Il est ressuscité !

N° 240 – Février 2023

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


En route vers Notre-Dame ! (3)

« Était-ce l’Espérance ? Oui, car sa Mère a dit tout bas :
 Ô mon doux Fils, ne pleurez pas. Je vous garde la France. ” »
(cantique de Noël traditionnel)

POUR garder confiance et espérance dans ces temps si mauvais, et promouvoir la petite “ dévotion réparatrice ” demandée par le Ciel, au mois de janvier se sont multipliés les pèlerinages de notre “ Opération spéciale mariale ”, avec une ferveur qui, nous l’espérons, a consolé et réjoui le Cœur Immaculé de Marie. De la Rue du Bac à Pontmain, en passant

par la Bretagne et la Bourgogne, partout où se manifestent la puissance, la sagesse et les bontés de ce Cœur, unique Colombe en qui la Trinité Sainte a mis ses complaisances, c’est en lui que ses enfants suppliants trouvent un refuge assuré et un chemin escarpé, « pour que l’enfer s’éloigne de nous à jamais »...

« VENEZ AU PIED DE CET AUTEL... »

C’est pour répondre à l’invitation de notre Mère du Ciel que la permanence parisienne sous la conduite de frère François s’est retrouvée aux premiers jours de l’année pour une Heure sainte dans la chapelle de la Médaille miraculeuse de la Rue du Bac, qui fut le cadre d’apparitions mer­veilleuses et décisives dans notre Histoire de douce et sainte France. Elle est aujourd’hui encore une « source intarissable » où le divin Cœur de Jésus, à qui cette chapelle était consacrée primi­tivement, a voulu que le Cœur Immaculé de Marie se manifeste de la plus belle manière, et fasse « jaillir sur la terre l’eau vive de sa miséricorde ».

Vierge au globe de la chapelle de la Rue du Bac
Vierge au globe de la chapelle de la Rue du Bac : « Un moment, on croira tout perdu ; mais tout sera gagné. Car c’est la Sainte Vierge qui nous sauvera. Oui, quand cette Vierge offrant le monde au Père éternel sera honorée, nous serons sauvés, nous aurons la paix. » (sainte Catherine Labouré, 1876)

Il y eut d’abord, en avril 1830, à l’occasion du transfert des restes mortels de saint Vincent de Paul jusque dans la chapelle des Pères lazaristes de la rue de Sèvres, l’apparition de son cœur de fondateur à une jeune novice, sœur Catherine Labouré, arrivée tout droit de sa Bourgogne natale. Il se fit voir trois jours de suite et trois fois différent : « Blanc, couleur de chair, qui annonçait la paix, le calme, l’innocence et l’union ; rouge feu, ce qui doit allumer la charité dans les cœurs, la communauté va se renouveler et s’étendre jusqu’aux extrémités du monde ; enfin, rouge noir, ce qui me mettait la tristesse dans le cœur... tristesse qui portait sur le changement de gouvernement. »

Monsieur Vincent se faisait en effet un sang d’encre pour la France de 1830, comme déjà au temps de la Fronde il compatissait à toutes les misères et organisait les secours, mais là c’étaient les institutions mêmes du Royaume, dont Jésus-Christ est le Roi et Marie la Reine, qui étaient menacées.

La novice en eut la vision prémonitoire le 6 juin, en la fête de la Sainte Trinité : au cours de la messe, Notre-Seigneur lui apparut dans l’Hostie comme un Roi avec une Croix sur la poitrine, mais dépouillé de ses ornements et des attributs de son pouvoir. Le mois suivant, c’était la Révolution dans Paris. Le roi Charles X abdiquait et partait en exil, et son pouvoir était usurpé par son cousin Louis-Philippe d’Orléans. « C’était le début de la grande révolte au nom de la Liberté, écrit notre Père, dont la France, l’Église et le monde devraient vivre les folies criminelles comme d’un nouveau déicide. » (CRC n° 321, p. 2)

La Vierge Marie, dont sainte Louise de Marillac avait voulu que ses filles honorent « la sainte Conception qui l’a rendue si précieuse aux yeux de Dieu », choisit alors le chœur de la chapelle de la Rue du Bac pour lancer sa “ contre-révolution ” céleste, mariale ! Dans la nuit du 18 au 19 juillet, la sœur fut réveillée par son ange gardien, conduite par lui à la chapelle et, pendant deux heures, eut un entretien avec la Reine du Ciel, à genoux devant Elle, les mains posées sur ses genoux !

« Les temps sont très mauvais, des malheurs vont fondre sur la France : le trône sera renversé, le monde entier sera renversé par des malheurs de toutes sortes. [La Sainte Vierge avait l’air très peinée en disant cela.] Mais venez au pied de cet autel, là les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur, elles seront répandues sur les grands et sur les petits.

« Le moment viendra où le danger sera grand, on croira tout perdu, là je serai avec vous, ayez confiance, vous reconnaîtrez ma visite et la protection de Dieu et celle de saint Vincent sur les deux communautés. » À ces mots, la sœur Catherine pensa : « Quand est-ce que ce sera ? » et comprit : « Quarante ans. »

Avec la chute de la Monarchie très-chrétienne, le démon avait gagné une bataille, il était libre désormais d’exercer ses ravages en politique, une politique qui n’avait plus rien de sacral. Mais la Sainte Vierge, disait notre Père, était toujours Reine, ou plutôt “ Régente ” au saint royaume de France. Et Elle ralliait ses soldats, ses enfants fidèles, en leur donnant un signe efficace de sa toute-puissance et de sa miséricorde : la Médaille miraculeuse.

MÉDIATION UNIVERSELLE DU CŒUR DE MARIE

Déjà sœur Catherine avait eu révélation de l’intercession de son vénéré Père fondateur : « Le cœur de saint Vincent est un peu consolé parce qu’il a obtenu de Dieu, par la médiation de Marie, que ses deux familles ne périraient pas au milieu de ces malheurs et que Dieu s’en servirait pour ranimer la foi. » Bientôt, la sainte novice reçut du Cœur Immaculé de notre royale Médiatrice, la manifestation apocalyptique, réservée pour les derniers temps, dans la même chapelle, le samedi 27 novembre 1830, veille du premier dimanche de l’Avent :

« Sur un ciel bleu, étoilé par en haut, aurore par en bas, dans un soleil, la Très Sainte Vierge, voile aurore, robe blanche, manteau bleu céleste, les pieds sur un croissant, écrasant la tête du serpent avec le talon. Douze étoiles sont autour de sa tête. Particularité essentielle : la Sainte Vierge tient légèrement le globe du monde dans ses mains, et elle l’éclaire d’une vive lumière. »

En réponse à sa prière, des anneaux apparurent à ses doigts, au nombre de trois à chaque doigt. Chaque anneau était orné de pierreries, – les joyaux de l’Épouse – d’où jaillissaient des rayons. « Cette boule que vous voyez représente le monde entier, particulièrement la France, et chaque personne en particulier. Ici je ne sais m’exprimer sur ce que j’ai éprouvé et ce que j’ai aperçu, la beauté et l’éclat des rayons si beaux. C’est le symbole des grâces que je répands sur les personnes qui me les demandent », entend la voyante, qui entre ainsi dans la contemplation du Cœur Immaculé de Marie, “ Virgo potens ”, heureux canal de toutes grâces : « En me faisant comprendre combien il était agréable de prier la Sainte Vierge et combien Elle était généreuse envers les personnes qui la prient, que de grâces elle accordait aux personnes qui les lui demandent, quelle joie Elle éprouve en les accordant. »

De certaines pierreries, il ne sortait aucun rayon : « Ce sont les grâces que l’on oublie de me demander. » Oh ! alors, il faut sans tarder “ réparer ” cet oubli pour la consoler. Puis les rayons devinrent si intenses que le globe d’or disparut, c’était la deuxième phase de l’apparition : la Vierge aux mains rayonnantes. Les mains de l’Immaculée s’inclinèrent comme chargées du poids des grâces qu’elle avait à répandre. Un tableau se forma autour d’Elle, avec l’inscription : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à Vous », et une voix qui se fit entendre : « Faites frapper une médaille sur ce modèle, toutes les personnes qui la porteront avec confiance recevront de grandes grâces. »

Et voici la troisième phase : le tableau se retourna, présentant au centre la lettre “ M ”, surmontée d’une croix ayant une barre à sa base, symbole de l’autel où se perpétue le Sacrifice de la Croix, avec au-dessous, les Cœurs de Jésus et de Marie, le premier entouré d’une couronne d’épines, le second transpercé d’un glaive. Inquiète de savoir comment orner le revers de la médaille, la voyante entendit un jour une voix lui dire distinctement : « Le M et les deux Cœurs en disent assez. »

C’est bien l’Immaculée Conception qui s’était manifestée « belle en son plus beau », au regard de la petite sœur de Charité et en réponse à sa prière ardente : Vierge au globe d’or, aux mains rayonnantes, au Cœur transpercé, revivant sa Co-rédemption ou parfaite Réparation, d’un seul Cœur avec son Fils pour ses enfants, révélant sa joie intime, débordante, d’être leur Médiatrice puissante, pour leur salut à tous. Sainte Catherine écrira un jour, avec un lyrisme qui ne lui était pas coutumier, mais qui annonce le “ Grand Retour ” de notre Reine :

« Oh ! qu’il sera beau d’entendre dire :  Marie est la Reine de l’univers, particulièrement de la France ”, et les enfants s’écrieront avec joie et transport : et de chaque personne en particulier . Ce sera un temps de paix, de joie et de bonheur qui sera long, elle sera portée en bannière et elle fera le tour du monde. »

