Il est ressuscité !

N° 274 – Février 2026

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


Marie Médiatrice de toutes grâces

« DIEU VEUT QUE NOUS AYONS TOUT PAR MARIE. » (Saint Bernard)

«LORDRE des Petits frères et Petites sœurs du  Sacré-Cœur considérera comme l’une de ses principales charges la défense des privilèges de l’Immaculée Vierge Marie, tout particulièrement la promotion de sa Médiation universelle de toutes grâces. » (Notre Sainte Règle, addenda n° 1)

Il nous faut donc aujourd’hui défendre la gloire de l’Immaculée Conception... à l’encontre du “ Dicastère pour la doctrine de la Foi ”, de son Préfet, le cardinal Fernandez, et de notre Saint-Père Léon XIV lui-même, qui a signé la note Mater Populi fidelis, “ sur certains titres mariaux qui se réfèrent à la coopération de Marie à l’œuvre du salut ”. Cette note doctrinale est en rupture violente avec le Magistère ordinaire de l’Église, « ce qui a été cru toujours, partout et par tous » (saint Vincent de Lérins), et est donc de toute manière contraire à notre foi de catholiques soumis à la Sainte Église romaine.

Notre-Dame de Pellevoisin
« La grâce jaillit du Divin Cœur de Jésus sur nous tous, en passant par vos mains maternelles. »
(Saint Maximilien-Marie Kolbe)

Après avoir réduit l’Immaculée Conception de la Vierge Marie à n’être que « le premier rachat » d’une créature (n° 14), et rejeté son titre de Corédemptrice comme « toujours inopportun » ( n° 22), le cardinal Fernandez s’attaque à sa médiation : « Une prudence particulière s’impose dans l’application de l’expression  Médiatrice  à Marie » ( n° 24). Cette prudence consiste à nier formellement qu’Elle soit dispensatrice de tous les bienfaits de la Rédemption : « Certains titres, comme celui de Médiatrice de toutes les grâces, ont des limites qui ne facilitent pas une compréhension correcte de la place unique de Marie. » ( n° 67) « Aucun être humain, pas même les Apôtres ou la très Sainte Vierge, ne peut agir en tant que dispensateur universel de la grâce. Seul Dieu peut donner la grâce. » ( n° 53)

Une telle affirmation, approuvée par le Souverain Pontife, est aujourd’hui d’une importance capitale, tragique. Le salut éternel des pauvres pécheurs que nous sommes, ainsi que le salut temporel du monde entier, dépendent aujourd’hui de la réponse à cette question : la Vierge Marie est-Elle seulement une femme comme les autres, première des rachetés, dont il faut bien se garder d’avoir un culte exagéré, compromettant pour la fraternité avec nos “ frères ” protestants ?

Ou bien est-Elle, selon l’affirmation unanime de la tradition, “ plus divine qu’humaine ”, établie par Dieu dispensatrice de toutes les grâces nécessaires aujourd’hui pour convertir le monde et instaurer partout le règne de Jésus-Christ ?

LA FOI DE L’ÉGLISE EN SA MÉDIATRICE UNIVERSELLE

À la suite de notre Père dans sa session sur l’Immaculée Médiatrice (8 décembre 1992), nous commencerons par étudier la tradition de l’Église, avant de répondre aux critiques qu’elle a rencontrées, reprises aujourd’hui à son compte par le Dicastère pour la doctrine de la foi. La réponse qu’apportait notre Père à ces objections conduit la théologie traditionnelle à de grands progrès, en dévoilant le mystère de l’Immaculée Conception.

Notre Père parlait de la médiation de la Sainte Vierge comme du “ premier dogme marial ”, parce que, bien avant que ce terme ne soit employé et expliqué, dès ses origines, l’Église a eu recours à cette médiation. On en trouve les vestiges dans les catacombes romaines :

« Dans l’iconographie des catacombes, en correspondance avec les liturgies primitives, la médiation de Marie y est manifestée dans une unité vitale qui joint la Mère et le Fils. Il existe au moins quatorze peintures, datant du IIe au IVe siècles, décryptées dans les ténèbres mystérieuses des cimetières de la Rome chrétienne [...].

« Au cimetière de Priscille, non loin d’un Bon Pasteur presque effacé, la Vierge assise a l’Enfant sur sa poitrine. Un prophète, sans doute, debout tout auprès, montre une étoile ; à gauche, trois suppliants : père, mère et enfant, évidemment la famille propriétaire du tombeau. Les experts datent cette peinture du début du deuxième siècle. » (Javelet, Marie, la femme médiatrice, 1984, p. 54-55)

Ainsi, dès ses origines, l’Église ne situait pas la Vierge Marie parmi les suppliants, les rachetés, comme le fait outrageusement, et mensongèrement, hypocritement le cardinal Fernandez dans Mater Populi fidelis (spécialement aux paragraphes 29, 42 et 57). Les chrétiens ont toujours cru qu’Elle se tenait plus du côté de Dieu que des hommes, inséparable de son Fils qu’Elle offre à notre adoration.

En ce même deuxième siècle, la théologie de saint Irénée expliquait déjà le rôle incomparable de la Sainte Vierge. À l’encontre des gnostiques, il montrait dans la conception et l’enfantement du Christ par Marie, la source de la régénération du genre humain en Dieu, par Elle : « Comment l’homme sera-t-il délivré de la génération de mort, s’il ne passe pas à une nouvelle génération, donnée par Dieu de façon merveilleuse et surprenante en signe de salut, à une régénération qui procède d’une Vierge par la foi ? » (Adv. her. 4, 33, 4) Telle est la volonté de « Celui qui est pur [le Verbe qui s’incarne], ouvrant purement un sein pur, ce sein qui régénère les hommes en Dieu, ce sein que Lui-même rend pur » (ibid., 11).

Puisque la Sainte Vierge a donné la vie au Fils de Dieu fait homme, c’est Elle qui doit donner la vie divine aux hommes qu’Il vient sauver. Notre Père expliquait que la Maternité Divine de Marie contient implicitement sa Médiation universelle auprès de ses autres enfants. Cela paraît dans la prière du concile d’Éphèse (431), au cours duquel, précisément, fut proclamé le dogme de Marie, Mère de Dieu, Théotokos. Cette prière est attribuée à saint Cyrille d’Alexandrie :

« Nous vous saluons, Marie Mère de Dieu, trésor vénérable du monde entier, lumière jamais éteinte... C’est par vous qu’est sanctifiée, proclamée sainte, trois fois sainte la Sainte Trinité ; c’est par vous que la Croix est adorée et vénérée dans le monde entier... C’est par vous que la créature déchue est élevée au Ciel ; c’est par vous que toute la création est parvenue à la connaissance de la Vérité ; c’est par vous que tous les fidèles obtiennent le baptême et l’huile de la joie ; c’est par vous que des Églises ont été fondées dans le monde entier ; c’est par vous que tous les peuples sont amenés à la conversion. »

Dans cette même période, dans l’enthousiasme de la proclamation de ce nouveau dogme, on trouve les premières affirmations explicites du pouvoir de la Théotokos sur la dispensation des grâces. L’un des pères du concile d’Éphèse, Théodote d’Ancyre, parle de « Marie, la Vierge digne du Créateur », comme de la « dispensatrice des biens ». Peu de temps après, Romanos le Mélode chante dans un hymne pour Noël « la Protectrice toute-puissante du globe terrestre, vers qui regardent les expulsés du paradis de délice » (cité par le Père Druwé, s. j., dans son étude sur La médiation universelle de Marie, publiée dans Maria, t. I, p. 544).

LA MÈRE DE DIEU, TOUTE-PUISSANTE MÉDIATRICE DE LA CHRÉTIENTE.

« Le mystère de la maternité de Marie met ainsi celle-ci au niveau de la divinité du Christ, expliquait notre Père. Elle partage sa miséricorde infinie, sa toute-puissance, son omniscience divine, sachant tous nos besoins pour y répondre. C’est pourquoi l’intercession de Marie devint peu à peu une des habitudes de la piété chrétienne. Quand nous constatons, dans tous ces signes archéologiques ou dans les prières et les homélies des premiers Pères de l’Église, que les chrétiens font appel à Marie pour leurs mille besoins, temporels et spirituels, comment cela leur est-il venu ? Tout simplement du mystère même qui leur a été enseigné. En contemplant Marie dans l’Évangile, ils ont compris qu’elle était une Mère attentive et que, comme toute mère, elle était prête à venir au-devant de nous. »

Au gré des grâces reçues, des prières exaucées, les théologiens ont progressé dans l’intelligence et l’expression de ce mystère. Saint André de Crète († 720) est le premier dont nous sachions avec certitude qu’il a employé le terme de Médiatrice : « Lorsque vous nous quittez pour aller à Dieu, nous gagnons une médiatrice... de tous les pécheurs vraiment bonne Médiation. » (Serm. 3, De Dormitione)

Peu de temps après, saint Germain de Constantinople (715-729) formulait en toute clarté cette Médiation fondée sur la maternité virginale de Marie, qui s’accomplit dans la dispensation par Elle des bienfaits divins : « La Vierge, divinement brillante et pleine de grâce, a été Médiatrice tout d’abord par son enfantement maternel et maintenant par l’intercession de sa maternelle protection. » Il disait aussi : « Vous êtes la Mère de la seule véritable vie. Personne n’est racheté que par vous, Mère de Dieu, personne n’obtient le don de la miséricorde que par vous, qui avez porté Dieu. Vous jouissez sur Dieu d’une autorité maternelle, vous obtenez la grâce excellente du pardon même à ceux qui commettent des péchés énormes. Vous ne pouvez pas ne pas être exaucée, car Dieu condescend en toutes choses et par toutes choses aux volontés de sa vraie et très pure Mère. »

Selon le Père Javelet, saint Germain voyait en la Vierge Marie « le diacre par excellence de toutes les grâces et bienfaits de Dieu (Epist. ad Joan. Synnada PG. 98, 161A). Elle veille sur nous comme un évêque veille sur l’Église (In s. Mariæ zonam) ; Elle n’est étrangère à aucune de nos affaires humaines, toujours présente à notre vie quotidienne (In Dormit. 2) » (op. cit., p. 73).

Ainsi, « à partir du huitième siècle, la pratique de l’invocation de Marie par-dessus tous les autres saints et pour tous les besoins, et la conviction de son intervention universelle et nécessaire sont inébranlablement ancrées dans la Chrétienté orientale » (Druwé, op. cit., p. 545).

Saint Germain manifestait un tel enthousiasme pour la médiation de la Mère de Dieu, tout spécialement suite à la délivrance miraculeuse de Constantinople après un an de siège des sarrasins, le 15 août 718, délivrance qui fut commémorée ensuite chaque année par le chant de l’hymne acathiste en son honneur. De la même manière, en Occident, les protections miraculeuses contre les invasions barbares contribuèrent beaucoup à répandre le culte de la Sainte Vierge, par exemple la délivrance de Chartres en 911, grâce à la relique de son saint Voile.

