Il est ressuscité !

N° 214 – Octobre 2020

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


« Cherchez le royaume de Marie
et le reste vous sera donné par surcroît. »

 « À Elle d’être seule en vue, à la tête de nos Phalanges. »

LA nouvelle version des 150 Points, publiée  durant l’année écoulée (cf. Il est ressuscite  nos 204, 205, 207), a fait l’objet d’une étude globale au camp d’été de la Phalange. Frère Bruno a ainsi réalisé le vœu intime de notre Père, formulé au cours de l’été 1997, quand il eut l’inspiration de mettre toute son œuvre « entre les mains de l’Immaculée », en se consacrant lui-même, et nous tous avec lui, au Cœur Immaculé de Marie :

« Je veux tout simplement placer dorénavant la Sainte Vierge Marie absolument au-dessus de toutes nos affections de cœur, de toutes nos convictions et pensées, de toutes nos œuvres extérieures et de tous nos désirs... Tous nos 150 Points sont à réviser et à mettre sur cet axe, en autant de points qu’il y a d’Ave Maria dans notre Rosaire. »

Cette reformulation des 150 Points, écrits et publiés il y a quarante ans, ne constitue pas un changement radical de leur fonds de doctrine, mais plutôt une “ explicitation ” d’un principe commun unissant ces 150 vérités, beautés et bontés, rassemblées et exposées par notre Père comme l’héritage le plus précieux recueilli de ses pères et de ses maîtres. Un peu comme le fait l’Église catholique qui tire du trésor de sa Révélation, close à la mort du dernier Apôtre, des richesses toujours « nouvelles et anciennes » (cf. Mt 13, 52).

Ici, c’est la mise en lumière de la place déterminante de la Très Sainte Vierge Marie, « l’Immaculée Conception », non seulement dans le plan du dessein divin, que nous appelons “ l’Orthodromie divine ”, mais aussi dans notre programme de salut de l’Église et de la Patrie, à savoir : sa Médiation universelle de toutes grâces. C’est-à-dire qu’Elle est toujours là, partout où des biens divins apparaissent, où des biens humains se forment et se transmettent, jamais sans le secours de la grâce. C’est une vérité de foi, pas encore définie dogmatiquement par l’Église, mais parfaitement mise en lumière dans les apparitions mariales des dix-neuvième et vingtième siècles, vérité contenue dans la première rédaction des 150 Points, et qui aujourd’hui vient au grand jour, mangeant tout notre horizon : « À Elle [l’Immaculée] l’amour de tous, l’admiration adorante, la confiance, les longues prières. À Elle de commander aux âmes qui lui sont dévouées, consacrées. À Elle d’être seule en vue, à la tête de nos Phalanges. À Elle de faire la conquête miraculeuse des âmes et de les conserver... »

Après les synthèses fulgurantes de l’an passé élaborant une “ cathédrale de lumière ”, voici les merveilles répertoriées des 150 Points de la Phalange de l’Immaculée.

PHALANGE CATHOLIQUE

L’œuvre première de la Phalange est religieuse : « C’est la restauration catholique. Parce que la religion est la fin suprême de l’homme, celle qui concerne son salut éternel. Parce que c’est par elle que s’obtient la grâce divine et tout le reste, par surcroît. Parce que c’est la religion, la vraie ! c’est la vie mystique, l’authentique ! qui seules peuvent donner la lucidité entière, le courage, la ténacité des grands combats aujourd’hui nécessaires. » (Notre Action catholique et française, CRC n° 158, octobre 1980)

1. Les grandes vérités et mystères de notre sainte religion sont rappelés dans les premiers points 1 à 16, – objet de la première conférence –, et pour aider nos jeunes amis à les bien fixer dans leur pensée, mémoire et imagination, frère Bruno les invita à se rappeler la vision de Tuy, la grandiose Théophanie trinitaire, eucharistique et mariale, dont bénéficia sœur Lucie, la voyante de Fatima, le 13 juin 1929, en parfaite continuité avec les apparitions à la Cova da Iria de 1917. C’est « la plus grande théophanie de l’histoire de l’Église », disait notre Père, après celle du chemin de Damas, elle aussi trinitaire, comme il l’a montré dans sa retraite sur saint Paul. Cette vision de Tuy est comme reproduite dans notre chapelle de la maison Saint-Joseph. Rien de plus facile pour un phalangiste de reprendre un à un ces seize premiers points et de les méditer dans son cœur, ou plutôt revenir sans cesse au Cœur Immaculé de Marie qui est la gardienne de la foi en ces mystères.

Mystère de Dieu le Père, qui est, puisque son Nom est “ je suis ”, et dont l’existence est une vérité « sociale, certaine et universelle » que nous affirmons tranquillement, à l’encontre des impies, athées et agnostiques de notre temps, parce que « l’existence, l’ordre, la beauté et la bonté de l’univers le démontrent lumineusement ». Et d’emblée, nous affirmons également comme une vérité de foi l’existence à ses côtés de sa “ Conception Immaculée ”, objet de son Amour infini, reflet de sa Sagesse et de sa Gloire. Elle est la parfaite “ Fille de Dieu ”, qui reconduit les enfants prodigues à leur Père.

Ce n’est pas seulement la Création, mais l’Histoire que domine notre grand Dieu et Seigneur, et surtout l’histoire de son Alliance avec les hommes, qui monte en plusieurs étapes – Abraham, Moïse, David... – vers l’avènement du Messie, accompagnées d’une mystérieuse préfiguration de “ la Femme ” qui doit mettre au monde ce Messie tant attendu, jusqu’à la Vierge concevant et enfantant le Fils de Dieu : « choc de l’Incarnation »... et de la Rédemption, car si Jésus s’est incarné, ce n’est pas pour nous enseigner un certain “ art de vivre ”, une “ harmonie ” universelle, mais pour mourir sur la Croix en s’offrant en sacrifice d’expiation et de louange, de façon à faire de l’humanité rebelle son épouse, pour la rassasier et l’enivrer de son Amour. La Croix divise le monde et l’histoire en deux “ Cités ” – Cité de Dieu, Cité de Satan – et au pied de la Croix, autant au Calvaire que dans la vision de Tuy, nous retrouvons la Vierge co-rédemptrice, associée à la grande Œuvre de son Fils ; de leurs deux Cœurs intimement unis jaillit l’eau de la Grâce et de la Miséricorde, tandis que l’Esprit-Saint renouvelle toutes choses par le moyen de l’Église et de la Chrétienté.

