Il est ressuscité !

N° 274 – Février 2026

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2025 
La grande nouvelle du règne de l’Immaculée

Cinquième conférence : 
L’espérance de Pontmain (1871)

LE 15 avril 1871, à son retour d’un pèlerinage à  Pontmain, l’abbé Joseph Rombault écrit : « Ce petit village jusque-là ignoré est aujourd’hui connu de toute la France.

« Comme Lourdes et La Salette, il le sera bientôt de toute l’Église. Cette paroisse en effet est un modèle de piété, de mœurs pures et d’habitudes patriarcales. Le souffle de l’esprit moderne n’a point passé par là. »

Un souffle surnaturel avait été allumé trente-cinq ans plus tôt dans le cœur de tous les paroissiens, par un homme modeste et timide : l’abbé Michel Guérin, premier curé de Pontmain :

L’abbé Michel Guérin
L’abbé Michel Guérin ( 1801-1872 )

« À ce nom, dans mon cœur ému, écrira Joseph Barbedette, devenu Oblat, le plus jeune garçon de la famille favorisée du Ciel, se réveillent les plus doux souvenirs. Vénérable et saint prêtre, modèle de toutes les vertus, remarquable surtout par sa tendre piété envers la Sainte Vierge, il mérita à Pontmain, on l’a souvent dit, et certes avec raison, l’honneur d’être le théâtre des tendresses de Marie. »

Né en 1801 à Laval, dans une famille très modeste, il se montra toute sa vie un prêtre aussi vertueux que zélé.

Ce que nous connaissons de Michel Guérin à travers ses trente-six années comme curé de Pontmain, laisse penser qu’il reçut au séminaire l’enseignement de bons maîtres, une parfaite formation d’esprit et de cœur, une application aux vertus sacerdotales, le zèle pour le salut des âmes qui allait avec le désir de rechristianiser la France au lendemain de la Révolution. C’est pourquoi il demanda après son ordination, le 19 juillet 1829, « la paroisse la plus pauvre et la plus défavorisée du diocèse ». Il fut exaucé.

Après avoir été vicaire à Saint-Ellier, il arrive comme curé de Pontmain en 1836. Pontmain alors n’était ni paroisse ni commune, mais une annexe dépendant du bourg de Saint-­Ellier, distant d’environ cinq kilomètres.

Privés de prêtre résident depuis 1829, les paroissiens reçurent leur nouveau curé avec empressement, mais l’église délaissée ne présentait plus qu’une ruine... “ Par la toiture entrouverte, l’eau coule dans le sanctuaire ”, peut-on lire dans son diaire...

Certes, il y avait encore de la religion, mais c’est bien pour ramener à Dieu l’ensemble de son troupeau qu’il va s’employer jusqu’à sa mort, avec un zèle apostolique extraordinaire et infatigable : « Toute la population respectait et aimait Monsieur Guérin comme un père », témoigne Joseph Barbedette.

Telle sera l’œuvre de l’abbé Michel Guérin qui va faire de sa paroisse une vitrine des volontés du Cœur Immaculé de Marie.

Il est à inscrire dans le courant “ ultramontain ” : en 1864, quand paraît Le Syllabus de Pie IX, condamnant les erreurs modernes et les pouvoirs qui s’émancipent de l’autorité de l’Église, il s’enthousiasme... Et dans le courant “ légitimiste ”. Les deux notes qui sont la marque des vrais saints du dix-neuvième siècle, nous enseignait notre Père.

Il voit dans la chute de Napoléon III le signe du châtiment pour une France en état d’apostasie, et sa lettre au comte de Chambord, du 20 septembre 1871, accompagnant l’envoi de deux relations de l’événement de Pontmain, est sans équivoque : « Combien nous serons heureux, Sire, de vous avoir un jour pour Roi choisi par la divine Providence pour établir la paix, la confiance et faire fleurir la religion dans cette belle France. » Tel est son vœu le plus ardent qu’il confie « à Marie par l’entremise de Notre-Dame de Pontmain » qui n’est pas descendue du Ciel seulement pour arrêter l’invasion des Prussiens !

Le secret de l’abbé Guérin nous le trouvons dans sa devise : « Rien sans Marie, tout par Marie. » Chose remarquable, dès 1837, quelques mois seulement après la création à Notre-Dame des Victoires par l’abbé Des Genettes, de l’archiconfrérie du Cœur Immaculé de Marie Refuge des pécheurs, il s’y affilie et peu à peu à sa suite y engage toute sa paroisse, si bien qu’en 1839 il pourra écrire dans son diaire que presque toutes ses ouailles appartenaient à l’archiconfrérie naissante. Celle du Rosaire et celle du Scapulaire viendront ensuite.

En 1846, après avoir relaté, sur son registre de paroisse, son diaire, l’apparition de Notre-Dame de La Salette, il termine son récit par cette exclamation : « Vive Marie ! » On sent que tout son cœur éclate dans ces deux mots. C’est son image qu’il choisira pour la bannière de la confrérie de la Sainte-Enfance quand celle-ci sera instaurée dans la paroisse en juin 1854 (Anne Bernet, Le petit curé de Pontmain, chap. X, p. 379). Le curé de Pontmain attachera aux avertissements de La Salette une importance croissante et il le prouvera en “ faisant passer à son peuple ” les appels de la Vierge Marie qui saura en retour lui manifester sa reconnaissance.

La Sainte Vierge est partout à Pontmain. En 1851, il décide de consacrer sa paroisse à la Sainte Vierge : « Mes enfants, la Bonne Vierge est dans vos maisons ; il faut qu’elle soit la maîtresse et que vous la serviez. Elle est aussi au-dessus de l’église, parce qu’elle est la maîtresse de la paroisse. Nous devons tous lui obéir et la prier avec confiance, que cette bonne et tendre Mère, notre avocate et notre patronne sous la protection de laquelle je mets ma paroisse, intercédera pour nous auprès de son Fils et que cette bonne et tendre Mère plaidera notre cause auprès de Dieu. Fasse le Ciel qu’étant sous la protection de Marie, nous ne périssions jamais. Mais le serviteur de Marie ne périra jamais. » Paroles prophétiques qui annoncent la venue de Notre-Dame dans le ciel de Pontmain.

Le 8 décembre 1854, son diaire déborde d’enthousiasme : « Un grand événement que béniront tous les fidèles de Marie, s’est accompli... Pie IX, Souverain Pontife, a défini comme dogme de foi l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge Marie... »

À Pontmain, pas de Cercle Saint-Jean comme à Lourdes où brillent des notables catholiques “ éclairés ” et voltairiens, pas de population qui ne “ prie guère ”, qui blasphème et mange de la viande en carême, comme à La Salette, mais une Chrétienté intégrale aux mœurs patriarcales pour la raison « que le curé en était le patriarche, père spirituel, guide, pasteur, qui mettait en garde contre les périls de ce monde... » Et il ne se contentait pas de prêcher, mais « il faisait aimer Dieu en l’aimant, apprenait à prier en priant, et à être charitable en donnant sans compter jusqu’à son dernier sou. Et il disait qu’il y avait un Ciel où les bons chrétiens trouveraient la récompense... un enfer à éviter. » Et son “ petit peuple ” dans sa peine gardait courage et « vivait obstinément dans l’espérance parce que son curé en vivait » (Ibid., p. 474).

LE TEMOIGNAGE DU R. P. JOSEPH BARBEDETTE

Faisons maintenant connaissance avec les principaux personnages qui joueront un rôle dans la soirée du 17 janvier, en suivant le Père Joseph Barbedette dans le récit qu’il rédigea en 1891 par obéissance à ses supérieurs, ayant conservé dans sa mémoire « ces souvenirs avec leur moindre détail » qui demeuraient aussi présents que s’ils dataient de la veille... (L’Apparition de N.-D. de Pontmain. Récit d’un voyant. Le R. P. Joseph Barbedette, Oblat de Marie Immaculée).

Il écrit en introduction :

« C’est aux pieds de Notre-Dame de Pontmain, dans ces lieux sanctifiés par la visite de la très Sainte Vierge et le zèle de nos Pères, que j’écris ces lignes. Puissent-elles servir à faire aimer davantage Celle à qui je dois tout sans avoir jamais rien fait pour Elle ! »

Tel est bien le but de cette suite d’études sur le règne de l’Immaculée : la faire aimer davantage pour la mieux servir selon ses volontés !

LES PRINCIPAUX PERSONNAGES.

D’abord, « les Religieuses adoratrices de la Justice de Dieu, de la Congrégation de Rillé (sœurs institutrices de l’unique école mixte du village), étaient au nombre de trois. Mais le 17 janvier 1871, leur supérieure, sœur Timothée, était absente, il ne restait donc à la Communauté que sœur Vitaline et sœur Marie-Édouard. Trois petites filles étaient chez elles comme pensionnaires : Augustine Mouton (12 ans), Françoise Richer (11 ans), Jeanne-Marie Lebossé (9 ans).

« Ma famille se composait, à cette époque, de mon père, César Barbedette, de ma mère, Victoire Quentin, de mon frère Eugène, 12 ans ; j’avais 10 ans. D’un premier mariage, ma mère avait eu un fils du nom d’Auguste Friteau. Il était soldat lors de l’Apparition.

« Je ne saurai jamais assez remercier Dieu de m’avoir donné un tel père et une telle mère. Puissé-je toujours profiter des leçons de vertus que j’ai trouvées au foyer paternel, et marcher sur les traces de ceux qui m’ont donné le jour ! Heureux mille fois les enfants qui naissent dans une famille foncièrement chrétienne ! »

LES LIEUX.

