Méditations quotidiennes

Les bouquets spirituels de ce mois de juin
évoquent la spiritualité du Père de Foucauld.

Mercredi 1er juin

Saint Justin, Sainte Angèle de Mérici

Pourquoi le Père de Foucauld ? Parce que demain, après cette parenthèse effroyable, le Père de Foucauld sera un saint, certainement canonisé. Un saint exemplaire, un saint ayant en lui une force inouïe pour la conversion du monde. Je ne dis pas pour la conversion des Touareg, je ne dis pas pour la conversion de la France, je dis pour la conversion du monde. Il faudra aller chercher saint François d’Assise au treizième siècle et saint Bernard au douzième pour trouver une telle figure, capable d’embraser toute une génération, d’enthousiasme, de ferveur, générateur d’héroïsme.

Que trouvera-t-on dans le Père de Foucauld ? Comme dans saint François d’Assise, qui répond à son siècle, le Père de Foucauld, c’est l’homme du vingtième siècle, c’est LE saint du vingtième siècle. Il a trouvé son tout, c’est Jésus, qu’il va aimer avec une humilité et une charité parfaites. C’est l’homme sans tache, dont la patronne est sainte Marie-Madeleine, qui est passé par l’incroyance, par l’immoralité, à présenter comme un exemple à suivre et comme un père, presque comme un frère à toute notre jeunesse de débauchés ou d’agnostiques actuels. Il suffit que l’Église le propose pour que tout le monde vienne.

Notre Père, le Père de Foucauld notre modèle, 1972

Jeudi 2 juin

Saint Pothin, sainte Blandine et leurs compagnons, Saints Marcellin, Pierre et Érasme

L’amour de Jésus, pour le père de Foucauld, est un amour plein de tendresse et de reconnaissance pour ses péchés. Tout cela va être catalysé autour de la dévotion au Sacré-Cœur. (...) Beaucoup de petites choses montrent que le Sacré-Cœur a été ainsi comme un don que lui a fait sa famille. « Vous m’avez fait connaitre le Cœur de Notre-Seigneur par son image sur votre table », dira-t-il à Marie, « la dévotion au Sacré-Cœur, c’est bien à vous seule, absolument seule, que je la dois, par la grâce de Dieu. »

C’est pour lui, dès lors, la dévotion, la dévotion essentielle parce que, pour le Père de Foucauld, le Sacré-Cœur répond absolument à sa conception de l’Évangile : c’est un amour. Un amour du Christ qui veut s’épancher dans l’homme, du Christ qui se donne à l’homme. Comme lui, Charles de Foucauld rêve de se donner à ceux qu’il aime. La religion pour lui est un échange d’amour.

Notre Père, le Père de Foucauld notre modèle, 1972

Vendredi 3 juin

Premier Vendredi du mois, St Charles Lwanga et ses compagnons, Ste Clotilde

Aujourd’hui, le premier jour du mois de votre Cœur sacré, ô Seigneur Jésus, du mois où on célèbre votre amour, votre amour qui vous a fait vous incarner, fuir en Égypte, vivre caché à Nazareth, jeûner au désert, prêcher l’Évangile, souffrir, mourir, vous montrer ressuscité pendant quarante jours, quitter la terre en la bénissant, envoyer le Saint-Esprit, et rester enfin avec nous, jusqu’à la consommation des siècles, non seulement par votre grâce mais par votre présence réelle dans la sainte Eucharistie... Sainte Vierge, sainte Magdeleine, faites-moi aimer avec vous Celui qui nous a tant aimés (...). Oh ! faites-moi, sainte Vierge et sainte Magdeleine, faites-moi vivre avec vous autour de ce centre de la sainte communion, et m’endormir avec vous à toute heure sur ce béni Cœur de Jésus dont nous commençons le mois... faites-moi aussi, ô mes mères, honorer dignement ce mois... et faites toutes ces grâces non seulement à moi mais à tous les hommes, en Jésus, par Lui et pour Lui. Amen.

Méditations sur les fêtes de l’année, 1er juin 1898

Samedi 4 juin

Premier Samedi du mois, Sainte Clotilde, Saint François Caracciolo

Offrez votre vie à Dieu par les mains de notre Mère, la Très Sainte Vierge, en union avec le sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à toutes les intentions de son Cœur, et marchez en paix. Ayez confiance que Dieu vous fera le sort le meilleur pour sa gloire, le meilleur pour votre âme, le meilleur pour les âmes des autres, puisque vous ne lui demandez que cela, puisque tout ce qu’il veut, vous le voulez pleinement et sans réserve.