Mais ces interventions de la Sainte Vierge dans la géopolitique, et la dévotion “ nationaliste ” qu’Elle a suscitée dans les peuples chrétiens ne sont pas du goût du cardinal Fernandez, qui recommande « d’éviter toute instrumentalisation politique de la proximité maternelle de Marie » ! ( n° 44)

SAINT BERNARD, DOCTEUR
DE LA MÉDIATION DE LA VIERGE MARIE

« Le moyen-âge latin a vécu de la même foi qui animait la piété orientale en la protection universelle et souverainement efficace de Marie. La liturgie en témoigne : Marie y est couramment invoquée comme la dispensatrice de tous les biens, notre Avocate et Médiatrice singulière, notre unique espérance avec le Christ, son Fils, toute-puissante par sa supplication. C’est tout l’Occident, des pays scandinaves à l’Espagne et de l’Irlande jusqu’aux extrêmes confins de l’ancien Empire germanique, qui chante en ses hymnes sa confiance illimitée en l’universelle protection de la Mère de Dieu. » (Druwé, p. 547)

Lors de la belle renaissance mystique du douzième siècle, il fut donné à saint Bernard d’expliquer cette médiation de la Vierge Marie dont tous vivaient. Son enseignement eut une très grande influence sur la Chrétienté de son temps, puis à travers les siècles dans toute l’Église, jusqu’à notre Père, qui s’en est abondamment nourri. Mais, loin d’être une théorie nouvelle, ce n’était que l’explication de la dévotion commune, catholique, millénaire, du peuple fidèle.

Son sermon intitulé l’Aqueduc, qui fut lu et cité par des générations de saints et de mystiques, contient sa plus belle explication de la médiation universelle de la Vierge Marie. Ce simple texte suffirait à anéantir la note Mater Populi fidelis du cardinal Fernandez.

Saint Bernard commence par une contemplation de la Vie divine dans la Sainte Trinité. C’est ce que notre Père appellera la “ circumincessante charité ” :

« La vie éternelle est la source intarissable qui arrose la surface entière du Paradis. Non contente d’arroser, elle enivre, c’est la fontaine des jardins, le réservoir des eaux vives dont les flots impétueux descendent du Liban (Ct 4, 15), et fleuve qui rejoint la cité de Dieu (Ps 45, 5). Mais quelle est cette source de vie, sinon le Christ Notre-Seigneur ? »

Or, « le filet d’eau céleste descend par un aqueduc qui ne nous déverse pas toute l’eau de sa source, mais instille la grâce, goutte à goutte, dans nos cœurs desséchés, aux uns plus, aux autres moins. L’aqueduc lui-même est plein, de sorte que tous s’alimentent à sa plénitude, sans la recevoir tout entière.

« Vous avez déjà compris, je suppose, de quel aqueduc je parle, qui, tenant sa plénitude de la source qui jaillit du cœur du Père, nous en distribue ensuite non pas toute l’abondance, mais ce que nous sommes à même d’en recevoir. Vous savez bien à qui s’adressaient ces paroles : Je vous salue, pleine de grâce. »

Tout est dit. La Vierge Marie tient sa plénitude de grâce de la source qui jaillit du cœur du Père, qui est le Christ, et c’est Elle qui instille cette eau vivifiante, goutte à goutte, dans nos cœurs desséchés.

Le cardinal Fernandez ose critiquer ce magnifique enseignement d’un docteur de l’Église, sans le citer évidemment, mais en le déformant grossièrement : « Nous devons éviter toute description qui suggérerait, de manière néoplatonicienne, une sorte d’effusion de la grâce par étapes, comme si la grâce de Dieu descendait par différents intermédiaires – comme Marie – tandis que sa source ultime (Dieu) resterait déconnectée de nos cœurs. » ( n° 55) !

Saint Bernard, qui tenait toute philosophie pour de la balayure, ne doit pas apprécier que sa parabole toute biblique de la source et de l’aqueduc soit critiquée par un cardinal comme une « description néoplatonicienne » ! Il avait d’ailleurs prévenu l’objection : « Certes, Dieu avait le pouvoir, s’il l’avait voulu, de nous infuser sa grâce sans passer par cet Aqueduc. Mais il a tenu à nous donner ce moyen de l’amener jusqu’à nous. » Pourquoi donc ? La réponse de saint Bernard est un trait de lumière, qu’on peut qualifier de prophétique, tant elle concorde avec la révélation de Notre-Dame à Fatima. Il explique que Dieu a voulu que toute grâce passe par la Sainte Vierge, parce qu’Il veut que nous l’aimions, Elle, que nous ayons de la dévotion pour son Cœur maternel :

« Considère, ô homme, le plan de Dieu, et reconnais-y le dessein de la Sagesse et de la Bonté. Avant d’inonder de rosée l’aire tout entière, il a commencé par en remplir la toison ; de même, pour racheter le genre humain, il a déposé toute la rançon en Marie. Mais pourquoi ? Allons donc plus au fond des choses, et demandons-nous quel amour infini Dieu veut nous inspirer envers Marie : il lui a donné la plénitude de toutes les grâces, de sorte que s’il y a en nous la moindre espérance, la plus faible part de grâce ou de salut, nous sachions bien que c’est toujours la surabondance reversée sur nous de Celle qui est montée au Ciel comblée de délices (Ct 8, 5).

« Vénérons donc Marie de toutes les fibres de notre cœur, de tout notre pouvoir d’aimer et de tous nos vœux. Telle est la volonté de Celui qui a voulu que nous ayons tout par Marie. C’est sa volonté, dis-je, mais il le veut dans notre intérêt.

« En toute occasion et de toute manière, Marie vient en aide à nos misères, apaise nos tremblements, stimule notre foi, conforte notre espérance, écarte nos défiances et remédie à notre lâcheté. »

En effet, c’est par Elle que tout doit remonter, de la terre, à la Sainte Trinité : « Quelle que soit l’offrande que vous vouliez présenter à Dieu, souvenez-vous de la confier à Marie, afin que la grâce remonte à sa Source par le même canal qui nous l’a apportée.

« Vous craignez de vous approcher du Père ; effrayé au seul son de sa voix, vous couriez vous cacher dans le feuillage. Il vous a donné Jésus pour Médiateur. Un tel Fils peut tout obtenir de son Père. Il sera exaucé par égard pour lui-même, car le Père aime son Fils. Mais peut-être craignez-vous en lui aussi la majesté divine, puisque, tout en se faisant homme, il est resté Dieu. Vous cherchez encore un avocat auprès de lui ? Recourez à Marie. Je n’hésite pas à dire qu’Elle aussi sera exaucée par égard pour Elle. Le Fils écoutera sa Mère, et le Père écoutera son Fils. Mes petits enfants, voici l’échelle des pécheurs, voici toute mon assurance et la raison de mon espérance. »

Ainsi, grâce à saint Bernard, l’Église sait et professe que Dieu veut que nous ayons tout par Marie. Ce que Notre-Dame a répété à Fatima, le 13 juin 1917 !

Notre Père commentait : « Ces paroles très douces de saint Bernard ont vraiment fondé toute la piété moderne. On peut dire que jamais plus l’Église ne s’éloignera de cette manière très tendre, très filiale, très respectueuse en même temps et débordante de poésie, qu’a eue saint Bernard. Nous aimons bien, tous, saint Bernard, c’est évident. »

DE SAINT ALBERT LE GRAND À SAINT BERNARDIN DE SIENNE.

Au douzième siècle, à la suite du saint abbé de Clairvaux, les auteurs mystiques – moines de tous ordres, cisterciens, victorins – rivalisèrent d’enthousiasme et de dévotion pour chanter en la Vierge Marie l’Épouse du Cantique des cantiques, régnant avec le Roi des rois, Avocate tout-puissante à sa droite.

Mais après le siècle de la mystique vint celui de la science théologique. Saint Albert le Grand, dans ses traités, répète l’enseignement de saint Bernard : toutes les grâces, sans exception, passent par les mains de la Vierge Marie (Mariale, q. 164). Mieux encore : « Marie est cette porte du Ciel d’où procède tout ce qui de grâce, créée ou incréée, est jamais venu dans ce monde ou doit y venir. » (q. 197) Au sens strict, Elle est donc véritablement Médiatrice de toutes grâces, éternellement !

Après lui, si on retrouve l’enseignement de saint Bernard dans diverses Sommes, la scolastique semble gênée pour expliquer la dispensation de toutes les grâces par la Vierge Marie, et pour situer dans ses synthèses rationnelles la fervente dévotion envers Notre-Dame dont vivait alors toute la Chrétienté. En son siècle, il semble que ce soit saint Bonaventure (1221-1274) qui ait le mieux pénétré ce mystère. « Il permet à la piété du douzième siècle de s’épanouir au treizième, en dépit de l’austérité aristotélicienne. Il assure une continuité mystique. » (Javelet, p. 129)

Le Docteur séraphique avait une compréhension très profonde de la maternité de la Sainte Vierge, comme la source de toute notre rédemption : « De cette Vierge bénie est le Prix qui nous permet d’obtenir le royaume des cieux. Il est d’elle, c’est-à-dire tiré d’elle, payé et possédé par elle. Tiré d’elle à l’Incarnation, payé par elle dans la Rédemption du genre humain et enfin possédé par elle dans la gloire du paradis. » (De septem donis, VI, 5)

Un siècle plus tard, un autre fils de saint François, saint Bernardin de Sienne († 1444), fut le héraut fervent de la dispensation de toutes les grâces par la Vierge Marie. Prédicateur fameux dans toute l’Italie, il insistait continuellement sur cette médiation : « De même que les forces vitales se répandent de la tête dans le corps en passant par le cou, ainsi les grâces sont transmises au Corps mystique par la Tête, qui est le Christ, par l’entremise de la Vierge. Tel est donc l’ordre des grâces divines : de Dieu, elles découlent dans le Christ, du Christ en sa Mère, et par Elle elles se répandent sur l’Église... Je n’hésite pas à dire que la Vierge a reçu une certaine juridiction sur toutes les grâces... Tous les dons, vertus et grâces du Saint-Esprit sont distribués par ses mains, à qui Elle veut, comme Elle veut et autant qu’Elle le veut. » (Ser. in Nat. B. V. 1, 8)

LA CONTRE-RÉFORME TRIOMPHA DES ENNEMIS DE LA SAINTE VIERGE.

