La circumincessante charité

Le Paradis éternel

III. Que sera la béatitude éternelle ?

CE sera la surprise grandiose si bien représentée par la Ronde des élus, du bienheureux Fra Angelico et évoquée par la musique angélique de Marc-Antoine Charpentier : « O nos felices filii, o nos beati ».

Comment dire le Ciel ?

Ronde des élusLes uns, intellectuels et philosophes, s’attendent à un Paradis tout entier différent, dissemblant d’avec la terre. Nous verrons Dieu Un, Éternel, Infini, Immuable, Omniscient, Tout-Puissant : c’est écrasant ! Certes, il y a du vrai, mais cette façon de présenter le Paradis fait naître en nous une répugnance de cet ennui perpétuel auquel nous sommes voués.

Pour les autres, “ les braves gens ”, ils s’attendent au contraire à une vie qui continuera celle-ci mais en un lieu où toutes les peines de la terre seront bannies. Tous les bonheurs dont nous rêvons seront accomplis “ meliori modo ”, portés à un point d’excellence et d’éminence tel que nous ne pouvons en avoir l’idée. Ces bons chrétiens imbibés de la vraie foi, nourris des sacrements de l’Église et de ses dévotions, ont une espérance qu’on pourrait dire une espérance villageoise pour leurs défunts. On mène nos morts au cimetière avec les chants grégoriens de nos funérailles catholiques si magnifiques qui nous dictent l’espérance du Ciel ! Le dimanche, en sortant de la Messe, on passera devant leur tombe, on mettra des fleurs : ils sont toujours là, tout proches. Oui, leur âme est au Ciel, nous l’espérons bien et prions pour cela. On fait dire des Messes pour le repos de leur âme et leur entrée au Ciel, après un temps de purgatoire. Mais leur corps est toujours là, ce sont eux, ils vont revenir. Pour eux, c’en est fini des misères, mais instinctivement, on est sûr que les joies demeureront les mêmes et meilleures. Déjà notre mémoire bienveillante fait disparaître les ennuis, les laideurs dans les souvenirs de nos chers défunts pour en garder une image épurée de la vision immortelle de ceux que nous reverrons.

Notre Père
Notre Père l'abbé de Nantes prêchant sa retraite sur la Circumincessante charité d'automne 1993.

En théologien et en mystique, notre Père s’est employé toute sa vie à fortifier la foi de ses auditeurs en l’existence du Ciel et à en peindre le bonheur à l’image et à la ressemblance des saintes allégresses de la terre. Ses prédications en étaient rendues extrêmement concrètes, faisant vraiment désirer le Ciel. Écoutons-le :

« J’oserai vous dire très sincèrement et très simplement : j’y crois absolument ! Il y a quelque part un lieu, une grande cité, une nouvelle terre où sont déjà les âmes autour du Christ et de la Sainte Vierge et où nous irons avec nos corps, où nous nous retrouverons tels que nous sommes ici-bas.

« Dans ces cieux nouveaux et cette terre nouvelle, tout sera sauvé : tous ceux que nous avons connus, aimés ; tout ce qu’il y a eu de meilleur dans notre vie, tout ce que nous avons sacrifié pour le Christ, tout nous sera rendu au centuple dans la vie éternelle. (Mc 10, 30). Qu’on ne nous accuse pas d’anthropomorphisme qui nous ferait voir les choses divines sous des formes humaines. Dieu s’est fait homme ! Et Jésus qui est la vérité même, ne nous a pas parlé du Ciel comme d’un mystère surréaliste, inimaginable, mais comme d’un repas de famille, un banquet de mariage que le Père donne en l’honneur des noces de son Fils et de son épouse l’Église : le festin royal de l’Agneau. Le Ciel, ce sera une sainte fête liturgique, sacramentelle, se poursuivant par une fête de famille où tous sont réunis autour d’un bon repas, heureux de se retrouver en communion intime. Nous sommes dans un tel état de joie, que nous nous disons : “ On se croyait au Paradis ! ” Le bon Dieu a voulu que ce soit sur la terre que nous ayons un avant-goût du Ciel. Voilà pourquoi l’Église nous fait de grandes fêtes et même une fois par semaine, la Messe dominicale. Il faut que nous y allions, nous préparant chaque samedi à cette joie, pour que, de dimanche en dimanche, notre joie soit plus pure, plus parfaite, et de fête en fête, communiant et recevant Jésus dans notre cœur, nous allions à la fête éternelle du Ciel !