Lettre à Louis Massignon, 1er décembre 1916, jour de son martyre.

Dimanche 5 juin

Fête de la Pentecôte, Saint Boniface

Il me faut quelque chose, quelque chose que Dieu seul donne ; pour faire à toute heure ce que veut Jésus, pour L’aimer, L’imiter, Lui obéir, et pour ainsi le glorifier : à tout instant, il faut son Esprit, son Esprit à Lui, cet esprit par lequel Il connaissait les choses et les voyait dans leur vérité (...)... Suivez-moi nous a dit Jésus, et désormais c’est notre vie sur la terre : L’imiter, L’imiter, en L’aimant et en Lui obéissant... Mais pour L’imiter, il faut son esprit, son esprit qui nous fera connaître ce qu’il pensait, ce qu’il aimait, ce qu’il faisait... Il faut que cet esprit, son esprit, nous anime, nous inspire ses pensées, ses vues, nous inspire son amour, sa charité... pour Dieu et les hommes, nous inspire son courage pour accomplir ce qu’il a accompli, ce qu’il veut continuer à accomplir en nous... Oh ! mon Seigneur Jésus, envoyez-nous votre Esprit !

Méditations sur les fêtes de l’année, diaire 1897-1898

Lundi 6 juin

Lundi de la Pentecôte, Saint Norbert, Bx Marcellin Champagnat

Quand Jésus est remonté au Ciel, les apôtres se sont trouvés non pas livrés à eux-mêmes, mais pleins de l’Esprit-Saint à la suite de la Pentecôte, pour agir comme Jésus, pour faire ce que Jésus aurait fait, pour parler en son Nom.

Voilà le temps des Apôtres et c’est là qu’aboutit le Père de Foucauld dans les dernières années de sa vie. Même la préoccupation de son sacrifice à lui s’efface devant cette seule pensée de faire la volonté du Bien-Aimé, de n’être qu’une volonté avec le Bien-Aimé, de n’être qu’un instrument conjoint à sa Divinité, de son Humanité rédemptrice. Alors quelle vie sainte ! il est presque laïcisé, dit-on ! C’est vrai : parler, aimer, se dévouer, se sacrifier entièrement, être mangé chaque jour comme le Jésus de l’Évangile. On est sorti des rites ; il semble qu’on les ait dépassés parce qu’il y a comme une nouvelle Incarnation du Christ dans la sainteté parfaite. Il n’a pas besoin de clôture, nous dit-on, bien sûr ! Ce n’est pas attaché au service de l’Eucharistie, je veux bien ! Mais c’est la sainteté à l’état pur où le cœur de l’apôtre n’est qu’une même chose avec le Cœur du Christ. Et l’être de l’apôtre est tout entier sacrifié, tout entier immolé, déjà ressuscité avec Jésus-Christ : Una cum Christo hostia cor unum.

Notre Père, retraite sur la vie intérieure, 1964

Mardi 7 juin

Bse Anne de Saint-Barthélémy, Apparition de saint Joseph à Cotignac

Le Père de Foucauld dessine le Sacré-Cœur au-dessus de son autel, à Béni-Abbès. Il raconte à Marie de Bondy : « Au-dessus est un grand Sacré-Cœur, en pied, à peu près grandeur naturelle. Le Sacré-Cœur pénitent, étendant ses bras pour embrasser, serrer, appeler tous les hommes et se donner pour tous, en leur offrant son Cœur ».

C’est bien le fond de sa spiritualité : se serrer, se blottir contre ce Cœur ; et c’est le Christ s’offrant pour tous : il est sur la Croix, crucifié, donnant son Cœur comme signe de son amour miséricordieux. Notre-Dame du Perpétuel Secours : je me suis depuis si longtemps donné à elle ! et puis saint Joseph, et Marie-Madeleine, dont il désire, depuis son dernier pèlerinage, qu’une lampe brûle dans la grotte de la sainte Baume pour son œuvre. Lampe qui sera entretenue jusqu’en 1932. Et puis il a une grande dévotion à Rome, aux Saints Pierre et Paul, fondateurs de l’Église, aux papes, au pape qu’il a connu et qui l’a béni : Léon XIII, le pape du moment.

