La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

L’Église, la guerre et la peine de mort

La morale est bien maltraitée à notre époque. Tout simplement parce qu’elle se présente comme un ensemble de lois régissant l’action humaine, individuelle et sociale, en un temps où les hommes détestent être commandés. (…) Même les chrétiens ne veulent plus obéir à des lois qui leur seraient imposées «  du dehors  » ou que leur conscience prétend opposer à leurs nerfs, à leurs instincts, à leur plaisir.

On a donc cherché un nouveau statut à la morale. Elle est coincée entre les idéologies métaphysiques, esthétiques ou religieuses, indémontrables, indiscutables mais souverainement arbitraires, et les sciences dites humaines devenues aussi variables et fantaisistes que l’opinion. (…)

De la sagesse morale séculaire, ce qui résiste à la critique dite scientifique tombe sous les coups portés de haut, de très haut, par l’Idéal, l’Utopie, la Foi, l’Évangile  ! Au bout du compte, il ne reste en fait de morale que la transposition au plan du devoir, des pulsions dominantes, individuelles ou sociales. Sociales plus qu’individuelles  : c’est la collectivité qui impose sa loi érotique ou puritaine, polémique ou pacifiste, aux individus. Loi oligarchique sous de fausses apparences de démocratie, car l’érotisme et la violence, ou leurs contraires, sont soufflés tour à tour sur les masses par des factions dominatrices pour lesquelles l’idéologie, les sciences, la morale plus encore, sont avant tout des instruments de mécanisation, de canalisation et de mobilisation des peuples. (…) «  Les idées dominantes sont les idées de la classe dominante  », disait Marx. Non  ! de l’Oligarchie, corrigeait Maurras. (…)

Qui veut faire œuvre de moraliste et découvrir les raisons et les lois de l’ordre humain, du bien humain, individuel et social, devra d’abord retourner à l’école des Anciens, du temps où l’intelligence n’était point serve de l’Or ou des Partis – car elle ne l’a pas toujours été -, pour ensuite confronter à cette morale naturelle et chrétienne, les morales sophistiquées du moment présent. (…)

Appliquons-nous à cette recherche pour ce qui concerne l’usage de la force et de tout genre de violence entre les humains. Notre plan est simple, volontairement dépouillé  : d’abord, exposer ce qu’enseigne la tradition de la sagesse des peuples et de l’Église, ensuite lui confronter les objections sophistiquées de la pensée contemporaine, enfin conclure.

I. DE LA LÉGITIME DÉFENSE

J’ai sous les yeux les différents manuels de morale de notre bibliothèque, antéconciliaires, classiques, dont je ne retiens que l’enseignement commun. Et si je me permets d’y ajouter quelque distinction ou complément, je le signalerai comme étant de mon chef, non de leur autorité reconnue.

«  TU NE TUERAS PAS  » (Ex 20, 13; Rm 13, 9)

La morale naturelle, vraiment universelle, ne reconnait à aucun homme un droit quelconque sur la vie de quelque homme que ce soit, pas plus d’ailleurs que sur l’honneur, la liberté, les biens de son prochain. La Loi Mosaïque révèle le fondement seul inébranlable et certain de ce respect et des interdictions qui en résultent  : la vie et la mort sont du domaine exclusif du Créateur. «  C’est moi qui fais mourir et qui fais vivre  », dit le Seigneur à Moise (Dt. 32, 39). «  Dieu est le Seigneur de la vie et de la mort  » (Missel Romain, cf. Häring, La Loi du Christ, t. III, 361-371).

En vérité, c’est la seule raison nécessaire et suffisante du respect de la vie humaine par l’homme et de la proscription de l’homicide. Cette raison est claire à toute intelligence qui se doit de reconnaître Dieu Créateur et Maître de toutes choses, elle est inscrite dans la conscience, et non dans la seule sensibilité qui étendrait aussi bien cette interdiction à toute vie animale  ; elle est commune à toutes les législations antiques, sauf exceptions injustifiables, et sauf l’exception fondée sur quelque «  droit divin  » délégué à des autorités humaines sur la vie de leurs sujets.

Cette inviolabilité, non de la vie humaine mais du droit de Dieu sur la vie et la mort des êtres humains – et si nous sommes bien instruits de la Révélation biblique, nous dirons mieux, sur la mort et la vie de l’homme, sur la mort afin de le faire vivre -, exclut le SUICIDE, y compris l’EUTHANASIE DÉLIBÉRÉE qui n’en est qu’une espèce déguisée, et le MEURTRE, y compris l’EUTHANASIE IMPOSÉE et l’AVORTEMENT, assassinats d’innocents sans défense, tout aussi criminels que les autres meurtres. (…)

Cependant, il ne serait pas raisonnable d’imposer aux individus, dans la condition historique de l’humanité, une loi proscrivant toute légitime défense comme contraire à la Loi de Dieu et à la Loi naturelle. Aucune société ne survivrait à la solennelle impunité ainsi reconnue aux voleurs, aux agresseurs, aux assassins et brigands de toutes sortes. La morale chrétienne a seulement apporté un ennoblissement à la morale commune en considérant qu’un être généreux peut préférer par charité, pour le bien spirituel de son agresseur, être tué plutôt que tuer, quand le risque et le mal ne sont encourus que par lui seul. Si des tiers étaient en danger, leur défense légitime prévaudrait et deviendrait pour tous un devoir sacré.