Voilà résumés en quelques points d’une richesse insondable, tout le catéchisme de la Renaissance catholique, qu’on retrouve tout chaud, tout palpitant et intelligent ! dans le Cœur Immaculé de Marie, que la Sainte Trinité aime infiniment et dont Elle se sert pour se mettre « à la portée des tout-petits ». C’est le “ secret ”, qui justifie à lui seul le désir de Dieu de voir ce Cœur régner dans le monde entier :

« Je désire très ardemment, disait un jour Notre-Seigneur à sœur Lucie, la propagation du culte et de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, parce que ce Cœur est l’aimant qui attire les âmes à moi, le foyer qui irradie sur la terre les rayons de ma lumière et de mon amour, la source intarissable qui fait jaillir sur la terre l’eau vive de ma miséricorde. »

En contraste, trois entretiens de frère Michel-Marie avec frère Bruno, développant le paragraphe 3 du point 6, nous ont fait mesurer la fausseté, la pauvreté et l’inhumanité de l’islam.

2. Seulement cet amour, ces vérités, sont combattus, niés, déformés, travestis par les ennemis du Christ et de l’Immaculée. Qui sont-ils, ces ennemis ? Les points 16 à 24 le disent en une suite impressionnante, sous le titre : « L’Immaculée Conception, victorieuse de toutes les hérésies», tandis que les points 25 à 31 fixent notre poste de combat dans ce terrible affrontement de la Vierge contre le Démon.

La tendresse de dévotion puisée dans le Cœur Immaculé de Marie va évidemment de pair avec une grande fermeté de convictions, « comme de l’acier », précise frère Bruno. C’est la parole du cardinal Luciani, futur Jean-Paul Ier, en disant de l’Histoire d’une Âme que sainte Thérèse avait intitulée “ Histoire printanière d’une petite fleur blanche ” : « Elle m’apparut l’histoire d’une barre d’acier, par la force de volonté, le courage et la décision qu’elle révélait. » Le phalangiste est donc invité à puiser dans sa dévotion au Cœur Immaculé ce don de force et d’intelligence, nécessaire pour conserver « le dogme de la foi », et l’empêcher de se corrompre. Pour se garder des pièges de l’Ennemi, qui tel un lion rugissant cherche qui dévorer (1 P 5, 8), il faut avoir une âme “ mariale ”.

« Premier pas vers l’apostasie », disait saint Pie X : le Protestantisme (17) ; il n’y a rien de plus opposé à la Sainte Vierge, à son humilité toute évangélique, que la folle prétention de Luther et de ses disciples au libre examen, véritable “ péché contre l’Esprit ” en même temps que révolte contre les institutions de l’Église. Vient ensuite la Franc-maçonnerie (18) qui émancipe elle aussi les peuples chrétiens du joug plein de bénignité de Jésus-Christ et de son Église ; son naturalisme et son laïcisme virulent sous couvert de tolérance, sont en horreur à l’Immaculée.

Troisième ennemi : le Libéralisme (19), grande tentation des catholiques depuis deux siècles qui ouvre les portes de la Cité sainte aux ennemis de l’extérieur. Sainte Bernadette craignait les libéraux catholiques mondains plus que les Prussiens, et elle les appelait des « mauvais catholiques », parce qu’ils refusaient d’adhérer au Syllabus et frondaient l’autorité du pape Pie IX ; mais voilà, ils ont réussi, à la faveur du concile Vatican II, à imposer à l’Église elle-même leur compromis avec la Révolution, sous couvert de Liberté religieuse (20), véritable subversion de la foi et négation pratique de la Vérité révélée de notre religion. La Sainte Vierge ne peut là aussi n’avoir ce ralliement qu’en abomination, car Elle n’est pas libérale, Elle ! Jésus est son “ Tout ”, Elle est à son service exclusif, voulant tout restaurer en Lui et Lui seul.

Quatrième ennemi, plus redoutable encore : le Modernisme (21), dont l’hypocrite distinction entre le “ Christ de la foi ” et le “ Jésus de l’histoire ” est insupportable à l’âme pure et fidèle de la Sainte Vierge, Maîtresse de Vérité. De même que le Progressisme d’un Lamennais (22) qui, par ses rêves fous et impatients, renie l’œuvre de Dieu dans l’Histoire et se rallie au grand mouvement d’apostasie des temps modernes, contre lequel l’Immaculée Conception a dressé une digue, précisément à partir de 1830, les dates concordent.

Le progressisme est relayé par le prétendu Universalisme de Maritain et de ses disciples (23) préconisant une “ nouvelle Chrétienté ”, non plus sacrale, mais profane, substituant ainsi le culte de l’homme au culte de Dieu, faisant partout dans le monde le jeu de la Révolution, de connivence avec les « erreurs de la Russie » ; pour aboutir enfin au M. A. S. D. U., le Mouvement d’animation spirituelle de la démocratie universelle (24), dénoncé par notre Père « au confluent des trois perfidies trop longtemps endurées par l’Église : le progressisme latin, le libéralisme anglo-saxon, le modernisme germanique » (25). C’est la chimère des Papes de notre temps, de Paul VI à François, et qui opère depuis soixante ans « la grande mue de l’Église » préconisée par le Père Congar, la détournant de sa mission essentielle et la ravalant au niveau des autres religions, dans un but philanthropique, maçonnique : Assise, Abou Dhabi... « Mirages de l’Antéchrist », dont nous sauvent les avertissements de Notre-Dame, à Lourdes et à Fatima.