En quittant à regret cette chapelle bénie de la Médaille miraculeuse, nos phalangistes se souvinrent du testament spirituel de sainte Catherine Labouré qui, pendant son long “ martyre du silence ” (Colette Yver), à cause des réticences et oppositions soulevées par la hiérarchie au sujet de la Vierge au globe, et pas seulement pour cela, apprit à consoler Notre-Dame :

« La Sainte Vierge est peinée, parce qu’on ne fait pas assez de cas du trésor qu’Elle a donné à la communauté dans la dévotion à l’Immaculée Conception ; on ne sait pas en profiter ; mais surtout parce qu’on ne dit pas bien le chapelet. La Sainte Vierge a promis d’accorder des grâces particulières chaque fois que l’on priera dans la chapelle : mais surtout une augmentation de pureté, cette pureté d’esprit, de cœur, de volonté qui est le pur amour. »

L’ÉTOILE DE LORIENT : NOTRE-DAME DE VICTOIRE

En ce premier samedi de janvier, nos amis de Bretagne-Sud rallièrent la paroisse Notre-Dame de Victoire à Lorient, pour pratiquer avec un petit groupe de fidèles les exercices de la dévotion réparatrice, dans la chapelle élevée en 2021 au rang de sanctuaire marial diocésain par l’évêque de Vannes, Mgr Centène. En cette vigile de l’Épiphanie, nous nous sentions un peu comme les mages venus d’Orient et guidés jusqu’à la crèche de Bethléem par l’étoile. Puisque la ville de Lorient doit son origine à la Compagnie des Indes orientales créée par Louis XIV : « Ab oriente refulget... Elle resplendira de l’orient. »

Pour nous aujourd’hui, l’étoile qui guide notre marche et nous réjouit de sa lumière, c’est la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie, qui nous fait une douce obligation d’offrir « à l’Enfant et à Marie sa Mère » (Mt 2, 11) l’or de notre foi, – car Il est notre petit Roi, et Elle, notre douce Reine –, l’encens de notre prière embrasée de dévotion et la myrrhe de notre compassion, le tout en esprit de réparation.

Mais pourquoi ce vocable de “ Notre-Dame de Victoire ”, qui sonne comme un coup de trompette ?

1746 : LORIENT SAUVÉE DES ANGLAIS

Ce n’est pas la première fois que la Très Sainte Vierge s’est trouvée impliquée dans les combats de la Chrétienté. Déjà, le 7 octobre 1571, à Lépante, la flotte chrétienne l’avait emporté sur celle des Turcs, grâce aux prières des confréries du Très Saint Rosaire, mobilisées à cet effet par le saint pape Pie V, qui en reconnaissance institua la fête de “ Sainte Marie de la Victoire ”. Il y avait aussi en France, à Paris, le sanctuaire de Notre-Dame des Victoires, élevé par le roi Louis XIII en reconnaissance de ses succès remportés sur les ennemis du royaume et sur les huguenots rebelles. Tandis qu’en Nouvelle-France, la ville de Québec connaissait par deux fois (1690 et 1711) la miraculeuse délivrance d’un siège anglais.

La même levée de siège se produisit à Lorient, en 1746, et le 7 octobre s’il vous plaît ! mais le caractère miraculeux de l’événement étant mis en cause par les anticléricaux de service, il fallait en avoir le cœur net : un de nos jeunes amis, féru d’histoire et formé à l’école de notre Père, se pencha donc sur la question. Après un exposé précis des faits, à savoir que les Anglais avaient réellement l’intention de s’emparer de la ville de Lorient, siège de la Compagnie des Indes, ils menacèrent de brûler la ville et d’exterminer ses habitants ; ces derniers étaient partagés entre la capitulation et la résistance ; mais sept jours après, les Anglais rembarquaient sans demander leur reste... Que s’était-il passé ? Voici les conclusions de notre ami :

« L’ensemble des Lorientais reconnut aussitôt le secours providentiel du Ciel dans cette délivrance inespérée. Le maire écrivit à son homologue de Morlaix pour rendre compte des événements : “ Le Dieu Tout Puissant nous a délivrés dans le moment de la fureur des Anglais. ” Le 15 novembre, les autorités de la ville reconnaissaient publiquement que la levée du siège était “ l’effet de la protection singulière de Dieu et de la Sainte Vierge ”, ordonnant de solenniser le 7 octobre en l’honneur de Notre-Dame de Victoire avec une procession publique, passant commande d’une statue et d’un tableau à son effigie.

« Le secours du Ciel ne fait aucun doute pour les contemporains de l’événement. Les circonstances ont toujours été défavorables aux Anglais. Le vent contraire du 30 septembre a fait gagner une journée précieuse aux défenseurs de Lorient ; l’absence du général Sinclair (chef du corps expéditionnaire anglais) le 3 octobre à l’arrivée des représentants de Lorient a fait gagner encore une journée aux Français ; la mauvaise météo a rendu difficile la logistique des troupes anglaises et fait craindre à Sinclair de se retrouver privé de sa base arrière, la flotte de l’amiral Lestock, cette considération semble avoir été décisive dans sa décision de faire retraite ; enfin, le salut de la cité s’est joué à quelques heures entre le repli du corps expéditionnaire britannique et l’arrivée des représentants français porteurs de la lettre de reddition. L’abbé Pontvallon-Hervouet en tire la leçon : “ Le Seigneur, par sa grâce et sa sagesse, confondit les mauvais conseils [de ceux qui voulaient capituler], l’orgueil des Anglais, et celui que nous aurions pu avoir dans nos forces. 

« Comment ne pas voir dans cette suite d’événements la main du Ciel ? D’autant plus que ce 7 octobre était le 175e anniversaire de la bataille de Lépante. Ajoutons que le curé de Lorient, Francois Cohalan, avait invité les assiégés à prier Notre-Dame : “ Si le siège est levé, nous faisons le vœu de faire une procession chaque premier dimanche d’octobre avec la statue de la Vierge pour remercier notre Protectrice. ” Pour ceux qui nient l’existence d’un tel recours, on ne peut concevoir que le peuple breton (Lorientais, miliciens et habitants venus se réfugier dans la ville) n’ait pas invoqué le Ciel en un danger si menaçant : les traces de l’apostolat de saint Louis-Marie Grignion de Monfort sont encore fraîches, le pèlerinage à Sainte-Anne d’Auray est tout proche et les annales bretonnes rapportent plusieurs protections miraculeuses obtenues par l’intercession de la Reine des Cieux.

« C’est bien Notre-Dame, “ plus terrible qu’une armée rangée en bataille ”, qui défit les Anglais ce 7 octobre 1746 pour montrer sa prédilection pour le Royaume des Lys qui lui était confié depuis sa consécration de 1638. Elle se devait de le sauver de ses ennemis, en particulier de la protestante et perfide Albion. Elle voulait aussi rappeler à la jeune ville de Lorient, alors toute tournée vers le commerce des Indes, qu’il faut placer sa confiance en Elle, et non dans la sagesse et l’argent des hommes. »

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Lorient fut presque entièrement détruite sous les bombardements de la Royal Air Force, qui s’acharna contre l’énorme complexe en béton construit par les Allemands, qui abritait les U-Boote que la Kriegsmarine lançait contre le commerce allié dans l’Atlantique. Curieusement, les Anglais ne commencèrent à lâcher leurs bombes que lorsque la base fut achevée... Tout fut rasé, mais parmi les décombres de l’église Saint-Louis, la statue de Notre-Dame de Victoire fut retrouvée intacte !

Notre-Dame de Victoire

Notre-Dame de Victoire, déclarée Patronne de Lorient par le bienheureux Pie IX (8 septembre 1867)

Comment ne pas lui adresser l’admirable hymne composé par saint Jean Eudes : « Ô Mère admirable, redoutable comme une armée rangée en guerre contre les cohortes sauvages de l’enfer, vous êtes la douceur de nos cœurs... Ô notre Père, accordez à vos enfants suppliants de suivre Marie dans toutes ses victoires ; et qu’enfin, pour qu’ils soient vos enfants, qui triomphe dans leurs cœurs et pour toujours votre divine charité. »

Pour qu’advienne cette victoire du Cœur Immaculé de Marie... sur le cœur du Saint-Père pour commencer, nos amis phalangistes poursuivirent leur pèlerinage en descendant le long du Blavet jusqu’à Hennebont, autrefois appelée “ Ville de Marie ”, en raison de la superbe église édifiée au début du seizième siècle par un simple ouvrier, animé d’une foi inébranlable et d’un zèle dévorant, du nom de François Michart. D’abord appelée “ Notre-Dame du Paradis ”, elle prit le nom de “ Notre-Dame du Vœu ”, à la suite de la promesse faite en 1699 par les habitants d’offrir à la Reine du Ciel une statue en argent massif s’ils étaient délivrés d’une épidémie de peste qui décimait la région. Notre-Dame répondit au vœu de ses enfants et la ville d’Hennebont fut préservée. Quant à la statue, elle eut les honneurs du couronnement trois cents ans plus tard, et saint Pie X érigea l’église au rang de basilique mineure. Chacun fit sien la belle prière qu’on récitait autrefois :

« Il y a longtemps que nous avons fait le vœu de vous appartenir et que nous nous sommes rangés sous votre bannière. Cette promesse, nous la ratifions aujourd’hui... qu’après avoir été vôtres ici-bas, nous puissions garder l’espérance, ô Notre-Dame du Paradis, qu’au seuil de l’éternité vous nous accueillerez un jour pour y partager votre bonheur et votre gloire. »

« LA VIERGE LE VEUT ! »

Avant de retrouver les Bretons du Nord, disons un mot du tour de Bretagne effectué par la Vierge de Boulogne, dite du “ Grand Retour ”, dans un moment particulièrement difficile, périlleux même, puisqu’il se produisit en même temps que les combats de la libération, entre l’été 1944 et le printemps 1945. Passant d’un diocèse à l’autre, au milieu de ses enfants, suscitant partout un magnifique élan de piété, à la fois organisé et spontané, plus fervent peut-être qu’en d’autres provinces de France, car « nous, Bretons, affirme-t-on là-bas gravement, plus que toute nation, envers Marie avons obligation » !