LES POUVOIRS DE L’ÉTAT SUR LA VIE HUMAINE  : LA PEINE DE MORT

«  L’organisation naturelle des familles en sociétés historiques tend à remettre à l’autorité commune le soin de la légitime défense, son contrôle, sa mesure. (…) Toute société policée tend à assurer ce bien vital de la SÉCURITE PERSONNELLE ET PUBLIQUE par l’organe d’une Police et l’institution d’une Justice, fondées et garanties par l’autorité souveraine du Prince, de l’État.  » (cf. Häring, t. III, pp. 678-680)

II ne peut être question de dénier à l’État ce droit de légitime défense reconnu aux individus, et devenu pour lui un devoir en vertu d’une sorte de «  pacte social  » qui le lui a transféré. Cette fonction consiste à répondre à toute injuste agression par la force publique et à rétablir la justice de façon éclatante, et cela sans restriction de pouvoir, jusqu’à donner la mort, car il faut de toute nécessité que «  force reste à la Loi  ». La seule question pendante est de savoir si en Justice, «  à froid  », l’Autorité sociale souveraine a le pouvoir de condamner à mort. La sanction «  vindicative  » ou «  médicinale  » de la peine de mort, pour assurer la légitime défense et la sécurité des citoyens, outrepasse-t-elle ou non les pouvoirs de l’État  ?

1. La peine de mort n’excède pas les Pouvoirs de la Justice humaine souveraine.

La morale universelle et chrétienne répond positivement  : la peine de mort, comme les autres sanctions afflictives, relève du pouvoir général de l’État sur la vie et la mort des citoyens pour la réalisation de sa fin suprême. Il faut ajouter immédiatement cette précision que ce pouvoir n’est pas à entendre absolument mais relativement. (…)

Il n’est pas question d’une délégation que Dieu ferait à quiconque de son droit absolu sur la vie et sur la mort des créatures  : le père n’a pas un tel droit divin sur ses enfants, ni le maître sur ses serviteurs, ni l’État sur les citoyens, fussent-ils esclaves ou parias. (…)

La tradition des peuples, l’Écriture Sainte et le Magistère de l’Église, mais aussi des arguments de simple raison, établissent la légitimité de ce pouvoir de coercition maxima, considéré comme un moyen de la Justice, comme un instrument institué, étendu, permanent, de légitime défense de toute société souveraine contre ses agresseurs passés, présents et éventuels. (…)

Pour ma part, j’ajouterais à cette considération étroitement pragmatique un principe de morale supérieure et religieuse, quoique d’ordre encore naturel, rationnel, principe visant la fin ultime de l’homme et le caractère sacré de toute autorité sociale légitime.

Je pense que la Justice humaine n’exerce pas seulement une activité de défense de l’ordre établi par des sanctions à visée exclusivement pragmatique  ; elle déclare le juste et l’injuste selon la Loi suprême de la vie, loi naturelle, loi de la conscience, loi divine. En prononçant la sanction et en la faisant appliquer, elle fait que la Loi demeure, que le transgresseur est contraint de la reconnaitre, que la société se l’entend rappeler. Ainsi l’exercice de la Justice humaine se trouve fondé sur le caractère absolu et inviolable de la Justice divine et le caractère implacable de ses sanctions éternelles. Il est nécessaire aux personnes individuelles, pour leur salut, que cet ordre supérieur soit rendu présent, actuel, par l’ordre subsidiaire de la justice des hommes. Il est bienfaisant que la sanction des tribunaux humains manifeste la réalité de la transgression de la loi divine, pour que l’homme respecte Dieu, craigne ses jugements et garde une vive conscience du souverain domaine de sa Justice. (…)

Quand le Livre des Nombres déclare que «  le meurtrier doit mourir  » (35, 31), il ne semble pas que la raison première en soit la sécurité publique, ou l’expiation du crime commis contre l’homme mais bien la punition nécessaire du crime commis contre Dieu auquel toute vie humaine appartient. Ce qui domine et contient toute justice, c’est à coup sûr le Droit de Dieu que la justice des hommes observe et fait respecter premièrement.

2. La peine de mort ne relève pas d’une nécessité de droit mais d’une nécessité de moyen.

La peine de mort est, dans la suite des sanctions que la nature offre à la justice des hommes, la plus grave, non «  l’irréversible  » comme on a dit, mais l’irréparable, l’irrémédiable. Son emploi est réglé, selon la plupart des manuels de morale, par sa nécessité de moyen pour assurer la sécurité et la tranquillité publiques. En suivant donc l’ensemble des moralistes, pour lesquels la justice des hommes n’a qu’un rapport idéal, ou imaginaire, avec la Justice divine, il faudra dire que la peine de mort n’est jamais de nécessité absolue, comme si les crimes les plus graves l’exigeaient nécessairement, mais de nécessité de moyen, en considération du but pratique à atteindre  : la défense efficace de la société contre le crime. Nous acceptons cette doctrine, comme un minimum certain, eu égard à l’infirmité de la justice des hommes.

