Il est ressuscité !

N° 255 – Mai 2024

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


Centenaire de Georges de Nantes, notre Père (5)

Une cathédrale de lumière

AU point où nous sommes parvenus du déchaînement des forces de l’Enfer, une terre bénie demeure inviolable : c’est le domaine de la Vierge, la terre, la maison de famille de Fatima, oasis de pureté, de fraîcheur, de joie et de dévotion qui est la vitrine de paradis au milieu de l’enfer et du purgatoire de ce monde, afin que nul des enfants de Marie ne s’égare et ne se perde dans ces années difficiles. C’est pourquoi notre Père décida de se rendre en pèlerinage à Fatima le 13 octobre 1996.

« Fatima est partout où quelque âme, famille, proches, couvent, nation adhère aux messages du Ciel qui sont tout un catéchisme catholique, et accomplit les demandes de Notre-Dame, qui sont, par sa grâce, toute une pratique de la vraie religion, inchangée. Il y a grande place dans cette “ nouvelle Jérusalem, descendue du Ciel, d’auprès de Dieu, sainte cité, parfaite comme une épouse ornée pour son époux ”, au jour de ses noces. » (Ap 21, 2-3)

Le Cœur Immaculé de Marie est en effet un “ refuge ” pour tous, « toujours prêt à accueillir les naufragés de ce monde », comme l’écrivait sœur Lucie dans une lettre du 14 avril 1945. Et c’est en sa ville sainte, “ Ville Marie ”, que se prépare la victoire définitive du Cœur eucharistique de Jésus à Rome d’abord, et par elle, à toute la terre.

Un an avant le grand jour du pèlerinage, l’abbé de Nantes en précisait encore le sens surnaturel. Comme nos trois démarches à Rome (1973, 1983 et 1993) révélant le drame de l’apostasie romaine, servirent toutes, par notre objection, à la gloire de Jésus-Christ, de même ce pèlerinage éclair doit refléter un pur souci de l’Église : rien d’humain à ambitionner ni à convoiter, pas même de satisfaction spirituelle ! Ce sera une vraie Croisade, « en ce sens-là, bien précis, d’un voyage en ce lieu béni, inspiré par la seule pensée que là-bas est un point de ralliement sûr et certain, des fidèles catholiques, en vue de rappeler au Ciel qu’on n’oublie pas sur la terre ce qu’il a daigné nous révéler et nous demander de faire et d’espérer, comme aussi de rappeler à la terre que les avertissements du Ciel sont toujours actuels ».

Pour sa part, notre Père s’engageait, comme s’il ne pouvait ni ne devait rien faire de lui-même, à ne plus cesser de prier pour « le pèlerinage de toute ma vie offerte, afin qu’il aboutisse aux pieds de ma Souveraine, et de servir à tout ce qu’elle voudra nous demander, ou réaliser en nous, pour la plus grande miséricorde faite au monde et gloire de son Fils Jésus-Christ ».

Ainsi s’engageait-il résolument sur la voie de la sainteté en nous communiquant l’attrait de la « pureté positive » qui doit tenir nos maisons et nos familles à l’abri de la corruption d’un monde loqueteux qui a abandonné le culte de la Sainte Eucharistie et de la Sainte Vierge. Notre Père nous montra qu’il n’est de véritable amour que de Jésus et Marie, dans l’oubli de soi, le don, le sacrifice, la communion, fontaines de pureté et d’humilité. Cette doctrine est traditionnelle, mais la nouveauté consiste à « nous faire aimer l’amour », et aimer d’amour Notre-Seigneur et Notre-Dame, à l’école de Fatima, de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, du Père de Foucauld, du frère Maximilien-Marie Kolbe et de l’abbé Poppe.