Notre Père, le Père de Foucauld notre modèle, 1972

Mercredi 8 juin

Bse Marie du Divin Cœur

« Charles de Jésus souffrait de la République [...], et supportait mal l’apparente irréligion de tant de Français, qui scandalisait les indigènes et retardait le temps de leur conversion. Il détestait plus que tout la dialectique du maître et de l’esclave, sous quelque forme qu’elle s’établisse, mais il savait possible, désiré, désirable, le contact humain, profond, religieux, qui fonde les rapports de colonisés à colonisateurs sur la bonté. »

Cette bonté rayonnait du Divin Cœur de Jésus-Marie que l’héroïque missionnaire invoquait sans cesse en appliquant ses Ave Maria à l’établissement du Règne universel du Sacré-Cœur. Jusqu’à son martyre, le 1er décembre 1916, le Père de Foucauld vécut de l’espérance suscitée par la consécration du monde, comme en témoigne son Règlement de l’association des Frères et des Sœurs du Sacré-Cœur (1909) et les statuts de son Union coloniale catholique (1914). Ces textes stipulent que la consécration, formulée par Léon XIII le 25 mai 1899, devait être récitée chaque soir après le Rosaire et les litanies du Sacré-Cœur.

Sœur Muriel du Divin Cœur, le secret de la bse Marie du Divin Cœur

Jeudi 9 juin

Saint Ephrem, Saints Prime et Félicien, Marie Médiatrice de toutes grâces

Le 9 juin 1899, lendemain de la mort de mère Marie du Divin Cœur, frère Charles de Jésus achevait de rédiger sa règle des “ Petits frères du Sacré-Cœur de Jésus ” au monastère des clarisses de Nazareth, dont il était devenu jardinier pour mener la vie cachée de Jésus, dans l’adoration perpétuelle du très Saint-Sacrement afin que ce soit lui et lui seul qui rayonne et réchauffe le monde entier :

« Ils choisissent le nom de Petits frères du Sacré-Cœur de Jésus parce que leur vie doit être toute d’amour comme celle de Notre-Seigneur Jésus, et que son Divin Cœur est le modèle des leurs et l’emblème de leur mission : Faire régner Jésus et la charité, dans leurs cœurs et autour d’eux. Leurs Fraternités, dédiées au Sacré-Cœur de Jésus, doivent comme lui rayonner sur la terre et “ y porter le feu ”. »

Cette vocation qui répondait aux demandes du Sacré-Cœur, transmises par la supérieure du Bon-Pasteur à Léon XIII dans sa lettre du 8 décembre 1898, était inséparable d’un projet civilisateur et, pour dire le mot “ colonisateur ”. « On ne peut pas vivre au milieu de ces malheureux musulmans, schismatiques, hérétiques, écrivait frère Charles à son père spirituel, l’abbé Huvelin, sans soupirer après le jour où la lumière se lèvera sur eux. »

Sœur Muriel du Divin Cœur, le secret de la bse Marie du Divin Cœur

Vendredi 10 juin

St Michel, ange gardien du Portugal

Oh ! la douce, la douce vie !... Oh ! qu’il fait bon vivre avec vous dans votre petite maison, mon Seigneur Jésus ! Faites m’y vivre toujours, toujours, et faites m’y vivre en vous consolant le plus que je puis, en étant tout ce que vous voulez que je sois, en vous aimant, vous obéissant, vous imitant comme votre très tendre petit frère... Ô mon Jésus, que votre volonté se fasse en moi comme elle se fait dans vos anges, que je vous console le plus possible, que je sois vraiment votre petit frère, et je vous fais la même demande pour tous les hommes, vos enfants, en vous, par vous et pour vous, mon bien-aimé et divin Jésus.

Méditations sur les fêtes de l’année, diaire 10 juin 1898

Samedi 11 juin

Saint Barnabé

Le Bon Dieu vous soutiendra et vous consolera par les sacrements après vous avoir soutenue sans eux. Lui seul est nécessaire. Il sait ce qu’il nous faut, et nous le donne à l’heure voulue : le si Bon Pasteur donne à ses si pauvres brebis le pâturage dont elles ont besoin selon le temps : tantôt il console pour empêcher le découragement, tantôt il laisse sentir le désarroi de l’âme pour produire l’humilité, qui est la vérité. Nous sommes en de bonnes mains ; ce Cœur que vous m’avez fait connaître ne cesse de veiller sur nous ; notre Époux nous aime infiniment, nous voit sans cesse et est tout-puissant ; Il prépare notre bienheureuse éternité par les moyens qu’il sait, en nous faisant travailler péniblement alors que nous, petits enfants, nous voudrions nous reposer.