Conclusion : « Le phalangiste oppose à ce Masdu infernal son culte de l’Immaculée Conception, victorieuse de toutes les hérésies dès l’origine. »

Quel sera notre poste de combat contre cette Bête de l’Apocalypse ? Celui de la Contre-­Réforme Catholique, avec sa fameuse ligne de crête : « Ni schisme, ni hérésie » (26), toujours actuelle ! Position inexpugnable, dans laquelle notre Père a eu la sagesse de nous placer, « au cœur de l’Église » et donc sous le manteau de l’Immaculée, dont nous voulons être les instruments, pour aider à « la charité et la mission » (27), qui brûlent le Cœur tout apostolique de Marie. Les points 28 à 31 détaillent cette mission qui sera un jour la nôtre, qui l’est déjà dans une certaine mesure, au service de l’Église romaine, diocésaine, paroissiale, familiale, avec ce beau kérygme de notre Père : « Notre grande espérance, ce sont vos familles. » Comme dit frère Bruno : pour l’instant, nous n’avons pas de mission officielle, ni nos communautés, ni la Phalange, mais cela viendra. Le tout est d’être abandonné entre les mains de la Sainte Vierge, de lui être de bons instruments, dont Elle se servira à son heure. Déjà, Elle nous occupe bien...

3. Comment être des instruments de l’Immaculée ? C’est l’objet d’une troisième conférence, puisque les points 32 à 50 traitent de la vie phalangiste et de la sainte espérance qui en est le fruit. Ces points ont été largement modifiés et enrichis, tant il est vrai que la consécration de la Phalange à l’Immaculée Conception lui a donné un nouvel élan. Nous rendant comme « transsubstantiés», l’expression est audacieuse, mais sœur Lucie n’hésite pas à l’employer au sujet de ceux qui se consacrent au Cœur Immaculé de Marie, qui en vivent au point d’être tout transformés, comme le pain et le vin sur l’autel du Saint-Sacrifice de la messe. Avec la même audace, frère Bruno explique que, de catholiques traditionalistes que nous étions, nous devenons des instruments de la Sainte Vierge, par une docilité filiale et une application de tous les instants. Nous voulons être à ses ordres !

Ce nouvel “ axe ” trouve sa justification au point 32 : « Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. » (Révélation du 13 juin 1917) Les points suivants (33-38) peuvent être pour un phalangiste, un postulant à la Phalange, l’objet d’un examen de conscience régulier : comment être fidèle phalangiste de l’Immaculée ? Suis-je bien entre les mains de ma Mère du Ciel, “ branché ” sur ses volontés, docile à ses inspirations ? C’est à une vraie Croisade eucharistique et mariale que nous sommes conviés, et notre frère de rappeler opportunément la devise de la Croisade eucharistique de l’abbé Poppe : « prie, communie, sacrifie-toi, sois apôtre. » Apôtre du Cœur Immaculé de Marie, évidemment ! Avec une foule de petits conseils pour mettre cette dévotion dans notre vie de tous les jours, parce qu’à cette dévotion chérie de Dieu est suspendue toute notre religion. Et aussi de belles vertus à pratiquer, que notre Père proposait déjà aux premiers phalangistes : « contre le vertige du savoir humain, l’humilité » (39), « contre l’ambition du pouvoir, la pauvreté » (40), « contre les frénésies de la chair, la pureté » (41). Lorsqu’on a la Sainte Vierge dans le cœur et “ en ligne de mire ”, c’est plus facile. C’est une voie sûre, via immaculata, c’est le chemin de l’Immaculée.

Les derniers points de cette première partie disent l’espérance phalangiste d’une « nouvelle Chrétienté sous le signe de Fatima », espérance épurée d’année en année au creuset de la fidélité. Sans illusion, sans ambition autre que servir et aimer « ce que Dieu veut ». Notre frère Bruno, à la suite de notre Père, nous montre le chemin. Il nous a cité au camp une parole retrouvée dans les papiers d’Amicus – nom de plume de notre Père lorsqu’il écrivait dans les colonnes d’Aspects de la France : « Et Jésus me dit : “ Tout cela viendra, mais je veux, tout d’abord, l’espérance humiliée et l’agonie de chacun des jours de mes fidèles. ” » Nous avons été touchés d’entendre notre frère en faire l’application au parti qu’il a pris de faire confiance au pape François, dès le début de son pontificat. Cette confiance est aujourd’hui trompée, l’espérance est humiliée, c’est l’épreuve, l’agonie même, mais notre frère ne s’en repent pas, Dieu l’a voulu ainsi, pour que nous témoignions de notre fidélité en l’Église, comme le veut l’Immaculée.

Voilà, les cinquante premiers Points sont achevés. Alors jaillit du cœur phalangiste un triple cri d’enthousiasme et de dévotion suppliante : ce sont les trois premières demandes du Pater, que notre Père commente avec une flamme communicative. « Notre Père qui êtes aux Cieux, que votre Nom soit sanctifié ! » C’est-à-dire adoré, loué, glorifié, et avec lui le doux Nom de Marie, tellement pleine de grâce et de miséricorde que son Cœur déborde et nous en comble (47)... « Que votre Règne arrive ! » Conjointement le Règne de Jésus et celui de Marie, car l’un et l’autre sont inséparables (48)... « Que votre Volonté soit faite sur la terre comme au Ciel ! » Que par le souffle sanctifiant du Paraclet, soit infusée dans tous les cœurs la dévotion au Cœur Immaculé de Marie qui en est le parfait Tabernacle, ainsi que les vertus qui l’ornent (49).