Au siècle suivant, les prétendus “ réformés ” eurent particulièrement en haine le titre de Marie Médiatrice. « Luther et Calvin accorderont à la Vierge Marie d’avoir reçu de nombreuses grâces de Dieu, mais comme tous les autres êtres humains, d’une manière extérieure, expliquait notre Père. La grâce, pour eux, est comme un manteau très brillant qui couvre l’infection du péché, mais l’être humain reste pécheur. Ils ont eu l’audace de mettre Marie dans la même catégorie que nous. Si elle a plus de grâces que nous, elle les reçoit d’une manière tout à fait passive, ce qui fait qu’elle n’est point riche de grâces et point distributrice de grâces. Luther et Calvin étaient tellement contre la médiation de Marie qu’ils en faisaient détruire les images, décapiter les statues. »

Saint Pierre Canisius (1521-1597) fit de la défense des privilèges de la Sainte Vierge une de ses armes principales dans la controverse contre les protestants, en vue de leur conversion. « Il est le premier à avoir composé sur Elle un corps de doctrine où se trouve ordonné tout ce qui jusqu’alors avait été écrit de la Vierge. Il y réfute plus de cent adversaires de Marie et cite à sa louange plus de quatre-vingt-dix Pères et docteurs des huit premiers siècles et cent dix écrivains ecclésiastiques des siècles suivants. » (Javelet, p. 223) Il défendait notamment la doctrine de saint Bernard, qui était alors profondément ancrée dans le peuple chrétien : « Dieu a déposé en Marie la plénitude de tout bien, et toute grâce déborde d’Elle. »

Le mépris de la médiation de la Sainte Vierge, né avec le protestantisme, ne devait plus s’éteindre. Il trouva de nouveaux suppôts parmi les jansénistes et les rationalistes des prétendues “ lumières ” : en 1673, parut un pamphlet intitulé “ Avis salutaires de la Vierge Marie à ses dévots indiscrets ”, que l’on pourrait croire rédigé par le cardinal Fernandez tant son hypocrisie consonne avec la note Mater Populi fidelis. L’auteur faisait dire à la Sainte Vierge : « Si tu m’honores, tu fais bien ; car mes prières ont beaucoup de valeur. Garde-toi, cependant, de m’attribuer ce qui n’appartient qu’à Dieu. Ne m’honore point comme s’il n’y avait point de possibilité d’aller à Dieu par Jésus-Christ sans moi. Car il n’y a qu’un Dieu et qu’un seul médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ. »

Ce pamphlet suscita une longue polémique autour de la médiation de Notre-Dame, dont le vainqueur fut saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), docteur de l’Église et fondateur des Rédemptoristes. Dans son ouvrage Les gloires de Marie (cf. encart), qui eut une très large diffusion, il défendait tout spécialement cette médiation universelle, que ses adversaires jansénistes et rationalistes rejetaient en premier lieu. La solidité et l’érudition de sa démonstration, alliée à une fervente piété, triomphèrent de toutes les oppositions, confortant la foi de l’Église en Marie Médiatrice de toutes grâces, au long des dix-huitième et dix-neuvième siècles.

MYSTIQUE ET POLÉMIQUE DE SAINT ALPHONSE DE LIGUORI

QUE Jésus-Christ soit notre  unique Médiateur de justice ; que lui seul nous ait obtenu par ses mérites la réconciliation avec Dieu ; qui le nie ? Mais, d’autre part, c’est une impiété de nier que Dieu se plaise à octroyer ses grâces en ayant égard à l’intercession des saints, et surtout à celle de la divine Mère, Marie, que Jésus désire tant de voir aimée et honorée de nous.

« Le point que nous prétendons établir ici, c’est que l’intercession de Marie nous est même nécessaire pour le salut, c’est-à-dire pour parler avec précision, non pas absolument, mais moralement nécessaire. Et nous disons que cette nécessité découle de la volonté de Dieu même, lequel ne veut pas nous faire de grâces qui ne passent par les mains de Marie. C’est le sentiment de saint Bernard : Marie a été donnée au monde afin que, par ce canal de grâces, les dons célestes descendent continuellement jusqu’à nous.

« Le démon le sait bien ; aussi, de même que, pour réduire la ville de Béthulie, Holopherne en fit couper les aqueducs, cet esprit malin s’attache de tout son pouvoir à détruire dans les âmes la dévotion envers la Mère de Dieu ; car, ce canal salutaire une fois fermé, il lui devient facile de les subjuguer. “ Voyez donc, conclut le même Père, voyez, âmes fidèles, avec quelle affectueuse dévotion le Seigneur veut que honorions notre Reine ! Il a mis en elle la plénitude de tous les biens, afin de nous obliger à recourir sans cesse à elle avec une entière confiance en sa protection, et à reconnaître ainsi que, désormais, s’il est pour nous quelque espérance d’obtenir la grâce et d’arriver à la gloire, nous ne pouvons la voir réaliser que par l’entremise de Marie ”. Saint Antonin dit pareillement : “ Toutes les grâces qui ont jamais été départies aux hommes, leur sont venues par le moyen de Marie. 

[...] « C’est donc à bon droit que l’Église nous prescrit de saluer et d’invoquer la divine Mère sous le glorieux titre de notre Espérance : “ Ô vous, notre Espérance, salut ” !

« L’impie Luther ne pouvait souffrir, disait-il, ce titre donné par l’Église romaine à Marie, à une simple créature. Car enfin, ajoutait-il, Dieu seul, et Jésus-Christ comme notre Médiateur, sont notre espérance, et, selon le mot de Jérémie, Dieu maudit quiconque met son espoir dans la créature. Mais s’il est vrai, comme nous l’avons prouvé, qu’en vertu d’un décret divin, toutes les grâces nous viennent par Marie comme par un canal de miséricorde, nous pouvons, nous devons même affirmer qu’elle est notre espérance. »

(Extraits des Gloires de Marie, 1750.)

LA VRAIE DÉVOTION AU TRÈS SAINT CŒUR DE MARIE

Quelques décennies auparavant, lors du triomphe de la Contre-Réforme au dix-septième siècle, la France avait donné le jour à deux grands apôtres de la Médiation universelle de Marie, aux intuitions très neuves, tous deux farouchement persécutés par les jansénistes et les gallicans. Le premier fut saint Jean Eudes, que notre Saint-Père Léon XIV a recommandé particulièrement à notre étude et à notre dévotion (lettre aux évêques de France du 28 mai 2025).

Saint Jean Eudes se distinguait de l’École française dont il était issu par l’ardeur de son amour pour les Saints Cœurs de Jésus et Marie, et par sa compréhension profonde de l’Amour régnant entre la Sainte Vierge et la Sainte Trinité :

« Totius media Trinitatis : Elle est au milieu, c’est-à-­dire dans le plus intime du Cœur adorable de la très Sainte Trinité [...]. Elle est comme le cœur, l’amour et les délices du Père, du Fils et du Saint-­Esprit. »  (Le Cœur admirable, livre V, chapitre XII)

Saint Jean Eudes dépassait donc de très loin les controverses théologiques qui consistaient à “ mesurer ” la puissance de la médiation de la Sainte Vierge et sa juridiction sur les grâces.

Pour lui, Elle est véritablement plus divine qu’humaine : « Les trois Personnes divines se sont imprimées elles-mêmes dans le Cœur de Marie, avec leurs plus hautes perfections. » (ibid., V, IX)

« Le Père des bontés l’aime comme sa Fille unique et uniquement aimable, qui est venue au monde toute belle, toute pure, toute immaculée... Il l’aime tant, qu’il lui a donné son divin Cœur, qui est son Fils unique, pour être son Fils, son Cœur, son amour, son trésor, sa gloire, sa vie, ses délices et son tout. Il l’aime tant, qu’il lui a donné tous les ouvrages de ses mains, la faisant Dame souveraine de tous les êtres créés.

« Voyons maintenant l’amour du Fils au regard de sa très digne Mère... Il l’aime comme sa Mère, comme sa Sœur, comme sa Fille, et comme son Épouse tout ensemble. Il l’aime tant, qu’il lui a donné son plus grand trésor, c’est-à-dire son Église qu’il a acquise au prix de son Sang. » (IX, XII)

Saint Jean Eudes voit entre Jésus et Marie une telle union de volonté et de sentiment, une telle communion dans l’Esprit-Saint, qu’Ils ne font vraiment qu’un seul Cœur : « Ne savez-vous pas que non seulement Jésus est résidant et demeurant continuellement dans le Cœur de Marie, mais qu’il est lui-même le Cœur de Marie, le Cœur de son Cœur et l’âme de son âme ? »

Il travailla donc toute sa vie, en dépit de mille persécutions et adversités, à instaurer le culte liturgique du très saint Cœur de Jésus et de Marie, pour offrir ce refuge aux âmes et les sauver de l’enfer.

Cette simple expression suffit à réfuter la note Mater Populi fidelis, qui ne cesse d’opposer, de séparer la Sainte Vierge et son Divin Fils. Ne savent-ils donc pas, au Dicastère pour la doctrine de la Foi, qu’en vertu de cette incomparable union, « venir au Cœur de Marie, c’est venir à Jésus ; honorer le Cœur de Marie, c’est honorer Jésus ; invoquer le Cœur de Marie, c’est invoquer Jésus ? »

LA CLEF DU MYSTÈRE.

Une des intuitions majeures de saint Jean Eudes est celle de l’union de la Sainte Vierge avec le Saint-­Esprit. Cette intuition est la clef de la compréhension de la médiation universelle du Cœur de Marie.

« Je vous dirai premièrement que, comme le Saint-Esprit est le premier et le plus noble fruit, s’il est permis de parler ainsi, de l’amour infini du Père et du Fils : aussi le Cœur de la Mère de belle dilection est le plus digne et le plus excellent chef d’œuvre de l’amour éternel, entre les pures créatures.

« Le Saint-Esprit a été envoyé en ce monde pour éclairer nos ténèbres, pour allumer le feu de l’amour dans nos cœurs, et pour accomplir ce qui manque aux travaux, aux souffrances, à la Passion du Fils de Dieu et à tous ses autres mystères. Qu’est-ce qu’il y manque ? Il y manque que le fruit en soit appliqué aux âmes. Or le Cœur de la Mère du Rédempteur est un soleil qui répand ses lumières et ses feux par tout le monde ; et le désir très ardent qu’Elle a que le Fils de Dieu ne soit pas frustré de l’effet de ses desseins, et que tout ce qu’il a fait et souffert pour le salut des hommes ne soit pas vain et inutile, l’oblige de s’employer incessamment à procurer, par toutes les manières possibles, que le fruit en soit appliqué à leurs âmes. » (V, XII)

De plus, « ce très aimable Esprit a tant d’amour pour cette divine Marie, qu’il l’a choisie pour opérer en elle, avec elle, par elle et pour elle son admirable chef-d’œuvre, c’est-à-dire l’Homme-Dieu. Il a tant d’amour pour elle, qu’il l’a faite Maîtresse absolue de tous ses biens, et qu’il a mis entre ses mains les clefs de tous les trésors de ses grâces, et l’en a faite la dispensatrice.  La dispensatrice des dons de Dieu ”, dit saint Bernard. C’est la main du Saint-Esprit, par laquelle il nous départ toutes ses faveurs. » (IX, XII)

Ainsi, le Saint-Esprit, dont la mission est de convertir et sanctifier le pauvre genre humain par les mérites de Jésus-Christ, agit en Marie, avec Marie, par Marie, et pour Marie. Elle est comme sa main, Médiatrice de toutes ses œuvres.

 LA NÉCESSITÉ DE LA DÉVOTION À LA TRÈS SAINTE VIERGE ” POUR ALLER À JÉSUS.

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716) fut le deuxième apôtre de la médiation de Notre-Dame en France, au dix-septième siècle. Lui aussi comprenait admirablement l’inhabitation intime de l’Esprit-Saint en Marie, mais, comme d’ailleurs saint Jean Eudes, il la comparait à l’union d’un époux et de son épouse. Cette métaphore ne convient pas, comme l’avait finalement compris le Père Kolbe, et comme notre Père l’a parfaitement expliqué. Néanmoins la réalité que ces saints cherchaient à exprimer sous cette image imparfaite est d’une importance capitale, au point que notre Père la considérait comme le secret, le “ chaînon manquant ” de la circumincessante charité.