Lettre à Marie de Bondy, 5 avril 1909

Dimanche 12 juin

Fête de la Sainte Trinité, Saint Jean de saint Facond

À Beni-Abbès, ce n’est pas seulement le prêtre qui remplit son office, mais c’est le frère universel qui se donne à tous. Jusqu’alors, il avait vu le martyre comme un amour donné à Jésus, son ami, son Bien-Aimé ; mais maintenant, au contact de ces plus pauvres, de ces plus déshérités qu’il aime avec toute la charité de l’Évangile, avec la charité du Cœur de Jésus, le martyre va être une preuve d’amour à leur donner à eux ; mourir pour eux, mourir pour leur enseigner l’amour. Il note d’une manière admirable :

« De toutes mes forces, je tâche de montrer, de prouver à ces pauvres frères égarés que notre religion est toute charité, toute fraternité, que son emblème est un CŒUR. »

Il ne veut plus être parmi eux qu’un cœur, mais ce cœur est surmonté d’une croix. Pour montrer l’amour, il n’y a rien de tel que le dévouement jusqu’au sacrifice et jusqu’au don de la vie. Ils sont si ignorants de ce qu’est la charité !

Notre Père, retraite sur la vie intérieure, 1964

Lundi 13 juin

Saint Antoine de Padoue, 2e Apparition de Notre-Dame de Fatima

En décembre 1907 et janvier 1908, le frère Charles de Jésus accepte dans la foi nue et par amour, cette configuration douloureuse à Jésus souffrant et crucifié. Ce n’est plus dans ce bel acte du martyre, cet acte d’amour plénier en une seule fois, mais c’est dans l’usure du temps, dans cette vie difficile, austère, où il a failli mourir d’une piqûre de serpent, où il a été gravement malade, abandonné de tous, où il n’a converti personne et où il ne voit, au bout de vingt ans de travail apostolique, aucun fruit, une vie inutile et sans fruit. Voilà l’anéantissement, l’anéantissement qu’il accepte uniquement par fidélité à l’Évangile !

Il ira de l’avant, encore et toujours dépossédé de lui-même. Il n’a même plus la volonté précise du martyre. Il le vit quotidiennement, mettant tout son cœur dans ce don de lui-même, entier et héroïque. Alors, on oserait dire, avec saint Jean de la Croix, que sa vie est prolongée comme celle de la Vierge, pour le bien de l’Église plus que pour lui-même, car l’amour et le sacrifice sont à leur comble. On pourrait dire que c’est un martyr ambulant. L’abandon est total à la volonté de Dieu et le don de soi est total aux pauvres âmes du Sahara.

Notre Père, retraite sur la vie intérieure, 1964

Mardi 14 juin

Saint Basile le Grand

« Soyez parfaits, comme votre père céleste est parfait »... Vous nous dites d’être parfait, et en même temps, Vous nous montrez le moyen de le devenir, qui est de se tenir sans cesse en votre présence... Quand on est sous les yeux de ce qu’on aime peut-on faire autrement que de tendre, de toutes les puissances de son être, à lui plaire en tout ?... Si nous songeons constamment que nous sommes sous les yeux de Dieu, contre Lui, avec Lui, pourrons-nous faire autrement que de tâcher constamment de Lui plaire le plus possible ? et Lui plaire le plus possible qu’est-ce sinon être le plus parfait possible ? On est si chaud, si courageux, si fort, si attentif, si soigneux de faire tout ce qui plaira, tout ce qui sera agréable, approuvé, on veille tellement sur ses paroles et ses actions ; quant aux pensées, elles sont tellement suspendues, abîmées dans la contemplation de l’être aimé, lorsqu’on est sous les yeux de ce qu’on aime. Et à tous les moments de notre vie, nous sommes sous vos yeux, mon Dieu, bien plus près, bien plus intimement que nous ne pouvons l’être avec n’importe quel être humain, dans le tête-à-tête le plus intime...

Méditation sur l’Ancien Testament (Genèse, 17, 1-16)

Mercredi 15 juin

Saints Guy, Modeste et Crescence, Sainte Germaine Cousin

Notre-Seigneur nous donne ici le précepte de la prière solitaire : nous enfermer dans notre chambre et y prier dans la solitude notre Père qui nous voit dans le secret. Donc, à côté de la prière bien-aimée devant le Saint-Sacrement, à côté de la prière en commun où Notre-Seigneur est au milieu de ceux qui se réunissent pour Le prier, aimons et pratiquons chaque jour la prière solitaire et secrète, cette prière où nul ne nous voit que notre Père céleste, où nous sommes absolument seuls avec Lui, où nul ne sait que nous Le prions ; tête-à-tête secret et délicieux où nous répandons notre cœur en liberté, loin de tous les yeux, aux genoux de notre Père... Voilà donc trois genres de prières, tous très parfaits, qu’il faut pratiquer tous trois.

