Méditations quotidiennes

En l’honneur du 400e anniversaire de la mort de saint François de Sales (28 décembre 1622), 
les bouquets spirituels sont tirés de ses lettres et de ses sermons.

Jeudi 1er décembre

Sainte Florence, Bx Charles de Foucauld

Vous voulez, ma très chère Fille, quelques bonnes pensées qui aident nos Sœurs à passer l’Avent avec autant de dévotion qu’elles en ont le désir (...). Entrons en esprit dans l’intention de la Sainte Église, et dans cette unité, retirons-nous auprès de la sacrée Vierge, notre bonne Mère et Maîtresse. Nous verrons dans ce mois trois objets, non seulement capables d’occuper nos âmes, mais qui doivent ravir nos cœurs en la sainte dilection. Le premier objet, c’est Marie conçue sans péché ; le second, saint Jean, l’enfant de la grâce, criant au désert pour faire aplanir les chemins pour l’Époux qui doit arriver ; le troisième, ce même Époux et Sauveur arrivant par sa sainte naissance, qui nous fait chanter joyeusement à Noël l’Emmanuel ou Dieu avec nous.

Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 28 novembre 1610

Vendredi 2 décembre

Premier Vendredi du mois, Sainte Bibiane

Ceux qui font bonne digestion spirituelle ressentent que Jésus-Christ, qui est leur viande, s’épanche et communique à toutes les parties de leur âme et de leur corps. Ils ont Jésus-Christ au cerveau, au cœur, en la poitrine, aux yeux, aux mains, en la langue, aux oreilles, aux pieds. Mais ce Sauveur, que fait-il partout par-là ? Il redresse tout, il purifie tout, il mortifie tout, il vivifie tout. Il aime dans le cœur, il entend au cerveau, il anime dans la poitrine, il voit aux yeux, il parle en la langue, et ainsi des autres : il fait tout en tout. Et lors nous vivons, non point nous-mêmes, mais Jésus-Christ vit en nous. Ô quand sera-ce, ma chère fille ? mon Dieu ! quand sera-ce ? Mais cependant je vous montre ce à quoi il faut prétendre, bien qu’il se faille contenter d’y atteindre petit à petit. Tenons-nous humbles, et communions hardiment peu à peu : notre estomac intérieur s’apprivoisera avec cette viande, et apprendra à la bien digérer. (...) Je ne pensais pas vous tant dire sur ce premier point mais je me laisse emporter aisément avec vous et puis je m’en vais tantôt à cette sainte réfection avec vous car c’est jeudi et ce jour-là nous nous tenons l’un à l’autre, et nos cœurs, ce me semble, s’entre touchent par ce Saint-Sacrement.

Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 24 janvier 1608

Samedi 3 décembre

Premier Samedi du mois, Saint François-Xavier

Quant à Notre-Dame, considérez tout le cours de sa vie, vous n’y trouverez qu’obéissance ; et elle a toujours fait une telle estime de cette vertu, que si bien elle avait fait vœu de virginité, néanmoins pour obéir elle se soumit au commandement qui lui fut fait de se marier, et persévéra toujours en la pratique d’icelle, ainsi que nous voyons aujourd’hui, venant au temple pour observer la loi de la purification, à laquelle elle n’avait nulle obligation. Et cette obéissance étant purement volontaire, elle en était d’autant plus excellente, parce que cela procédait de l’amour qu’elle portait à cette vertu, qu’elle avait entée, comme un divin greffe, sur le tronc sacré de sa très sainte humilité : aussi n’en a-t-elle point recommandé d’autre aux hommes que cette obéissance ; car il ne se trouve point en l’Évangile qu’elle leur ait parlé, sinon aux noces de Cana en Galilée, qu’elle dit : Faites tout ce que mon fils vous dira, prêchant ainsi l’observance de la très sainte obéissance, qui est une vertu inséparable de l’humilité, d’autant que c’est l’humilité qui fait que nous nous soumettons à obéir.

