Il est ressuscité !

N° 237 – Octobre-novembre 2022

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


Préparer son “ retour ”
par la dévotion réparatrice

LE “ retour ” de qui ? Celui de notre Reine au Cœur Immaculé, qui veut reconquérir son beau domaine,  la France, prédestinée depuis les origines à lui servir d’instrument ; “ retour ” qui doit précéder, nous avertit saint Louis-Marie Grignion de Montfort, celui de son divin Fils Jésus-Christ, « vrai Roi de France ». Mais aussi “ retour ” de notre peuple au cœur infidèle, égaré et asservi à mille démons, afin qu’il se convertisse et « revienne », le mot est biblique, à son Roi et à sa Reine Médiatrice.

Comment se fera ce “ retour ” ? – Par la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie, parce que cette « petite dévotion » est une Volonté signifiée de Dieu et possède en elle-même une force de conversion à nulle autre pareille. Nous en comprenons de plus en plus le prix et l’utilité, dans le grand péril qui nous menace, comme un complément nécessaire à la consécration prononcée le 25 mars dernier par le pape François. De ce “ retour ”, frère Bruno voudrait que la Phalange de l’Immaculée soit l’humble instrument, saint Charles de Foucauld aurait dit : « l’avant-garde », qui ouvre le chemin en rallumant la flamme.

Il y a quatre-vingts ans, s’est produit en France un événement, appelé “ le Grand Retour de Notre-Dame ”, qui constitue sans doute « le plus vaste hommage rendu à la Mère de Dieu sur notre terre de France » (P. Devineau, o. m. i.). Il a été occulté, méprisé, renié dans les années qui suivirent, parce qu’il était trop lié, dans ses origines et dans son esprit, à la Révolution nationale du maréchal Pétain, mais il constitue pour nous comme un figuratif de ce que nous espérons pour demain, de la grâce et de la miséricorde du Cœur Immaculé de Celle qui est et sera toujours notre Reine, Reine de France et de tout l’univers !

LE CONGRES MARIAL DE 1938

Tout a commencé en 1938, à l’occasion du tricentenaire de la consécration de la France à Notre-Dame par le roi Louis XIII. Un Congrès marial grandiose, auquel assistèrent plus de 300 000 personnes, se tint à Boulogne-sur-Mer dans le Pas-de-Calais, du 20 au 24 juillet, et pour le préparer, Mgr Dutoit, l’évêque d’Arras, Boulogne et Saint-Omer, avait organisé quatre “ Voies ardentes ”, par lesquelles passèrent, avant de converger à Boulogne, quatre statues de “ Notre-Dame Nautonière ” au Cœur d’or, portant chacune un flambeau contenant une parcelle du Cierge des Ardents, conservé à Arras depuis le miracle de 1105. La pérégrination continua, au moins pour une des statues, après le Congrès, et suivit une partie de la ligne de front de la Grande Guerre jusqu’à Reims, où la surprit la déclaration de guerre, en septembre 1939.

Si l’année 1940 marqua la défaite la plus cuisante de notre histoire, ce fut aussi la « divine surprise » de l’avènement d’un chef providentiel, faisant à la France humiliée « le don de sa personne » et le sacrifice de sa gloire. Le redressement de la France qu’il opéra en quelques mois « s’inscrit dans un contexte de renouveau marial », note Vincent Vailly, tandis que, « avec le pèlerinage du Puy du 15 août 1942, le culte de la Vierge retrouve une dimension “ officielle ” qu’il n’avait plus connue depuis l’Ancien Régime et la visite des rois à la cathédrale du Puy » (Le Puy, 15 août 1942, contribution à L’Auvergne dans la guerre, Clermont-Ferrand, 1991, p. 65-74).

L’idée d’un rassemblement de la jeunesse française au Puy, haut lieu de la Chrétienté en raison de son antique sanctuaire marial, avait été lancée dès juillet 1941 pour remplacer un Congrès marial prévu dans la capitale du Velay. Le Père Forestier, dominicain, Aumônier général des Scouts de France, – « de ce scoutisme ardemment patriotique et si profondément catholique de l’entre-deux-guerres » –, que notre Père a connu, en fixa l’esprit dès le mois de mai 1942 :

« Je demande que notre attention soit fixée sur l’idée centrale de ce Pèlerinage qui est d’aller porter nos supplications à Notre-Dame pour la France souffrante, demander la libération et le retour des prisonniers [ils n’étaient pas moins de 1 200 000 !], et le maintien de l’Unité française. C’est un pèlerinage de Pénitence, puisque nous avons tous participé, par nos péchés, à la décadence du pays. C’est un pèlerinage de Confiance, car aux pires heures de notre histoire, la Providence ne nous a jamais abandonnés. C’est un pèlerinage d’Espérance, car nous savons que la Sainte Vierge, Reine de France, est toute-puissante sur le Cœur de Jésus. »

De jeunes routiers eurent alors l’idée de récupérer la statue de Notre-Dame de Boulogne au monastère d’Igny, près de Reims, où elle était remisée, et de l’acheminer jusqu’au Puy. Le cortège passa par Nancy, Sion et Domrémy, par étapes quotidiennes de 18 à 20 kilomètres. Au passage de la ligne de démarcation, les porteurs de la statue furent d’abord refoulés, mais lors d’une seconde tentative, la statue ayant été dissimulée dans un camion de légumes, ils réussirent à passer et reprirent leur marche pénitente et priante, par Paray-le-Monial et Clermont-Ferrand, jusqu’au Puy, où ils furent accueillis avec transport par l’évêque et toute la ville. Ils avaient suivi, de Domrémy au Puy, l’itinéraire emprunté par Isabelle Romée pour confier à la Vierge sa fille Jeanne d’Arc et demander au Ciel le salut de la France.

Les routiers du Nord n’étaient pas les seuls, de partout d’autres affluaient : « Dès juin, raconte le Père Doncœur, il apparaissait que leur cœur avait été touché. Il fallut bientôt freiner, crainte de surpeupler les routes et la ville du Puy en ces temps difficiles de ravitaillement. Mais quand nous les vîmes prendre solennellement leur départ, rassemblés sur les parvis des cathédrales, bénis par leurs évêques et chargés des messages de ceux qui restaient ; ou silencieusement par deux ou quatre prendre la route tardivement, parce que les jours de congé étaient rares ; quand nous vîmes les Vierges de Myans ou de Metz, du Taur (Toulouse) ou de Rocamadour, sculptées ou peintes de leurs mains, entreprendre ces voyages de légende, et les populations s’agenouiller à leur passage, nous nous sentions déjà dépassés dans nos espérances et vaincus en audace. Leur avions-nous demandé de porter les statues nu-pieds sur les routes brûlantes d’asphalte ou sur les chemins aux cailloux pointus ? Leur avions-nous demandé de monter ces gardes des nuits entières au cœur du village endormi ? Leur avions-nous demandé de couvrir les routes de la chaîne ininterrompue de leurs chapelets ? » (À la lumière du Puy, dans Cité nouvelle n° 39, octobre 1942)

C’est la Vierge Marie qui était à la source de cet élan et convoquait chez Elle ses enfants, ses sujets. « Les Vierges de France constituaient la trame de ce tissu français traditionnel en voie de reconstitution, note Dominique Avon. À Clermont-Ferrand par exemple, des milliers de personnes descendent dans la rue à l’appel des cloches qui annoncent l’arrivée de la Vierge de Boulogne ou de la Vierge de Strasbourg. Alors, l’indifférence est vaincue, la foi de l’enfance, certains osent dire “ assourdie par les péchés, les doutes et l’ironie ”, se rappelle à chacun comme en écho. » (Revue d’histoire de l’Église de France, t. 83, n° 211, 1997, p. 409)

Mgr Martin, qui les accueillit au Puy, se fit l’interprète de Notre-Dame de France « pour saluer avec toute la tendresse de mon cœur d’évêque et d’ancien pèlerin de Saint-Jacques, l’arrivée des ambassadeurs de France auprès de sa Suzeraine ». Cette belle expression, on la retrouve dans pratiquement tous les discours qui scandèrent ces quatre journées de dévotion publique du Puy, où se manifesta un parfait accord entre les autorités religieuses et civiles, si caractéristique de la Révolution nationale.

« NOTRE-DAME, MONTJOIE ! »

« Notre-Dame du Puy est en vue des Routiers le 12 août. Le territoire compris dans un rayon de 40 kilomètres autour de la ville est zone réglementée, divisée en fuseaux provinciaux, symboles de la diversité française enfin réunie sous le regard de la Vierge. » Le soir, des feux s’allument sur tous les sommets avoisinants. Les onze provinces de la zone occupée manifestent ainsi leur présence. Au centre, la grande statue de la Vierge à l’Enfant de couleur ocre, Notre-Dame de France, leur répond en s’éclairant sous le feu des projecteurs. Le lendemain 13 août, les délégations des provinces et des mouvements d’Action catholique se présentent à la cathédrale, chacune à leur tour, en ordre impeccable, avec leurs drapeaux et leurs madones, pour chanter à Notre-Dame leur “ Salve Regina ”. Huit évêques sont présents, dont le cardinal Gerlier, primat des Gaules, et Mgr Choquet, évêque de Lourdes.