Commentaire de l’Évangile (st Matthieu, 6, 6)

Jeudi 16 juin

Fête-Dieu, Saint Jean-François Régis

Lui se mettre entre mes mains ! Et voici que je dessers un oratoire, que nuit et jour je jouis du saint Tabernacle, que je Le possède pour ainsi dire à moi seul... Voici que chaque matin je consacre la sainte Eucharistie, que chaque soir je donne avec elle la bénédiction !... Que de grâces ! (...)

C’est par vous que j’ai connu et les expositions du Très Saint-Sacrement et les bénédictions, et le Sacré-Cœur ! Et maintenant, après avoir été ramené à Jésus par votre main, devenu prêtre je me vois autorisé à fonder une famille religieuse nouvelle, sous la règle de saint Augustin, sous le nom de « Petits Frères du Sacré-Cœur de Jésus », destinée à adorer, nuit et jour, la sainte Eucharistie perpétuellement exposée dans la solitude et la clôture, dans les pays de missions, dans la pauvreté et le travail.

Lettre à Marie de Bondy, 28 avril 1902

Vendredi 17 juin

Saint Grégoire Barbarigo

Voulant faire régner Jésus dans son Eucharistie, le Père de Foucauld devra lui-même faire paraître en toute sa vie la charité, la douceur, le dévouement universel, la compassion de Jésus de l’Évangile. (...) Être uniquement le prêtre qui dit la Messe, qui expose le Saint-Sacrement et puis, qui disparaît parmi les fidèles comme adorateur à ses pieds.

Le voilà à Beni-Abbès, il réalise cette nouvelle vocation, il construit sa zaouïa de prière, de fraternité, de contemplation, il expose Jésus au Saint-Sacrement. Seulement, des gens viennent lui parler, lui demander des vivres, de l’aide. Des esclaves accourent vers lui pour être libérés et voilà que, pendant que Jésus reste silencieux, rayonne mystérieusement dans la sainte Eucharistie, il faut bien que lui, qui est son instrument caché, mais qui est son prêtre aussi, qui est son représentant vivant, parle au nom de Jésus, agisse au nom de Jésus, soit la charité de Jésus, le dévouement sans bornes de Jésus.

Notre Père, retraite sur la vie intérieure, 1964

Samedi 18 juin

Saint Ephrem le Syrien

Oh ! que je suis heureux ! Passer toute la nuit assis contre vous, vous touchant, les yeux sur vos yeux, les regardant se perdre dans le ciel, regardant vos lèvres sourire à votre Père : me tenir là, blotti contre vous, sans vous quitter des yeux... Vous regarder sans fin pendant que vous regardez sans fin votre Père... Chaque matin vous prenez la main de votre enfant, vous l’attirez dans vos bras, vous mettez sa tête contre votre cœur, et vous l’y serrez longuement et l’y laissez longtemps reposer [...]. Oh ! la douceur de ce baiser que vous donnez chaque matin dans la Sainte Communion à ce pauvre petit être, qui la dira, mon Dieu ?... Mon Jésus, que vous êtes bon, et qu’il fait doux partager votre solitude !.

Considérations sur les fêtes de l’année, 28 février 1898.

Dimanche 19 juin

Solennité de la Fête-Dieu, Saint Romuald, Sainte Julienne de Falconieri

L’imitation de Jésus lui paraît plus parfaite lorsqu’il est la charité du Cœur de Jésus rayonnant, plutôt que quand il obéit à son vœu le plus profond, son amour le plus profond qui serait de rester contemplatif dans sa fraternité et à l’écart. Il deviendra donc lui-même sauveur, et le Mystère Eucharistique, au lieu d’être d’abord celui du culte, deviendra celui de sa vie à lui, offert, immolé, donné à tous par amour.

« Je suis moine, non missionnaire, fait pour le silence, non pour la parole. »

Donc il était toujours attiré en arrière par ce qu’il savait de sa vocation mais, par ce que l’Esprit-Saint lui faisait découvrir, il allait de plus en plus loin en avant, il progressait dans son imitation de Jésus, passant d’étape en étape, selon le progrès de la vie même du Christ.

Mais le ministère d’un Jésus-Hostie silencieux le poussait à parler pour Lui et revivre en son monde à lui, la vie évangélique de Jésus... Au lieu de porter seulement Jésus dans l’Hostie, d’être avec Lui Hostie offerte, immolée et donnée, il en vient donc à être “ un autre Christ ”.

