Il est ressuscité !
N° 274 – Février 2026
Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard
« Voici votre mère »
AU retour de son exil à Hauterive, en janvier 1997, notre Père nous prévint : « Je reviens pour un dur chemin de Croix que nous aurons à parcourir ensemble... »
Ayant réussi, en cet exil forcé, la « difficile conciliation » d’une intime union à la Sainte Trinité, avec cette « polémique épouvantable » contre le Concile où « l’Esprit de Satan se manifeste à chaque chapitre », notre Père reprit courageusement la « bataille sanglante contre cette invasion de Satan » dans l’Église !
Avec la résolution de « devenir un saint », notre Père se mit « en état permanent de consécration totale à l’Immaculée, lui laissant tout le soin des choses matérielles et de nos activités ».
« Ô Mère chérie, dans votre Miséricorde, je trouve grâce et force et conseil », note-t-il au 15 janvier 1998.
Le 27 mars, il célèbre le cinquantième anniversaire de son sacerdoce. La guerre fratricide qui ravage l’Église de France depuis la “ Libération ” et ses suites, contemporaines de son ordination (1948), s’étend maintenant à l’Église universelle.
C’est alors que le 3 mars 1998, notre Père est hospitalisé d’urgence pour une infection urinaire qui, en quelques jours, le réduit à un épuisement total. Première “ alarme ” qui sera suivie de beaucoup d’autres !
Examens et traitements pénibles se succèdent. Mais notre Père accepte tout et me dit : « Il faut que je me sanctifie. C’est la Croix... »
Pendant cette hospitalisation, notre Père ne peut plus que prier et il médite beaucoup sur notre vocation propre.
Il me dicte même un sermon à faire à la communauté : plutôt que Judith coupant la tête d’Holopherne ou Esther triomphant d’Aman d’une manière éclatante, « en notre “ triste et obscur présent ”, c’est la douce et confiante Ruth dans son agonie qui aujourd’hui doit être notre modèle.
« À nous de l’imiter, dans l’esprit de notre consécration à l’Immaculée, par un culte de tendresse envers Elle et la récitation du chapelet, pour obtenir de grandes joies et de grands secours spirituels : plus qu’avant, nous savons qu’un tel flot de bénédictions ne peut passer que par la Croix, ce “ privilège de la Phalange ”. » (dimanche 8 mars 1998)
Le 29 juin 1998, nouvelle hospitalisation pour subir, cette fois, une intervention. Grâce à Dieu, tout se passe au mieux du point de vue médical, mais une croix plus douloureuse que celle de la maladie attend notre patient : l’aumônier de l’hôpital refuse de lui apporter la communion !
Pauvre Père, sans cesse rejeté par cette Église qu’il aime tant et pour laquelle il s’est dévoué toute sa vie ! dont il est le “ témoin ”, dans tous les sens du terme...
LE BOUCLIER DU DROIT.
Peu de temps auparavant, au mois d’avril 1998, neuf mois après le recours à la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’évêché de Troyes lui a signifié la “ décision ” de cette Congrégation, en date du 24 mars 1998 : elle « n’accueille pas » son appel, pour éviter de dire qu’elle le rejette, mais elle confirme la suspense. Elle expose vaguement les motifs qui lui ont été signalés, mais qu’elle n’a même pas jugés, et qui ne sont plus les motifs invoqués par Mgr Daucourt ! Ce qui invalide cette “ décision ” !
Dans la Ligue du numéro de mai, notre Père explique :
« La lettre de Rome rejetant mon appel à la Congrégation pour la doctrine de la foi, et celle de Mgr Daucourt, chargé de me faire connaître cette décision, semblent terminer notre procès romain avant même qu’il ait été ouvert. Il y a pourtant encore un recours possible, et ces lettres, somme toute très en retrait par rapport aux décrets précédents, nous encouragent à poursuivre ce combat loyal pour la Justice et pour la Vérité. Canoniquement, il me faut dans les trente jours, en ce mois de Marie, sans faute, rédiger, expédier au suprême tribunal romain dit “ de la Signature apostolique ”, une double plainte à l’encontre de Mgr Daucourt, pour ses sanctions lancées à l’aveugle, et du Saint-Office, pour son refus non motivé d’examiner mes deux recours à l’encontre des tenants des erreurs modernes. Pourquoi refuser d’examiner ? »
Notre Père comprend que, au mépris de ses obligations, la Congrégation élude pour ne pas avoir à répondre à la question précise que lui posaient à la fois le décret de juillet 1997 et notre recours : la vraie religion est-elle celle de l’homme qui se fait Dieu ou celle du Dieu qui s’est fait homme ?