Notre Père aimait citer la parole de saint Pierre Canisius au sujet du missionnaire de l’Évangile : il ne suffit pas qu’il soit instruit pour bien prêcher, « encore faut-il qu’il brûle ». Ce qui allume dans le cœur du phalangiste cette flamme d’ardeur pour chanter la gloire de notre Père du Ciel, travailler au règne du Christ-Roi, se livrer à sa Volonté, « sans réserve, sans retard, sans retour, par amour » (saint Michel Garicoïts), c’est la dévotion au Cœur Immaculé de Marie (50).

PHALANGE ROYALISTE

Dans la deuxième partie des 150 Points, il est question de “ politique ”. La transition se fait au point 51, où notre Père, d’une manière inattendue, explique qu’à la Phalange, nous n’avons aucun préjugé, aucune ambition, aucune revendication politique. Et surtout pas « faire avancer notre religion par le jeu politique, ni par la conquête du pouvoir, ni par la lutte des classes, ni par la révolte des esclaves, ni par le règne de la force armée, mais... par la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, que Dieu veut établir dans le monde ». Si c’est à l’Immaculée Médiatrice que Dieu a confié le trésor de ses grâces, alors rien ne lui échappe de nos besoins les plus humbles. Elle n’est indifférente à aucun. Jusque dans la politique, puisque c’est la vie même de nos cités, et dans notre écologie familiale, professionnelle, où elle peut et veut « en Nom Dieu », exercer sa puissance avec l’autorité que lui confèrent sa Maternité divine et sa Royauté de miséricorde.

1. La première conférence de frère Louis-Gonzague, chargé au camp d’exposer les points politiques, est divisée en deux parties : la royauté du Christ et de la Vierge, inséparables l’une de l’autre, auxquelles s’opposent les œuvres de l’Antichrist. Les points 52 et 53 commencent par traiter de l’universalité de l’Église, à laquelle est liée la fraternité humaine ; celle-ci est possible, à condition que Jésus-Christ en soit le Maître d’œuvre et la Pierre angulaire, parce qu’il a donné sa Vie pour que nous n’ayons qu’un seul Père et... une seule Mère. Ce n’est pas une idéologie ou une utopie, c’est une vérité de foi et un fait d’histoire. Pour nous, l’image du “frère universel” est bien sûr le Père de Foucauld, qui voulait « voir Jésus en tout humain, en toute âme une âme à sauver »... à sauver par l’action heureusement concertée de l’Église exerçant sa mission et d’une politique bienfaisante, en deux mots, par une Chrétienté en marche.

Les points 54 et 55 résument les étapes de cette action civilisatrice de l’Église. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain ; très sagement, l’Église s’est laissé guider par les circonstances, dans un empirisme empreint de confiance surnaturelle au Christ, son Époux et Chef, qui est en même temps Maître du monde et de l’Histoire. De cette manière, elle a réalisé une innovation politique décisive dans l’ordre humain, en créant la nation, les nations. « C’est l’Église qui a fait les nations, et d’abord les nations européennes, en assagissant les rois, en moralisant les peuples... Les nations européennes sont le résultat, fortuit, mais admirable, d’une lente formation de l’unité spirituelle et temporelle. » (55)

Les trois points qui suivent sont une description réelle, vraie, historique, des trois fondements de l’Ancien Régime chrétien, disons les trois secrets de la vie de nos pères avant la Révolution, quand celle-ci était tout irriguée de culte marial : « Dieu, le Roi, le Peuple. » Et notre frère conférencier, qui a subi plutôt que suivi quatre années de Sciences-Po avant d’entrer en communauté, dit d’une manière très convaincante son émerveillement de découvrir, à l’école de notre Père, les principes de cet Ancien Régime si décrié par nos idéologues modernes. Parmi eux, les “ Nouveaux Philosophes ”, Bernard-Henri Lévy, Glucksman et compagnie, dégoûtés à la fin des années 1970 de tous les crimes des totalitarismes modernes, avaient redécouvert les beautés de l’Ordre traditionnel, catholique et royal. Notre Père leur tendit la main, pour achever leur conversion, en vain...

Que leur manquait-il ? De comprendre que le totalitarisme moderne, inhumain, qu’il soit capitaliste ou marxiste-léniniste, est le fruit des œuvres de l’Antichrist, dont les quatre révoltes majeures ont fait obstacle à l’action civilisatrice de l’Église (59). Le point 60, sur la Révolution dite française, bien plutôt antifrançaise, ainsi que les deux points suivants, sur ses principes philosophiques et ses maîtres penseurs, exposent la genèse et toute l’histoire de notre système politique contemporain visant à l’universel. « Récusant le passé, s’établissant dans l’avenir absolu, cette philanthropie sans frontières refuse tout à la fois le péché et la grâce, les misères physiques et morales de l’humanité d’hier comme les religions et les contraintes sociales qui cherchaient à y remédier. Tout cela est nié, dépassé. Dans l’avenir il n’y aura plus ni Dieu ni démon, ni péché originel ni rédemption, mais l’ordre humain naturel, scientifiquement défini, rigoureusement établi, impeccable, parfait » (62), en toute liberté, égalité, fraternité ou... la mort pour les opposants !

Suivent les quatre “ inventions ” de Satan pour instaurer et pérenniser son système, quatre mots magiques, exposés aux points 63 à 66 : Droits de l’homme, Droit des peuples a disposer d’eux-mêmes à l’encontre de leurs autorités légitimes historiques, Internationalisme, – aujourd’hui mondialisme –, Démocratie. Ces grands mots creux et sonores, admis par tous aujourd’hui, mais « c’est pire, plus mortel que tous les Covid-19, bien plus contagieux, et qui parmi nous peut assurer en être complètement immunisé ? »

2. Ce fut l’objectif de la deuxième conférence de notre frère de nous en immuniser : « Une nouvelle science politique sous le signe de Fatima. » À cet emballement universel en faveur de la démocratie, il faut opposer de bons principes, et s’en imprégner sous la guide d’une bonne Maîtresse, qui s’y entend en politique : la Très Sainte Vierge Marie en personne. Et commencer par comprendre que « la démocratie, c’est le mal, la démocratie, c’est la mort», comme disait Maurras au terme de son Enquête sur la Monarchie, parue en 1900, avant d’en faire la démonstration au jour le jour pendant cinquante ans.

