Méditations quotidiennes
Samedi 30 mai
Samedi des Quatre-Temps, Sainte Jeanne d’Arc, Bse Marie-Céline de la Présentation
Aie la bonté de bien prier Dieu et la Sainte Vierge, le jour de l’Assomption ; si je puis, je ferai mes dévotions ce jour-là. Louis XIII, qui mit ce royaume sous sa protection ce jour-là, nous a montré à qui nous devions nous adresser dans nos besoins. C’est une bonne Mère qui ne nous abandonnera pas.
Lettre à Madame de Bombelles du 2 août 1790
Dimanche 31 mai
Fête de la Sainte Trinité, Visitation de la Bse Vierge Marie, Marie Reine
Au mois de juillet 1790, Madame Élisabeth écrivit la formule d’un vœu au Cœur Immaculé de Marie pour obtenir la conservation de la religion dans le royaume. À ce vœu s’associèrent avec empressement mesdames de Raigecourt, de Bombelles, d’Albert de Luynes, de Lastic ; madame de Saisseval, sa belle-sœur, et un grand nombre d’autres. La première disposition de ce vœu avait pour objet de consacrer, chaque année, une somme d’argent proportionnée à l’état de fortune de chaque associée pour être employée à la bonne œuvre qui paraîtrait devoir être la plus agréable à Dieu. La désignation de cette œuvre ne devait être faite qu’à la fin de septembre 1791. La seconde promesse du vœu était d’élever gratuitement un garçon et une fille pauvres. Ce n’était pas tout. Dans une petite prière récitée par les membres de l’association, on s’engageait à ériger un autel au Cœur Immaculé de Marie, et à offrir un salut mensuel en reconnaissance de la grâce obtenue. À cette même intention, un Cœur de Jésus joint au Cœur de Marie, fait de l’or le plus pur, fut offert à cette époque à la cathédrale de Chartres.
Beauchesne, Vie de Madame Élisabeth, tome I, p. 350.
Les bouquets spirituels de ce mois du Sacré-Cœur sont consacrés à la dévotion eucharistique et mariale de sainte Gertrude. Ils sont tirés de ses Révélations : le Héraut de l’Amour divin.
Lundi 1er juin
Saint Justin, Sainte Angèle de Mérici
Sainte Gertrude devait un matin participer aux saints mystères, et repassait en son esprit les divers bienfaits de Dieu à son égard. Elle se considéra elle-même comme une tendre plante placée à proximité du Cœur divin tout brûlant d’amour, afin d’en recevoir la douce influence. Mais presque toute consumée par suite de ses fautes et de ses négligences, elle était prête à tomber en cendres et ressemblait déjà au petit charbon éteint qui gît sur le sol. Elle invoqua alors Jésus-Christ le Fils de Dieu, médiateur plein de bonté, et le pria de la purifier et de la présenter à Dieu le Père. Le Seigneur parut l’attirer vers lui par l’influence amoureuse de son Cœur transpercé, la laver dans l’eau qui en découlait, et l’arroser du Sang précieux et vivifiant de sa blessure sacrée. Cette opération ralluma le petit charbon. Il se changea bientôt en un arbre verdoyant dont les branches se partageaient en trois comme nous le voyons dans la fleur du lis. Le Fils de Dieu prenant cet arbre, le présenta avec joie et révérence à la très Sainte Trinité, qui daigna s’incliner avec grande bienveillance : Dieu le Père en vertu de sa toute-puissance attacha sur les rameaux les plus élevés tous les fruits que cette âme eût produits si elle s’était prêtée complètement aux desseins de la divine Providence. De même le Fils de Dieu et le Saint-Esprit parurent déposer sur les deux autres branches les fruits de la Sagesse et de l’Amour.
Livre 3e, chapitre 18e
Du don de préparation pour recevoir le Corps de Jésus-Christ
Mardi 2 juin
Saint Pothin, sainte Blandine et leurs compagnons, Saints Marcellin, Pierre et Érasme
Un jour, après avoir communié, elle offrit à Dieu le Corps du Seigneur pour le soulagement des âmes du purgatoire, et reconnut que cette oblation avait considérablement allégé leurs peines. Dans son admiration elle s’écria : « Ô mon très doux Seigneur, je dois confesser, pour votre plus grande gloire, que, malgré mon indignité, vous daignez sans cesse m’honorer de votre présence et même fixer votre demeure en mon âme ! D’où vient que la réception de votre Corps sacré n’a pas toujours l’heureux effet que vous m’avez permis de constater aujourd’hui ? » Le Seigneur répondit : « Un roi dans son palais n’est pas accessible à tous ; mais lorsque, attiré par son amour pour la reine, il descend dans la cité pour visiter son épouse, tous les habitants de la ville jouissent alors largement de la magnificence et de la libéralité royales et reçoivent avec joie ses bienfaits. De même, lorsque je cède à la douce bonté de mon Cœur, et que je m’abaisse dans le Sacrement de vie vers une âme exempte de faute mortelle, tous ceux qui habitent le ciel, la terre et le purgatoire en reçoivent d’inestimables bienfaits. »
Livre 3e, chapitre 18e
Du don de préparation pour recevoir le Corps de Jésus-Christ
Mercredi 3 juin
St Charles Lwanga et ses compagnons, Ste Clotilde
Après avoir reçu la sainte communion, elle se recueillit et le Seigneur lui apparut sous l’image si connue du pélican qui avec le bec s’ouvre le flanc. Cette image la ravit d’admiration et elle s’écria : « Ô Seigneur, que voulez-vous m’enseigner ? » Le Seigneur répondit : « Je désire que tu considères quel ardent amour presse mon Cœur lorsque j’offre aux âmes un don si Précieux : si je pouvais ainsi parler, je préférerais mourir après avoir communiqué un si grand bienfait, plutôt que de le refuser à une âme aimante. Considère aussi de quelle manière admirable ton âme reçoit en ce don le gage de la vie éternelle, comme les petits du pélican reprennent vie dans le sang, qui coule du flanc de leur père. »
Livre 3e, chapitre 18e
Du don de préparation pour recevoir le Corps de Jésus-Christ
Jeudi 4 juin
Fête du Très Saint-Sacrement, Sainte Clotilde, Saint François Caracciolo
Tandis qu’à la Sainte Messe le prêtre offrait l’hostie sainte, elle présenta à Dieu cette même hostie en réparation de ses péchés et pour suppléer à toutes ses négligences. Il lui fut révélé que son âme, offerte à la majesté divine, avait été agréée avec la même complaisance que Jésus-Christ, splendeur et image du Père, Agneau sans tache, s’immolant à cette même heure sur l’autel pour le salut du monde. Dieu le Père la voyait pure de tout péché et immaculée à travers la très innocente Humanité de Jésus-Christ, et par sa très parfaite Divinité, il la trouvait parée et enrichie de toutes les vertus dont la glorieuse Divinité orna sa très sainte Humanité.