Sans se décourager, notre Père lance un nouveau recours en mai 1998, cette fois devant la Signature apostolique, tribunal suprême du Pape. Le but de cette démarche est d’établir tous les “ détournements de pouvoir ” dont notre Père a été victime, empêchant l’exercice de son droit : celui d’être jugé sur la doctrine. Il faut obtenir que la Signature ordonne à la Congrégation pour la doctrine de la foi de rendre un jugement doctrinal.
Cet ultime recours ayant le même effet suspensif que les autres appels, notre Père garde donc tous ses droits. Sous ce “ bouclier canonique ”, il est à l’abri, à l’intérieur de l’Église, bien que relégué à la dernière place, et le Droit le protège !
« Si nous gagnons, nous dirons que c’est Dieu qui a tout fait. Deo gratias ! Sinon, il faudra dire : le Bon Dieu le permet ; mais nous n’aurons pas fait cette démarche pour sauver nos maisons ni pour être réhabilités, mais pour l’honneur de Dieu seul. » (26 mai 1998)
Notre Père puisait sa paix et sa confiance dans notre consécration à l’Immaculée. Il écrivait dans la CRC d’avril : « Objets des menaces les plus insensées, nous poursuivons jusqu’au bout notre tâche de Contre-Réforme catholique ; et nous recommandons à la foule de nos amis de vivre ces temps difficiles dans le calme, la patience et la fidélité à la Sainte Église romaine, quoi qu’il advienne. »
Cependant, après un pèlerinage de mille pèlerins à Turin, « pour contempler le Visage du Christ comme la Sainte Vierge le contemplait avec des larmes dans les yeux », nous apprenions que, pour la troisième fois, les 18 et 19 mai, à Moure, au Portugal, le Christ était apparu en Ecce Homo sur la Sainte Hostie, lors de l’exposition du Saint-Sacrement, devant deux cents à deux cent cinquante témoins qui récitaient leur chapelet. Notre Père y vit une grâce pour le monde, comme « les trois coups d’une masse de bois qui précèdent le lever de rideau de la tragédie classique [...].
« À la lumière de Fatima, se comprend l’impressionnant silence, à Moure, de ces trois “ prodiges eucharistiques ”, toujours à la même date, dans les mêmes circonstances et en réponse à la liturgie traditionnelle du lausperene. À n’en pas douter, Jésus reviendra à Moure, non pas qu’il l’ait dit : il est resté silencieux ! Mais parce qu’il est venu et revenu pour que le monde soit prévenu de son retour. Comme lors de l’apparition de la Vierge Immaculée à Fatima, après les visites de l’Ange, les enfants ne furent pas surpris, nul ne sera surpris quand Jésus reviendra et, cette fois, parlera. Le monde entier fera silence et l’on saura d’un pôle du monde à l’autre ce que Dieu annoncera pour le salut de tous. » (CRC no 351, novembre-décembre 1998, p. 5)
Et tandis que la Vierge Marie était l’objet de nos incessantes prières, le 24 mai, en la fête de Notre-Dame Auxiliatrice, notre Père signait son recours au tribunal de la Signature apostolique.
« Turin, Fatima et Moure... et Rome chrétienne, autant de combats pour la défense de la Vérité en tous ses états, autant de grands signes apocalyptiques pour entretenir notre courage et celui de nos frères, sœurs et amis portant leurs croix », écrit-il dans la Ligue de la CRC en juin.
UNE COURSE DE VITESSE CONTRE LE DIABLE.