Sermon pour la Présentation de l’Enfant-Jésus au Temple

Dimanche 4 décembre

Saint Jean Damascène, Saint Pierre Chrysologue

Prenez une lame de fer, et la jetez dedans une fournaise ardente, puis quelque temps après retirez-la, et vous verrez que cette lame, qui naguère était seulement de fer, est tellement enflammée, que vous ne sauriez dire si à présent c’est fer ou feu, d’autant qu’elle paraît plutôt feu que fer, tant ces deux natures de feu et de fer se sont unies ensemble, si bien que vous pouvez dire que ce feu est un feu enferré, et ce fer un fer embrasé : et quoi que ces deux natures soient si unies par ensemble, néanmoins c’est sans préjudice l’une de l’autre ; car le fer, pour être uni au feu, ne laisse pas d’être fer, et le feu, pour être dans le fer, ne laisse pas d’être feu. Que si vous voulez voir cela plus clairement, mettez de l’eau sur le fer chaud, et vous verrez qu’il retournera en sa première forme. De même peut-on dire que la divinité est comme une fournaise ardente, dans laquelle a été jeté le fer de l’humanité, qui s’est tellement unie au feu de la divinité, que ces deux natures n’ont fait qu’une seule personne, sans que pour cela la nature humaine, ni la nature divine, ayant laissé d’être chacune ce qu’elles étaient auparavant ; et tout ainsi que le fer que l’on retire de la fournaise ne s’appelle plus fer seulement, mais fer embrasé, et le feu un feu enferré : aussi disons-nous qu’en l’Incarnation Dieu a été humanisé, et l’homme a été divinisé.

Sermon pour la veille de Noël

Lundi 5 décembre

Saint Sabbas

Nous attendons la venue et naissance de notre cher Sauveur et Maître. Or, mon dessein est de vous faire un petit catéchisme auquel je vous veux parler de l’Incarnation. (...) Le Père fait l’Incarnation, le Saint-Esprit la fait et le Fils aussi qui s’incarne lui-même. Mais ni le Père ni le Saint-Esprit ne se sont incarnés, c’est seulement la Personne du Fils qui demeure vêtue de la robe de notre humanité. Voilà une fille à qui l’on donne l’habit : la supérieure, la directrice l’habillent, lui mettant sa robe, mais elle ne laisse pas pour cela de s’aider. Trois personnes interviennent donc en cette action : la supérieure, la directrice, la fille ; néanmoins il n’y en a qu’une qui soit habillée, à savoir celle qui prend l’habit.

Sermon aux visitandines d’Annecy, décembre 1620

Mardi 6 décembre

Saint Nicolas

Je vois arriver la fête de la Conception de Notre-Dame, fête de très particulière dévotion à ceux qui sont voués et dédiés à son service. Afin donc qu’elle prenne en sa spéciale protection notre âme et notre Congrégation, nous commencerons ce jour-là à communier quotidiennement ; et je vous en avertis à l’avantage, afin que ces jours d’entre-deux soient employés à la préparation de la réception d’un si excellent bénéfice. Ces grands saints qu’on célèbre ces jours, viennent à propos pour nous aider : saint Nicolas, saint Ambroise, et sainte Barbe.

Nous avons notre Mère, sous les ailes de laquelle il nous faut fourrer. Recourons à la Croix, et l’embrassons de cœur ; demeurons en paix à l’ombre de ce saint arbre. Mon Dieu ! il est impossible que rien ne nous offense, tandis qu’avec une vraie résolution nous voulons être tout à Dieu.

Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 3 décembre 1610

Mercredi 7 décembre

Saint Ambroise

Ô qu’heureuses sont les âmes qui sont obéissantes et soumises, et qui se laissent charger comme on veut, se soumettant à toutes sortes d’obéissances, sans réplique ni excuse, supportant de bon cœur le joug et le fardeau qu’on leur impose ! Certes, si nous voulons être dignes de porter Notre-Seigneur, il faut que nous soyons revêtus de ces quatre qualités : d’humilité, de patience, d’obéissance et soumission ; et alors Notre-Seigneur montera en nos cœurs, et comme un divin écuyer, il nous conduira selon sa très sainte volonté.

Sermon pour le dimanche des Rameaux

Jeudi 8 décembre

L’Immaculée Conception de la Vierge Marie

Comme cette sainte amante Notre-Dame aima souverainement ce divin Époux ! aussi fut-elle souverainement aimée de lui ; car, en même temps qu’elle se donna à lui et lui consacra tout son amour, qui fut lorsqu’elle prononça ces divines paroles : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon que vous me dites, et selon qu’il lui plaira, voilà que soudain ce Verbe divin descendit dans ses entrailles sacrées, et se rendit fils de celle qui se dédiait pour être sa servante. Or, bien que nous sachions que nul ne peut jamais parvenir à un si haut degré d’amour, ni se dédier si parfaitement à Dieu, pour suivre sa divine volonté, comme fit Notre-Dame, nous ne devons pas laisser pourtant de nous dédier et consacrer à son divin amour avec le plus de perfection qu’il nous sera possible, selon notre capacité, quoi qu’incomparablement moindre que celle de cette Sainte Vierge, qui est l’unique amante qui a le plus parfaitement aimé le divin Époux, que jamais aucune créature n’a fait, ni fera ; d’autant qu’elle commença à l’aimer dès l’instant de sa très sainte Conception, commençant de se dédier à Dieu et lui donner son amour, dès qu’elle commença à être.