Elle rendit aussitôt grâces au Seigneur qui la comblait de ses bienfaits, et reçut encore cette lumière : toutes les fois qu’une personne assiste à la Messe avec dévotion, s’unissant à Jésus-Christ qui s’immole lui-même pour le rachat du monde, Dieu le Père la regarde avec la même complaisance que l’Hostie sainte. Cette âme devient alors resplendissante et lumineuse, comme une personne qui, au sortir des ténèbres, se trouve éclairée subitement par les rayons du soleil. Celle-ci demanda alors au Seigneur : « Mais si l’on tombe dans le péché, n’est-on pas aussitôt privé de cette lumière, comme la personne qui fuit la clarté du soleil se trouve plongée dans les ténèbres ? – Non, répondit le Seigneur ; car si celui qui pèche, met pour ainsi dire l’ombre d’un nuage entre lui et ma miséricorde, ma bonté, lui conserve cependant pour la vie éternelle un reste de cette bénédiction qu’il verra croître et se multiplier, chaque fois qu’il s’approchera avec dévotion des saints mystères. »
Livre 3e, chapitre 18e
Des avantages de l’assistance à la messe
Vendredi 5 juin
Premier Vendredi du mois, Saint Boniface
Un jour elle devait communier et s’humiliait encore plus profondément que de coutume à la vue de son indignité. Elle pria le Seigneur de recevoir pour elle l’Hostie sainte en sa propre personne, de se l’incorporer, et de permettre ensuite que par le souffle divin, elle en aspirât à chaque heure une certaine vertu, dans la mesure qu’il trouverait convenir à sa faiblesse. Elle se reposa ensuite quelque temps sur le sein du Seigneur, comme enveloppée de ses bras divins, et placée de telle sorte que son côté gauche semblait appliqué au sacré côté droit du Seigneur. Or, peu après, s’étant levée, elle vit que son côté gauche avait pris comme l’empreinte vermeille d’une cicatrice sanglante, au contact de la blessure amoureuse du Christ. Comme elle allait à la sainte communion, le Seigneur parut recevoir dans sa bouche divine la sainte hostie, laquelle, traversant sa poitrine, sortit par la plaie de son côté et resta fixée sur cette plaie vivifiante. Il dit à son épouse : « Cette hostie nous unira de manière qu’un de ses côtés couvrira ta blessure, et l’autre côté la mienne. Chaque jour tu toucheras cette hostie, tu la toucheras avec toute ta dévotion en méditant l’hymne Jesu nostra Redemptio : l’hymne de l’Ascension. »
Livre 3e, chapitre 18e
Du don de préparation pour recevoir le Corps de Jésus-Christ
Samedi 6 juin
Premier Samedi du mois, Saint Norbert, Bx Marcellin Champagnat
À l’heure de l’oraison, elle pria le Seigneur d’appliquer son attention au sujet qu’il voudrait bien lui indiquer, et il répondit : « Tiens-toi près de ma Mère qui est assise à côté de moi et exalte-la par tes louanges. » Alors elle salua la Reine du ciel par ce verset : « Paradisus voluptatis, Paradis de délices », etc. Elle la félicita d’avoir été la très agréable habitation de la sagesse infinie de Dieu, laquelle, prenant de toute éternité ses délices dans le sein du Père et connaissant toute créature, avait daigné la choisir pour demeure. Elle pria la Mère de Dieu de lui donner un cœur orné de si agréables vertus, que Dieu pût aussi l’habiter avec délices. La bienheureuse Vierge parut s’incliner pour planter dans le cœur de celle qui la priait la rose de la charité, le lis de la chasteté, la violette de l’humilité, le tournesol de l’obéissance et d’autres fleurs encore. Celle-ci comprit alors que la Mère de Dieu est toujours prête à exaucer les prières de ceux qui l’invoquent.
Il y eut ensuite un moment de silence, et celle-ci dit au Seigneur : « O mon frère, puisque vous vous êtes incarné pour secourir notre misère, daignez offrir maintenant à votre bienheureuse Mère des hommages qui réparent la pauvreté de mes louanges. » À ces mots, le Fils de Dieu se leva, fléchit le genou devant sa Mère et, par une inclination de tête, la salua avec tant de respect et de tendresse qu’elle dut agréer avec bonté un hommage dont son Fils très aimant réparait ainsi l’imperfection.
