Méditations quotidiennes
Vendredi 1er mai
Premier Vendredi du mois, Saint Joseph, artisan
Dans les grands drames de l’histoire, dans les grandes déroutes de l’Église ou de la Patrie ou des familles ou de notre propre cœur, il faut qu’il y ait un témoin. Il faut absolument que Dieu envoie un témoin. Il faut absolument que quelqu’un soit là, qui garde, je ne dis pas le bon sens et le réalisme des choses humaines, mais la plénitude de la Vérité, de la part de Dieu, et qui témoigne de la vérité. Peut-être est-ce inutile dans le moment, mais ensuite à travers les siècles, ce témoin-là qui se tient dans les pires circonstances et violences que les hommes font à la vérité du Christ, se tiendra comme témoin [...].
Au moment où la royauté française s’écroulait, au moment où les rois eux-mêmes méprisaient le Christ en oubliant la dévotion au Sacré-Cœur, elle était là, il fallait qu’elle soit là, auprès du roi, pour dire la vérité en face de l’erreur. À côté de l’erreur moderne, la vérité éternelle se tenait là, c’était Madame Élisabeth.
Sermon de notre Père, 8 juin 1994 à Reims.
Samedi 2 mai
Premier Samedi du mois, Saint Athanase
Madame Élisabeth fut vraie dans tous les moments de son existence. Elle a pris des positions politiques en disant qu’elle n’y connaissait rien et cependant, c’était la position juste. Elle les a prises avec fermeté. C’est le don de Force qui est le plus frappant dans son existence, et c’était ce dont il y avait le plus besoin : il fallait réagir. Le roi était coupable de ne pas réagir, de ne pas avoir cette fermeté que sa sœur lui prêchait humblement, se soumettant à lui avec beaucoup de respect. Ce n’est pas que Louis XVI ait manqué de courage, mais il a manqué de cette vertu politique qui s’appelle la Force.
Elle, elle l’avait et elle nous dit qu’il faut être fort dans la vie contre l’adversité, il ne faut pas se laisser dominer, ni par les forces du démon ni par les forces humaines ; il faut lutter, il n’est pas permis d’abdiquer devant la Révolution. C’est son message.
Sermon de notre Père, 8 juin 1994 à Reims.
Dimanche 3 mai
5e dimanche de Pâques, Sts Philippe et Jacques, Naissance de Madame Élisabeth (1764), Invention de la Ste Croix
À Versailles, aux Tuileries, au Temple, dans les étapes de sa vie douloureuse, de sa montée au Calvaire, Madame Élisabeth a été remplie de plus en plus de la dévotion au Sacré-Cœur. Or, c’était la grande faute des rois, ses aïeux, dont elle se voulait absolument la fille. Le roi Louis XIV refusant de s’agenouiller devant le Sacré-Cœur est comme une tare, un péché originel de cette monarchie tellement aimée du Christ. Cela conduira Louis XVI à la guillotine et le petit roi Louis XVII dans cette prison obscure, à ce martyre inconnu qui fait de lui une victime du Sacré-Cœur. En même temps, cette Révolution se fait dans la haine du Sacré-Cœur. Il suffit qu’on trouve une effigie dans les vestes, dans les hardes de tel ou tel suspect pour qu’il soit guillotiné. La haine du Sacré-Cœur, d’un côté, la désobéissance au Sacré-Cœur de l’autre ; le Sacré-Cœur est vraiment la pièce maîtresse de la Révolution et de la Contre-Révolution.
Quelqu’un incarne cette Contre-Révolution dans la perfection de sa sagesse, de son amour de Dieu et des pauvres êtres humains, pardonnant à tous, compatissante à toute faiblesse, ne songeant qu’à prier pour la conversion de ses bourreaux : c’est Madame Élisabeth.
Sermon de notre Père, 10 juin 1994
Lundi 4 mai
Saint Suaire, Saint Andéol (Vivarais), Sainte Monique
Madame Élisabeth était pleine d’admiration pour son frère et lorsque le roi parlait, c’était cela la vérité. Mais très vite, elle a changé. Elle a vu le roi prendre le parti, qu’il croyait héroïque, de dire oui à tout. Dire oui à tout, c’était la destruction de son autorité, la destruction de l’Église, et elle, avec effroi, a vu ainsi toutes les pierres du palais et de l’Église s’effondrer... Elle a compris qu’un roi devait être absolu et non pas constitutionnel, un roi doit gouverner son peuple au nom de Dieu, selon la tradition et selon la raison politique, mais non point par des représentations populaires.
