Il est ressuscité !

N° 233 – Juin 2022

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


Un miracle inachevé

DANS ma Lettre à la Phalange numéro 120, du 23 mars, je traduisais la première impression donnée par la lecture de ce texte du Pape et de sa lettre aux évêques en communion avec lui, en la qualifiant de « décevante ». Surtout à cause de l’absence de toute référence explicite aux demandes de la Sainte Vierge auxquelles répondaient cette consécration et cette adresse aux évêques. Le Pape présentait l’une et l’autre comme le fruit de sa propre initiative. Ce nonobstant, j’ajoutais, pour ne pas perdre notre « ligne de crête » et choir dans un sédévacantisme pratique ou de cœur : « ­N’oublions pas que l’Acteur principal en cette circonstance est Notre-Dame de Fatima elle-même. »

La Lettre à la Phalange suivante, au lendemain de la consécration prononcée par le Pape en présence de Notre-Dame, en date du 29 mars, mettait fin à toute perplexité en posant clairement la question : « La consécration est-elle valide ? » et en répondant par l’affirmative, en raison de la signification obvie de ce texte, formulée avec une piété que l’on peut qualifier de “ minimaliste ”, mais qui n’en est pas moins très sincère, très émouvante.

C’est un tableau véridique de la grande cité  « à moitié en ruine », je le répète et ne m’en dédis pas. Certes, je constate et énumère les non-dits du Pape : Fatima, le chapelet, la dévotion réparatrice... Alors, que reste-t-il ? En replaçant les métaphores géopolitiques du Pape dans la lumière de Fatima et de la vérité biblique et orthodromique, il apparaît que l’âme de cette consécration est une affaire de “ cœur ” entre le Pape et la Sainte Vierge, à laquelle ses prédécesseurs sont tous restés étrangers, depuis Pie XI jusqu’à Benoît XVI, à l’exception de Jean-Paul Ier. Affaire loyale, sans feintise : le pape François frappe à la porte du cœur de Marie. La brèche est là, je le répète avec assurance et confiance.

Comment ne pas voir que le pape François au bord des larmes aux pieds de Notre-Dame de Fatima, bien présente et figurée par la statue devant laquelle il prononce sa supplique, est à des années-lumière de son « père spirituel » Paul VI et de ses chimères ? Au plus loin des billevesées conciliaires, interreligieuses et œcuméniques des prétendus “ saints ” Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II jugeant l’expression « Mère de Dieu » inopportune !

« Ô Marie, Mère de Dieu et notre Mère, en cette heure de tribulation, nous avons recours à toi. »

Bien sûr, s’y ajoutent les poncifs progressistes, et une phraséologie déconcertante : « Que tes mains maternelles caressent ceux qui souffrent et fuient sous le poids des bombes. » Saint Maximilien-Marie Kolbe, lui, poussait sa brouette chargée de cadavres désarticulés en récitant l’Angélus : « Le Verbe s’est fait chair. » Notre saint « frère universel », Charles de Foucauld, disait : « Nous regarderons tout pauvre, malade venant à nous, comme un être sacré, un être en qui Jésus vit, une chose indiciblement sainte, quelque croûte de péché et de mal qui puisse envelopper parfois sa pauvre âme. »

En évoquant Cana, au numéro 5, le pape François nous fait prendre la mesure du cœur compatissant de Notre-Dame, et pousse le vertigineux mystère de foi en l’incarnation jusqu’à penser que non seulement la Vierge Marie éprouve de la compassion du haut du Ciel, mais qu’elle rejoint et assiste ses enfants dans l’épreuve : au fond d’un bunker de la faim, d’une salle de torture ou sous les bombes...

C’est pourquoi je persiste et signe, dans l’attente du miracle éclatant de la conversion de la Russie qui convertira le monde lorsque le Pape préconisera la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis, en toute intelligence de l’acte de consécration auquel il nous faut adhérer avec foi, en espérance et vraie charité, puisqu’il exauce enfin la demande centenaire de Notre-Dame. Il nous encourage à insister pour que Sa Sainteté mette l’Église à la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis parce qu’il est le seul Médiateur au monde capable d’obtenir la fin de la guerre par les mains de Marie Médiatrice, notre Mère à tous, à jamais !