Notre Père, retraite sur la vie intérieure, 1964

Lundi 20 juin

Saint Sylvère

Toute notre vie, si muette qu’elle soit, la vie de Nazareth, la vie du désert, aussi bien que la vie publique doivent être une prédication de l’Évangile par l’exemple ; toute notre existence, tout notre être doit crier l’Évangile sur les toits ; toute notre personne doit respirer Jésus, tous nos actes, toute notre vie doivent crier que nous sommes à Jésus, doivent présenter l’image de la vie évangélique ; tout notre être doit être une prédication vivante, un reflet de Jésus, un parfum de Jésus, quelque chose qui crie Jésus, qui fasse voir Jésus, qui brille comme une image de Jésus...

Méditation sur l’Évangile

Mardi 21 juin

Saint Louis de Gonzague

Nous sommes quelques moines qui ne pouvons réciter notre Pater sans penser avec douleur à ce vaste Maroc où tant d’âmes vivent sans sanctifier Dieu, faire partie de son Royaume, accomplir sa Volonté, connaître le Pain divin de la Sainte Eucharistie. Et sachant qu’il faut aimer ces pauvres âmes comme nous-mêmes, nous voudrions faire, avec l’aide de Dieu, tout ce qui dépend de notre petitesse pour porter vers elles la lumière du Christ, et faire tomber sur elles les rayons du Cœur de Jésus. Dans ce but, pour faire envers ces malheureux ce que nous voudrions qu’on fît pour nous si nous étions à leur place, nous voudrions fonder sur la frontière marocaine une Trappe ; non pas un grand et riche monastère, non pas une exploitation agricole, mais une sorte d’humble petit ermitage, où quelques pauvres moines pourraient vivre de quelques fruits et d’un peu d’orge, récoltés de leurs mains, dans une étroite clôture, la pénitence et l’adoration du Saint-Sacrement, ne sortant pas de leur clos, ne prêchant pas, mais donnant l’hospitalité à tout venant, bon ou mauvais, ami ou ennemi, musulman ou chrétien.

C’est l’évangélisation, non par la parole, mais par la présence du Saint-Sacrement, l’offrande du divin Sacrifice, la prière, la pénitence, la pratique des vertus évangéliques, la charité. Une charité fraternelle et universelle, partageant jusqu’à la dernière bouchée de pain, avec tout pauvre, tout hôte, tout inconnu se présentant, et recevant tout humain comme un frère bien-aimé.

Lettre à Henry de Castries, 23 juin 1901

Mercredi 22 juin

Sts John Fisher et Thomas More, Saint Paulin de Nole

Songez que la communion, c’est un baiser donné à Jésus nous tendant les bras dans la crèche et nous le demandant. Refuser de communier souvent c’est lui refuser ce baiser... Vous ne le refuseriez pas à une de vos filles, le refuserez-vous à Jésus ?... Creusez cette pensée, vous pourrez vous dire encore bien des choses sur ce sujet, car Jésus nous tendant les bras et voulant se donner à nous, être possédé par nous, sur la grâce infinie que c’est, la marque d’infini amour que renferme cet abandon, ce don qu’Il nous fait de Lui, et l’acte étrange et insensé de celui qui refuse de recevoir, d’accepter, de posséder Dieu... !

Lettre à Paul Joyeux, 23 décembre 1903

Jeudi 23 juin

Nativité de saint Jean-Baptiste

Vis comme si tu devais mourir martyr aujourd’hui. Mon Seigneur Jésus qui avez dit : “ Personne n’a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis ”, je désire de tout mon cœur donner ma vie pour vous. Je vous le demande instamment. Merci de l’espoir que vous m’en avez donné. Faites que je meure en vous glorifiant le plus possible, en vous, par vous et pour vous ! Sainte Vierge, saint Joseph, sainte Magdeleine, saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Paul, saint Jean, saint Étienne, mon bon ange, secourez-nous ! Mon Dieu, pardonnez à mes ennemis, donnez-leur le salut !