Sur une route qui traverse le bourg dans toute sa longueur se trouvent, au centre, une petite place publique, puis l’église de la paroisse. En face, à l’angle formé par le croisement des deux routes, s’élèvent une grange et une maison d’habitation (celle des Barbedette)... Le portail, qui ferme l’entrée de la grange, s’ouvre à deux battants ; en sortant par cette porte, on a devant soi, au-delà de la route, l’aire de la ferme. Enfin, à soixante-dix pas environ, juste en face et parallèlement à la grange, s’élève la maison Guidecoq.

Cet espace restreint définit le cadre où va se dérouler ce que le premier historien de l’apparition, l’abbé Aimable Richard, a appelé “ L’événement de Pontmain ”.

L’hiver 1870-1871 fut terrible pour la France. Napoléon III avait follement déclaré la guerre contre la Prusse le 19 juillet précédent ; c’était cette guerre que la Sainte Vierge avait annoncée avec larmes à sainte Catherine Labouré le 19 juillet 1830 précisément, « à venir dans quarante ans » ! Nos troupes étaient en déroute et les défaites se succédaient. Paris subissait un siège depuis septembre, et les Prussiens étaient aux portes de Laval.

Des signes impressionnants, qui ajoutent à l’angoisse de la situation, se multiplient : tremblement de terre noté par l’abbé Guérin dans son diaire, un froid à “ fendre pierre ” qui se maintient depuis le début du mois de décembre. Il fait tellement froid qu’on va voir, phénomène rarissime sous ces latitudes, des aurores boréales, jusqu’à Laval et Pontmain. Les épidémies accompagnent les Prussiens : le typhus et le choléra. Les gens sont terrifiés. La guerre se rapproche.

Au début de la guerre, monsieur le Curé avait demandé à ses paroissiens de venir à la messe, chaque jour si possible. Son appel avait été entendu ; l’assistance était nombreuse et, après la messe, on priait encore pour la France et les soldats. Le curé adressait alors les plus touchantes allocutions à ses enfants : « Mes bien-aimés frères, oui, prions, prions beaucoup, faisons pénitence. Mais que rien n’abatte notre courage. Espérons, espérons, la miséricorde viendra, elle viendra par Marie. »

Nous sommes en janvier et, depuis septembre, des trente-huit jeunes gens de Pontmain partis pour le front, à qui monsieur le Curé avait assuré « qu’ils reviendraient tous », il n’y a plus de nouvelles.

« Le dimanche 15 janvier, l’angoisse était à son comble. Quand, après les vêpres, on eut récité, comme de coutume, le chapelet et les prières pour les soldats, personne n’eut le courage d’entonner le cantique... plusieurs disaient même : “ On a beau prier, Dieu ne nous écoute pas ! ” Alors l’abbé Guérin se leva, et après avoir donné à tous une parole d’encouragement et de consolation, il s’écria, faisant effort sur lui-même : “ Allons, mes enfants, chantez votre cantique : Mère de l’Espérance ! ” Le cantique fut chanté, mais des larmes pressées tremblèrent ce soir-là au fond de toutes les voix, et l’on y sentit monter, en une indicible angoisse, la grande pitié qui était au royaume de France. » (Louis Colin, Notre-Dame de Pontmain, son message à la France, chap. VI, p. 129).

Partout ailleurs, la France envahie remplit ses sanctuaires. Vœux sur vœux vont se succéder de toutes parts par une inspiration simultanée. Laval avec son évêque, Mgr Wicart, ignorant ce qui est advenu le 17, fera le sien le 20 janvier et s’engagera solennellement à restaurer la tour et la flèche de l’église Notre-Dame d’Avesnières.

Mais deux lieux retiennent plus particulièrement notre attention pour leur lien étroit avec Pontmain.

Ce soir du mardi 17 janvier 1871, dans Paris assiégé par les Prussiens, une foule angoissée vient demander le secours de Notre-Dame des Victoires. Le prédicateur, l’abbé Amodru, interrompt son exhortation puis subitement, comme s’il fût transporté et hors de lui-même : « Non, Paris ne tombera pas au pouvoir de l’ennemi et ne périra pas. Une barrière infranchissable s’élève entre lui et la capitale menacée. Notre-Dame des Victoires nous garde et nous défend... », et il promet un ex-voto d’un cœur d’argent « qui apprendra aux générations futures qu’aujourd’hui, entre huit et neuf heures du soir, tout un peuple s’est prosterné aux pieds de Notre-Dame des Victoires et a été sauvé par elle ! »

Dans le même temps, à Saint-Brieuc, dans la chapelle Notre-Dame d’Espérance, entre 18 et 21 heures, on promet à Marie une magnifique bannière pour obtenir que la Bretagne ne fût pas envahie. Depuis le début de la guerre, que d’ardentes supplications s’étaient élevées en ce sanctuaire où avait été fondée dès la Révolution de 1848, une archiconfrérie de Notre-Dame d’Espérance pour le salut de la France ; à cette intention fut ajouté le salut de l’Église lorsque Rome fut attaquée par les révolutionnaires. C’est pour l’archiconfrérie que son fondateur, le chanoine Prud’homme, composa le cantique “ Mère de l’Espérance , si populaire à Pontmain.

En ces deux sanctuaires, chose remarquable, signe providentiel, ce 17 janvier, la prière se prolongea jusqu’à 9 heures du soir pour le salut de la France, et pour l’Église et la délivrance du Saint-Père prisonnier. Notre-Dame lie ces deux causes sacrées parce qu’elles sont inséparables et nous allons voir comment en cette nuit du 17 janvier, Elle répondit en Souveraine à la prière suppliante de la France catholique.

La maison Guidecoq et l’église
La maison Guidecoq et l’église, vues de la grange des Barbedette,
devant laquelle toute la paroisse se trouve rassemblée le soir du 17 janvier 1871.

MARDI 17 JANVIER 1871.

Parmi les enfants, les deux petits Barbedette se distinguaient par leur piété. Chaque matin, après une courte prière et le travail avec leur père, ils récitaient, avant le déjeuner, le chapelet pour leur frère Auguste parti à la guerre ; c’était une promesse :

« Eugène, son filleul, n’aurait voulu pour rien manquer à cette promesse. »

Depuis le début de la guerre, ils allaient chaque jour à l’église faire le chemin de croix, pour demander la cessation des hostilités. Ils servaient ensuite la messe de 7 heures et s’unissaient encore aux prières pour les soldats.

« Oh ! comme on priait bien en union avec monsieur le Curé ! se souvient Joseph Barbedette. Souvent, Monsieur Guérin adressait à ses paroissiens une émouvante allocution, pleine de confiance et d’amour. Que de larmes ont été répandues dans notre petite église de Pontmain, regardée depuis par les habitants comme une relique ! »

La classe sonnait à 8 heures. Là encore, les religieuses faisaient prier et chanter des cantiques pour obtenir la miséricorde divine. En fin de journée, l’école terminée, à la maison, du travail les attendait encore pour venir en aide à leur père dans les travaux de la ferme. Les voilà à la grange à piler les ajoncs. Il est environ cinq heures, quand une visite interrompt l’ouvrage... Jeannette Détais, “ l’ensevelisseuse des morts ” comme on l’appelait, venait faire part des excellentes nouvelles recueillies au cours de la journée concernant leurs chers conscrits dont ils étaient sans nouvelle.

Profitant de la pause, Eugène qui avait été impressionné par l’aurore boréale, sort de la grange « pour voir le temps », comme il dira plus tard... et stupéfaction...

Tout à coup, arrêtant ses yeux vers la maison Guidecoq, en face de la grange, il aperçoit au milieu des airs, à sept ou huit mètres au-dessus de cette maison, et en arrière, une belle Dame d’une beauté ravissante qui lui souriait. Aussi Eugène n’éprouva aucune frayeur.

Vitrail de Pontmain« Heureux, doucement ému, il continua de la regarder en silence. Cependant, Jeannette allait nous quitter pour rentrer chez elle, lorsque Eugène lui dit :

– Jeannette, regardez donc au-dessus de la maison d’Auguste Guidecoq si vous ne voyez rien.

– Mon pauvre Eugène, répondit-elle après avoir regardé, je ne vois rien du tout. »

« Mon père et moi, du fond de la grange, nous avions entendu ce petit dialogue. La curiosité nous attira immédiatement à la porte. Mon père regarda le premier dans la direction indiquée et ne vit que le ciel bleu parsemé d’étoiles. Je regardai à mon tour, et Eugène me dit :

« Vois-tu bien, toi, Joseph ?

– Holà oui, m’écriai-je, je vois une belle grande Dame.

– Comment est-elle habillée ? »

Et avec son frère Joseph, ils en font la description à leur père qui ne voit rien.

« Je vois bien une grande dame qui a une robe bleue, des étoiles dorées sur sa robe, des chaussons bleus avec des boucles d’or, fermées par un nœud.

 Dis donc, Joseph, regarde donc bien si elle a une couronne ?

– Je vois bien une couronne dorée qui va en s’élargissant et un petit fil rouge au milieu, et un voile noir.

« Elle paraissait jeune, dix-huit ou vingt ans, d’une stature assez grande... Ses mains étaient petites, étendues et abaissées vers nous comme dans la Médaille miraculeuse, mais sans laisser échapper de rayons... À la fraîcheur et à la jeunesse du visage s’unissaient la finesse des traits, l’exquise délicatesse du teint, pâle plutôt que coloré.

« Sa bouche, petite, dessinait les sourires les plus ineffables. Ses yeux, d’une douceur sans pareille et d’une incomparable tendresse, étaient dirigés vers nous... Je renonce à peindre davantage la Belle Dame qui nous regardait et nous souriait. Comme une Mère, elle semblait plus heureuse de nous voir que nous ne l’étions de la contempler.

