Il est ressuscité !

N° 281 – Octobre 2026

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


In memoriam

Anne Nielly, phalangiste de l’Immaculée
(1955 - 2026)

« SEULES LES ÂMES MYSTIQUES VOUS SUIVRONT. »

VERS 1965, du temps où notre Père, l’abbé Georges de Nantes, commençait son grand combat contre le Concile, l’abbé Bourdier, ermite du diocèse de Fréjus, lui dit un jour : « Seules les âmes mystiques vous suivront jusqu’au bout. »

Anne Nielly

« Cela m’a été un encouragement, disait notre Père en 1992, mais je n’en comprenais pas bien la signification. Chaque fois que, dans un moment dramatique, il a fallu choisir entre deux solutions, il m’a fallu prendre la plus impraticable, celle qui nous vaudrait le plus de trahisons. C’est tout de même une épreuve de voir des amis nous abandonner et nous, de continuer le chemin. Cette parole me revenait : “ Seuls les mystiques vous suivront jusqu’au bout ! ” Quel bout ? Nous n’y sommes pas encore rendus. »

Et aujourd’hui, pas encore non plus ! Mais notre chère maman, à la suite de notre bien-aimé Père, y est parvenue, l’ayant suivi sans trahison, sans com­promission, sans la moindre hésitation, parce qu’elle était de ces âmes mystiques qui recherchent par­-­dessus tout l’amour de Jésus et Marie.

Elle marcha sans dévier, suivant, dans une parfaite docilité au Père puis à frère Bruno, le raccourci de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie qui a promis : « À ceux qui embrasseront cette dévotion, je promets le salut. Ces âmes seront chéries de Dieu comme des fleurs placées par moi pour orner son trône. »

Maman reçut le baptême le 16 octobre 1955, neuf jours après sa naissance en la fête de Notre-Dame du Rosaire. Dès lors, l’Église la prit sous sa protection. Sa mère, Geneviève Le Pichon, âme ardente, transmit à ses cinq enfants une foi profonde qui demeura bien vivante en maman, son aînée, si bien que, dès sa jeunesse, elle était prête à renoncer à certaines consolations.

Vers l’âge de dix-huit ans, elle dit à Notre-Seigneur qu’Il n’était pas obligé de lui faire sentir sa présence dans la communion, si cela pouvait Le consoler. La foi lui suffisait. Et elle fut exaucée.

Elle confia plus tard : « Il y a une chose géniale dans la foi, c’est que c’est la Foi. On n’a pas besoin de sentir que c’est vrai. On dit : “  Je crois, Notre-Dame, que vous êtes ma chère Maman. Je crois, mon Jésus, que vous êtes en moi dans la communion. Je sais, parce que je crois, que Vous, Consolateur, vous êtes mon Amour ! etc.  ” Et voilà, pas besoin de sentir. Sentir, cela ne sert que si notre chéri Père Céleste le veut,
sinon, c’est du vent
. »

En juillet 1973, lors d’un séjour familial à Londres, notre grand-mère, qui connaissait déjà l’abbé de Nantes par ses cassettes audio, emmena ses enfants assister à l’une de ses conférences. Pour maman, cette rencontre providentielle fut une véritable grâce de prédestination qui allait l’enraciner dans l’amour
de l’Église et la préserver des dangereux boulever­sements conciliaires.

Rapidement, son adhésion au combat de notre Père pour la défense de la foi devint profonde et entière. Son âme vibrait aux combats de l’Église et de la France.

Aussi, après plusieurs années de mariage et déjà mère de cinq enfants, maman sollicita la grâce d’être admise à la Phalange et prononça son acte d’allégeance le 27 septembre 1986. Elle en renouvela l’engagement avec papa le 3 octobre 1993.