Livre 3e, chapitre 19e
Sur la manière de prier et de saluer la Mère de Dieu
Dimanche 7 juin
Solennité du Très Saint-Sacrement, Bse Anne de Saint-Barthélémy, Apparition de saint Joseph à Cotignac
Une autre fois, la cloche qui annonce l’heure de la communion retentissait, le chant de l’antienne était déjà commencé, lorsqu’elle dit au Seigneur : « Voici, ô mon Bien-Aimé, que vous venez à moi ! Mais pourquoi, dans votre puissance, ne m’avez vous pas envoyé ces parures de dévotion qu’il convient de revêtir pour vous recevoir ? » Le Seigneur répondit : « L’époux est plus charmé de voir le cou de son épouse sans ornements que paré de colliers ; il aime mieux prendre ses mains dans les siennes que de les voir richement ornées de gants précieux. De même je rencontre souvent plus volontiers dans une âme la vertu d’humilité que la grâce de la dévotion. »
Livre 3e, chapitre 18e
Du don de préparation pour recevoir le Corps de Jésus-Christ
Lundi 8 juin
Bse Marie du Divin Cœur
Le Seigneur Jésus apparut un jour à celle-ci et lui demanda son cœur, disant : « Ma fille, donne-moi ton cœur. » Elle l’offrit avec joie, et il lui sembla que le Seigneur appliquait ce cœur à son Cœur sacré comme sous la forme d’un tube qui descendait jusqu’à terre pour répandre avec abondance sur les hommes les effusions de la Bonté divine. Le Seigneur lui dit ensuite : « Je prendrai désormais plaisir à me servir de ton cœur. II sera le canal qui, de la source jaillissante de mon Cœur sacré, répandra des torrents de divine consolation sur tous ceux qui se disposeront à recevoir ces effusions, c’est-à-dire qui auront recours à toi avec confiance et humilité. »
Livre 3e, chapitre 67e
le Seigneur répand ses grâces par son entremise
Mardi 9 juin
Saint Ephrem, Saints Prime et Félicien, Marie Médiatrice de toutes grâces
Au cours d’un office, la Reine des vierges se présenta comme Médiatrice entre Dieu et la Congrégation. Le Roi son Fils la plaça à ses côtés sur le trône de sa gloire et lui donna puissance illimitée de commander à son gré. Aussitôt elle ordonna aux Puissances célestes d’entourer promptement le convent et de le défendre d’une main forte contre les mille embûches de l’antique ennemi. Les anges obéirent sur l’heure à la Reine des cieux, et, rapprochant leurs boucliers les uns des autres, ils entourèrent le couvent de toutes parts. Celle-ci dit à la Bienheureuse Vierge : « Ô Mère de miséricorde, est-ce que cette grâce puissante ne protège pas aussi celles qui ne se trouvent pas au chœur en ce moment ? » La douce Mère répondit : « Cette protection ne s’étend pas seulement à la communauté réunie au chœur, mais bien à tous ceux qui se trouvent représentés par elle, et désirent avec ardeur la conservation et l’augmentation de l’observance religieuse en ce lieu et partout. Quant à ceux qui se préoccupent moins de la conservation de la religion et négligent de la garder eux-mêmes ou de la promouvoir chez les autres, ceux-là n’ont aucune part à la protection des saints anges. » Le Seigneur ajouta ces paroles : « Si quelqu’un désire une telle protection, il considérera que ces boucliers sont petits et étroits dans leur partie inférieure, tandis qu’ils s’élargissent dans la partie supérieure ; que de même l’âme s’humilie et se fasse petite à ses propres yeux, mais qu’elle s’élève vers moi par une ferme confiance, qui lui fera tout attendre de ma bonté infinie. »
Livre 4e, chapitre 9e, de la purification de la Vierge Marie
Mercredi 10 juin
Dies Natalis de l’abbé Poppe, St Michel, ange gardien du Portugal, Ste Marguerite, Reine d’Écosse
On chantait à vêpres ces paroles : Vidi aquam egredientem de templo, et le Seigneur lui dit : « Dirige-toi vers mon Cœur, il sera vraiment ton temple. De plus, choisis dans les diverses parties de mon corps d’autres demeures où tu puisses mener la vie régulière, car je veux désormais que mon corps sacré soit le cloître où tu habites. » Elle répondit : « O Seigneur ! quelle demeure chercherais-je ? J’ai trouvé une telle abondance de douceurs dans ce Cœur sacré que vous daignez appeler mon temple, qu’il m’est impossible de quérir hors de lui la nourriture et le repos nécessaires à l’entretien de la vie. » Le Seigneur lui dit : « Si tu le désires, tu trouveras en effet ces deux biens dans mon cœur. Empresse-toi cependant de choisir dans mon corps les lieux où tu mèneras ta vie claustrale. Pour obéir aux ordres de Dieu, elle résolut d’établir son promenoir dans les pieds du Seigneur ; dans ses mains sacrées, le lieu de son travail ; sa bouche divine lui servirait de salle de chapitre et de parloir ; par ses yeux bénis, elle lirait et étudierait ; ses oreilles enfin seraient le tribunal où elle déclarerait ses péchés. Le Seigneur l’invita à monter après chaque faute vers ce tribunal sacré comme par cinq degrés d’humilité qu’elle trouverait indiqués en ces cinq mots : « Moi, vile, pécheresse, pauvre, mauvaise, indigne, j’accours à cet abîme débordant de la miséricorde infinie afin d’être lavée de toute tache et purifiée de tout péché. Ainsi soit-il. »
Livre 3e, chapitre 28e, le Cœur du Seigneur est le cloître de l’âme.