Le Père Forestier a donné le ton : « Après les terribles journées de juin 1940, nous avions pensé que, stimulés par d’admirables messages [ceux du chef de l’État français], la France se ressaisirait vite et tout entière. Et, à certains jours, il nous a paru qu’un trop grand nombre ne se souciaient pas de tirer la leçon des batailles perdues... Nous avons compris qu’il ne suffisait pas de voir le but et de connaître la route à suivre ; mais qu’il fallait encore la force de gravir le dur chemin de la résurrection nationale. »

Le lendemain 14 août, se déroula un émouvant Chemin de Croix, du rocher Saint-Michel d’Aiguilhe à la cathédrale. « Il n’est pas joué comme un drame, mais réellement vécu : le dépouillement de la liturgie et les analogies nombreuses entre le Vendredi saint et la situation tragique de la France portent les milliers de jeunes, partagés en quatre groupes, à suivre avec ferveur une croix immense partie du rocher de Saint-Michel jusque sur le mont Anis. Beaucoup sont pieds nus, à chaque station la foule se rassemble de façon à pouvoir suivre le récit des lecteurs et à répondre aux supplications : il s’agit d’expier ses fautes personnelles et celles, communes, du pays. À la première station par exemple, les pénitents sont invités à demander, à genoux, “ pardon pour le plus grand péché que nous avons à expier : l’apostasie publique qui a rejeté Jésus de notre peuple et l’a condamné à mort dans l’âme de ses enfants ”. » (Dominique Avon, op. cit., p. 414) C’était vraiment faire publiquement acte de réparation. « Les deux Passions, témoigne le Père Doncœur, celle du Rédempteur et celle des rachetés, celle de la France, n’en faisaient qu’une »... dans le Cœur de Marie Corédemptrice !

Le 15 août, jour de la fête de l’Assomption, – dont on parlait de faire la Fête nationale ! – deux messes pontificales furent célébrées, précédées de confessions dont le nombre inattendu étonna les participants : la première à la cathédrale, l’autre sur la place du Breuil, noire de monde, à l’issue desquelles fut écouté le message radiodiffusé du maréchal Pétain.

Il aurait voulu venir, tout le monde le souhaitait. Non, pas tous ! à Vichy, Mgr Chappoulie, représentant de l’épiscopat, fit remarquer qu’il n’était « pas prudent ni pour les uns ni pour les autres » (sic !) que le Maréchal se rendît au Puy pour une telle cérémonie. Il n’empêche : par son message, le Maréchal devint en quelques instants l’acteur principal du pèlerinage. En voici un court extrait :

« Scouts de France, mes jeunes amis, j’aurais voulu me joindre à vous aujourd’hui, pour renouer, je vous l’ai dit il y a un an, le fil d’or d’une grande tradition nationale... Je suis venu moi aussi me recueillir dans cette cathédrale. Je suis donc près de vous par le cœur et par la foi dans nos destinées. Ensemble unissons-nous dans une prière fervente pour que notre pays soit libéré des épreuves qu’il subit en ces jours... Ce grand effort, je vous demande de l’accomplir ; c’est le sens profond du pèlerinage en ces hauts lieux où tant de fois l’âme de la France s’est retrempée. En renouant une de nos plus anciennes traditions, vous montrez que cette âme est demeurée vivante en vous. Elle est pour notre pays le gage de sa résurrection. »

Ces dernières paroles furent saluées, rapporte l’Action française du 17 août 1942, par le cri séculaire de nos pères : “ Notre-Dame Montjoie ”, poussé à pleine voix et par trois fois par les jeunes gens enthousiastes. Tandis que leur réponse au chef de l’État était une manifestation de fidélité à sa personne et à son programme de redressement :

« Monsieur le Maréchal, au cours du pèlerinage à Notre-Dame du Puy, consacré aux prières pour la France, où vous avez voulu vous faire représenter, le souvenir du chef nous a été constamment présent. Les paroles que vous avez bien voulu nous adresser ont été droit au cœur de la jeunesse, provoquant une résolution et une tendresse nouvelles. Par la grâce de Dieu, la protection de la Sainte Vierge et les efforts de tous les hommes de bonne volonté, la France, toujours vivante, sera demain plus belle que jamais.

« Signé : les pèlerins de la Jeunesse catholique française. »

LA GRÂCE DU PUY

Restait maintenant à rester fidèle à la “ grâce du Puy ”, comme l’appelait un des principaux organisateurs, le P. Doncœur : « Nous venions jeter aux pieds de Notre-Dame de France les morceaux brisés de son Royaume, et lui demander qu’elle les ressoudât. Mais Dieu voit plus loin et plus juste que nos regards. C’est le cœur français que sa main a rassemblé. Voilà la grâce que nous ne trahirons pas. » (10 octobre 1942)

Avant de dire comment certains mirent cette grâce en pratique, rappelons comment notre Père, incorporé en ce mois d’août 1942 dans les Chantiers de jeunesse, ressentait lui aussi à l’intime cet esprit nouveau qui soufflait sur la jeunesse de France :

« En cet été de guerre mondiale, le troisième, tout se mariait heureusement en nous, en moi du moins, ma piété à la Vierge, au Christ, et ma vocation de moine missionnaire, cette présence tutélaire sur nous du maréchal Pétain, du général de La Porte du Theil, notre Commissaire général et fondateur des Chantiers, qui nous assuraient notre pain quotidien, même moisi, c’était déjà beau ! et la paix, la liberté dans une Europe en guerre ou en esclavage... Et à ces grands biens s’alliait le troisième, cette camaraderie “ formidable ”, qui m’immergeait dans ce peuple d’alors, que la défaite avait estourbi mais libéré, exorcisé de ses démons anticléricaux et révolutionnaires. » (Mémoires et Récits, t. I, p. 368)

Si la rencontre fugitive qu’il fit à la Chartreuse de Chalais avec le Père Forestier et le Père Doncœur, fut décevante, non de son fait, mais du leur ! celle de l’abbé Redt, « notre aumônier de groupement », lui montra tout le fruit que produisait cette heureuse concertation de l’Église et de l’État français : « Le visage carré, l’œil bleu, vif et engageant, le cheveu blond, notre jovial Alsacien, pur comme un ange, n’y allait pas par quatre chemins. Heureux comme un roi dans l’atmosphère des Chantiers, cet aumônier militaire idéal trouvait à exercer son ministère à plein dans cette jeunesse qui lui était ouverte, grâce à un État plus que bienveillant et à des chefs ouvertement catholiques... » (p. 371)

Tout poussait dans ce sens : une brochure, publiée en mars 1943 et intitulée “ La France chante sa Reine ”, composée par un moine de la Pierre-qui-Vire, forme le canevas d’une « procession mariale », véritable parcours orthodromique avant la lettre, destinée à réveiller dans le cœur de tous les Français le souvenir et le culte de leur Reine, dans le rappel de ses bienfaits séculaires et ses promesses d’avenir.

À LA GROTTE DE MASSABIELLE

Après les cérémonies du 15 août, l’évêque du Puy, Mgr Martin, suggéra aux jeunes routiers du Nord de poursuivre leur pèlerinage jusqu’à Lourdes, « la Cité de l’Immaculée », proposition aussitôt acceptée, et c’est ainsi que, le 7 septembre 1942, veille de la Nativité de Notre-Dame, la statue de Boulogne, escortée de ses “ chevaliers servants ”, atteignait la Grotte de Massabielle, redevenue « domaine de l’Église », par décision du chef de l’État français. En effet, son décret du 10 février 1941 avait mis fin à trente-cinq ans de spoliation par la République. « Cet acte de haute justice rendait à sa légitime Souveraine le royaume dont l’avaient dépossédée les tenants des “ erreurs mortelles qui nous ont fait tant de mal ”. » (Annales de Lourdes, mai 1941, p. 130)

Il faut lire dans les mêmes Annales le récit enthousiaste de l’arrivée du cortège dans la Cité mariale. Plus de dix mille pèlerins se pressaient sur son parcours, le long du boulevard pavoisé. Deux cortèges allèrent à sa rencontre, d’un côté la municipalité escortée de soldats et de scouts, de l’autre le clergé entourant son évêque, Mgr Choquet.

La Vierge de Boulogne à la Grotte de Massabielle (mars 1943)
La Vierge de Boulogne à la Grotte de Massabielle (mars 1943)

« C’est au chant d’un immense  Salve Regina  sorti de dix mille bouches que Notre-Dame de Boulogne fait son entrée en terre de Lourdes. Le cortège se met en marche au milieu d’une haie de spectateurs innombrables massés le long du Boulevard, aux accents de nos cantiques nationaux : Reine de France et Vierge notre espérance ”. Quand la statue arrive sur l’esplanade, tous les cantiques s’apaisent et se fondent en une seule voix immense qui répond aux invocations des Litanies mariales. Et c’est comme bercée par la clameur implorante de tout un peuple, que la Vierge de Boulogne s’arrête face à la Grotte, ayant achevé son voyage de trois cents lieues sur les chemins de France... »

Le 31 octobre suivant, le pape Pie XII consacrait le monde au Cœur Immaculé de Marie, à l’occasion de la clôture du jubilé du vingt-cinquième anniversaire des apparitions de Fatima, puis renouvelait le même Acte de consécration le 8 décembre suivant, en la fête de l’Immaculée Conception. En voici les premiers mots : « Reine du Très Saint Rosaire, Secours des chrétiens, Refuge du genre humain, victorieuse de toutes les batailles de Dieu, nous voici prosternés, suppliants, au pied de votre trône, dans la certitude de recevoir les grâces, l’aide et la protection opportunes dans les calamités présentes, non en vertu de nos mérites, dont nous ne saurions nous prévaloir, mais uniquement par l’effet de l’immense bonté de votre Cœur maternel. C’est à vous, c’est à votre Cœur Immaculé qu’en cette heure tragique de l’histoire humaine nous nous confions et nous nous consacrons... »

Répondant à l’appel du Saint-Père, l’Assemblée des cardinaux et archevêques de France fixa au dimanche 28 mars 1943 la consécration de tous les diocèses de France au Cœur Immaculé de Marie. En même temps qu’un acte d’obéissance au Pape, c’était la réponse à un désir ardent des Saints Cœurs de Jésus et Marie, qui avaient fait de sœur Lucie leur confidente (voir l’encart ci-dessous), mais de cela le monde n’avait pas encore connaissance.