Cette vérité est la plus utile, la plus importante dans l’ordre politique, dans la charité politique, si nous voulons sauver le monde, si nous voulons garder l’Église, si nous voulons garder nos familles. L’autorité ne se partage pas, l’autorité ne vient pas du peuple, mais de Dieu seul. Elle et elle seule l’a compris d’emblée et à cause de son sentiment de la royauté du Christ, de la royauté de Dieu.
Sermon de notre Père, 8 juin 1994 à Reims.
Mardi 5 mai
Saint Pie V
Je suis encore un peu étourdie de la secousse violente que nous avons éprouvée [la fuite à Varennes] ; il faudrait pouvoir passer quelques jours bien tranquilles, éloignés du mouvement de Paris, pour remettre ses sens ; mais Dieu ne le permettant pas, j’espère qu’il y suppléera. Ah ! mon cœur, heureux l’homme qui, tenant toujours son âme entre ses mains, ne voit que Dieu et l’éternité, et n’a d’autre but que de faire servir les maux de ce monde à la gloire de Dieu, et d’en tirer parti pour jouir en paix de la récompense éternelle ! Que je suis loin de cela ! Cependant n’allez pas croire que mon âme est livrée à une douleur violente ; non, j’ai même conservé de la gaieté. Hier encore, j’ai beaucoup ri en me rappelant des anecdotes ridicules de notre voyage ; mais je suis encore dans l’effervescence. Cependant, j’espère que je ne serai pas encore longtemps comme cela. Demande-le à Dieu pour moi, je t’en conjure.
Lettre à Madame Louise de Raigecourt, 23 juillet 1791
Mercredi 6 mai
Saint Jean devant la porte latine, Saint François de Laval (Canada)
Dieu est tout-puissant ; Dieu peut d’un moment à l’autre changer nos larmes en cris d’allégresse. Ah ! s’il voulait faire un miracle en notre faveur et rétablir la religion ! Mais le méritons-nous ? Les Ninivites firent pénitence, ils se couvrirent de sacs et de cendre ; nous, nous nous désolons, mais nous n’avons point recours à Dieu, comme un enfant se jette dans les bras de son père. Nous cherchons encore de la consolation dans nos semblables : hélas ! l’expérience devrait bien nous faire voir qu’il n’y en a point à espérer. Cependant, mon cœur, ne nous laissons point abattre ; servons Dieu avec plus de ferveur que jamais ; prouvons-lui qu’il est des cœurs qui ne sont point ingrats : qui plus que nous doit l’aimer et le montrer hautement ?
Lettre à Madame de Raigecourt, 28 mars 1791
Jeudi 7 mai
Bse Marie-Louise Trichet, Saint Stanislas
Non, mon cœur ; Dieu veut plus. Il veut que vous travailliez à lui faire le sacrifice de votre douleur [d’avoir perdu un être cher], que vous la remplaciez par l’amour de Dieu, non seulement par ce sentiment qui rend heureuse, mais par l’amour de l’accomplissement de sa volonté. Il ne vous a pas comblée de tant de grâces pour rien, mon cœur, il faut en mériter l’accomplissement.
Vous me trouvez bien sévère. Vous vous dites : « Elle n’a pas connu le sentiment que j’éprouve. » Cela est vrai, mon cœur ; mais (quoique je le dise fort mal) j’ai lu mon Pater, et qu’y trouve-t-on ? Fiat voluntas tua. Expliquons-nous cette parole. Suffit-il de dire que votre volonté soit faite ? Non pas, mon cœur, il faut le vouloir. Or, le voulez-vous, lorsqu’au bout de deux ans votre douleur est aussi forte ? Examinez-vous sur cela au pied de votre crucifix, et prenez là les consolations que Dieu vous inspirera.
Pardon, mon cœur, si je vous tiens ce langage ; mais je crois que votre bonheur est attaché à cela, et je vous aime trop pour ne pas le vouloir.