« Je dois dire que, malgré l’obscurité de la nuit, malgré la distance qui nous séparait de la belle Dame, environ cent mètres, nous voyions tous les détails de la figure et du vêtement d’une façon aussi nette que si nous avions été près de la Vision en plein jour. Le bleu de la robe se distinguait parfaitement du bleu du ciel, beaucoup plus clair ; rien ne paraissait diaphane, translucide, nébuleux : c’était une personne vivante, vêtue d’étoffe véritable, que nous avions devant nous...

« Mon père nous écoutait, regardant toujours le ciel. Mais, au bout de quelques instants :

– Mes pauvres petits gars, nous dit-il, vous ne voyez rien. Si vous voyiez quelque chose, nous le verrions bien aussi, nous... Allons, venez piler les ajoncs bien vite. La soupe va être prête.

« Puis s’adressant à Jeannette :

« Ne parlez pas de ça, lui dit-il, les enfants se trompent, et cela pourrait faire du scandale.

– Soyez tranquille, répondit-elle, je ne dirai rien.

« Et elle se retira. Cependant, nous avions dû quitter la vision et reprendre nos pilons. »

 UN SIGNE APPARUT DANS LE CIEL. 

En 1891, le supérieur des chapelains de Pontmain écrivait : « Toute la vie de la très Sainte Vierge, avec ses privilèges, son action dans le monde, ses vertus, sa prière, ses souffrances, ses mérites et sa gloire se déroule en phases harmonieuses », sous les yeux des voyants de Pontmain.

C’est une véritable révélation qu’Elle donne d’Elle-même : « Dans cette vision première, commente A. Lefranc, dans son livre, L’Événement de Pontmain raconté et discuté, p. 66 (1923), Elle semble avoir d’abord montré sa céleste origine, Elle est du Ciel. Elle apparaît mystérieusement dans les airs, au-dessus du monde, “ comme la Créature supérieure, à qui le Très-Haut a songé avant tous les autres ”, selon Proverbes 8, 22 : “ Le Seigneur m’a possédée avant la naissance des mondes ” ; et Ecclésiastique 24, 4 : “ J’ai planté ma tente dans les hauteurs, et mon trône est sur une colonne de nuée... » C’est bien l’Immaculée Conception, « plus proche de Dieu que des hommes », qui se dévoile dans le ciel de Pontmain.

Marie souriait. Elle est le sourire de Dieu, l’incarnation de sa douceur, de sa tendresse. Les mains de la Sainte Vierge, pendant cette première phase de l’apparition, restèrent ouvertes et abaissées vers la terre, “ comme dans la Médaille miraculeuse ”... pour répandre des grâces sur les personnes qui les lui demandent avec confiance et ferveur, ainsi que sainte Catherine Labouré en avait eu l’explication de la Vierge elle-même... C’est ce qu’Elle vient faire à Pontmain en Médiatrice.

Nous n’en sommes qu’aux préliminaires de l’apparition qui à un moment va agir et réagir, et de manière intelligente et signifiante. Tout se met en place pour, au bout du compte, rendre indubitable le fait surnaturel : appel à témoins, variété des témoins qui n’ont pas pu se concerter, leur différence d’âge, les initiatives des grandes personnes pour mettre à l’épreuve la sincérité des enfants, en allant chercher d’autres enfants, en les séparant de peur qu’ils ne s’entendent les uns avec les autres, en leur posant des questions dont les réponses spontanées sont chaque fois identiques. Chaque élément de cette phase de l’apparition prouve le caractère objectif de l’événement de Pontmain : il y a des voyants et des témoins qui pourront attester que quelque chose s’est passé dans le ciel, le soir du 17 janvier 1871 !

Tout ce récit du Père Joseph Barbedette est très vivant, mais malheureusement nous ne pouvons que le résumer et n’en citer que des passages.

Revenons à la grange quand la mère Barbedette, qu’Eugène sur l’ordre de son père est allé chercher, arrive. Certainement, elle, elle verra !

« Maman, dit alors Eugène, regardez donc là, au-dessus de la maison, ne voyez-vous rien ?

« Maman regarda dans la direction indiquée et répondit qu’elle ne voyait rien.

« Mais frappée de l’accent de sincérité de ses enfants, qu’elle savait incapables de mentir, et de l’air ému de leur père, c’est peut-être la Sainte Vierge ? dit-elle, et elle nous fit rentrer dans la grange, et tous ensemble, à genoux, tournés vers la Vision, que nous ne pouvions plus contempler, nous récitâmes cinq Pater et cinq Ave en l’honneur de la Sainte Vierge.

« La prière parut longue. Aussi, à peine était-elle terminée, qu’avec la permission de ma mère, nous ouvrions de nouveau la porte, et nous pûmes encore regarder la belle Dame. Elle était là toujours, et toujours souriante.

– Est-ce que vous voyez encore ? nous dit-elle.

– Oui, oui, maman, c’est encore tout pareil.

– Eh bien ! je vais aller chercher mes lunettes, et alors je verrai bien, moi aussi. »

Ce qu’elle fit... en vain !

« Elle regarda avec la plus grande attention. La belle Dame se mit à sourire d’une manière plus marquée.

« Nous quittâmes la grange pour aller à la maison, mais nous marchions à reculons, afin de jouir plus longtemps de la Vision. Si vous me laissiez libre, disait Eugène à mon père, je resterais là tout le temps. Mais l’ordre était formel, il fallait aller souper, ma mère n’admettait pas de réplique à ses ordres. »

Pendant tout le temps de l’apparition, les enfants ne se départiront à aucun moment de l’obéissance qui était habituellement la leur. Ce seul point suffirait à témoigner du caractère divin de l’événement.

« Le repas fut court. Nous allions sortir, lorsque ma mère nous dit :

– Puisque vous ressortez, dites de nouveau cinq Pater et cinq Ave, si vous voyez la Dame,... et puis revenez.

« Mon père, qui ne nous avait pas suivis, mais qui, de la porte de la maison, nous voyait à genoux, en fit la remarque à ma mère :

– Les enfants voient toujours la même chose, car ils récitent la prière que tu leur as dit de faire.

« Quand nous eûmes fini, nous rentrâmes à la maison. Ma mère, un peu plus intriguée qu’elle ne voulait le paraître, nous demanda aussitôt de quelle grandeur était cette Dame.

 Elle est grande comme sœur Vitaline. »

Ce fut pour elle un trait de lumière. Elle alla la chercher en disant :

« Les sœurs sont meilleures que vous ; si vous voyez quelque chose, elle le verra bien aussi. »

Quand sœur Vitaline arriva à la grange, Eugène lui indiqua le point précis où se trouvait la vision :

« Voyez-vous bien, ma sœur ?

– J’ai beau ouvrir les yeux, répondit-elle, je ne vois absolument rien.

– Comment, ma sœur, vous ne voyez pas ? reprit vivement Eugène... Apercevez-vous ces trois étoiles qui forment comme un trépied ?

– Oui.

– Eh bien ! ma sœur, la plus élevée des trois est juste au-dessus de la tête de la belle Dame. »

Ces trois étoiles extraordinaires, en triangle, qu’on ne revit plus les jours suivants, ce soir-là, « montraient le surnaturel qui débordait et empiétait sur le monde naturel, c’était là comme un symbole de l’adorable Trinité qui garde Marie comme son trésor et l’objet de ses éternels délices » (A. Lefranc, op. cit., p. 67). Cette vision illustre la pensée de saint Maximilien-Marie Kolbe : « Partout où Elle va, Elle apporte avec Elle toute la Trinité sainte. »

« Sœur Vitaline regarda encore, et, ne voyant rien, prit le parti de rentrer chez elle.

« Mais de retour à l’école, elle avisa trois petites pensionnaires : petites filles, dit-elle, allez donc avec Victoire, elle va vous montrer quelque chose. »

Notez bien que personne ne doute qu’il se passe quelque chose, mais ils veulent dans un premier mouvement comprendre ce qui se passe et chacun va si l’on peut dire “ mener son investigation ” !

« À peine arrivées à la porte de la grange, Françoise et Jeanne-Marie de s’écrier ensemble : “ Oh ! la belle Dame, avec une robe bleue... 

« Et elles donnèrent à leur tour les détails merveilleux déjà connus. »

Peu de temps après, sœur Marie-Édouard prévenue par sœur Vitaline de ce qui se passait, arriva, regarda, mais, comme les autres, eut le regret de ne rien voir :

« Puisque, dit-elle, il n’y a que les enfants à voir, il faut aller en chercher d’autres. »

L’enquête peu à peu progresse pour, au final, rendre insoupçonnables les dires des enfants : là, c’est sœur Marie-Édouard qui prend l’initiative !

« Elle se dirigea du côté du presbytère, en passant chez Friteau, pour l’inviter à porter le petit Eugène à la grange.

– Monsieur le Curé, lui dit-elle, venez donc chez le père Barbedette ; il y a un prodige, les enfants voient la Sainte Vierge.

– Un prodige..., la Sainte Vierge ! répondit-il, mais, ma sœur, vous me faites peur.

« Et il restait là, interdit, immobile.

« Plus décidée, sa bonne, la vieille Jeannette, prit la parole :

– Monsieur le Curé, il faut aller voir, je vais allumer la lanterne.

« Et tous sortirent, accompagnant Monsieur Guérin, que la surprise et l’émotion rendaient muet.

« Sur son chemin, sœur Marie-Édouard donna l’éveil, surtout dans les familles où se trouvaient de petits enfants. Rapidement tout le bourg – près de soixante personnes – se trouva de la sorte assemblé devant la grange.