Parmi les quatre Voies mariales qui sillonnèrent la France, la “ Voie maritime ” fut initiée le 8 août 1943 dans un petit village de Gironde, appelé Dieulivol. Ce nom est la traduction en Occitan de la devise des Croisés : « Dieu le veut ! » Le chef de la Voie maritime était le Père Clairet, montfortain, qui choisit alors pour devise : « La Vierge le veut ! »

Après avoir traversé les diocèses de Bordeaux et d’Angoulême, la Vierge de Boulogne arriva dans celui de Luçon, en septembre 1943. L’évêque, Mgr Cazaux, décréta une année mariale, et les foules furent au rendez-vous : des milliers de fidèles se pressaient sur son passage et dans les sanctuaires. Par exemple, au village de La Verrie, le 17 novembre 1943 :

« Les 1 800 pieds de houx fleuris qui devaient orner les quinze kilomètres de parcours et les arcs de triomphe du bourg et de chaque hameau de La Verrie rompent, pour un temps, avec les contraintes de l’Occupation. La procession arrive à l’église, la foule est à genoux, la statue est déposée dans le chœur, une garde d’honneur est alors constituée et les prêtres confessent les fidèles. La veillée mariale débute à 21 heures, les fidèles sont nombreux à assister à la messe de minuit. La garde se prolonge jusqu’au matin et à 8 heures se déroule une nouvelle messe. Un cortège escorte la Madone jusqu’aux limites de la commune où la statue est prise en charge par une autre commune. »

Ces manifestations de dévotion populaire s’accompagnaient souvent de « signes tangibles de patriotisme ». À l’Hermenault, on entendit : « Il est opportun, le passage de la Vierge de Boulogne, Protectrice de la France, tous veulent lui confier le sort si incertain de notre cher pays. »

De là, la statue passa dans le diocèse d’Angers, avec quinze mille personnes pour l’acclamer à Cholet, vingt mille à Angers, dix mille à Béhuard, dix mille aussi à Saumur ! « Tous les témoins attestent de l’exceptionnelle exaltation qui s’est emparée de la foule : processions nu-pieds et bras en croix, prédications enflammées de moines en robe de bure ; l’esprit est à la repentance, à la réparation, avec l’hymne du Parce Domine et la supplication adressée au Cœur Immaculé de Marie, par le moyen de vœux écrits jetés dans la barque de la Vierge. Des Saumurois réputés mécréants sont présents. Est-ce le grand retour à la foi, renforcé par l’espoir de la fin prochaine de la guerre ? En tout cas, la guerre est toujours présente ; la statue rencontre Notre-Dame de Béhuard sur le pont de la Guillemette enjambant un bras de la Loire, le dimanche de la Pentecôte 29 mai 1944, le jour même du grand bombardement d’Angers. »

L’évêque de Nantes, Mgr de Villepelet, ayant accueilli lui-même la statue de Notre-Dame de Boulogne, embarqua avec elle à Ingrandes et descendit une partie de la Loire. « De clocher à clocher, de village à village, le Grand Retour, qu’on appela tout d’abord le Retour de Notre-Dame de Boulogne, a commencé d’emprunter nos routes de l’Ouest. Mystique attirance de “ Madame la Vierge ”, étonnante ferveur, héritée de l’âme médiévale, qui, sur le passage d’une humble statue, traînée dans une de ces remorques de bricoleur que les nécessités du temps mises à la mode, assemble des foules considérables. Qu’on regarde ce voyage triomphal sur les routes de France, avec souci d’historien ou attrait de poésie, on est bien contraint de convenir qu’il s’agit là d’un mouvement presque exclusivement populaire, renouvelé par une sorte d’instinct de la geste évangélique qui, sans plan et sans programme, de sa propre impulsion, va s’amplifiant et dont les résultats spirituels semblent dépasser l’entendement humain. » (Ouest-Éclair, 11 février 1944)

Elle ne put entrer à Nantes comme le souhaitait l’évêque, en raison des bombardements dits “ stratégiques ”, en réalité terriblement imprécis et faisant des milliers de victimes civiles, effectués par les Anglais au moment du débarquement en Normandie.

Le moment le plus émouvant fut celui du passage de Notre-Dame de Boulogne à Saint-Nazaire, « la ville qui avait été et qui n’était plus. Pour recevoir l’Auguste Visiteuse, il n’y avait plus de toit, plus de voûte faite de main d’homme, les églises étaient éventrées. Il ne restait plus que la grande voûte des cieux, inaccessible à la rage des hommes, pour recevoir dignement la Femme aux douze étoiles. Face à la mer, sous la lune, on installe un autel. On y célèbre la Messe. Les missionnaires s’assoient sur des pierres qui leur servent de confessionnal. Toute la nuit, le pardon descend sur cette route meurtrie et courageuse. Dans un tel lieu, où tant d’innocents étaient morts, la méditation des mystères douloureux prenait une inexprimable résonance. La Messe, dans ce lieu de cauchemar, ouvrait des horizons insoupçonnés de foi. On comprenait, là, toute la souffrance du Fils et de la Mère... Ceux qui ont vécu de tels instants ont compris jusqu’où peut s’élever dans la foi, l’espérance et la charité, toute une foule chrétienne. Battre à l’unisson d’une telle foule est une grâce que l’on ne peut oublier ! On sentait toutes les houles du cœur humain venir se perdre dans les Cœurs du Fils et de la Mère. Il faut avoir vécu le Grand Retour à cette profondeur pour savoir tout ce qu’il portait en lui de densité spirituelle...

« Il aurait fallu aussi, chaque soir, aller dans nos plus humbles églises de campagne, car c’est là sans doute que se nouait le colloque le plus intime avec Dieu par l’entremise de la Vierge. Celle qui s’avançait de paroisse en paroisse dans une robe d’une inimaginable beauté, une robe tissée dans la trame des lis, les attendait maternellement. C’est là, dans ces petites et vieilles églises aux murs moussus, perdues au milieu des marronniers ou cachées derrière des rangées de tilleuls ou d’ormes, que l’on aimait se retrouver quand Notre-Dame s’y arrêtait pour la nuit. Des milliers de gens venaient y réchauffer leurs cœurs engourdis. » (R. P. Devineau, Dans le sillage de la Vierge, p. 102) On chantait alors sur l’air du cantique de Pontmain : « Vierge, notre espérance, Étends sur nous ton bras, Sauve, sauve la France, Ne l’abandonne pas... »

On se préparait à la procession par le jeûne, la confession, la pénitence et des chapelets que l’on venait à pied réciter à l’église. Les hommes qui se disputaient l’honneur de porter les oriflammes et les bannières, s’habillaient de leur plus belle chemise blanche ; la bannière des enfants de Marie était très convoitée. Hommes et femmes se déchaussaient, glissaient les chaussures dans la barque et marchaient pieds nus. Les mères imploraient le retour des fils, les femmes celui des maris. Les bras en croix, on répétait les cantiques à l’infini, comme une houle : « Chez nous, soyez reine... Gloria Patri... Parce Domine... »

On lisait dans le Courrier de Châteaubriant, en date du 23 juin 1944 : « Notre-Dame de Boulogne nous adresse ce message du Ciel... Le péché est la cause des guerres. N’allons-nous pas tous répondre en faisant pénitence, en rejetant nos erreurs nationales, en vomissant le virus communiste, source de tous nos maux ? » Oui, mais dans son Acte de consécration du 31 octobre 1942, qu’on récitait au passage de la Vierge de Boulogne, le pape Pie XII ne mentionnait ni la Russie, ni ses « erreurs » qui infestaient le monde... Un article de l’Écho de Paimbœuf du 22 juillet 1944 rappelait néanmoins : « Patience, courage, prière et pénitence, redit la Vierge à son peuple, aujourd’hui comme hier à Pontmain, à La Salette, à Lourdes, à Fatima... Voyez, je passe parmi vous librement, miraculeusement, comme une Souveraine à qui rien ne peut barrer la route, victorieuse en tout temps du serpent infernal, respectée de Satan qui ne peut rien contre moi et ceux qui se confient en moi... Mais encore une fois, prière et pénitence, ö mon peuple ! »

LE “ TRO BREIZ ” DE NOTRE-DAME

Pour pénétrer dans le diocèse de Vannes, il fallut exfiltrer le char de la Vierge de la poche de Saint-Nazaire et franchir la rivière de la Vilaine, sur laquelle les troupes allemandes avaient décidé de se battre. Ce fut peut-être le moment le plus périlleux du “ Grand Retour ”, mais quelle foi tranquille, fervente, conquérante, de la part des missionnaires de la Vierge ! On vit même des officiers (autrichiens) de la Wehrmacht se découvrir au passage de la Vierge, se signer et réciter le chapelet, et on entendit un de leurs soldats murmurer : « Ah ! ces Français, ils l’ont trouvée l’arme secrète ! » Instant de communion et de ferveur, si souvent répété au passage de la Vierge !