Lettre à Madame de Raigecourt, 21 décembre 1791
Vendredi 8 mai
Apparition de saint Michel Archange, Bse Catherine de Saint-Augustin (Canada)
Allons à Dieu tout simplement ; que la foi nous fasse voir qu’il n’abandonne jamais ses enfants. Si nous nous sentons faibles pour son service, découragés, ne cherchons point à nous remonter par nous-mêmes, disons-lui :
« Mon Dieu, vous voyez le fond de mon cœur, il est à vous sans aucun partage. Je ne puis savoir si vous acceptez tous les sacrifices que je vous fais et que j’ai l’intention de bien faire ; mais votre Fils est mort pour expier toutes mes fautes ; regardez-le, mon Dieu, et jusque sur la croix où notre cruauté et nos péchés l’ont porté, écoutez-le qui vous demande grâce pour nous, qui console celui des deux voleurs qui revient à Lui ; je veux l’imiter, ô mon Dieu ! reconnaître votre puissance souveraine, et croire surtout que, quoi qu’il arrive, vous ne m’abandonnerez jamais. »
Véritablement, mon cœur, je suis honteuse ; ce qui me console, c’est que je ressemble beaucoup à Gros-Jean qui remontre à son curé ; vous n’en ferez que l’usage qu’il faisait de ses remontrances, et vous me pardonnerez à cause de l’intention.
Lettre à Marie de Causans, 9 février 1786
Samedi 9 mai
Saint Grégoire de Nazianze
Il faut se soumettre aux décrets de la Providence ; il faut que cette soumission nous porte au calme ; sans cela elle n’est que sur nos lèvres et non dans notre cœur. Lorsque Jésus-Christ fut trahi, abandonné, il n’y eut que son Cœur qui souffrit de tant d’outrages ; son extérieur était calme, et prouvait que Dieu était vraiment en Lui. Nous devons l’imiter, et Dieu doit être en nous. Ainsi, mon cœur, calmez-vous, soumettez-vous, et adorez en paix les décrets de la Providence, sans vous permettre de porter vos regards sur un avenir affreux pour quiconque ne voit qu’avec des yeux humains.
Lettre à Madame de Raigecourt, 15 février 1791
Dimanche 10 mai
6e dimanche de Pâques, Martyre de Madame Élisabeth (1794), Saint Jean d’Avila Saint Antonin
Au milieu des condamnés, Madame Élisabeth remarque Loménie de Brienne, jadis ministre de la guerre, encore tout ému d’avoir vu Fouquier-Tinville repousser sa défense et les réclamations des habitants de Brienne en sa faveur. Il rappelle avec exaltation les services qu’il a rendus. Madame Élisabeth s’approche de lui : « Ah ! Monsieur, lui dit-elle, s’il est beau de mériter l’estime de ses concitoyens, croyez qu’il est encore plus beau de mériter la clémence de Dieu. Vous avez montré à vos compatriotes à faire le bien, vous leur montrerez comment on meurt quand on a la conscience en paix ! » [...]
Madame de Montmorin, dont presque toute la famille avait été mise à mort par la Révolution, ne pouvait se faire à l’idée de l’immolation de son fils. Celui-ci la rassurait avec le courage, la tendresse du dévouement filial... « Je veux bien mourir, disait-elle en sanglotant, mais je ne puis le voir mourir.
– Vous aimez votre fils, lui dit alors Madame Élisabeth, et vous ne voulez pas qu’il vous accompagne ! Vous allez trouver les félicités du Ciel, et vous voulez qu’il demeure sur cette terre, où il n’y a aujourd’hui que tourments et douleurs ! »
Sous l’impression de ces paroles, le cœur de Madame de Montmorin se raffermit, elle serra son enfant dans ses bras : « Viens, viens ! s’écria-t-elle, nous monterons ensemble ! » [...]
La blanche silhouette de la plus vertueuse des princesses passait ainsi de l’un à l’autre, semant l’espérance, essuyant les larmes, entr’ouvrant d’avance les portiques du Ciel !