Dans une telle perspective, la Loi du talion qui égale automatiquement la peine infligée au crime commis, la mutilation pour la mutilation, la mort pour la mort, représente une raideur de justice nécessaire pour les commencements, mais dont les sociétés plus parfaites ne peuvent se contenter. Plus évoluées, plus humaines, elles calculent la peine et l’appliquent comme à regret, en raison de l’urgence de la répression. Elles voudraient pouvoir la mesurer uniquement sur le degré de culpabilité subjective. De telle manière qu’on interprète comme une faiblesse, une tare, de l’ordre social la nécessité où se trouve un État d’appliquer la peine de mort pour lutter contre une vague de criminalité, et qu’on en vient à perdre de vue la gravité objective du crime pour ne retenir que la responsabilité subjective du criminel.

À mon avis, sur cette pente glissante, les moralistes en sont conduits fatalement à casser l’unité du jugement de justice criminelle en deux parts  : d’une part, on considère la sanction comme le fruit d’une évaluation toute pragmatique de l’état d’insécurité du groupe social – et envoyer un individu à la guillotine pour faire peur aux autres n’apparaît pas digne de la Justice  ; d’autre part, on veut la proportionner exactement au degré de culpabilité intime reconnu, et c’est demander aux hommes une sorte de jugement qui ne leur appartient pas et qu’ils ne voudront plus formuler.

Combien plus forte est la justice humaine dont la notion conserve un fondement religieux, sacré  ! Elle sanctionne le crime selon son injustice objective par un châtiment immuablement fixé par la Loi. Parce que cela est juste, à l’image de la Justice divine. Et que la tranquillité de la société en soit fortifiée tant mieux, mais c’est comme par surcroît, ce n’est pas le but premier et exclusif de la Justice. Il y a des crimes pour lesquels «  il faut  » que celui qui les a commis meure. Mais comme la justice des hommes n’est que l’analogue temporel, et déficient, de la justice divine, elle n’est pas œuvre de prêtres, elle n’est pas définitive ni infaillible. Aussi a-t-elle une grande latitude dans l’application des peines et répugne-t-elle à en prononcer d’irrévocables.

C’est dire que toute sanction, et particulièrement la peine de mort, résulte d’une réflexion et d’un jugement complexes qui ne peuvent être le fait d’aucun tribunal spontané, d’aucune «  justice populaire  », mais d’une institution permanente, indépendante, inaccessible aux passions, aux entrainements, ni purement idéale ni purement policière  : c’est un office aristocratique et non démocratique, relevant du Prince et non de la multitude.

LES POUVOIRS DE L’ÉTAT SUR LA VIE HUMAINE  : LA GUERRE

Toute société organisée tend à réserver à ceux qui la gouvernent le soin de sa sécurité intérieure, de la police et de la justice qui en sont le bras et le cœur, comme du pouvoir législatif qui en est le cerveau. De même, toute société organisée confie à ceux qui la gouvernent la responsabilité de son indépendance, c’est-à-dire de sa sécurité par rapport aux sociétés étrangères, voisines, rivales ou ennemies. Le droit de faire la guerre relève du Pouvoir légitime auquel revient la sauvegarde de l’existence et des droits moraux et matériels de toute société souveraine.

Quelle que soit l’histoire des groupes humains, tous font paraitre à tout moment, à l’échelon de la famille, de la tribu, de la nation ou de l’Empire, une limite, une frontière définissant leur communauté organisée autour d’un Pouvoir souverain. Au-dedans de cette limite, la Paix est œuvre de Justice  ; au-dehors, elle est œuvre de Force. Au-dedans, les crimes individuels, les injustices et les séditions peuvent être réprimés, jugés, sanctionnés grâce à l’intervention mesurée du Pouvoir central, parce qu’il dispose d’institutions arbitrales, puissantes, incontestées, souveraines.

Mais au-delà de ces frontières de souveraineté, et cela veut dire actuellement au-delà de toute communauté politique régie par un État souverain, les disputes, les contestations, les agressions, ne trouvent pas, ne trouvent plus, ou pas encore, d’institutions de justice supérieure capables de les dirimer, de les apaiser. (…) Il revient donc aux États nationaux d’assumer la défense nationale, le salut public, par le seul recours possible en cas de conflit, la force des armes.

1. Tout État souverain est détenteur du Pouvoir légitime de faire la guerre pour la défense de la Nation.

Le pouvoir de faire la guerre est la réplique, à l’échelle des groupes humains, du droit de légitime défense reconnu à tout homme isolé en face d’un agresseur dangereux. L’appui de la force armée doit être reconnu au Droit, ou alors les sociétés les plus évoluées seront les plus vulnérables  ; elles seront livrées à la violence matérielle de leurs agresseurs par cette pire violence morale qui leur aura d’abord interdit toute défense  !