Ce même 28 mars 1943, la statue de Notre-Dame de Boulogne, qu’on allait bientôt appeler “ Notre-Dame du Grand Retour ”, quittait le rocher de Massabielle pour rejoindre son port d’attache sur les côtes du Nord. Cette prodigieuse “ mission en marche ” allait, en l’espace de cinq ans, couvrir plus de 16 000 paroisses de France !

Mais voici le plus important : la consécration au Cœur Immaculé de Marie constitua « la charte du Grand Retour, le pivot autour duquel il s’emboîta, ce fut son axe. De cette consécration découlèrent toute sa doctrine et toute son action », écrit le P. Devineau, o. m. i., l’un des principaux artisans et le modeste historien de cette épopée mystique (Dans le sillage de la Vierge, Apostolat de la presse, 1963, p. 37).

C’est le moment où, en France, en particulier à Lourdes, on récitait l’audacieuse prière autorisée par saint Pie X :

« Ô Marie conçue sans péché, notre Mère et notre Reine, regardez la France, priez pour la France, sauvez la France. Plus elle est coupable, plus elle a besoin de votre intercession. Un mot à Jésus, reposant dans vos bras, et la France est sauvée. Ô Jésus, obéissant à Marie, sauvez la France ! »

UNE MISSION PAROISSIALE ITINÉRANTE

Le Grand Retour débuta d’une façon improvisée. Après une première étape à Bartrès, la statue gagna le diocèse de Toulouse et celui de Montauban, et son passage suscita, comme durant l’été précédent, un succès inespéré. Au point de départ, il se composait de trois éléments : une journée de marche durant laquelle, en priant et chantant, on tirait la remorque portant la statue dans sa barque ; une veillée de prières, à l’étape, dans l’église du village ou du quartier, parfois même au-dehors ; une messe le lendemain matin avant de reprendre la route. À la messe ou plutôt à la veillée, lecture était faite, par tous, à haute voix, du texte de la consécration composée par Pie XII.

Très vite, des jeunes gens prirent en charge la traction du “ char de la Vierge ”, tandis que la veillée se prolongeait tard dans la nuit, sous la conduite de missionnaires pleins de zèle. Un feuillet de consécration au Cœur Immaculé de Marie était déposé dans la barque mariale par ceux qui l’avaient prononcée. Le 18 avril, à Toulouse, les habitants avaient pavoisé de drapeaux, d’oriflammes, de guirlandes, de tentures, les rues que devait emprunter le cortège. « La métropole a été prise d’assaut par la foule », notait l’archevêque, Mgr Saliège, qui n’en revenait pas. En vingt jours, on était passé d’un pèlerinage “ bon enfant ” à une sorte de “ mission paroissiale itinérante ”, qui provoquait à chaque étape un grand enthousiasme populaire.

Les confessions se multipliant durant la nuit, le “ retour ” de Notre-Dame marqua le “ retour ” de nombreux pécheurs au bercail de l’Église. Le 1er mai 1943, Mgr Théas, évêque de Montauban, proposait à ses curés, s’ils estimaient la chose possible, « d’inviter les municipalités à recevoir officiellement la statue ». Un nouveau pas était franchi, préparant le “ retour ” officiel de la France à Dieu... par Marie !

Le P. Gabriel Ranson, s. j., qui accompagnait le cortège du Grand Retour depuis Lourdes, envoya alors à Rome une première “ Relation du Voyage-retour de Notre-Dame de Boulogne ” ; en réponse, le nonce à Vichy, Mgr Valerio Valeri, lui annonçait, en date du 31 mai, l’octroi d’indulgences particulières à ceux qui se joindraient à ce “ Retour ”. À cette date, était déjà créé à Roubaix dans le Nord un modeste secrétariat national, chargé de nouer les contacts avec les évêques, de leur envoyer des circulaires explicatives, des livrets de prières et de chants, expliquant comment organiser un triduum préparatoire à l’arrivée de la statue, etc. Au début de l’été, le mouvement continuant à prendre de l’ampleur, on fit appel aux trois autres reproductions de Notre-Dame de Boulogne pour répondre aux demandes, et ce furent bientôt quatre “ Voies mariales ” simultanées, – Ouest, Centre, Est, Maritime –, qui sillonnèrent le territoire français, suscitant partout un mouvement de conversion et de dévotion stupéfiant. Du jamais vu !

Cette pérégrination de la Vierge des bords du Gave aux côtes boulonnaises fut une véritable « mission populaire prêchée par la Sainte Vierge Elle-même », déclarait un évêque, surpris et ravi des effets produits dans son diocèse. En dépit des événements militaires et politiques, dont nous reparlerons, elle dura soixante mois, au lieu des vingt mois prévus initialement, toucha presque tous les diocèses de France, gagna par osmose nombre de pays d’Europe, et de là, le reste du monde : mais, à partir du 13 mai 1947, c’est Notre-Dame de Fatima, « Reine du Portugal et du monde », qui prit le relais, avec son escorte de colombes.

C’était « Lourdes et Fatima en marche... » titrait Edgar Janssens, professeur à l’Université de Liège, dans la brochure qu’il consacrait en 1946 au Grand Retour. Fatima, parce que les premiers livres sur les apparitions de 1917 avaient commencé à se répandre dans toute la France grâce à l’Apostolat de la Prière, dont le siège était à Toulouse.

LE TRÈS ARDENT DÉSIR DES CŒURS DE JÉSUS ET MARIE

LE 27 mai 1943, sœur Lucie, la  voyante de Fatima, écrivait à l’évêque de Gurza en Espagne :

« La nouvelle de la consécration qu’on va faire là-bas, avec tous les détails que vous m’en donnez, m’a fait un grand plaisir parce qu’elle révèle beaucoup d’amour envers le Cœur Immaculé de notre si bonne Mère du Ciel et, par elle, envers notre Bon Dieu.

« Eux nous aiment tant ! Et ce qu’ils désirent le plus, c’est de voir leur amour connu et qu’on y corresponde. C’est une de leurs plaintes ordinaires : J’aime et je ne suis pas aimé ; je me manifeste et je ne suis pas connu ; je donne et l’on ne répond pas. 

« Je désire très ardemment l’instauration pour l’Église universelle d’un office en l’honneur du Cœur Immaculé de Marie. Lorsque j’ai exposé cette demande dans ma lettre au Saint-Père, je l’ai présentée comme un simple désir de mon pauvre cœur, et c’est ainsi que je le sentais ; mais à la vérité, ce désir n’est pas seulement mien ; Quelqu’un l’a déposé en moi. Il provient des très saints Cœurs de Jésus et de Marie.

« Ils aiment et désirent ce culte parce qu’ils s’en servent pour attirer les âmes à eux, et c’est là tous leurs désirs : sauver les âmes, beaucoup d’âmes, toutes les âmes, Salvar almas, multas almas, todas as almas.

« Notre-Seigneur me disait, il y a quelques jours :  Je désire très ardemment la propagation du culte et de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, parce que ce Cœur est l’aimant qui attire les âmes à moi, le foyer qui irradie sur la terre les rayons de ma lumière et de mon amour, la source intarissable qui fait jaillir sur la terre l’eau vive de ma miséricorde.  »

LA “ PÂQUE ” DE LA SAINTE VIERGE

Quel étrange cortège ! « Le Christ en croix ouvre la marche, ordinairement porté par un notable. À Lui seul, il indique le but du Grand Retour. Derrière Lui se déploie l’étendard de Jeanne d’Arc, reproduction exacte de celui que la Pucelle fit confectionner. Dans ses plis largement déployés, on peut lire ces mots : “ Jhesu Maria ”. Cet étendard montre le sens national du Grand Retour. Derrière ces emblèmes sacrés, avancent garçons et fillettes, jeunes filles et femmes, jeunes gens et hommes. Beaucoup marchent pieds nus, quelles que soient les saisons.

« Notre-Dame de Boulogne, toute blanche, ferme le cortège. Elle est placée sur un char à quatre roues que tirent les jeunes ou les hommes des paroisses traversées. On s’avance en priant : le chapelet est la prière semée le long des routes. Une dizaine de chapelet est-elle terminée qu’au signe des Missionnaires qui s’échelonnent le long de la voie, on entonne les refrains connus : le Gloria Patri, ou encore :

Vierge, notre Espérance
Étends sur nous ton bras,
Sauve, sauve la France,
Ne l’abandonne pas.

Ou bien encore :

Reine de France,
Priez pour nous,
Notre Espérance
Repose toute en vous...

« Au chant du Parce Domine, répété trois fois, cette foule met les bras en croix, spectacle inédit qui a frappé plus d’un spectateur et fut à l’origine de nombreuses conversions. Au passage de la Vierge, les maisons se vident ; les champs restent silencieux, parfois les écoles et les usines se ferment ; les travaux s’arrêtent ; les braves gens rencontrés au bord du chemin se découvrent, se signent et s’agenouillent dans la poussière, dans la neige ou dans la boue. Ce passage est partout un grand événement.