Notre-Dame du Grand Retour franchissant la Vilaine
Notre-Dame du Grand Retour franchissant la Vilaine (11 août 1944)

Alors commença pour la Vierge son “ Tro Breiz ” ou “ tour de Bretagne ”. Autrefois, c’étaient les pèlerins qui s’en allaient en suivant les côtes d’Armorique vénérer les fondateurs des sept évêchés de Bretagne, de Dol à Vannes en passant par Saint-Malo, Saint-Brieuc, Tréguier, Saint-Pol et Quimper ; cette fois, signe des temps ! c’était la Vierge Marie qui faisait le tour de son domaine et visitait en Reine ses enfants.

L’évêque de Vannes, Mgr Le Bellec, vint saluer Notre-Dame du Grand Retour à Questembert, dont le recteur avait prévenu ses paroissiens : « N’oublions pas qu’avant tout il faut refaire une Chrétienté ». L’État français du Maréchal, précisait le recteur, se présente « comme le meilleur moyen du redressement », lui qui met un catholique à la tête de la nation, subventionne les écoles libres, institutionnalise la corporation, valorise la terre et la famille. Hélas ! le pouvoir légitime du Maréchal, devenu par la force des choses “ Maréchal aux liens ”, était sur le point d’être usurpé par son ambitieux rival, arrivé dans les fourgons de l’étranger.

Mgr Le Bellec, escortant le char de la Vierge dans les rues de Vannes.
Mgr Le Bellec, escortant le char de la Vierge dans les rues de Vannes.

Il n’empêche : La Gacilly, Carentoir, Ploërmel, Josselin, Auray, à chaque paroisse traversée, c’était pour Notre-Dame un triomphe, comme l’avait désiré l’évêque : « Dans nos malheurs actuels, une vision d’espérance et de paix s’annonce à nos regards. Comme passa jadis l’Arche d’Alliance à travers les plaines et les monts de la Terre Sainte, ainsi la statue symbolique de la Vierge passera sur nos routes bretonnes et par nos chemins creux... Puissions-nous comprendre la leçon providentielle du voyage mystique de la Vierge ! Le  grand Retour , c’est surtout le grand Retour  spirituel des âmes, de toutes les âmes françaises, vers Dieu, à cette heure de l’épreuve qui ne peut manquer d’être dans les intentions divines l’heure de la pénitence, l’heure du salut, l’heure de la conversion. » (15 avril 1944)

Vannes se prépara somptueusement au grand événement.

« Dans tous les ateliers, dans tous les foyers, des mains de fées taillent, découpent, tressent et confectionnent des roses et des guirlandes, pendant que les poteaux se dressent et que les arcs de triomphe se profilent sur les places.

« La préparation spirituelle n’est pas oubliée : dans un Triduum très goûté, M. le chanoine Roze, directeur au grand séminaire, s’en est chargé, en commentant avec éloquence le Message de Fatima. » (Semaine religieuse du diocèse de Vannes n° 39, 30 septembre 1944)

Le jour venu, on vit l’évêque, crosse en main et mitre en tête, pieds nus et les bras en croix (voir ci-dessus), entouré de son clergé, escorter la Vierge de Boulogne. Il s’adressa à elle, place des Lices, comme à une Reine, et conclut par ces mots :

« À Vannes, ô Notre-Dame, tous les cœurs vous sont ouverts. S’il en était quelques-uns qui seraient tentés de se fermer, oh ! ne permettez pas qu’ils s’obstinent. Faites tomber sur nous toutes les grâces dont nous avons tant besoin... Ô Reine de nos âmes, Mère de la miséricorde, douceur des cœurs chrétiens, espérance de tous ceux qui souffrent et qui pleurent, puissante avocate de tous ceux qui réclament justice ou pitié, médiatrice de toutes les grâces célestes, pendant ces heures de ferveur où nous allons vous assiéger de nos supplications, posez longuement sur nous vos yeux si miséricordieux et si doux, qui nous retourneront vers la seule voie qui sauve, celle du Grand retour. Ô Mère du rédempteur, ce peuple est bien vôtre : il veut être encore plus vôtre à partir de votre visite si bienfaisante. Chez nous, soyez reine... »

Le soir, à la veillée dans la cathédrale, un missionnaire fit des mystères douloureux du Rosaire des applications pratiques sur nos grandes fautes nationales : « Pour toutes les fautes qui ont coûté au Christ en sueur de sang de l’agonie, en flagellation, son couronnement d’épines, sa croix, et qui ont fait pleurer Marie, comme une mère qui serait battue par ses enfants, pardon ! pardon ! »

La Vierge du Grand Retour dans le Finistère, ici sur le route de Plobannalec (archives du diocèse de Quimper, collections numérisées).
La Vierge du Grand Retour dans le Finistère, ici sur le route de Plobannalec (archives du diocèse de Quimper, collections numérisées).

Le cortège de la Vierge évita la poche de Lorient et entra dans le diocèse de Quimper, le 7 octobre 1944, pour une « Croisade de Pénitence et de Prière pour la conversion des pécheurs, condition indiquée par la Très Sainte Vierge pour obtenir la paix, rappelait Mgr Duparc. Répandons dans nos écoles et nos familles la récitation quotidienne du chapelet. Au Portugal, depuis les apparitions de Notre-Dame de Fatima, tous les hommes, à part une minorité, disent leur chapelet tous les jours, et c’est à cette pratique que ce pays doit d’avoir été préservé de la révolution et de la guerre. »

Le diocèse de Saint-Brieuc et de Tréguier, dont l’évêque était Mgr Serrant, ne se montra pas moins fervent, en dépit du froid de l’hiver, pour accompagner la Vierge dans son Grand Retour. « Elle vient supplier le peuple, dont elle est Reine, de se soumettre à la Loi de son divin Fils. Car le Christ, s’Il veut régner, accepte [Il veut plutôt], pour que les âmes soient sauvées, que s’étende le règne du Cœur Immaculé de sa Mère. »

L’ANCRE DE SAINT-BRIEUC : NOTRE-DAME D’ESPÉRANCE.

Dans le Salve Regina, nous disons à la Sainte Vierge qu’Elle est notre espérance : « Spes nostra, salve ! » Et pourtant, ce vocable a été très peu usité jusqu’au dix-neuvième siècle. Cette lacune avait frappé un jeune prêtre de Saint-Brieuc, l’abbé Paul Prud’homme, chargé par son évêque de restaurer une chapelle vétuste, siège d’une confrérie dédiée à l’Immaculée Conception et à l’Apôtre saint Pierre. Il résolut d’y fonder le culte à Notre-Dame d’Espérance, d’une manière presque concomitante avec le Père Emmanuel, curé du Mesnil-Saint-Loup en Champagne.

L’événement déclencheur fut, à la fin de l’année 1847, la guérison miraculeuse du petit Hyacinthe de Bélizal, sept ans, atteint de la fièvre typhoïde. En quelques jours, la maladie l’avait conduit aux portes du tombeau. Ses parents, encouragés par les grâces obtenues au sanctuaire de l’Immaculée-Conception, vinrent supplier Marie de sauver leur enfant. De son côté, l’abbé Prud’homme, ami de la famille, faisait violence au ciel : « Ô Marie, je n’ai plus rien à vous offrir ; mon cœur, vous l’avez ; des biens je n’en ai pas, ou si j’en ai, ils sont à vous. Accordez la guérison que tant d’âmes pieuses vous demandent, et tous mes efforts tendront à vous faire appeler et à vous faire honorer sous le titre de Notre-Dame d’Espérance, car une fois de plus, vous aurez prouvé qu’ici on ne vous invoque jamais en vain. »

Le 2 février 1848, l’enfant, entouré de ses parents et de ses amis émus, se rendait en action de grâces à la chapelle de l’Immaculée-Conception. Il était complètement guéri. À ce coup, son père se convertit et sa sœur aînée entra au noviciat des Filles de la Charité. Et l’abbé Prud’homme se fit alors l’apôtre du culte de Notre-Dame d’Espérance. « Ce qu’il a fait pour son œuvre, dira son évêque, les peines qu’il s’est données, les obstacles vaincus, les sacrifices accomplis, tout cela ne se peut compter. Et au fond de tout cela, il y avait une idée supérieure, un sentiment profond, digne de sa piété : l’amour de Marie. La Reine du ciel et de la terre était la Reine et la maîtresse de sa vie... Notre-Dame d’Espérance : tel est le doux nom sous lequel il voulut que son œuvre fût connue dans l’Église. »

Quelques jours après ces événements, éclatait à Paris la révolution. Le trône de Louis-Philippe l’usurpateur était renversé ; Paris, couvert de barricades, présentait une fois encore le triste spectacle d’une populace en démence. L’écho de cette fureur parvint jusqu’en Bretagne et les habitants de Saint-Brieuc accoururent en foule à la chapelle dont Notre-Dame d’Espérance avait pris possession. Une prière incessante s’organisa ; pendant un mois entier, de nombreux groupes de fidèles y vinrent implorer le salut de la France. C’est alors que l’abbé Prud’homme, comprenant que la plaie faite au cœur de la nation était profonde et ne pouvait disparaître en quelques jours, conçut le projet d’organiser la prière en permanence.