Cette fidélité à la vérité reçue d’un maître illuminait son âme et fondait la certitude de sa foi. Elle avait compris qu’abandonner cette vérité, si clairement exposée et défendue par notre Père, revenait à abandonner la foi elle-même. Un billet, écrit le 23 novembre 1995, conservé dans son cher missel, en témoigne :

« Je désire, je supplie, si un jour je suis malade ou qu’une quelconque épreuve m’arrive et que cela m’entraîne à me détacher de la CRC et donc de Dieu, que les miens aient le courage de me ramener dans le droit chemin, et de me rappeler que j’ai promis fidélité à la Contre-Réforme catholique. Signature. »

Il ne fut jamais nécessaire de le lui rappeler. À l’école de notre Père, son cœur s’était laissé saisir par l’enthousiasme, puis embraser par l’amour de Jésus et de Marie, qui l’engagea de toutes ses forces à se mettre au service de leur cause.

LE CŒUR ET LA CROIX

La Croix, c’est l’épreuve, et elle ne lui fut pas épargnée. Le Cœur, c’est l’amour de Jésus et de Marie par lequel cette épreuve même devient chère. Maman l’accueillit avec générosité. En 2006, elle confia : « La souffrance unit tellement à Notre-Seigneur, c’est un tel bonheur, que dans sa prière on en vient à dire des folies, à demander des croix, que cela dure... »

Une autre fois, à ses enfants religieux : « Je suis toujours émerveillée de l’union de cœur qu’il y a entre nous, et c’est bien vrai ce que Notre-Seigneur a dit, qu’Il rendrait au centuple dès ici-bas ce que nous Lui aurons donné... avec des croix. Heureusement qu’il y a les croix ! D’abord parce que c’est impossible de se détacher tout seul de soi-même, mais aussi parce qu’ainsi nous sommes avec Jésus et Marie. »

Ce centuple, maman le reçut autant qu’elle donna. Sur le conseil d’un saint curé, elle offrit au Bon Dieu chacun de ses sept enfants à leur naissance. En la fête de l’Annonciation 1986, avec la permission de notre Père, elle fit vœu d’esclavage à Marie, lui consacrant sa propre personne. Tendre et sage éducatrice, maman désirait surtout attacher ses enfants à l’Église par la CRC et accepta généreusement que le Bon Dieu en prenne quatre à son service. Ces vocations furent une source continuelle d’action de grâces, avec bien des renoncements.

Dans le secret de l’épreuve, Notre-Seigneur l’attira à une plus grande conformité à son Sacré-Cœur par le sacrifice crucifiant des liens les plus intimes, donnant l’exemple de la fidélité et du pardon évangéliques, pour la conduire enfin au don total, par l’immolation de son propre corps. Atteinte d’un cancer, maman supporta la maladie vingt ans durant avec courage et ainsi, en février 2026, après avoir reçu ses derniers résultats médicaux, elle écrivait : « Il faut bien supporter quelque chose pour mes péchés, pour consoler la Sainte Vierge et pour les pauvres pécheurs. »

Disciple ardente et enthousiaste, maman ne savait comment exprimer son affection et sa reconnaissance envers frère Bruno et ses communautés, en particulier sa sœur religieuse, mais aussi envers toute sa famille, très élargie, avec laquelle elle ne formait pour ainsi dire qu’une seule âme. Elle y trouvait un indéfectible soutien surnaturel. Une attention la toucha profondément : l’offrande de dix-sept messes demandées pour elle à l’occasion de ses 70 ans.

Son affection s’étendait également à toute la Phalange et, plus largement, à toute âme que la Providence plaçait sur son chemin. C’était autant de frères et de sœurs, membres de l’unique Église, qu’il fallait soutenir et aimer, particulièrement les plus éprouvés. Le sentiment de ses propres faiblesses et le besoin d’être sans cesse purifiée par son Sauveur rendaient son cœur tendre à toute peine. De caractère enjouée, résolument bienveillante, elle savait compatir et réconforter. Maman se souciait de prendre des nouvelles de chacun, contactant et visitant régulièrement ceux qui en avaient besoin, priant à toutes les intentions qu’on lui confiait.