« On n’exige pas de nous, disait-elle, comme des anciens martyrs, le sacrifice de nos croyances ; on ne nous demande que l’abandon de notre misérable vie ! Faisons à Dieu ce faible sacrifice avec résignation. »
C’était l’heure pour elle de vivre ses paroles, naguère échappées de sa plume, mais plus encore de son âme ardente et soumise au bon plaisir divin : « Que la volonté de Dieu soit faite. Tâchons d’y être résignées, et que nous donnions la main à cette vertu en entrant dans le Ciel. » (30 août 1790)
Sœur Marie-Aimée du Sacré-Cœur (E-M du Lys),
Madame Élisabeth de France, tome II, pp. 541-543.
Lundi 11 mai
Lundi des Rogations, Saint Philippe et saint Jacques
Ne te charge pas l’esprit de scrupules, tu offenserais Dieu qui t’a fait tant de grâces, et qui mérite bien que tu ailles à lui avec toute la confiance d’un enfant [...]. Dieu est plus indulgent pour sa créature ; il en connaît toute la faiblesse, mais il veut, malgré cela, la combler de toutes ses grâces ; et, pour prix de tant de bontés, il demande notre confiance et un abandon entier à toutes ses volontés. Ah ! que, dans ce moment, on a besoin de se répéter cette vérité ! Tu pourras avoir souvent besoin de recourir à lui pour te fortifier. Ne te mets donc pas dans le cas de te priver de la nourriture divine par des scrupules qui n’ont pas le sens commun. C’est une vraie tentation qu’il est nécessaire que tu combattes dans sa naissance. Si tu lui laissais faire des progrès, tu serais bien malheureuse, et tu offenserais Dieu sans cesse.
Mais ne voilà-t-il pas que je fais l’office de Gros-Jean ! Mais que veux-tu ? Il faut bien parler. Pour moi, comme tu sais, je suis de ma nature très bavarde, et comme les nouvelles m’ennuient, je me rejette sur les sermons.
Lettre à Raigecourt, 16 octobre 1790
Mardi 12 mai
Mardi des Rogations, Saints Nérée, Achillée, Domitille et Pancrace
Ma petite, la Providence, qui veilla sur toi dès ton enfance, y veillera encore. Rapportons-nous-en à elle dans tous les instants de notre vie. Nous ne pouvons avoir de vraie consolation, d’appui solide qu’en elle. Ne sens-tu pas que c’est dans la peine, dans les moments où la religion est en danger, que l’on en sent mieux le prix ? Dédommager Dieu, s’il est possible, de tous les outrages qu’il reçoit ; ah ! qu’ils sont grands, mais que sa bonté l’est mille fois davantage ! Prie-le pour moi, mon cœur, c’est à ceux qui sont dans un séjour tranquille à obtenir des grâces pour ceux qui sont dans un pays le plus orageux que l’on ait jamais rencontré.
Lettre à Madame Angélique de Bombelles, 20 mars 1790
Mercredi 13 mai
Notre-Dame de Fatima, Mercredi des Rogations
Et comment veut-on que la colère du Ciel se lasse de tomber sur nous lorsque l’on se plaît à l’irriter sans cesse ? Tâchons au moins, mon cœur, par notre fidélité à le servir, à effacer quelques-unes des offenses qu’on lui fait journellement. Pensons que son Cœur souffre plus encore que sa colère n’est irritée. Il dépend de nous de le consoler. Ah ! que cette idée doit animer la ferveur des âmes assez heureuses pour avoir de la foi ! Fais prier tes petits enfants : Dieu nous dit que leur prière lui est agréable.
Lettre à Madame de Bombelles, 28 novembre 1790
Jeudi 14 mai
Ascension de Notre-Seigneur, Saint Michel Garicoïts, ND de Santa Cruz, Saint Matthias, Saint Boniface
Je n’ai point de goût pour le martyre ; mais je sens que je serais très aise d’avoir la certitude de le souffrir plutôt que d’abandonner le moindre article de ma foi. J’espère que si j’y suis destinée, Dieu m’en donnera la force. Il est si bon, si bon ! C’est un Père si occupé du véritable bonheur de ses enfants, que nous devons avoir toute confiance en lui. As-tu été touchée, le jour des Rois, de la bonté de Dieu qui appela les gentils à lui dans ce moment ? Ces gentils, c’étaient nous. Remercions-le donc bien ; soyons fidèles à notre foi ; ranimons-la ; ne perdons jamais de vue ce que nous lui devons, et sur tout le reste abandonnons-nous avec une confiance vraiment filiale.