– La voyez-vous toujours ? nous cria de loin sœur Marie-Édouard, qui revenait, accompagnant monsieur le Curé.

– Oui, ma sœur !

« À ce moment-là, sœur Vitaline et les assistants récitaient le chapelet des Martyrs du Japon. »

Tout ce récit est extrêmement vivant, l’excitation est palpable, pour ainsi dire on se sent entraîné à la suite de la sœur pour aller à notre tour à la grange et nous joindre au petit peuple appelé comme les bergers de Bethléem à venir à la Crèche la nuit de Noël !

« Au moment où monsieur le Curé s’approchait de la grange, une petite croix rouge de sept à huit centimètres se forma instantanément sur le cœur de la belle Dame. Avec la même rapidité et en même temps, un ovale se dessina aussi autour de la belle Dame, large de dix à douze centimètres, d’un bleu plus foncé que celui de la robe. L’ovale entourait la Vision à la distance de cinquante centimètres environ, laissant en dehors les trois étoiles du triangle. Quatre bobèches simples, fixées à l’intérieur de l’ovale, portaient quatre bougies, deux à la hauteur des épaules, deux à la hauteur des genoux. Ces bougies n’étaient pas allumées. L’apparition n’avait pas fait un mouvement, elle nous regardait toujours avec un sourire céleste.

– Voilà quelque chose qui se fait ! nous étions-nous écriés ensemble.

– Que voyez-vous, mes chers enfants ? demanda monsieur le Curé...

« Et nous fîmes la description que je viens de donner. »

Après s’être manifestée la Conception Immaculée toute belle et gracieuse, « dans la gloire de son règne immortel, céleste », que marque l’ovale, la mandorle, qui l’entoure, symbole de sa place dans la divinité, la Vierge Marie dans cette seconde phase apparaît non plus seulement au sein de la Trinité sainte, mais dans le temps, dans notre histoire sainte de France et le commencement de sa mission terrestre. Cette manifestation coïncide avec l’arrivée de l’abbé Guérin. L’ovale bleu foncé qui délimite un espace de couleur bleu-ciel, évoque le privilège de l’Immaculée Conception qui la met à part de nous, « Ciel vivant, placée dans les tabernacles célestes », selon saint Jean Damascène. La petite croix rouge, apparaissant soudain sur le Cœur de la Sainte Vierge que les paroissiens invoquaient au moment même sur chacun des vingt-six grains rouges qui composent le chapelet des Martyrs japonais : “ Doux Cœur de Marie, soyez mon salut ! ” cette petite croix rouge qu’Elle porte sur son Cœur immaculé, c’est Jésus. Et bientôt, Elle va le montrer tout sanglant, en réponse à l’invocation des gros grains : “ Père éternel, je vous offre le Sang très précieux de Jésus-Christ en expiations de mes péchés, et pour les besoins de la sainte Église. 

Elle porte sur son Cœur la croix d’étoffe rouge, celle même que Pie IX avait distribuée à ses défenseurs en septembre précédent en remerciement de leur défense héroïque de Rome. Après leur avoir donné l’ordre de se rendre, il leur remit cette petite croix qu’ils cousirent sur leur uniforme. Le 2 décembre précédent, lors de la charge glorieuse de Patay, Henri de Verthamon, porte-bannière du Sacré-Cœur, la portait.

En plus des quatre voyants retenus comme témoins officiels, trois enfants plus jeunes auront le bonheur de voir l’apparition. Le petit Eugène Friteau, âgé de six ans et demi, mais malade et se plaignant du froid, il ne resta là que le temps de la décrire et fut remporté chez lui par sa tante. Il mourra quelques mois plus tard après avoir fait sa première communion. La petite Eugénie Boitin (deux ans) battait des mains du côté de la Vision : « Le Jésus ! Le Jésus ! » L’émotion saisit la foule. Sa mère s’efforçait de distraire l’enfant en lui montrant d’autres points du ciel, la petite revenait obstinément vers la vision.

Il y eut enfin Auguste Avice, âgé de cinq ans et qui resta tout le temps de l’apparition, fasciné par la belle Dame : « Elle me regarde et Elle rit ! » Et discrètement il la décrivait à son père qui ensuite interdit à son fils d’en parler. Il devint frère jésuite en Chine où il mourut en 1945 après avoir déclaré : “ Oui, c’est vrai, j’ai vu la Sainte Vierge ! 

Peu à peu tout s’est mis en place, l’événement est devenu officiel, chacun a répondu à l’invitation, l’invité d’honneur est arrivé, tous peuvent voir dans le ciel, les trois étoiles en triangle qu’ils ne verront jamais plus ensuite, la dramaturgie céleste peut donc commencer ? Pas encore !

« Les personnes qui nous entouraient étaient agitées de sentiments divers, dit Joseph Barbedette ; il y avait contestation. Les uns croyaient à nos paroles, d’autres riaient et parlaient, d’autres enfin nous contredisaient... tout le monde se mit à deviser qui dans un sens, qui dans un autre, sans plus s’occuper ni de nous, ni de l’Apparition.

« Elle tombe en humilité ! (dans la tristesse), s’écria Eugène. C’était la vérité. Nous le constations tous. La belle Dame avait cessé de sourire et pris un air de profonde tristesse.

« Silence ! dit monsieur le Curé ; si les enfants voient la Sainte Vierge, c’est parce qu’ils en sont plus dignes que nous. »

« La tenue de la foule a été, à partir de ce moment, très religieuse », témoignera Eugène Barbedette.

« Monsieur le Curé, reprit sœur Marie-Édouard, si vous parliez à la Sainte Vierge.

« Hélas ! ma sœur, répondit-il, je ne la vois point, que lui dirai-je ?

« Mais, si vous disiez aux enfants de lui parler ! »

Sa réponse est admirable ! Il comprend que si la Vierge descend une nouvelle fois, c’est qu’Elle a quelque chose à dire comme en 1830, comme en 1846 et en 1858 ! Donc il faut la prier de manifester sa volonté.

« Prions ! dit le vénéré Monsieur Guérin, récitons le chapelet.

Prions ! C’est l’ “ Orémus ” du célébrant qui introduit toute prière liturgique. À cet instant s’ouvre l’incomparable veillée où la Sainte Vierge va présider cette liturgie céleste qui interagit avec la prière des paroissiens, comme l’explique fort bien Mgr Wicart dans son jugement de l’apparition :

« Ce splendide tableau avec ses aspects changeants, ses phases multiples et si variées, avec cette multitude de circonstances, toutes également extraordinaires, se succédant dans un ordre merveilleux, et par une coïncidence plus merveilleuse encore, répondant au moins quelques-unes, les plus remarquables d’entre elles, au sens des prières chantées par la foule, non sur leur demande, mais sur l’ordre du pasteur de la paroisse et sous la direction des Sœurs institutrices ! »

Et notre Père d’en tirer la conclusion qui s’impose : « Cette ordonnance des cérémonies ne peut être l’œuvre de l’imagination des enfants. Tel est l’argument de l’acquiescement épiscopal au fait surnaturel. Dès lors, nous devons tenir chaque attitude de Marie, le moindre de ses gestes, pour une révélation. » (Lettre à la Phalange n° 56, de février 1996)

« Tout le monde se mit à genoux... À peine le chapelet fut-il commencé que la belle Dame se mit à grandir. Les pieds restaient à la même place, mais tout son corps grandissait, grandissait, grandissait toujours. À la fin du chapelet, elle avait grandi de la moitié de la taille de sœur Vitaline. Le cercle bleu de même s’était développé en proportion, de manière à rester toujours à la même distance de la belle Dame qui restait toujours jeune et admirablement proportionnée.

« L’étoile du triangle qui se trouvait au-dessus de la tête s’était aussi élevée progressivement dans le ciel et les deux autres s’écartaient en même temps... Tandis que l’apparition grandissait de la sorte, les étoiles se multipliaient merveilleusement. Nous les voyions paraître à quelques centimètres de la robe et s’y coller aussitôt, tantôt en haut, tantôt en bas, d’une manière irrégulière et comme jetées au hasard. »

Cette féérie rend manifeste la joie que produisent nos Ave Maria sur la Cœur de Marie qui en échange peut manifester sa puissance et répandre ses grâces à profusion.

« C’est une fourmilière, disions-nous ; y en a-t-il, y en a-t-il ! Elle est presque toute dorée ! »

« Toute resplendissante est la fille du roi dans l’intérieur ; son vêtement est fait de tissus d’or », chante le graduel de la messe de l’Assomption, citant le psaume 44.

« Enfin les étoiles du firmament... à mesure qu’elles allaient être cachées à nos regards par la belle Dame, qui grandissait, se rangeaient des deux côtés pour la laisser passer, puis descendaient le long de son corps, et venaient se grouper au-dessous de ses pieds, en dehors du cercle bleu. »

Elle est la Souveraine de l’univers, la création rend hommage à Celle qui Est d’avant le temps. Merveilleuse chorégraphie céleste qui est louange de gloire à sa toute-puissance.

« Pendant tout le chapelet, la belle Dame ne cessa de nous regarder en souriant... »

De contentement, car c’est la prière qu’à Pontmain on récite quotidiennement à l’église, la prière qu’Elle aime qu’on lui adresse pour nous déverser le trésor de ses grâces.

« Le chapelet était achevé. »

Sœur Marie-Édouard entonna le Magnificat. Ce chant qui proclame les gloires de Marie. Il n’y a pas de doute, c’est bien la Sainte Vierge qui apparaît en réponse à leurs prières incessantes pour obtenir la fin de la guerre.

« Le premier verset n’était pas achevé que, tous les quatre, nous criions à l’envi :

– Voilà quelque chose qui se fait.