Le 22 juin 2022, elle écrivait : « Je remercie à genoux et avec émotion Notre-Seigneur et Notre-Dame pour mes enfants et petits-enfants et les supplie de les garder dans la fidélité à son Amour, pour sa gloire et notre salut. Quel bonheur, mais quel bonheur d’avoir Jésus et Marie, et par Eux tous les bienfaits de la Sainte Église par la CRC ! »

Au matin de son 48e anniversaire de mariage, Notre-Seigneur jugea que maman était prête à paraître devant Lui. La fidèle épouse était parée pour son Époux. Depuis longtemps, elle avait exprimé avec une simplicité lumineuse le désir qui orientait toute sa vie :

« Au Ciel, la Personne que je veux retrouver, l’Unique Personne qui m’attire au Ciel, c’est Jésus. Quelle est la Personne la plus gentille au monde, la meilleure que tu aimes ? Jésus ! et avec Lui mon Père céleste, et la Sainte Vierge, tu comprends ? Le reste est très secondaire ! »

Dans une lettre de Noël, elle évoquait avec impatience les joies de l’éternité : « Vivement les grandes et éternelles vacances au Paradis, quand nous aurons fait le plus possible ce que veulent Jésus et Marie pour les consoler, et pour le prochain. Je compte beaucoup sur vos bonnes prières, en grande union de confiance au Sacré-Cœur du Petit Jésus par le Cœur Immaculé de Marie, votre sœur et maman qui vous aime tant ! »

Et maman terminait par cette prière, qui résume toute son Espérance : « Priez pour qu’un jour je puisse aller au Ciel avec vous tous pour aimer Jésus Marie toujours, toujours, toujours, grâce à la CRC. »

frère Grégoire de l’Annonciation.

SERMON POUR LES FUNÉRAILLES
DE SŒUR BÉNÉDICTE DE LA SAINTE FACE ET DE MADAME ANNE NIELLY (3 AOÛT 2026)

IL a plu à notre Père du Ciel, notre très chéri Père céleste, de rappeler à Lui votre maman, mes chers frères Michel et Grégoire, mes chères sœurs Camille-Marie et Marie-Colombe. Ces funérailles sont une grâce, car elles sont un nouvel appel du Ciel, une exhortation, à nous préparer à la rencontre éternelle avec l’Immaculée, notre Mère à tous à jamais, et avec son divin Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

« Ce qui nous importe le plus, écrivait sœur Lucie de Fatima, c’est de parvenir à une vie éternelle qui soit heureuse, parce que tandis que la vie sur terre est passagère, celle-là n’a ni changement ni fin. »

Les deux âmes pour lesquelles nous célébrons des funérailles aujourd’hui ont été prises inopinément par le Bon Dieu. Ce départ illustre la parabole des dix vierges que Notre-Seigneur nous a enseignée et que l’on trouve dans l’Évangile de saint Matthieu. « Au milieu de la nuit, il y eut un cri : “  Voici l’Époux ! Sortez à sa rencontre. ” » Alors, les dix vierges s’éveillèrent et préparèrent leurs lampes, mais cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient sages. Les insouciantes dirent aux sages de leur donner de leur huile, car leurs lampes s’éteignaient. Les vierges sages leur répondirent : « Jamais il n’y en aura assez pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands et achetez-vous-en. » Pendant que les insouciantes allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et on ferma la porte. Finalement, arrivèrent les autres vierges qui dirent : « Seigneur, ouvrez-nous ! » Mais il répondit : « En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas. » « Veillez donc, conclut Notre-Seigneur, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Juste avant sa chute brutale qui fut la cause de sa mort, sœur Bénédicte de la Sainte Face était entrée à la fois dans le rôle de l’ange qui excite les vierges à aller à la rencontre de l’époux et dans celui d’une vierge qui fait tout pour garder sa lampe allumée. Elle venait d’exciter ses sœurs à se rendre à matines. « Surgite, fratres, exultemus Domino. » « Levez-vous mes sœurs, exultons dans le Seigneur. » Ce sont les paroles qu’elle doit dire à ses sœurs à cette heure.