Si le droit de guerre pose un problème particulier au moraliste, cela vient de son caractère démesuré, barbare. De même que la lutte de deux hommes, quand nulle police n’intervient, revêt un caractère de violence sans règle, sans frein… de même, la guerre déclarée met en mouvement des forces qui, dès lors, échappent à la mesure du tort subi ou de la menace encourue. (…) La guerre est la conséquence fatale de l’état dissocié de la famille humaine. (…)

Ce droit de guerre n’est pas absolu, il n’a de valeur que relative, comme d’un moyen ultime de défense de la Nation. Son exercice ne dépend que du souverain, de celui qui dirige l’État  ; à lui revient de formuler le jugement de convenance et d’urgence d’un tel recours. En aucun cas, ce droit n’appartient aux personnes privées, contrairement à un mode de penser trop répandu de nos jours dans nos sociétés individualistes et démocratiques. La morale classique n’admet pas le terrorisme, la guérilla, la lutte de partisans dans une Nation en état de paix ou d’armistice… Ajoutons que ce droit de guerre ne peut être correctement exercé que par un État fort, dont les dirigeants ont un sens élevé du bien commun, un éloignement sûr et constant de toute passion, de vengeance, d’ambition, comme de tout impérialisme… et qui dispose d’institutions diplomatiques et militaires supérieurement organisées.

2. Le droit de guerre est toujours relatif à la conservation paisible du bien commun national.

Il y a dans la guerre, par nécessité, une part de violence délibérée, portée à son comble, pour rompre l’équilibre des forces et obtenir la victoire sur l’adversaire. Ce que l’injuste agresseur fait pour l’emporter, le légitime défenseur doit bien le faire aussi et plus encore  ! Cependant une certaine mesure raisonnable, une proportion doit être gardée, qui mette en rapport constant de moyen à fin la guerre avec le bien commun de la Nation. Une loi morale subsiste, domine les adversaires, que chacun doit s’efforcer de maintenir au-dessus de la force déchaînée. À tout moment, le Prince doit comparer le mal de la guerre et ses possibles accroissements avec le mal que la Nation subirait de l’abandon, de la renonciation à sa défense…

Je précise, ce que ne font pas les auteurs les plus modernes, qu’il s’agit ici de comparer non seulement les dommages matériels et les pertes de vies humaines, mais encore les maux spirituels et les périls encourus, par exemple la perte de points stratégiques engageant l’avenir, ou l’abandon de populations à une domination barbare, ou leur livraison à la persécution religieuse ou à l’extermination. Est juste et légitime, nécessaire et même charitable, toute guerre qui ne pourrait être évitée qu’au prix d’un dommage qualitativement supérieur aux dommages immenses des combats. Est injuste toute guerre dont le gain ne sera jamais en rapport avec les pertes subies et la démoralisation encourue.

a) Un jugement moral doit donc intervenir dans la DÉCLARATION DE GUERRE. La guerre n’est pas de nécessité de droit, ni de nécessité métaphysique ou religieuse. Néanmoins le salut spirituel ou temporel d’un peuple, sa défense contre l’agression ou les revendications injustes d’un ennemi portant atteinte à ses droits, à sa dignité, à sa sécurité, peuvent rendre cette déclaration légitime. Le Souverain, le Chef de l’État en est juge.

b) Le jugement moral devra sans cesse s’exercer sur la CONDUITE DE LA GUERRE. La civilisation ayant fait de la guerre une Affaire d’État, il est devenu conventionnel que la guerre est faite à la Nation adverse et non particulièrement à chacun de ses citoyens pris individuellement. Il en ressort une certaine moralité de la guerre, que les deux partis doivent respecter également, qui réprouve les bombardements de populations civiles, les destructions de trésors de civilisation ou des instruments de travail des pauvres, le massacre des prisonniers, les vengeances pour les revers subis, les tortures pour interrogatoires, etc.

Le droit relatif de la guerre se présente aussi sous l’aspect plus rarement signalé de l’homogénéité du moyen à la fin poursuivie  : il faut préserver le caractère civilisé, juste, religieux, paisible et bon, d’un peuple en guerre afin qu’il ne perde pas son âme dans cette épreuve, et qu’il ne dissipe pas son capital moral et spirituel dans l’obsession d’une victoire plus sûre, plus rapide et plus entière, car ce n’est pas la victoire qui est sa fin mais sa tranquille vie civilisée. (…)

c) Enfin le même rapport du moyen à la fin doit décider de la CESSATION DES HOSTILITÉS et de la recherche des conditions de la paix. Soit que la défaite apparaisse probable ou certaine, soit que le malheur de la guerre se prolonge sans fin prévisible, soit que la victoire survienne, le moment et les conditions de la paix relèvent d’une appréciation politique que règle une mesure morale. Autant dire que le Souverain doit être absolument libre, maître de ses passions comme des mouvements de l’opinion, pour décider en fonction du seul bien commun, des exigences de la sécurité future de la Nation, de la reconnaissance par l’ennemi de ses droits et de sa dignité, de la réparation des dommages subis… (…)

Ajoutons aux manuels de morale, même chrétiens dominés par le seul pragmatisme social et ses exigences immédiates, que les gouvernements des nations ont pour fin immédiate la conservation de la paix, mais ils ont pour fin ultime la formation et l’affermissement d’un concert entre les peuples, mission qui leur vient d’une délégation du Créateur lui-même. Le droit de guerre acquiert là une noblesse évidente, dans la mesure où il est le moyen de sauvegarder à travers les aléas, les hauts et les bas de chaque peuple, l’équilibre international et la paix universelle…

Le Pouvoir est donc d’une si haute dignité, d’un exercice si élevé, il met en cause de telles responsabilités et entraîne de telles conséquences qu’il doit être remis à un Corps de l’État ou à une Personne, suffisamment doués de compétence, de réflexion, de conscience, préservés de tout entrainement, qu’ils ne puissent commettre de grande faute que par exception. C’est là encore un office royal, un «  pouvoir régalien  », qu’il est impensable de remettre à l’opinion, aux masses, aux partis et à leurs passions successives, contradictoires, immodérées.