« Pour essayer d’imaginer un peu la félicité du Ciel, rappelons-nous les moments où nous avons été le plus heureux : ce sont nos amours pures, chastes, généreuses entre enfants et parents, grands-parents, frères et sœurs, époux et épouse. Ce sont aussi les jours de plus grande piété qui furent des jours du Ciel : ainsi une communion très fervente, une visite au Saint-Sacrement, un chemin de Croix fait avec amour pour consoler Jésus souffrant et sa Sainte Mère, ce sont des moments d’intense bonheur qu’on n’oublie plus. Ce sont comme les arrhes de la vie éternelle.

« Le Ciel, ce sera tout à la fois une grande fête, un triomphe glorieux, immense que décrit l’Apocalypse où des milliards d’êtres humains acclameront sur son trône Dieu le Père, Fils et Saint-Esprit avec la Vierge Marie qui leur est associée.

« Mais ce sera aussi un colloque intime et rassasiant de chacune de nos âmes avec Jésus. Comme à la communion nous recevons tous Jésus dans notre cœur mais Il est tout pour chacun de nous. C’est prodigieux ! Ce sera l’étreinte nuptiale de l’Époux et de l’épouse, le retour de l’enfant prodigue sur le Cœur de son Père, leur indicible face à Face. Enfin, le souper intime de l’Ami avec son ami comme nous le promet Jésus dans l’Apocalypse : “ Voici que je me tiens à la porte et que je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, J’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui, et lui près de moi ” (Ap 3, 19-20).

« Ce langage de la sainte Écriture, donc inspiré, suggère mieux qu’aucun discours savant et aucune quintessence d’abstraction le Paradis promis comme un lieu magnifique de même genre et mieux que la terre, le ciel, les eaux et les forêts et toutes les splendeurs des corps et des cœurs, une beauté, une tendresse, une jouissance d’amour et de connaissance plus grandes que celles des mystères de l’enfant dans le sein de sa mère, de l’épouse dans les bras de son époux, de la famille rassemblée autour de la table des noces, de la liturgie de la consécration des vierges, du sacre de l’évêque, de l’extase de la Madeleine aux pieds de Jésus l’enseignant, de celle du disciple que Jésus aimait écoutant les battements de son Divin Cœur au soir de la dernière Cène. »

Et au principe de toutes ces visions du Ciel, voici la vérité qui les embrasse toutes, celles des philosophes et celles des braves gens : dès le Paradis terrestre, le bonheur des hommes se trouve dans l’Amour mutuel et les relations vivantes des personnes entre elles.

Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus
« Le Ciel, c’est aimer, être aimé et revenir sur terre pour faire aimer l’amour. »

C’est cela qui est établi dès l’éternité et d’abord concrètement pour la Vierge Marie. En Elle, Dieu trouve toutes ses complaisances, le Père la regarde comme sa Fille, le Fils comme son Épouse et le Saint-Esprit comme son sanctuaire, son intime amie. Elle est la merveille de sa création et c’est Elle qui émeut le Cœur de Dieu. Il l’aime tellement, que lorsqu’Elle intercède pour nous, pour Lui plaire, Il opère le salut du genre humain. Il nous crée comme enfants de Marie, confiés à son Cœur maternel. Ce n’est pas pour que tout cela disparaisse au moment de la mort ! Le Ciel, c’est d’abord le maintien et la poussée jusqu’à la perfection suprême des relations des êtres humains entre eux. Comme ces relations nous permettent d’entrer en union avec Jésus et Marie, elles dureront toute l’éternité et nous conduiront à la relation suprême, de nous autres, tous, avec Dieu le Père.

Tout ce qui s’élève contre ces relations, qui les pollue ou les détruit, aura disparu, sera oublié, pardonné, anéanti ou condamné à l’enfer éternel. Resteront les personnes dans l’ordre surnaturel que Dieu a établi au commencement de l’histoire, pour s’y parfaire au cours des temps et s’épanouir dans la vie éternelle.

C’est en premier la Maternité universelle de l’Immaculée Vierge Marie ! et la royauté de l’Époux des vierges et de tous les baptisés fidèles à cette alliance.

La béatitude du Ciel sera de voir et d’aimer Jésus et Marie, et de nous retrouver les uns et les autres transfigurés par cette gloire jusque dans nos cœurs et nos corps... et enfin de vivre tout cela dans le sein du Père.

LE Ciel est bien en continuité avec la vie mystique catholique, comme l’a expérimenté Lucie-Christine à la mort de sa fille âgée de 14 ans et demi, en décembre 1889. Elle raconte :

Lucie-Christine« Quand cette grande douleur a fondu sur nous comme la foudre, et que j’ai vu s’endormir calme et pour toujours ce cher petit être, j’ai rassemblé toute mes forces pour la donner à Dieu de tout mon cœur, et accompagner sa petite âme auprès de Lui. Je l’ai sentie en lui, sans interruption, durant les cinq premiers jours, et dès que Dieu se fait sentir à mon âme, je la sens encore en Lui. Je l’ai d’abord sentie dans l’attente du ciel, mais sans autre souffrance que l’impatience vive de l’amour, puis, je ne lui ai plus senti que la paix et le bonheur en Dieu.