Sermon pour la fête de l’Annonciation

Vendredi 9 décembre

Saint Juan Diego Cuauhtlatoatzin

Mon Dieu ! On ne saurait dire si saint Jean a été un homme céleste ou un ange terrestre. Sa casaque d’armes, faite de poil de chameau, représentait son humilité, qui le couvrait partout ; sa ceinture de peau morte, mise sur son ventre et sur ses reins, signifiait la mortification avec laquelle il rétrécissait et serrait toutes ses concupiscences. Il mangeait des sauterelles, pour montrer que si bien il était en terre, il sautait néanmoins perpétuellement en Dieu ; le miel sauvage lui servait de sauce, parce que la suavité de l’amour de Dieu assaisonnait toutes ses austérités mais cet amour était sauvage, parce qu’il ne l’avait pas appris des maîtres, mais des arbres et des pierres, comme dit saint Bernard. Mon Dieu ! ma fille, mangeons et du sauvage et du domestique, amassons de ce saint amour à toutes occasions, et par l’exemple de nos sœurs, et par la considération des autres créatures ; car tout crie aux oreilles de notre cœur : Amour ! amour, ô saint amour, venez donc, et possédez nos cœurs très uniquement.

Lettre à une religieuse

Samedi 10 décembre

Apparition de Pontevedra, Notre-Dame de Lorette

Notre-Dame fut trouvée par l’ange en la cité de Nazareth : or Nazareth veut dire fleurs ; elle fut donc trouvée en la cité des fleurs, ou en la cité fleurie. Ô que cette cité nous représente bien à propos la religion ! car, qu’est-ce que la religion, sinon une maison, ou une cité fleurie et toute parsemée de fleurs, d’autant qu’on n’y fait chose quelconque (quand on y vit selon les règles et statuts d’icelle) que ce ne soit autant de fleurs : les mortifications, les humiliations, les oraisons ; bref, tous les exercices qu’on y pratique, qu’est-ce autre chose que des actes de vertus, qui sont comme autant de belles fleurs, qui répandent une odeur extrêmement suave devant la divine Majesté ? Donc l’on peut dire que la religion est un parterre tout parsemé de fleurs, très agréables à la vue, et d’odeur très salutaire à ceux qui les veulent odorer.

Sermon pour la fête de l’Annonciation

Dimanche 11 décembre

Gaudete, Saint Damase Ie

La première raison pour laquelle ce grand saint envoya ses deux disciples à Notre-Seigneur lui demander s’il était le Messie, fut pour le leur faire connaître, et par leur moyen à tout le monde ; car, après leur avoir souvent prêché sa venue, ses merveilles, ses grandeurs, il les envoya enfin voir celui qu’il leur avait si souvent prêché et annoncé. Certes, ce doit être le principal but de tous les docteurs et prédicateurs, de faire connaître Dieu. Les supérieurs, et ceux qui ont charge des âmes et qui les gouvernent, ne doivent rechercher n’y procurer, sinon que Dieu soit connu, aimé, servi et adoré de ceux qu’ils enseignent, et qui sont sous leur conduite : et c’était à quoi visait le glorieux saint Jean.

Sermon pour le 2e dimanche de l’Avent

Lundi 12 décembre

Notre-Dame de Guadalupe

La seconde raison pour laquelle il envoya à Notre-Seigneur, ces deux disciples lui demander s’il était le Messie, fut parce qu’il ne les voulait pas attirer à soi, mais à lui, et partant il les lui envoya, pour être instruits de sa propre bouche, comme leur voulant dire : Quoi que je vous prêche et enseigne les vérités contenues en la loi, ce n’est point pour vous attirer à moi, mais bien à Jésus-Christ, duquel je ne suis que la voix ; c’est pourquoi je vous envoie à lui afin que vous lui demandiez s’il est le Messie promis, ou si nous en devons attendre un autre ; qui est autant comme s’il leur eut dit : Je ne me contente pas de vous dire et assurer que c’est lui que nous attendons ; mais je vous envoie encore à lui, afin que vous soyez instruits par lui-même de ce qu’il est. Certes, les docteurs, les prédicateurs, les supérieurs et ceux qui ont charge d’âmes, ne feront jamais rien qui vaille, s’ils n’envoient leurs disciples, et ceux qu’ils enseignent, à l’école de Notre-Seigneur, et s’ils veulent qu’ils avancent en la perfection, il faut qu’ils les envoient à cette mer de science, et qu’ils les sollicitent et portent à rechercher ce divin Sauveur, pour être instruits et enseignés de lui.

