Il est ressuscité !
N° 281 – Octobre 2026
Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard
Évêque, tu ne tueras point !
LE CRIME LÉGALISÉ
Le texte sur l’euthanasie a définitivement été adopté par l’Assemblée nationale le 15 juillet 2026 et promulgué le 18 août. Cette loi crée un droit à l’euthanasie pour certains patients, en présence d’un soignant, en prévoyant le suicide assisté et, dans certains cas, une exception d’euthanasie.
Les conditions d’accès sont les suivantes : être majeur, être de nationalité française ou résider en France, être atteint d’une affection « grave et incurable », quelle qu’en soit la cause, engageant le pronostic vital, en phase terminale, ou seulement à un stade avancé, présenter une souffrance physique réfractaire aux traitements ou jugée insupportable, et être capable de manifester une volonté libre et éclairée.
Des critères extrêmement larges donc, validés à l’issue d’un débat truqué, comme l’a courageusement dénoncé madame Hanane Mansouri – honneur à elle –, 25 ans, marocaine d’origine, député et benjamine de l’Assemblée nationale :
« L’intitulé de cette proposition de loi est faux. Il ne crée pas une “ aide à mourir ’’, il crée la possibilité de provoquer la mort comme prétendue réponse à la souffrance. Pourquoi tant d’efforts pour éviter les mots d’euthanasie et de suicide assisté ? Parce que chacun sait que les mots ont un sens. Changer les mots permet parfois de changer plus facilement les consciences. »
Certains professionnels de santé ont pourtant dénoncé avec alarme les graves problèmes moraux qu’entraînera une telle loi. Éric Mercier, infirmier, a expliqué sur TV Liberté :
« Les risques les plus graves concernent d’abord les jeunes dépressifs, qui sont pour le moment relativement protégés par l’actuelle proposition de loi, mais qui pourraient être les premiers concernés, notamment en raison d’une demande d’harmonisation mondiale sur le marché du prélèvement d’organes. Lorsqu’on connaît la date et l’heure d’un décès, on bascule dans une gestion des flux (...).
« Ma deuxième grande inquiétude est que cette loi a besoin d’un cheval de Troie : la loi sur les soins palliatifs. Or, celle-ci ne prévoit aucune évaluation des protocoles de sédation profonde et continue, aucune évaluation pharmacologique et, surtout, repose sur une proposition d’autofinancement. C’est ce que les Anglais ont mis en œuvre jusqu’en 2014 avec le programme Liverpool Care Pathway. Ils en étaient arrivés à 100 000 décès par an lorsqu’ils ont eux-mêmes décidé d’y mettre fin. L’avenir est sombre. » (1er juillet 2026)
UNE GUERRE DE RELIGION
Il va sans dire qu’au-delà des enjeux financiers, une véritable guerre de religion entre la morale et la laïcité, entre Dieu et l’homme, se joue. Les francs-maçons en ont bien conscience et ils ont bien l’intention d’aller plus avant dans le crime, au nom de l’ultime liberté, de l’égalité et de la compassion fraternelle.
Le docteur Jean-Louis Touraine l’a clairement exposé lors d’une conférence donnée en novembre 2024 : « On n’obtiendra pas tout de suite tout ce que l’on souhaite dans la première loi, car vous avez vu la frilosité dont notre pays fait preuve sur ces questions-là ?! Il faut obtenir le plus possible et, surtout, une fois que nous aurons mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans pour réclamer une extension du dispositif.
« Je ne vous apprends probablement rien en vous disant que, dans la première loi, il n’y aura pas les mineurs. Il n’y aura pas non plus les maladies psychiatriques, ni même la maladie d’Alzheimer.
« Tout cela ne viendra donc pas tout de suite. Mais dès que nous aurons obtenu une loi pour les personnes atteintes de la maladie de Charcot, pour certaines formes de tumeurs généralisées et pour telle ou telle autre affection, nous pourrons ensuite demander une extension du dispositif, en faisant valoir qu’il n’est tout de même pas normal que certains Français, en raison de la maladie dont ils souffrent, y aient droit, tandis que d’autres en soient exclus. Il faudra donc introduire cette égalité. Je pense que ce sera un combat important, que nous devrons poursuivre également au moment de l’application de la loi. »
Les opposants à cette loi ont réussi à arracher quelques garanties, notamment une clause de conscience, permettant aux professionnels de santé, en particulier aux catholiques, de refuser d’administrer la substance létale ou de participer, à quelque titre que ce soit, aux procédures d’euthanasie.
En contrepartie, le professionnel qui refuse de participer à cette procédure doit signaler sans délai son refus et fournir le nom de confrères disposés à s’en charger. En somme, sa conscience peut lui interdire de donner la mort, mais pas de déléguer à un autre le soin de faire la besogne.
