption du Cœur de Jésus, encore moins dans l’extension de son Royaume. La supérieure de Porto, son intime confidente, le savait bien, qui suivit avec angoisse les préparatifs et les péripéties du conflit, «  très inquiète des maux qu’une série de désastres pouvait réserver à la catholique Espagne  ». Comment empêcher cette issue fatale  ? En consacrantle monde entier au Divin Cœur de Jésus. Quoi de plus simple, en apparence du moins  !

«  Voici que je me tiens à la porte et je frappe…  » (Ap 3, 20) Ce n’est pas une leçon de politique internationale que Notre-Seigneur vient donner au monde, mais Il veut rappeler qu’Il est le Roi et que le salut du monde ne pourra venir que de Lui  : «  Sans moi, vous ne pouvez rien faire.  » Ce n’est pas en Juge, mais en roi mendiant et portant sa Croix, qu’Il se présente à la porte de son Église, au pied de son vicaire. (…)

DES PROMESSES IMMENSES

La sainte a précisé, en une suite de notes brèves destinées à rester secrètes, les grâces que Notre-Seigneur voulait accorder en suite de cette consécration et la manière dont Il désirait qu’elle se fasse. La compréhension de cette Volonté divine est le nœud de la tragédie qui nous occupe, celle que vécut la sainte il y a cent ans, celle que nous vivons encore aujourd’hui.

1. «  Consécration du monde entier au Cœur de Jésus. Évêques et prêtres deviendront plus fervents, justes plus parfaits, pécheurs se convertiront, hérétiques et schismatiques reviendront à l’Église. Et les enfants non encore nés mais déjà destinés à faire partie de l’Église, c’est-à-dire les païens, recevront la grâce plus vite.  » (…)

Le jour où la consécration se fera EN VÉRITÉ, les âmes et les sociétés seront transformées par cette dévotion, les conditions de la religion sur terre en seront renouvelées et la face du monde changée. Choses promises, choses dues.

2. «  Son divin Cœur a faim et soif, Il désire embrasser le monde entier dans son amour et dans sa miséricorde.  »

On entre là dans les pensées secrètes du Cœur de Jésus, c’est le “ culte intérieur ” que sœur Marie du Divin Cœur a mission de répandre. (…) Qu’est-ce à dire  ? L’essentiel de ce culte intime demandé par le Sacré-Cœur à notre sainte, c’est de briser notre volonté personnelle pour n’avoir plus qu’une volonté de conformité avec Notre-Seigneur, et cela dans tous les domaines, même et surtout dans le domaine de la politique. (…)

Léon XIII ne répondit pas à la lettre qui lui fut adressée dans le courant de ce mois de juin 1898, préoccupé qu’il était d’une solution politique, tout humaine, au conflit en cours. Et l’année s’acheva sans qu’il eût donné suite à l’affaire… Notre-Seigneur s’en plaignit auprès de sa confidente  : «  Les veilleurs d’Israël dorment, et pour combler ce qui manque à leur vigilance et à leur zèle, je te demande de prier, de te sacrifier et de souffrir. Tes souffrances vont augmenter, et tu dois te préparer à de plus grandes même.  » (…)

TROISIÈME APPEL DU SACRÉ-CŒUR

Le Sacré-Cœur du couvent de Porto

Le Sacré-Cœur du couvent de Porto

Le 2 décembre 1898, premier vendredi du mois, elle reçoit une nouvelle communication de son Époux divin. Il semble que Notre-Seigneur ait trouvé la brèche pour atteindre le cœur de son Vicaire et le décider à accomplir enfin sa Volonté, si l’on en croit la lettre qu’elle lui écrira quelques jours plus tard  :

«  Il me dit qu’Il avait prolongé les jours de Votre Sainteté afin de vous accorder encore cette grâce et que, après avoir accompli ce désir de son Cœur, Votre Sainteté devait se préparer… [ici, nos recherches nous ont permis de restituer le texte authentique] se préparer à rendre compte à Dieu. “ Dans mon Cœur il trouvera consolation pour les négligences de son Pontificat et réparation pour ses fautes, ainsi qu’un refuge sûr à l’heure de la mort et du jugement. ”  » (…)

Dans sa lettre au Pape du 8 décembre 1898, l’humble religieuse de Porto lui transmet un message capital  : «  Je reconnusl’ardent désir qu’Il a de voir son Cœur adorable de plus en plus glorifié et connu, et de répandre ses dons et ses bénédictions sur le monde entier. Et Il choisit Votre Sainteté, prolongeant vos jours, afin que vous puissiezconsoler son Cœur outragé et attirer sur votre âme les grâces de choix qui sortent de ce divin Cœur, cette source de toutes les grâces, ce lieu de paix et de bonheur.  »

LA RÉPONSE DE ROME

Le Père Theotonio

Le Père Theotonio

La mission d’information ordonnée par le Pape à Porto dura deux longs mois. Le Père Theotonio s’y prêta de bonne grâce. (…)

L’attitude de Rome fut étrange  : le 25 mars, le Pape examina en présence du cardinal Mazzella, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, la lettre de la supérieure de Porto. La décision fut prise de consacrer le monde au mois de juin suivant, mais «  on convint de chercher ailleurs la justification de l’acte projeté. (…)  » Il fut donc arrêté que la consécration du genre humain au Sacré-Cœur serait présentée, non comme la conséquence d’une révélation privée, mais comme une application des principes de la théologie et de la Tradition catholique. (…)

Mais n’est-ce pas se moquer  ! et injurier gravement le Sacré-Cœur qui, depuis trois ans, s’efforce de se faire entendre de ses ministres par l’intermédiaire de sa fidèle et héroïque épouse  ?  ! Tout ce que celle-ci représente  : le catholicisme intégral hérité de sa tradition familiale et surtout la connaissance intime qu’elle a des secrets de son divin Époux est donc délibérément écarté, occulté  ? Et le Pape, après avoir si longtemps tergiversé, reprend l’affaire à son compte, s’en attribuant tout le mérite  ! Pire, en a-t-il seulement respecté l’esprit  ?