En août 1995, notre Père pouvait écrire : « Les retraites, les conférences, méditations, “ logia ”, nos sessions et nos camps ont apporté des pierres, des matériaux très divers, dont nous n’apercevions pas à quel point ils étaient préconçus pour constituer un jour une cathédrale de lumière. Maintenant, nous sommes parvenus au moment d’ajuster et de cimenter tout cela à la gloire de Marie, Notre-Dame du Rosaire, de Fatima, dont le message, comme celui de Paray-le-Monial, nous est une révélation de vérité et d’amour capitale. » (Lettre à la Phalange, 13 août 1995)

Trente ans auparavant, notre Père avait reçu la plainte d’une religieuse :

« Il faut presque faire violence aux prêtres pour qu’ils parlent de leur dévotion à la Sainte Vierge. Oui, ils la chantent souvent dans leurs sermons, mais ils ne révèlent pas facilement ce qu’Elle est pour eux. Je voudrais aimer la Sainte Vierge comme vous les prêtres savez l’aimer. Seulement, par pudeur, vous ne nous livrez pas votre secret. » (Lettre à mes amis no 69)

Il y avait du vrai, et le Père expliquait pourquoi. Or, voici qu’au retour de son exil, le temps est venu : « De quoi s’agit-il ? D’une décision innocente et douce comme la plus facile (rien de plus facile, de moins exigeant), mais douce et tranchante comme l’épée du Seigneur des seigneurs et Roi des rois. »

C’est très facile à faire et pourtant très “ tranchant ”. Très facile, mais encore faut-il le vouloir fortement, car cela mène à prendre des décisions faciles, mais tranchantes comme l’épée du Christ.

« La voici ! Que Dieu aide... Je veux dorénavant placer la Sainte Vierge au-dessus de toutes mes affections du cœur, de toutes mes convictions et pensées, mes œuvres extérieures, mes désirs. Qu’on n’objecte pas l’amour de Dieu lui-même qui devrait passer premier. C’est précisément dans le rejet de cette objection que se trouve le caractère nouveau, surprenant, bouleversant, de cette dévotion que, enfin, je ne boude plus, que je veux faire mienne parce que c’est ce que notre doux Seigneur veut et attend de notre génération pour la sauver :

« Que, depuis Grignion de Montfort et La Salette... ce Dieu dont l’amour infini se porte de toute éternité sur Elle, veut enfin que nous commençions par nous consacrer à Elle si nous voulons lui plaire à Lui, en entrant dans ses préférences. Quel mystère infiniment sage et sauveur ! »

L’UNIQUE CŒUR DE JÉSUS ET DE SA DIVINE MÈRE

Dans une “ cathédrale de lumière ”, auprès de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, notre Père avait élevé une magnifique statue à saint François de Sales, ainsi qu’à sainte Jeanne de Chantal, en nous prêchant la retraite de 1995 sur leur extraordinaire vocation. Il s’appliqua d’abord à pénétrer la vie de ce grand saint de Contre-Réforme. Puis il nous révéla son secret : « L’intime union d’âmes qu’il vécut avec sainte Jeanne de Chantal, en toute sainteté et chasteté, union dont Dieu fut l’organisateur et le ministre.

« Dès lors, de leur “ unique cœur ” s’épancha tout de suite, comme en cascade, un inépuisable amour de leurs familles, de leurs amis, puis de cette fondation de la Visitation et, à travers elle, de tous les pauvres, les malades, les humbles. Fécondité mystique. »

Notre Père nous a révélé en saint François de Sales une « image vivante » de la charité du Cœur de Jésus. Image prophétique, puisque sa doctrine spirituelle sera le contrepoison du protestantisme qui engendrera le jansénisme et sombrera finalement dans le rationalisme.

L’année suivante, notre Père revint à Charles de Foucauld, mettant en lumière son enfance éprouvée, son lent cheminement vers la conversion, grâce à la médiation de sa pieuse cousine, Marie de Bondy, à laquelle l’unira une sainte amitié spirituelle.

Moyennant la métaphysique relationnelle et la “ pureté ­positive ”, notre Père renverse énergiquement toutes les théories modernes qui souillent cette affection surnaturelle !

Il étudie aussi l’œuvre coloniale et missionnaire de saint Charles de Foucauld ainsi que les mystérieuses circonstances de sa mort de martyr « violemment et douloureusement tué » en haine de la foi et de la Chrétienté, comme frère Charles l’avait prophétisée. Notre Père nous fait entrer dans l’âme de Charles de Foucauld, avec une sûreté d’interprétation incomparable, révélant son propre maître spirituel et un très grand missionnaire !