« Le chant fut interrompu. Une grande banderole blanche de quatre-vingt-dix centimètres ou un mètre de large, longue comme la maison Guidecoq, venait de nous apparaître au-dessous de la belle Dame. Des lettres allaient se former, lettres d’or en majuscules ordinaires de vingt à vingt-cinq centimètres de hauteur. Elles apparaissaient lentement, comme si une main invisible les eût tracées sans retouche, avec un pinceau.

« Le Magnificat à peine repris, nous nous écriâmes à la fois :

 Voilà encore quelque chose qui se fait :

 C’est un bâton ! C’est une lettre !! C’est un M !!!

– Encore une autre ! C’est un S !... C’était à qui nommerait les lettres le premier. »

Le mot “ MAIS ” resta seul presque dix minutes. Comme si “ Elle voulait que nous réfléchissions sur ce mot ”, dira sœur Timothée.

Les enfants étaient hors d’eux-mêmes, manifestant par des gestes animés et expressifs les sentiments d’admiration que leur inspirait le spectacle qu’ils contemplaient.

« À la fin du Magnificat, nous lisions ces mots, sans ponctuation aucune (qui sont comme l’écho céleste au “ Prions ” de monsieur le Curé) :

MAIS PRIEZ MES ENFANTS

Marie qui se dresse majestueusement dans sa splendide robe bleue, couverte d’étoiles... pour ces humbles qui la proclament bienheureuse... a obtenu que Dieu se souvienne de sa miséricorde malgré les fautes de la France. Mais pour le pasteur du troupeau, cela ne suffit pas !

« Il faut, dit Monsieur Guérin, prier la Sainte Vierge de manifester sa volonté.

« Et sur son ordre sœur Marie-Édouard entonna les litanies de la Sainte Vierge. »

Pour être exaucé, qu’y a-t-il de plus suave que les litanies de la Sainte Vierge qui proclament tous les titres de gloire de Marie ; et en même temps tous les motifs de notre espérance en Elle ?

« – Voilà encore quelque chose qui se fait, c’est un D, c’est un I..., etc., etc.

« Et nous épelâmes ainsi les mots :

DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS

« Après ce dernier mot temps se forma un gros point, semblable à un soleil d’or ayant la hauteur des lettres. À ce moment, l’assemblée se sentit soulevée par un sentiment d’invincible espérance.

« C’est fini ! c’est fini ! disait-on, la guerre va cesser, nous aurons la paix.

 Oui, répondit Eugène, oui, mais priez. »

Eugène a compris les volontés du Ciel !

À la Rue du Bac, à La Salette, l’Immaculée annonce des malheurs si on ne se convertit pas ; à Lourdes, Elle demande “ prière et pénitence ” pour les pécheurs. Pour J. Grimault, ce “ MAIS ” de la Dame de Pontmain, rappelle les avertissements antérieurs de Notre-Dame en terre de France : “ MAIS ” si vous PRIEZ, si vous répondez à mes objurgations maternelles, vous serez épargnés, “ Dieu vous exaucera en peu de temps ”. Ce “ PRIEZ ” en est la condition convertissante : se convertir totalement, c’est-à-dire personnellement, religieusement, socialement et politiquement.

« Et l’on se remit à prier. »

À prier DIEU qui exauce. Car Dieu existe et répond à une société en proie à la Révolution, au naturalisme, au laïcisme et à l’incrédulité moderne qui le nie et s’enfonce dans l’athéisme !

« Monsieur le Curé fit chanter l’Inviolata. Aussitôt, nos voix redirent de nouveau :

– Voilà encore quelque chose qui se fait.

« Sur une nouvelle ligne, en effet, au-dessous de la première, de nouvelles lettres se formaient. Cette ligne commençait, non plus au bout de la banderole, mais au tiers à peu près.

 C’est un bâton, c’est un M.

– Tiens, dit Jeanne-Marie, la Sainte Vierge va recommencer, elle croit peut-être que nous n’avons pas pu lire. »

À Pontmain, il n’y a pas d’extases des voyants, ils restent eux-mêmes et réagissent avec leur spontanéité d’enfants. « Lorsque la Vierge souriait, témoignera Joseph, j’avais un bonheur immense, que je ne pouvais comprendre, qui m’emplissait la poitrine tout en me laissant pleine conscience de tout ce qui se passait. »

Les sœurs elles aussi sont “ natures ”. Il y a quelque chose d’édifiant dans ces réactions qui manifestent une grande familiarité de ces gens simples au naturel, mais profondément surnaturels. Parce qu’ils vivent habituellement des choses d’En-Haut, ils ne s’étonnent pas de la présence de la Sainte Vierge. Une seule différence distingue les voyants des autres paroissiens ce soir-là : ils ne sentaient nullement le froid qui pourtant était particulièrement vif.

« – Mais non, voilà un O, un N, c’est MON.

« Et nous épelâmes ainsi le mot suivant : FILS.

« On chantait alors les paroles : O Mater Alma Christi carissima, Ô Mère chérie de Jésus-Christ.

« À ces mots lus et répétés, une vive émotion se répandit parmi les assistants.

– C’est la Sainte Vierge ! répétait-on à l’envi, les larmes aux yeux.

« Souriant toujours, elle continuait à nous regarder. »

« Après l’Inviolata, fut chanté le Salve Regina ; et les lettres continuèrent à se former...

« Et à la fin du Salve Regina, nous pouvions lire :

MON FILS SE LAISSE TOUCHER

« Un gros trait d’or, de huit à dix centimètres, soulignait cette seconde ligne qui se terminait sans ponctuation. On nous faisait répéter mille fois l’inscription tout entière, dans les plus petits détails.

MAIS PRIEZ MES ENFANTS
DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS
MON FILS SE LAISSE TOUCHER

« La foule émue et recueillie priait.

– Chantez un cantique à la Sainte Vierge, dit le vénérable curé. Et la sœur entonna le cantique que nous avions chanté si souvent : Mère de l’Espérance...

Vitrail de Pontmain« Aussitôt, la Sainte Vierge, qui, jusqu’alors, avait tenu les mains abaissées vers nous, les éleva à la hauteur des épaules. Les coudes étaient légèrement appuyés sur les côtés, les mains étaient un peu inclinées en arrière, la paume tournée vers nous. Le bras gauche, ainsi relevé, ne cachait pas la petite croix rouge qui se trouvait sur le cœur. En même temps, la Sainte Vierge souriait en nous regardant, du plus beau sourire que nous ayons pu contempler pendant toute l’Apparition. Aussi nous ne pouvions nous empêcher de battre les mains en criant :

– Voilà qu’elle rit ! Voilà qu’elle rit ! Oh ! qu’elle est belle ! Oh ! qu’elle est belle ! »

« On aurait voulu sauter jusqu’à elle, disaient les petites filles. Et Eugène ajouta : oh ! si j’avais eu des ailes !... » (Aimable Richard, L’Événement de Pontmain, publié le 22 mars 1871)

« Elle remuait ses doigts, à peu près comme une personne qui touche un piano lentement et délicatement. Notre joie gagnait les assistants : ils riaient avec nous et pleuraient d’émotion.

« Rien ne saurait rendre l’expression du visage de la Sainte Vierge pendant tout ce cantique. »

« Que dit en effet le premier couplet de ce cantique ? interroge notre Père dans sa Lettre à la Phalange n° 56 :

« Souvenez-vous, Marie,
Qu’un de nos souverains
Remit notre patrie
En vos augustes mains. »

C’est donc l’évocation de la consécration, par le roi Louis XIII, de la France au Cœur Immaculé de Marie, qui illumine ce visage divin au soir du 17 janvier 1871. Ce sourire, c’est la révélation du Cœur de Marie. »

Marie portait un diadème d’or. Les enfants ne savaient comment décrire cet extraordinaire couronnement. C’est en Reine qu’Elle répond, sa couronne d’or le montre bien, sa couronne qu’elle laissera paraître seule à la fin de l’Apparition. Un autre détail merveilleux de l’Apparition dit encore cela, c’est la robe semée d’étoiles à cinq pointes de la Sainte Vierge. C’est ainsi que le frère Fiacre l’a vue en 1637, et c’est la raison pour laquelle l’abbé Guérin a fait peindre la voûte de son église en bleu-ciel avec semi d’étoiles d’or.

Mais c’est une Reine endeuillée que révèlent son voile noir de veuve et le diadème liseré de rouge, couleur de sang. Le diadème d’une reine régente, depuis la monarchie perdue en 1830, où son Fils, vrai Roi de France, a été dépouillé de son manteau royal.

Louis Colin, dans son ouvrage, “ Notre-Dame de Pontmain ” (1894), établit la relation, pour ne pas dire la filiation, qui existe entre le sanctuaire Notre-Dame d’Espérance de Saint-Brieuc et l’apparition de Pontmain. Quand fut entonné le cantique “ Mère de l’Espérance ”, Marie qui avait les mains abaissées les a relevées et a pris la pose qu’elle a à Saint-Brieuc dans la statue monumentale placée sur la flèche de la chapelle. Elle a les mains levées, étendues comme pour prier et nous protéger. Elle est vêtue d’une robe en forme d’aube sacerdotale qui rappelle celle que Notre-Dame de Pontmain portait quand elle est apparue dans les airs à peu près à la même hauteur.