Sermon pour le 2e dimanche de l’Avent

Mardi 13 décembre

Sainte Lucie, sainte Odile

Vous ne pouvez guère arrêter votre pensée sur les travaux que Notre-Seigneur a soufferts pour vous, tandis que les douleurs vous pressent. Eh bien ma chère fille, il n’est pas aussi requis que vous le fassiez mais que tout simplement vous éleviez, le plus fréquemment que vous pourrez, votre cœur à ce Sauveur, et que vous fassiez ces actions. Premièrement, d’accepter le travail de sa main, comme si vous le voyiez lui-même, vous l’imposant et fourrant en votre tête ; 2° vous offrant d’en souffrir encore davantage ; 3° l’adjurant, par le mérite de ses tourments, d’accepter ces petites incommodités en l’union des peines qu’il souffrit sur la croix ; 4° protestant que vous voulez non seulement souffrir, mais aimer et caresser ces maux, comme envoyés d’une si bonne et douce main ; 5° invoquant les martyrs et tant de serviteurs et servantes de Dieu, qui jouissent du ciel pour avoir été fort affligés en ce monde.

Il n’y a nul danger à désirer du remède mais il le faut soigneusement procurer : car Dieu, qui vous a donné le mal, est aussi l’auteur des remèdes. Il faut donc les appliquer, avec telle résignation néanmoins, que si sa divine majesté veut que le mal surmonte, vous y acquiescerez ; s’il veut que le remède vainque, vous l’en bénirez.

Lettre à une dame

Mercredi 14 décembre

Mercredi des Quatre-Temps, Saint Jean de la Croix

La troisième raison pour laquelle ce grand saint envoya ses disciples demander à Notre-Seigneur s’il était le Messie, fut afin de les détacher de lui, parce qu’il craignait qu’ils ne vinssent à un si grand abus, que de faire plus d’état de lui que de Notre-Seigneur. Et vous voyez que saint Matthieu écrit qu’ils le vinrent une fois trouver, et lui dirent : Pourquoi est-ce que nous et les Pharisiens jeûnons si souvent, et que tes disciples ne jeûnent point ? Ce qui monstre bien qu’ils se scandalisaient de la douceur de Notre-Seigneur : si bien que saint Jean apercevant cela, et voyant que l’amour que ses disciples lui portaient, et l’estime qu’ils avaient de lui, pourrait aller insensiblement au mépris de Jésus-Christ, il les lui envoie pour être instruits de sa propre bouche, et apprendre à le connaître par lui-même.

Ce ne fut donc pas que saint Jean doutât en aucune façon que Notre-Seigneur fut le Messie, qu’il lui envoya ses disciples lui faire cette demande ; mais pour leur propre bien et utilité, afin que, par la connaissance qu’ils auraient de lui, voyant les merveilles qu’il opérait, ils vinssent à l’aimer, et à en concevoir de l’estime : en quoi il s’accommodait à leur faiblesse, et les traitait comme des petits enfants ; car pour lui il croyait assurément, ainsi que nous avons dit, qu’il était le Fils de Dieu, le vrai Messie et l’Agneau qui ôte les péchés du monde.

Sermon pour le 2e dimanche de l’Avent

Jeudi 15 décembre

Octave de l’Immaculée Conception

Notre divin Sauveur dit de saint Jean-Baptiste : Vous n’avez point vu un roseau d’inconstance dans le désert ; mais un homme qui a une égalité admirable. Il est rapporté en sa vie qu’étant encore petit enfant dans le berceau, un essaim d’abeilles se vint poser et faire du miel sur ses lèvres, comme un présage de sa future douceur et mansuétude (...).

Or, si nous demandons à ce glorieux saint qui il est, nous aurons sans doute la même réponse que Notre-Seigneur fit aux disciples de saint Jean : Dites ce que vous avez vu et entendu ; dites que vous avez vu un homme doux, bénin, charitable et un vigilant pasteur, zélé de la gloire de Dieu : en somme, dites que vous avez vu un homme accompli en toutes sortes de vertus, qui s’acquittait soigneusement de tous les devoirs de sa charge, et qui avait les deux parties de rame si bien réglées, qu’il n’avait point de haine que pour le péché, contre lequel il animait son zèle, ni d’amour que pour la dilection de notre divin Sauveur. Mais toutefois bien que grandement doux et clément, aussi était-il grandement sévère à punir, et reprendre ce qui était digne de répréhension, sans se laisser fléchir par aucunes considérations humaines.