UNE MODESTE SAGESSE, DIVINE ET HUMAINE

Telle est la morale universelle, à quelques variantes près, et telle est la morale révélée, mise en exercice durant l’Ancienne Alliance par une sorte de gouvernement direct de Dieu, et dans la Nouvelle laissée à l’autorité de l’État sous le contrôle étroit de l’Église. (…) Elle n’a pas condamné l’usage de la force, le recours même à la violence, mais elle a prétendu mettre l’une et l’autre au service du Droit. Les Sages du paganisme, et Dieu, le Dieu des Juifs puis le Christ des Évangiles, n’ont jamais prétendu venir à bout en ce monde de tout homicide et de toute guerre  ; bien plus, ils ont compris, Il a bien su, que même leurs lois morales seraient invoquées au service de l’injustice et de la cruauté, les rendant plus insupportables. (…)

Ils ont tâché, et ils ont réussi à la mesure de la grâce et de la bonne volonté des hommes, de susciter une force juste plus forte que la force aveugle et injuste, des violences légitimes et fécondes refoulant, neutralisant, anéantissant les violences barbares et les cruautés inutiles.

On pourra faire mieux  ? C’est à voir… Ce qu’ils ont fait n’était déjà pas si mal  !

II. VIOLENCE ET NON VIOLENCE

(…) La morale naturelle et chrétienne ayant proclamé la force une vertu et reconnu la légitimité relative de la violence, en les contenant dans de strictes limites, elle se trouve en butte aux critiques des non-violents et des pacifistes qui condamnent tout déploiement de force et toute guerre, mais aussi à celles des violents et des forcenés qui prétendent au contraire exalter la force et la guerre au-delà de toute mesure et sans aucun souci de moralité ou de justice. Que ce soit pour le triomphe de l’Ordre, de l’État, de la Classe ou de la Race considérés comme des biens et des pouvoirs absolus, ou pour le respect inconditionné de la loi divine et des impératifs de la conscience, ou pour l’avènement historique de l’Utopie, violence et non-violence portées à leur absolu s’opposent mais ruinent de concert la morale traditionnelle.

L’ANTIMORALE DE LA FORCE ABSOLUE

(…) Dans le cas de l’Eugénisme racial, national ou social qui attribue à l’État le droit de l’égaliser l’avortement, voire l’infanticide, dans l’intérêt biologique ou politique ou bassement économique de la société, dans celui de l’euthanasie et dans celui des camps de rééducation pour opposants politiques, la Justice ne domine plus le Pouvoir pour en régler la Force, c’est le Pouvoir qui use de sa force sans autre mesure que son intérêt. Cela devait arriver quand, depuis longtemps, la justice n’était plus elle-même subordonnée au droit divin mais était considérée comme un simple rouage de l’État, exclusivement occupé au maintien de la sécurité et de l’ordre public. Fallait-il donc arriver à ces excès pour démontrer qu’il n’y a pas de morale, pas de justice, pas de police qui tienne sans quelque fondement transcendant, sans religion, sans Dieu  ?

De même, dans les relations internationales, l’antimorale de la Force confère à la Nation, à la Race, à la Classe, un pouvoir illimité de violence sans autre justification que politique, comme moyen normal de libération, d’exaltation, d’expansion, d’hégémonie du plus fort.

C’est devenu un réflexe conditionné, dès qu’on évoque la violence au service de l’idéologie, de penser au Pangermanisme et à son dernier avatar, le Nazisme. Sans doute  ! L’État allemand a reçu de Luther, de Fichte, de Hitler, pour dogme national, racial, que la guerre était chose noble et bonne quand elle servait les intérêts de la race germanique, de la Nation allemande, qui est au-dessus de tout dans le monde, et qu’il n’y avait pas à s’embarrasser de préjugés moraux dans l’utilisation de la force. Mais d’autres idéologies ont régné et règnent encore qui professent la même antimorale tels le Judaïsme et l’Islam dont les doctrines de la Guerre Sainte, religieuse et raciale, ont pour origine la même Bible mal entendue. Héritière de ses devancières, en particulier juive et germanique, l’antimorale communiste est la pire de toutes et pourquoi est-elle si curieusement passée sous silence par les moralistes occidentaux et chrétiens  ? Son matérialisme dialectique fait de la violence le ressort de l’histoire sans aucun souci de la moralité des fins ni d’aucune mesure dans l’usage des moyens. (…)

Fallait-il en arriver à ces excès pour que nos pays civilisés comprennent qu’en face des barbaries anciennes et modernes pour lesquelles il n’est point de limite à la violence utile, la seule morale qui puisse faire barrage est celle qui se fonde sur des Vérités, des Lois sacrées, universelles, plus fortes que les idolâtries et toute dialectique pour les détruire, plus justes que toutes les théories politiques pour leur imposer une mesure et un ordre général  ?