Dévotion « réparatrice » de quoi ? Des cinq blasphèmes qui blessent son Cœur Immaculé, et qui outragent les privilèges 1° de son Immaculée Conception, 2° de sa virginité perpétuelle, 3° de sa Maternité divine et universelle, objets de notre foi, et 4° de ­l’indifférence et du mépris des gloires de Marie enseignées aux enfants, et 5° du mépris de ses saintes Images. Tel sera le fruit de notre session de Pentecôte, dont il nous appartient de répandre les lumières héritées de l’ardente méditation et du sacrifice de notre Père. La consécration prononcée par le Pape est déjà, à elle seule, un grand miracle ! Le Saint-Père est donc accessible à la grâce dont se détournaient ses prédécesseurs. Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime et je vous supplie d’achever sa conversion, puisqu’il a frappé à la porte du Cœur Immaculé de notre divine Mère. Que la porte s’ouvre et qu’il entre et nous tous avec lui pour la consoler et retirer par nos prières et nos sacrifices les épines qui blessent ce doux Cœur.

MERCREDI 13 JUIN 1917 
LA RÉVÉLATION DU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE (I)

Dès le printemps 1916, « l’Ange de la Paix » annonçait à Lucie, François et Jacinthe que « les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications » ; et il revenait à la charge, à l’été, surprenant les enfants en train de jouer :

« Que faites-vous ? Priez, priez beaucoup ! Les Saints Cœurs de Jésus et de Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. Offrez sans cesse au Très-Haut des prières et des sacrifices... en acte de réparation pour les péchés par lesquels il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie. Je suis son Ange gardien, l’Ange du Portugal. Surtout, acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra. »

« Ces paroles, rapporte Lucie, étaient comme une lumière qui nous faisait comprendre qui est Dieu, combien il nous aime et veut être aimé de nous, la valeur du sacrifice et combien celui-ci lui est agréable, comment, par égard pour lui, Dieu convertit les pécheurs. »

L’année suivante, lors de sa deuxième apparition à la Cova da Iria, Notre-Dame montra aux enfants son cœur de chair qu’elle portait dans sa main droite. Il était « entouré d’épines qui semblaient s’y enfoncer, rapporte Lucie. Nous avons compris que c’était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l’humanité qui demandait réparation.

« Depuis ce jour, nous sentîmes au cœur un amour plus ardent envers le Cœur Immaculé de Marie. »

C’est seulement quelques années plus tard que Notre-Dame revint à Pontevedra, durant le premier séjour qu’y fit Lucie, pour lui révéler son grand dessein pour le salut des pécheurs en un siècle de perdition : la communion réparatrice des premiers samedis du mois. Dans la soirée du jeudi 10 décembre 1925, la Très Sainte Vierge lui apparut et, à côté d’elle, porté par une nuée lumineuse, l’Enfant-Jésus. La très Sainte Vierge mit la main sur son épaule et lui montra, en même temps, un Cœur entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire réparation afin de les en retirer.

Ensuite, la Très Sainte Vierge lui dit : « Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mystères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. »

« Après cette grâce, comment pouvais-je me soustraire au plus petit sacrifice que Dieu voudrait me demander ? Pour consoler le Cœur de ma chère Mère du Ciel, je serais contente de boire jusqu’à la dernière goutte le calice le plus amer. Je désirais souffrir tous les martyres pour offrir réparation au Cœur Immaculé de Marie, ma chère Mère, et lui retirer une à une toutes les épines qui le déchirent, mais je compris que ces épines sont le symbole des nombreux péchés qui se commettent contre son Fils, et atteignent le Cœur de sa Mère. Oui, parce que par eux beaucoup d’autres de ses fils se perdent éternellement. »

Devant les obstacles insurmontables opposés par la hiérarchie aux demandes de Marie transmises par sa messagère, celle-ci dit à Jésus, après l’avoir reçu à la communion :

« Ô mon Jésus ! Moi, avec votre grâce, la prière, la mortification et la confiance, je ferai tout ce que l’obéissance me permettra et ce que vous m’inspirerez ; le reste, faites-le vous-même. »

MÉDIATRICE DE TOUTES GRÂCES

Certes, la Vierge ne devance pas les déclarations du Magistère, mais tous ses dits et gestes à Fatima la manifestent Médiatrice de la Grâce et de la Miséricorde pour les âmes en perdition. Pour nous en convaincre, Dieu veut qu’elle soit, d’une manière éclatante, médiatrice de la conversion de la Russie.