Les points 67 à 73 sont une actualisation de sa démonstration, avec description des quatre partis, de l’extrême gauche à l’extrême droite, qui occupent la scène de notre vie politique, se neutralisant les uns par les autres, tandis que, par-derrière, la Franc-maçonnerie maîtrise et dirige l’opinion. La vitrine idéologique est alléchante : gouvernement du peuple par le peuple, liberté d’expression, transparence, mais dans l’arrière-boutique règne une corruption sordide, car la démocratie ne peut être qu’un régime corrompu et corrupteur. Seuls ceux qui ont de l’argent ont la maîtrise du mécanisme électoral, c’est une ploutocratie. Notre frère, par quelques citations du livre récent de Vincent Jauvert, “ Les intouchables d’État, bienvenu en Macronie ”, montre les corrélations intimes entre les hautes sphères de l’État et les grands cabinets d’affaires. Macron est l’incarnation de cette union du capitalisme libéral et du socialisme bureaucratique. Les points 70 et 71 décrivent « comment subsistent, et comment finissent les démocraties » : le ressort le plus puissant en République, c’est cette religion démocratique qui tient les esprits en esclavage. Maurras le disait déjà en 1926 : « La démocratie veut et doit être un pouvoir spirituel, doublant en secret le pouvoir temporel. »

Notre Père va plus loin que Maurras, en montrant que non seulement la démocratie est un régime absurde de mort temporelle, mais aussi et bien plus une impiété, une révolte contre Dieu et l’ordre qu’il a institué : l’autorité ne vient pas du peuple, mais de Dieu, et elle doit s’exercer au nom du Christ et de sa divine Mère. Tant qu’on ne l’aura pas compris, c’est Satan qui régnera... par ses suppôts. Pourquoi n’en est-on toujours pas sorti ? Pourquoi les peuples, et particulièrement notre peuple de France, ont comme lié leurs destinées à la démocratie ? L’accusation tombe, au point 72 :

« Parce que les gens d’Église les y ont enchaînés. Avides de plaire au peuple en exaltant la liberté, aux individus en leur prêchant leurs droits plutôt que leurs devoirs, plus encore avides de plaire aux riches et aux puissants, les gens d’Église n’ont plus osé lutter pour Dieu et par Marie contre la Révolution. Et de compromis en trahison, ils ont enfin partie liée avec la démocratie, se faisant inconsidérément, scandaleusement, ennemis de la gloire de Dieu et du salut de leurs frères. »

D’où le remède, exposé à partir du point 74, au tournant des cinquante points politiques : « La médiation du Cœur Immaculé de Marie dans la vie politique française. » Rien de moins ! Mais oui, c’est à cette lumière, reflet de la gloire de l’Immaculée et de « son doux visage empreint de grâce et de tendresse », que non seulement nous déclarons abhorrer la démocratie, son impiété, son absurdité manifestes, mais que nous voulons en communiquer l’horreur et le dégoût à tous les Français, et qu’enfin nous soit accordée la délivrance céleste de la France, du joug judéo-maçonnique qui la tient captive par ce régime de mal et de mort, pour la voir rendue à son divin Roi et à sa douce Reine, Jésus et Marie, dont elle est la terre de prédilection. Ah, oui ! « Chez nous soyez Reine... » Et notre Histoire volontaire est là pour fournir matière et exemples à cette espérance conjuguée à l’exposé de la science politique la plus rigoureuse et la plus moderne (points 75 à 85).

Avec l’apport décisif de la métaphysique relationnelle de notre Père pour fonder cette nouvelle science politique (75) : « Elle découvre la racine ontologique de l’amitié, de l’amour, de la charité, dont le patriotisme est le fruit et, plus fermement, le nationalisme. Loin de s’accomplir par lui-même en suivant des principes individualistes, c’est par ses frères humains, avec eux et, merveille plus grande encore, dans ses frères, ses proches, sa famille, sa nation, et pour eux tous que chaque individu trouve enfin son accomplissement et sa béatitude commençante. »

Où l’on voit le choc de deux sciences politiques : d’une part celle qui a pour objet la nation, considérée comme « une immense réciprocité de services » (Mgr Freppel, repris par Maurras), et suprêmement comme « un corps mystique » (Jean de Terrevermeille), et d’autre part celle qui enferme l’homme en lui-même, sans autre relation que lui-même et vouant un culte à sa propre liberté. De la première, que nous préconisons, découle une notion claire du bien commun, s’exerçant dans l’ordre et la paix (77-78), que seule peut assurer une autorité souveraine et légitime, ayant le sens du gouvernement et de ses responsabilités.

« La divine surprise que nous accordera notre Mère Immaculée sera d’abord la restauration de cette autorité politique. » (79) Et pour qu’elle soit pleinement légitime, il faudra qu’elle soit non pas démocratique, mais démophile, personnelle et pérenne, et pour tout dire : paternelle (80-83). Le point 84, lui, répond au point 72 : ce sera le bienfait des gens d’Église, « revenus des erreurs de Vatican II et du culte de l’homme, d’aider d’abord le chef de l’État à restaurer la nation, selon son ordre particulier, conformément aux lois de son histoire ». Pour être ainsi à même d’assurer ses trois fonctions ou trois protections (85) : de l’Église, de la nation et des familles, étant lui-même par sa consécration personnelle sous la protection du Cœur Immaculé de Marie, dont l’effet est toujours d’adoucir les mœurs, de tempérer la justice et de canaliser la force.