Lettre à Madame de Raigecourt, 7 janvier 1791
Vendredi 15 mai
Saint Jean-Baptiste de la Salle
Je vous l’avouerai, je suis bien loin de la résignation que je désirerais avoir. L’abandon à la volonté de Dieu n’est encore que dans la superficie de mon esprit. Cependant, après avoir été pendant près d’un mois dans un état violent [c’était la fuite à Varennes], je commence à reprendre un peu mon assiette ; les événements qui paraissent se calmer en sont cause. Dieu veuille que cela dure un peu, et que le Ciel se laisse toucher ! Vous ne pouvez imaginer combien les âmes ferventes redoublent de zèle ; le Ciel ne peut pas être sourd à tant de vœux qui lui sont offerts avec tant de confiance. C’est du Cœur de Jésus que l’on semble attendre toutes les grâces dont a on besoin ; la ferveur de cette dévotion semble redoubler : plus nos maux augmentent, plus on y adresse des vœux. Toutes les communautés font de ferventes prières ; mais il faudrait que tout le monde s’unît pour fléchir le Ciel ; et voilà ce qu’il faut commencer par obtenir, et ne s’occuper que du bien de la religion.
Lettre à l’abbé de Lubersac, 29 juillet 1791
Le bienheureux Jacques-François de Lubersac mourut martyr aux Carmes lors des massacres de septembre 1792.
Samedi 16 mai
Saint Ubald, Saint André-Hubert Fournet
Je frémis du moment où le Roi sera dans le cas d’agir [la signature de la charte constitutionnelle]. Nous n’avons pas ici un homme de tête en qui l’on puisse avoir confiance. Tu sens où cela nous mènera ; j’en frémis. Il faut lever ses mains vers le Ciel ; Dieu aura pitié de nous. Adresse-toi au Cœur de Jésus pour lui demander d’avoir pitié de nous. Ah ! que je voudrais que d’autres que nous s’unissent aux prières ferventes qui lui sont adressées par toutes les communautés et par toutes les saintes âmes de la France !
Lettre à Madame de Bombelles, 28 juillet 1791
Dimanche 17 mai
7e dimanche de Pâques, Saint Pascal Baylon
Un jour que l’ordre de mon service au Temple m’avait fait entrer chez Madame Élisabeth, je trouvai cette princesse en prière ; mon premier mouvement fut de me retirer : « Restez, me dit-elle, vaquez à vos occupations, je n’en serai point dérangée. » Voici quelle était la prière de Madame Élisabeth, elle me permit de la copier :
« Que m’arrivera-t-il aujourd’hui, ô mon Dieu ? Je l’ignore. Tout ce que je sais, c’est qu’il ne m’arrivera rien que vous n’ayez prévu de toute éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu, pour être tranquille. J’adore vos desseins éternels, je m’y soumets de tout mon cœur ; je veux tout, j’accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout ; j’unis ce sacrifice à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant, par son Cœur sacré et par ses mérites infinis, la patience dans nos maux et la parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voulez et permettez. »
Souvenirs du baron François Hüe
Lundi 18 mai
Saint Jean Ier, Saint Venant
Mon Dieu, mon cœur, que l’on est malheureux de vivre dans ce moment-ci ! On ne rencontre que des fous, des imbéciles et des méchants ! Dieu veuille que l’esprit humain ouvre enfin les yeux à cette lumière que l’on dit que le siècle possède, mais qui est encore si obscure que pour moi je n’y vois qu’un brouillard d’une épaisseur monstrueuse ! Si la religion ne vient pas à notre secours, il y a grande apparence que nous vivrons longtemps dans cette pénible situation. Enfin, dit-on, il faut vouloir tout ce que Dieu veut. Pour moi, je désire me sauver et que les gens que j’aime ne se perdent pas. Voilà tout ce qu’il me faut.