« Vers la fin du cantique, la banderole avec l’inscription disparut tout à coup, comme si un rouleau couleur du ciel eût passé en commençant à notre droite et l’eût enroulée sur lui-même. »

« Vers la fin du cantique... » quand la foule chantait :

« Au chemin de la gloire,
Conduisez nos soldats ;
Donnez-leur la victoire,
Au jour des saints combats. »

L’inscription qui annonce qu’ils seront exaucés dans leur demande de paix disparaît. C’est que le temps de la victoire et de la gloire n’est pas encore venu. À la joie de Marie au souvenir des jours heureux de son Royaume qui lui vaudront un jour de retrouver « l’allégresse, la paix et le bonheur », va succéder une tristesse qui « dépassait tout ce qu’on peut imaginer » et qu’Elle va montrer en images... saisissantes !

LES MYSTÈRES DOULOUREUX.

Après la joie et la beauté immaculée, voici donc les mystères douloureux :

« Monsieur le Curé fit chanter le cantique : Mon doux Jésus.

 Voilà qu’elle retombe dans la tristesse. Encore quelque chose qui se fait !

« Ce fut notre exclamation unanime. En effet, une croix rouge, haute de cinquante centimètres environ, parut en avant de la très Sainte Vierge, qui abaissa les mains pour la prendre et la tenir devant elle. Cette croix, d’un rouge vif, portait un Christ d’un rouge sombre. Le sang du Christ ne coulait pas. Le Christ, attaché à la croix, avait la tête un peu inclinée à gauche, nullement penchée ni en avant ni en arrière... Au-dessus de la tête du divin Crucifié, à l’extrémité du bâton de la croix, était un second croisillon, un peu plus court que celui auquel les bras étaient attachés. Ce croisillon, large de sept à huit centimètres, était blanc, et portait, en lettres d’un rouge vif, l’inscription en majuscules : Jésus-Christ. »

LA VIERGE AU CRUCIFIX SANGLANT.

Les enfants lisent Jésus-Christ, et non pas l’inscription du Calvaire, “ Jésus de Nazareth, le roi des juifs ”. C’est comme pour le nom de Dieu rejeté, Jésus que le monde n’est pas libre de reconnaître ou de rejeter, le nom qui dit tout, qui est centre de tout, l’unique Sauveur « devant qui tous genoux fléchissent », Jésus-Christ, est méprisé...

Vitrail de Pontmain« ... La Sainte Vierge tenait le bâton de la croix un peu au-dessous des pieds du Christ. Elle le tenait des deux mains doucement fermées... Le sommet de la croix était un peu incliné en avant, de quatre à cinq centimètres seulement.

« Dès le commencement du cantique, une des étoiles que nous avions vues se ranger au-dessous des pieds de la Sainte Vierge se remit en mouvement, et entrant dans l’ovale, vint allumer les quatre bougies et passant au-dessus de la tête de la Sainte Vierge, sortit de l’ovale, et s’arrêta au-dessous de l’étoile du triangle dont nous avons parlé. »

« Comme, à la grand-messe, les céroféraires allument quatre cierges pour accueillir Jésus au Saint-­Sacrement, au moment de la Consécration, qui est le renouvellement réel, actuel, du Sacrifice de la Croix... », écrit notre Père dans la CRC n° 342, de janvier 1998 : De Pontmain à Turin, de l’Immaculée au Dieu crucifié (p. 36).

Mais c’est aussi la Vierge qui ici tient la croix comme le prêtre le Vendredi saint, entouré des céroféraires, et qui la présente à la vénération des fidèles.

« Pendant tout ce cantique, la Sainte Vierge eut les yeux constamment baissés ; elle regardait le Christ qu’elle nous présentait, ses lèvres remuaient, elle paraissait s’unir aux chants de pardon des assistants, spécialement au refrain qui est le Parce Domine. L’expression de tristesse répandue sur son visage ne saurait être rendue ; les larmes ne coulaient pas. Mais la tristesse dépassait tout ce qu’on peut imaginer. J’ai vu ma mère abîmée dans la douleur lorsque, quelques mois plus tard, mon père fut frappé par la mort. On sait ce qu’un tel spectacle dit au cœur d’un enfant, et pourtant, je m’en souviens, la tristesse de ma mère ne me parut rien en comparaison de la tristesse de la très Sainte Vierge, qui me revenait naturellement à l’esprit. C’était bien la Mère de Jésus au pied de la croix de son Fils. »

C’est la Corédemptrice du genre humain qui présente de manière pathétique l’appel du Sacré-Cœur à la prière et à la pénitence pour obtenir la délivrance de l’Église et de la France. Quelle annonce prophétique de la croix qui sera méprisée et bannie des espaces publics en France occupée par la franc-maçonnerie, qui verra sous peu l’accomplissement de la parole de la Vierge Marie à Catherine Labouré, annonçant que les temps seraient mauvais parce que la croix serait méprisée et renversée. C’est la même tristesse en 1830 pour la Monarchie perdue, qu’en 1871 pour la France livrée aux athées, et dans le même temps pour le pape prisonnier abandonné par la France. Et, geste expressif qui marque les sollicitudes de notre Mère : Elle emprunte à la chapelle Notre-Dame d’Espérance de Saint-Brieuc, siège de l’archiconfrérie pour le salut de la France et les besoins de l’Église, le crucifix rouge surmonté d’un écriteau blanc qui fait face à la chaire du prédicateur.

L’abbé Joseph-Antoine Boullan écrit justement : « C’est ici le moment le plus solennel et le plus mystérieux de l’apparition de la Très Sainte Vierge. Nous allons à Jésus par Marie, et la céleste Mère ne veut nous attirer à Elle par la suavité de son amour qu’afin de nous conduire au divin Sauveur. Il y a donc dans la dévotion à Marie, l’amour de la Croix, puisque l’auguste Reine des anges offre à ceux qu’elle aime une croix sanglante et le divin Jésus ruisselant de sang. » (Signification des symboles constatés à Pontmain dans l’apparition de la Très Sainte Vierge, septembre 1871)

Ce mystère d’amour du Cœur de Marie, seule la théologie totale de l’abbé de Nantes permet d’y pénétrer, comme l’a si bien mis en lumière frère Bruno, dans Il est ressuscité n° 272, décembre 2025 : “ Le mystère de la Rédemption et de la Corédemption ” (p. 12-19). À Pontmain, les enfants ont contemplé, comme projeté sur un écran céleste, la révélation en acte de l’œuvre de la Rédemption à laquelle est associée depuis le Calvaire, la Vierge Marie, Corédemptrice, Médiatrice, dont le Cœur Immaculé ne fait qu’un avec le Cœur du Christ broyé, comme une épouse ne fait qu’un avec son époux et lui obéit en tout. À ce moment-là, dans l’amour, non seulement elle partage toutes ses souffrances rédemptrices, mais elle accepte, elle veut ce Sacrifice. C’est la révélation du Crucifix sanglant : la Vierge Marie ne fait qu’un avec Lui, son Époux de Sang, Elle le montre à ses enfants pour leur salut, et au-delà d’eux, à tous les hommes « qu’ils ont engendrés dans le même amour et dans le même acte extraordinairement douloureux de la Croix. » (Cf. Théologie mariale, S 44, récollection de Josselin 1980)

C’est donc pour nous une pressante invitation à s’immoler avec Jésus comme victime, « que nous l’aidions à expier, à sauver les âmes, par nos prières et nos pénitences... » Si nous voulons qu’Il intervienne, il faut l’aider et répondre à son Amour par notre volonté réparatrice.

« Bien des larmes avaient coulé pendant le chant du cantique : Mon doux Jésus... Lorsque le dernier couplet du cantique se fut élevé dans les airs, monsieur le Curé fit chanter l’hymne Ave maris Stella. Aussitôt, le crucifix rouge disparut, les mains de la Sainte Vierge s’abaissèrent et reprirent la position qu’elles avaient au commencement, c’est-à-dire comme dans la Médaille miraculeuse. Les quatre bougies restèrent allumées jusqu’à la fin de l’Apparition. »

Restées allumées pour Elle ! comme le faisait l’abbé Guérin près du trône de Marie depuis le 8 décembre 1854, en l’honneur de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, et comme on le faisait tous les jours pendant la messe de l’archiconfrérie de Notre-Dame d’Espérance à Saint-Brieuc.

L’Ave maris Stella proclame Marie Porte bénie du Ciel et la prie de veiller sur notre chemin, afin qu’un jour nous voyions Jésus pour notre bonheur éternel.

L’apparition de Pontmain, cinquième phase.Oui, mais à condition de porter la croix que rappellent les « deux petites croix blanches de douze à quinze centimètres de hauteur et sans Christ qui parurent plantées sur chaque épaule de la Sainte Vierge, dont la tête était ainsi en quelque sorte encadrée entre deux croix » (cf. la statue, ci-contre).

« Voilà qui annonce le “ secret ” de Fatima, commente notre Père toujours dans la Lettre à la Phalange n° 56. Jadis, les Croisés portaient de semblables croix, “ piquées ” ainsi : voilà qui annonce notre croisade eucharistique et mariale. » Croisade dont elle manifeste son désir de prendre la tête pour la reconquête, non plus des Lieux saints, mais de sa Fille aînée ! « Croisade victorieuse, car la blancheur est couleur de joie et de victoire dans l’Apocalypse. »

« Durant ce chant, la Sainte Vierge reporta sur nous ses regards et reprit son sourire, mais il y avait encore dans ce sourire comme un souvenir de sa tristesse, quelque chose de plus grave que précédemment.

« On avait chanté à peu près toutes les prières que chacun savait par cœur. Après l’Ave maris Stella, monsieur le Curé dit à ses paroissiens :

– Mes amis, nous allons faire ensemble la prière du soir ; puis, si la Vision continue, nous continuerons de prier. Sœur Marie-Édouard commença donc la grande prière que nous avions l’habitude de faire tous les jours à l’église avec lui.