L’ENCYCLIQUE ANNUM SACRUM

Le 25 mai 1899, soit quinze jours avant l’ouverture du triduum solennel qui doit préluder à la consécration du monde au Sacré-Cœur, le pape Léon XIII l’annonce dans son encyclique Annum Sacrum. (…) Après une justification de l’acte même de la consécration, d’une exacte mais froide théologie, le Pape dresse un accablant tableau de la situation  : malgré vingt ans d’ouverture et de “ main tendue ” aux gouvernements modernes, libéraux ou athées, un mur s’est dressé entre l’Église et la société civile. «  Dans l’organisation et l’administration des États, on ne compte pour rien l’autorité du droit sacré et divin. On se propose par là de ne laisser s’établir aucun rapport entre la vie publique et la religion. Or, cela revient presque à faire disparaître la foi du Christ et, si c’était possible, à chasser Dieu de la terre…  »

Le seul recours est dans le Sacré-Cœur de Jésus  : «  Voici que, de nos jours, se présente à nos regards un autre présage favorable et tout divin  : c’est le Cœur très sacré de Jésus, surmonté d’une croix brillant au milieu des flammes. En lui se doivent placer toutes nos espérances. C’est à lui qu’il faut demander et de lui qu’il faut attendre le salut de l’humanité.  » (…)

Pour notre sainte, la mission qu’elle avait eu à remplir auprès du chef de l’Église était couronnée de succès, elle s’achevait à l’heure même où commençait le triduum qui devait ouvrir les temps nouveaux du Règne du Christ par la consécration du monde au Sacré-Cœur de Jésus. Et c’est en baisant avec une ferveur inexprimable une image du Sacré-Cœur et son crucifix que «  sa belle âme s’envola sans secousse dans le sein de Dieu.  » Tout était consommé.

Mère Marie du Divin Cœur mourante

Mère Marie du Divin Cœur mourante

Mais pour nous aujourd’hui, n’est-il pas grand temps de savoir pourquoi cette consécration est restée sans effet, lettre morte  ? À qui la faute  ?

LE SECRET D’UNE INSUPPORTABLE RÉBELLION

Léon XIII a beau avoir demandé au Sacré-Cœur de délivrer le monde du laïcisme et de l’action démoniaque de la franc-maçonnerie, stigmatisée dans une précédente encyclique, il persistait à exiger des catholiques une soumission sincère et une participation loyale aux gouvernements maçonniques. Le jour même de la publication d’Annum Sacrum, Léon XIII renouvelait impérieusement aux catholiques français son ordre de ralliement à la République anticléricale et franc-maçonne  ! (…)

Or, c’est bien cela qui ne va pas dans notre Alliance avec Jésus, à la plus grande douleur de ses épouses et au désespoir de ses disciples et serviteurs  : que les hommes d’Église, à l’imitation des hommes d’État modernes, se réservent la jouissance des affaires temporelles, se faisant sourds aux promesses comme aux menaces de notre bon Sauveur et Pasteur, le Fils de Dieu et de l’Immaculée Conception, Jésus-Christ.

Que ce soit la raison «  des guerres, des famines et des persécutions  » d’hier, d’aujourd’hui et de demain, les prophéties de jadis, des derniers siècles et de cette fin de millénaire le disent assez  ! Mais cela se devait d’être démontré encore et encore, si l’on veut ne pas se voir refuser – pour la dixième fois  ! – les offres du Sacré-Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, pour enfin connaître les douceurs de leur Règne sur la terre comme au Ciel. (…)

CONCLUSION

Nous avons atteint, me semble-t-il, au secret intime de cette vie incomparable de Mère Marie du Divin Cœur, et qui la rattache à cette glorieuse lignée des épouses et servantes de Jésus, élues par Lui pour être ses messagères, qui durent subir comme une agonie, une honte, l’accomplissement de leur mission sacrée, avant d’être reconnues par la sagesse de l’Église, non plus comme une partie honteuse de son très saint Corps, mais une des plus saintes, des plus fécondes et glorieuses.

Ainsi la comtesse Maria, Westphalienne, devenue prieure du Bon Pasteur à Porto à la fin du siècle dernier, est encore, malgré sa béatification en 1975, considérée avec suspicion, plus honteuse que glorieuse, avec ses “ secrets ”, ses folles lettres au Pape, ses prédictions fantastiques et… leur échec total. Mais, le jour où l’Église voudra bien réviser sa propre histoire moderne, j’ai l’intime conviction que ce qui est “ partie honteuse ” de sa vie resplendira en gloire, et que la révélation inouïe dont elle fut porteuse, en prise avec d’autres plus anciennes et plus récentes, ne manquera pas de rejaillir en immense profit pour les âmes, l’exaltation de l’Église et la gloire de notre grand Dieu d’amour.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 356, mai 1999, p. 5-12

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