L’évêque, Mgr La Mée, accepta d’ériger canoniquement une “ Association de prières et de bonnes œuvres pour le salut de la France ”, sous l’invocation et le patronage de Notre-Dame d’Espérance, que le pape Pie IX accepta d’emblée d’élever au rang d’Archiconfrérie dès le mois d’août 1848, « ouvrant une pacifique croisade pour combattre, par la prière, sous l’étendard de Notre-Dame d’Espérance, les progrès de l’erreur et du mensonge, de la corruption et du désordre que nous voyons se propager d’une manière si désolante. Chaque jour, soir et matin, des milliers de voix s’élèvent pour la France jusqu’au trône de Marie, et lui adressent ces paroles suppliantes consacrées par l’Église et parfaitement en harmonie avec les besoins du moment : Salut, Reine du Ciel, Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur, notre espérance, salut !... Vierge glorieuse et bénie, délivrez-nous de tous dangers ! »

Notre-Dame d’EspéranceÀ cette nouvelle armée, il fallait un cri de ralliement, un chant qui fût l’expression de ses désirs et de sa raison d’être. Et l’abbé Prud’homme fit alors jaillir de son cœur les strophes aujourd’hui bien connues et auxquelles le Ciel devait répondre en 1871 : « Souvenez-vous, Marie, Qu’un de nos souverains Remit notre patrie En vos augustes mains. Mère de l’Espérance, Dont le nom est si doux, Protégez notre France, Priez, priez pour nous !... » Ce cantique fut chanté pour la première fois, le jour de la fête de la Compassion de la Très Sainte Vierge, en mars 1849. Mais pour l’office et la messe “ Mater Sanctæ Spei ”, c’est à l’humble paroisse de Mesnil-Saint-Loup qu’ils furent d’abord concédés, avant d’être adoptés par le sanctuaire breton.

L’abbé Prud’homme, qui était l’ami de l’abbé Desgenettes à Paris, de Monsieur Dupont à Tours, du saint Curé d’Ars, ne se contenta pas d’édifier un nouveau sanctuaire, il fit sculpter une statue de la Vierge, où l’on voit Jésus qui tient d’une main une ancre, emblème de l’Espérance, tandis qu’il lève l’autre main vers le Cœur Immaculé de sa Mère, nous invitant à « jeter notre ancre dans le Ciel », dans le Cœur de notre Mère... Pie IX lui accorda les honneurs du couronnement, le 30 juillet 1865.

QUAND LA FRANCE EST EN PÉRIL

Cinq ans n’étaient pas écoulés que survenait, avec la guerre franco-allemande, ce qu’on a appelé “ l’année terrible ”. Dès le 23 août 1871, une neuvaine de prières était lancée au sanctuaire Notre-Dame d’Espérance... pour le salut de la France, avec tous les jours chant du cantique. La neuvaine finie, une autre commença, puis une troisième, et cela n’arrêta pas. Chaque jour, deux à trois cents fidèles venaient réciter le rosaire. Quand décembre arriva, plus terrible et plus sombre, ces neuvaines particulières firent place à une neuvaine générale, en union avec tous les associés de l’Archiconfrérie, « cette neuvaine fermant et ouvrant l’année serait une expiation en même temps qu’une supplication offerte au Dieu qui donne la victoire par la Patronne de la France », écrivait le chanoine Prud’homme

La neuvaine générale achevée, naquit la pensée d’un vœu. On songea tout d’abord à l’adresser au Cœur sacré de Jésus, dont la bannière des zouaves pontificaux avait paru sur le champ de bataille de Loigny. Mais, sur l’ordre de l’évêque, le vœu fut adressé à Notre-Dame d’Espérance. Le 17 janvier, à six heures du soir, les associés de Saint-Brieuc faisaient le vœu de lui offrir une bannière, la plus belle qui soit. Au même moment, la Sainte Vierge apparaissait à Pontmain. Au cours de l’inoubliable veillée de prières, lorsque fut chanté le cantique de Saint-Brieuc, « Mère de l’Espérance... », l’Immaculée regardait les enfants de son plus beau sourire. Quelle belle récompense pour le chanoine Prud’homme, qui fit à Pontmain un pèlerinage d’action de grâces !

Pendant la Grande Guerre, la basilique ne désemplit pas non plus, et, le 2 février 1915, l’évêque de Saint-Brieuc renouvelait le vœu de 1871 en promettant l’offrande d’un superbe ostensoir ; de nouveau, en 1946, ce fut un reliquaire abritant un morceau du voile de la Vierge. C’est ainsi que, pendant de longues années, le sanctuaire de Notre-Dame d’Espérance fut le centre de l’un des plus beaux pèlerinages de Bretagne. Environ 4 000 messes y étaient célébrées chaque année et on y distribuait 100 000 communions ; 500 000 associés étaient inscrits à l’Archiconfrérie, répandus dans le monde entier.

« Placez votre Espérance dans le Cœur maternel de la Très Sainte Vierge, et elle ne sera jamais déçue », recommandait le recteur du sanctuaire au moment du Grand Retour. Ce fut la résolution de nos pèlerins phalangistes en quittant ce sanctuaire béni. Notre Père nous y exhortait un jour avec force : « Nous sommes entre le Vendredi Saint et le Dimanche de Pâques, et à ce moment-là, il n’y avait d’espérance que dans le Cœur Immaculé de Marie. Nous sommes dans une période analogue... Vous avez la Foi, oui, mais pas assez l’Espérance, qui attend l’intervention de la Très Sainte Vierge, et qui la demande, et cette dévotion au Cœur Immaculé, cette charité qui embrase nos cœurs, c’est cela la vie, la vraie Vie. »

NOTRE-DAME DE DÉLIVRANCE

Après une halte à la chapelle de Notre-Dame de la Fontaine, construite à l’emplacement du premier oratoire de saint Brieuc, où nous accueillit une sacristine ravie de partager son enthousiasme pour les Sept saints fondateurs, nous nous dirigeâmes en chantant le chapelet jusqu’à Quintin, village typiquement breton avec ses maisons de granit aux toits d’ardoises, où est vénéré un fragment d’une ceinture de la Vierge rapportée de Terre sainte par deux seigneurs croisés, dont celui de la petite cité bretonne. La sacristine, ravie, avait tout préparé avec art et dévotion.

Une collégiale fut fondée pour abriter la relique bénie, et installer à la place d’honneur une statue de la Vierge, sous le nom de “ Notre-Dame de Délivrance ”. Ce vocable s’explique par le fait que les femmes enceintes venaient demander protection à la Vierge contre les périls de l’enfantement. Les faveurs obtenues encouragèrent cette touchante pratique.

Saint Yves qui, au treizième siècle, illustra la Bretagne par ses miracles, et dont le père avait été du nombre des chevaliers bretons de la septième Croisade, fut un pèlerin de la Sainte Ceinture. De même, au début du quinzième siècle, saint Vincent Ferrier, que la Vierge avait délivré des assauts du démon et qui savait si bien enflammer les cœurs. Ses extraordinaires missions populaires ressemblaient au “ Grand Retour ”. C’est toujours par l’Ave Maria, « l’arme infaillible », qu’il commençait ses sermons, et c’est peut-être en souvenir de la Sainte Ceinture de Quintin, qu’il déclara un jour : « Si vous avez à vous aider les uns les autres, c’est donc que vous avez à travailler en ce bas monde. Oh ! surtout travaillez inlassablement. Rappelez-vous la Sainte Vierge. Il eût été si simple, pour elle et sa sainte Famille, de se faire servir par des anges. Elle voulut pourtant coudre, tisser, filer de ses propres mains. »

Le samedi 8 janvier de l’année 1600, – nous étions au jour anniversaire –, la relique avait été comme d’habitude enfermée dans le coffre-fort de la trésorerie.

La Sainte Ceinture.Le chanoine sacristain de garde venait de s’endormir quand, causé par un poêle chauffé à l’excès, un incendie éclata. Le cri de “ Au feu ! ” retentit dans la ville. Tous les habitants de Quintin accoururent, mais c’était trop tard : la relique avait disparu sous un tas de décombres ! Quelques jours plus tard cependant, au milieu des charbons encore embrasés, on la retrouva intacte. Ce fut alors un délire d’allégresse. Et le culte reprit de plus belle, sous le contrôle de l’évêque et du roi Louis XIII, jusqu’à la Révolution, où une main inconnue réussit à soustraire la relique d’une sacrilège profanation.

Pendant la guerre de 1870-71, pour « réparer » disaient-ils leur tiédeur coupable, les fidèles de Quintin s’engagèrent à remplacer l’antique collégiale par une superbe église.

Celle-ci devint le siège d’une confrérie, dont les associés s’engageaient à entendre la messe chaque premier samedi du mois ! et à réciter l’invocation, que nous fîmes nôtre avec ferveur :

« Ô Notre-Dame de Délivrance, délivrez l’Église, la France et les pauvres pécheurs. Protégez-nous maintenant et à l’heure de notre mort. »

SAINT BERNARD À DIJON ET NOTRE-DAME D’ÉTANG

« DE MARIA NUMQUAM SATIS »

Nos amis de Bourgogne et de Champagne, et même d’autres lieux ! s’étaient donné eux rendez-vous le 21 janvier à Fontaine-lès-Dijon, là où naquit saint Bernard en 1090 et d’où il partit pour entrer au “ Nouveau monastère ” de Cîteaux, consacré à Notre-Dame, entraînant à sa suite une trentaine de frères et d’amis de la fière noblesse bourguignonne.