Sermon pour le 2e dimanche de l’Avent

Vendredi 16 décembre

Vendredi des Quatre-Temps, Saint Eusèbe de Verceil

Mon très cher Père, je vous dirai que j’ai reconnu en mon bienheureux Père et seigneur un don de très parfaite foi, laquelle était accompagnée de grande clarté de certitude, de goût et de suavité extrême. Il m’en a fait des discours admirables, et me dit une fois que Dieu l’avait gratifié de beaucoup de lumières et connaissances pour l’intelligence des mystères de notre sainte foi, et qu’il pensait bien posséder le sens et l’intention de l’Église en ce qu’elle enseigne à ses enfants mais de ceci sa vie et ses œuvres rendent témoignage. Dieu avait répandu au centre de cette très sainte âme, ou, comme il dit, en la cime de son esprit, une lumière, mais si claire, qu’il voyait d’une simple vue les vérités de la foi et leur excellence : ce qui lui causait de grandes ardeurs, des extases et des ravissements de volonté et il se soumettait à ces vérités qui lui étaient montrées, par un simple acquiescement et sentiment de sa volonté. Il appelait le lieu où ces clartés se faisaient, le sanctuaire de Dieu, où rien n’entre que la seule âme avec son Dieu.

Lettre de sainte Jeanne de Chantal à dom Jean de Saint François

Samedi 17 décembre

Samedi des Quatre-Temps, Saint Lazare

Qu’est-ce que l’incarnation ? Ce n’est autre chose que l’union hypostatique, c’est-à-dire personnelle, de la nature humaine avec la divine ; union si étroite, qu’encore qu’il y ait deux natures en ce petit enfant, elles ne font toutefois qu’une seule personne. La manne était une figure de l’incarnation de Notre-Seigneur. Il est vrai qu’elle était aussi une figure de l’Eucharistie ainsi que disent les saints Pères : mais, entre ce mystère de l’Eucharistie et celui de l’incarnation, il y a cette différence, qui est, qu’on voyait au mystère de l’incarnation Dieu incarné en sa propre personne, et en l’Eucharistie nous le voyons en une forme plus couverte et obscure, et néanmoins c’est le même Dieu homme, qui était dans les chastes entrailles de la sacrée Vierge.

Sermon pour la veille de Noël 1620

Dimanche 18 décembre

L’attente de l’enfantement de la Bse Vierge Marie

Que saint Joseph n’ait toujours été parfaitement soumis à la volonté de Dieu, nul n’en doit douter ; car ne voyez-vous pas comme l’Ange le tourne à toutes mains ? Il lui dit qu’il faut aller en Égypte, il y va ; il commande qu’il revienne, il s’en revient ; Dieu veut qu’il soit toujours pauvre, qui est une des plus puissantes épreuves que l’on nous puisse faire, et il s’y soumet amoureusement, et non pas pour un temps car il fut pauvre toute sa vie. Mais de quelle pauvreté ? d’une pauvreté rejetée, méprisée et nécessiteuse (...). Saint Joseph se soumettait très humblement à la volonté de Dieu en la continuation de sa pauvreté et de son abjection, sans se laisser aucunement vaincre ni terrasser par l’ennui intérieur, qui sans doute lui faisait maintes attaques ; mais il demeurait toujours constant et joyeux en sa soumission, laquelle, comme toutes ses autres vertus, allait toujours croissant et se perfectionnant.

Entretiens spirituels (pour le jour de saint Joseph)

Lundi 19 décembre

Je ne sais certes que dire autour de ce divin enfant car il ne dit mot, et son cœur, plein de faveur pour les nôtres, ne se déclare point qu’avec des plaintes, des larmes et des douces œillades ; sa sacrée Mère se tait presque toujours, et admire ce qu’on lui dit. Mon Dieu que ce silence me dit de grandes choses ! Il m’apprend à faire la vraie oraison mentale il m’apprend la ferveur amoureuse d’un cœur qui est saisi d’affection. Que nourrissant ces douces pensées, a peur d’en perdre la suavité, s’il les prononce, tenez-vous auprès de cette Mère cependant, et ne l’abandonnez pas d’un seul moment, tandis qu’elle part de Nazareth et qu’elle va en Bethléem tandis que, sans empressement, mais non pas sans des ardents mouvements, elle attend d’heure à autre de voir éclos de son sacré ventre le bel oiseau du Paradis. Hélas ! ma chère fille, vous la verrez cette belle dame, cette heureuse fille de Sion, que, telle qu’elle est Mère d’un roi de gloire elle va mendiant l’hospitalité en Bethléem ; elle n’en a nulle sorte de honte, ainsi elle s’honore de cette sacrée et bienheureuse nécessité.

Lettre à une religieuse

Mardi 20 décembre

Bx Frère Scubilion

Notre-Seigneur est engendré et produit de toute éternité au sein de son Père céleste virginalement, et bien qu’il prenne la même divinité de son Père éternel, il ne la divise pas néanmoins, mais demeure toujours un même Dieu avec lui. Ainsi la très Sainte Vierge a produit son Fils Notre-Seigneur virginalement en terre, comme il est produit de son Père éternellement au ciel, avec cette différence néanmoins qu’elle le produit de son sein et non pas dans son sein ; car dès lors qu’il en fut sorti, il n’y rentra plus : mais le Père céleste le produit de son sein et en son sein ; car il y est toujours et y sera éternellement, d’autant qu’il n’est qu’une même chose avec lui par unité d’essence.

