Il est ressuscité !
N° 281 – Octobre 2026
Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard
In memoriam.
Sœur Bénédicte de la Sainte Face (1949-2026)
« Viens, épouse du Christ, recevoir la couronne que le Seigneur t’a préparée pour l’éternité ! »
(Matines de sainte Marthe)
LISE de Marsac naquit le 8 mars 1949 dans un foyer très « vieille France », alors éloigné de la pratique religieuse, mais dont elle reçut un riche héritage catholique et légitimiste. Ainsi, son arrière-grand-tante avait participé à un des grands pèlerinages en Terre sainte, organisés par les assomptionnistes « pour le salut de la France et le triomphe de l’Église », ce qui, en 1909, était encore une expédition dangereuse. Sa grand-mère maternelle, juive de naissance, s’était convertie avec ferveur au contact de son futur mari, de famille royaliste. Très pieuse, madame Reteau mourut en répondant à toutes les prières des agonisants. Sa fille, Geneviève, âgée de vingt-quatre ans, cessa alors toute pratique religieuse, mais elle tint, avec son mari, André de Marsac, à donner une éducation catholique à leurs deux filles, Anne et Lise. Pour elles, elle reprit le chemin de l’Église. Une année, elle fit un pèlerinage à Lourdes, en plein hiver. Après avoir assisté à la messe, transie de froid, elle fut conduite comme malgré elle aux piscines. Geneviève se baigna sans plus le ressentir. Émue aux larmes, elle reçut cette grâce de Notre-Dame de Lourdes comme une purification et retrouva la ferveur de sa religion d’enfance.
Anne et Lise avaient aussi l’exemple de leur grand-père maternel, pieux et pratiquant.
MILITANTE DE L’ACTION FRANÇAISE ET DE LA CRC.
Vers 1965-1966, Lise entendit parler pour la première fois de l’abbé de Nantes par une amie de sa sœur. Elle leur raconta comment le seul prêtre que son fiancé aimait et admirait, son ancien professeur au collège de Normandie, leur avait répondu ne pas pouvoir célébrer leur messe de mariage, car la hiérarchie ne le lui permettait pas. Lise se demanda alors quel pouvait bien être ce prêtre ainsi sanctionné !
Lise, qui joignait à sa distinction native et à son caractère entier une grande vivacité d’esprit, commença en 1967, une licence de Lettres modernes à Nanterre. Là, elle rencontra et suivit le groupe d’étudiants d’Action française de la faculté. Tout le monde, à l’Action française, parlait de l’abbé de Nantes. « Pour moi, racontera-t-elle, il prolongeait l’action de l’Action française dans l’Église, contre les progressistes-gauchistes et soutenait ainsi toute action nationaliste pour la défense de la France, de l’Algérie française toujours à vif dans nos cœurs. »
Les camelots évoquaient, en riant ! les “ victimes ” de l’abbé de Nantes, ces ardentes militantes en qui il avait fait naître la vocation religieuse. Lise les admirait... de très loin !
En 1969, lors de son premier camp d’Action française à Olbreuse, les participants, ayant appris la disqualification de notre Père, signèrent presque tous une lettre de soutien à son adresse. Mais plus tard, les mêmes jeunes gens qui avaient pris cette initiative firent scission pour fonder la Nouvelle Action Française, laissant courir le bruit que le Père les soutenait. « Quelle joie forte et quelle assurance d’apprendre que non seulement le Père ne soutenait pas la NAF, mais encore s’opposait sur plusieurs points à leur nouvelle doctrine royaliste-gauchiste ! » écrira sœur Bénédicte.
À la rentrée de 1969, tous les jeunes d’Action française se rendirent à la grande réunion sur le catéchisme, Salle de la Mutualité à Paris, pour assurer le service d’ordre et écouter les conférences. C’était la première fois que Lise voyait et entendait le Père.
Une camarade d’Action française la mit en garde contre une retraite à Saint-Parres, « parce qu’alors on se trouvait prise dans une atmosphère, d’autant qu’on ne fumait plus et que, dans cet état second, on risquait vite de tomber dans les filets de l’abbé » ! Lise ne se sentait pas du tout concernée, bien décidée à se marier et à transmettre à ses enfants tout ce qu’elle avait reçu de convictions catholiques et royales : elle ne craignait rien !