« Le cortège marche de paroisse en paroisse, par petites étapes de huit à douze kilomètres. Une paroisse est-elle traversée qu’une autre l’attend aux limites indiquées. La rayonnante statue s’approche entre les deux paroisses réunies et la foule rassemblée à un carrefour, au pied d’une croix ou d’une statue, écoute les missionnaires ambulants. Elle acclame, elle prie, elle chante. On dirait une scène du Moyen Âge. » (Le grand retour de Notre-Dame, R. P. Devineau, o. m. i., 1945, p. 62)

« Qu’est-ce c’est que ça ? » demandait un enfant à sa mère à la vue de cette foule qui avançait pieds nus et les bras en croix. « C’est le Bon Dieu qui passe », répondit celle-ci. Cette paysanne n’avait pas tort. Le char de la Vierge de Boulogne a été comparé souvent et à juste titre à l’Arche de l’Ancienne Alliance :

« Le Livre de Dieu, c’est l’histoire d’Israël que Dieu invite, trop souvent en vain, à revenir à Lui. Cette Histoire divine est si humaine, que la France peut sans peine y retrouver la sienne... C’est ainsi dans le Retour d’Israël, tel que le raconte la Bible, que le Grand Retour de Notre-Dame de Boulogne prend tout son sens ; c’est dans les pérégrinations de l’antique Arche d’Alliance, que celles du char de la Vierge à travers nos chemins de France livrent le secret de leur puissance surnaturelle. » (L’arche de notre alliance, par un moine bénédictin, Abbaye Sainte-Marie de la Source, Paris, 1945, p. 14)

D’autant plus que la Vierge Marie est elle-même l’Arche de la Nouvelle Alliance : les Pères de l’Église n’ont-ils pas vu « la Mère de Dieu dans une foule de figures qui ont été les emblèmes éclatants de sa haute dignité, de sa perpétuelle innocence, de sa sainteté qui n’a jamais souffert la plus légère atteinte, écrivait Pie IX dans sa Bulle Ineffabilis. Empruntant les paroles des prophètes, ils ont célébré Marie comme la Colombe pure, comme le Trône de Dieu, comme l’Arche d’alliance véritable. »

Le moine de Paris continuait son parallèle, n’hésitant pas à l’appliquer à l’actualité de son temps : « La catastrophe de juin 1940 et ses longues suites ne ressemblent-elles pas à la catastrophe du roi Saül et du peuple d’Israël écrasé par les Philistins sur la montagne de Gelboé. Il semble vraiment qu’à partir du jour où la France a chassé le Christ de sa vie publique, l’Arche de son Alliance avec Lui ait été perdue pour elle. Le Christ était la colonne de feu, qui menait la France chrétienne vers la Jérusalem céleste. Et Marie, patronne de la France, était bien l’Arche d’Alliance qui attirait sur la Fille aînée de l’Église la protection, la complaisance et les bienfaits du Dieu tout-puissant [...]. C’est publiquement, socialement, légalement, que la France a persécuté Jésus-Christ, qu’elle a fait couler haineusement le sang de ses frères, qu’elle l’a chassé de son propre royaume. Son crime l’a défigurée. N’est-ce donc pas publiquement, socialement, légalement aussi, qu’elle doit se repentir, implorer son pardon, expier, faire pénitence, accomplir le Grand Retour ? » (p. 81)

Et de conclure par le mystique appel de l’Époux divin au “ Retour de sa Colombe ”, tout emprunté au Cantique des cantiques : « Le Seigneur Jésus, qui est, dans l’Ancien et le Nouveau Testament, l’Époux par excellence, l’Époux d’Israël, l’Époux de l’Église, l’Époux de chaque âme comme de chaque nation chrétienne, appelle à Lui cette colombe chérie de son Sacré-Cœur, qu’est la France, sa Fille aînée : “ Lève-toi, mon amie, si belle, ma colombe qui te tiens dans le creux du rocher ”, c’est-à-dire humblement abaissée, dans la conscience de ton égarement et la pénitence de tes fautes. “ Montre-moi ton visage ”, rajeuni et lavé, sous lequel Je t’avais connue, quand Je t’ai fait naître, au baptistère de Reims, aux siècles de notre alliance. “ Fais-moi entendre ta voix, car ta voix est douce ”, quand elle dit mon Nom et celui de ma Mère, “ et viens ! ” »

LA SAINTE VIERGE ET LA FRANCE

Il nous faut insister sur cet aspect de “ Retour officiel ” de la France à son Roi Jésus par sa Reine Marie, parce qu’il a été par la suite systématiquement occulté et renié. Il était pourtant bien réel et émanait des bouches les plus autorisées, comme celles des deux évêques du Puy et de Lourdes, qui avaient été à la cheville ouvrière du Grand Retour.

À l’heure où la Vierge du Retour connaissait ses premières conquêtes, Mgr Martin clôturait à Lourdes le Congrès de la Ligue féminine d’Action catholique, regroupant alors deux millions d’adhérentes ! par un discours remarqué et remarquable sur “ La Sainte Vierge et la France ”. Au terme d’une « splendide évocation historique des prédilections séculaires de la Reine du Ciel pour notre Patrie » (Annales, 14 avril 1943, p. 47), l’évêque du Puy rappelait la contribution officielle et décisive du Chef de l’État :

« Le Maréchal a bien voulu me faire dire à plusieurs reprises, et m’a dit lui-même à Vichy, qu’il avait gardé de son voyage au Puy (2 mars 1941), un souvenir unique. Je sais que rien ne lui a échappé du sens profond de la démarche qu’accomplissaient, au Puy, les rois de France pour remettre leur royaume entre les mains de la Sainte Vierge. Il s’est associé consciemment, volontairement, à ce geste. Il l’a dit dans son Message aux Jeunes du 15 août. Il a “ renoué le fil d’or d’une grande Tradition nationale ”, telle est l’expression qu’il a faite sienne. À la fin de son pèlerinage, je lui ai offert une reproduction en bois de la statue de Notre-Dame du Puy qu’il a fait mettre à une place d’honneur dans son bureau, à Vichy, où je l’ai vue. Il me l’a montrée avec complaisance. Au sculpteur étant allé le voir, il a déclaré qu’  Elle était bien à sa place dans son bureau ”.

« Pour avoir été plus rapide, son pèlerinage à Lourdes n’en a pas été moins touchant. C’est lui qui a voulu faire ce pèlerinage à la Grotte, où Mgr Choquet l’a magnifiquement reçu, et il a dit qu’on “ demande à la Vierge qu’Elle lui fasse la faveur de l’aider dans la tâche entreprise qui est rude et difficile ”. Depuis longtemps, nous avions perdu l’habitude d’entendre ces mots dans des messages officiels. »

Rappelant la devise inscrite sur la mosaïque du chœur de Montmartre : Gallia pœnitens et devota, l’évêque poursuivait : « Notre histoire est, en effet, celle d’une famille où la Mère est très bonne, mais dans laquelle les enfants ont à se reprocher d’avoir fait souvent des bêtises. Heureusement que le Bon Dieu a fait le cœur des mères plus grand que ne sont grandes les plus grandes bêtises ou infidé­lités des enfants... Nous avons péché contre Dieu, gravement. Nous L’avons mis hors la loi chez nous, et Il y est encore. Et l’on voudrait pourtant qu’Il nous sauve, vite, vite, alors qu’Il n’a même pas le droit de se mêler de nos affaires... légalement ! Nous avons décroché son crucifix de partout. Nous L’avons chassé des écoles. Nous avons rompu avec l’Église et chassé ses ministres. Nous avons tenté follement d’organiser une société laïcisée, non seulement sans Lui, mais en prenant le contre-pied de ses commandements. Ce qu’Il défend, nous l’avons institué en Loi. Et les mœurs ont marché de pair avec la Loi. Les hommes ont abandonné les églises. On a cessé de prier. L’avortement fait trois cent mille victimes par an, autant que la Grande Guerre !... Alors, au bout de cette terrible histoire, on tremblerait s’il n’y avait que la Justice de Dieu, mais l’on se plaît à penser qu’à côté de la justice il y a aussi la Miséricorde.

« Nous sommes invités, concluait l’évêque, à lever les yeux vers le ciel, vers les étoiles, vers la Vierge, vers Dieu ! Ainsi, c’est de toute notre Histoire de France qu’il faut dire que la miséricordieuse tendresse de Notre-Dame nous enveloppe, et nous avons le droit d’espérer que toutes nos fautes et nos erreurs n’ont pas lassé encore la patience miséricordieuse du Cœur Immaculé de la Patronne céleste de la Patrie dont l’Amour est sans repentance et que, dans l’ombre, la Mère prépare encore, malgré nos fautes et avec elles, un redressement nouveau... Car on sent que c’est l’heure de la Sainte Vierge qui sonne dans la grande détresse des hommes et dans la grande pitié de notre pauvre Regnum Galliæ. »

Quant à Mgr Choquet, il clôturait à son tour le 22 août suivant le pèlerinage national par ces fortes paroles, qui furent diffusées en France et dans l’Empire : « Non moins nécessaire que le redressement de l’individu et celui de la famille est le redressement de la Nation. La “ révolution nationale ” est à ce prix. Ou la France sera nationalement chrétienne, ou la France peu à peu disparaîtra. » Après avoir rappelé que la France avait à sa tête un chef providentiel, au pouvoir parfaitement légitime, et qu’il était du devoir de tout Français, de tout catholique surtout, d’écouter les messages du Maréchal, de lui obéir afin de seconder ses efforts, l’évêque déclarait :