Sermon pour la vigile de Noël

Mercredi 21 décembre

Saint Pierre Canisius, Saint Thomas

La pauvre petite jeune dame enceinte entreprend son voyage avec un peu d’empressement car l’Évangile le dit, que ce fut hâtivement ! les prémices des mouvements de celui qu’elle a ses entrailles ne se peuvent faire qu’avec de la ferveur, ô saint empressement, qui ne trouble point, et qui nous hâte sans nous précipiter ! Les anges se disposent à l’accompagner, et saint Joseph à la conduire cordialement. Je voudrais bien savoir quelque chose des entretiens de ces deux grandes âmes, car vous prendriez bien plaisir que je le vous disse : mais je pense que la Vierge ne s’entretient que de ce quoi elle est pleine, et qu’elle ne respire que le Sauveur. Saint Joseph réciproquement n’aspire qu’au Sauveur, qui, par des rayons secrets, lui touche le cœur de mille extraordinaires sentiments ; et, comme les vins enfermés dans les caves ressentent, sans la sentir, l’odeur des vignes fleurissantes, ainsi le cœur de ce saint patriarche ressent sans la sentir l’odeur, la vigueur et la force du petit enfant qui fleurit en sa belle vigne, ô Dieu ! quel beau pèlerinage ! Le sauveur leur sert de bourdon, de viande et de petite bouteille à vin, à vin dis-je, qui réjouit les anges et les hommes, et qui enivre le père d’un amour démesuré. Je vous laisse à penser, ma fille, quelle bonne odeur répandit en la maison de Zacharie cette belle fleur de lys. Pendant trois mois qu’elle y fut, comme chacun en était embaumé !

Lettre à une supérieure de la Visitation

Jeudi 22 décembre

Imaginez-vous de voir saint Joseph avec la Sainte Vierge, sur le point de son accouchement, arriver en Bethléem, et chercher partout à loger sans trouver aucun qui les veuille recevoir. Ô Dieu ! quel mépris et rejet le monde fait des gens célestes et saints, et comme ces deux saintes âmes embrassent volontiers cette abjection ! Ils ne s’élèvent point, ils ne font point de remontrances de leur qualité, mais tout simplement reçoivent ces refus et âpretés avec une douceur non pareille. Ah ! misérable que je suis, le moindre oubli que l’on fait de l’honneur pointilleux qui m’est dû, ou que je m’imagine m’être dû, me trouble, m’inquiète, excite mon arrogance et ma fierté ; partout je me pousse à vive force ès premiers rangs. Hélas ! quand aurai-je cette vertu, le mépris de moi-même et des vanités ?

Lettre à un jeune homme désirant se retirer du monde

Vendredi 23 décembre

Voyez, je vous prie, saint Jean, enfoncé dans la solitude : il y est par obéissance, attendant qu’on l’appelle pour venir au peuple. Il se tient éloigné du Sauveur, qu’il connaissait et baisait par affection dès le ventre de sa mère, afin de ne point s’éloigner de l’obéissance, sachant bien que de trouver le Sauveur hors de l’obéissance, c’est le perdre tout à fait. Au demeurant, il naît d’une vieille stérile, pour nous apprendre que les sécheresses et stérilités ne laissent pas de produire en nous la sainte grâce ; car Jean veut dire grâce. Mais surtout, ma chère Fille, voyez que tout aussitôt que son père Zacharie eut écrit le nom de ce glorieux enfant sur ses tablettes, il commence à prophétiser et chanter le beau cantique Benedictus Dominus Deus Israël. Certes, ce nom bien gravé dans nos cœurs, je veux dire, l’honneur et l’imitation de ce saint, nous fera prophétiser et bénir Dieu abondamment.

Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 24 juin 1610

Samedi 24 décembre

Vigile de Noël

Dieu voulant faire ce bénéfice si signalé et si incomparablement aimable aux hommes, de s’incarner et venir naître ici-bas, il descend sur la terre, et dans le désert de ce monde, comme une manne céleste, pour se faire notre nourriture, jusques à ce que nous parvenions à la terre promise, qui n’est autre que le ciel ; mais il nous fait cette grâce, et opère cette merveille au plus fort de la nuit. Vous voyez donc que c’est dans l’obscurité et dans les ténèbres que Notre-Seigneur a voulu naître, et se faire voir à nous, comme un petit enfant tout aimable couché dans une crèche.