En quoi l’incomparable chantre de Marie peut-il aujourd’hui encore inspirer notre opération spéciale aux allures de croisade ? Il n’est qu’à en croire notre Père qui, dès ses premières années de séminaire, se mit à son école : « C’est ainsi que mon enthousiasme vibrant pour saint Bernard, dès le récit de légende de son départ pour Cîteaux et jusqu’au bout de toutes ses entreprises extraordinaires, me valut une nouvelle vague de plaisanteries, point méchantes mais railleuses. Une façon de me dire : saint Bernard, c’est comme la lune, c’est beau, mais c’est loin ; on n’y reviendra jamais, on n’en tirera jamais la moindre flamme. Cette mystique du Cantique des cantiques, ces croisades, cette poursuite de l’hérésie, cet acharnement contre Abélard, cette hargne contre Pierre le Vénérable jugé trop tiède, c’est désuet, cela nous laisse froids... À quoi bon même y perdre son temps ? Alors que de toutes mes soifs inextinguibles je buvais au goulot, avidement, cette vie, cette ardeur, palpitant de ces saints enthousiasmes, de ces fureurs, de cette poésie mystique, sans en laisser tomber une goutte, en nourrissant ma jeune existence ! J’y entendis une leçon pour aujourd’hui... » (Mémoires et Récits, t. II, p. 194)

Oui, « une leçon » pour aujourd’hui embraser notre dévotion à la flamme de sa merveilleuse tendresse et dévotion pour la Sainte Vierge, dans un esprit de réparation. Nous étions le 21 janvier, une messe de requiem était précisément célébrée au sanctuaire de Fontaine pour l’anniversaire de la mort de Louis XVI.

Comment ne pas nous souvenir de la demande faite par le Sacré-Cœur en 1689 à Louis XIV, comme une « réparation » des outrages et humiliations que lui, le Roi des rois, avait reçus dans les palais des rois de la terre. De Louis XIV à Louis XVI, nos rois ont tous refusé d’entrer dans cette réparation d’amour et d’honneur, et la monarchie française a payé durement, chèrement, cette désobéissance aux Volontés du Ciel. Il fallut le martyre du petit roi Louis XVII dans la prison du Temple et celui de tant de saintes âmes pendant la Révolution, pour expier, « réparer » à leur tour cette rébellion de nos rois.

Hélas ! le même mystère d’iniquité se renouvelle aujourd’hui pour l’Église, à laquelle le Ciel demande depuis 1917 d’embrasser et de répandre dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, en vain. Eh bien, déclarait Notre-Seigneur à sa confidente sœur Lucie : « Fais savoir à mes ministres, étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de ma demande, qu’ils le suivront dans le malheur... Jamais il ne sera trop tard pour recourir à Jésus et à Marie. »

Pour nous aider à « recourir » sans attendre à Jésus et Marie, et à « réparer » tant d’ingratitudes qui blessent leur unique Cœur, écoutons le grand saint Bernard, Docteur de l’Église : « De Maria numquam satis... Au sujet de Marie, on n’en dira jamais assez ! » Cela est vrai théologiquement : il suffit d’écouter les trois retraites mariales que frère Bruno nous a prêchées à partir des textes de notre Père, pour comprendre que les privilèges de l’Immaculée Conception, exprimant ses relations intimes avec la Très Sainte Trinité, dépassent de loin tout ce que nos petits esprits bornés ne pourront jamais concevoir de plus beau, de plus sage, de plus digne de Dieu.

On peut aussi mettre en rapport la doctrine mariale de saint Bernard avec les apparitions mariales des deux derniers siècles, de la Rue du Bac à Fatima, en admirant par exemple la merveilleuse intuition qu’il a eue de sa Médiation de toutes grâces : « C’est la volonté de Dieu que nous ayons tout par Marie. » Et ceci encore : « Vous avez déjà remarqué, si je ne me trompe, que la Vierge est cette voie royale par laquelle le Sauveur est venu à nous, sortant de son sein comme un époux de sa chambre nuptiale... Efforçons-nous, mes très chers frères, de monter vers le Sauveur, par la même voie qu’il a suivie pour venir jusqu’à nous, d’arriver par Elle à la grâce de Celui qui, par Elle aussi, est venu jusqu’à notre misère. Puissions-nous, par vous, avoir accès auprès de votre Fils, ô vous qui avez eu le bonheur de trouver la grâce, d’enfanter la Vie et le Salut. »

Enfin, ce n’est pas uniquement une question d’intelligence des mystères de Dieu, c’est une question de cœur. Saint Bernard aimait Marie, comme il aimait Dieu, c’est-à-dire sans mesure, et sans jamais la dissocier de son Fils, ne voulant pas d’une Beauté qui lui ôte la Sagesse. « Saint Bernard, disait notre Père, au moment où Abélard et Héloïse se perdaient dans l’amour humain, lui le chantre de la Vierge, le petit serviteur passionné de la Vierge Marie, ne pouvait qu’associer continuellement cet amour virginal de la Vierge à son amour du Christ, son Seigneur, mais qu’il tenait tout palpitant, doux et tendre, affectueux et aimable, de la Vierge, comme ce corps délicat et réjouissant de l’Enfant que l’on prend des mains de sa mère qui est tout sienne. » (3 novembre 1984)

Toute la dévotion du Moyen-Âge est là, génératrice de notre civilisation chrétienne et mariale ! On doit aussi à saint Bernard de Clairvaux le Memorare, l’Inviolata, les derniers mots du Salve Regina : « O clemens, o pia, o dulcis Maria », et le merveilleux « Regardez l’étoile, invoquez Marie », qui nous conduisit aux pieds de Notre-Dame d’Étang, à quelques kilomètres de Dijon. La montée fut un peu difficile dans le froid et la neige, mais arrivés au sommet, nous avons été récompensés par le spectacle merveilleux de la Vierge dorée brillant de tous ses éclats.

VERS NOTRE-DAME D’ÉTANG

« C’est vers Elle comme vers le centre, l’Arche de Dieu, la cause des choses et l’affaire des siècles, que tous portent leurs regards : ceux qui nous ont précédés, nous qui sommes en ce temps, et ceux qui nous suivront... » (saint Bernard, sermon II pour la Pentecôte)

L’origine du sanctuaire autrefois le plus connu de Bourgogne est toute simple. Tout a commencé le 2 juillet 1435, en la fête de la Visitation Sainte-Marie, et c’est à des bergers semblables à ceux de Bethléem que Dieu daigna révéler le trésor caché dans les flancs de la montagne d’Étang. Ils avaient avec eux un bœuf qui, chaque fois qu’il était conduit sur la montagne, quittait le troupeau pour paître à genoux une touffe d’herbe bien grasse, qu’on retrouvait ensuite intacte. Les bergers, intrigués, se décidèrent à creuser à cet endroit. À peine avaient-ils soulevé quelques pelletées de terre qu’ils découvrirent une petite statue (14 cm de hauteur) de la Vierge tenant sur ses genoux l’Enfant Jésus, cachée là sans doute plusieurs siècles auparavant, au moment des grandes invasions.

Ils la portèrent en triomphe au village de Velars-sur-Ouche, au bas de la montagne. Ce qu’apprenant, le Père abbé de Saint-Bénigne de Dijon résolut de rapporter la statue dans son monastère. Le transfert s’opéra au printemps de 1436, en grande pompe et dévotion populaire. Mais un jour, elle disparut. On la chercha partout, et on la retrouva au sommet de la montagne d’Étang ! L’abbé comprit le message, et fit édifier à l’endroit même une chapelle, avec un ermitage, où un moine reçut mission d’être le gardien de la Vierge et d’y accueillir les pèlerins.

Devant la foule croissante de ces derniers, un couvent de Minimes fut installé au dix-septième siècle, « pour que Dieu soit honoré et le service divin bien et dûment célébré au contentement de ceux qui ont dévotion audict lieu », et y demeura jusqu’à la Révolution. Condé, au lendemain de la victoire de Rocroi, fit porter à Notre-Dame d’Étang, qu’il tenait pour dispensatrice de sa victoire, les étendards pris à l’ennemi. Quelques années auparavant, une pieuse mère lui avait consacré l’enfant qu’elle attendait et pour lequel elle éprouvait de vives inquiétudes. Celui-ci survécut, grandit en grâce et en vertu : c’est notre grand Bossuet qui, en compagnie de la reine Marie-Thérèse, devait plus tard y amener son élève, le dauphin de France. Mais il y a mieux encore.

DEUX SAINTS, UN SEUL CŒUR

« Dans la procession des pèlerins de Notre-Dame d’Étang, brillent d’un éclat particulier saint François de Sales et sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal. Alors que la pieuse baronne devenue veuve était en proie aux inquiétudes de conscience et aux peines de tous genres, c’est aux pieds de Notre-Dame d’Étang qu’elle vint répandre son âme et demander à son intercession le directeur de conscience qu’elle avait entrevu dans une vision. »

Notre-Dame d’ÉtangÀ l’issue du carême 1604, ils gravirent tous deux les sentiers escarpés de la sainte montagne, et on raconte que l’évêque de Genève, à genoux aux pieds de l’image miraculeuse, laissa déborder, dans une prière improvisée, les sentiments de foi et de tendre dévotion à la Sainte Vierge, dont son âme était remplie. Cette prière est celle que nous aimons réciter : « Je vous salue, très douce Vierge Marie... » (E 11 de nos carnets de chants) Quelques jours après, saint François confiait à sa dirigée : « Dieu, ce me semble, m’a donné à vous. » Leur union spirituelle avait été scellée dans le Cœur de leur commune Mère et Maîtresse.

Le 2 septembre suivant, elle venait déposer aux pieds de la Sainte Vierge son acte de donation à Dieu et les vœux de perpétuelle chasteté et d’obéissance à monseigneur de Genève, qu’elle avait prononcés à Saint-Claude le 22 août précédent. Plus tard, en 1610, quand elle dut quitter sa famille et son pays pour Annecy, c’est à Notre-Dame d’Étang qu’elle vint encore demander la force d’accomplir son sacrifice.