« Il faut encore, il faut surtout reconstruire la France sur ses bases religieuses traditionnelles. Il faut remettre Dieu, chez nous, à sa place, la première ! dans la parfaite reconnaissance de ses droits. Il faut trouver, dans notre pleine adhésion à l’Évangile de Jésus-Christ, le secret de nos vertus nationales, le secret aussi de toutes les fidélités au pouvoir légitime, et des sacrifices nécessaires à la grandeur du pays. Alors la France vivra. » (Annales, juillet-août 1943, p. 97)

LES INSTRUMENTS DE LA RECONQUÊTE

C’est à cette conversion, ce “ grand Retour ”, que la royale Visiteuse appelait ses sujets, en parcourant tour à tour nos antiques provinces. « Notre-Dame de Boulogne passe et le présent rejoint les origines, et les origines renaissent dans le présent », écrit à juste titre le Père Devineau. Et cela se produisit en dépit des occupants qui se montraient volontiers tatillons et soupçonneux. Mais « une Reine ne demande pas de permission pour circuler dans son royaume », répondait fièrement un missionnaire de la Vierge lors d’un contrôle. Et notre Oblat reconnaît : « Ici ou là, il y eut des mitraillettes braquées pour disperser les rassemblements, des amendes, des interdictions de circuler... Cependant, il faut être juste : l’ennemi, dans l’ensemble, fut correct. Il y avait dans l’armée allemande beaucoup de soldats catholiques. Certains d’entre eux sont venus prier la Madone. » (Dans le sillage de la Vierge, p. 22)

Et que dire des prêtres qui, soutenus par la prière de nombreuses communautés contemplatives, suivirent ces routes mariales ? « Chaque mois, et pendant cinq ans, il fallut trouver des équipes de quarante à cinquante missionnaires. On dut faire appel à tous les instituts... Le travail demandé était fort rude. Le jour, c’étaient les longues marches à pied d’une paroisse à l’autre, drainant quelquefois des cortèges immenses, par tous les temps, été comme hiver, sous le soleil, sur le verglas, la neige... La nuit se passait en chaire et au confessionnal. Quelques heures de sommeil et, le lendemain, on repartait. C’était “ Lourdes ” tous les jours dans plusieurs paroisses de France à la fois : la Grâce coulait à flots. Le missionnaire se devait d’être disponible le jour comme la nuit. Austère était sa vie ! mais exaltante aussi à l’ombre de la Madone. Il côtoyait le miracle à chaque instant. »

Voici quelques témoignages, qui montrent que Notre-Dame savait récompenser ses missionnaires : « Nous étions portés par la foule, disait l’un, je ne savais pas qu’une foule, en quelques instants, pouvait monter si haut. Tous les jours, dans cette foule bigarrée, il y a des Zachées et des Cananéennes. C’est incroyable. Je n’avais jamais si bien compris certaines pages de l’Évangile. C’est la foi qui nous manque. C’est la foi qui me manque. Si je disais tout ce que je vois, on ne me croirait pas. »

Un autre était plus explicite encore : « Cette image de Notre-Dame, pour moi, elle est vivante. Je lui parle comme je lui aurais parlé à Nazareth. Tout le monde est ainsi. On lui parle comme si Elle passait parmi nous, vivante, en chair et en os. Les gens les plus simples plongent dans des abîmes de foi où jamais ils n’avaient plongé... Quand je n’en puis plus, écrasé par la fatigue et le manque de sommeil, je m’assieds au confessionnal : devant les merveilles de grâce, j’oublie toute fatigue. » (ibid., p. 28)

Les moyens mis en œuvre par le Grand Retour n’étaient pourtant que traditionnels, purement surnaturels, partant d’une efficacité parfaite. Rien d’humain ou de naturel, aucune recherche humaine de séduction ou de calcul sociologique : Notre-Dame seule agissait, raptrix cordium, Elle attirait les cœurs.

« Cette Madone qui passait, souriante et souveraine, au milieu d’un peuple empressé, ne faisait que rappeler les éternelles vérités qui sauveront l’homme et le monde : l’exigence de la conversion, le devoir de l’adoration, de la prière, de la pénitence, le retour à Dieu, Créateur et Sauveur ; l’universelle paternité de Dieu et la pleine fraternité humaine. C’est tout l’Évangile que cette Vierge pèlerine rappelait chaque jour ; c’est toute la vie chrétienne qu’Elle résumait. Elle pouvait tout dire car Elle était la Mère. Autour d’Elle, il y avait les gestes les plus simples et les plus aimants. Qui pourrait s’en formaliser ? La vieille femme qui touche une statue de plâtre, c’est la même qui, il y a dix-neuf siècles, profitait de la cohue pour effleurer, sans qu’Il s’en aperçût, le manteau du Seigneur afin d’être guérie. Et le Maître de dire : “ Une puissance est sortie de moi, qui m’a touché ? ” C’est pour son geste naïf que la pauvre femme fut guérie. Ce qui sauve, ce n’est pas de frôler la frange d’un vêtement ou de baiser une effigie, c’est la foi sans limites. On comprend mieux dès lors le “ si vous ne devenez pas semblables à de petits enfants ! ” de l’Évangile. »

Il avait une âme d’enfant, ce missionnaire qui, après avoir passé quelques semaines sur une des Voies mariales, s’arrachait avec peine à ce sillage de lumière : « Je me sens une âme de gosse de dix ans en quittant cette inoubliable promenade avec  Elle  ! Je L’ai aimée comme peu souvent il m’a été donné d’aimer. J’aurais été prêt à tout pour La suivre encore et La servir. Partout, quelle fraîcheur ! Quel élan ! Bien des routines ont été cassées ! C’est comme une foi nouvelle, et plus vraie, plus sentie et mieux jaillissante. Le peuple, la masse, ne demande qu’à croire. Il croit comme il est : en enfant et charnellement. On lui donne tant de systèmes que lorsqu’Elle est apparue, tout ça s’est dispersé, et nos âmes se sont échappées, dans une bouffée, allégées, éperdues de joie, de confiance, d’amour. » (p. 85)

L’ACTION CATHOLIQUE DÉPASSÉE

Ces “ systèmes ”, ce missionnaire ne le dit pas explicitement, mais il voulait parler à coup sûr des enquêtes et théories de la fameuse “ Action catholique spécialisée ”, inventée sous le pontificat de Pie XI, qui devait, en marge des structures traditionnelles de l’Église, mais accordée à la démocratie et régie par ses principes, renouveler l’apostolat des masses, reconquérir le peuple, etc. Beaucoup d’études sociologiques et de discours... en pure perte ! À Reims, le Directeur des Œuvres le reconnaissait sans ambages : « Le Grand Retour a atteint les couches que jamais l’Action catholique n’avait atteintes encore. Il pose pour nous bien des problèmes. » Ah ! bien...

Cet autre responsable d’Action catholique féminine confiait, sincère : « Depuis des années, nous essayons de poser le problème religieux dans les milieux les plus déchristianisés. Nos efforts ont été vains. Notre-Dame du Grand Retour passe, c’est à ne pas y croire : en quelques jours, Elle devient l’unique sujet des conversations, non seulement parmi les chrétiens, mais aussi parmi des hommes et des femmes que l’on aurait cru très éloignés de la foi. Tout le monde travaille, fait des guirlandes, monte des arcs de triomphe. Que conclure ? Sinon qu’il reste encore beaucoup de possibilités de contacts avec les foules. Mais les foules ne peuvent comprendre que des signes très simples sous lesquels afflue tout un monde religieux oublié : une Vierge passe, une Reine visite son peuple. Une Mère portant un Enfant va à la rencontre de tous ses autres enfants. Qui ne comprend cela ? »

Un troisième racontait que ses préjugés avaient fondu comme neige au soleil : « Une statue qui passe, des foules qui, depuis des mois, suivent pieds nus, les bras en croix, tout cela me paraissait en dehors de la vie [sic !]. J’ai voulu en avoir le cœur net. J’ai vécu une journée  Grand Retour loyalement. J’ai suivi la foule ; j’ai prié avec elle. Je me suis mis au confessionnal. J’ai compris qu’un fluide inexplicable passait qui transformait les âmes. Pas de théories sur la prière, on priait. Pas de théologie sur la pénitence, on la vivait. Et tous entraient dans le jeu... » (Dans le sillage de la Vierge, p. 119) Le beau jeu de la grâce et de la miséricorde, qui jaillissait en rayons de lumière des mains de Notre-Dame Souveraine !

MÉDIATRICE DE TOUTES GRÂCES 
ET CORÉDEMPTRICE DE SON PEUPLE

Il y eut au passage de la Vierge quantité de guérisons miraculeuses, des corps mais surtout des âmes. Un exemple entre mille : le Grand Retour passe dans une paroisse d’Ille-et-Vilaine. Au cours de la veillée mariale, le missionnaire arrête sa prédication et dit : « Mes frères, il y a dans la paroisse un homme qui va mourir. Il a refusé de voir M. le Curé, puis le directeur du pèlerinage. Il va peut-être se damner. Il faut sauver l’âme de ce moribond. Tous à genoux, les bras en croix, récitons une dizaine de chapelet pour obtenir de Notre-Dame le grand retour de ce sectaire au Bon Dieu. » Vers le milieu de la dizaine, une femme vient chercher M. le Curé. « Le malade est presque décidé », dit-elle. Quand le curé arrive, il trouve le médecin, un athée dont les deux enfants ne sont pas baptisés, exhortant ce malheureux à recevoir le prêtre : « Allons, disait-il, faites le pas, c’est Notre-Dame de Boulogne qui vous le demande ! » Le moribond se confesse et communie. Le lendemain matin, il mourait dans la paix de Dieu.