Saint Louis-Marie écrivait : « Dieu le Saint-Esprit a communiqué à Marie, sa fidèle Épouse, ses dons ineffables, et il l’a choisie pour la dispensatrice de tout ce qu’il possède : en sorte qu’elle distribue à qui elle veut et quand elle veut, tous ses dons et ses grâces, et il ne se donne aucun don céleste aux hommes qui ne passe par ses mains virginales. Voilà les sentiments de l’Église et des Saints Pères. » (Traité de la vraie dévotion, n° 25)

S’il s’appuyait abondamment sur la tradition des Saints Pères, saint Louis-Marie n’hésitait pourtant pas à écrire que « la divine Marie a été inconnue jusques ici, et que c’est une des raisons pourquoi Jésus-Christ n’est point connu comme il doit être » ( n° 13).

Sa grande intuition est donc “ la nécessité de la dévotion à la très Sainte Vierge ”, pour aller à Jésus-Christ. Il explique que ce n’est que par la médiation de Marie, que l’on peut vraiment trouver et aimer Jésus, parce que « c’est par la très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c’est aussi par elle qu’Il doit régner dans le monde. Il est à croire qu’il ne changera point de conduite dans les siècles des siècles, car il est Dieu, et ne change point en ses sentiments ni en sa conduite. » ( nos 1 et 15)

Puisque Notre-Seigneur s’est soumis à Marie afin qu’Elle « l’allaite, le nourrisse, l’entretienne, l’élève et le sacrifie pour nous » ( n° 18), il nous est donc nécessaire de faire toutes nos actions « par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie » ( n° 257).

Saint Louis-Marie expliquait admirablement et très concrètement comment vivre cette parfaite et entière consécration de soi-même à la Très Sainte Vierge, qui est la simple conséquence de sa médiation universelle et de sa maternité. Si Dieu nous donne tout par Marie, à commencer par notre “ unique médiateur , Jésus-Christ, il faut donc avoir recours à Elle en toutes choses, ne vivre que par Elle et pour Elle, pour qu’Elle nous conduise à Dieu.

C’est un enfantement à la vie divine, dont la Vierge Marie a reçu la charge et le pouvoir : « Dieu le Père a communiqué à Marie sa fécondité autant qu’une pure créature en était capable, pour lui donner le pouvoir de produire son Fils et tous les membres de son Corps mystique. » ( n° 17)

Le Père de Montfort brûlait de répandre partout cette vraie dévotion parce qu’il comprenait, sous une incontestable inspiration du Saint-Esprit, que le monde était entré dans les convulsions des derniers temps et que la Vierge Marie devait être la médiatrice du retour du Christ : « Dieu veut révéler et découvrir Marie, le chef-d’œuvre de ses mains, dans ces derniers temps. Elle doit être connue et aperçue, afin que Jésus-Christ le soit.

« Marie doit éclater, plus que jamais, en miséricorde, en force et en grâce dans ces derniers temps : en miséricorde, pour ramener et recevoir amoureusement les pauvres pécheurs et dévoyés qui se convertiront et reviendront à l’Église catholique ; en force contre les ennemis de Dieu, les idolâtres, schismatiques, mahométans, juifs et impies endurcis, qui se révolteront terriblement pour séduire et faire tomber, par promesses et menaces, tous ceux qui leur seront contraires ; et enfin elle doit éclater en grâce, pour animer et soutenir les vaillants soldats et fidèles serviteurs de Jésus-Christ qui combattront pour ses intérêts. » ( n° 50)

DIEU VEUT QUE NOUS AYONS RECOURS
À L’IMMACULÉE MÉDIATRICE

La prophétie de saint Louis-Marie n’a pas tardé à s’accomplir. Après les horreurs de la Révolution, les grandes apparitions des dix-neuvième et vingtième siècles furent les étapes successives de la révélation de la Vierge Marie, en vue du triomphe de son Cœur Immaculé.

Le cardinal Fernandez et notre pape Léon ne reconnaissent aucune autorité à ces apparitions. Ils prétendent que « de tels phénomènes ne sont pas objets de foi, c’est-à-dire que les fidèles ne sont pas obligés d’y donner leur assentiment » ( n° 75 de Mater Populi fidelis).

En vérité, c’est précisément à leur note prétendue “ doctrinale ”, que les fidèles ne doivent pas donner leur assentiment ! puisqu’elle est en rupture avec la tradition de l’Église et donc hérétique, schismatique et scandaleuse.

Alors que les messages du Ciel méritent notre « foi divine », sont infaillibles ! comme l’affirmait notre Père. Quand l’Église reconnaît que la Vierge Marie a parlé, nous devons accorder la même foi à toutes les paroles de notre Mère, qu’Elle les ait prononcées aux temps évangéliques, durant son humble vie terrestre, ou bien au cours des derniers siècles, lorsqu’Elle est revenue sur la terre en son corps glorieux.

Depuis 1830, le Bon Dieu a voulu manifester dans toute son ampleur la médiation souveraine et universelle de la Vierge Marie, tout spécialement à la Rue du Bac et à Pellevoisin. Dès lors, on ne peut plus considérer cette médiation comme une opinion théologique contestable et facultative. C’est une vérité révélée, dont dépend notre salut éternel.

Le 27 novembre 1830, sainte Catherine Labouré a vu la Sainte Vierge « tenant d’une manière très aisée le globe du monde dans ses mains, et l’éclairant d’une vive lumière ». Elle apparut dans un ciel « étoilé par en haut, aurore par en bas », la lune était sous ses pieds, douze étoiles couronnaient sa tête, en accomplissement de la vision de saint Jean dans l’Apocalypse (12, 1).

Elle écrasait la tête du serpent, qui enserrait un autre globe. Le monde a donc été représenté tout à la fois sous les pieds de l’Immaculée et entre ses mains : Elle en est absolument à part, Elle est d’un autre ordre... comme intermédiaire, médiatrice entre Dieu et le reste de la création. Ses yeux étaient tantôt élevés vers le Ciel, tantôt abaissés vers la terre. « Vous dire ce que j’ai éprouvé alors, et tout ce que j’ai appris au moment où la Sainte Vierge offrait le globe à Notre-Seigneur, cela est impossible à le rendre », confia sainte Catherine. Cette vision manifeste la réalité constante, toujours actuelle, de cette médiation de Notre-Dame, puisqu’Elle a dit à La Salette qu’Elle est « chargée de prier sans cesse pour nous ».

Sainte Catherine a vu ensuite la vision s’animer, comme pour montrer que l’intercession de l’Immaculée était exaucée : « Et puis, tout à coup, j’ai aperçu des anneaux à ses doigts, revêtus de pierreries plus belles les unes que les autres, les unes plus grosses et les autres plus petites, qui jetaient des rayons plus beaux les uns que les autres... et toujours en s’élargissant, ce qui remplissait tout le bas, je ne voyais plus ses pieds. À ce moment où j’étais à la contempler, la Sainte Vierge baissa les yeux, en me regardant. Une voix se fit entendre, qui me dit ces paroles : Cette boule que vous voyez représente le monde entier, particulièrement la France, et chaque personne en particulier... – Ici, je ne sais m’exprimer sur ce que j’ai éprouvé, la beauté et l’éclat des rayons si beaux. – C’est le symbole des grâces que je répands sur les personnes qui me les demandent, en me faisant comprendre combien il était agréable [à Dieu] de [nous voir] prier la Sainte Vierge, et combien Elle était généreuse envers les personnes qui la prient, que de grâces Elle accordait aux personnes qui les lui demandent, quelle joie Elle éprouve en les accordant. » (cf. frère Thomas, La Rue du Bac, la Vierge Marie, Régente de France, dans Il est ressuscité n° 271, novembre 2025, p. 24)

Ensuite, sainte Catherine a vu la Sainte Vierge entrouvrir les bras, les tendre vers la terre, tandis que de ses mains s’échappaient toujours comme par faisceaux des rayons d’un éclat ravissant, avec plus d’abondances sur un point marqué du mot France.

Un tableau apparut alors autour de la vision, formant l’image que le Bon Dieu a voulu faire connaître à tous par le moyen de la Médaille miraculeuse. Ainsi, le monde, la France et chaque âme en particulier sont entre les mains de l’Immaculée, qui est chargée de les offrir à Notre-Seigneur. Elle paraît seule dans ces visions grandioses, seule médiatrice de la grâce de son divin Fils, qui passe physiquement par ses mains, par son corps glorieux.

Le cardinal Fernandez s’oppose absolument à cette révélation : « Nous ne pouvons pas penser que le don de la grâce, créée et incréée, puisse être conditionné par un “ passage ” par les mains de Marie » ( n° 45). Il est donc hérétique, schismatique et scandaleux... Une telle négation nous donne à penser qu’il est représenté, lui aussi, dans cette vision... mais sous la figure du serpent écrasé par le pied virginal de l’Immaculée !

Au revers de la médaille miraculeuse, se trouvent inscrites les raisons d’une telle puissance conférée à la Sainte Vierge : la Croix de l’unique Médiateur est plantée sur un “ M ”, initiale du Nom de Marie, évoquant le Cœur Immaculé de Marie Corédemptrice, en forme d’autel sur lequel Jésus a voulu offrir son sacrifice. En dessous, leurs Cœurs inséparables expriment l’incomparable amour qui nous vaut une telle miséricorde : le renouvellement continuel de ce sacrifice par la célébration de la messe tous les jours sur toute la terre.

 LES GRÂCES SONT DE MON FILS, JE LES PRENDS DANS SON CŒUR. 

À Pellevoisin, Notre-Dame a révélé l’admirable échange d’amour d’où découle la grâce. Le 8 décembre 1876, Elle est apparue pour la quinzième et dernière fois à Estelle Faguette, afin de lui demander de diffuser un scapulaire orné du Cœur de Jésus. Elle lui dit alors : « “ Vois les grâces que je répands sur ceux qui le porteront avec confiance et qui t’aideront à le propager.  En disant ceci, la Sainte Vierge étendit ses mains ; il en tombait une pluie abondante, et dans chacune de ces gouttes, il me semblait voir les grâces écrites telles que : piété, salut, confiance, conversion, santé ; en un mot, toutes sortes de grâces plus ou moins fortes. Puis la Sainte Vierge ajouta :  Ces grâces sont de mon Fils ; je les prends dans son Cœur ; il ne peut me refuser. ” »

Le Sacré-Cœur de Jésus contient « tous les trésors du Cœur de Dieu, trésors d’amour, de miséricorde, de grâce, de sanctification et de salut », comme Il l’a révélé à sainte Marguerite-Marie. La Sainte Vierge est donc la Trésorière de tous ces bienfaits, sans aucune restriction, en vertu de l’amour de Jésus pour Elle. Elle a dit aussi : « Son Cœur a tant d’amour pour le mien qu’il ne peut refuser mes demandes. Par moi Il touchera les cœurs les plus endurcis. » Et enfin : « Je suis toute miséricordieuse et Maîtresse de mon Fils. »

Ce message montre bien que, si toutes les grâces proviennent du Cœur de Jésus, il laisse au Cœur de sa Mère le soin de les distribuer, parce qu’Elle personnifie sa miséricorde, comme l’expliquait saint Maximilien-Marie Kolbe : « La volonté de Dieu n’est pas la même que celle de l’Immaculée, si je peux m’exprimer ainsi. Dans le sens où celle de Dieu est aussi justice, alors que celle de l’Immaculée est une volonté de miséricorde, dont Elle-même est la personnification. »

Il disait aussi que l’Immaculée est « chargée de tout l’ordre de la miséricorde », ce que notre Père a expliqué d’une manière incomparable, en prêtant ces paroles à la Sainte Vierge : « Mes enfants, notre bon Dieu, dans son infinie bonté, lorsqu’Il me conçut et m’appela à siéger de toute éternité au sein de sa Gloire, voulut me confier en partage, dans son Esprit-Saint, le ministère de sa Miséricorde, se réservant celui de sa Justice, afin que j’y puisse encore intercéder pour vous tous, à la droite de Jésus, mon Fils infiniment aimé, Notre-Seigneur et Sauveur à jamais. »

Ainsi, la médiation universelle de l’Immaculée est le moyen voulu par la Sainte Trinité pour nous faire miséricorde.