Car en dehors de toute foi divine et, je ne crains pas de l’affirmer, en dehors de l’enseignement révélé de l’Église Catholique, il est impossible de réfuter et de rejeter l’antimorale de la violence. Si Dieu n’est pas reconnu, si l’amour paternel de Dieu pour chaque homme, pour chaque peuple, n’est pas religieusement professé, alors le droit de l’homme sur l’homme ne connaîtra plus de mesure. L’État, ou le Parti, mais pourquoi pas la tribu, ou le gang, se réclamera d’une idéale supériorité, fera de sa force un droit et exterminera sans vergogne tout ce qui lui fera obstacle.

Il est de fait que cette antimorale domine de vastes régions du monde. Elle semble aussi fasciner nombre d’intellectuels et gens de Lettres, éternels parents pauvres des oligarchies, gens de cerveau et, non de muscle, chiens couchants de toutes les dictatures. Nous courons ainsi aux pires barbaries de l’histoire et qu’elles soient racistes ou socialistes ne change rien à leur cruauté sans limites.

Dans cette montée de la violence, pour s’opposer au culte de la force brutale, il semble que toute position moyenne soit suspecte de compromission et frappée d’ambigüité. Est-ce par détestation de l’excès, est-ce par excès contraire  ? À l’antimorale de la violence répondent les hypermorales du pacifisme et de la non-violence absolue.

L’HYPERMORALE DE LA NON–VIOLENCE

Pour ramener la justice et la paix sur la terre, une nouvelle morale préconise tout simplement la proscription de toute violence, la condamnation de tout recours à la force dans les conflits humains, la reconnaissance de l’inviolable dignité de toute personne, la proclamation solennelle et le respect absolu des Droits de l’Homme et du Citoyen. Ne faudrait-il pas en revenir au Décalogue dans sa formule abrupte  : «  Tu ne tueras pas  »  ? (…)

Alors l’humanité pourrait consacrer toutes ses énergies et ses richesses à développer sa prospérité matérielle et sa culture  : des écoles au lieu de casernes, des hôpitaux au lieu de prisons… Elle lutterait d’un commun accord contre les maux et les misères qui l’accablent, contre les injustices et les inégalités. Ce serait hautement moral et plus intelligent que de s’épuiser en violences et en guerres infinies…

Tel est le programme. (…) Si cela est possible, il faut s’y employer sans rien ménager. Qu’on nous le démontre donc  ! Mais nos hypermoralistes veulent de nous cet acte de foi que nous y obéissions comme à une loi divine sans savoir si cet idéal est humain, si cette voie est praticable, et que nous n’hésitions pas à sacrifier pour ce futur incertain la sécurité de notre présent. Il faut, disent-ils, s’engager «  prophétiquement  » dans les armées pacifiques de la non-violence, de l’objection de conscience, de l’internationalisme, du désarmement, de l’antimilitarisme, du pacifisme, à l’encontre même des lois de notre Nation, suivant la loi de notre pure conscience individuelle…

Voilà qui mérite tout de même un instant de réflexion  !

D’ABORD, ÉCARTER TOUTE MORALE SÉLECTIVE

Avant d’examiner la valeur d’une telle doctrine morale, il convient de dénoncer et d’exclure du débat ceux qui pratiquent un refus sélectif de la violence. Il doit être admis entre moralistes que toute loi morale énoncée universellement doit être appliquée de la même manière, ici et là, à droite comme à gauche, aux patrons comme aux ouvriers. (…)

L’hypocrisie de la morale sélective nous tend souvent des pièges subtils, où tout le monde se laisse prendre. Ainsi les non-violents reprochent surtout leurs violences, en particulier la torture, aux armées, aux polices des États civilisés, chrétiens. Ils excusent les autres, musulmans, bolcheviques, de la pratiquer en grand et sans scrupule. Car, argumentent-ils, leur religion, leur matérialisme athée ne la leur interdisent pas  ! Ce moralisme sélectif accable donc les meilleurs, parce qu’ils sont meilleurs, et apporte un important renfort moral aux pires, parce qu’ils sont pires  ! (…)

L’erreur de toute cette morale sophistique, qui depuis trente ans casse le moral de l’Occident face aux barbares, consiste en ceci. Nos moralistes sélectifs nous ont donné à croire que la culpabilité d’un acte désordonné est aggravée par la justice générale de la cause où il s’inscrit et la moralité habituelle de celui qui le commet. Alors qu’en toute vérité elle en est socialement atténuée. L’acte criminel commis par les forces d’un État légitime dans une juste cause, choque davantage, mais il est plus excusable que le même acte commis par des forces illégales au service d’une cause injuste. Tant que les bandes terroristes ne seront pas mises hors de combat, il sera “ moral ” de soutenir les forces de l’ordre qui les pourchassent, quitte à réprouver en sourdine les excès ou crimes qu’elles commettent. Mais la morale faussée de nos progressistes fait rejaillir l’immoralité des actes de la Justice ou de l’Armée sur leur être même, pour en arriver à faire basculer la légitimité morale dans l’autre camp où elle n’a vraiment que faire  ! (…)