En ce même automne 1995, notre Père découvre l’œuvre d’un génial franciscain du début du quatorzième siècle : Jean de Duns, surnommé Duns Scot, méconnu, calomnié, pourtant béatifié par le pape Jean-Paul II, le 20 mars 1993. Notre Père met en lumière la perfection du jugement de Duns Scot sur la métaphysique de son époque où les universités passèrent, non sans protestations et tumultes, de la souveraineté de la millénaire vision de la foi mystique, à la domination de la philosophie rationnelle, aristotélicienne et... thomiste.

Une controverse s’éleva contre le théologien au sujet de la Vierge Marie, touchant son Immaculée Conception. Fille d’Adam, vraiment tirée de l’humain lignage, elle était donc rachetée par son propre Fils, Jésus, venu pour sauver tout le genre humain.

Certes, la Vierge était toute sainte, toute pure, la plus belle créature qui soit et dès le début, avant le commencement du monde, déjà conçue par Dieu dans cette perfection, et cependant rachetée avec tout le genre humain, d’une faute qui l’avait donc atteinte, aussi peu que ce soit.

À notre stupéfaction, le premier qui fit valoir cette objection opposée à ce qui appartiendra plus tard au dogme de la foi, fut saint Bernard, le héraut de Marie Médiatrice ! Il écrivit aux chanoines de Lyon en 1138 pour opposer à la perpétuelle sainteté de Marie dans sa conception le dogme de la déchéance universelle.

Saint Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin ayant pris à leur tour parti contre l’Immaculée Conception, pas un livre, édité par l’Université de Paris au treizième siècle, ne se prononcera en sa faveur.

Survient Duns Scot, qui tient bon contre tous : le privilège de l’innocence perpétuelle l’emporte sur le don de la grâce purificatrice. Car Dieu met plus d’amour à prévenir une âme de la chute qu’à l’en guérir. Dieu ne met pas de limite aux privilèges qu’il peut concevoir pour que resplendisse la Vierge Marie, cette créature bénie entre toutes.

La thèse principale, de la Médiation universelle du Christ Sauveur, n’est pas oubliée pour autant. Au contraire. Elle trouve à s’exercer suprêmement dans la soustraction de la bienheureuse Vierge Marie au péché originel, en raison de l’excellence de la Sagesse, de la puissance, de l’amour du Fils, rédempteur, réconciliateur et médiateur. L’argument de Duns Scot face à l’Université de Paris, tout entière dressée contre lui, est sans réplique : « J’aime mieux excéder que défaillir dans la louange du Christ. »

Il ne dit pas « dans la louange de Marie », comme saint Bernard l’avait déjà dit, mais « dans la louange du Christ ». Le Christ, dans sa majesté, sa force, dans sa puissance, était capable de préserver la Vierge Marie de toute atteinte du péché.

Cette irruption de l’Immaculée dans la pensée et le cœur de notre Père déchaîna, au vingtième siècle finissant, la même « inimitié » infernale (Gn 3, 15) que celle qui avait désorienté les esprits au début du quatorzième.

Notre Père n’eut pas le temps d’achever cette étude qui devait le conduire à parachever l’édification de notre “ cathédrale de lumière ”, avant de « passer la main à l’Immaculée ». Le 10 janvier 1996, le “ rapport Guyard ” sur “ les sectes en France ” était rendu public. Il dressait la liste des 172 mouvements « pouvant être qualifiés de sectaires » au sens fort, ­présentant « une inquiétante dangerosité » (sic). Parmi eux, la plus « dangereuse » était la « Communauté des petits frères et petites sœurs du Sacré-Cœur », qualifiée de « secte pseudo-­catholique ». Notre communauté était ainsi désignée à la vindicte publique, notre mise à mort ­programmée.

LES STATIONS D’UNE CROISADE.