Après avoir accompli cet office, sœur Bénédicte se rendit elle-même à la chapelle pour les matines de sainte Marthe et c’est alors que le Seigneur la rappela à Lui. Elle devait répondre à l’appel de l’ange excitateur pour aller réciter les matines, non pas à la chapelle, mais Là-Haut, au Ciel ! Quelle merveille de la Providence, qui fait ainsi se toucher de si près le Ciel et la terre !

La veille au soir, sœur Bénédicte avait reçu le pardon de sa mère supérieure qu’elle avait humblement sollicité lors d’une coulpe sincère et profonde.

Sa demande de pardon à sa supérieure et l’exhortation latine à ses sœurs furent donc ses dernières paroles, paroles d’une humble pécheresse repentante, désireuse de soumettre toute sa vie intérieure à sa supérieure et au Bon Dieu ; paroles de l’excitatrice, profondément monastiques, inspirées par l’esprit du fondateur et conformes à l’observance religieuse qu’elle avait embrassée.

Ainsi fut-elle rappelée à Dieu en plein accomplissement de son devoir d’état, en plein travail, dans une parfaite soumission d’esprit et de corps à l’ordre voulu par notre sainte Règle.

Elle mettait ainsi le sceau aux recommandations que l’abbé de Nantes, notre bien-aimé Père, lui avait faites lors de sa prise d’habit le 19 mars 1975. Notre Père lui avait fait un sermon sur l’ordre : l’ordre naturel, l’ordre moral, l’ordre mystique. « Nous avons voulu vous rattacher à saint Benoît, lui avait-il dit, parce que vous aimez l’ordre. » C’est d’abord l’ordre religieux, celui de l’Église. L’Église aime l’ordre, elle est fondée sur l’ordre, insistait notre Père. « Alors, Bénédicte ! pour vous rappeler presque chaque jour que vous êtes entrée dans un ordre, en fuyant le désordre du monde et que Dieu vous appelle à mettre de l’ordre dans votre vie et à le rayonner autour de vous, et à aimer l’ordre. Et à continuer tout à fait dans le sens de vos engagements anciens, mais aussi dans l’ordre de notre maison, à continuer à promouvoir l’ordre, à réclamer l’ordre, à sauver l’ordre, aussi nécessaire à la société temporelle qu’à la société ecclésiastique. »

Mais cet ordre ne serait rien, disait notre Père, s’il n’était inscrit dans les lois et dans les institutions, et plus encore s’il ne s’enracinait dans une véritable mystique. Que sont les vertus naturelles ? Que valent les institutions et les communautés si elles ne sont pas fondées sur l’amour de Jésus et de Marie, si elles n’ont pas un Époux et une Mère divine à aimer, si elles n’ont pas la Chair et le Sang de Jésus à manger, à boire et à adorer, si elles n’ont pas les Plaies et la Croix de Jésus à contempler, ainsi que les souffrances du Cœur Immaculé de Marie auxquelles compatir.

L’ordre religieux et ecclésiastique est une enveloppe charnelle créée pour que règne l’esprit de Dieu, pour que le Christ puisse demeurer parmi nous, pour que l’Immaculée pénètre les cœurs de tous les hommes afin d’y faire régner la douce charité. Sans cela, cet ordre dépérit et finit par mourir. C’est malheureusement ce que nous constatons en tant de lieux, en tant de communautés et en tant de paroisses.

Sœur Bénédicte avait parfaitement compris cette leçon. De toute son âme, elle entra dans cette perspective mystique, religieuse. Éclairée par notre Père, elle alla au-delà de la formation qu’elle avait reçue à l’Action française. Elle ne s’arrêta pas à la politique, mais, à la suite de notre Père, elle se mit tout entière au service des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, qui constituent le centre et le tout de notre vie.