Un missionnaire du Pays basque écrivait au Père Devineau « sa joie et son édification de travailler au Grand Retour. La merveilleuse efficacité de cette croisière  est un enchantement. La prière est renouvelée. L’esprit de foi renaît. C’est comme une Chrétienté qui s’éveille. Dans un pays où les actes religieux sont en honneur, où les pratiques de la foi sont unanimes, le passage de la Vierge Marie infuse une vie, une poussée plus profonde dans le spirituel. C’est comme si notre Mère indiquait en un éclair les immenses perspectives de la vraie vie chrétienne : comment il faut croire ; comment il faut prier ; comment il faut souffrir ; comment il faut communier ; comment il faut se confesser ; comment on est tous un dans le Christ. C’est là le grand, le vrai miracle de Notre-Dame dans le Pays basque. »

Son évêque, Mgr Terrier, n’hésitait pas de son côté à parler d’ « Épiphanie mariale » à Bayonne. Sa lettre pastorale, en date du 12 décembre 1946, écrite après le triomphe que venait de connaître la Vierge du Grand Retour dans sa ville épiscopale, est intitulée : « La Rédemption en marche ! »

« C’est peut-être, écrit-il, la meilleure, la plus exacte et la plus profonde définition que l’on puisse donner à cet étonnant mouvement religieux que nous nommons le  Grand Retour , qui parcourt depuis plusieurs années déjà nos provinces françaises, et auquel notre diocèse vient, avec quelle ardeur ! de participer depuis trois mois.

« La Rédemption issue du Calvaire : ce mélange divin et régénérateur, fait d’amour et de souffrance, la Rédemption est toujours en marche ! N’allons pas imaginer que sa marche se ralentit dans ce monde moderne qui s’obstine follement à vouloir se passer d’elle ! Non, dans ce royaume de perdition, à travers cet amas de corruptions et de contradictions qui nous entoure, les Eaux pures de la Rédemption, porteuses de vie et d’espérance – de l’unique Espérance ! – continuent, obstinées, elles aussi, plus obstinées que le péché, à couler purifiantes et vivifiantes. Et même, à certaines heures, ces eaux divines s’enflent comme un torrent impétueux, comme le remous de vagues majestueuses, comme une grande houle d’océan. Et c’est alors, par exemple, le Grand Retour. »

À chaque étape, la Messe, Mémorial du Saint-­Sacrifice, était le point culminant, tous les témoignages concordent pour dire la grande ferveur des assistants. La meilleure préparation pour aider le peuple chrétien à en retirer les fruits, écrit le P. Devineau, était « la méditation priante des mystères douloureux du Rosaire. Faire revivre ainsi tout le drame de la Passion, rien de tel pour préparer au Divin Sacrifice. La méthode peut sembler dépassée. Elle s’est avérée, après expérience, la meilleure ; sans doute parce qu’elle était la plus simple. »

La confession est elle aussi participation au Saint-Sacrifice et préparation à la Communion. Encore une “ bonne manière ” de la Sainte Vierge d’effectuer la purification de son peuple ! Ceux qui vivaient dans le péché, se levaient au cours de la veillée ou durant la messe pour se rendre ostensiblement au confessionnal, et de là monter à la Table sainte. « Notre-Dame a le génie, en un tournemain, de baigner les hommes en plein cœur du mystère chrétien. Les missionnaires qui ont suivi Notre-Dame sur les routes de France peuvent témoigner que c’est sur les voies mariales qu’ils ont entendu les aveux les plus sincères et les plus loyaux... “ Tout d’un coup, j’ai eu comme un éblouissement et j’ai compris ce que je devais faire ”, confie l’un. Et un autre : “ J’ai vu toute ma vie défiler devant moi comme un film, et j’ai compris que je devais changer. ” »

Au sujet de la prière, réapprise lors du Passage de la Vierge, les témoignages abondent également. Mgr Terrier écrit qu’elle n’était pas seulement prière de demande, – les intentions abondaient pourtant, en ce temps de guerre, de dispersion des familles et de ruines –, « elle se faisait aisément louange, admiration, adoration, action de grâces, joie désintéressée de la rencontre avec Dieu par Marie, et même, à la fin, total abandon de confiance à la Divine Providence. C’est là le sommet de la prière. Beaucoup d’âmes l’ont atteint. Dans ces messes incomparables qui illuminaient la nuit, dans ces communions qui étaient vraiment le grand repas de famille, était-il difficile de se livrer soi-même entièrement à la grâce ? Et c’est sans doute parce que notre prière était totale qu’elle était savoureuse. »

Un jeune homme est resté en prières devant le Tabernacle, auprès de la Vierge couronnée au Cœur d’or : « Toute la nuit, j’ai senti qu’Elle me regardait. Je n’avais jamais compris la Messe comme pendant cette nuit. Cette méditation des mystères douloureux était quelque chose de tellement prenant ! Toute la nuit, je l’ai passée au jardin de l’Agonie ; toute la nuit, je me suis trouvé au pied de la Croix. Je ne disais rien, j’étais là. » Une jeune fille a prié de même toute la nuit, suivant les messes qui se succédaient sans interruption : « Pourquoi serais-je fatiguée ? La Vierge a passé trois heures au pied de la Croix. Ce que j’ai fait n’est pas très difficile. Je me suis simplement mise à côté d’Elle. »

« PERSÉVEREZ ! MARCHEZ TOUJOURS ! »

Oui, c’était, dans le sillage de la Vierge Médiatrice, un flot de grâces répandues avec abondance de son Cœur Immaculé. N’est-ce pas ce qui se produira demain, quand le Saint-Père et toute l’Église avec lui embrasseront la “ petite dévotion réparatrice ”, qui ne met pas en œuvre d’autres moyens que ceux du Grand Retour, à savoir ceux de l’Évangile éternel, prêché aux pauvres de notre temps : la confession et la communion, l’Ave Maria, la plus familière des prières, les gestes les plus élémentaires et les plus simples, comme le signe de croix ou l’agenouillement : « Gestes extérieurs, dira-t-on ? Sans doute ! note finement le P. Devineau. Mais précisément parce qu’extérieurs, signes d’une victoire intérieure. »

« Il me semble, écrivait au même moment sœur Lucie de Fatima, que telles sont aussi les intentions du Cœur Immaculé de Marie : faire briller devant les âmes encore ce rayon de lumière, leur montrer encore ce port du salut, toujours prêt à accueillir tous les naufragés de ce monde. » (Lettre du 14 avril 1945, cité par frère François de Marie des Anges, Fatima salut du monde, p. 204)

Il est vrai qu’à l’époque, l’appel et l’exemple venaient de haut. Pie XII n’hésitait pas à voir dans le Grand Retour une véritable « Croisade », et s’adressait en ces termes à un groupe de pèlerins français, le 22 novembre 1946 :

« Votre petit groupe, Très chers Fils, Nous rend présentes, en ce moment, les foules innombrables qui, depuis plus de trois ans et demi, ont pris part au Grand Retour : retour de Notre-Dame après son voyage triomphal à travers son royaume, mais surtout retour des âmes, par Marie à Jésus... Vous avez fait de votre long pèlerinage un acte permanent de prière et de pénitence : soyez-en loués. Et pourtant, plus que des louanges et des félicitations, vous attendez de Nous une consigne. Bien volontiers, Nous vous la donnons : Persévérez ! c’est-à-dire ne vous arrêtez pas en chemin avant d’avoir atteint le but ! Marchez toujours en avant... Faisant écho à notre appel, vous l’avez fait entendre autour de vous ; vous avez parcouru la France entière pour le faire retentir et vous avez invité tous les chrétiens à renouveler personnellement, chacun en son propre nom, la consécration au Cœur Immaculé de Marie, prononcée au nom de tous par leurs Pasteurs. Vous avez recueilli déjà dix millions d’adhésions individuelles ; ce résultat éveille en Nous une grande espérance. Mais la condition indispensable pour la persévérance dans cette consécration, c’est d’en entendre le vrai sens, d’en saisir toute la portée, d’en assurer loyalement toutes les obligations... »

Ce n’était malheureusement pas l’avis de tout le monde : ainsi du cardinal Liénart, archevêque de Lille, qui, dans une lettre du 8 mai 1947, adressée au Père Devineau, demandait un passage « bref » de la statue dans son diocèse. Visiblement, il avait d’autres projets en tête : « J’estime en effet que ce long voyage qui a commencé à Lourdes en 1943 et qui, je n’en doute pas, a fait le plus grand bien, ne doit pas se poursuivre indéfiniment ( !). Pour qu’il garde son efficacité et sa vigueur, il faut qu’il ne se transforme pas en institution permanente. – Et pourquoi pas, Monseigneur ? – Je souhaite donc que le retour de la statue à Boulogne, d’où elle est partie, soit effectif dans un délai pas trop éloigné. »

Alors que, dans le diocèse d’Arras tout proche, l’enthousiasme était toujours au rendez-vous : du 14 août 1947 au 19 août 1948, deux des statues parcoururent l’ensemble du diocèse (1 040 paroisses), avec la même ferveur populaire et les mêmes fruits que dans les premiers temps du Grand Retour, tandis qu’une autre statue s’embarquait pour la Guadeloupe et la Martinique, où elle est encore honorée aujourd’hui...