3. La troisième partie des points politiques porte le titre : « Quand l’Immaculée nous donnera un chef. » Ah ! quel bienfait ce sera ! Consécration d’abord, et le reste « par surcroît» : tout sera renouvelé, comme d’une grâce découlant de la tête dans les membres, la science politique se prolongeant en art politique, c’est-à-dire en institutions concrètes, en fonctions sociales, en métiers à remplir correctement au quotidien. Le point 86, consacré à l’empirisme organisateur, précise une chose importante : il faudra être prudent, sage et réaliste, patient surtout. « Nous ne pouvons tracer que les grands axes d’un redressement national. Sa mise en application relèvera des circonstances. »

D’abord la réforme du gouvernement de la nation et des échelons subalternes (87-89), les uns et les autres débarrassés du diktat des partis et du Parlement. Cette réforme tient en une expression géniale de Charles Maurras : « L’autorité en haut et les libertés en bas », de façon à retrouver une administration efficace parce que allégée, décentralisée, donc humaine et responsable, pleinement représentative de la vie réelle de la nation. Le point 89 précise la manière dont le chef de l’État restera en contact constant, et souvent direct, avec les autorités civiles, économiques et sociales gérant l’ensemble des activités du pays.

Cela suppose de rompre premièrement avec la laïcité de la République (90), qui fait qu’aujourd’hui, tous les domaines de l’État sont devenus en pratique athées et matérialistes : la justice, l’éducation nationale, l’économie, la diplomatie, l’armée, la culture et les médias, la charité sociale. Les points 91 à 99 traitent de ces grands domaines, revus à la lumière du critère seul décisif et efficace pour le redressement durable de la nation : le règne du Christ et de sa bénie Mère, la Vierge Marie.

– Mais vous n’allez tout de même pas contraindre les consciences ?

– Non, bien sûr, mais il y a tout de même cette demande du Pater : Adveniat regnum tuum ! Il y a aussi ce désir brûlant du Cœur de Jésus et de Marie, Roi et Reine de France, de régner chez nous pour sauver notre pays de lui-même et le libérer de ses démons. Alors par Jésus-Maria ! avec Jeanne et Thérèse, prenons parti hardiment !

La « mission de l’Église » sera reconnue en France par le pouvoir royal ainsi que la liberté de la remplir en communion avec Rome (90). Pour rendre la justice, il faut être soi-même au-delà des idéologies, des ambitions de famille ou de classe, du maniement de l’argent et de la pression des lobbies. Seul le roi sacré est source de justice, lui et les magistrats qui, sous sa dépendance, jugent au nom et sous le regard de Dieu (91-92). Sur la réforme de l’enseignement (93), comme il y avait beaucoup à dire, un plateau au camp lui a été consacré, à écouter. L’assainissement des finances et le rétablissement de notre souveraineté monétaire doivent être le préambule nécessaire au redressement économique, Poutine l’a compris après Salazar et le maréchal Pétain (94). Les relations internationales sont également à réviser, au moins dans les principes, pour en finir avec cette diplomatie absurde et incohérente qui est la nôtre depuis des années : Serbie, Afghanistan, Syrie, Libye, etc. (95) Avec des moyens militaires conséquents. Nous avons eu sur le sujet un plateau avec frère Michel sur le thème : « Contre la guerre... Vive l’armée ! » actualisant deux grandes mutualités de notre Père (96). Quant au point 97 sur la réforme des médias et la politique culturelle, il peut surprendre : loin de brandir la menace d’une censure de la presse, à laquelle on s’attendrait ! notre Père préconise sa réhabilitation par le soin exigé de la vérité, et sa promotion par la création d’un corps de journalistes. Et on en arrive au point 98 : « La restauration de l’esprit national », vaste programme ! avec son corollaire évangélique : « La charité sociale » (99).

Eh oui, tout cela se réalisera, saint Pie X l’a prédit : « l’œuvre aboutira »... « à l’heure du triomphe du Cœur Immaculé de Marie ». En attendant, il faut travailler, comme le recommande le point 100 et le précise la troisième partie de nos 150 points.

PHALANGE COMMUNAUTAIRE

« Retrouver l’harmonie naturelle qui renferme tout le secret des paisibles bonheurs humains », tel est le but de l’écologie communautaire de notre Père. Ce qui domine cette troisième partie, comme la deuxième, c’est à la fois le souci de la réalité présente et la connaissance, l’intelligence des choses du passé, avec quelques nouveautés introduites ici et là – la grande nouveauté étant la place déterminante qu’occupe, que doit occuper la Sainte Vierge jusque dans nos affaires temporelles –, mais des nouveautés qu’il convient d’intégrer dans un tissu qui existe déjà. C’est là qu’il faut avancer avec grande prudence et sagesse car, même après le grand miracle de nos espérances, le terreau humain et social subsistera et on ne peut le violenter sans risques graves. C’est donc une approche pragmatique, réaliste, loin des jugements catégoriques a priori, qui du coup devient vraiment crédible.

Maurras s’était limité à la seule question politique, certes capitale, prioritaire même. Notre Père, lui, a eu le souci de jeter les bases doctrinales d’un nouvel ordre fraternel, d’une écologie – dans le plein sens du terme, de “ science de la maison ”, science et art de la vie commune familiale, interfamiliale, humaine (101) –, visant à assurer une harmonie, un équilibre entre la terre, non seulement préservée, mais cultivée, soignée, l’habitat distribué dans l’espace, et le travail conçu en vue de la civilisation et non l’inverse. Et que tout se fasse sous le regard de l’Immaculée, « notre Mère à tous », qui a par le fait même de sa Maternité universelle un sens aigu « du devoir de chacun, de la justice communautaire, de la charité sociale, et tout simplement du bon voisinage ».