Si le sanctuaire d’en haut a été magnifiquement restauré et la statue monumentale de la Vierge à l’Enfant qui le surmonte redorée, l’église de Velars-sur-Ouche, rebâtie au dix-neuvième siècle par un zélé serviteur de Marie, l’abbé Bernard Javelle, à qui le saint Curé d’Ars l’avait prophétisé, a conservé tous les souvenirs de l’antique dévotion. C’est là qu’est vénérée la petite statue miraculeuse, et c’est à ses pieds que nous avons conclu avec bonheur notre pèlerinage, en évoquant le “ Grand Retour ” en Bourgogne (voir encart ci-dessous), figuratif du prochain triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

Notre Père nous dictait une fois encore nos résolutions : « Nous n’en ferons jamais assez pour Marie. Qu’on vous chante, qu’on proclame vos grandeurs, qu’on apprenne aux petits enfants à envoyer des baisers à votre image et dire Ave, que le peuple s’assemble chaque jour pour réciter le chapelet en méditant vos invariables mystères. Chacun y puise sagesse et intelligence, science, conseil et force, piété, crainte de Dieu. Que dans chaque église et chaque famille votre statue soit ornée de fleurs et de cierges... Et les fruits de votre Règne universel sont pour nous de si grande nécessité que tous nous lutterons pour qu’on ne lui impose point de limite et qu’on ne mette pas le moindre obstacle à votre culte.

« C’est Vous, ô Vierge, qui nous apprenez chaque jour les vertus les plus difficiles et les plus indispensables à notre progrès spirituel. Pieuse ! Humble ! Chaste ! vous l’êtes, et nous en sommes ravis. C’est vous le levain dans la pâte humaine, qui doucement nous apprenez à prier avec vous, comme vous, à nous tenir dans l’humilité, à demeurer purs au milieu d’un monde souillé. Si c’est là ce que vous nous enseignez et donnez, alors, que votre Règne s’étende dans nos cœurs et par toute la terre. Jamais assez ! » (Lettre à mes amis no 179, 15 août 1964)

LA VIERGE DU GRAND RETOUR EN BOURGOGNE

VOICI maintenant une paroisse  de la Bourgogne. Une paroisse comme tant d’autres paroisses bourguignonnes. On y aime davantage le vin naturel que le vin de la joie messianique. On y est bon vivant, facilement gouailleur, un peu sarcastique même. Le respect humain gêne un grand nombre. Que vont dire les gens, si on leur annonce l’arrivée d’une Madone, si illustre soit-elle ? Cela ne va-t-il pas paraître un peu ridicule devant certains esprits forts ? Aussi, le curé ne dit rien. Un cortège pénitentiel, des gens qui marchent pieds nus, les bras en croix ! Vraiment, une telle procession n’est pas faite pour une telle région ! Il vaut mieux se taire que d’aller au-devant d’un fiasco ou de moqueries ! La Vierge s’avance dans ce gros village où personne n’avait été alerté ! Quelques gens qui passaient la voient par hasard. On dépose la statue dans l’église. On prie un instant. Les missionnaires se taisent, attristés. Il aurait mieux valu ne pas venir.

« On va déjeuner. Tout à coup, voici une estafette qui arrive au presbytère : “ L’église est pleine... on vous attend ! ” dit-elle. Vite, on se lève de table. Étonnement, surprise. L’église est comble, archicomble. En moins d’une demi-heure, tout s’est dénoué. Spontanément, la prière et le chant se sont organisés. On vibre. Quelque chose se passe dans cette foule, comme passe dans la forêt à certains jours, un vent qui la secoue ! Vite, on monte en chaire. On entre au confessionnal. Là encore, sans que rien ne le laisse présager, on compte plusieurs dizaines de retours à Dieu. La messe fut célébrée dans une indescriptible ferveur. Le silence était tel, à certaines minutes, qu’on entendait la prière monter. En un tournemain, sans nulle préparation humaine, les cœurs avaient basculé. Si les corps étaient les mêmes, les cœurs avaient plongé dans des profondeurs de foi jamais, sans doute, expérimentées auparavant. Toute une paroisse, en quelques heures, avait gravi les sommets.

« Au Grand Retour, les hommes ne doutaient de rien. Ils demandaient le miracle à chaque instant. L’extraordinaire, c’est que le miracle se réalisait. Quand le doute n’a aucune prise sur l’homme, tout devient possible. On transporte les montagnes. N’est-ce pas dans l’Évangile ? » (Louis Devineau, o. m. i., Dans le sillage de la Vierge, 1963 p. 51-52)

Pour comprendre que toutes ces grâces du Grand Retour des âmes étaient méritées dans l’ombre et le silence des cloîtres, lisons maintenant le récit du passage de Notre-Dame de Boulogne à la Visitation de Dijon, dans la nuit du 18 au 19 novembre 1943, écrit par une Visitandine :

« Plus que jamais Notre-Dame de Boulogne défrayait nos récréations en ces jours préparatoires ! Que dire aussi de ces Ave égrenés en allant et venant, on ne pouvait rencontrer une sœur sans son chapelet à la main ! Notre Mère nous avait tant dit d’être ferventes ! Mettre tant de petit sacrifices dans la barque pour être ensuite une semence de grâce partout où passerait Notre-Dame était notre unique stimulant !

« Nous voici à la veille. Le piédestal, préparé à l’intérieur avec quel amour ! est passé du cloître à la chapelle. Les sœurs sacristines étaient affairées comme aux plus grandes fêtes. On voulait des fleurs, beaucoup de fleurs, hélas ! il y en avait bien peu. Préparation ultime : l’office des matines fut avancé, notre Mère donna la permission de rester toute la nuit à l’exception des infirmes et des octogénaires... quelle joie intime bien appréciée.

« À partir de 9 heures 1/2, la communauté, en silence, attendait. Tout à coup, le chant : Reine de France... retentit. Voici Notre-Dame ! Quelques Ave, quelques couplets, rien de solennel, mais la prière, la prière intense ! Placée au milieu de la Chapelle, l’accès de la statue était facile aux fidèles, mais cette disposition ne nous permit pas de la contempler : sacrifice senti, il est vrai, mais accompli de tout cœur pour la communauté, pour attirer sur les âmes et sur la Ville une pluie abondante de grâces ! Quelques instants restant avant le premier exercice de la veillée, le chant des litanies et une consécration au Cœur Immaculé de Marie furent alors notre humble hommage à Notre-Dame de Boulogne, la nuit entière étant réservée aux jeunes filles.

« L’envahissement de notre chapelle par les différents groupes d’action catholique se faisait sans discontinuer ; bientôt elle était pleine à craquer, puis ce furent les tribunes, et il en venait encore. Alors, vite des bancs dans le sanctuaire... et chacune se faisait bien petite. La chapelle contient 200 personnes et elles étaient... 500 ! Miracle de Notre-Dame ! De notre chœur nous entendions arriver tout ce monde... quel bonheur ! Notre-Dame serait bien fêtée chez nous. Elle le fut en effet très bien : Consécration par monsieur le Chanoine, méditations, chapelets, chants par les différents groupes, avec un entrain, une piété vraiment admirable !

« Et nous, que faisions-nous derrière nos grilles ?... Pas autre chose que d’unir nos prières à celles de l’assistance, offrir nos supplications pour la France, le Saint-Père, notre évêque vénéré, les pauvres pécheurs. Les intentions étaient multiples, mais tout se résumait dans l’Ave. Les heures passaient, rapides... Que dire de la messe de minuit ? Elle fut pour nous une recrudescence de prière fervente. L’affluence considérable empêcha l’offrande des hosties et pour la première fois nous voyions bon nombre de religieuses et de jeunes filles communier dans le sanctuaire, bien que la communion ait duré une demi-heure pour être reprise encore après la messe.

« 2 heures, 3 heures, 4 heures... les différents groupes continuent leurs méditations, leurs Ave, on dirait qu’il est impossible de dire autre chose à Marie, sinon Je vous salue, pleine de grâces... priez pour nous, pauvres pécheurs... maintenant !

« 5 heures : dispersion d’un grand nombre de jeunes filles. Une centaine demeura, continuant chapelets et chants jusqu’au départ de la statue pour la cathédrale. À l’intérieur, la ferveur se soutient, s’accroît même, plus qu’une heure et demie à posséder notre chère Madone !

« 6 heures... 6 heures et demie : les cœurs battaient, le départ étant tout proche. On intensifiait demandes et actions de grâces. Enfin, voici les porteurs. Un Magnificat vibrant résuma tous les sentiments envers notre Mère du Ciel, puis, doucement, comme en glissant, la blanche statue quitta la chapelle accompagnée, comme à son arrivée, par les chants et les prières.

« Fondez votre domaine... chez nous. Oh ! comme ce refrain redisait bien ce que chacune pensait en elle-même. Soyez notre Reine... Chez nous ! Le grand silence du matin nous enveloppait... C’était l’heure de l’oraison où chacune pouvait alors conserver et repasser toutes ces choses en son cœur. »

PONTMAIN : « MAIS PRIEZ MES ENFANTS... »

Le dimanche 29 janvier, frère Benoît conduisit nos amis du grand Ouest sur la route de Pontmain, – ils étaient une bonne centaine de marcheurs depuis Saint-Ellier, et le double sur place –, pour cette étape importante de l’  “ Opération spéciale mariale ” voulue par frère Bruno. Pour « aimer Marie », quoi de plus doux ! et « la consoler » de l’apostasie de notre Chrétienté, de l’aveuglement de nos pasteurs et de l’endurcissement du troupeau, quoi de plus utile pour le salut du monde !