UN ÉLAN BRISÉ

Pour comprendre le choc de ces deux mentalités, que Louis Pérouas, dans un “ Essai d’interprétation du Grand Retour ” (Limoges, 1983), qualifie l’une de « préconciliaire » et l’autre de « post-tridentine », où « rien ne résiste à la Vierge », il nous faut revenir un peu en arrière. De juin à août 1944, en dépit du débarquement des Alliés et des combats qui faisaient rage dans tout l’ouest de la France, le “ Grand Retour ” ne s’arrêta pas. Souvent les cortèges de la Vierge nautonière étaient survolés par des avions alliés, mais on connaissait le sens de ces immenses processions et aucune bombe ne fut lâchée sur elles.

Les quatre statues mariales continuèrent donc leur progression à travers la France, parfois au milieu des ruines, comme en Normandie ; que de cœurs affligés Notre-Dame a-t-elle alors consolés ! Mais le contexte avait changé : les institutions politiques, éminemment porteuses pour le bien au temps de l’État français, avaient été bouleversées, il y avait quelque chose de cassé dans l’élan du Grand Retour. L’Ennemi s’était mis « en travers », aurait dit le Curé d’Ars, de la pacifique reconquête de la France par notre Reine. En effet, la prétendue “ Libération ” se mua dès le mois d’août 1944 en révolution-épuration, avec la complicité des démocrates-chrétiens qui s’étaient partagé le pouvoir avec les socialistes et les communistes, sous la présidence du général de Gaulle, tous plus enragés les uns que les autres à se venger de leurs adversaires de la veille par “ mesure de défense républicaine ” ! « “ Libération et Révolution sont inséparables. Les principes de 1789 n’ont pas encore produit leurs effets ”, constatait Colin, du Mouvement Républicain Populaire, tandis que son chef, Georges Bidault, proclamait que la France allait “ donner au monde un nouvel exemple : la Révolution par la loi ”. » (cité par frère Pascal, La France livrée aux diaboliques, Il est ressuscité n o 40, novembre 2005, p. 19)

Le P. Devineau cite quelques exemples de l’évolution du Grand Retour, sur un ton plaisant qui cache mal son désarroi. Ainsi, à Argenteuil, le missionnaire fut verbalisé pour « 1° avoir organisé un cortège contre l’arrêté préfectoral ; 2° avoir fait chanter ; 3° marcher pieds nus » ! À Évreux, le député-maire ayant interdit toute manifestation publique, l’évêque l’imposa tout de même et la ville se pavoisa pour accueillir sa céleste Visiteuse. À Beauvais, la libre-pensée s’était mobilisée : « Les représentants laïques de toutes nuances politiques, les libres-penseurs et sympathisants, tout ce que la République compte de défenseurs s’élèvent au cri de : Défendons Marianne contre la Vierge Marie ! » Là encore, la Vierge Marie passa outre, royale et pacifique. À Houilles, dans la région parisienne, les citoyens furent ainsi alertés : « Le clergé de Houilles, se prévalant des décrets de Pétain [sic !], se propose de faire sur la voie publique une procession d’une des vierges de Boulogne... » Mais au jour dit, personne n’osa s’opposer à la procession. À Reims, une grosse campagne médiatique voulut empêcher l’entrée dans la ville des sacres de Notre-Dame du Grand Retour. Le jour où elle arriva, on comptait trente-cinq mille personnes autour de la cathédrale et... douze à la Bourse du travail, autour de la libre-pensée ! Ainsi de suite.

Dans le même temps, c’est par dizaines de milliers que de bons Français étaient épurés, assimilés à des criminels, emprisonnés, mis à mort, pour le seul crime politique d’avoir obéi aux ordres du maréchal Pétain, leur chef légitime, lui-même condamné à mort, le 15 août 1945, au terme d’un procès inique. Que d’iniquités et de crimes ont été perpétrés alors en France, au nom de la Justice et de la Liberté ! Ce fut comme une nouvelle prise de possession de notre doulce et sainte France par les “ Diaboliques ”, en même temps qu’une avancée spectaculaire des « erreurs de la Russie », jusque dans l’Église. À la faveur de la guerre et sous couvert de résistance, les “ rouges chrétiens ” avaient acquis une influence prépondérante, qui leur permit de préparer, de manière aussi souterraine qu’active, la grande révolution conciliaire des années soixante, certainement pas inspirée par la Sainte Vierge.

Pour s’assurer du ralliement et de la complicité de la hiérarchie vis-à-vis des nouveaux maîtres, l’effet de terreur suffit. La condamnation et la démission forcée de quelques évêques conduisirent les autres à se taire ou à se rallier. À noter que l’excellent Mgr Dutoit, évêque d’Arras, l’organisateur du Congrès marial de 1938, figure dans la liste des glorieux épurés, fidèles jusqu’au bout au Maréchal !

La raison de tout cela ? « Nous avons en 1944 déifié les chimères. Elles sont désormais nos idoles. Nous traînons désormais le poids insupportable de ce passé. Voyez dans quelle situation se trouve une Église qui reconnaît pour ses sauveurs et ses meilleurs éléments précisément des gens qui ne cessent de la critiquer et de la vouloir autre qu’elle n’est ! Leur gloire vient précisément de son abaissement, ils ont eu raison à l’encontre d’elle et c’est en vertu de cette (prétendue) raison qu’elle les invite à être ses guides ! Ses institutions ont paru inadaptées, inefficaces, réactionnaires en 1944, au lieu que leurs inventions à eux recevaient, à les en croire, la sanction magnifique des faits. Dès lors ce sont ceux qui de l’intérieur cherchent la ruine de l’Église qui sont amenés à lui faire la loi », écrivait notre Père dans sa Lettre à mes amis n° 113 du 14 juillet 1962.

Déjà, en 1949, dans les colonnes d’Aspects de la France, Amicus protestait contre le détournement mensonger que les idéologues de la Libération faisaient à leur profit du « renouveau catholique » qui s’était produit pendant la guerre, dont le “ Grand Retour ”, nous l’avons vu, avait été un des plus beaux fleurons. Ainsi du Père Yves Congar qui, faisant un état du catholicisme français après la guerre en introduction de son livre “ Vraie et fausse réforme dans l’Église ” (1950), célébrait d’une manière dithyrambique l’esprit réformiste et révolutionnaire en cours : « Qui n’a pas vécu les années 1946-1947 du catholicisme français a manqué l’un des plus beaux moments de la vie de l’Église » –, mais sans aucune allusion aux voies mariales du Grand Retour ! Celles-ci étaient d’un autre âge, alors que lui et ses complices préparaient une Église au visage nouveau. Amicus avait raison de diagnostiquer « la grande mue de l’Église au vingtième siècle ».

LA VIERGE DE FATIMA REFOULÉE

Un fait significatif révèle cette division des esprits et cette grande mue en gestation. Partie de la Cova da Iria le 13 mai 1947 pour sa “ route mondiale ”, – commencée l’année précédente pour le troisième centenaire de la consécration du Portugal à l’Immaculée Conception –, la statue de Notre-Dame de Fatima, après avoir traversé triomphalement le Portugal et l’Espagne, se heurta le 17 juin au poste frontière de Hendaye.

Le commissaire de police reçut l’ordre d’interdire l’entrée en France de la Vierge de Fatima. « Nous avons la certitude, écrit le chanoine Barthas, que le prétexte de cette interdiction n’était pas seulement la fermeture légale de la frontière (en raison du blocus de l’Espagne franquiste décidé à Yalta et à Postdam), mais la crainte que les processions sur les routes et les messes en plein air, comme le Grand Retour de Notre-Dame de Boulogne en avait été l’occasion les années précédentes, fussent une sorte de préparation au fascisme [sic !]. »

Mais le lendemain, par-dessus la ligne frontière, Mgr Ballester, l’évêque espagnol de Vittoria, et Mgr Terrier, l’évêque français de Bayonne, dont nous avons déjà parlé, se donnèrent l’accolade, tandis que la foule unanime chantait des cantiques à la Vierge en langue basque. L’enthousiasme populaire était tel que le commissaire de police capitula : entendant dire que la statue était attendue à Maëstricht en Hollande, pour y présider un congrès marial, il trouva le subterfuge de la laisser entrer par le moyen d’un “ bon de dédouanement pour la Belgique ”.

La Vierge pèlerine de Fatima passa tout de même par Lourdes, avant d’être reçue en catimini à Paris par les Portugais et les Russes catholiques, auxquels se joignirent des orthodoxes. Le “ Journal de la Grotte ” du 20 juillet 1947 relata son émouvant passage dans la Cité mariale, avec un éditorial signé de René Gaël, sous le titre : “ Vierge notre Espérance ” : « Je ne suis pas de ces optimistes déconcertants qui refusent a priori de réaliser l’imminence des périls dont nous sommes menacés. Pas plus d’ailleurs que de ces pessimistes hargneux pour qui tout espoir de salut est un rêve chimérique. Entre ces deux attitudes extrêmes, il en est une, autrement française et chrétienne : celle par quoi, tout en reconnaissant l’impuissance radicale des efforts humains, on garde une foi robuste en l’intervention divine. »

Il ne croyait pas si bien dire, l’année n’était pas achevée que la Vierge Marie intervenait de nouveau... Mais plusieurs évêques refusèrent à la Vierge de Fatima l’entrée de leur diocèse. La presse, y compris “ La Croix ”, observa une stricte consigne de silence. Quel outrage ! Fallait-il que le Grand Retour ait touché le Cœur de notre Reine, pour qu’Elle sauve la France une fois encore, à l’heure du plus grand péril !