Comment décrire l’angoisse de notre Père ? « Simple prêtre et indigne, venu en suspect dénoncé par l’État républicain laïc et sectaire plus qu’aucun autre, mais conjointement ( !) “ disqualifié ” par l’Église postconciliaire depuis juste trente ans, fondateur d’une confrérie du Sacré-Cœur que je gouverne depuis trente-huit ans et que je suis décidé à conduire avec sept cents amis à Fatima, j’entre dans ce sanctuaire (de Notre-Dame des Victoires) pour trouver en Marie Auxiliatrice et Médiatrice une double parole, un double secours qui me rassurent pour le passé et qui me poussent en avant de cette route pèlerine, moi, gourou déclaré d’une secte, signalée comme dangereuse par l’Église et l’État réunis... »

Le 18 janvier 1996, notre Père se rendit à Notre-Dame des Victoires pour se mettre lui-même et ses œuvres sous la protection du Cœur Immaculé de Marie. Et là, il découvrit l’abbé des Genettes, « fort mal vu et malmené durant toute sa vie, à part une brève éclaircie, d’ailleurs reconnu comme bien imparfait, aujourd’hui encore, et indigne des autels ! aux idées extrémistes et d’un caractère poussé aux plus extrêmes excès, et même à des éclats publics déplacés ! »

Or, que fit cet “ abbé de Nantes ” du dix-­neuvième siècle ? Après avoir entendu une voix céleste le lui ordonner, il consacra sa paroisse au Cœur Immaculé de Marie, le 3 décembre 1836, et aussitôt Notre-Dame des Victoires remplit le monde de ses miracles. Eh bien ! décida notre Père, « j’ai confié l’affaire à ce pitoyable abbé des Genettes, à ce Monsieur “ Rude-Abord ”, et je ne me fais plus de soucis : il nous obtiendra, à nous, plus misérables que lui, du Cœur Immaculé de Marie de Notre-Dame de Fatima, la ­victoire et la paix promise. »

Au mois de février, nous fîmes station à Notre-Dame de Pontmain, où notre Père trouva en l’abbé Guérin un nouveau soutien, lui qui « mérita à sa paroisse d’être l’objet des tendresses de Marie » et de recevoir la première son message d’espérance : « Mais priez, mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher. » (17 janvier 1871)

Et les Allemands refluèrent.

Mais c’est à Lourdes que Notre-Dame dit son nom à ­Bernadette qui le lui demandait avec insistance : « Je suis ­l’Immaculée Conception ». Là se retrouva le peuple de France, pénitent et dévot, invinciblement attaché à sa Reine, et uni au saint pape Pie IX, récompensé de sa proclamation, en 1854, du dogme de l’Immaculée Conception confirmé par cette réponse de Notre-Dame à Bernadette le 25 mars 1858.

Et affermi dans sa volonté de dénoncer l’impiété libérale qu’il anathématisa en 1864 par le Syllabus.

C’est auprès de l’abbé Peyramale que notre Père voulut faire une “ station ” à Lourdes, le curé de Bernadette était lui aussi d’un “ rude abord ”, mais quel grand cœur !

La dernière station de notre préparation nous fit découvrir le message de Notre-Dame de La Salette apparu en 1846, dans toute sa vérité, annonciatrice de l’apostasie de la hiérarchie ecclésiastique : « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist. »

Comment perdre la foi quand on voit la Vierge Marie prévoir et annoncer l’apostasie ? Toutes ces stations convergent vers le règne du Cœur Immaculé de Marie qui, seule, vaincra toutes les hérésies dans le monde entier.

SOUS LA BANNIÈRE DU SAINT PAPE JEAN-PAUL Ier.

Sachant que Marie veut passer par Pierre sur qui son Fils Jésus a fondé son Église, nos sœurs confectionnèrent la bannière du pape Jean-Paul Ier que notre Père bénit le matin de son départ pour l’exil. Le visage lumineux de ce Pontife bien-aimé semblait nous promettre pour bientôt un grand mouvement de ferveur comme celui qu’éveilla son merveilleux sourire au cours d’un pontificat, si bref soit-il !