C’est avant tout pour contempler la Sainte Face de Jésus, miraculeusement imprimée sur le Saint Suaire de Turin qu’elle chérissait tant, et pour consoler le Cœur Immaculé de Marie, que sœur Bénédicte est demeurée fidèle à ses vœux religieux, à la Règle, à son Père fondateur et Père spirituel, à sa Mère supérieure, ainsi qu’à toutes ses sœurs, en particulier à sa socia, mère Goedelieve de l’Eucharistie.

Elle avait écrit au dos d’une image cette citation de notre Père qui résume son esprit : « S’engager comme disciple du Christ, se consacrer comme enfant de Marie, nous le savons, c’est prendre résolument sa Croix chaque jour, c’est vouloir mourir avec le Christ pour ressusciter avec Lui comme dit saint Paul, et cela, sans quitter un seul instant la Vierge Marie, notre Mère, puisque depuis le début, dans la pauvreté et dans les souffrances, de l’étable de Bethléem jusqu’au sommet du Calvaire, elle a toujours suivi Jésus. » (15 septembre 1978)

Nous prions ici, dans cette chapelle, pour le salut de son âme. Mais nous pouvons aussi espérer que, de son côté, elle nous obtient déjà des grâces auprès de l’Immaculée, par l’exemple de son profond attachement et de son inébranlable fidélité à la vie religieuse, ainsi qu’aux idéaux qu’elle défendit de toute son âme, d’abord à la suite de notre Père, puis sous ma direction, avec une entière docilité.

Et voilà que l’Immaculée a permis d’associer à cette douleur communautaire une autre qui touche notre Phalange et la famille de cinq de nos frères et sœurs, sans compter sœur Marguerite-Marie, une nièce religieuse visitandine.

Votre chère maman, votre chère sœur, votre chère grand-mère, votre tante, votre amie, a été appelée par l’Époux dans son sommeil. Elle ne s’est pas réveillée, mais sa lampe était allumée. Elle avait le chapelet à la main, tout contre sa joue. Et nous espérons, nous prions que les vierges sages de notre Phalange qui ont été appelées ces derniers mois peu avant elle, l’aient transportée dans la salle du banquet : sœur Bénédicte ; Anne Libault, votre chère maman, ma chère Marine ; Martine Brost, Gillette de Monterno, Jeannine Hafner, Noëlle Ragot, Gérard Desos.

Notre Père a écrit dans l’une de ses Pages mystiques :

« Il existe des chrétiens que leur grande perfection rend dignes de mourir à l’improviste, sans préparation, et d’autres que la grâce ressaisit sans doute dans le coma et l’agonie, souvent très longs, quand un instant même suffirait ! Mais fidèle à la supplication de l’Église, je vous prie, ô mon Dieu, avec respect et confiance, m’abandonnant au genre de mort que vous voudrez pour moi, je vous prie cependant de me faire connaître que je vais mourir et de me laisser dans cette connaissance le temps de me repentir, de m’offrir, de souffrir, de rendre grâces et d’aimer, oh ! oui, d’aimer Celui que je vais rencontrer et d’aimer encore ceux que je laisserai sur cette terre à regret. » (Page mystique : “  La meilleure mort ”, n° 82).

Votre maman, mon cher frère Michel, mon cher frère Grégoire, mes chères sœurs Camille-Marie et Marie-­Colombe, n’était pas de ces âmes qui se croyaient parfaites, au contraire, dans de nombreuses lettres qu’elle écrivait à notre Père, à moi-même, à vous ses enfants, ses frère et sœurs, sa famille, ses amis, elle demandait les prières de tous. « Je prends plus conscience, écrivait-elle un jour, qu’il faut que j’expie aussi mes péchés, et que je me dépêche de donner quelques preuves d’amour à mon Jésus avant qu’il ne soit trop tard. L’ennui est d’être si indigente, sauf si justement je pense à en faire ma force, comme dit saint Paul. »