Jeudi 11 juin
Saint Barnabé, Octave du Saint-Sacrement
Un jour, en examinant sa conscience, elle y trouva une faute dont elle aurait voulu se décharger. Mais, dans l’impossibilité de trouver un confesseur, elle se réfugia, comme de coutume, auprès de son unique consolateur le Seigneur Jésus-Christ, et tout en gémissant lui exposa son embarras. Le Seigneur lui répondit : « Pourquoi te troubler, ô ma Bien-Aimée ? Chaque fois que tu le désireras, moi qui suis le souverain prêtre et le vrai pontife, je serai à ta disposition pour renouveler en ton âme, par une seule opération, les sept sacrements. J’agirai alors avec plus d’efficacité que jamais prêtre ni pontife ne le pourrait en les administrant l’un après l’autre : je te baptiserai dans mon Sang précieux ; je te confirmerai dans la puissance de ma victoire ; je t’épouserai dans la foi de mon amour ; je te consacrerai dans la perfection de ma vie très sainte ; je briserai les liens de tes péchés dans ma bonté miséricordieuse. Dans l’excès de ma charité, je te nourrirai de moi-même, et je me rassasierai à mon tour en jouissant de toi. Par la suavité de mon Esprit, je te pénétrerai intérieurement d’une onction si efficace, que la douceur de la dévotion paraîtra découler de tous tes sens et de toutes tes actions. Tu seras ainsi de plus en plus sanctifiée et adaptée aux jouissances de la vie éternelle. »
Livre 3e, chapitre 60e, renouvellement mystique des sacrements
Vendredi 12 juin
Fête du Sacré-Cœur, Saint Jean de saint Facond
Comme elle voyait les autres sœurs se rendre au sermon, elle se plaignit au Seigneur en ces termes : « Vous savez, ô mon Bien-Aimé, que j’aimerais entendre le sermon si je n’étais retenue par la maladie. » Le Seigneur répondit : « Veux-tu, ma Bien-Aimée, que je te prêche moi-même ? – Très volontiers » dit-elle. Le Seigneur l’attira alors vers lui, de telle sorte que son cœur reposait sur le Cœur divin. Quand elle eut goûté ainsi un doux moment de repos, elle sentit battre le Cœur du Seigneur de deux battements admirables et souverainement doux. Le Seigneur lui dit : « Chacun de ces battements opère le salut des hommes en trois manières : le premier opère le salut des pécheurs, le second celui des justes. Par le premier battement d’amour, j’invoque sans cesse Dieu le Père, je l’apaise et l’incline à la miséricorde. Ensuite je parle à tous mes saints, et après avoir plaidé devant eux la cause des pécheurs avec le zèle et la fidélité d’un frère, je les excite à prier pour ces pauvres âmes. En troisième lieu je m’adresse au pécheur lui-même, je l’appelle miséricordieusement à la pénitence, attendant ensuite sa conversion avec un désir ineffable.
« Par le second battement, j’invite d’abord Dieu le Père à se réjouir avec moi de ce que j’ai si utilement répandu mon Sang pour la rédemption des élus, puisque je prends maintenant mes délices dans leurs âmes. En second lieu, j’excite la milice céleste à célébrer par des louanges la vie si sainte des justes et à me remercier, tant pour les bienfaits dont je les ai gratifiés que pour ceux dont je les gratifierai encore. Enfin je m’adresse aux justes eux-mêmes, je leur donne des preuves très douces de mon amour, et je les excite avec une invincible persévérance à progresser de jour en jour et d’heure en heure. Et comme le battement du cœur humain n’est interrompu ni par l’action de la vue ou de l’ouïe, ni par le travail des mains, de même le gouvernement du ciel, de la terre et de l’univers entier ne pourra jusqu’à la fin du monde ni suspendre pour un instant, ni ralentir, ni empêcher ce doux battement de mon Cœur divin. »
Livre 3e, chapitre 51e, des battements du Cœur de Jésus
Samedi 13 juin
Cœur Immaculé de Marie, 2e Apparition de Notre-Dame de Fatima, Apparition de Tuy, Saint Antoine de Padoue
Un jour, à l’heure de la prière, la Vierge Marie lui apparut sous la forme d’un lis magnifique éclatant de blancheur. Ce lis était composé de trois feuilles, dont l’une, droite, s’élevait au milieu et les deux autres étaient recourbées de chaque côté. Elle comprit par cette vision que la bienheureuse Mère de Dieu est appelée à bon droit « Lis blanc de la Trinité », car elle a participé plus que toute créature aux vertus divines et ne les a jamais souillées par la moindre poussière du péché. La feuille droite représentait la toute-puissance du Père, et les deux feuillas inclinées figuraient la sagesse du Fils et la bonté du Saint-Esprit, vertus que la bienheureuse Vierge possédait à un degré éminent.
La Mère de miséricorde dit encore que celui qui la proclamerait Lis blanc de la Trinité, Rose éclatante qui embellit le ciel, expérimenterait le pouvoir que la toute-puissance du Père lui a communiqué comme Mère de Dieu ; il admirerait les ingénieuses miséricordes que la sagesse du Fils lui a inspirées pour le salut des hommes ; il contemplerait enfin l’ardente charité allumée dans son Cœur par l’Esprit-Saint. « A l’heure de sa mort, ajouta la bienheureuse Vierge, je me montrerai à lui dans l’éclat d’une si grande beauté que ma vue le consolera et lui communiquera les joies célestes. »
Livre 3e, chapitre 19e, sur la manière de saluer la Mère de Dieu
Dimanche 14 juin
Solennité de la fête du Sacré-Cœur, Saint Basile le Grand
Pendant une messe, au Sursum corda, le Fils de Dieu se leva et partit aspirer avec une force puissante les désirs de tous les assistants ; puis se tournant vers l’orient, entouré de l’innombrable troupe des anges qui le servaient, il tint les mains élevées et offrit à Dieu le Père, par les paroles de la préface, les vœux de tous les fidèles. À l’intonation Agnus Dei, le Seigneur se dressa au milieu de l’autel dans toute sa puissance et sa majesté ; au second Agnus Dei, il répandit les flots de son insondable sagesse dans les âmes des personnes présentes ; enfin au troisième Agnus Dei, paraissant se recueillir en lui-même, il offrit à Dieu le Père les vœux et les désirs de tous. Alors il laissa déborder la suavité de son amour, et, de sa bouche sacrée, donna le baiser de paix à tous les saints présents. Il voulut ensuite glorifier le chœur des vierges par un privilège spécial, et après les avoir honorées du baiser de paix, il daigna encore, de ses lèvres bénies, déposer sur leur poitrine le doux baiser de l’amour. De toutes parts il répandit sur l’assemblée des sœurs les flots de sa tendresse et leur adressa ces paroles : « Je suis tout vôtre ; que chacune jouisse de moi au gré de ses désirs. »
Après cette communion, elle dit : « Bien que mon âme, ô Seigneur, soit rassasié en ce moment d’une ineffable douceur, cependant je trouve qu’en résidant sur l’autel, vous êtes encore trop éloigné de moi ; aussi pendant la bénédiction de cette messe, accordez-moi la grâce de sentir que je vous suis intimement unie ». Or le Seigneur daigna lui manifester cette union divine en la pressant contre son Cœur sacré dans une étreinte dont la force égalait la douceur.