L’hypermorale de beaucoup de purs parmi les purs, est à notre époque l’instrument le plus efficace mais le plus… immoral de la guerre psychologique. Il faut la récuser absolument quand elle joue ce jeu partisan. Car la morale n’est pas donnée par la nature, par la conscience et par Dieu pour la condamnation des bons et l’exaltation des méchants, ni pour accroître la puissance et l’orgueil des criminels et des pervers en désarmant et déconsidérant les forces de défense des faibles et des innocents. S’il existe une morale humaine sûre et obligatoire, elle doit être bienfaisante et efficace, ou bien il n’y a pas de morale du tout. Il ne saurait y avoir de morale partisane et contre nature.

LA NON-VIOLENCE SINCÈRE ET ABSOLUE

La condamnation de tout usage de la force et de la violence ne vaut donc que sous sa forme nécessaire et universelle, théorique et pratique. Et encore faudrait-il traquer une dernière hypocrisie possible, celle des pacifistes et non-violents insincères, parasites d’une société qui les protège sans qu’ils veuillent le remarquer, par des bombes, des armées, des tribunaux, qu’ils font profession bruyante, mais sans risque, de ne point admettre. Ridicule fausseté d’une telle morale  ! Reste seul en ligne l’apôtre sincère d’une non-violence intégrale, prêt à assumer tout le péril de sa théorie et, pour plus de crédibilité, déjà victime de ses idées. Je n’en connais point, mais enfin il peut en exister.

1. Au nom de quoi, au nom de qui réprouver tout usage de la force, toute violence, la peine de mort et la guerre  ? Au nom de la Conscience, de Dieu, des Droits de l’Homme  ?

(…) Quand le non-violent, l’objecteur de conscience, le pacifiste invoque sa conscience, son Dieu, son Christ ou son Évangile, il est évident que nulle discussion, nul argument de bon sens, nul intérêt temporel ne pourra entamer les certitudes de cette foi, de ce mysticisme. (…) Toute remarque touchant les catastrophes qui résulteront nécessairement de pareil évangile tombe à faux, s’avère parfaitement vaine. Toute objection de raison se brise sur le roc de cette foi en l’absurde.

Reste seule capable de l’affronter et de la vaincre la foi catholique, seul l’Ordre divin de la morale chrétienne honoré par des siècles de haute civilisation. Et le refus de tant de rêveurs d’écouter cette tradition majeure démontre la perversité de leur prétendue morale, leur haine de l’ordre terrestre, leur projection dans l’absolu du plus délirant des MOI humains.

Rien n’ébranle de tels illuminés, et toujours ils trouvent des peuples pour les suivre. C’est pour eux qu’il faut maintenir les tribunaux des Saintes Inquisitions, leurs prisons, leurs bûchers si nécessaire, faute de quoi ils aideront à la destruction du monde par leurs appels à la désertion des peuples civilisés menacés par les nouveaux barbares.

2. Comment maintenir la sécurité, l’ordre et la paix des sociétés par pacifisme et non-violence  ?

Bien que l’homme doive obéir sans davantage réfléchir aux conséquences dès lors que Dieu ordonne, les pacifistes et non-violents ornent généralement leur flambante morale de quelques compléments rassurants. Ils y font miroiter d’autres moyens, moins coûteux, moins cruels, d’assurer l’ordre et la paix, de faire régner la justice, tels que les concessions mutuelles, le pardon des injures, la négociation, «  le rameau d’olivier à la main  » (sic). (…)

Les discours et sermons pacifistes de Sangnier et de Jaurès nous ont valu les hécatombes de 1914-1918; ceux de Briand et de Pie XI nous ont menés au désastre de 1940 et l’Europe a compté soixante millions de morts  ! Les rêveries montiniennes et conciliaires appellent, accélèrent, puis ensevelissent dans un silence complice les effroyables guerres et génocides du Vietnam, du Laos, de Timor et du Mozambique, de l’Angola, du Liban… La paix, un leurre  ! (…)

Seule encore la religion catholique reconnue par l’État Chrétien comme la fidèle et unique interprète de la Loi de Dieu est capable de sauver, en même temps que les droits et les pouvoirs de la Justice humaine et des États, la sécurité et la vie des faibles et des innocents. Un État neutre, libéral ou athée est d’avance livré aux mauvais coups de tous ces illuminismes. (…)

TOUTE AUTORITÉ VIENT DE DIEU

Morale de la non-violence et morale de la libre-violence, si contradictoires qu’elles soient, se complètent et se renforcent l’une l’autre si l’on observe que tout conduit à réserver la pure violence aux nations de proie, aux hommes cruels qui la revendiquent, et la non-violence… à leurs victimes qui devraient s’en laisser persuader. (…) Dès lors, il n’y aura de paix que dans la justice, comme tout le monde aujourd’hui le proclame, mais la justice entendue au sens d’une victoire totale de l’un, du plus violent, du plus exigeant, du plus fort, et la démission de l’autre, le moins nerveux, le plus faible, celui qui hésite sur son droit. (…)

Quelle idée meut le voleur ou l’assassin  ? (…) Bien avant Nietzsche et longtemps après, la morale du surhomme entête le brigand, le patron sans scrupule, le despote, le prolétaire révolté. Ce qui les met en mouvement, c’est un sens illimité de leurs droits, de leur dignité, de leur supériorité. C’est le CULTE DE L’HOMME, vécu sous la forme délirante mais logique du CULTE DU MOI.