AU XXe SIÈCLE : DE SAINT PIE X À SAINT MAXIMILIEN-MARIE KOLBE.

Les incomparables apparitions du dix-neuvième siècle et la définition du dogme de l’Immaculée Conception en 1854 ont suscité un grand élan de dévotion envers la Sainte Vierge et un renouveau de la théologie mariale, spécialement au chapitre de sa médiation universelle.

L’encyclique Ad Diem illum (1904) en fut l’un des meilleurs fruits. Saint Pie X y affirmait son dessein de tout restaurer dans le Christ, par la médiation de la Vierge Marie ; il s’appliquait donc à expliquer, définir cette médiation universelle en s’appuyant très rigoureusement sur l’Écriture et la tradition. Voici le cœur de sa démonstration : « En conséquence de la communauté de sentiments et de souffrances entre Marie et Jésus, Marie mérita très légitimement de devenir la réparatrice de l’humanité déchue, et, partant, la dispensatrice de tous les trésors que Jésus-Christ nous a acquis par sa mort et par son Sang. »

Il citait ensuite saint Bernard et saint Bernardin de Sienne pour affirmer que l’Immaculée est “ l’aqueduc ” de toutes les grâces et le “ cou ” du Corps mystique par lequel passent tous les influx de son divin Chef. Elle est donc « le ministre suprême de la dispensation des grâces », dont Jésus-Christ est la source.

Cette encyclique d’un saint Pape, scrupuleusement fondée sur la tradition, jouit à n’en pas douter de l’infaillibilité du Magistère ordinaire de l’Église. En son temps, ce texte a suscité un grand enthousiasme, et contribué à répandre la foi en Marie Médiatrice de toutes grâces, au point que Pie XII a pu dire en 1942 : « Tous les théologiens à l’heure actuelle tiennent d’un commun accord que Dieu a voulu que nous eussions tout par Marie, selon la tradition des Pères. » (Décret en vue de la canonisation du bienheureux Grignion de Montfort)

Dans cette période, grâce à cet enseignement de saint Pie X, beaucoup de saintes âmes s’attachèrent à répandre la consécration à la Sainte Vierge, notamment le bienheureux Edward Poppe, mais surtout saint Maximilien-Marie Kolbe, dont notre Père disait qu’il fut, en ce vingtième siècle, le “ précurseur du règne de Marie ”.

Il avait reçu de son maître, le Père Ignudi, l’héritage spirituel de saint Pie X, notamment la ferme espérance du triomphe de l’Immaculée sur la Révolution. Il fonda donc sa Milice de l’Immaculée comme une chevalerie au service de la Reine de l’univers, pour que ses membres soient tout abandonnés entre ses mains, comme de dociles instruments pour le salut des âmes : « Les temps modernes sont dominés par Satan et ils le seront davantage encore à l’avenir. L’Immaculée seule a reçu de Dieu la promesse de la victoire sur Satan. Mais, dans la gloire du Ciel, elle a besoin aujourd’hui de notre collaboration. Elle cherche des âmes qui se consacrent entièrement à Elle et deviennent, entre ses mains, une force pour vaincre Satan et des instruments pour instaurer le règne de Dieu. » (lettre au frère Koziura, 30 avril 1931)

Pour lui, la médiation universelle de Marie était une évidence : « Dans l’Église catholique, il existe une vérité sûre et irréfutable, même si elle n’est pas encore proclamée comme un dogme, c’est que la Mère de Dieu est la Médiatrice de toutes les grâces. »

Et il tirait toutes les conséquences de cette médiation sur la vie du monde entier, des nations, et de chacun en particulier : il faut que tout soit remis à l’Immaculée. Le moyen de la sainteté, de l’union à Jésus, est l’abandon entre ses mains, puisqu’Elle est « la Mère de toute notre vie surnaturelle, étant la Médiatrice de la grâce ». « Il faut donc se dépouiller le plus vite de soi, ne rien garder pour soi, absolument rien : il faut que ce soit Elle qui fasse tout ; soyons son instrument... L’essentiel n’est pas de beaucoup agir selon notre idée, mais d’être entre ses mains. Rien n’est plus parfait que l’union de notre volonté à la sienne. »

Il faut dire que saint Maximilien-Marie l’avait vue, Elle, au moins une fois, à l’âge de dix ans. Il connaissait, d’expérience, la miséricorde de son Cœur maternel, « la douceur de ses mains immaculées »... Pourtant, il n’a cessé de méditer, de travailler pour pénétrer le mystère de Celle qui était, certes, “ petite Mère ”, toute proche de lui, mais qu’il voyait pourtant « complètement divine ».

S’il n’a pas réussi à faire une synthèse doctrinale à la hauteur de sa connaissance intime de l’Immaculée, il a tout de même apporté à la théologie catholique deux intuitions majeures :

1. Premièrement, expliquait notre Père, la compréhension positive du dogme de l’Immaculée Conception. En méditant sur la parole de Notre-Dame de Lourdes : « Je suis l’Immaculée Conception», le Père Kolbe a compris qu’Elle n’est pas uniquement une femme prise parmi les autres et préservée du péché originel, mais Elle est la Conception de Dieu, ce qu’Il a conçu de plus parfait, dans son amour, avant toute la création.

2. Sa deuxième intuition est celle de la présence incomparable de l’Esprit-Saint, dans le Cœur de la Vierge Marie. Il disait même « qu’en un certain sens, on peut affirmer que l’Immaculée est l’incarnation de l’Esprit-Saint. En Elle, c’est l’Esprit-Saint que nous aimons et par Elle, le Fils. Le Saint-Esprit est très peu connu. La Vierge très sainte est celle dans laquelle nous vénérons l’Esprit-Saint. » (Conférence, le 5 février 1941)

Voilà pourquoi il n’hésitait pas à affirmer que l’Immaculée est l’unique chemin qui conduit à Jésus-Christ : « L’Immaculée est ce chemin qui nous conduit jusqu’au Cœur très Sacré de Jésus, et celui qui se détourne de ce chemin ne s’élèvera pas, mais se précipitera à terre. Nous croyons que l’Immaculée existe, qu’elle nous conduit à Jésus, et si quelqu’un enseigne autrement, qu’il soit anathème ! » (Conférence du 31 décembre 1938)

FATIMA : LE SALUT DU MONDE
PAR LA MÉDIATION DU CŒUR DE MARIE

Au vingtième siècle, l’Église avait donc une compréhension de la médiation universelle de la Vierge Marie telle qu’elle aurait pu, qu’elle aurait dû adhérer au grand dessein divin révélé à Fatima : « Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. »

Il veut que nous ayons recours à Elle, en vue de notre propre salut éternel, et du salut de tant de pauvres pécheurs qui marchent à l’enfer. C’est aussi à la Sainte Vierge qu’est remis le destin temporel du monde : « Je veux que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce qu’Elle seule pourra vous secourir. » (13 juillet 1917)

Sa médiation est donc non seulement “ universelle ”, au sens littéral, mais nécessaire, puisqu’Elle seule peut nous secourir. Dieu Notre-Seigneur le veut ainsi.

Tout le message de Notre-Dame de Fatima implique sa médiation pour toutes les grâces, comme sainte Jacinthe l’avait admirablement compris. Peu de temps avant sa mort, lors de ses derniers entretiens avec sa cousine Lucie, elle la pressait instamment de bien accomplir sa mission : « Il ne me reste plus beaucoup de temps avant d’aller au Ciel. Toi, tu resteras ici, afin de dire que Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Le moment venu de le dire, ne te cache pas ! Dis à tout le monde que Dieu nous accorde ses grâces par le moyen du Cœur Immaculé de Marie ; que c’est à Elle qu’il faut les demander ; que le Cœur de Jésus veut que l’on vénère avec Lui le Cœur Immaculé de Marie ; que l’on demande la paix au Cœur Immaculé de Marie, car c’est à Elle que Dieu l’a confiée. »

Ainsi, pour sainte Jacinthe, le message de Notre-Dame dont dépend le salut du monde se résume ainsi : Dieu nous accorde ses grâces par le moyen du Cœur Immaculé de Marie, c’est à Elle qu’il faut les demander.

Lors de la Théophanie trinitaire de Tuy (1929), il a même été donné à sœur Lucie de contempler les médiations successives par lesquelles découlent en cascade sur la terre la grâce et la miséricorde, cette “ échelle des pécheurs ” dont parlait déjà saint Bernard. Tout jaillit du sein du Père, figuré au sommet de la vision par un Homme avec un corps jusqu’à la poitrine, et tout passe par son Divin Fils crucifié, par son Précieux Sang répandu, qui coule de ses mains sur une grande Hostie, son Corps eucharistique, évoquant la médiation de l’Église. Cependant, rien ne se fait sans l’opération du Saint-Esprit, figuré sur le sein du Père par une Colombe, ni sans la médiation de Notre-Dame, qui se tient debout auprès des trois Personnes divines, avec son Cœur Immaculé dans la main.

Conclusion de cette première partie : la médiation universelle de la Vierge Marie a été vécue et crue dans l’Église dès ses origines. En deux mille ans, ses seuls adversaires furent les protestants, et dans l’Église, quelques jansénistes et rationalistes complètement oubliés aujourd’hui, qui furent réfutés en leurs temps. Au contraire, grâce à de grands saints et docteurs, l’intelligence de ce mystère s’est admirablement approfondie au long des siècles, préparant l’accomplissement du grand dessein divin : établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.