Et si le soignant travaille dans un établissement de santé qui refuse l’euthanasie, cet établissement doit lui aussi permettre l’intervention d’exécutants disposés à administrer la substance létale. Une seule réserve, spécifiée le 14 août par le Conseil constitutionnel, est venue protéger ces établissements : leur refus peut être admis, lorsqu’il est « manifestement contraire aux missions statutaires ou au projet de l’établissement » et uniquement « lorsque d’autres établissements sont en mesure de répondre aux besoins locaux ». Autrement dit, cette liberté de refuser reste strictement encadrée. Il ne faudrait surtout pas que l’opposition à l’euthanasie puisse faire obstacle à sa mise en œuvre !
C’est précisément contre ce risque, redouté par Jean-Louis Touraine et exprimé lors de sa conférence de novembre 2024, celui de voir certains établissements et professionnels de santé se soustraire au crime, que s’inscrit cet acharnement :
« Comme pour l’IVG, vous allez voir que certains établissements diront : “ Ici, circulez, il est interdit de pratiquer des euthanasies ou des suicides assistés dans tout l’établissement. ” Pourquoi diront-ils cela ? Parce qu’ils invoqueront la clause de conscience. Certaines cliniques disent déjà : “ Nous invoquons la clause de conscience, nous ne pratiquons pas d’IVG ici. ” »
« Demain, certains services de soins palliatifs diront : “ Ici, nous ne pratiquons pas l’euthanasie. ” Mais croyez-vous que des murs aient une conscience et puissent invoquer la clause de conscience ? »
Pour cette raison, l’Association (maçonnique) pour le droit de mourir dans la dignité et ses alliés sont montés au créneau. Dans Libération, sa vice-présidente a dénoncé la clause permettant aux établissements de refuser l’euthanasie comme une « survivance confessionnelle difficilement justifiable » et comme la création de « zones de non-droit pour la laïcité ».
QUAND NOUS DÉLIVREREZ-NOUS, SEIGNEUR !
Contre cette loi, les opposants, parmi lesquels les évêques et même le Pape, ont invoqué plusieurs principes fondamentaux : la liberté de conscience, la liberté religieuse, le droit à la vie et la défense de la dignité humaine. Lors de son voyage en France, à Lourdes, le Pape a martelé avec force que « ce qui est légal n’est pas forcément moral ».
Cette déclaration a fait grincer des dents, mais elle n’aura pas davantage d’impact que les autres, car ces prises de position se fondent sur des principes issus de la Révolution, lesquels se retournent systématiquement contre nous et nous privent du secours de Dieu.
Ce n’est pas au nom de la dignité humaine que l’Église doit maintenir sa « désapprobation » et son « engagement » pour « la vie », comme l’a publié la Conférence des évêques de France dans son communiqué du 15 juillet, mais au nom de la divine loi naturelle révélée dans l’imprescriptible Décalogue, comme l’a rappelé Mgr Lebrun dans un communiqué diocésain laissé sans écho... Le Saint-Père et nos évêques ont oublié dès le départ tout l’essentiel religieux et moral de leur position pour n’en plus retenir que de minces valeurs humaines et terrestres.
Pour nos évêques, pendant toute la campagne, l’enjeu était essentiellement politique, mais aussi culturel et humaniste. Point du tout religieux. Un débat entre hommes, un temps de libre « expression de nos convictions et de dialogue avec tous », pour régler ce problème humain, dont dépend l’avenir des hommes.
D’un coup, sans même que ce soit dit, la position de l’Église cesse d’être le rappel d’une indiscutable, indébattable, loi de Dieu dont dépend la vie éternelle des assassins et de leurs complices proches ou lointains, députés, journalistes ou évêques. L’euthanasie cesse d’être un crime indiscutable pour lequel il n’existe point d’exception. La loi cesse d’être intangible, sans atténuation possible, sans assouplissement concevable.
Nos évêques ont débattu de l’euthanasie, du point de vue de l’homme et non plus du point de vue de Dieu, ni du point de vue du malade qu’on tue.
En congédiant Dieu, Jésus-Christ, la grâce de la vie surnaturelle des sacrements, les réalités morales et religieuses fondamentales, le péché, la rédemption, le mérite, la charité envers le prochain, le renoncement et le sacrifice, nos évêques ont tout abandonné de ce qui donne force et grandeur au non de l’Église catholique, à sa condamnation absolue de tout assassinat légal ou illégal des malades et des mourants. Nos évêques, bien carrés dans leur athéisme pratique et leur culte de l’homme, nous ont livré un discours de francs-maçons, tendant à faire valoir les raisons humanistes, culturelles et politiques d’un non à l’euthanasie généralisée, qui soit d’abord un oui à l’euthanasie limitée et qui devienne insensiblement un oui avec réserves à l’euthanasie libre. Délivrez-nous, Seigneur, de la main des impies !
frère Michel de l’Immaculée Triomphante et du Divin Cœur.