Sermon pour la vigile de Noël

Dimanche 25 décembre

MESSE DE LA NUIT DE NOËL

Nativité du Seigneur

Le grand petit enfant de Bethléem soit à jamais les délices et les amours de notre cœur, ma très chère Mère, ma fille. Hélas, comme il est beau, ce pauvre petit poupon ! Il me semble que je vois Salomon sur son grand trône d’ivoire, doré et ouvragé, qui n’eut point d’égal ès royaumes, comme dit l’Écriture et ce roi n’eut point de pair en gloire ni en magnificence. Mais j’aime cent fois mieux voir le cher petit enfançon en la crèche, que de voir tous les rois en leurs trônes. Mais si je le vois sur les genoux de sa sacrée Mère ou entre ses bras, ayant sa petite bouchette comme un petit bouton de roses, attachée au lis de ses saintes mamelles, ô Dieu ! je le trouve plus magnifique en ce trône, non seulement que Salomon dans le sien d’ivoire, mais que jamais même ce Fils éternel du Père ne le fut au Ciel ; car si bien le Ciel a plus d’être visible, la Sainte Vierge a plus de vertus et perfections invisibles, et une goutte du lait qui flue virginalement de ses sacrés sucherons, vaut mieux que toutes les affluences des cieux. Le grand saint Joseph nous fasse part de sa consolation, la souveraine Mère, de son amour, et l’Enfant veuille à jamais répandre dans notre cœur ses mérites !

Lettre à sainte Jeanne de Chantal, Noël 1613

MESSE DU JOUR

Le mystère de la Nativité du Seigneur est un mystère de la Visitation. Comme la très Sainte Vierge est allée visiter sa cousine Élisabeth, de même il nous faut, durant ces jours-ci, aller souvent visiter le divin Enfant de la crèche.

Sermon pour la veille de Noël 1613

Lundi 26 décembre

Saint Étienne

Hé, vrai Jésus ! que cette nuit est douce, ma très chère Fille ! « Les cieux », chante l’Église, « distillent de toutes parts le miel » ; et moi, je pense que ces divins Anges qui résonnent en l’air leur admirable cantique, viennent pour recueillir ce miel céleste sur les lys où il se trouve, sur la poitrine de la très douce Vierge et de saint Joseph. J’ai peur, ma chère Fille, que ces divins Esprits ne se méprennent entre le lait qui sort des mamelles virginales, et le miel du Ciel qui est abouché sur ces mamelles. Quelle douceur de voir le miel sucer le lait. Mais je vous prie ma chère Fille, ne suis-je pas si ambitieux que de penser que nos bons Anges de vous et de moi se trouvèrent en la chère troupe des musiciens célestes qui chantèrent en cette nuit ? Ô Dieu, s’il leur plaisait d’entonner derechef aux oreilles de notre cœur cette même céleste chanson, quelle joie, quelle jubilation ! Je les en supplie, afin que gloire au ciel, et en terre paix aux cœurs de bonne volonté.

Que donnerions-nous à notre petit Roi que nous n’ayons reçu de lui et de sa divine libéralité ? Or, sus, je lui donnerai donc à la sainte grand Messe la très uniquement fille bien aimée qu’il m’a donnée. Hé, Sauveur de nos âmes, rendez-la toute d’or en charité, toute de myrrhe en mortification, toute d’encens en oraison, et puis recevez-la entre les bras de votre sainte protection, et que votre cœur dise au sien : Je suis ton salut aux siècles des siècles. Amen.

Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 25 décembre 1610

Mardi 27 décembre

Saint Jean

Vous voilà donc toute résignée entre les mains de notre Sauveur, par un abandonnement de tout votre être à son bon plaisir et sainte providence. Ô Dieu quel bonheur d’être ainsi entre les bras et les mamelles de celui duquel l’épouse sacrée disait “ Vos tétins sont incomparablement meilleurs que le vin ”. Demeurez ainsi, chère fille et, comme un autre petit saint Jean, tandis que les autres mangent à la table du Sauveur diverses viandes, reposez et penchez par une toute simple confiance votre tête, votre âme, votre esprit, sur la poitrine amoureuse de ce cher Seigneur ; car il est mieux de dormir sur ce sacré oreiller, que de veiller en toute autre posture.

Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 27 décembre 1609

Mercredi 28 décembre

Saints Innocents

Vous êtes bien auprès de cette crèche sacrée, en laquelle le Sauveur de nos âmes nous enseigne tant de vertus par son silence mais qu’est-ce qu’il ne nous dit pas en se taisant ? Son petit cœur pantelant d’amour pour nous devrait bien enflammer les nôtres. Mais voyez combien amoureusement il a écrit votre nom dans le fond de son divin cœur, qui palpite là sur la paille, pour la passion affectueuse qu’il a de votre avancement, et ne jette pas un seul soupir devant son Père, auquel vous n’ayez part, ni un seul trait d’esprit que pour votre bonheur.