Quand le Père fonda la Ligue de la Contre-Réforme Catholique, elle s’y engagea tout de suite, mais avec son habitus de militante d’Action française – discussions en fac et au-dehors, avec tout le monde ! Distributions de tracts et affichages – le “ tiers ordre militaire ” lui paraissait tout indiqué pour elle ! Mais elle se dit que cela ne passerait pas et elle envoya son inscription au “ tiers ordre apostolique et charitable ”, sans même envisager le “ tiers ordre spirituel ”... Or, en réponse, elle reçut son inscription à ce dernier ! Sans penser à contester, elle prit contact avec madame Bracciali pour participer à son “ cercle ” de jeunes filles, et découvrit avec surprise une famille catholique dans toutes les actions de sa journée. « Je m’accrochais et bien vite ne voulus plus manquer ces cercles où je découvrais tout l’enseignement du Père. C’était formidable ! »
Avec le cercle, elle vint pour la première fois en visite à la maison Saint-Joseph. « Découverte surprenante et inoubliable du Père célébrant la Messe, avec une telle gravité, mais une telle simplicité aussi, et lui si recueilli qu’il était évident qu’il était avec son Dieu. Je n’avais encore jamais vu un prêtre dire la Messe de cette façon ! Et de me dire : ce n’est pas une fois comme ça, par hasard, mais c’est tous les jours qu’il doit être ainsi uni à Notre-Seigneur. Et de fait, cette première impression ne fut jamais démentie durant tout le temps où j’eus la grâce d’assister aux Messes quotidiennes du Père. »
Celui-ci lui demanda alors si elle songeait à la vocation. Non, elle n’y songeait pas du tout, mais elle serait CRC à fond ! Après sa licence, elle obtint en 1971 sa maîtrise de Lettres modernes, avec mention “ assez bien ” ; elle avait osé choisir pour sujet : Maurras de 1890 à 1900. Elle entama ensuite un doctorat. Les années qui suivirent ne firent que l’ancrer davantage dans la CRC.
Dès que parut l’insigne, il rejoignit la fleur de lys sur la boutonnière de Lise. Il produisit son plein effet alors qu’elle faisait visiter l’imprimerie de Bayard-Presse, en petit travail d’étudiante. Un prêtre progressiste, disciple du cardinal Garonne, dirigeait le groupe en visite et faillit s’étouffer d’indignation à la vue de l’insigne : la CRC à La Croix !! La discussion orageuse qui suivit alerta et mit en émoi les dirigeants du journal !
Le 18 juillet 1972, mourait monsieur de Marsac, son père. Lise fit alors avec sa mère une petite retraite à Saint-Parres et ce fut au tour de madame de Marsac d’être prise ! Elle avait déjà rejoint le cercle de monsieur Mourot.
Lise continuait à participer à toutes les réunions, distributions de tracts, collages d’affiches, Mutualités et même, par chance, elle assista au dîner-débat qui se tint à la « salle des mille colonnes ».
Elle essayait d’entraîner des amis. Ses relations de plus en plus filiales, cordiales avec le Père et les communautés avaient réveillé ou éveillé sa foi et sa piété, mais aussi la conscience vive de ses péchés passés.
« Grâce à la dévotion mariale reçue du Père, je décidai, en septembre 1973, de réciter un chapelet quotidien, durant un an, pour obtenir la miséricorde de la Sainte Vierge. L’année n’était pas écoulée que j’entrais en communauté ; quelle reconnaissance à Notre-Dame que l’on n’a jamais invoquée en vain ! »
Après beaucoup de réflexion, au soir de la prise d’habit d’une de nos sœurs, elle comprit que Notre-Seigneur l’appelait, ce que confirma ensuite une retraite de Saint-Ignace. Le Père se montra alors plein de sollicitude pour madame de Marsac, qui se retrouvait seule en peu de temps. Il lui demanda de s’occuper de la Permanence, boulevard Sébastopol, et son dévouement enthousiaste ne cessa plus. Elle prononça son acte d’allégeance en 1988 et mourut le 29 août 1996, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.
CINQUANTE-TROIS ANS DE FIDÉLITÉ RELIGIEUSE.
Le 8 septembre 1974, Lise entrait dans la communauté des Petites sœurs du Sacré-Cœur, qui ne comptait encore que sept sœurs. « Quelle continuelle action de grâces depuis. Et tout d’abord grâce du chapelet quotidien. En toute vérité, je peux affirmer que le Père m’a sauvée. Certes, j’aimais la France catholique et royale, j’aimais l’Église, avant même de connaître le Père, mais c’était peu fondé, superficiel ; j’avalais en bloc, avec délices, tout ce qui avait un air réactionnaire, civilisé ! Le Père ordonna, éduqua tout cela ; il jugeait des choses, des événements selon le Cœur de Jésus et Marie, ne gardait que ce qui sert au Royaume de Dieu, et en tous les domaines. »
Le 19 mars 1975, jour de neige et de verglas ! elle recevait l’habit et le nom de sœur Bénédicte de la Sainte Face. Toute sa vie, elle vénérera saint Benoît, son saint patron, ayant longuement médité sa Règle. Et, à l’école de sœur Marie de Saint-Pierre, elle aura une grande dévotion envers la Sainte Face de Notre-Seigneur, celle qu’Il nous révèle sur son Saint Suaire.