N’avait-il pas confié à son ami, don Germano Pattaro : « Si je vis, je retournerai à Fatima pour consacrer le monde et particulièrement les peuples de la Russie à la Sainte Vierge, selon les indications que Celle-ci a données à sœur Lucie. »

Il fut assassiné. Sœur Lucie était recluse à Coïmbre, notre Père était exilé. Pour la même raison. En ce sens, nous étions bien patronnés et c’est avec courage que, refoulant nos peines intimes, nous accomplîmes notre pèlerinage à Fatima, au jour dit, en l’absence de son initiateur, enlevé comme les enfants de Fatima par le Ferblantier le 13 août 1917, cependant dans l’esprit et avec les résolutions dont il nous avait imprégnés. Nous accomplîmes toutes nos dévotions au milieu du bon peuple portugais, précédés de nos bannières. Le cardinal Ratzinger les vit, manifestement en mission commandée pour étouffer l’intérêt pour le troisième Secret et la pastorale divine dictée par le Cœur Immaculé de Marie pour le monde de ce temps, que la présence des “ gens à de Nantes ” aurait pu ­raviver.

Ce fut une nouvelle révélation des cœurs, un clair “ jugement ” pour qui sait lire. Notre première Croisade accomplie, nous revînmes, le cœur rempli de force, de courage et de confiance, pour entrer dans le Royaume de Marie, et prêts à comprendre le “ secret ” du Cœur de Marie à la lumière du troisième enfin publié le 26 juin de l’an 2000.

Notre Père nous l’a fait toucher du doigt dans une élégie, un poème mystique qui ne parle pas du mauvais, du Concile, mais met en valeur celui qu’on avait oublié, en raison du mensonge de Jean-Paul II disant : « C’est moi ! » La vérité illustre la parabole du “ premier ” qui se trouve détrôné d’un mot de la Sainte Vierge :

« Mes enfants, notre Bon Dieu, dans son infinie bonté, lorsqu’il me conçut et m’appela à siéger de toute éternité au sein de la Gloire, voulut me confier en partage, dans son Esprit-Saint, le ministère de sa Miséricorde, se réservant celui de sa Justice, afin que j’y puisse encore intercéder pour vous tous, à la droite de Jésus, mon Fils infiniment aimé, Notre-­Seigneur et Sauveur à jamais. »

PREMIER SECRET.

« C’est ainsi que, dès le commencement, j’ai obtenu de Lui, par la grâce émanée du Cœur Sacré de ce Fils très aimant, de vous montrer l’abîme de l’Enfer, à travers la vitre qui nous en sépare, afin que vous en soyez épouvantés à jamais, et que chacun, chacune de vous tremble pour ses bien-aimés comme pour son âme et sa propre chair, et qu’il prie et se sacrifie charitablement pour tant de pauvres âmes échappées déjà sur ce mauvais chemin de l’Enfer, d’où nulle âme ne reviendra à la lumière de notre Bon Dieu.

« Pour ce faire, je suis venue du Ciel afin de vous demander en son Nom de prier pour ces pauvres pécheurs et de consoler mon Cœur Immaculé désolé de voir tant de ses enfants qui marchent à l’Enfer.

« Ne voudriez-vous pas, vous aussi, m’aider à secourir toutes ces pauvres âmes que leurs péchés mènent en aveugles à une si terrible fin ! »

Oui, bien sûr, ô Notre-Dame, nous le voulons !

DEUXIÈME SECRET.

« À la bonne heure ! Sachez que ces trois enfants chéris, à qui je faisais confidence de mes peines et, grâce à eux, des multitudes de vos frères répondirent à mon appel et se sauvèrent de tout mal, du péché en ce monde et de l’Enfer en l’autre.

« Ainsi, en leur temps, ont-ils obtenu la paix sur la terre (11 novembre 1918) et le bonheur du Ciel (dies natalis de François le 4 avril 1919 et de Jacinthe le 20 février 1920). Mais tant d’autres se détournèrent de moi et ne cessèrent d’offenser Dieu ! Ils en furent punis par la guerre, la famine, les persécutions.

« Pour rendre aux peuples du courage dans cette lutte contre l’Enfer, je les prévins de ce qu’ils devraient bientôt souffrir pour l’amour de notre Dieu si bon, si bon !