« REMPART ET SALUT DE LA FRANCE »

La Vierge de Boulogne était passée le 15 juin 1944 à L’Île-Bouchard, village de Touraine sis sur les deux rives de la Vienne et vivante paroisse de Chrétienté, dont le curé, l’abbé Clovis Ségelle, était de la trempe des Peyramale, des Genettes et Guérin : un modèle d’esprit sacerdotal et patriotique comme de dévotion mariale. « Notre-Dame est à L’Île-Bouchard comme chez Elle », disait-on de lui. Saint Martin et Saint Louis, sainte Jeanne d’Arc et sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus y étaient vénérés publiquement. Et aux exercices du Rosaire, en octobre 1943, à l’Immaculée Conception, « il fut souvent question de Notre-Dame de Fatima ».

Le curé avait tenu à ce que la “ Visite ” de la Reine de France soit « préparée par un triduum prêché par un montfortain... Les décorations préparées pour la Vierge pèlerine sont déployées et le cortège accompagnant la statue arrive de Crouzilles, au chant des Ave et Salve Regina. Beaucoup marchaient pieds nus. La statue s’arrête aux autels préparés sur le chemin, jusqu’à la croix de Saint-Gilles, où elle reste, éclairée jusqu’au couvre-feu. La foule est fervente, les confessions sont nombreuses. Le lendemain, le cortège repart de Saint-Gilles pour Saint-Maurice [les deux églises de L’Île-Bouchard] et le curé conclut dans son registre paroissial : “ Puisse la France recevoir bientôt le fruit des prières et des sacrifices accomplis dans les deux paroisses. Dieu seul peut la sauver... Notre-Dame obtiendra ce salut. ” » (Le diocèse de Tours et L’Île-Bouchard en 1947, Philippe Bonnichon, Actes du Colloque de 2004, Le message de L’Ile-Bouchard, p. 108)

Trois ans après, en 1947, que les historiens appellent « l’année terrible » (Fauvet), « l’année où le monde a tremblé » (Desanti), la France était en crise, pour les raisons que nous avons dites. Le 5 mai 1947, les cinq ministres communistes étaient renvoyés par le socialiste Ramadier, pour avoir “ trahi ” la solidarité gouvernementale, en refusant de voter des crédits pour l’Indochine et en critiquant sa politique anti-inflationniste. C’était la fin du tripartisme et le commencement des troubles sociaux. L’impuissance de l’État provoqua la montée en puissance des forces révolutionnaires, par syndicats et partis interposés.

Du 22 au 28 septembre, une réunion secrète des représentants des partis communistes européens à Sklarska Poreba en Pologne, permit au Kominform, bureau de propagande du communisme international, de les reprendre en main. Le 2 octobre, au vélodrome d’hiver, Maurice Thorez déclarait que le moment était venu « d’imposer un gouvernement démocratique où la classe ouvrière et son parti exercent enfin un rôle dirigeant. Il faut que ça change ! »

Les grèves s’intensifièrent, des sabotages se multiplièrent çà et là. Le 19 novembre, Ramadier démissionnait en pleine crise. Ce fut au démocrate-chrétien Robert Schuman que Vincent Auriol demanda de former un nouveau gouvernement. Au poste clé de l’Intérieur, le socialiste Jules Moch ne cachait pas que la situation était désespérée, vu le peu de moyens dont il disposait. Tout était prêt pour la révolution, les communistes « attisaient le feu partout » (Auriol). Le dimanche 7 décembre, le délégué général Frachon refusait l’accord proposé par le ministre du Travail et transmettait à ses troupes le mot d’ordre : « Tout est rompu, grève générale demain. »

Le lendemain 8 décembre 1947, en la fête de l’Immaculée Conception, la Sainte Vierge apparaissait dans l’église Saint-Gilles de L’Île-Bouchard à quatre fillettes et leur disait, avec une expression de profonde tristesse : « Dites aux petits enfants de prier pour la France, car elle en a grand besoin. »

La belle Dame insista sur le mot “ France ”. Poussées par l’aînée, Jacqueline, les deux plus petites demandèrent : « Madame, êtes-vous notre Maman du Ciel ? » Le visage de la Dame s’éclaira d’un sourire, et elle répondit d’une voix douce et lente :

– Oui, je suis votre Maman du Ciel. »

Jacqueline s’enhardit et demanda elle-même à la Dame : « Quel est l’Ange qui vous accompagne ? » L’Ange se détourna et répondit en souriant :

Je suis l’ange Gabriel. »

C’était bien l’ange de l’Annonciation, un genou en terre, avec un lys à trois fleurs blanches à la main, comme sur le pennon de Jeanne d’Arc, qu’elle avait fait peindre par un artisan de Tours, en l’honneur de Notre-Dame du Puy et de son jubilé, en 1429. La Pucelle d’Orléans était passée par L’Île-Bouchard, dans sa chevauchée vers Chinon.

Pour relire le récit complet des apparitions de L’Île-Bouchard, nos lecteurs pourront se reporter à l’article publié dans Il est ressuscité n° 41, de décembre 2005. Ne mentionnons ici que les contacts avec le “ Grand Retour ”, dont ces apparitions dans leur simplicité semblent la réponse céleste, en même temps qu’une récapitulation de notre orthodromie mariale. Trente ans après Fatima, la Sainte Vierge était de retour en France, non pour accomplir d’éclatants miracles, ni pour délivrer un message, tout a déjà été dit dans les précédentes apparitions, mais pour la sauver in extremis de la Révolution.

Le fait que les apparitions se soient déroulées dans une église paroissiale est significatif, car à chaque étape du périple de la Vierge de Boulogne, c’est dans les églises qu’elle faisait ses stations. C’est dans ce cadre traditionnel, paroissial, familial, que sortit le salut de la France.

Autre rapprochement : ce 8 décembre, les sœurs en charge de l’école du village, religieuses de Sainte-Anne de la Providence, fondées deux siècles plus tôt à Saumur par sainte Jeanne Delanoue, achevaient une neuvaine spéciale au Cœur Immaculé de Marie qui s’achevait par ces mots : « Ô Marie ! communiquez à nos âmes le feu qui vous embrase afin qu’un jour nous puissions chanter avec vous l’éternel Magnificat. » Le 9 décembre, deuxième jour des apparitions, le mot “ Magnificat ” apparaissait en lettres brillantes sur la poitrine de la belle Dame.

C’était le jour où, à la stupéfaction générale, le Comité national de grève de Paris donnait l’ordre de reprendre le travail. Le péril imminent d’une prise du pouvoir par les communistes était écarté. Et pourtant, le lendemain 10 décembre, à la demande de Jacqueline : « Madame, voulez-vous faire un miracle pour que tout le monde croie ? » La Sainte Vierge, habituellement souriante, répondait, un voile de tristesse devant les yeux :

« Je ne suis pas venue ici pour faire des miracles, mais pour vous dire de prier pour la France qui, ces jours-ci, est en grand danger. »

Par quels moyens ? Des Ave, et l’invocation qui suivait chaque dizaine, même sans Pater ni Gloria : « Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous », ou bien « priez pour la France », qui terminait le cantique en usage dans la paroisse, et « que j’aime bien », avait-elle dit.

Le dernier jour, 14 décembre, Elle demanda, par l’intermédiaire des enfants, à la foule qui remplissait l’église : « Récitez une dizaine de chapelet les bras en croix. » Exactement comme on faisait au Grand Retour ! Le curé Ségelle le dira : « Que de prières, que d’Ave pour la France ! Car la France fut bien le thème de toute cette période du 8 au 14 décembre. » (Lettre au P. Maes, 14 novembre 1948)

Et la France fut sauvée. Quelques jours après, le curé Ségelle voyait arriver à L’Île-Bouchard un pèlerin pas comme les autres. « Je viens de Paris, lui dit-il. Je suis de la police... je suis venu en pèlerin. » Et il raconta ce qui s’était passé dans la capitale : « Le gouvernement était affolé... Nous savions avec certitude que ça devait sauter et que nous n’avions pas les moyens d’arrêter ça ! Nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi ça n’a pas sauté. »

On remarque, dans l’église de l’Île-Bouchard, un ex-voto, peut-être posé par ce haut fonctionnaire de la police, avec cette inscription : « Magnificat ! Merci ! Ô Marie conçue sans péché, notre Mère, notre Reine, Rempart et Salut de la France. » En dessous, une fleur de lys entourée d’une couronne d’épines avec ces mots : « Vive Jésus-Christ qui aime les Francs ! »

Et après ? Malgré le rapport minutieux et exemplaire de l’abbé Henri Souillet, curé de Milly en Anjou, achevé en juin 1948, l’archevêque de Tours resta toujours sur la réserve, et le bon chanoine Ségelle mourut en 1960 sans avoir vu l’Église reconnaître l’authenticité des apparitions. Elles ne le sont pas encore à ce jour, même si Mgr Vingt-Trois y a autorisé en 2001 les pèlerinages et le culte public.

Alors... il nous faut multiplier prières et pèlerinages « pour la France », en esprit de réparation, afin que s’y répande partout la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. À cet effet, une chronique de pèlerinages phalangistes sera ouverte dans les prochains numéros, dans le but de découvrir dans notre histoire de France des révélations touchantes, convertissantes, du Cœur si bon de la Sainte Vierge ; lui montrer que ses enfants de France ne sont pas tous des ingrats ; qu’à notre petite mesure, nous voulons « réparer » tant d’offenses et préparer son « retour », en témoignant que l’aimable « Dévotion réparatrice » a son terrain d’élection... chez nous, en France !

Frère Thomas de Notre-Dame du perpétuel secours.

« Dites aux petits enfants de prier pour la France qui en a grand besoin. » ( 8 décembre 1947 )