Cependant, cette « apostasie débordante, effrayante, dont nous sommes les témoins blessés, apeurés », devient pour notre Père un vrai tourment intérieur : « Angoisse de l’apostasie totale d’une Église qui ne dit rien, qui laisse la foi des prêtres et des fidèles s’amollir et mourir, et de surcroît qui déconcerte et empoisonne les cœurs purs et les âmes innocentes du peuple fidèle, tout cela ajoute son poids à nos croix quotidiennes [...]. Comme tout nous paraît de plus en plus “ effrayant ” dans le monde, et c’est incontestable ! il est providentiel que nous ayons été attirés vers ce refuge et cette consolation de la dévotion à l’Immaculée. » (Lettre à la Phalange no 64, du 23 avril 1998)
Ainsi, il garde au cœur l’espérance surnaturelle et la certitude du triomphe de l’Immaculée.
Le 31 mai 1998, en la fête de la Pentecôte, tandis qu’il récite son chapelet, il reçoit de nouvelles lumières sur le Saint-Esprit et l’Immaculée Conception : « Le lien entre l’Esprit-Saint et Notre-Dame ? C’est un mystère très caché encore qui se dévoilera à son heure, éclairant tout de la préexistence de l’âme de la Sainte Vierge dans l’éternité. »
Pour manifester cette prééminence de la Sainte Vierge, il décide que, dans la récitation privée de notre Credo, nous nommerons dorénavant l’Immaculée avant l’Église :
« C’est bien beau de faire de la théologie, d’être dogmatique et de dire : “ Je crois au Saint-Esprit, à la Sainte Église catholique, à l’Immaculée Conception ”, mais j’en ai assez d’entendre les prêtres, les curés, les évêques, les théologiens, et je ne veux pas monter plus haut, mettre la Vierge Marie sous leurs pieds, parce qu’eux, ils sont l’Église, ils ont le droit de régenter la Vierge Marie, quand Elle nous fait des révélations sur la terre, nous apprend des choses pour notre salut ! Ils mettent cela sous cloche pendant soixante ans, sous prétexte que ce sont eux qui règlent les révélations “ privées ” ! Alors, la Vierge Marie devient quoi ? Parallèlement, on lui dénie tous ses mystères, y compris sa virginité. Jusqu’où va-t-on aller ?
« Eh bien ! maintenant, j’ai dit : on la mettra avant l’Église catholique. Pourquoi ? Parce qu’Elle est plus. Elle est sa “ Mère ”, disait Paul VI, ce n’est pas suffisant ! Elle est immaculée, Elle est l’Immaculée Conception. Quand vous comprendrez ce que cela veut dire, vous comprendrez qu’Elle passe avant toute l’Église, tout le reste : les curés, les évêques, les cardinaux et le Pape. Et quand Elle parle, pour dire qu’Elle veut sauver l’humanité, qu’Elle est envoyée par son Fils pour inaugurer son propre Royaume à Elle, qu’Elle dit : “ Je veux ceci, je veux cela ”, le Pape et les évêques n’ont qu’à dire : “ C’est vrai ou ce n’est pas vrai ”. Si c’est une illusion du diable, condamnez-la ! Si c’est la Sainte Vierge, inclinez-vous !
« Donc, je crois au Saint-Esprit, à l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, c’est-à-dire à la Vierge Marie, tout de suite après le Saint-Esprit. » (Sermons des 3 et 8 avril 1996)
L’HEURE DU SACRIFICE.
Pendant son voyage au Canada, en 1998, notre Père ressentit, par moments, une profonde déréliction intérieure. Frère Pierre témoigne : « Les séjours de 1998 et 1999 furent autrement plus tristes. La maladie avait fait des progrès, mais surtout l’âme de notre Père était accablée d’angoisse. On le voyait écartelé entre son devoir de continuer le combat pour défendre la foi, et son souci d’être dans l’obéissance, de ne pas rompre.