« Et je vantai de mon Dieu le désir de son Cœur : de vous voir vous consacrer à l’amour éternel sous le vocable du Cœur Sacré de mon Jésus et de mon Cœur Immaculé, selon ce que notre bon Père du Ciel demandait.

« Pour signe de son acceptation, la Russie, alors livrée aux démons, donnerait le spectacle d’une conversion soudaine et merveilleuse à son antique foi catholique orthodoxe.

« Je suis revenue les en prévenir à Pontevedra, à Tuy... en 1925, en 1929.

« Mais, ô mes enfants, la douleur transperce mon Cœur Immaculé, blessure plus cruelle qu’au pied de la Croix.

« Je le pressentais, l’heure était venue du mystère d’iniquité que mon Fils avait annoncée, touchant les élus eux-mêmes...

« Personne ne fit cas de mon message, ni les méchants, ni les bons. Cette génération de l’après-guerre se montra ingrate, odieuse au point d’armer le bras de mon Fils contre moi qui lui fis un marché d’amour où toutes mes larmes le paieraient de toutes les injures et infidélités, de toutes les horreurs et les crimes qu’il devrait subir pour le pardon des pécheurs et parmi eux des âmes les plus proches de son Cœur transpercé !

TROISIEME SECRET

Le salut par le sang des martyrs.

« Sous les deux bras de la Croix, il y avait deux Anges, chacun avec un vase de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des martyrs, et avec lequel ils arrosaient les âmes qui s’approchaient de Dieu. »

C’est ce marché d’amour que je fis voir le 13 juillet 1917 aux trois enfants de mon Cœur, qui brûlèrent aussitôt de s’y associer par leurs dévotions et sacrifices.

Représentez-vous, mes enfants, ce drame où je suis dans la Gloire de Dieu comme toujours ; l’Ange qui garde l’entrée de ma demeure semble agiter son épée de feu sur le monde, pour le réduire.

Et Dieu sait qu’il y serait parvenu si, ô miracle ! l’incendie commençant n’avait été arrêté par la splendeur et l’éclatante lumière des rayons émanés de ma dextre.

À Fatima, en ces années-là, de grandes merveilles eurent lieu tandis que mes trois enfants, des plus chéris, appelaient l’Église elle-même et le monde entier à faire pénitence.

À quelle grâce, à quel miracle, ces faits devaient-ils ce bonheur ? Je ne puis le dire encore aujourd’hui, car cette devanture très belle cachait un crime dont aucun de ceux qui ont dû y participer, y mourir même, n’a voulu rien dire ni laisser transparaître. Moi-même je n’en ai ni n’en veux avoir aucune connaissance, étant, comme vous savez, mère de miséricorde et de compassion, non de haine et de vengeance.

MYSTÈRES GLORIEUX.

Mes bons enfants, n’ayez pas peur ! Regardez à travers cette vitre qui est le reflet du Ciel. Voyez cet homme vêtu de blanc, c’est le Saint-Père en septembre 1978. À peine mort, il est déjà embaumé ; ignoré comme s’il n’avait jamais existé.

Mais Quelqu’un ne peut l’oublier, ici : c’est moi, sa Mère, et depuis cet assassinat, ce martyre, moi, Marie des Sept-Douleurs, délaissant les hommes aux mains pleines de sang, je veille, auprès de mon unique Fils, mon confident, secret témoin de tout, votre beau Pasteur, Albino Luciani, Blanche lumière.

Je l’ai vu dans cette pure lumière qui est Dieu, et passant comme un corps glorieux, auquel était réservée une immense gloire. Mon Cœur Immaculé battait, prêt à rompre d’amour maternel, car c’était lui l’objet des tendresses de mon Dieu, et il paraissait l’oublier.

L’Ange, lui ouvrant son chemin, clamait une fois encore, à réveiller l’abîme !

Pénitence, Pénitence, Pénitence !

Cependant, le monde, à gauche de ma splendeur, étouffait de rage et de haine, mais mon Prince, mon Prêtre, n’en faisait nul cas ; il souriait au contraire, d’une divine grâce, comme mon Christ jadis.