RUPTURE D’ALLIANCE

Le concile Vatican II a brisé cette admirable orthodromie qui aurait dû aboutir, au siècle dernier, au triomphe du Cœur Immaculé de Marie par l’obéissance à ses demandes et la définition dogmatique de son titre de Médiatrice de toutes grâces. Lors de la préparation du Concile, trois cents Pères demandèrent expressément cette définition, mais leur vœu fut combattu avec violence par les parangons du dialogue œcuménique, surtout le cardinal Montini, futur Paul VI, qui considérait le titre de Marie Médiatrice comme « inopportun et même damnable » ! (cf. frère François, Fatima joie intime événement mondial, p. 320)

La Vierge Marie fut donc rejetée au dernier chapitre de la Constitution Lumen gentium sur l’Église, avec une insistance outrageante sur son “ rôle subordonné ”. « Et cela dans l’intention déclarée de réintégrer Marie dans l’humanité, du côté des pécheurs, expliquait notre Père, quand la Tradition et la dévotion des siècles la plaçaient de préférence du côté du Christ Sauveur, Corédemptrice, et du côté de Dieu, Médiatrice... » (CRC n° 61, octobre 1972, p. 6-7)

 MATER POPULI FIDELIS N’EST QU’UNE « NOTE » 
SCHISMATIQUE, HÉRÉTIQUE ET SCANDALEUSE

La note Mater Populi fidelis renouvelle et aggrave l’outrageante rupture commise lors du concile Vatican II. Voici le laconique paragraphe que ses rédacteurs accordent à la tradition de l’Église concernant la médiation de la Sainte Vierge :

« Le concept de médiation est utilisé dans la patristique orientale à partir du sixième siècle. Au cours des siècles suivants, saint André de Crète, saint Germain de Constantinople et saint Jean Damascène utilisent ce titre avec des significations différentes. En Occident, son utilisation est devenue plus fréquente à partir du douzième siècle, bien que ce ne soit qu’au dix-septième siècle qu’il a été énoncé comme une thèse doctrinale. » ( n° 23)

Puis, avant de faire référence à Vatican II, ils citent uniquement la demande par le cardinal Mercier, en 1921, d’une définition dogmatique du titre de Marie Médiatrice de toutes grâces, que Benoît XV n’a pas acceptée. Et le magnifique développement de la dévotion de l’Église en Marie Médiatrice de toutes grâces, que nous venons de survoler ? Occulté ! C’est bien un « schisme effectif avec toute la tradition de l’Église », comme notre Père en accusait Paul VI dans son premier livre d’accusation.

Un second signe de ce schisme est la citation dans Mater Populi fidelis de l’argument favori des protestants contre le culte de la Vierge Marie, argument mille fois ressassé et mille fois réfuté, celui de « l’unique médiateur » :

« La phrase biblique qui se réfère à la médiation exclusive du Christ est décisive. Le Christ est l’unique Médiateur,  car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous  (1 Tm 2, 5-6) [...]. Face à une telle clarté dans la Parole révélée, une prudence particulière s’impose dans l’application de l’expression  Médiatrice  à Marie. » ( n° 24)

Saint Alphonse de Liguori, saint Louis-Marie Grignion de Montfort, saint Pie X, le bienheureux Edward Poppe, la vénérable sœur Lucie (liste non exhaustive), tous ont été affrontés à cette objection, et l’ont réfutée en quelques phrases. Il est évident pour un catholique que ce verset de saint Paul n’exclut pas que “ l’unique Médiateur ” soit venu sur la terre par la médiation de la Vierge Marie et que, dans ce même amour par lequel Il voulut être son Fils, Il l’ait établie médiatrice des grâces obtenues par son sacrifice.

Jésus et Marie ne font qu’un seul Cœur. Leur médiation est une, unique, comme le bienheureux Edward Poppe l’expliquait admirablement : « Celui qui place Marie à côté de Jésus ne La connaît pas ; celui qui va d’abord à Marie et ensuite à Jésus tâtonne encore ; trouvons Marie, et Jésus en Marie, et aussi la divine Source de la vie : la Trinité, en Elle. Il faut contempler et adhérer aux “ voies de grâce ” de Marie : c’est là que nous trouverons notre vie, découlant de la Sienne, et la Sienne découlant de celle du Médiateur de la Trinité. »

Et encore : « En Marie vous trouverez Jésus, en Marie vous découvrirez la Sainte Trinité dans sa demeure préférée. Là, en Elle, vous habiterez vous-même près de Jésus et de la Divinité ; en Elle, vous assisterez à l’accomplissement de la prière de Jésus pour vous et pour toute la Sainte Église : ut sint unum. »

UNE “ NOTE DOCTRINALE ” SCANDALEUSE

La note Mater Populi fidelis est un chef-d’œuvre d’hypocrisie. La médiation universelle de la Vierge Marie n’y est pas formellement condamnée, réfutée, ni même ouvertement niée. Mais ses rédacteurs multiplient les affirmations impliquant que la grâce ne peut pas nous venir par Elle, ce qui aura pour effet de scandaliser les fidèles en les détournant du recours à son intercession.

Ainsi, après avoir accordé « qu’il y a eu une forme de médiation réelle de Marie » ( n° 26), le cardinal Fernandez précise : « On ne peut parler au sens strict d’une médiation de la grâce autre que celle du Fils de Dieu incarné. » ( n° 27) Les paragraphes 28 à 33 puis 54 à 64 situent « la participation de Marie à l’œuvre du Christ » au même niveau que celle de n’importe quel croyant : « Cette participation est évidente si l’on part de cette conviction que le Seigneur ressuscité promeut, transforme et rend les croyants capables de collaborer avec Lui à son œuvre » ( n° 29).

Selon Mater Populi fidelis, la seule chose qui distingue cette coopération de l’Immaculée de la coopération de tout être humain (taré par le péché originel), est son caractère maternel ( n° 64). Mais ils vident cette maternité de toute réalité en la limitant strictement à un pouvoir “ d’intercession ” et de “ proximité maternelle ” ( n° 27 et 46), afin de nier que la vie surnaturelle nous soit donnée par Elle, notre Mère : « La maternité de Marie dans l’ordre de la grâce doit être comprise comme dispositive [...]. Ainsi, elle nous aide, de diverses manières, à nous disposer à la vie de la grâce que seul le Seigneur peut infuser en nous. » ( n° 46)

Selon eux, la Vierge Marie est donc une Mère qui ne donne pas la Vie à ses enfants ni ne les nourrit de la grâce !

La Maternité divine de la Vierge Marie et sa maternité universelle font partie du dépôt de la Révélation (Lc 2, 7 ; Jn 19, 26-27 ; Ap 12, 2-5). Croire que la Vierge Marie est réellement Mère de Dieu et Mère de tous les hommes implique sa médiation universelle. Puisque le Fils de Dieu s’incarnant a voulu qu’Elle lui donne la vie, comment nier qu’Elle puisse donner la Vie de la grâce à ses autres enfants ?

Les perfidies de Mater Populi fidelis sont, à n’en pas douter, des « blasphèmes contre la Maternité divine de Marie, en refusant de la reconnaître comme Mère des hommes », qui constituent le troisième genre de blasphèmes les plus outrageants pour le Cœur Immaculé de Marie, comme Notre-Seigneur s’en plaignait à sœur Lucie.

UNE “ NOTE DOCTRINALE ” HÉRÉTIQUE

Sous le titre : “ Mère de la grâce ”, le cardinal Fernandez en vient à l’objection centrale de sa note doctrinale à l’encontre du titre Marie Médiatrice de toutes grâces, qu’il développe avec insistance en dix paragraphes.

« Le cardinal Ratzinger avait affirmé que le titre de Marie médiatrice de toutes grâces n’était pas non plus clairement fondé sur la Révélation [98] et, en accord avec cette conviction, nous pouvons reconnaître les difficultés qu’il comporte, tant pour la réflexion théologique que pour la spiritualité. » ( n° 45)

« Notre salut est l’œuvre de la seule grâce salvatrice du Christ, et non de quelqu’un d’autre. » ( n° 47) Et de multiplier les références à saint Thomas et saint Bonaventure pour affirmer que « ce don de la grâce ne peut être répandu que par Dieu, puisqu’il  dépasse les proportions de notre nature [108]  et qu’il y a une distance infinie [109] entre notre nature et sa vie divine. » ( n° 48) « Aucune créature ne peut conférer la grâce. » ( n° 50) « Puisque c’est Dieu qui opère la transformation de la personne lorsqu’Il se donne comme ami, il n’y a aucun intermédiaire entre Dieu et l’être humain transformé. » ( n° 51)

Conclusion : « Aucun être humain, pas même les apôtres ou la Très Sainte Vierge, ne peut agir en tant que dispensateur universel de la grâce. Seul Dieu peut donner la grâce. » ( n° 53) « Dans la parfaite immédiateté entre l’être humain et Dieu pour la communication de la grâce, même Marie ne peut intervenir. Ni l’amitié avec Jésus-Christ, ni l’inhabitation de la Trinité ne peuvent être conçues comme une chose qui nous vient par Marie ou par les saints. En tout cas, ce que nous pouvons dire, c’est que Marie désire ce bien pour nous et le demande avec nous. » ( n° 54)

Ces affirmations solennelles sont appuyées sur une hérésie majeure, que notre Père n’a cessé de dénoncer. Le cardinal Fernandez écrit que « le Christ, par son humanité, est le principe de toutes grâces », ce qui est évidemment véridique. Mais, comment Notre-­Seigneur communique-t-Il cette grâce aux hommes qu’Il vient sauver ? Réponse : « À travers cette nature humaine assumée, le Fils de Dieu  s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. ” » ( n° 52)

Comme l’a expliqué frère Bruno (Il est ressuscité n° 273, janvier 2026, p. 7), cette affirmation, qui est l’hérésie personnelle de Jean-Paul II, est la ruine de toute notre religion. Si le Fils de Dieu s’est uni à tout homme du simple fait de son Incarnation, quelle était donc la nécessité de la Rédemption ? Et de la médiation de l’Église ? À quoi bon recevoir les sacrements ? C’est là précisément que gît le mensonge de cette pseudo démonstration théologique sur la grâce. Les brèves citations de saint Thomas invoquées sont extraites précisément de textes où le Docteur angélique explique comment Dieu agit, et Lui seul, dans les sacrements qui « causent la grâce instrumentalement par la vertu du Saint-Esprit qui agit en eux » (I a II ae q. 112). Seul le Fils de Dieu fait homme peut conférer la grâce, certes, mais Il veut le faire dans son Église et par Elle, par le moyen de ses ministres. Et Il ne pourrait pas le faire par sa Sainte Mère ?

En rejetant la médiation de la Sainte Vierge, nos théologiens “ réformés ”, œcuménistes, occultent aussi la médiation de l’Église, comme Luther le maudit !

Mais leur objection porte pierre : puisque Dieu seul peut donner la grâce, et puisque la Vierge Marie est Médiatrice de toutes grâces, selon la tradition de l’Église, il faut donc comprendre que le Saint-Esprit agit en Elle d’une manière incomparable.

Tout spécialement d’ailleurs, depuis son Assomption et la glorification de son Corps virginal, qui sont complètement occultées dans cette prétendue “ note doctrinale ”, et pour cause ! La foi au dogme de l’Assomption de la Vierge Marie est intimement liée à la foi en sa médiation universelle. Pourquoi Notre-Seigneur aurait-Il voulu qu’Elle lui soit unie dans la Gloire, que son corps virginal soit glorifié comme le Sien, sinon pour participer d’une manière incomparable à toutes ses œuvres de grâce ?