Lettre à Madame de Bombelles, 13 mars 1791
Mardi 19 mai
Saint Yves, Saint Pierre Célestin
Ah ! mon cœur, le sang français est toujours le même : on lui a donné une dose d’opium bien forte ; mais elle n’a pas attaqué le fond de leur cœur. Il n’est point glacé, et l’on aura beau faire, il ne changera jamais. Pour moi, je sens que j’aime ma patrie mille fois davantage.
Lettre à Madame de Bombelles, 28 février 1791
Mercredi 20 mai
Saint Bernardin de Sienne
Rapportons-nous-en à Dieu seul de toute manière ; c’est ce que nous avons de mieux à faire. Prie-le, mon cœur ; demande-lui bien la conversion des âmes ; demande-lui surtout avec instance de retirer l’aveuglement dont il a frappé ce malheureux royaume. Demande la même grâce pour ses chefs ; car, nous n’en pouvons douter, sa main s’est appesantie sur nous d’une manière trop visible. Si tu étais à ma place, tu en jugerais encore mieux. Ce n’est donc que lui qui peut changer notre sort. Ranime ta ferveur pour le lui demander ; prie-le aussi de ranimer la mienne.
Lettre à Madame de Raigecourt, 18 février 1792
Jeudi 21 mai
Saint Christophe de Magallanès et ses compagnons, Saint Eugène de Mazenod
La Providence m’a placée où je suis : ce n’est pas moi qui l’ai choisi ; tu crois bien qu’elle m’y retient, il faut donc s’y soumettre. Mon sort m’y paraîtrait plus doux si je voyais l’union [dans ma famille], et que je trouverais l’hiver court, si, malgré toutes les peines qu’il nous annonce, il pouvait l’amener ! Et que n’ai-je ici les moyens que j’aurais autre part ! Car j’y travaillerais avec bien du zèle ; mais mettons en Dieu notre confiance : il sait ce qu’il faut à chacun de ses enfants. Il en aura soin, gardons-nous d’en douter. Nous ne sommes pas faits pour vivre heureux dans ce monde. La vue de l’éternité devrait soutenir tous et particulièrement ceux qui sont comblés de ses grâces [...]. Non, la Providence n’abandonne jamais. Oh ! que l’on serait heureux si l’on avait une foi vive !
Lettre à Madame de Bombelles, 22 septembre 1791
Vendredi 22 mai
Sainte Rita de Cascia
Qui ne pourrait pas s’affliger de voir la religion aussi attaquée qu’elle l’est ? Ah ! si nous avons bien péché, Dieu nous punit bien ! Heureux qui ne prend qu’en esprit de pénitence cette épreuve ! Il faut remercier Dieu du courage qu’il accorde au clergé : on en raconte chaque jour des traits admirables. La main de Dieu ne peut être méconnue que par des impies qui la craignent, parce qu’ils l’ont trop offensé. Ah ! s’ils pouvaient, au lieu de cela, élever leurs cœurs vers lui et avoir confiance en sa miséricorde ! Mais non, ce n’est point une grâce que nous méritions encore : nous sommes destinés à fléchir la colère de Dieu.
Lettre à Madame de Bombelles, 7 février 1791
Samedi 23 mai
Vigile de la Pentecôte, Sainte Jeanne-Antide Thouret, Notre-Dame du Laus
Prie Dieu, ma chère enfant, qu’il nous envoie son Esprit-Saint. Nous sommes bien mal, et tous les jours nous le sommes un peu plus. Nous laissons tout faire, et ce qu’il y a de pis, c’est que nous persuadons à tout le monde que nous ne sommes pas fâchés de ce qui se passe [...]. Être toujours entourés de gens qui vous espionnent, qui vous tiennent dans votre cage, tout cela, si ce n’était pas la volonté de Dieu, il y aurait de quoi se bien impatienter ! Mais s’il veut se venger de nous, nous aurons beau faire, il en sera toujours le maître, et ce qui me désole c’est que la religion perd beaucoup.