Après le Sacré-Cœur de Jésus à Paray-le-­Monial, c’est le Cœur Immaculé de Marie qui vient à Fatima, à Pontevedra et à Tuy, de la part de Dieu, faire connaître le culte qui lui est dû pour préparer son « triomphe » sur toute l’humanité, moyennant la Consécration de la Russie à son Cœur Immaculé.

Pourquoi cinq samedis et non pas neuf, comme à Paray-le-­Monial, ou sept, en l’honneur des douleurs de Notre-Dame ? Réponse divine reçue par sœur Lucie le jeudi 29 mai 1930 :

« Ma fille, le motif en est simple. Il y a cinq espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie.

« 1. Les blasphèmes contre l’Immaculée-Conception.

« 2. Les blasphèmes contre sa virginité.

« 3. Les blasphèmes contre sa maternité divine, en refusant même de la reconnaître comme Mère des hommes.

« 4. Les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée.

« 5. Les offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes images.

« Voilà, ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé m’a inspiré de demander cette petite réparation. »

Cette “ demande ” du Cœur de Jésus qui lui a été “ inspirée ” par le Cœur Immaculé de Marie, c’est le mystère du Cœur de Dieu et du Cœur de la Vierge Marie très uni au Cœur de Dieu.

L’IMMACULÉE CONCEPTION.

C’est l’âme de la Vierge qui est le premier sujet de ce privilège, parce qu’elle sort de la bouche de Dieu pour ainsi dire, sans aucune contamination héréditaire de quelque imperfection que ce soit. L’âme, telle que Dieu l’a voulue, sort de sa bouche, sort de son divin Cœur. Elle est évidemment Immaculée. Mais lorsque Marie dit à Bernadette : « Je suis ­l’Immaculée Conception », sans faire la part des choses, sans distinguer son corps de son âme, l’âme de la Vierge est le sujet premier du verbe “ être ” : « Je Suis ». C’est « l’être » de la Vierge qui a été créé dans l’immaculée perfection de son âme, et c’est cette âme qui a saisi ce corps né d’Anne et lui a communiqué sa pureté parfaite, sans se laisser souiller par ce corps si, toutefois, la matière qu’elle saisissait était elle-même déjà souillée.

Quel est le contenu de ce privilège ? C’est la plénitude de sainteté et d’innocence. Au-dessus de tous les esprits angéliques et des saints, « telle qu’au-dessous de Dieu, on n’en peut imaginer de plus grande », écrit Pie IX dans la bulle Ineffabilis.

Alors, conclut notre Père, on peut mettre des couronnes et des couronnes sur la tête de la Vierge, du moment que nous pouvons encore les compter, Dieu, qui compte plus loin que nous, en a mis davantage !

Les théologiens disent qu’il y a deux manières de concevoir cette sainteté : une manière négative et une manière positive.

La manière négative a prédominé dans l’Église, du fait du jansénisme, issu du calvinisme. Elle consiste à dire que la Vierge est exempte du péché originel et de ses conséquences : l’injustice qui marque tout le genre humain depuis la faute d’Adam et Ève, aux yeux de Dieu, et la fomes peccati, le foyer de péché qu’est toute créature à sa naissance ; il suffit de prononcer le mot de “ concupiscence ” pour en avoir horreur...

Tout cela étant écarté de la Vierge Marie, faut-il qu’elle paie la dette du péché ? A-t-elle dû mourir à cause du péché du genre humain dont elle est née ?

La réponse tient à la formulation positive du privilège de son Immaculée Conception, qui consiste à scruter la longueur et la largeur, la hauteur et la profondeur de cette sainteté parfaite, sainteté puissante, de cette beauté à nulle autre pareille, image ravissante de son Fils, son Époux, Dieu lui-même !