1. Après une présentation des fondements de notre écologie communautaire, frère Pierre-Julien montre qu’elle est point par point le remède aux désordres, aux déséquilibres écologiques que le système capitaliste libéral ou plutôt capitalo- socialiste a engendrés depuis deux siècles, avec ces trois maux ou fléaux que sont : l’individualisme, l’impiété, l’imprudence. Pour peu qu’on prenne le temps de méditer les points 102, écologie humaniste, 103, écologie catholique, 104, écologie nationaliste, ils donnent une compréhension très riche de la réalité humaine concrète, dans l’écheveau de nos relations interpersonnelles, familiales, professionnelles.

Encore faut-il discerner et dénoncer les tares du système actuel, basé sur la recherche du profit individuel, du libre-échange : liberté de circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux, et qui est en réalité un esclavage de plus en plus étouffant au profit des puissances d’argent. Ce qu’on appelle la démocratie économique, aussi impie, absurde et ruineuse pour les nations que la démocratie politique. Parce qu’elle est asociale (106), apatride (107), athéiste (108) : « L’homme devenu un ventre sans cerveau et sans cœur, sans pensée autre que technicienne, sans décision autre que commerciale, est devenu un animal irréligieux. » Le Bon Dieu et ses affaires, son Royaume et sa Gloire, n’ont plus de place dans sa vie, ni dans la société. Avec pour conséquence : « Toute prudence familiale, communautaire, corporative est bannie en même temps que tout ordre politique et toute mystique de charité fraternelle. » (109)

L’universel marché, servi par une science économique elle-même au service de la Finance internationale (110-111), aboutit à un climat d’imprudence maximum : augmentation fantastique de la consommation et finalement gaspillage, combustion et anéantissement des richesses naturelles mondiales. L’argent règne partout et domine tout. Mais « que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? » Attention aussi à la revanche des déracinés qui, à l’appel du socialisme égalitaire, réclament leur part de gâteau (114-120). Certes, il y a dans cet appel un projet séduisant, mais ses conséquences réelles sont encore plus catastrophiques que celles du capitalisme. Car il est évident que le marché, l’argent fluide, l’intérêt individuel sont des moteurs indispensables pour la vie économique. Les confier à l’État planificateur, on a vu ce que cela produisait en Russie soviétique.

Ce qui est passionnant à suivre dans la conférence de notre frère, c’est l’application des points 117 à 119, sur le capitalo-socialisme, cette entente ténébreuse des deux systèmes en apparence antagonistes, à la situation économique actuelle, non pas en Russie, mais en Chine communiste qui a mis en œuvre cette combinaison de l’économie de marché sous la domination serrée de l’État-parti. « Ayant réalisé un système capitalo-socialiste parfaitement intégré à l’intérieur même de ses frontières, rivalisant dangereusement avec les économies occidentales et asiatiques de premier ordre, le régime reste ouvertement marxiste exerçant aujourd’hui plus que jamais une surveillance et une répression policière sans relâche sur ses populations, sur l’Église... sur Dieu même ? »

Non, parce que, même si les « erreurs de la Russie » répandues aujourd’hui par la Chine communiste et son complice, le capitalisme matérialiste, la “ pieuvre yankee ”, représentent tous deux une terrifiante menace, c’est sans compter sur le triomphe à venir du Cœur Immaculé de Marie qui surviendra d’une façon aussi certaine qu’inattendue, et qui apportera au monde, selon la promesse de Notre-Dame de Fatima, un « certain temps de paix », paix chrétienne et mariale, seule propice à la restauration d’un “ Ordre fraternel ” vraiment écologique. La Vierge Marie dans son Magnificat, disait notre Père, n’est pas plus « la patronne de la lutte des classes que la complice de la bourgeoisie exploiteuse et oppressive ».

2. Les points 121 à 140 traitent de cet ordre fraternel nouveau et marial d’une manière enthousiasmante. D’abord dans les principes, qui consistent à rompre avec ceux de 1789 inspirés par le diable, pour retrouver le véritable amour du peuple en ses communautés naturelles. Notre frère évoque les essais historiques de 1934 et de 1940, sous l’autorité du maréchal Pétain, mais surtout celui de Vladimir Poutine qui, en l’espace de vingt ans, a réussi à redresser la Russie d’une manière spectaculaire. Mais c’est pour aboutir au point 123 à la conclusion que, chez nous, en Occident, seule l’Église aura la force d’inspirer ce “retour au réel”, elle le fera au nom du Cœur Immaculé de Marie, reconstituant sous son égide « le tissu social de la Chrétienté, loin des prestiges de l’Argent et des discordes qu’il suscite » : revalorisation du travail et du service social (124), contrôle des puissances d’argent, pour libérer la presse et juguler le terrorisme (125), de façon à retrouver enfin une société de confiance (126-127).

Le plus beau, et le plus à notre portée, ce sont les points 128 à 134, sur la famille, cellule fondamentale de notre écologie, avant même l’entreprise, la commune, la province et la communauté nationale. Pourquoi la famille ? Parce que c’est “ en famille ” que nous vivons selon le dessein de Dieu ; nos familles ont été créées, voulues par Lui pour nous donner une image de ce qu’Il est :  « Ô glorieuse et très aimable Trinité de Dieu, Vous nous ressemblez tellement ! » écrit notre Père dans sa belle page mystique n° 38. La bonne vie familiale en découle, inspirée par la religion, protégée par l’ordre royal : responsabilité du chef de famille, rôle capital de la mère de famille, image de la Sainte Vierge, propriété et patrimoine familiaux à valoriser, association de gré à gré entre familles, etc. : il y a là tout un programme réalisable dès maintenant, – à condition de se battre ! car tout y est contraire aujourd’hui –, mais en comptant sur la grâce de Dieu qui ne manquera pas, si nos familles entrent résolument, à cœurs perdus, dans la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.