Lettre de Madame de Bombelles, 27 avril 1790
Dimanche 24 mai
Fête de la Pentecôte, Notre-Dame Auxiliatrice
Le Saint-Esprit viendra, dit Jésus, me rendre témoignage à l’intime de vous pour vous persuader que vous pouvez tenir en face des forces de l’enfer déchaîné et pour bétonner vos certitudes, afin que vous puissiez rendre témoignage de ce que vous avez vu et entendu. On ne vous en demande pas davantage : rendre témoignage, faire votre devoir ! Pour le reste, dit Jésus, je m’en charge, mais pour que vous fassiez votre devoir, il faut que, intérieurement, vous ne soyez pas sciés, déprimés, abattus par toute la faiblesse de votre nature, les forces du démon et l’apparence effroyable, effrayante de la stature gigantesque de l’ennemi du genre humain, de l’ennemi de l’Église [...]. Que le Saint-Esprit nous donne la certitude que nous aurons la force nécessaire pour accomplir notre devoir, afin que nous portions notre témoignage ! Quant aux événements extérieurs, aux ennemis qui tournent autour de nous, c’est le Christ qui s’en charge, Il abattra et calmera la tempête et les vents quand Il le voudra.
Sermon de notre Père, 3 mai 1991
Lundi 25 mai
Marie, Mère de l’Église, Ste Marie-Madeleine de Pazzi, St Bède le Vénérable, St Grégoire VII, Ste Madeleine-Sophie Barat, Invention des reliques de sainte Philomène
Il est arrivé une chose assez extraordinaire avant-hier. C’était le jour de l’anniversaire du vœu de Louis XIII. Les bonnes âmes de Paris ont fait, ce jour-là, leurs dévotions à Notre-Dame, et nous, par le plus grand hasard du monde, nous avons été y entendre la messe. Il s’est trouvé là une femme de la bourgeoisie qui nous a remis une espèce de consécration de la France, que le Roi, la Reine et tout ce qui était là, a dit pendant la messe. Tous ces hasards me font espérer que Dieu s’en est mêlé, et qu’il nous regardera en pitié. Je te l’envoie, afin que tu la dises aussi.
Lettre à Madame de Bombelles, 31 janvier 1790
Cette « espèce de consécration » sera l’objet des prochains bouquets spirituels.
Mardi 26 mai
Saint Philippe Néri, Vble Marguerite du Saint-Sacrement
CONSÉCRATION DE LA FRANCE À LA SAINTE VIERGE,
En renouvellement du Vœu de Louis XIII (1790).
Ô Vierge Sainte, vous avez toujours si spécialement protégé la France !... Tant de monuments nous attestent combien elle vous a toujours été chère... Et à présent qu’elle est malheureuse, et plus malheureuse que jamais, elle semble vous être devenue étrangère !... Il est vrai qu’elle est bien coupable !... Mais tant d’autres fois elle le fut, et vous lui obtîntes son pardon !... D’où vient donc qu’aujourd’hui vous ne parlez plus en sa faveur ? Car si vous disiez seulement à votre divin Fils : « Ils sont accablés de maux », bientôt nous cesserions de l’être... Qu’attendez-vous donc, ô Vierge Sainte, qu’attendez-vous, pour faire changer notre malheureux sort ?... Ah ! Dieu veut peut-être qu’il soit renouvelé par nous, le vœu que fit un de nos Rois, pour vous consacrer la France !... À suivre...
Mercredi 27 mai
Mercredi des Quatre-Temps, St Augustin de Cantorbéry, St Bède le Vénérable
Eh bien ! ô Marie, ô très sainte Mère de Jésus-Christ, nous vous la vouons, nous vous la consacrons de nouveau... Oh ! si cet acte particulier pouvait être le prélude d’un renouvellement plus solennel et plus public !... Oh ! si bientôt elle pouvait retentir depuis le Trône jusqu’aux extrémités du Royaume, cette parole qui lui a attiré autrefois tant de bénédictions : « Vierge Sainte, nous nous vouons tous à vous ! » Mais le désir que nous en avons ne peut-il pas y suppléer ? Mais les liens sacrés qui nous unissent à tous les habitants de ce Royaume, comme à nos frères ; mais la charité qui étend nos vues et dilate nos cœurs, pour les comprendre tous dans notre offrande, ne peut-elle pas la leur rendre commune avec nous ? Ne peut-elle pas donner à une consécration particulière, le mérite et l’efficacité d’une Consécration générale ? Nous vous en prions, ô Vierge Sainte !... nous vous en conjurons !... nous l’espérons !...