Carnets de Tamanrasset

Vendredi 24 juin

Fête du Sacré-Cœur

Le Père de Foucauld considère le Cœur de Jésus comme tout Jésus. C’est Jésus tout entier. L’autre vocable vient aussi librement sur ses lèvres : c’est Jésus-Amour. Nous avons donc dans ce Cœur le résumé de tout le mystère de Jésus-Christ, il y est pour ainsi dire étalé, déclaré, tout manifeste. Jésus ne pouvait pas aller plus loin pour signifier son amour que de montrer son Cœur comme Il le fit à sainte Marguerite-Marie. Il n’y a pas moyen d’ouvrir sa poitrine, montrer ce Cœur qui bat, ce Cœur enflammé d’amour pour les hommes. Il n’y a pas de déclaration plus brûlante, plus passionnée d’amour que celle-là. C’était le culte de ce Sacré-Cœur, c’était cet amour sensible, cet amour brûlant du Sacré-Cœur qui soutenait le Père de Foucauld dans ses marches invraisemblables à travers le désert, ce désir de voir le Cœur de Jésus connu, qui lui faisait, en plein soleil, à 50° à l’ombre, traduire le tamachek pour pouvoir évangéliser les pauvres du Sahara, c’est l’amour du Sacré-Cœur, un amour fou, fou aux yeux du monde.

Nous héritons de cela, nous le faisons nôtre. Tâchons, nous aussi, d’être éperdus d’amour, cachés dans ce Cœur, buvant à la plaie de ce Côté, c’est ainsi que nous irons de l’avant. Si nous voulons attirer les âmes à Jésus, ce sera encore par l’emblème touchant de ce Sacré-Cœur. Consacrons-nous au Sacré-Cœur sur les pas du Père de Foucauld !

Notre Père, retraite sur la vie intérieure, 1964

Samedi 25 juin

Cœur Immaculé de Marie, Saint Guillaume

Dieu ne veut qu’une chose de nous, que nous L’aimions, que nous brûlions d’amour pour Lui. Aimons, aimons, que toute notre occupation soit d’aimer, de contempler le Bien-aimé, de Lui demander ce qu’Il veut de nous : de penser, dire, faire ce qu’Il veut que nous pensions, disions, fassions... Ayons une grande dévotion à ce Cœur Sacré, par lequel Dieu a allumé le feu sur la terre ! Jesus Caritas « Je suis venu allumer un feu sur la terre ! que veux-Je si ce n’est qu’il brûle ? » Ô mon Dieu, faites brûler ce feu dans mon cœur et dans celui de tous les hommes !... C’est l’unique nécessaire : « Que veux-Je si ce n’est qu’il brûle ? »

Méditation sur l’Évangile

Dimanche 26 juin

Solennité de la fête du Sacré-Cœur, Saints Jean et Paul

« Que nous reste-t-il donc en propre ? Le Père de Foucauld !... et je voudrais dire son humilité et sa simplicité. Lui aussi, semble-t-il, en mourant n’avait rien à nous donner, mais il nous a dit : “ À vous, mes petits frères, je laisse mon cœur. L’Église vous apprendra tout ce qu’il vous est bon de savoir, les circonstances providentielles détermineront les occupations et les modes de votre vie, tout cela vous viendra sans que vous ayez à vous en soucier. Mais je vous laisse mon cœur pour que vous alliez comme moi jusqu’au bout de l’Amour en tout, toujours et partout. En dehors de vos supérieurs et de votre prieur, vous n’avez à vous occuper que d’aimer avec moi, comme moi, et de vous réjouir ainsi de n’être que de petits enfants sans souci, sans rêve d’avenir orgueilleux. Si vous faites ainsi, le Cœur de Jésus dévoilera ses mystères, et votre fraternité – quoi qu’elle fasse et où qu’elle soit – ajoutera sa petite flamme aux mille autres qui déjà brûlent en l’honneur de ce Divin Cœur et à son Service par toute la terre. ” »

Notre Père, lettre à fr Bruno et fr Gérard, 11 novembre 1961

Lundi 27 juin

Saint Cyrille d’Alexandrie, Notre-Dame du Perpétuel Secours

Ma bonne Mère, mère du Perpétuel Secours, vous à qui je me suis confié, voué il y a quelques années, et m’avez si bien secouru, si fidèlement gardé et conduit, ma mère bien-aimée, gardez-moi toujours contre vous, entre vous, Jésus et Joseph, secourez-moi toujours, donnez-moi toujours votre secours tout-puissant et la grâce de le demander sans cesse... Je vous demande une seule chose pour moi, ma Mère chérie, faites-moi faire toujours ce qui console le plus votre Fils... (...) Je renouvelle le don entier que je vous ai fait de moi : je me donne, je me voue, je me consacre à vous, je me remets entre vos mains comme un petit, petit enfant : faites-moi faire ceci ou cela, tout ce qu’il vous plaît : je m’abandonne à vous ! (...) Oh ! gardez-moi, gardez mon cœur, faites qu’en cette nuit, en ce jour et toujours, et moi et tous ceux que Jésus veut y voir, nous soyons entre vous et Joseph dans la petite maison de Nazareth, consolant le plus possible le Cœur de Jésus, partageant sa vie et la vôtre comme ses vrais petits frères, et partageant sans cesse votre amour, votre contemplation, votre adoration, en Notre-Seigneur, par Lui et pour Lui. Amen.