L’IMMACULÉE CONCEPTION SUPPLÉE À LA DÉFAILLANCE DE L’ÉGLISE.

La grâce nous est donnée par l’Église et par la Vierge Marie. Bien plus, précisait notre Père, « la Vierge à elle toute seule est l’Église ; elle est la personnification de l’Église ; avant l’Église, elle était l’Église ; rien ne peut se faire dans l’Église sans sa médiation. Donc, aussi bien un mot que l’autre nous apportent la même vérité. » (Commentaire de la Règle des petits frères du Sacré-Cœur, 1992)

Dans l’actuelle consomption de l’Église et la désertification de la vie sacramentelle, le Cœur Immaculé de Marie peut donc être le substitut de l’Église défaillante, ainsi que l’expliquait notre Père :

« Du temps de saint Augustin, l’Église était magnifique dans son enthousiasme et sa ferveur, dans la grandeur de ses évêques, de ses Papes, la grandeur de ses martyrs, cette Église donnait à chacun de ceux qui étaient entrés en elle par le baptême un enthousiasme incroyable. Mais voilà qu’aujourd’hui cette Église elle-même ne nous laisse paraître que son côté le plus désastreux.

« Alors, nous manquons de cette Mère ; et la Sainte Vierge en est, comme dit saint Augustin, le figuratif, comme la Présence vivante. La Vierge, qui est apparue à Lourdes, qui est apparue à Fatima et à La Salette et au Cap-de-la-Madeleine, cette Sainte Vierge, depuis cent cinquante ans, est là comme un substitut à l’Église. C’est d’ailleurs pour cela que les hommes d’Église ne peuvent pas la supporter, parce qu’ils sentent bien que c’est à Elle que vont tous les cœurs généreux. Quand nous prions la Sainte Vierge, nous prions le Saint-Esprit qui est en Elle. Elle est la Demeure du Saint-Esprit. » (Sermon du 30 mai 1998)

Le 13 mai 1917, Notre-Dame de Fatima a manifesté cette action, en Elle, de l’Esprit-Saint. La vénérable sœur Lucie raconte : lorsqu’Elle a dit « “ La grâce de Dieu sera votre réconfort ”, Notre-Dame ouvrit les mains pour la première fois, dans un geste de protection maternelle, et elle nous communiqua, comme par un reflet qui émanait d’elles, une lumière si intense que, pénétrant notre cœur et jusqu’au plus profond de notre âme, elle nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu, qui était cette lumière, plus clairement que nous nous voyons dans le meilleur des miroirs. »

D’avance, la Sainte Vierge répondait ainsi à l’objection sarcastique du cardinal Fernandez : « Si l’on tient compte du fait que l’inhabitation trinitaire (la grâce incréée [c’est-à-dire Dieu Lui-même] et la participation à la vie divine (la grâce créée) sont inséparables, nous ne pouvons pas penser que ce mystère puisse être conditionné par un  passage  par les mains de Marie. » ( n° 45)

Ce que le cardinal “ ne peut pas penser ”, Notre-Dame l’a pourtant manifesté : la lumière qui est Dieu jaillit de ses mains, pour donner à ces enfants une grâce extraordinaire, qui « nous introduisit dans l’immense océan de la lumière de Dieu et nous poussa à l’adorer dans le mystère de la Très Sainte Trinité et à l’aimer dans la Divine Eucharistie, en disant intérieurement dans le silence de notre cœur : Ô Très Sainte Trinité, je vous adore. Mon Dieu, mon Dieu, je vous aime dans le Très Saint-Sacrement. »

Toutefois, une telle puissance concédée à la Vierge Marie nous amène à lui poser cette question, à la suite de saint Maximilien-Marie Kolbe :

QUI ÊTES-VOUS, IMMACULÉE CONCEPTION, 
Ô NOTRE MÈRE À TOUS, À JAMAIS ?

La réponse aux objections rencontrées par la médiation universelle de la Vierge Marie devrait conduire l’Église à une compréhension nouvelle de son mystère, comme l’expliquait notre Père :

« La médiation de la seule Bienheureuse Vierge Marie vis-à-vis de l’univers entier, avec ses myriades d’êtres humains intercédants, et elle subvenant à leurs besoins... dans un espace et un temps réel, pour des milliards d’êtres, c’est absolument impensable, inconcevable, ridicule, pour l’homme moderne.

« Cette entrée dans nos problèmes individuels est possible à Dieu ; c’est déjà incom­préhensible à l’homme que Dieu puisse s’occuper de nous au point que pas un cheveu de notre tête ne tombe sans la permission de notre Père céleste, mais enfin, Dieu est Tout-Puissant ! Il faut le croire, l’admettre, mais pas pour une créature ! Une Vierge avec son cerveau de Vierge, avec son esprit de créature, ne peut pas s’occuper de tous les êtres humains, passés, présents et à venir ! Il faudrait qu’elle soit omniprésente, omnientendante, omnipotente ! Marie est humaine, donc limitée.

« Le dogme attend, faute de solution de ce problème. L’objection est incontournable et contraint à une foi plus intelligente, dépassant le prosaïsme de la routine, de l’irréflexion. » (L’Immaculée Médiatrice, 8 décembre 1992)

LE NÉCESSAIRE PROGRÈS DE LA THÉOLOGIE.

En 1921, le cardinal Mercier avait demandé à Benoît XV la définition infaillible du dogme de Marie Médiatrice de toutes grâces, « mais le Saint-­Office souleva des objections insurmontables : d’une part, Marie ne pouvait être dite en toute rigueur dispensatrice des grâces de l’Ancien Testament, et, d’autre part, la grâce sanctifiante produit la présence immédiate de l’homme à Dieu, ce qui exclut toute médiation. » (Dictionnaire encyclopédique de Marie, 2015, p. 765)

Benoît XV n’a donc pas voulu définir solennellement ce privilège de la Sainte Vierge, mais il a tout de même concédé un office et une messe de Marie Médiatrice de toutes grâces, qui étaient célébrés dans presque toute l’Église à la veille du Concile. Il semble néanmoins que, considérant l’unanimité de la tradition de l’Église, il aurait bien pu définir ce nouveau dogme, tel que saint Pie X l’avait expliqué dans Ad Diem illum, tout en laissant les points ­difficiles à l’étude des théologiens, comme le bienheureux Pie IX l’avait fait pour l’Immaculée Conception.

On voit à ces hésitations que la synthèse théologique traditionnelle ne parvenait pas à expliquer pleinement cette médiation universelle de la Vierge Marie, à laquelle croyaient pourtant les plus humbles fidèles comme les plus grands mystiques. Aujourd’hui, les ennemis de la Sainte Vierge profitent de cette lacune pour nier sa médiation universelle et ainsi scandaliser les fidèles.

Mais depuis 1921, la théologie a progressé : saint Maximilien-Marie Kolbe a ouvert la voie nouvelle de la compréhension positive du dogme de l’Immaculée Conception, même s’il fut entravé par les catégories trop étroites de la scolastique.

Notre bienheureux Père a repris le flambeau, avec une pleine liberté vis-à-vis de la synthèse thomiste qu’il maîtrisait parfaitement, s’inspirant surtout de la Sainte Écriture, de l’enseignement des plus grands dévots de la Sainte Vierge et des apparitions modernes. En cela, sa théologie a beaucoup d’affinités avec celle de saint Jean Eudes, qui déjà était toute biblique, relationnelle et pastorale, ayant pour unique but de faire aimer le très saint Cœur de Marie.

Suivons donc notre Père, dont l’enseignement répond à toutes les objections, et explique pleinement la foi de l’Église en Marie Médiatrice de toutes grâces.

L’IMMACULÉE MÉDIATRICE

« Qu’a donc ce titre de si merveilleux, pour qu’il soit tant combattu aujourd’hui ? C’est que, précisément, il est la révélation du mystère de la relation maternelle et filiale de chacun d’entre nous et de toute l’Église avec la Vierge Marie.

« Mais, comment la Vierge Marie que nous aimons peut-elle s’occuper de chacun d’entre nous dans le Ciel et de tous à la fois ?

« Il faut tout d’abord se représenter la Bienheureuse Vierge Marie dans sa pleine parfaite et active personne, personnalité humaine. La Vierge Marie a un Cœur, elle a des décisions ; dans le Ciel, elle prend des décisions particulières, distinctes des décisions de son Fils. Et donc, elle est bien femme avec toute sa liberté, son affectivité, ses élans de tendresse, ses initiatives de dévouement, elle est véritablement la Mère et la Médiatrice universelle.

« Cependant, n’enfermons pas son âme spirituelle ni son corps glorieux dans les limites étroites de l’in­dividu humain dans sa condition charnelle actuelle, cantonné dans un lieu, dans un espace et dans un temps limités. Depuis son Assomption, la Vierge Marie est à la droite de Dieu, elle est au Ciel, en son corps, mais elle peut être ailleurs et, partout où elle se manifeste, elle nous apprend qu’elle était capable de cette ubiquité que nous n’aurions pas pensée par nous-mêmes. Elle est capable de faire attention à tous.

« Pour ce faire, la savoir là où Jésus est, vient et habite, même dans tous les tabernacles du monde, et la voir agir auprès de lui, avec lui, selon son Cœur à elle, répondant à son Cœur à lui... Jésus lui donne en participation toutes les infinies perfections possibles de sa nature humaine glorifiée et il les lui donne pour qu’elle accomplisse parfaitement sa fonction qui est de Médiatrice avec lui. Bref, il est continuellement à lui donner les capacités de 1’œuvre qu’elle a à remplir auprès de nous.

« Si nous croyons à la médiation universelle de Marie, comme l’Église y a toujours cru, comme le peuple y a toujours cru, alors il faut sortir de notre simplisme, de notre inertie théologique, et comprendre que cette Vierge est plus divine qu’humaine, elle est envahie par une puissance divine qui va jusqu’à transformer sa nature humaine.

« Indépendante physiquement, moralement, spiri­tuellement de son Fils – ils sont très unis, mais ils sont deux êtres charnels dans leur état glorieux –, la divine Marie est toute capable de tout accomplir de sa mission, par le Saint-Esprit qui la remplit. Elle mérite notre confiance infinie et, selon saint Thomas et saint Bonaventure, notre adoration : “ l’honneur de la Mère doit être rapporté au Fils, car la Mère Elle-même doit être adorée pour son Fils ” (III a, q. 25). Si elle est divinisée, nous adorons en elle la présence de la troisième Personne de la Sainte Trinité qui la rend ainsi infiniment capable de répondre à toutes nos demandes. Il faut que nous ayons ce soubassement, pour que le problème soit résolu philosophiquement et que, ainsi, l’Église n’hésite pas à définir comme une vérité révélée, imprescriptible, la médiation universelle de toute grâce en la Vierge Marie.

« Nous adorons l’Esprit-Saint en la Vierge Marie, qui soupire auprès de Jésus et par lui auprès du Père, afin que nous soyons comblés de grâces temporelles et spirituelles. » (Session du 8 décembre 1992, l’Immaculée Médiatrice)

LA SAINTE COLOMBE DU DIVIN PARACLET.