« En Lui, mon âme ne s’est pas trouvée un moment séparée de l’âme de mon enfant. Je l’élevais pour Lui, ne désirais que le voir l’attirer complètement à Lui dans la vie religieuse. Les rapports qui unissaient mon âme à l’âme de mon enfant ne sont point changés. Dieu était le lien, et Il l’est encore.

« Sa grâce me soutient et me donne, avec l’amertume du calice, la joie spirituelle de souffrir (...). »

Quinze jours plus tard :

« Je m’en allais faire ma grande génuflexion d’adoration devant le Saint-Sacrement, à distance, ce qui est ma pratique habituelle, et, passant devant la porte de cette chambre qui est restée fermée, je me mis à genoux là, les bras en croix, pour renouveler à Dieu l’offrande de mon sacrifice. Immédiatement, une grande douceur saisit mon âme, et je revois Jésus au ciel et mon enfant en Lui, tandis que j’étais entièrement unie à sa volonté divine et possédée par elle. Il me semblait que la chère petite me souriait, et moi alors remplie de confiance en Lui, je disais à l’enfant : “ O, ma petite fille, loue Dieu, aime-Le, bénis-Le, apprends-moi à L’aimer et à vivre en Lui. ” Une joie spirituelle inondait mon âme, et cette douce union s’est prolongée tout le soir et la nuit. Tant que dure cette grâce touchante, je suis réellement comme n’ayant pas perdu mon enfant, et l’unité de l’union divine n’est pourtant pas altérée, car j’aime cette âme en Dieu et je sens que c’est Lui qui l’aime en moi. »

Journal spirituel de Lucie-Christine

Quand nous serons tous les élus ensemble dans l’éternité, regardant Jésus, la Sainte Vierge et tous les saints, cela mettra en nous une circulation d’amour incroyable ; notre unité se fera par l’amour les uns pour les autres et tout cela montant et redescendant de Jésus et de Marie pour l’éternité.

Quand la Sainte Vierge descend du Ciel dans ses dernières apparitions à Fatima, en particulier, Elle nous rend le Ciel encore plus proche. Le 13 octobre 1917, les enfants ont vu la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph dans le Ciel, en plein XXe siècle !

Nous, chrétiens, ne pouvons pas vivre sans penser au Ciel plus qu’à la terre : c’était l’enseignement constant de notre Père. Il faut tout faire pour aller au Ciel, et se dire : j’ai été créé et mis au monde pour aller au Ciel tel que je suis avec mon corps, mon âme, mon cœur, avec mes enfants, avec ceux que j’aime. Il faut travailler pendant qu’il en est temps encore, parce que quand nous y serons, nous nous réjouirons et nous remercierons Dieu pendant l’éternité de cette grâce.

Faisons encore appel aux Pages mystiques où notre Père raconte le Ciel, nous faisant voir les multiples bonheurs que nous y goûterons, depuis les choses mineures jusqu’au trône de la majesté de Dieu. Les titres donnés à ces élévations et quelques citations vont faire briller à nos yeux cette vertigineuse espérance, en un beau florilège donnant envie de tout lire :

Page Mystique de septembre 1975
« Je vous salue, pleine de grâce ! »

« Et d’abord, c’est la Vierge Marie qui nous ouvre la Porte : « Je vous salue, pleine de grâce ». En effet, l’exemple de la Vierge Immaculée nous aide à croire à cette destinée divine qui nous est promise, depuis notre baptême. Le mystère est plus accessible et doux à nos cœurs d’une Vierge qui monte de notre terre à votre Ciel. Vous êtes réellement dans le Ciel cette Femme revêtue de lumière, éclatante plus que le soleil, douce comme la neige, indicible apparition d’humaine et divine splendeur, majesté, beauté créée, élevée dans la gloire de son Créateur dans un mariage et union indicible de Vous en Dieu, de Dieu en Vous ! Ô Marie, que Vous êtes admirable, incomparable, divine... Je vois, je comprends, je m’émeus ! Maintenant, en vous admirant et aimant, je sais ce qu’est la divinisation qui nous est promise et encore n’en puis-je concevoir et imaginer que le millième ! »

Page Mystique de mars 1976
« La Maison qui nous attend »