Considérations sur les fêtes de l’année, 20 juin 1898

Mardi 28 juin

Saint Irénée

Dieu a donné au Père de Foucauld la mort qu’il a voulue : une mort par amour de Jésus. Une mort d’amour, dans une parfaite conformité à son Divin Maître. Puisque son amour se voulait tout d’imitation, Jésus lui a donné la grâce de cette configuration suprême. Un peu comme saint François d’Assise recevant les stigmates de la Passion. C’est le Christus factus est obediens usque ad mortem, mortem autem crucis, qu’il faudrait chanter là : le Christ, lui qui était Dieu, s’est fait obéissant. Non seulement il s’est fait homme, mais serviteur et esclave. Et il est descendu davantage, jusqu’à cette ignominie de la mort de la Croix (Ph 2, 5-11).

Pour le Père de Foucauld, l’humilité n’est pas une médiocre vertu bourgeoise : c’est descendre, descendre, descendre, jusqu’à l’abjection. Or, la plus complète abjection n’est-elle pas la mort de la Croix ? C’est pourquoi il a désiré descendre jusque-là : « Pense que tu dois mourir martyr, dépouillé de tout, étendu à terre, nu, méconnaissable, couvert de sang et de blessures, violemment et douloureusement tué, et désire que ce soit aujourd’hui. »

Frère Bruno de Jésus-Marie, Charles de Foucauld

Mercredi 29 juin

Saint Pierre et saint Paul

Saint Pierre, saint Paul, mes Pères, mettez-moi aux pieds de la sainte Famille ! Ô saint Pierre, pasteur suprême, conduisez-moi en présence de Jésus ! Saint Paul, docteur des peuples, enseignez-moi à aimer et à servir ce bien-aimé Jésus, à être son imitateur, Vous que la « charité du Christ a pressé », vous qui avez été « l’imitateur du Christ »... Apprenez-moi, tous deux, à me donner à Lui et à ne pas me reprendre ; à chercher purement sa volonté et à la faire parfaitement, à me jeter à l’eau avec vous, saint Pierre à marcher sur la mer, la main dans la main de Jésus, sans rien craindre du vent ni des flots, à « suivre » comme vous Jésus jusqu’au bout, jusqu’à la mort. Tous deux, ô mes Pères, vous l’avez merveilleusement imité : Il m’a donné à vous pour enfant, parce qu’Il veut que moi aussi je L’imite, aidez-moi à être son « imitateur », à Le « suivre »... ô mes Pères, je me remets entre vos mains. Faites-moi faire en tous les instants de ma vie ce qu’Il veut de moi. Amen !

Considérations sur les fêtes de l’année, 29 juin 1898

Jeudi 30 juin

Cœur Eucharistique de Jésus-Marie, Saint Ostian (Vivarais), Premiers martyrs de l’Église de Rome, Commémoraison de saint Paul

L’Eucharistie, ce n’est pas seulement la communion, le baiser de Jésus, le mariage avec Jésus : c’est aussi le Tabernacle et l’Ostensoir, Jésus présent sur nos autels « tous les jours jusqu’à la consommation des siècles », vrai Emmanuel, « vrai Dieu avec nous », s’exposant à toute heure, sur toutes les parties de la terre, à nos regards, à notre adoration et à notre amour et changeant, par cette présence perpétuelle, la nuit de notre vie en une illumination délicieuse... L’Eucharistie, c’est Dieu avec nous, c’est Dieu en nous, c’est Dieu se donnant perpétuellement à nous, à aimer, adorer, embrasser et posséder. À Lui gloire, louange, honneur et bénédiction dans les siècles des siècles. Prions Dieu, nuit et jour, pour que tous les hommes, obéissant à Notre-Seigneur Jésus et à la religion catholique, embrassent à leur voix la voie de la Croix et l’imitation de Jésus, et qu’éclairés et embrasés par le Sacré-Cœur de Jésus, transformés et divinisés par la sainte Eucharistie, ils glorifient Dieu le plus possible, pendant tous les instants de leur vie terrestre et durant l’éternité. Amen !

L’Évangile présenté aux pauvres du Sahara