Quelle idée meut le prophète de la non-violence et du pacifisme absolu  ? La même idée  ! Le même culte de l’homme, mais vécu sous la forme non moins délirante du CULTE DE L’AUTRE. La dignité de l’homme, les droits de l’homme sont invoqués, honorés, adorés, par ces philanthropes impénitents à propos du pire des criminels, mais justement celui-ci communie avec eux dans ce sentiment de sa dignité absolue, supérieure à toute justice, et de ses droits inamissibles, qui s’opposent à toute sanction, à toute peine de prison, de torture ou de mort  ! Ils s’entendent fort bien  ! L’un dans l’arrogance, l’autre dans la révérence. L’un est dieu, l’autre est son prêtre  ! Mâle, et femelle  ! (…)

Comment sortir de cette machine à crimes, à violences, à guerres folles, qui s’appelle LE CULTE DE L’HOMME  ?

En retrouvant LE CULTE DE DIEU, du seul et unique Dieu Créateur et Maître de tous les hommes auxquels il a donné vie, dignité, droits, non pas inamissibles, absolus, sacrés, mais tout relatifs à son service et réglés par ses Lois. C’est pourquoi l’homme n’est pas dieu contre Dieu, mais fils de Dieu et frère des autres hommes. S’il refuse, s’il se prétend dieu, unique, absolu, il cesse d’être fils et frère, pour se ravaler au rang des démons, plus bas que la bête sauvage… Dès lors, il n’est plus protégé, il mérite d’être puni. Adam, pour s’être révolté, a encouru pour lui et pour ses descendants la peine de mort. Et toute peine de mort n’est que la ressemblance de cette première atteinte, divine, délibérée et juste (et rédemptrice), portée à la vie de l’homme par Dieu. Ses descendants, pour punition de leur orgueil, construisant leur Tour de Babel, ont été punis par la division des langues, les laissant dressés les uns contre les autres jusqu’au temps où ils reviendront à leur Dieu, et livrés à la guerre pour châtiment de leur révolte. C’est enfin ce même Dieu, juste Juge, qui, après cette vie les glorifiera, honorera, récompensera selon leurs mérites ou au contraire, proclamant leur indignité et la perte de tous leurs droits par leurs fautes, les condamnera à la prison éternelle, aux tortures de l’enfer, à l’horreur de la seconde mort…

L’un et l’autre indignés, le violent et le non-violent, le belliciste et le pacifiste, d’une seule voix protestent, refusent de croire et d’entendre que la mort est d’abord une peine divine, que la guerre est l’effet d’un châtiment divin, que la torture et la réclusion perpétuelle de l’enfer soient le lot des hommes méchants. Dieu ne peut ainsi injurier l’Homme  ! «  Dieu ne peut me faire cela à MOI   », clame l’assassin ou le tortionnaire  ! «  Dieu ne peut te faire cela à TOI, souffle en écho le pacifiste, non, JAMAIS  !  »

Nous autres, humanistes chrétiens, moralistes catholiques, parce que nous croyons que cela est ainsi, nous ne nous étonnons plus, nous n’avons rien à objecter à cette condition historique où Dieu nous a situés. (…) Ainsi la Justice humaine a reçu la fonction, le pouvoir, le droit et le devoir d’ôter aux méchants leurs droits, leur dignité, de les incarcérer, de les torturer, de les condamner à mort, anticipant sur sa Justice à lui, et parfois les conduisant par ces dures leçons à se convertir pour revivre et retrouver leur dignité humaine à travers la peine et jusqu’à travers la mort, pour l’Au-delà.

Du moment que l’HOMME EST PLUSIEURS, il ne peut pas sans mensonge être considéré comme le sujet de droits inamissibles, absolus, sacrés. Ni les biens, ni la liberté, ni la vie de l’homme ne sont “ sacrés ”, mais créatures du SACRÉ PAR EXCELLENCE qui est DIEU. C’est Dieu qui mesure à l’homme, sa créature en chemin d’éternité, sa part de droits, de dignité, de vie, dont il peut le dépouiller quand et comme il veut. Et de cette mesure, la Justice humaine est en partie la dispensatrice, pour autant qu’elle règle les rapports fraternels et maintient la concorde entre les hommes. C’est l’ultime révélation chrétienne en ce domaine de la justice et de la guerre que toute autorité vient de Dieu et reçoit de lui ce pouvoir de châtier l’individu à la mesure de ses fautes, comme de combattre et d’user de toute la force nécessaire pour la sauvegarde des nations et la défense des plus faibles et des innocents.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC tome 8, n° 103, mars 1976, p. 3-10

 Pour en savoir plus >