La Terre sainte, à ma droite, l’Église, semblait s’éveiller d’une longue nuit et s’exerçait à l’alléluia du Ciel... C’était comme les jardins du Vatican, un nouveau Paradis où cet incomparable prince de la Paix se promenait, disait son bréviaire, récitant son Rosaire, attendant son heure...

CONTRE-REFORME CATHOLIQUE.

L’Ange, alors, sonna de la trompette, et nous vîmes des religieux et prêtres se tourner vers moi qu’ils saluaient d’innombrables Ave Maria, et former des processions vers Lourdes, Lorette et Fatima, avec une allégresse qui rappelait aux vieillards les fêtes inouïes des temps anciens.

Celle qui s’engagea, mon élu en tête, dans les monts de Galice et les hauteurs escarpées du Portugal, était, de toutes, la plus aimable à mon Cœur Immaculé parce qu’elle répondait, par une inspiration divine, à ce que Jésus désirait le plus entendre et admirer.

Ces multitudes gravissaient ces montagnes escarpées sans difficulté. Les chapelets et les crucifix réapparaissaient dans leurs mains, sur leurs bannières et leurs habits religieux, comme on n’en avait plus vu depuis la Révolution. Chacun se taillait une croix, rugueuse, comme il est facile de le faire avec les chênes qui ont encore leur écorce.

Ainsi, commençait de renaître l’Église des temps antiques. Ce clergé était la preuve qu’existait encore, mais comme souterraine et persécutée, la méritante tradition de nos paroisses.

LE PAPE JEAN-PAUL Ier.

Ah ! mes chers enfants, regardez, regardez bien celui que déjà vous avez aperçu, mais comme un fantôme à travers les voiles de la gloire de Dieu qui baigne ce pays.

C’est votre Pape, disparu un temps, comme mort, et qui revient, comme un bon Pasteur, pour sauver son troupeau.

Je vous en ai montré quelques signes par lesquels vous le connaîtrez mieux et ne le pourrez plus jamais oublier.

Ainsi l’avez-vous vu quitter son diocèse, comme le lui avait prophétisé ma messagère, et entrer résolument dans celui que le Christ, comme son Prêtre, lui avait, dès longtemps, assigné.

C’est Rome, le siège des saints Pierre et Paul. Dans quel état le trouvait-il ? “ En ruine ”, tant au moral qu’au spirituel. J’ai voulu que le délabrement ne soit caché à personne, mais que ses responsables ne soient pas montrés du doigt, je le veux, parce que je suis la Mère de Miséricorde comme aussi le siège de la Sagesse...

Que ce Pape, si fraîchement donné, soit effondré, comme son diocèse, cela doit lui être compté à grand mérite. Déjà, à cette station de son Chemin de Croix, il se montre mon parfait serviteur, pressé d’expier avec moi et notre Jésus bien-aimé, les fautes et crimes de ses prédécesseurs.

Je ne veux pas punir tant d’horribles crimes sans qu’auparavant notre universelle Charité s’exerce à faire oublier le mal et procure les biens suprêmes de la Miséricorde et du Pardon. Mon serviteur lui-même prêchait d’exemple.

Il y a encore à dire, mais rien ne sera plus comme avant.

De saint Pie X à Jean-Paul Ier, ce fut un secret combat entre la Vierge Immaculée et les ministres de son Fils révoltés contre Lui.

Entre 1978 et 2000, une infâme exclusion.

Mais aujourd’hui, tout est oublié qu’il aurait mieux valu ne jamais connaître, et que moi, fille de David, j’ai enrobé d’images.

Ne se dresse plus que l’image du vrai Prêtre, du saint Pontife, du saint Évêque, de l’incomparable patriarche de Venise, enfin du Souverain Pontife, qui fut et demeure à jamais l’Hostie sainte, l’Hostie sans tache, la Victime innocente tuée par ses frères, et le Prêtre du Sacrifice incomparable de l’autel romain.

Demain, grâce à son sacrifice d’holocauste, commencera de renaître l’Église indivise d’Orient et d’Occident, sous l’unique Père et Patriarche romain, le seul qui fut proclamé saint par acclamation populaire.