Livre 3e, chapitre 17e, de la condescendance du Seigneur
Lundi 15 juin
Saints Guy, Modeste et Crescence, Sainte Germaine Cousin
Elle s’efforçait d’apporter à chaque mot et à chaque note de l’office divin la plus grande attention ; mais, voyant sa bonne volonté contrariée par la faiblesse de la nature, elle se dit avec tristesse : « Quel fruit retirerai-je d’un labeur où je montre tant d’inconstance ? » Le Seigneur, ne pouvant souffrir qu’elle se désolât, lui présente de ses propres mains son Cœur divin semblable à une lampe ardente, en lui disant : « Voici que j’offre aux yeux de ton âme mon Cœur sacré, organe de l’adorable Trinité, afin que tu le pries de réparer l’imperfection de ta vie et de te rendre parfaitement agréable à mes yeux. Car de même qu’un fidèle serviteur se tient toujours prêt à exécuter la volonté de son maître, ainsi mon Cœur sera désormais à ta disposition pour réparer à chaque heure tes négligences. »
Livre 3e, chapitre 24e, effet de l’attention à la psalmodie
Mardi 16 juin
Saint Jean-François Régis
Une autre fois, elle parut devant le Seigneur, Roi des rois, semblable à la reine Esther, ornée des vêtements royaux des œuvres spirituelles. Elle voulait le prier pour son peuple, c’est-à-dire pour l’Église ; et le véritable Assuérus la reçut avec une si grande tendresse, qu’il sembla l’admettre dans le sanctuaire de son très doux Cœur. Le Seigneur lui dit alors avec bonté : « Voici que je te livre toute la douceur de mon divin Cœur, pour que tu puisses la donner à tous, aussi largement que tu voudras. » Elle puisa comme avec la main dans le Cœur du Seigneur, et aspergea les nombreux ennemis qui en ce temps troublaient par leurs menaces les propriétés du monastère. Elle connut que tous ceux sur qui était tombée une seule goutte puisée dans le Cœur sacré devaient bientôt se repentir et se sauver par une sincère pénitence.
Livre 4e, chapitre 58e, de la Dédicace de l’Église
Mercredi 17 juin
Saint Grégoire Barbarigo
Une nuit où elle s’adonnait à la prière et s’efforçait avec une particulière dévotion de s’approcher du Seigneur, elle vit le bienheureux Jean appuyé sur son Maître : il le tenait étroitement embrassé et lui donnait mille marques de tendresse. Alors elle se prosterna humblement aux pieds du Seigneur afin d’obtenir le pardon de ses fautes. Saint Jean lui adressa la parole avec bonté : « Que ma présence, dit-il, ne t’éloigne pas : voici le cou qui suffit aux embrassements de mille et mille amants, la bouche qui offre tant de charmes à leurs baisers, les oreilles qui gardent fidèlement les secrets qu’on leur a confiés. »
Pendant l’office des Matines, comme on chantait « Mulier ecce fllius tuus : Femme, voilà ton fils », elle vit sortir du Cœur de Dieu une splendeur merveilleuse qui se dirigea sur le bienheureux Jean, attirant aussi vers lui les regards et la respectueuse admiration de tous les saints. La bienheureuse Vierge, qui s’entendait nommer la Mère de ce disciple bien-aimé, lui en témoigna avec joie toute sa tendresse ; et le disciple, à son tour, la salua avec des marques d’un amour tout particulier. Lorsqu’on parlait dans l’office des privilèges spéciaux dont saint Jean avait été honoré, tels que : Celui-ci est Jean qui se reposa sur la poitrine du Seigneur pendant la cène ; c’est le disciple qui fut digne de connaître les secrets du ciel ; c’est le disciple que Jésus aimait, etc., le saint apôtre paraissait revêtu d’une nouvelle gloire aux yeux de tous les saints. Ceux-ci alors louaient Dieu avec plus d’ardeur afin de glorifier le Disciple bien-aimé qui en ressentait d’ineffables délices.
Livre 4e, chapitre 4e, de saint Jean l’Évangéliste
Jeudi 18 juin
Cœur Eucharistique de Jésus et Marie, Saint Ephrem le Syrien
A l’élévation de l’Hostie, comme elle offrait à Dieu son cœur si près maintenant de mourir au monde, elle demanda au Seigneur, par sa très sainte Humanité, de rendre son âme pure et libre de tout péché, et par sa très haute Divinité de l’orner de toutes les vertus ; enfin elle le pria, par l’amour qui avait uni la Divinité suprême à la très sainte Humanité, de daigner la disposer à recevoir ses faveurs. Aussitôt le Seigneur parut ouvrir de ses deux mains son divin Cœur, l’appliquer et l’unir avec un amour inexprimable au cœur de celle-ci, ouvert de la même manière devant lui ; la flamme de l’amour divin, s’échappant de la fournaise ardente du Cœur sacré, embrasa tellement cette âme bienheureuse qu’elle sembla se liquéfier et s’écouler dans le Cœur de Dieu. Alors, du milieu de ces deux cœurs, si heureusement appliqués l’un à l’autre, sortit comme un arbre d’une merveilleuse beauté : son tronc était formé de deux tiges, l’une d’or, l’autre d’argent, qui s’enroulaient admirablement comme les ceps d’une vigne, et s’élançaient à une grande hauteur. Ses feuilles brillaient et semblaient illuminées par les rayons du soleil : leur splendeur glorifiait l’éclatante et toujours tranquille Trinité, et procurait à tous les habitants du ciel un bonheur ineffable. Le Seigneur disait : « Cet arbre a germé par l’union de ta volonté à la mienne. » La tige d’or figurait la Divinité, et la tige d’argent l’âme unie au Seigneur.