À suivre...
Jeudi 28 mai
St Germain de Paris, St Augustin de Cantorbéry
Et dans cette confiance, nous vous offrons, au nom de cette immense société dont nous sommes les membres, nous vous offrons notre Roi, notre Reine, et son auguste famille !... Nous vous offrons nos Princes !... Nous vous offrons nos armées, et ceux qui les commandent !... Nous vous offrons nos magistrats !... Nous vous offrons toutes les conditions et tous les états !... Nous vous offrons surtout ceux qui sont chargés du maintien de la religion et des mœurs !... Enfin, nous vous offrons, nous vous rendons la France tout entière !... Reprenez, ô Vierge sainte, vos premiers droits sur elle, et rendez-lui votre ancienne protection !... Rendez-lui la foi !... Rendez-lui la pureté des mœurs !... Rendez-lui la paix !... Rendez-lui, rendez-lui Jésus-Christ, qu’elle semble avoir perdu !... Enfin que ce Royaume, adopté de nouveau et protégé par vous, redevienne tout entier le Royaume de Jésus-Christ ! Ainsi soit-il.
1790
Vendredi 29 mai
Vendredi des Quatre-Temps
Lors d’une perquisition au Temple, on prit cet acte de consécration recopié par Madame Élisabeth et portant sa signature et celle de Marie-Antoinette :
« Ô Jésus-Christ, tous les cœurs de ce Royaume, depuis le cœur de notre auguste Monarque, jusqu’à celui du plus pauvre de ses sujets, nous les réunissons par les désirs de la charité, pour Vous lui offrir tous ensemble.
« Oui, Cœur de Jésus, nous offrons notre patrie tout entière et les cœurs de tous ses enfants. Ô Vierge Sainte, ils sont maintenant entre vos mains, nous vous les avons remis en nous consacrant à vous, comme à notre Protectrice et à notre Mère. Aujourd’hui nous vous en supplions, offrez-les au Cœur de Jésus. Présentés par vous, il les recevra, il leur pardonnera, il les bénira, il les sanctifiera. Il sauvera la France tout entière et y fera refleurir la Sainte Religion. Ainsi soit-il. »
Samedi 30 mai
Samedi des Quatre-Temps, Sainte Jeanne d’Arc, Bse Marie-Céline de la Présentation
Aie la bonté de bien prier Dieu et la Sainte Vierge, le jour de l’Assomption ; si je puis, je ferai mes dévotions ce jour-là. Louis XIII, qui mit ce royaume sous sa protection ce jour-là, nous a montré à qui nous devions nous adresser dans nos besoins. C’est une bonne Mère qui ne nous abandonnera pas.
Lettre à Madame de Bombelles du 2 août 1790
Dimanche 31 mai
Fête de la Sainte Trinité, Visitation de la Bse Vierge Marie, Marie Reine
Au mois de juillet 1790, Madame Élisabeth écrivit la formule d’un vœu au Cœur Immaculé de Marie pour obtenir la conservation de la religion dans le royaume. À ce vœu s’associèrent avec empressement mesdames de Raigecourt, de Bombelles, d’Albert de Luynes, de Lastic ; madame de Saisseval, sa belle-sœur, et un grand nombre d’autres. La première disposition de ce vœu avait pour objet de consacrer, chaque année, une somme d’argent proportionnée à l’état de fortune de chaque associée pour être employée à la bonne œuvre qui paraîtrait devoir être la plus agréable à Dieu. La désignation de cette œuvre ne devait être faite qu’à la fin de septembre 1791. La seconde promesse du vœu était d’élever gratuitement un garçon et une fille pauvres. Ce n’était pas tout. Dans une petite prière récitée par les membres de l’association, on s’engageait à ériger un autel au Cœur Immaculé de Marie, et à offrir un salut mensuel en reconnaissance de la grâce obtenue. À cette même intention, un Cœur de Jésus joint au Cœur de Marie, fait de l’or le plus pur, fut offert à cette époque à la cathédrale de Chartres.
Beauchesne, Vie de Madame Élisabeth, tome I, p. 350.