« Enfin, aller au Ciel. Je lève les yeux et j’imagine avec toute la joie de l’espérance cet Autre Part que je ne sais pas, en quoi je crois : le Ciel où habitent les Anges et les saints, myriades de bienheureux chantant leur Eucharistie à l’Agneau immolé et à Celui qui trône en majesté au-dessus de tout et de tous, à jamais Saint et Béni, notre Père... Le chemin du nouveau Paradis que vous nous préparez, ce sont les ciels et les mers, les torrents, les vergers, les demeures des hommes où déjà votre Bonté est inscrite et votre Beauté rayonne, Seigneur ! Toutes ces merveilles de la création, vous les avez revêtues de tant de grâces, pour moi et je vois dans l’œuvre l’Ouvrier, dans l’abîme de beauté singulière d’une fleur l’Intelligence, la Puissance, l’Imagination créatrice du Père Céleste. J’ai retrouvé avec allégresse l’esprit d’enfance et le génie profond des simples : les biens espérés sont plus riches et plus somptueux que les choses visibles mais non radicalement autres. Je sais la maison qui m’attend et j’y cours et j’y vole sans chagrin, sans regret. Maison comme la maison de mon enfance, demeure digne de mon papa et de ma maman. Maison de mon Père Céleste et de ma Mère chérie, Reine des Anges et des Vierges. »

Page mystique d'avril 1976
« La famille retrouvée »

Agonie de notre Père
Notre Père, à la veille de sa bienheureuse mort, survenue le 15 février 2010.

« Mais que me seraient les vergers fleuris du Paradis que j’espère si ne les habitent et en jouissent un jour avec moi ceux que j’ai aimés. Vous-même, Premier-Né des vivants, n’y avez-vous pas entraîné tous les vôtres ? Vous avez éveillé de sa dormition votre Mère toujours Vierge et l’avez attirée en ce lieu de bonheur où depuis ce temps, Vous êtes tous les deux corps glorieux face à face ressuscités ! De proche en proche, cette famille des élus s’en vient toucher la mienne et si je vais au Ciel, sûrement, j’y parviendrai précédé, entouré, suivi de tous les miens qui sont d’abord vôtres, ô Jésus. Toujours, Vous m’êtes venu, Vous m’êtes donné, entouré du cortège humain de ceux qui vous ont enseigné, manifesté à moi. Comment ferai-je pour vous distinguer et Vous séparer de votre Mère Immaculée et de ma mère qui m’a appris en même temps vos deux Noms, vos trois Noms sacrés, Jésus, Marie, Joseph ? Comment adorer, aimer, servir votre Père sans que s’impose en mon cœur un visage, un souvenir, la présence de mon père chéri que je reverrai auprès de Lui certainement ? Vous ne nous auriez pas créés tous ensemble si vous aviez eu le dessein de nous séparer éternellement. Il faudra bien que vous me les rendiez sur l’autre rive du fleuve, mes proches, mes amis aussi. Je reverrai leurs visages radieux, les liens qui nous unissaient se renoueront. Tel sera le cadeau de notre bon Dieu. »

Page mystique de juin 1976
« Dans la communion des saints »

« Je détourne encore les yeux de Toi, ô Soleil éblouissant de mon éternité, Jésus ! pour m’émerveiller de la couronne charmante que forment en Ta présence les Saints. Je songe au bonheur chargé d’intelligence et d’immense affection que nous aurons à les voir, à les connaître enfin de nos yeux, à les entendre nous enseigner leur sagesse et à entrer dans leurs chœurs. Nous verrons sainte Cécile et nous converserons avec saint Grégoire, nous connaîtrons Saint Louis et nous aimerons sainte Jehanne d’Arc Lorraine. Nous dénouerons enfin bien des énigmes de leurs chères vies et nous apprendrons tout ce que nous voulions tant savoir de leurs honneurs et de leurs mérites. Ce n’est rien encore. Nous contemplerons leurs visages, nous découvrirons le constant amour qu’ils nous portaient dans nos combats, nous respirerons dans l’océan de leur parfaite tendresse. Oh ! Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, vous voici, ma petite sœur bien-aimée ? La beauté de votre visage me ravit, votre angélique pureté, votre sourire conquérant blessent mon cœur délicieusement. C’est vous, Vous ! qui m’invitez et me faites signe d’approcher et de vous donner la main ? Bonheur incroyable, incomparable : Instruisez-moi... »

Mais c’est la Vierge Marie, ma Mère et la Reine de tous les saints qu’il me tarde de voir.