Durant cinquante-trois ans de vie religieuse, elle manifesta une totale fidélité à notre Père, avec un enthousiasme communicatif. En 1989, elle fut nommée sous-prieure, tâche dont elle s’acquitta avec obéissance, humilité et cœur. À la demande de sa mère prieure, elle donna plus tard aux jeunes sœurs des instructions sur notre Règle, afin de leur transmettre l’esprit de notre Père.
Elle fut aussi chargée pendant de nombreuses années du secrétariat de la CRC : discrétion, compétence et esprit de pauvreté religieuse. Toutefois, elle ne négligeait jamais d’aider aux travaux manuels communautaires et à toutes les nécessités du service, avec beaucoup de bonté et de compassion pour la charge de travail de ses sœurs.
Notre Père, puis frère Bruno, lui confièrent souvent des conférences à préparer et prononcer : sur la littérature (Sophocle, Chrétien de Troyes, Érasme et saint Thomas More, Bazin, etc.), l’Histoire de France (Blanche de Castille, Catherine de Médicis, La Salette...) et surtout sur Maurras et l’Action française. Elle s’attachait toujours à transmettre fidèlement la pensée de notre Père, qu’elle ne cessait d’admirer et d’approfondir. Pour le camp de 2003, elle fournit une synthèse décisive de la pensée de l’abbé de Nantes sur son héritage d’Action française.
Dans son journal, Pierre Pujo s’indigna de cet article, montrant que l’abbé de Nantes avait rompu avec la pensée de Maurras agnostique. Frère Bruno chargea sœur Bénédicte elle-même de répondre, ce qu’elle fit avec son style alerte et incisif ! (Il est ressuscité n° 16, novembre 2003, p. 29-34) Elle énonça la position équilibrée à laquelle était parvenu notre Père après des années d’étude et de réflexion sur l’œuvre de son maître, pour conclure :

« L’abbé de Nantes, par sa métaphysique relationnelle, a fait exactement pour ce néo-païen de Maurras et pour sa “ politique naturelle ”, très vraie et fort juste dans son ordre, ce que fit saint Thomas pour la physique d’Aristote. Il l’a intégrée dans une synthèse plus vaste, ouverte sur Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, baignée dans sa lumière, docile à sa Volonté, disponible à sa grâce. »
Pendant plusieurs années, notre sœur travailla aussi à la préparation des retraites de communauté prêchées par frère Bruno, en établissant un compendium (huit tomes) de tous les enseignements et écrits de notre Père sur la Sainte Vierge.
Pour préparer le camp de 2023 sur L’Évangile de Jésus-Marie, elle rassembla tous les écrits ou sermons de notre Père et de frère Bruno (six tomes), expliquant chaque péricope de la “ Synopse des Quatre Évangiles ”.
En octobre dernier, avant l’impression du livret de notre pèlerinage à Lourdes, elle avait assuré le travail de relectrice. Elle était si heureuse d’aller supplier et consoler notre Mère du Ciel, car elle avait suivi notre Père avec enthousiasme dans son déménagement chez la Sainte Vierge.
Cinq mois plus tard, le 21 mars 2026, jour de sa fête, sa sœur chérie, qu’elle avait pu assister dans sa longue maladie, rendait son dernier souffle.
Sa dernière relecture fut celle de notre livre, Francisco et Jacinta, en vue d’un nouveau tirage.
Le 29 juillet, sœur Bénédicte se leva pour l’office des matines de sainte Marthe et éveilla ses sœurs par le verset liturgique : « Surgite, fratres, exsultemus Domino ! » Levez-vous, frères, exultons dans le Seigneur ! Un instant après survenait son accident, sous le regard d’une petite statue de Notre-Dame de Fatima. Le lendemain, après avoir reçu les derniers sacrements, elle rendait paisiblement son dernier soupir, assistée de sa bien-aimée supérieure et de sa chère et unique nièce.
Sur sa table de nuit, nous retrouvâmes cet extrait d’une Page mystique de notre Père, qu’elle avait recopié et fait sien : « Chaque soir de ma vie, déposer mon fardeau de peine et m’endormir sur ton sein, ô mon Sauveur, dans un calme et amoureux abandon, et avoir la grâce au soir de ma mort encore une fois de m’endormir sur ton sein ici pour me réveiller tout contre ton Visage dans la vie éternelle. »
Mère Lucie du Précieux Sang.