Les richesses de Marie, pure capacité de Jésus, vase d’élection rempli du Verbe fait chair en son sein, la gratifient d’une sainteté plus haute que la perfection consommée de tout le Corps mystique du Christ. C’est dire qu’elle a un mérite supérieur à la somme des mérites de tous les saints qui ont existé et qui existeront jusqu’à la fin du monde. Elle est tellement absorbée en Dieu qu’elle se tient plus du côté de Dieu que du côté des hommes. Elle est plus divine qu’humaine. « La Vierge est un univers qui a son centre et ses mouvements différents, un empire qui a ses lois et ses états à part. Il répugne invinciblement à la raison et au cœur de l’inclure dans la loi commune et générale, sous la dépendance morale d’Adam. Il convient au contraire souverainement d’ajouter à sa couronne ce suprême fleuron de gloire et de pureté, son Immaculée Conception. » (Georges de Nantes, 8 décembre 1992)

Selon Duns Scot, la Vierge est immaculée dès le début de son existence, sans chercher à savoir quand a commencé cette existence. La question ne s’est pas posée pour lui, pas plus que pour saint Luc. Dieu a créé la Sainte Vierge par une extraordinaire générosité de son amour, ayant « conçu » une créature parfaite, en tout point semblable à lui, « pleine de grâce ».

Il a créé le reste du monde pour Elle. Selon l’abbé de Nantes, notre Père, il y a, entre le Cœur de Jésus et celui de la Vierge Marie, un torrent d’amour plus vaste que tous les torrents du monde et, selon son dessein, Dieu « conçoit » la Vierge Marie, l’épouse mystique de son Fils qui prendrait forme humaine pour lui être semblable.

Notre Père s’empressait d’ajouter : Quant à nous, misérables pécheurs, s’il a dû s’incarner pour nous racheter par substitution de son mérite à nos démérites, n’ayons pas l’outrecuidance de croire que c’est pour le plaisir qu’il est venu faire un tour sur la terre pour nous parler, nous glorifier, nous sanctifier... en oubliant de préciser que c’est « propter nos et propter nostram salutem », comme nous le chantons dans le Credo, en versant son Précieux Sang sur la Croix pour effacer notre péché. »

Il est venu sur la terre pour le bonheur de la Sainte Vierge et pour nous rendre le bonheur perdu par la faute d’Adam et Ève, et par nos propres fautes. Que le Cœur de Jésus et de Marie est admirable !

PRÉEXISTENCE.

Pour toutes ses fêtes liturgiques, la Sainte Écriture nous enseigne que Dieu, au commencement des temps, a voulu s’entretenir avec Celle qu’Il aimait plus que tout, l’avoir pour collaboratrice, pour spectatrice, se réjouir de sa joie comme un époux est content quand son épouse admire ce qu’il fait : elle est là, elle boit ses paroles :

« À ses côtés, Je suis, enfant chérie ; je suis, faisant ses délices, jour après jour ; jouant devant Lui tout le temps, jouant sur le sol de sa terre, et trouvant mes délices avec les fils d’Adam. » (Proverbes 8, 30-31)

Créée dans la grâce et la perfection de son âme, longtemps avant que ne survienne le péché originel, celui-ci se réduit à un petit caillou sur son chemin, un serpent dont elle écrasera la tête quand le temps sera venu. Saint Jean de la Croix a affirmé sa préexistence, dans son Romancero, conçue par Dieu comme la plus parfaite de ses créatures que son Fils puisse avoir pour Mère, avec laquelle il puisse accomplir cette grande destinée qui les situe tous les deux à droite et à gauche du Père céleste : « Une épouse qui t’aime, mon Fils, je voudrais te donner, et qui vivre avec nous puisse mériter, manger du même pain dont je me nourris. »

Duns Scot fondait sa foi en l’Immaculée Con­ception de la Bienheureuse Vierge Marie sur le dogme de la Rédemption dont le Christ est le parfait et universel Médiateur, en faveur des grands brigands, des pauvres gens assez vertueux et aussi des plus grands saints et suprêmement à l’égard de ce qu’il y a de plus parfait dans la création, de telle manière qu’il est le médiateur universel, que personne n’échappe aux bienfaits de son Sang versé en boisson et de son Corps donné en nourriture.