Livre 5e, chapitre 27e, préparation à la mort
Vendredi 19 juin
Octave du Sacré-Cœur, Saint Romuald, Sainte Julienne de Falconieri
Le Dieu tout-puissant qui habite au plus haut des cieux, et trouve également ses délices à répandre sur les humbles la rosée de sa grâce, parut faire sortir de son Cœur Sacré un tuyau d’or qui, semblable à une lampe ardente, illumina cette âme abîmée dans son néant. Par ce canal mystérieux, il faisait découler sur elle toute l’affluence admirable de ses grâces : si, par exemple, elle s’humiliait à la vue de ses fautes, le Seigneur, rempli de pitié, versait aussitôt dans son âme la sève féconde des vertus qui détruisait toutes ses imperfections et n’en laissait plus apparaître les traces aux yeux mêmes de la divine Majesté. D’autres fois, si elle ambitionnait un don particulier ou ces douces et agréables faveurs que le cœur humain peut désirer, au même instant tous ces bienfaits étaient répandus en son âme par ce canal admirable dont nous avons parlé.
Livre 3e, chapitre 26e, de l’abondance des grâces du Cœur divin
Samedi 20 juin
Saint Sylvère
Comme celle-ci priait pour une personne souvent ennuyée par suite de certaines combinaisons qui dépendaient pourtant de sa volonté, le Seigneur lui fit cette réponse : « Ces peines la purifient des souillures qu’elle a contractées en préférant parfois, pour des raisons humaines, les avantages extérieurs au profit intérieur. – Nous ne pouvons cependant vivre sans l’usage des biens extérieurs, reprit celle-ci : comment donc cette personne a-t-elle péché en y pourvoyant, puisque cette charge lui est confiée ? » Le Seigneur répondit : « C’est pour une noble damoiselle un honneur et un ornement de porter un manteau doublé de fourrure tigrée. Mais si elle s’avisait de retourner le manteau et de porter les fourrures à l’extérieur, ce qui était pour elle une parure honorable deviendrait une cause de confusion. Sa mère ne pourrait souffrir cet affublement ridicule et se hâterait de jeter au moins sur les épaules de sa fille un second vêtement, dans la crainte qu’on ne la prît pour une insensée. Et moi, parce que j’aime tendrement cette personne qui est ma fille, je dissimule son défaut sous un manteau, c’est-à-dire sous les ennuis qui résultent de ses occupations elles-mêmes, sans pourtant qu’il y ait de sa faute. De plus, je la revêts de la patience comme d’un ornement de choix, car j’ai ordonné dans l’Évangile de chercher avant tout le royaume de Dieu (Luc, 16, 31), c’est-à-dire le progrès des choses intérieures. Quant à ces choses extérieures, je n’ai même pas dit de les chercher en second lieu, mais j’ai promis de les donner par surcroît. Tout religieux qui désire être l’ami particulier de Dieu, devra peser attentivement la vérité de cette grande parole. »
Livre 3e, chapitre 90e, ne pas préférer les choses extérieures
Dimanche 21 juin
12e dimanche du temps ordinaire, Saint Louis de Gonzague
Le dernier jour où le convent célébrait l’office divin qu’un interdit ecclésiastique venait de suspendre, on chantait la messe Salve sancta Parens en l’honneur de la Mère de Dieu, et celle-ci dit au seigneur : « O Dieu plein de bonté, comment nous consolerez-vous dans la désolation actuelle ? – Je puiserai en vous, dit le Seigneur, des délices plus abondantes. Comme l’époux jouit de son épouse dans le secret de la chambre nuptiale plus volontiers qu’en présence de la foule, de même je trouverai mes délices dans vos soupirs ardents et dans les gémissements de vos cœurs. Mon amour prendra en vous des accroissements nouveaux, comme un feu qui se trouvant enfermé, redouble de vigueur. Les complaisances que je trouverai dans vos âmes et l’amour que vous aurez pour moi monteront comme une eau qui s’élance avec plus de force après avoir été retenue par des digues ».
Celle-ci demanda alors : « Et combien de temps durera cet interdit ? – Aussi longtemps qu’il durera, répondit le Seigneur, aussi longtemps je ferai durer cette abondance de grâces. »
Livre 3e, chapitre 16e, des avantages de la persécution
Lundi 22 juin
Sts John Fisher et Thomas More, Saint Paulin de Nole
Elle priait un jour pour certaines gens qui, après avoir causé beaucoup de tort au monastère par leurs pillages, continuaient à le ruiner. Le Seigneur bon et miséricordieux lui apparut alors : il semblait souffrir d’un bras, et ce bras était plié en arrière, à tel point que les nerfs paraissaient presque détendus. Il lui dit : « Regarde quelle cruelle douleur me causerait celui qui me frapperait du poing sur ce bras ; et je suis traité de la sorte par tous ceux qui n’ont pas pitié du péril de damnation où se trouvent vos persécuteurs, et publient les torts et les injures dont vous êtes victimes, en oubliant que les méchants sont aussi mes membres. Tous ceux au contraire qui, touchés de compassion, implorent ma clémence pour qu’elle retire miséricordieusement ces âmes de leurs désordres et les amène à une vie meilleure, ceux-là semblent appliquer sur mon bras des onguents très doux. Quant à ceux qui, par leurs conseils et leurs avis, les conduisent avec charité à l’amendement et à la réconciliation, ils ressemblent à d’habiles médecins qui, maniant mon bras avec adresse et douceur, le remettent dans sa position naturelle. »
Livre 3e, chapitre 68e
qu’il est bon de s’humilier sous la puissante main de Dieu
Mardi 23 juin
Aux vêpres d’un martyr, comme on chantait l’antienne : « Qui vult venire post me : Celui qui veut venir après moi », elle vit le Seigneur s’avancer dans un chemin rempli de verdure et de fleurs, mais étroit et hérissé d’épines. II semblait précédé d’une croix qui écartait les branches épineuses et rendait la voie praticable. Le Seigneur se tournait avec un visage serein vers ceux qui marchaient derrière lui et invitait les siens à le suivre, disant : « Que celui qui veut venir après moi se renonce lui-même, qu’il porte sa croix et qu’il me suive. » En écoutant ces mots, elle comprit que la croix de chacun était sa tentation personnelle : par exemple, c’est une croix pour certaines âmes de supporter le joug de l’obéissance en exécutant des ordres contraires à leurs goûts. D’autres sont accablés sous le poids d’infirmités qui les empêchent d’accomplir les désirs de leur volonté, et autres choses de ce genre. Nous devons donc porter notre croix, en souffrant volontiers tout ce qui est dur et pénible, et nous devons aussi ; autant que possible, ne rien négliger de ce qui peut glorifier Dieu.