Suivant les conseils de notre Père, puis sous ma direction, votre maman passait de nombreux moments à prier et à faire oraison, chez elle, dans la chapelle d’Ornaison ou dans une église. Toujours, elle a tenu à aller à la messe tous les jours, entraînant avec elle, avec fermeté et douceur, ses sept enfants. Elle disait son chapelet quotidien, en famille et en particulier. Elle était entrée de toute son âme dans l’esprit de la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie, telle que nous l’enseignons à notre Phalange, telle que l’a demandée Notre-Dame de Fatima. Tout cela, sans négliger son devoir d’épouse, de mère, de sœur, de grand-mère, tachant d’être attentive envers ceux qui avaient besoin d’aide ou de réconfort.

Elle faisait aussi tous nos pèlerinages, elle lisait toutes nos publications, participait à tous nos combats, adhérait à toute la doctrine de Contre-Réforme catholique derrière notre Père l’abbé de Nantes, avec un enthousiasme que je n’ai jamais vu s’altérer. Tout comme sœur Bénédicte, elle avait l’angor ecclesiæ et patriæ, l’angoisse du salut de l’Église et de la Patrie. C’est ainsi que votre maman, votre sœur, votre grand-mère a tenu sa lampe allumée, la lampe de la flamme de l’amour de Jésus et de Marie. Quelle grâce d’avoir profité de toutes ces richesses surnaturelles quand on y pense, maintenant qu’elle est arrivée au bout du chemin qui conduit au Ciel !

Le Bon Dieu est Juge des âmes, mais Il est aussi tout miséricordieux. Cette pensée la remplissait de Sainte Espérance. Elle voulait croire qu’en se jetant dans l’Amour miséricordieux, elle serait toute purifiée et que notre Très Chéri Père céleste l’accueillerait au Ciel sans faire de Purgatoire. Il faut prier pour qu’Il fasse miséricorde à votre maman, mais, si ce n’est déjà fait, elle l’obtiendra.

La maman de sœur Lucie de Fatima, Maria Rosa, mourut le 16 juillet 1942. Sœur Lucie écrivit alors ces phrases au Père Pasquale que nous pouvons appliquer aux deux âmes que l’Immaculée a rappelées auprès d’elle :

« J’ai l’esprit tranquille et la ferme espérance que le Seigneur lui fera miséricorde et l’emmènera jouir de sa félicité dans le Ciel. Je ne doute pas qu’elle ait été assistée dans ses derniers moments par le Cœur Immaculé de Marie qui la protégeait avec tant d’amour maternel.

« Mais je ne sais pourquoi la mort est toujours cause de peine et d’amertume pour notre pauvre nature humaine. C’est que ce morceau de chair que nous avons dans la poitrine ne se décide pas à n’aimer que Notre-Seigneur. Patience ! Malgré tout, je ne veux que ce que Dieu veut et je le prie pour que sa très Sainte Volonté se fasse... »

Si sœur Lucie avait toutes les raisons d’espérer que sa maman soit sauvée à cause de sa grande dévotion à Notre-Dame, on peut le dire aussi de notre sœur et de votre maman qui ont toujours suivi notre Père.

En 1997, il écrivait aux frères de la maison Saint-­Joseph : « Il est pour moi, pour nous, dès maintenant certain et d’une vérité qui ne passera pas, que tous ceux qui brûlent d’amour pour l’Immaculée, de dévouement eucharistique et marial, et de service de toutes les causes qu’Elle patronne, sont déjà par grâce inouïe de la très Sainte Trinité, prédestinés, élus et promis par sa Médiation à la Vie éternelle du Ciel. »

Oui, nous avons la ferme espérance que Notre-Seigneur et que l’Immaculée feront miséricorde à sœur Bénédicte de la Sainte Face, notre sœur, et à Madame Anne Nielly, et qu’Ils les emmèneront jouir de leur félicité dans le Ciel, parce que c’est la promesse que fit Notre-Dame à sœur Lucie, le 13 juin 1917 :

« À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par Moi pour orner son trône. »

Ainsi soit-il.