« Vers la fin de l’examen de conscience, au-dessous des pieds de la Sainte Vierge, et en dehors du cercle bleu, nous vîmes apparaître une sorte de voile ou drap blanc, qui, partant de là, montait peu à peu comme en se déroulant en avant de la Sainte Vierge. Elle avait retrouvé complètement son joyeux sourire.

« À mesure que le voile montait, le sourire de la Très Sainte Vierge nous paraissait de plus en plus gracieux ; son visage encore plus beau ; son regard sur nous, plus tendre et plus maternel. Le voile monta encore, cachant le visage. La couronne ne fut pas voilée. Au moment où l’on prononçait les dernières paroles de la prière, le voile disparut en même temps que la couronne.

– Voyez-vous encore ? nous demanda monsieur le Curé.

– Non, répondîmes-nous, c’est tout fini !

« Il était près de neuf heures. »

Ainsi s’achève le récit de Joseph Barbedette, o. m. i.

La foule se retira lentement, s’entretenant d’un événement si prodigieux et emportant une impression pleine de douceur, profonde et ineffaçable.

Dans le même temps, à Saint-Brieuc, où la chapelle n’est fermée aux fidèles qu’à neuf heures du soir, ce 17 janvier 1871, de nombreux fidèles, obéissants au règlement, quittèrent à regret le sanctuaire après cette mémorable veillée où fut promise une riche bannière en remerciement de la protection de Marie sur la Bretagne.

Monsieur le Curé, vivement ému par tout ce qui venait de se passer rentra à pas lents dans son presbytère et écrivit dans son diaire en marge des événements de la journée : « Apparition de la Sainte Vierge. »

Sa vieille servante le suivait à distance : ah ! le saint homme, le bon prêtre, disait-elle, c’est lui qui a attiré cette bénédiction sur sa paroisse, par sa grande dévotion envers la Sainte Vierge. Telle était sa réputation de sainteté « qu’on le comparait au curé d’Ars », témoignera Joseph, en avril 1919. Réputation de sainteté si fortement établie jusqu’à nos jours, que c’est son procès de béatification qui a été ouvert et non celui des voyants qui sont pourtant des exemples de perfection chrétienne. Ce modèle de pasteur, “ Serviteur de Marie ” plus imitable que le saint curé d’Ars, sera ainsi proposé aux prêtres quand sonnera l’heure de la résurrection de l’Église.

APRÈS L’APPARITION.

Les garçons, eux, s’endormirent dans la grange comme si rien n’était arrivé et le lendemain matin, à leur réveil, ils ne parlèrent même pas de ce qui s’était passé la veille, mais commencèrent leur journée habituelle avec la même perfection, seulement plus ardente qu’auparavant parce qu’ils avaient vu. « La vue des choses divines a invinciblement confirmé leur foi. » Ils ont vu, ils croient, et pour plaire à Dieu ils sont prêts à assumer leur croix quotidienne, aidés de la grâce et de la présence aimante de la Sainte Vierge.

Et cette perfection les accompagnera tout au long de leur vie, comme Jeanne-Marie Lebossé devenue religieuse dans la Congrégation de la Sainte-Famille, et Françoise Richer qui terminera sa vie comme humble domestique au service de l’abbé Eugène Barbedette, curé de Châtillon-sur-Colmont. Si cette dernière n’aimait pas parler de ce qui s’était passé, « tous les ans, le 17 janvier, confiera Eugène, nous nous entretenions ensemble de l’ apparition ».

Trois jours plus tard, les troupes ennemies évacuaient la Mayenne, l’armistice fut signé le 28 janvier.

Dès le surlendemain, jeudi 19 janvier, monsieur le curé doyen de Landivy vint sur demande du curé de Pontmain pour faire une enquête qu’il mena minutieusement pour conclure à la réalité de la vision attestée par les enfants.

Quelques jours plus tard, l’abbé Guérin écrivait à son évêque : « Il semble que tous n’aient pas assez de voix pour chanter les louanges de Marie.... Si j’étais muet, je ne serais pas serviteur de Marie... Ce qui nous rend heureux, c’est de voir augmenter de plus en plus la confiance en notre bonne Mère, l’auguste Marie, de qua natus est Jesus. »

Il demande aussitôt la permission de bâtir une chapelle... et conclut : « Dire le nombre de pèlerins qui viennent de toutes parts et s’en retournent le cœur touché et rempli d’espérance, n’est pas possible... Ce n’est qu’une voix pour glorifier Marie, pour la remercier d’être venue à notre secours, nous consoler dans des temps si malheureux. Tout le monde est dans la jubilation à cause des promesses de la Sainte Vierge. Non, non, l’ennemi de la France ne triomphera pas (comprenons, l’ennemi extérieur, et l’ennemi de l’intérieur qui travaille à détruire son âme !) : Spes nostra, salve. Gloire à Dieu ! Amour et honneur à Marie ! »

LES FRUITS DE L’APPARITION.

Les fruits de l’apparition furent immédiats, un mouvement de ferveur souleva la paroisse. En janvier 1872, un témoin rapporte que « les habitants sont devenus plus fervents, ils fréquentent davantage les sacrements ».

Dès le 26 janvier 1871 a lieu le premier pèlerinage paroissial : « 500 personnes au moins, en grande partie de Landivy, chef-lieu de canton peu éloigné, arrivent processionnellement à la modeste église où les attendait les larmes aux yeux, le bon curé... »

Les pèlerinages de multiplient : « Tous les jours plusieurs prêtres viennent en pèlerinage avec de nombreuses familles. »

Le fait de Pontmain, au dire même de Mgr Wicart, devait bientôt se répandre au-delà même des frontières. À ces faits s’ajoutaient un courrier considérable, le projet de construction d’un sanctuaire, les enquêtes successives pour la reconnaissance canonique de l’apparition...

Le 12 juillet l’abbé Guérin avouait : « Je suis excédé de fatigue (...) à peine puis-je remplir mon petit ministère. » En août, il reçut l’aide d’un vicaire afin de l’aider dans une charge devenue écrasante pour lui. Le 13 janvier 1872, alors qu’il se rendait à Saint-Ellier pour célébrer la messe, il fut victime d’un accident de voiture, sa santé en fut fortement ébranlée. Dès lors, il déclina rapidement.

Le 28 mai, « au premier coup de l’angélus de midi, l’abbé Guérin que l’on croyait inconscient, se redressa. Il souriait, tendu dans un geste d’accueil vers une présence invisible. Et puis, alors que s’achevait la salutation angélique, il retomba sur son lit et mourut. » (A. Bernet, op. cit., chapitre XII, p. 630).

Une phrase de l’épitaphe gravée sur sa tombe résume sa vie de curé dévoré de zèle pour la gloire de la maison de Dieu : « Humble serviteur de Marie, en l’honorant comme une mère, il s’amassait un trésor. Ce trésor fut pour lui l’apparition du 17 janvier 1871. »

LA REVELATION DE PONTMAIN.

Comme à la Rue du Bac, à La Salette et à Lourdes, nous sommes en face d’une visite authentique de la Mère de Dieu, apportant à ses enfants un message du Ciel... L’abbé Lefranc en conclusion de son livre “ L’Événement de Pontmain raconté et discuté ” (p. 127-130), le résume fort exactement :

Statue de Notre-Dame de Pontmain« À notre humble avis, l’événement de Pontmain se suffit à lui-même ; il concorde avec toutes les autres apparitions ; mais il a sa raison d’être et son entité particulière. C’est le message heureux qui nous apprend que la France est sauvée, mais c’est aussi un sublime panorama de toute la théologie mariale qui, pour notre instruction, s’est déroulé au firmament pendant plus de trois heures.

« Cette apparition s’adapte, merveilleusement à l’histoire de la France pour mieux l’éclairer ; elle tient également une place dans l’histoire de l’Église, qui garde sur terre le dépôt sacré des grâces et des vérités qui viennent du Ciel. Ce prodige impose à la croyance de toutes les personnes de bonne foi la plupart des grandes vérités surnaturelles (...). De plus, cet événement consacre tout l’enseignement de l’Église romaine, concernant la Sainte Vierge et toute la Rédemption.

« Le prodige de Pontmain ne prouve-t-il pas en effet le grand rôle qu’a rempli la Mère de Dieu dans l’ensemble de l’œuvre rédemptrice, rôle que le protestantisme surtout tend à diminuer.

« Cette apparition, comme les plus hautes visions apocalyptiques, rappelle les vérités de la plus sublime théologie.

« Ce Christ vu à Pontmain dans un état d’immolation ne cessera en effet sa Rédemption qu’à la fin des temps.

« Ravi en esprit dans la Jérusalem céleste, l’apôtre saint Jean vit, au milieu du trône de Dieu, un Agneau, comme égorgé, et, autour de lui, les sept Esprits que Dieu envoie par toute la terre, et vingt-quatre Vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, tenant dans leurs mains des harpes et des coupes pleines de parfums, qui sont les prières des saints, et ils chantaient un cantique nouveau à la louange de Celui qui a été mis à mort et qui nous a rachetés... et des myriades d’anges élevaient leurs voix et disaient :

« L’Agneau qui a été égorgé est digne de recevoir puissance, dignité, sagesse, force, honneur, gloire et bénédiction ! et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre et dans la mer, et tout ce qui est dans ces lieux disaient : À Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles ! (cf. Apocalypse, chap. V). »

Enfin, « Marie a insisté sur les moyens que les hommes sont obligés de prendre pour se conformer aux desseins de Dieu sur eux : la Vierge de Pontmain prêche la prière, la pénitence, la douleur et le sacrifice. En quelques coups de pinceau très sobres, afin d’être mieux retenus par des esprits de dix à douze ans, la Reine des anges, des apôtres, des docteurs et de tous les artistes de l’univers, retrace son enseignement éternel, au moyen d’un tableau dont chaque détail contient peut-être plus de vérités dogmatiques, mystiques et morales que les meilleurs livres sortis de la main des hommes. » (Ibid., p. 127-130).