Livre 3e, chapitre 30e, porter sa croix à la suite de Jésus-Christ
Mercredi 24 juin
Nativité de saint Jean-Baptiste
Le jour de saint Jean-Baptiste, comme elle assistait aux Matines avec toute la dévotion possible, elle vit le bienheureux Jean debout en face du glorieux trône du Roi céleste. Il était d’une merveilleuse beauté, dans tout l’éclat de sa jeunesse et revêtu d’une grande gloire à cause de ses prérogatives spéciales : car il fut trouvé digne de baptiser le Christ, d’être son précurseur, de le montrer au peuple, et il reçut d’autres honneurs encore. Tandis qu’elle le considérait ainsi, elle trouva qu’il ne ressemblait guère aux peintures qu’elle en avait vues, et qui le représentent comme un homme avancé en âge et d’aspect misérable. Le bienheureux Jean lui dit que ce fait même ne laissait pas d’ajouter encore à sa gloire, car si la peinture le représentait comme un homme avancé en âge, c’est que son âme, remplie de forces et guidée par l’amour avait été résolue à combattre le mal, à lutter jusqu’à la vieillesse et la décrépitude, jusqu’à l’extinction de ses forces et de ses facultés et à chercher toujours la plus haute perfection. C’est parce qu’il avait terminé son existence en poursuivant un tel dessein qu’il recevait de si grandes récompenses.
Livre 4e, chapitre 42e, de saint Jean-Baptiste
Jeudi 25 juin
Saint Guillaume
Le Seigneur l’introduisit dans un lieu d’une splendeur incomparable : c’était le Cœur même de Jésus-Christ disposé en forme de maison où elle devait célébrer la fête de la Dédicace. Lorsqu’elle y fut entrée, elle se sentit défaillir sous les délices qui lui étaient prodiguées, et elle dit : « Mon Seigneur, si vous n’aviez introduit mon âme que dans un lieu foulé par vos pieds sacrés, cela m’eût été déjà bien doux ; mais que pourrai-je vous rendre pour la faveur étonnante que vous m’accordez en ce moment ? » Le Seigneur répondit : « Puisque tu cherches souvent à m’offrir la plus noble partie de ton être, c’est-à-dire ton cœur, je trouve juste que tu prennes tes délices dans le mien, car je suis pour toi le Dieu qui se fait tout en toutes choses : force, vie, science, nourriture, vêtement, et tout ce qu’une âme aimante peut désirer. » Elle dit alors : « Ô mon Dieu, si jamais mon cœur a consenti totalement aux désirs du vôtre, c’était encore par un effet de votre grâce. – Il m’est naturel, dit le Seigneur, de poursuivre de mes récompenses l’âme que j’ai prévenue des bénédictions de ma douceur, et si elle se livre à moi pour l’accomplissement du bon plaisir de mon divin Cœur, à mon tour je me conforme aux désirs du sien. »
Livre 4e, chapitre 58e, de la fête de la Dédicace d’une Église
Vendredi 26 juin
Saints Jean et Paul
Pendant qu’elle récitait ce répons de la vigile de Noël : « Sanctificamini, filii Israel : Sanctifiez-vous, fils d’Israël », elle comprit que si une âme déplore sans retard les fautes qu’elle a commises et regrette de n’avoir pas accompli tout le bien qui lui était possible, que si elle est en outre résolue à se soumettre désormais aux préceptes de Dieu, elle paraît aux yeux de la Majesté divine vraiment sanctifiée comme ce lépreux de l’Évangile qui fut purifié de ses fautes par la parole du Seigneur : « Volo, mundare : Je le veux, sois purifié » (Matth., VIII, 3).
Livre 3e, chapitre 30e, Le repentir amène promptement la délivrance
Samedi 27 juin
Saint Cyrille d’Alexandrie, ND du Perpétuel Secours
Comme elle invoquait le secours de cette très douce Mère par ces paroles : Eia ergo advocata nostra, il semblait que cette illustre Reine fût attirée vers elle comme par des liens très puissants ; car chaque fois qu’on invoque la Vierge Mère en la nommant avocate sa tendresse maternelle est si fortement émue qu’elle ne peut rien refuser. À ces paroles : illos tuos misericordes oculos, la bienheureuse Vierge prit la tête de son Fils et l’inclina vers la terre en disant : « Voici mes yeux très miséricordieux. Je puis les fixer sur tous ceux qui m’invoquent : ils obtiendront par là le fruit très abondant du salut éternel. » Le Seigneur daigna ensuite enseigner à celle-ci qu’elle devait au moins chaque jour implorer sa bienheureuse Mère par ces deux paroles : Eia ergo advocata nostra, illos tuos misericordes oculos ad nos converte : Ô vous notre avocate, tournez vers nous vos yeux miséricordieux, et qu’elle s’assurerait ainsi un puissant secours pour l’heure de sa mort.