Cette participation de la Vierge Marie à la toute-puissance divine, par l’inhabitation incomparable de l’Esprit-Saint en son âme, ne peut se concevoir qu’en comprenant positivement ce qu’est l’Immaculée Conception, ainsi que l’expliquait notre Père :

« Mystère sauveur, présent dès avant l’histoire humaine, près de Dieu, l’Immaculée Conception n’est pas seulement une créature prise d’entre les femmes et prémunie contre le péché, préservée de toute tâche. La Vierge Marie est la Personne que Dieu a conçue dans sa Sainteté, à l’origine des siècles. C’est à Elle qu’il a pensé d’abord, avant même de créer l’univers, avant de créer Adam et Ève et la suite des générations ; Elle est le premier projet de Dieu, Père et Fils, dans leur Esprit-Saint, de toute éternité. Dieu le Père a voulu la donner comme épouse à son Fils. Un poème de saint Jean de la Croix, le Romancero, nous le fait voir et entendre pour ainsi dire : “ Une épouse qui t’aime, mon Fils, j’aimerais te donner qui vivre avec nous puisse mériter ”... »

Cette théologie est profondément ancrée dans l’Écriture sainte. De nombreux passages de l’Ancien Testament révèlent que Yahweh a pour sa créature un amour d’Époux, et même annoncent celle qui est son épouse parfaite, aimante au point de ravir et charmer son Créateur : « Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle ! » (Ct 4, 1)

Sera-ce Jérusalem, la ville qui tue les prophètes, cette Colombe parfaite, immaculée ? (Ct 5, 2 ; 4, 7) Certes non ! Ce ne peut être que la Vierge Marie, saluée par l’Archange en Nom Dieu : « Réjouissez-vous, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Ce Seigneur n’est ni le Père, par qui l’Archange fut envoyé, ni le Fils, qui ne s’est pas encore incarné en Elle : il s’agit donc du Saint-­Esprit, qui est avec Elle.

« D’où notre audace, écrivait notre Père, de supposer à l’Esprit-Saint la volonté de revêtir une apparence de colombe, lors du baptême de Jésus comme dans la théophanie de Tuy, pour déjà suggérer qu’il trouvait en Marie son sanctuaire prédestiné, non point son incarnation mais vraiment son inhabitation, nous permettant ainsi de nommer “ Sainte Colombe ” de Jésus-Christ, la Bienheureuse Vierge, Nouvelle Ève de ce Nouvel Adam, sa parfaite compagne, non point divine, certes, mais “ pleine de grâce ” et coopératrice humaine du Seigneur Dieu Paraclet. » (CRC n° 279, janvier 1992)

Voici donc la réponse à l’objection majeure soulevée aujourd’hui contre la médiation universelle de la Vierge Marie. Puisqu’Elle est « la lampe translucide qui fait paraître la flamme du Saint-Esprit » (Sermon du 30 mai 1998), c’est bien par Elle que nous est donnée la vie divine, l’union à la Sainte Trinité, la grâce sanctifiante comme l’expliquait encore notre Père :

« Le Saint-Esprit vient en nous comme une semence de vie divine, nous dit l’Épître de saint Jean. La Vierge Marie est la colombe qui véhicule cette grâce auprès de nous [...].

Sous l’effet du Don incréé, de ce feu qui nous atteint, de cette vie, naît en nos cœurs le don créé de la grâce ; ce feu de Dieu embrase nos cœurs et cet embrasement de nos cœurs est le don créé, c’est-à-dire une disposition en nous mais qui nous conforme déjà un peu à Dieu ; c’est une étincelle de vie divine qui nous emporte à remonter vers ces êtres, à monter sur les genoux de la Sainte Vierge, à écouter l’Esprit-Saint dans son Cœur et par là à comprendre mieux Jésus et revenir au Père. Étincelle de vie divine qui nous emporte vers Marie, ou par Marie ; vers Marie et puis par Marie plus loin.

La Vierge est donc aux premières étapes de toute conversion, de toute sanctification, de toute conversion du monde. » (Commentaire de la Règle, 1992)

« DEPUIS LA CRÉATION DU MONDE
JUSQU’À LA CONSOMMATION DES SIÈCLES. »

Il reste encore à répondre à la seconde objection soulevée par le Saint-Office en 1921 contre le titre de Médiatrice de toutes grâces : comment la Vierge Marie pourrait-Elle être médiatrice des grâces dispensées sous l’Ancien Testament ?

De nouveau, la compréhension positive de l’Immaculée Conception ouvre de nouvelles perspectives, et inspira à notre Père la pensée de la préexistence de l’âme de la très Sainte Vierge.

Il écrivait : « Les textes liturgiques offerts à notre méditation en la fête de l’Immaculée Conception (Pr 8, 22), nous la donnent à contempler en mystérieuse préexistence auprès du Dieu Créateur, créée avant les siècles, et princesse de Juda dès l’origine. Cela suggéré, de Marie comme du Christ dans nos Livres de Sagesse, accompagné d’enivrantes louanges [...].

« Une inspiration nous a pris de songer que c’était trop peu, pour Dieu et pour Elle, que cette vue d’Elle par Lui comme d’une pure conception intime, idéale, mais que, cédant à son bon plaisir d’amour et de gloire, Lui Dieu l’aura voulue, Elle, l’Immaculée, déjà âme vivante, pleine de sagesse, d’amour et de louanges, qui puisse participer avec Lui à la création du monde, à la naissance du genre humain et de toutes ses générations, à la vue pitoyable de leurs péchés, infirmités et misères.

« L’âme de Marie préexistante serait déjà en lien avec tous les êtres vivants depuis Adam et Ève, en charge de corédemption [et donc de médiation universelle]. Et les trois Personnes divines recevraient dès l’origine ainsi, de sa Voix très pure, louanges et gloires. “ J’entends ma bien-aimée, ma vierge colombelle... Que ta voix est douce et ton visage charmant ! ” » (CRC n° 279, janvier 1992)

« L’âme de la Vierge Marie n’aurait-elle pas pu être accordée par le Père et le Fils à l’Esprit-Saint pour cette expiration par laquelle Il manifeste leur Amour ? Alors, au moins déjà au commencement des temps, avant d’avoir créé le ciel et la terre et même les anges, l’âme de la Vierge Marie, séparée, déjà possédée par la flamme de l’Esprit-Saint est visible au Christ et à son Père. Exultation ! » (8 décembre 1991)

« Marie est Médiatrice de toutes grâces ; sur mon papier là, officieusement, sans tapage, sans tambour ni trompette, j’ai ajouté entre crochets “ Elle est Médiatrice de toutes grâces (depuis le commencement du monde jusqu’au dernier jour) ” parole de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui désirait, elle, comme cela, prêcher Jésus, donner l’amour de Jésus, s’il était possible depuis le commencement du monde jusqu’au dernier jour. C’est ce que la Vierge Marie fait certainement, indissociablement habitée, possédée, unie, agie par l’Esprit d’amour divin. » (Commentaire de la Règle, 1992)

Enfin, au soir de sa vie, lors de son exil à ­Hauterive, notre Père écrivait : « Résumons : La Vierge Marie est bien plus que la très parfaite Personne à qui le Bon Dieu a demandé d’être la Mère de son Fils, et à qui son Fils a demandé de partager sa Passion... Elle est l’Immaculée Conception. Cette petite âme préexistante de la Vierge Marie a assisté au grand œuvre de la Création, elle s’est offerte à la rédemption de l’humanité pécheresse, elle collaborera désormais à sa sanctification, son Cœur Immaculé, Temple du Saint-Esprit, n’ayant d’autre désir que d’enfanter à la vie de la grâce des milliards et des milliards d’âmes afin que toute âme chrétienne, que toute communauté religieuse, que toute nation chrétienne et que l’Église la toute première soit, à son exemple, la fidèle épouse du plus merveilleux des époux. »

CONCLUSION

Il faut tirer toutes les conséquences de « cet immense enseignement, pour le mettre dans notre vie, afin que nous nous sentions enveloppés par la grâce, par la médiation de la Vierge Marie, sa sollicitude, sa consolation, son secours perpétuel », disait notre Père.

Saint Maximilien Kolbe écrivait : « Il ne s’écoule pas un seul instant sans que des grâces nouvelles ne se répandent sur chaque âme, par les mains de notre Médiatrice. Ce sont les grâces de la lumière de l’esprit, de l’affermissement de la volonté, de l’encouragement à faire le bien, ce sont les grâces ordinaires et extraordinaires, les grâces nécessaires pour la vie ici-bas ainsi que pour la sanctification de l’âme.

« Ayons donc pour objectif de nous laisser conduire par l’Immaculée et de désirer ce qu’Elle veut. Notre but est de plier notre volonté à la volonté de Marie afin qu’Elle puisse agir par nous librement. » (extraits de L’abandon à l’Immaculée, édition des Béatitudes, 2022)

Notre Père a voulu adopter cette résolution de saint Maximilien-Marie Kolbe, et que ses disciples le suivent dans cette voie, en nous consacrant tous, petits frères, petites sœurs et phalangistes, à l’Immaculée Conception.

Au contraire, critiquer ou refuser la médiation universelle du Cœur Immaculé de Marie, c’est se couper de la grâce et du Saint-Esprit qui en est l’Auteur... Et la note Mater Populi fidelis aura pour conséquence de détourner encore davantage les prêtres et les fidèles du recours à ce Cœur maternel, alors que, dans le naufrage universel, Elle seule peut nous secourir !

Il nous revient donc d’intercéder pour ceux qui n’ont pas recours à Elle, de nous abandonner totalement aux volontés de notre divine Mère, pour que son Amour méprisé ne reste pas, sans effet, en son Cœur douloureux.

Néanmoins, si l’angoisse et la crainte nous saisissent à la pensée des châtiments qu’attirent tant d’outrages envers Elle, que notre espérance trouve son refuge dans l’enseignement de notre Père, dans l’enthousiasme et la confiance invincible qui l’animaient :

« L’Immaculée Conception ! Il y a en Elle une force qui sera capable à travers la vie, la vie personnelle de la Vierge Marie jusqu’au sommet de la Croix et la vie de l’humanité tout entière à sa suite, de l’Église qui lui est fidèle, une force qui sera capable d’écarter toutes les attaques du vice et du démon ; et que cette vie croisse, qu’elle grandisse, qu’elle coule en abondance et que, finalement, elle emporte notre humanité de la terre vers le Ciel, nouveau Paradis ! Nouveau Paradis où l’Adam et l’Ève de la nouvelle création sont déjà établis, où le Christ couronne perpétuellement sa Mère et lui donne toutes les énergies, toutes les fécondités nécessaires pour sauver l’humanité.

« S’il y a un salut aujourd’hui, tant spirituel que physique, c’est-à-dire la paix des âmes qui conduit au Ciel et la paix du monde qui nous épargne les malheurs de la guerre et de l’anarchie universelle, c’est dans ce Cœur Immaculé que nous devons en trouver les énergies. L’Immaculée Conception est le grand secret de Dieu qui achève de se révéler maintenant que nous sommes à la fin des temps. » (9 décembre 1984)

Frère Joseph-Sarto du Christ-Roi.