Dans un mandement daté du 2 février 1872, Mgr Wicart, comme Ordinaire du lieu, publie son enquête canonique très complète qui se conclut par un jugement solennel :

« Nous jugeons que l’Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu a véritablement apparu le 17 janvier 1871 à Eugène Barbedette, Joseph Barbedette, Françoise Richer et Marie-Jeanne Lebossé dans le hameau de Pontmain... »

En foi de quoi, il autorise le culte de la Bienheureuse Vierge Marie sous le titre de Notre-Dame d’Espérance, de Pontmain, et s’engage à élever « un sanctuaire en l’honneur de Marie sur le terrain même au-dessus duquel Elle a daigné apparaître ».

La Sainte Vierge qui avait su récompenser la dévotion de l’abbé Guérin en élisant sa paroisse pour dispenser ses grâces maternelles, distinguait en même temps l’évêque du diocèse, Mgr Casimir Wicart, élevé depuis le 30 avril 1855, au siège de Laval nouvellement érigé. Il fait partie de ces francs catholiques par son dévouement constant au Souverain Pontife dans la défense de ses États pontificaux, par sa pleine adhésion aux doctrines du Syllabus, sa défense de l’Infaillibilité pontificale au concile du Vatican. En politique, bien sûr, légitimiste et antiparlementaire. Enfin, ami de Mgr Freppel, le soutenant dans la fondation de l’Université catholique d’Angers.

C’est à Pontmain qu’il consacra, le 16 juin 1875, en même temps que tous les évêques du monde à la demande du pape Pie IX, son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus. La même année, il offrit au Saint-Père, au nom de ses diocésains, une statue en argent de Notre-Dame de Pontmain que celui-ci plaça sur son bureau : « Je la prie tous les jours, Elle est ma force et mon soutien », confiera le saint Pontife.

Il faut aussi faire mention de la bienfaitrice insigne de la paroisse, et la providence de son curé, madame Morin, qui fut récompensée de manière évidente par la Sainte Vierge puisque c’est au-dessus d’un champ qui lui appartenait qu’Elle choisit de se manifester.

Quelques jours avant de rendre sa belle âme à Dieu, âgée de quatre-vingt-dix-ans, dans l’angoisse de la patrie, elle disait à sœur Timothée, supérieure de l’école : « Faites beaucoup prier vos enfants. Je vous en prie, faites-leur chanter le cantique :  Mon doux Jésus , avec le Parce Domine. Leurs âmes sont si innocentes, leurs voix si pures. Le Ciel les exaucera. » Elle mourut à Fougères, le 11 janvier. Elle repose dans le cimetière de Pontmain au milieu de ce peuple qu’elle avait tant secouru, proche du prêtre béni qui, vicaire à Saint-Ellier, à l’époque où Pontmain en était la succursale, avait été demandé par elle-même et obtenu pour curé.

Au lendemain de l’Apparition, en attendant la construction de la basilique, une statue avait été placée dans le champ au-dessus duquel la Sainte Vierge s’était montrée. Le fils de madame Morin en fit don à Notre-Dame, disant plaisamment : « Alors, ce champ ne m’appartient plus, la Sainte Vierge me l’a volé ! »

LES LEÇONS DE L’APPARITION.

1. La première leçon à retenir de Pontmain, c’est d’admirer les fruits spirituels immédiats que la Sainte Vierge a fait éclore chez les voyants et les paroissiens, et chez les nombreux pèlerins qui dès le lendemain ne cessèrent d’accourir avec piété. En ce lieu, la Vierge Marie répand ses faveurs en abondance : la foi et l’espérance sont affermies, des grâces de conversions et des guérisons corporelles sont accordées.

2. Mais avant tout, historiquement, c’est ici, écrivait Mgr Richaud, évêque de Laval, dans sa lettre pastorale du 2 janvier 1940, à la veille d’une nouvelle invasion de la France, que « Marie, à qui Louis XIII avait autrefois consacré officiellement son Royaume, a, d’une manière manifeste, pris en charge à Pontmain le salut de la France, et a voulu marquer, en ce lieu béni de notre chère Mayenne, de quelle façon elle encourageait toutes nos supplications patriotiques ».

Cela correspond à la première partie du message : Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. « Cette phrase terminée par un point, complète par elle-même, me semble avoir signifié qu’à la prière serait accordée la délivrance du pays... », explique le Père Joseph Barbedette, interrogé en août 1909.

3. Il poursuit, et c’est le troisième enseignement à retenir, il est capital : « Mon Fils se laisse toucher, cette (seconde) partie du message soulignée non terminée par un point, serait l’essentiel du message et la parole destinée à traverser le temps pour rappeler que l’on doit avoir confiance... Il se laisse toucher... seulement il faut prier. Il faut que la France revienne au devoir dominical. La Vierge se tenant debout, les mains dans l’attitude de l’orante comme le prêtre à l’autel le rappelle. Elle rappelle aussi en présentant le crucifix sanglant que c’est le crucifix que l’on expulse en France qu’il faut réintégrer partout, et les petites croix blanches sur les épaules de la Vierge seraient comme des marques glorieuses, celles-là, des sacrifices supportés et des victoires obtenues. Quand la France priera, elle reviendra à sa place première...» (Laurentin, Pontmain, t. III, p. 275-276)

« Quand la France priera, elle reviendra à sa place première... » Le Père Joseph Barbedette délivre la vraie leçon d’espérance qui donne toute sa force à l’orthodromie mariale de Pontmain : “ Tout restaurer dans le Christ ” par l’Immaculée. C’est parce que le village de Pontmain sous la conduite de son Curé vivait de Marie, qu’il fut élu par Elle pour lieu de son apparition. C’est la raison pour laquelle la Vierge Immaculée multiplie tout au long de la soirée les signes de ses prédilections pour le sanctuaire de Notre-Dame des Victoires de Paris, et pour l’archiconfrérie de Notre-Dame d’Espérance de Saint-Brieuc, tous deux voués à la prière à Marie pour le salut de France et l’exaltation de l’Église, attaquées de toutes parts par la Révolution.

Nous pouvons donc conclure en toute certitude que l’apparition de l’Immaculée à Pontmain, le 17 janvier 1871, contient une leçon d’espérance pour l’avènement du Règne du Christ par Marie : un salut est promis à l’Église, à la France et au monde... si on prie ! Comprenez, “ si on se convertit ”, “ si on se laisse toucher ” par la Vierge au crucifix sanglant. Il y a dans le futur prophétique employé par le Père Joseph Barbedette, l’annonce de la conversion de notre France qui verra l’accomplissement des promesses du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie ! La France reviendra à sa place première quand elle priera !

Car si évidente est pour nous maintenant la mission de la Très Sainte Vierge venue apporter le 17 janvier 1871, la réponse de Dieu à la supplication nationale qui s’élevait de toutes parts depuis le début de la guerre, une corrélation non moins certaine doit être établie avec la dévotion au Sacré-Cœur : « N’est-ce pas en effet de la guerre de 1870 que datent le projet de construction du temple national de Montmartre au Sacré-Cœur de Jésus, et à la suite, un développement considérable de la dévotion au Sacré-Cœur, dans la France et dans le monde entier ? » (J. Grimault, Le Sinaï marial de Pontmain, p. 117)

De fait, quand Notre-Dame intervient le 17 janvier 1871, sont répandues depuis plusieurs mois les circulaires du Père Ramière en faveur d’une Consécration de la France et pour la délivrance du Souverain Pontife ; et M. Legentil, quelques jours plus tôt, le 11 janvier, a prononcé à Poitiers la première formule du Vœu National.

C’est la réalisation commencée de l’annonce prophétique contenue dans les paroles du Message de Pontmain : Mon Fils se laisse toucher. C’est dans son Sacré-Cœur que son Fils se laissera toucher ! À Pellevoisin la Sainte Vierge nous le donnera comme le lieu privilégié de son amour de Mère, Montmartre en sera le lieu de la réparation appelé à toucher le Cœur du Fils de Marie comme nous le verrons dans l’article suivant.

Oui, telle est notre Espérance et notre joie ! À Pontmain, l’Immaculée Conception se montre Reine de France et Elle se manifeste pleinement : notre Mère, notre Corédemptrice, notre Médiatrice et notre Avocate toute-puissante ! Aussi pouvons-nous dire avec foi, espérance et confiance :

« Notre-Dame de Pontmain, Priez pour nous, pour l’Église et pour la France ! »

Frère Benoît de Jésus Nazaréen.

Vue aérienne du sanctuaire de Notre-Dame de Pontmain.
Sur une route qui traverse le bourg dans toute sa longueur se trouvent, au centre, une petite place publique, puis l’église de la paroisse. Au premier plan, en bas, à gauche, à l’angle formé par le croisement des deux routes, s’élève la grange et la maison Barbedette. En face de la grange, au-delà de la route, s’élève la maison Guidecoq (on aperçoit une petite statue de la Vierge au faîtage).
« Tout à coup, arrêtant ses yeux vers la maison Guidecoq, en face de la grange, Eugène aperçut au-dessus de cette maison, et en arrière, une belle Dame. »
Sur l’esplanade de la basilique, un groupe de pèlerins phalangistes, en janvier 2025, au pied de la statue placée après l’apparition dans le champ au-dessus duquel la Sainte Vierge s’est manifestée. Au fond, le monastère des Oblats de Marie Immaculée qui ont la charge du sanctuaire.