Alors elle offrit à la bienheureuse Vierge cent cinquante Ave Maria récités en son honneur, lui demandant de daigner l’assister à l’heure de la mort avec toute sa tendresse maternelle. Aussitôt elle vit toutes ces prières, sous la forme de pièces d’or, déposées en présence du souverain Juge qui les présentait lui-même à sa Mère. Cette tendre Mère les recevait et semblable à une économe fidèle, les mettait en réserve une à une pour le profit et le soulagement de cette âme qui, à sa sortie de ce monde, recevrait du souverain Juge autant de consolations et de secours qu’elle avait offert de prières à la Vierge Mère.
Livre 4e, chapitre 51e, de la Nativité de la Bse Vierge
Dimanche 28 juin
13e dimanche du temps ordinaire, Saint Irénée
Elle avait composé une instruction très utile pour nous apprendre comment tout homme peut, au moins une fois l’année, penser dévotement à la mort et préparer avec ferveur cette heure si incertaine. Elle se disposa à pratiquer elle-même ce qu’elle avait enseigné aux autres, et le dimanche qui précéda les cinq jours de sa préparation, elle implora l’assistance divine dans la sainte communion. Elle récita, dans cette union qui fait de l’âme aimante un même esprit avec Dieu, le psaume Quemadmodum : Comme un cerf assoiffé. Le Seigneur lui dit : « Viens t’étendre sur moi, comme le prophète Élisée s’est étendu sur l’enfant qu’il voulait ressusciter. » Elle demanda : « Comment faire cela ? » Le Seigneur répondit : « Applique tes mains sur mes mains, c’est-à-dire confie-moi toutes tes œuvres. Applique tes yeux sur mes yeux ; applique tous tes membres à mes membres sacrés, c’est-à-dire unis à mes membres très saints tous les membres de ton corps avec tous leurs actes, en sorte qu’à l’avenir ils n’agissent que pour ma gloire, ma louange et mon amour. » Elle obéit, et vit aussitôt sortir du Cœur de Dieu comme une ceinture d’or qui, entourant son âme, l’attacha au Seigneur par le lien d’un indissoluble amour.
Livre 5e, chapitre 27e, préparation à la mort
Lundi 29 juin
Saint Pierre et saint Paul
En la fête solennelle des Princes des Apôtres Pierre et Paul pendant la messe, comme elle louait le bienheureux Pierre des privilèges insignes qu’il a reçus et en particulier de ce qu’il a entendu le Seigneur lui dire : Tout ce que tu lieras sur la terre, etc. (Matth. XVIII. 18), cet Apôtre lui apparut sous les vêtements sacrés, dans toute la majesté du Pontife suprême ; il étendit la main et lui donna sa bénédiction, afin de consommer en elle l’œuvre de salut qu’il opère dans les âmes, en vertu de la puissance que lui conféra cette parole. Comme elle allait ensuite recevoir le Corps du Christ et tremblait au souvenir de son indignité, elle vit les deux Apôtres s’approcher d’elle, se placer l’un à sa droite et l’autre à sa gauche, et la conduire ainsi avec grand honneur. À son arrivée, le Fils de Dieu se leva et l’entourant de ses bras lui dit : « Sache que ces bras dans lesquels je te reçois maintenant t’ont réellement amenée vers moi, mais j’ai désiré me servir du ministère des Apôtres afin d’augmenter ta dévotion envers eux. » Alors celle-ci se reprocha d’avoir oublié d’honorer saint Paul par quelque pratique spéciale, et pria le Seigneur de suppléer lui-même à sa négligence.
Livre 4e, chapitre 44e, des saints Apôtres Pierre et Paul
Mardi 30 juin
Saint Ostian (Vivarais), Premiers martyrs de l’Église de Rome, Commémoraison de saint Paul
Plusieurs venaient lui exposer leurs doutes et lui demander principalement si, pour telles ou telles raisons, ils ne devaient pas s’abstenir de la Communion. Après avoir résolu avec sagesse les difficultés de chacun, elle les engageait et parfois les forçait, pour ainsi dire, à s’approcher du Sacrement du Seigneur, en se confiant à la grâce et à la miséricorde de Dieu. Une fois cependant (ainsi qu’il arrive à toute âme sincère) elle craignit que ses réponses ne fussent trop présomptueuses. C’est pourquoi elle eut recours à la bonté ordinaire de son Seigneur, elle reçut cette réponse : « Ne crains pas, mais console-toi, sois ferme et tranquille parce que je suis le Dieu qui t’aime, et qui par un amour gratuit t’a créée et choisie pour habiter en toi et y prendre ses délices : tous ceux qui, avec dévotion et humilité, viendront chercher ma lumière auprès de toi obtiendront une réponse en quelque sorte infaillible, et je ne permettrai pas que les âmes qui seraient indignes de se nourrir du sacrement de mon corps et de mon sang viennent te consulter à ce sujet. C’est pourquoi, lorsque je dirigerai vers toi des cœurs fatigués et accablés pour qu’ils reçoivent un soulagement, dis-leur de venir en toute confiance me recevoir, parce que par amour et par égard pour toi je ne leur fermerai pas mon sein paternel, mais je les serrerai dans les bras de ma tendresse pour leur donner le doux baiser de paix.
« Je donnerai toujours à chacun ce qu’il aura espéré obtenir par ton intercession. De plus, j’accorderai ce que tu auras promis de ma part, et si parfois la fragilité humaine empêche d’en ressentir l’effet, j’aurai cependant opéré dans cette âme l’avancement que tu avais promis. »
Livre 1er, chapitre 14e, des privilèges que Dieu lui avait accordés