La leçon de Pontmain est une exhortation à l’espérance. Notre Père n’a cessé de s’en faire l’écho, tout en rappelant, c’était en 1982, au moment de l’Échéance 83 :

« La vie ou la mort, l’Échéance fatale ou heureuse, la perdition ou la conversion de l’humanité dépendent de nous. Non de notre raison orgueilleuse, mais de notre humble dévotion. Non plus de nos politiques d’abord, de nos armes et de nos diplomaties d’abord, mais de notre obéissance scrupuleuse aux désirs du Ciel. Que les âmes pures et ferventes commencent ! Que les pères et les mères de famille, effrayés par des menaces si terribles, s’adjoignent à ce mouvement de prière et de pénitence... Qu’il se fasse un tel retour, un autre Grand retour, à la dévotion aux Cœurs très merveilleux et miséricordieux de Jésus et de Marie... Alors, en peu de temps, nous serons sauvés. » (CRC n° 172, p. 24)

C’est exactement ce que Notre Reine voulut écrire en lettres d’or dans le ciel étoilé de Pontmain, au soir du 17 janvier 1871 : « Mais priez mes enfants. Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher », en réponse à l’angoisse des paroissiens et à leur quasi-désespoir, – « On a beau prier, disaient-ils, Dieu ne nous écoute pas » –, comme à la foi invincible de leur pasteur, le vénérable abbé Guérin qui, en les consacrant à la Sainte Vierge en 1851, les avait exhortés à mettre en Elle leur espérance :

« Mes enfants, la Bonne Vierge est dans vos maisons : il faut qu’elle soit la maîtresse et que vous la serviez. Elle est aussi au-dessus de l’église, parce qu’elle est la maîtresse de la paroisse. Nous devons tous lui obéir et la prier avec confiance que cette bonne et tendre Mère, notre avocate et notre patronne sous la protection de laquelle je mets ma paroisse, intercédera pour nous auprès de son Fils, et qu’elle plaidera notre cause auprès de Dieu. Fasse le Ciel qu’étant sous la protection de Marie, nous ne périssions jamais. »

En 1870-71, la prophétie des « quarante ans », annoncée à la Rue du Bac, s’accomplissait : le peuple de France, trompé par des gouvernements sectaires et incapables, subissait le châtiment de la guerre et de l’invasion étrangère, mais Notre Reine, Elle aussi, était fidèle, à sa promesse : « Je serai avec vous, ayez confiance » (cf. supra, page 19), suscitant chez son peuple d’élection, par la médiation d’enfants innocents, dévotion et réparation.

DÉVOTION DE PONTMAIN

À la grange de l’Apparition, après la messe, comme à l’église paroissiale après le déjeuner, frère Benoît reprit tout simplement le récit de l’Apparition, composé par l’un des voyants, Joseph Barbedette, devenu Oblat de Marie Immaculée et comme le fidèle évangéliste de Notre-Dame. À nos amis inquiets de voir s’amonceler « des fautes qui ne peuvent demeurer impunies », notre frère prêcha de ne pas se laisser voler leur espérance et de ranimer la flamme de leur dévotion au souvenir de ce qui s’est passé dans ce petit village, ce 17 janvier 1871.

Notre-Dame de PontmainÀ commencer par la certitude de la “ présence réelle ” de la Sainte Vierge qui se faisait voir certes aux seuls enfants, mais tous savaient qu’Elle était là, qu’Elle les regardait, souriant quand ils se tenaient bien et priaient de tout leur cœur, s’attristant quand ils se dissipaient ou doutaient de sa présence, même quand un grand voile blanc la déroba, s’arrêtant un instant à sa couronne de Reine. Reine, elle l’était et le demeure, mais aussi « Vierge puissante », agissant avec miséricorde, sagesse et puissance à condition de n’être pas reléguée à un « rôle subordonné » !

Notre dévotion se nourrit tout autant de l’ordonnance de la veillée de prières conduite par le bon curé, que de chaque attitude de Marie, du moindre de ses gestes, qui lui répondent, et qui sont comme autant de révélations de son Cœur, à nous adressées. Elle rendit par exemple un singulier témoignage à la piété de l’abbé Guérin, en l’attendant pour commencer les diverses phases de son Apparition, lui empruntant l’ovale bleu et les quatre bougies qu’elle fit allumer dans le ciel par une étoile, comme lui-même allumait dans son église paroissiale les quatre bougies de l’autel dédié à l’Immaculée Conception.

Tandis que la paroisse récitait le chapelet, la Vierge devenait plus souriante, donc elle était plus heureuse, plus grande aussi, donc elle était plus puissante, tandis que les étoiles du ciel offraient un merveilleux spectacle : une multitude d’entre elles venait se ranger deux par deux sous ses pieds, ou bien se « taper » sur sa robe, en sorte que les Ave Maria de cette foule agenouillée devant le portail de la grange et récitant de tout cœur le chapelet semblaient rejaillir en pluie d’étoiles d’or sur sa robe jusqu’à la rendre presque toute dorée. Quels merveilleux effets attachés à la récitation du Rosaire quand nous savons bien le dire ! C’est vraiment la prière qui fait rejaillir toutes les joies et les gloires de la Très Sainte Vierge.

Enfin le plus beau sourire qui illumina le visage de la Dame aux étoiles se produisit au moment du cantique “ Mère de l’Espérance ”, qui rappelle, nous l’avons vu à Saint-Brieuc, la consécration de la France par son roi Louis XIII, et qu’elle scandait d’un gracieux mouvement de ses doigts. « À lui seul, disait notre Père, ce sourire est une révélation du Cœur de notre Reine. » De quoi nous inciter à chanter avec dévotion et douce émotion ce cantique qui fait revenir le sourire sur ses lèvres !

RÉPARATION DE PONTMAIN

Cependant, Elle s’arrêta bientôt de sourire et montra une indicible tristesse lorsque s’éleva le chant : « Mon doux Jésus, enfin voici le temps de pardonner à nos cœurs pénitents... » entrecoupé du poignant “ Parce Domine , qui appelle les nations apostates à la pénitence publique, comme nous le lisons chaque mercredi des Cendres dans le prophète Joël.

« La mystérieuse inscription avait disparu. La Vierge avait saisi avec force un grand Crucifix sanglant et le tenait devant sa poitrine, l’inclinant légèrement en avant pour le présenter à l’adoration de son peuple... »

Afin que tous Le voient, L’aiment et Lui soient fidèles. Afin que tous fassent pénitence pour le monde, et réparation à la Sainte Face de Jésus et à son très saint Corps pour tant d’ingratitudes et d’infidélités dont nous nous sommes tous rendus coupables. « A-t-on jamais vu dans les temps passés, demandait notre Père, une si tragique apparition de la Mère de Jésus et notre Mère, brandissant l’image sanglante de son Fils ? Pour moi, je n’ai jamais lu ni entendu raconter vision si atrocement cruelle ! » (CRC n° 342, janvier 1998, p. 36)

Et Joseph Barbedette témoignera : « Le visage de la Sainte Vierge prit une expression de tristesse que je n’ai jamais revue nulle part, pas de larmes, mais une contraction du visage et particulièrement des lèvres comme dans des accès de douleur vivement contenus. J’ai vu ma mère abîmée dans la douleur lorsque, quelques mois plus tard, mon père mourut. On sait ce qu’un tel spectacle dit au cœur d’un enfant, et pourtant, je m’en souviens, la tristesse de ma mère ne me parut rien en comparaison de la tristesse de la Très Sainte Vierge qui me revenait naturellement à l’esprit. »

Appelant ses enfants à la compassion et à la réparation. Comme si Elle disait : « Voyez ce qu’il en a coûté à mon Fils ! » Et que Lui voulait, dans le secret de son Cœur, que nous contemplions le chagrin intime de sa Mère et la nôtre : « Aie compassion du Cœur de ta Très Sainte Mère... » comme à Pontevedra !

« Une prière bien agréable à Dieu, disait le Curé d’Ars, c’est de demander à la Très Sainte Vierge d’offrir au Père éternel son divin Fils, tout sanglant, tout déchiré, pour la conversion des pécheurs. Toutes les fois que j’ai obtenu une grâce, c’est de cette manière que je l’ai demandée, cela n’a jamais manqué. »

C’était précisément la grande prière de notre Reine en grand chagrin, dans le ciel de notre Patrie dont elle achevait la rédemption. « Marie disait à voix basse le Parce Domine que chantaient les Français. Elle articulait si nettement que, quoiqu’ils ne l’entendissent pas, les enfants voyaient, non seulement le mouvement des lèvres, mais les dents, petites et blanches, que ce mouvement découvrait... »

Ainsi l’essentiel de Pontmain, qui est un mystère de compassion autant que d’espérance, même au plus fort des pires calamités, crie sa ressemblance figurative avec Fatima et Pontevedra et, de l’une à l’autre révélation, embrase notre dévotion réparatrice. À Pontmain, en ce dimanche de janvier, nos amis avaient repris conscience de leur devoir de phalangiste, de se « croiser » au service de l’Immaculée Corédemptrice, de « la consoler » par tous les moyens, sûrs de son triomphe final.

Comme l’écrit un pèlerin enthousiaste : « Comme toujours, aux pieds de la Sainte Vierge, fraternellement accueillis, nous étions au cœur de l’Église... qui souffre ! Mais notre Reine redonne toujours l’Espérance à ceux qui gardent les yeux fixés sur ses mains, sur son Cœur Immaculé, sachant bien que ce qu’Elle dit, Elle le fait. » (à suivre)

frère Thomas de Notre-Dame du Perpétuel Secours.