Page mystique de septembre 1976
« J’irai La voir un jour, au Ciel, au Ciel, au Ciel ! »

« Aller en pèlerinage à Lourdes, à Fatima ne peut qu’attiser encore le désir immense de votre enfant de vous rejoindre là où vous êtes actuellement au Ciel, en votre corps glorieux et de Vous voir, Vous approcher s’il l’ose, de Vous prendre les mains, enfin de se jeter dans vos bras maternels en reconnaissance éperdue et tendresse infinie. Vous êtes toute belle, ô ma Reine, ma Dame, ma mie (…) Vous êtes toute sage, Vous êtes glorieuse… Oh ! Je veux vous voir !... Je regarderai… C’est alors que baissant vers moi vos yeux merveilleux et m’enveloppant d’un chaud regard, Vous m’avez montré d’un signe de votre doigt Celui que je n’osais encore regarder… »

Page mystique de novembre 1976
« Dans l’embrasement du Saint-Esprit. »

« Vous me faites mon Dieu, la douce obligation d’espérer que j’irai au Ciel, moi vermisseau, moi misérable pécheur, esprit borné, cœur froid, corps pesant. Ô Paraclet, ô Ami, ô Témoin, ô Consolateur, ô Force, ô Flamme d’amour, ô cher et déjà si ancien Hôte de mon âme, c’est Vous Esprit-Saint de Dieu qui me consumerez de ce feu. Tu me brûleras au cœur d’un amour infini comme le tien. Alors je ne manquerai pas de courage pour lever les yeux vers Lui. »

Page mystique de janvier 1977
« Jésus »

« Et donc viendra le jour que je désire, de cette presque dernière béatitude où je vous verrai de mes yeux, ô Jésus, douceur ineffable, où je Vous écouterai me parler, vous, me parler à moi – et que chacun mette ici son nom, son prénom – viendra un jour où je serai à Vous, où Vous serez à moi, où dans l’amour du Paraclet moi aussi, je vous donnerai un saint baiser que Vous daignerez me rendre avec bonté. Cherchant comment je chanterai notre rencontre, ce jeté de Toi en moi, de moi dans Toi, ce baiser, cette folle joie et audace pour toujours émouvante, poignante, étonnée, cette gloire, j’aurais envie d’en parler en langues ou en poésie. Union savoureuse, paix… »

Page mystique de février 1977
« Vers le Père »

« Maintenant, Jésus, montre-moi le Père ! Dis-moi ton dernier secret pour que je t’en aime davantage. Viens, reviens à ta Source et entraîne-moi sur tes pas, courons ! Conduis-moi au jour de ta naissance de Fils, que moi aussi je m’abouche à ce sein paternel d’où a jailli la lumière ! Que je sois avec toi, indivise de toi, enfantée à la première vie par le même Père, le tien de toute éternité et le mien désormais pour toujours, oh ! oui, par grâce, montre-moi ton Père en sa paternité !

« Tu m’as conduite dans ta demeure – ô Mystère – dans le sein du Père et maintenant quand de nouveau tu m’as prise, mon visage noyé dans ton regard immense et mon cœur écoutant le puissant battement de ton Cœur, je t’ai connu autre, je t’ai pénétré plus avant, non plus mon Sauveur et mon Époux, mais le Fils, fils, ô mon beau fils de Dieu, ô splendeur de la Face insoupçonnable, ô Verbe, ô Tendresse, ô jaillissement premier et lumière antérieure de ma source, Jésus ! Qui te voit voit le Père. Amen. Amen. Éternellement. »

Suivent encore d’autres pages plus belles les unes que les autres : Nuit de Jacob – Dire la béatitude - Jésus, mon bonheur – Les pauvres gens – Enfin mon secret – L’autre et même secret – Le secret d’un amour nuptial – Ce deuxième secret – Mon ultime secret.

Terminons cette retraite par trois belles invocations de notre Père :

Abbé de Nantes
Notre Père l'abbé de Nantes prêchant sa retraite sur la Circumincessante charité divine et trinitaire d'automne 1997.

« Je vous aime, ô Marie !

« Jésus, Jésus, je Vous aime !

« Ô Père de tout bien, je Vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces, de tout mon esprit ! »

Et une dernière recommandation à garder un peu comme son testament spirituel pour mettre en pratique ce chemin du Ciel qu’il nous a enseigné afin d’aller l’y rejoindre !

« Il est pour moi dès maintenant certain et d’une vérité qui ne passera pas, que tous ceux qui brûlent d’amour pour l’Immaculée, de dévouement eucharistique et marial, et de service de toutes les causes qu’Elle patronne, sont déjà, par grâce inouïe de la Très Sainte Trinité prédestinés, élus et promis par sa Médiation à la vie Éternelle du Ciel. »