Loin de soustraire la Vierge Marie à l’influence des mérites du Christ, une telle médiation suppose au contraire une application plus noble et plus efficace de son influence rédemptrice. L’exaltation de Marie, sa conception, dans la grâce et la pureté parfaite constituent le plus haut titre de gloire du Christ, après celles du Verbe Incarné. Or Duns Scot pose en principe qu’il aime mieux excéder que défaillir dans la louange du Christ.

Il contemple le Christ et il cherche ce qu’il y a de plus parfait dans son œuvre de Rédemption. La Vierge n’a pas contracté le péché originel à cause de l’excellence de son Fils en tant qu’il est Rédempteur, Réconciliateur, Médiateur universel. Il est plus parfait de préserver quelqu’un d’un mal que de le guérir après l’avoir laissé tomber dans le mal par distraction ou impuissance. Dès lors, l’Immaculée Conception est à la racine de toutes les perfections, de tous les privilèges de Marie.

La Vierge Marie plus divine qu’humaine, se nomme par une œuvre éternelle de Dieu : « Que soy era Immaculada Conceptiou, Je suis l’Immaculée Conception », a-t-elle répondu à Bernadette qui lui demandait son nom, à Lourdes, le 25 mars 1858, quatre ans après la définition du dogme par le pape Pie IX.

Au siècle suivant, à Pontevedra, l’Enfant-Jésus la montre à Lucie affligée de voir se répandre la négation de ce dogme, pour une raison que saint Pie X nous donne à comprendre dans son encyclique Ad Diem illum lætissimum, vingt ans auparavant :

« D’où partent, en effet, les ennemis de la religion pour semer tant et de si graves erreurs, dont la foi d’un si grand nombre se trouve ébranlée ?

« Ils commencent par nier la chute primitive de l’homme et sa déchéance. Pures fables, donc, que la tache originelle et tous les maux qui en ont été la suite : les sources de l’humanité viciées, viciant à leur tour toute la race humaine ; conséquemment, le mal intro­duit parmi les hommes, et entraînant la nécessité d’un rédempteur. Tout cela rejeté, il est aisé de comprendre qu’il ne reste plus de place ni au Christ, ni à l’Église, ni à la grâce, ni à quoi que ce soit qui passe la nature. C’est l’édifice de la foi qui est renversé de fond en comble. Or, que les peuples croient et qu’ils professent que la Vierge Marie a été, dès le premier instant de sa conception, préservée de toute souillure ; dès lors, il est nécessaire qu’ils admettent, et la faute originelle, et la réhabilitation de l’humanité par Jésus-Christ, et l’Évangile et l’Église, et enfin la loi de la souffrance ; en vertu de quoi tout ce qu’il y a de rationalisme et de matérialisme au monde est arraché par la racine et détruit, et il reste cette gloire à la sagesse chrétienne d’avoir conservé et défendu la vérité.

« De plus, c’est une perversité commune aux ennemis de la foi, surtout à notre époque, de répudier, et de proclamer qu’il faut répudier tout respect et toute obéissance à l’égard de l’autorité de l’Église, voire même de tout pouvoir humain, dans la pensée qu’il leur sera plus facile ensuite de venir à bout de la foi.

« C’est ici l’origine de l’anarchisme, doctrine la plus nuisible et la plus pernicieuse qui soit à toute espèce d’ordre, naturel et surnaturel.

« Or, une telle peste, également fatale à la société et au nom chrétien, trouve sa ruine dans le dogme de l’Immaculée Conception de Marie, par l’obligation qu’il impose de reconnaître à l’Église un pouvoir, devant lequel non seulement la volonté ait à plier, mais encore l’esprit. Car c’est par l’effet d’une soumis­sion de ce genre que le peuple chrétien adresse cette louange à la Vierge : “ Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous. ” Et par là se trouve justifié une fois de plus ce que l’Église affirme d’elle, que, “ seule, elle a exterminé les hérésies du monde entier ”. »

Tout restaurer dans le Christ... par Marie, en Marie, pour Marie ! (à suivre)

frère Bruno de Jésus-Marie