L’aimant attire le fer, l’ambre attire la paille et le foin, ou que nous soyons fer par dureté, ou que nous soyons paille par imbécillité, nous nous devons joindre à ce souverain petit poupon qui est un vrai tire-cœur. Oui, ma fille, ne retournons point en la région de laquelle nous sommes sortis, laissons pour jamais l’Arabie et la Chaldée, et demeurons aux pieds de ce Sauveur disant avec la céleste épouse : J’ai trouvé celui que mon cœur aime, je le tiens, et ne l’abandonnerai.

Lettre à une religieuse

Jeudi 29 décembre

Saint Thomas Becket

Voyez votre Abbesse partout où elle est. En sa chambre de Nazareth : elle exerce sa pudicité en craignant ; sa candeur, désirant d’être enseignée et interrogeant ; sa démission, son humilité, se disant chambrière. Voyez-la en Bethléem : elle exerce une vie simple de pauvreté ; elle écoute les bergers comme si c’eussent été de grands docteurs. Voyez-la avec les Rois : elle ne s’empresse point à leur faire des harangues. Voyez-la en la Purification : elle va pour obéir à la coutume ecclésiastique. En allant et revenant de l’Égypte, elle obéit simplement à saint Joseph. Elle ne croit pas de perdre le temps d’aller visiter sa cousine sainte Élisabeth, par office d’une charitable civilité. Elle cherche Notre-Seigneur non pas en se réjouissant, mais en pleurant. Elle a compassion de la pauvreté et confusion de ceux qui l’ont invitée aux noces, leur procurant leurs nécessités. Elle est au pied de la Croix, humblement humble, basse, vertueuse, et vertueusement basse.

Lettre à sainte Jeanne de Chantal, 1607

Vendredi 30 décembre

Fête de la Sainte Famille

Notre-Seigneur venant en ce monde, ne voulut aucunement user de son pouvoir et de son autorité, ni faire connaître ce qu’il était, se montrant en tout sujet aux lois de l’enfance, ne parlant qu’en son temps comme les autres ; et lui qui, non seulement en tant que Dieu, savait toutes choses, mais aussi en tant qu’homme, cette grâce lui ayant été infuse dès l’instant de sa conception (...). Mais depuis son enfance jusques à ce qu’il commença à prêcher son Évangile, il l’a toujours tenue close et cachée sous un profond silence. Hé Dieu ! que lui eut-il coûté ? lui qui aimait si chèrement sa très-sacrée Mère et saint Joseph son père nourricier, de leur dire un petit mot à l’oreille, pour les avertir qu’il fallait qu’ils évitassent la furie d’Hérode, en s’en allant en Égypte, mais qu’ils n’eussent point de crainte, d’autant qu’il ne leur arriverait aucun malheur. Ne pouvait-il pas aussi les avertir qu’ils s’en revinssent en Israël, et qu’Hérode qu’ils craignaient était mort ? Il ne le fit pas néanmoins, mais il attendit que l’ange Gabriel vint révéler à saint Joseph qu’il le fallait faire : en quoi il fit paraître un admirable abandonnement, se rendant dès lors le parfait exemplaire de tous les hommes, mais particulièrement de ceux qui sont en l’état de perfection, comme sont les religieux et les prélats.

Sermon pour la vigile de l’Épiphanie

Samedi 31 décembre

Saint Sylvestre

Le Père, voyant l’unique et souverain bien de son essence, tant en soi qu’en son Fils, et le Fils voyant le même unique et souverain bien, tant en soi qu’en son Père, ne pouvant être un souverain bien sans un souverain amour, saisis en cette éternité d’une pure et souveraine amitié, d’une seule et même volonté, ils produisirent un amour tellement parfait, qu’à cet amour ils communiquèrent la même divinité et essence, laquelle était commune au Père et au Fils. Ô saint amour ! ô amour éternel et infini !

Dès lors, c’est-à-dire dès l’éternité, avant les siècles, en l’infinité, en l’abîme de la perpétuité, ce Père et ce Fils éternels, jetant à force d’une même et seule volonté, d’une même et seule amitié, d’un même et seul courage ; jetant, dis-je, par une même et seule bouche, un soupir, une respiration, un esprit d’amour, ils produisirent, ils expirèrent un souffle qui est le Saint-Esprit, tierce personne de la Trinité, Dieu de Dieu, lumière de lumière, Dieu vrai de Dieu vrai, Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, trois personnes qui ne sont qu’un seul Dieu, une seule très-sainte et Très-adorable Trinité.

Sermon pour le jour de la Pentecôte