3. La dernière conférence de frère Pierre-Julien présente les points 135 à 147 : « De l’entreprise à la communauté nationale. » Point 135 : « l’entreprise libérée». Libérée de quoi ? de cette idéologie anti-écologique que nous venons de voir, mais aussi de tous ces “intrus ” extérieurs, qui parasitent l’autorité et l’action du chef d’entreprise : à commencer par les banques, en continuant par l’État qui exerce non seulement un contrôle sur les malheureuses PME, mais impose une réglementation très contraignante, sans cesse évolutive et en définitive décourageante, sans oublier les syndicats qui souvent nuisent au bien commun de l’entreprise. Alors le point 136 dresse le tableau d’une bonne gestion de l’entreprise, là encore relevant éminemment de la vertu de prudence, et il y a derrière ces quelques paragraphes beaucoup d’expériences, en particulier celles de frère Pierre et du cercle Saint-Joseph au Canada.

Prudence, compétence, patience... le chef d’entreprise se doit d’acquérir ces vertus propres à son état, mais sa foi et sa dévotion à la Sainte Vierge, comme aussi le soutien des institutions politiques et ecclésiales, seront là pour l’encourager. Les points 137 à 139 parlent quant à eux des associations d’entreprise et des corporations de métiers qui assureront le cadre de cette entraide, avec des exemples à la clef, comme la profession d’avocat ou encore la Corporation paysanne du maréchal Pétain, qui a été une des grandes réussites de la Révolution nationale.

Notre Père préconisait une vie économique “ autodirigée ” pour reprendre le mot de Salazar, à mi-chemin entre l’utopique autogestion démocratique et la planification étatique. Ce serait le remède au “ problème social ” (140), dont tout le monde parle sans trouver les vraies solutions, qui sont pourtant là, toutes prêtes. La faillite de la mondialisation, vérifiée lors de la dernière pandémie, appelant à un “ nouveau paradigme écologique ”, vient apporter une preuve supplémentaire de la vérité de nos critiques et de l’intelligence des solutions proposées. Mais encore une fois, pour les mettre en œuvre, il faudra que l’Immaculée « y mette la main », et à tous les niveaux, ainsi que saint Joseph.

Les points 141 à 147 parlent de « la nation restaurée », où s’applique également, dans un cadre plus large et donc plus complexe, la vertu de prudence pour retrouver ces harmonies sociales qui sont à restaurer entre classes, entre régions, entre peuples. L’aménagement du territoire (142), l’autogestion communale (143), la nécessité de corps intermédiaires que sont nos provinces (144), enfin l’œuvre écologique internationale (145) : il y a là tout un projet écologique dont le pape François serait bien inspiré de prendre connaissance et de mettre en œuvre, s’il consentait à sortir de ses chimères. Le tout est de restaurer à tous les niveaux ce que le point 147 appelle « un paternalisme royal », familier à notre ancienne France, à notre grande tradition missionnaire et coloniale, « comme d’une paternité à exercer et d’une filiation à établir dans une commune charité », avec un savoir, un pouvoir, un avoir enfin dignes et justes, féconds et fondateurs de communautés durables et paisibles. Comme notre Père souhaitait que saint Joseph, prince de la lignée de David et chef de la Sainte Famille, soit reconnu comme le patron, le garant, le protecteur de toute autorité – que ce soit les pères de famille, les rois, les patrons –, ce programme de restauration paternelle et royale pourrait lui être confié, sous le doux rayonnement de la Vierge Immaculée, Reine de nos familles, de nos métiers, de nos nations.

Il reste, pour achever ce “ monument de doctrine ”, les trois derniers points 148 à 150, que présenta frère Bruno dans sa conclusion du camp. Ils fixent la vocation de la Phalange, communautaire, royaliste et catholique, en les rapportant à la parole évangélique : « Cherchez le Royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » Sa “ justice ” ou sainteté est aujourd’hui toute “ réfugiée ” dans le Cœur Immaculé de Marie. C’est là qu’il nous faut la chercher inlassablement, que nous sommes sûrs de la trouver, et de recevoir, dans la crise énorme et universelle qui menace le monde, « le reste par surcroît ».

Ces trois points suivent la courbe des Mystères joyeux, douloureux et glorieux du Rosaire. C’est donc en égrenant nos 150 Ave, sous le regard et avec le perpétuel secours de notre Mère Immaculée et Médiatrice, que nous recevrons la grâce de mettre en œuvre les 150 Points de “ sa ” Phalange à Elle. Comme notre Père l’expliquait déjà dans sa “ Théologie mariale ”, à Josselin, en juin 1980 :

« Il faudrait prendre les 150 Points presque avec une dévotion envers la Vierge Marie et chercher à être fidèles à notre Mère du Ciel et à notre Sauveur Jésus-Christ dans tous les domaines de la vie en lisant ces points, parce que nous aspirons à une société qui soit tout entière, je ne dis pas dominée par le drapeau français ou le drapeau royal et l’emblème du Sacré-Cœur, ce n’est pas ça, ce ne sont pas les drapeaux qui comptent, mais qu’elle soit tout imprégnée de la justice et de la charité qui sortent du Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie.

« Je dirais presque en conclusion : “ Cherchez le Royaume de Marie et le reste vous sera donné par surcroît. ” Ce n’est pas un mot, j’explique. Je vois une certaine personne en face de moi, nous parlons et je découvre dans cette personne un cœur, que j’appellerai marial. Qu’est-ce que c’est ? C’est un cœur d’enfant de Marie ; ça veut dire la pureté, la loyauté, la générosité, la mortification, la docilité, l’obéissance, le désir du bien des autres, une grande flamme presque de fanatisme pour son Dieu, tout ça : cœur marial. Je sens qu’on va pouvoir discuter politique, on va pouvoir discuter théologie, on sera d’accord ! Il y en a d’autres, on sent qu’il y a des cristallisations qui font obstacle au règne de Dieu. Qu’ils prient la Sainte Vierge, qu’ils méditent les mystères de la Sainte Vierge, et le reste nous sera donné par surcroît. »

frère Thomas de Notre-Dame du Perpétuel Secours.