Dieu veuille que ma messagère très fidèle apprenne pareille gloire ! en vertu de l’entente admirable, parfaite entre ces deux âmes merveilleuses.

Oui, c’est vrai, il y aura encore de cruels martyres et des temps durs. Pour l’Église de Rome, pour l’Église de Moscou.

Tant que notre très chéri Père Céleste voudra que dure le marché d’amour que je passai avec mon Fils, pour que soit accomplie toute Justice. De mes larmes mêlées aux larmes et sang de toutes les âmes vouées à mon Cœur Immaculé, je plaiderai Miséricorde pour les âmes qui s’approchent de Dieu : le Sang des martyrs est semence de chrétiens.

Mon Cœur Immaculé triomphera, comme le veut mon Fils. Un temps de paix sera donné au monde revenu à son Dieu, et il y aura encore des foules pèlerines se rendant à Jérusalem, à la Trinité Saint-Serge, à Rome, à Fatima !

Tel est mon message, tout de mon inspiration qui guida la plume de ma fidèle messagère car l’action odorante de l’Esprit-Saint blesse son cœur d’un amour infini pour le Cœur de Jésus – Cœur de Marie tout unis, et pour ses martyrs d’Orient et d’Occident.

Que nous dit-il ? Aimez le Cœur Immaculé de Marie ! Aimez ce qu’Il aime !

Frère Georges de Jésus-Marie (15 juillet 2000).

AGONIE ET IMMOLATION.

Nous lisons, dans l’Ancien Testament, l’histoire de Joseph, le fils de Rachel, qui donne sa vie pour ses frères. Elle est magnifiquement représentée dans la Procession du “ Saint Sang ” que les Belges célèbrent à Bruges, le jour de l’Ascension, pour adorer la relique du Précieux Sang de Notre-Seigneur aussi vrai que le Sang laissé par Notre-Seigneur sur son Suaire en ressuscitant.

Il en va de Jean-Paul Ier comme de Joseph, qui a été “ comme tué ” puisque sa robe fut envoyée à Jacob, son père, tachée de sang, en lui disant : « Il a été mangé par les bêtes féroces. » Tandis que sauvé du péril par des marchands madianites (Gn 37, 28), élevé à la cour du Pharaon, devenu son grand vizir, Joseph fut le Sauveur de ses frères.

Ainsi de Jean-Paul Ier que la Sainte Vierge fait revivre dans son troisième secret. Car si, par la Sainte Vierge, on revient à Jean-Paul Ier, l’Église est sauvée. Notre Père disait : « Tout ce qu’on a fait depuis, ce n’est rien ; tout ce qu’il voulait faire, c’était bien » grâce à sœur Lucie qui lui avait fait connaître Fatima.

« Un évêque passant dans l’histoire : ne pas chercher, sinon dans le Cœur de Marie. Ce secret, cette ascension vers la Croix, une grande Croix de troncs bruts comme si elle était en chêne liège avec l’écorce.

« Avant d’y parvenir pour y mourir, il traversa une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d’un pas vacillant, accablé de souffrances et de peines, il priait pour les âmes des cadavres qu’il trouvait sur son chemin. »

Qu’est-ce que ces cadavres qu’il trouve sur son chemin ? À Rome, il est entré dans une ville complètement démoralisée et dans un Vatican hanté par le démon de l’argent. Quand il rencontrait Marcinkus, le voleur du Saint-Siège, il se disait : c’est un mort, il faut prier pour lui. « Parvenu au sommet de la montagne, prosterné à genoux au pied de la grande Croix, il fut tué par un groupe de soldats qui tirèrent plusieurs coups avec une arme à feu et des flèches. » Images des persécutions perfides que les diaboliques lui ont fait subir. « Sous les deux bras de la Croix, il y avait deux anges, chacun avec un arrosoir de cristal à la main dans lequel ils recueillaient le sang des martyrs et avec lequel ils arrosaient les âmes qui s’approchaient de Dieu. » Il n’y a plus que des anges pour apporter la communion, parce qu’il n’y a plus de prêtres.

(à suivre).

    frère Bruno de Jésus-Marie.