« Sa solitude était terrible : nous ne pouvions lui être d’aucune aide, puisque nous étions ses disciples et nous ne savions que lui répéter ce qu’il nous avait enseigné. Quant aux autorités de l’Église..., elles refusaient obstinément de juger. La Sainte Vierge aussi se taisait, et ce devait être certainement le plus angoissant. C’était l’heure du sacrifice. »
Le 19 septembre 1998, notre Père nous dit :
« Maintenant, ce n’est plus pareil. La vie est pénible, je sens bien que cela durera jusqu’à ma mort. La vie est pénible ? Tant mieux ! Il y a des difficultés, elles sont faites pour être acceptées [...]. La croix m’est nécessaire. La Croix est une bonne chose que la Sainte Vierge nous donne comme une maman à son enfant. Car dans la croix, il y a beaucoup de richesses à puiser, de vertus, de patience et aussi de mérites pour le salut des âmes, pour le Ciel. »
Les épreuves ne l’ébranlent donc pas pour autant ! « J’ai tout appris de mes parents, de mes maîtres et, m’apercevant que c’est le bon chemin, je persiste, et avec la grâce de Dieu, je mourrai dans ces convictions, dans ce même dévouement, dans cette même communion. »
Lors du sermon de clôture du congrès des amis canadiens, il confie :
« Ma vie est une suite de drames qui ont toujours été, me semble-t-il, suscités par le diable, mais où j’ai reçu, grâce à Dieu, l’aide de la Sainte Vierge. »
À son retour en France, notre Père ressent une immense fatigue et se voit « accablé de misères ». Sa voix devient plus faible : il faut tendre l’oreille pour l’entendre. Et il n’a plus la même éloquence, ayant parfois du mal à trouver ses mots. Nous ne savions pas que c’était les premiers symptômes de la maladie de Parkinson, compliquée des “ corps de Lévy ”.
Tout de même, en octobre, il nous prêche encore sur la Circumincessante charité divine, une retraite d’une plénitude parfaite. Toujours à bout de force, et cependant tenant ferme le fil de la pensée divine. Notre Père parle à partir du Cœur de Dieu :
« Pressé de renouer le fil d’or et d’argent de l’orthodromie catholique, celle qui aboutit aux promesses inconditionnelles de Notre-Seigneur à Porto, en 1899, et à celles de l’Immaculée Vierge Marie à Fatima, en 1917, je veux, rompant avec toute prudence mondaine, vous démontrer qu’entre le Christ et son Vicaire sur terre, il existe un “ bras de fer ”, une épreuve de force, oui ! sur le “ défi ” déjà ancien que voici : le Pape, il y a cent ans, s’est réservé en souverain absolu le domaine de sa politique et le jeu passionnant, enivrant, de sa diplomatie personnelle et, depuis, il en refuse la propriété et la conduite à Jésus-Christ et à sa Sainte Mère, faisant ainsi obstacle aux desseins de grâce et de miséricorde qu’en leur Très Unique Cœur aimant et compatissant, ceux-ci ont conçus sur l’ordre de leur Père Céleste, à la louange de sa Gloire et pour la conversion des pauvres pécheurs. » (CRC no 356, mai 1999, p. 5)
Très frappé de voir tout ce que souffrit mère Marie du Divin Cœur dans les derniers mois de sa vie, il nous dit : « Pourquoi tant de souffrances, pourquoi cet acharnement du démon permis par Dieu, de telle manière que cette victime est comme une loque ? Mais cette loque ne fait que la volonté du Christ et c’est dans ses souffrances, et finalement dans sa mort, qu’elle authentifie sa mission divine. Jusqu’à la fin, cela ne va être que cette bataille.
« Bataille pour plier enfin les volontés humaines à la volonté de Notre-Seigneur et nous donner la certitude que ce qui a été fait, de telles souffrances, de telles contradictions, a été voulu par Dieu.
« En conséquence de quoi, le monde doit être consacré au Sacré-Cœur et de cette consécration doit rejaillir un grand bien. »
Ainsi en sera-t-il de notre Père : nous verrons comment la fin de sa vie ne sera plus que souffrances, depuis longtemps entrevues et acceptées, authentifiant ainsi son œuvre de Contre-Réforme catholique !
Dans son admiration pour mère Marie du Divin Cœur, notre Père n’en oublie pas pour autant Fatima :
« À Fatima, par notre pèlerinage, nous entrons dans l’aujourd’hui de l’Immaculée. À Fatima, nous comprenons que la Sainte Vierge est venue à notre recherche, Elle est venue pour nous sauver bien des fois les siècles passés et six fois de suite à Fatima.
« À la suite de cela, nous sommes inexcusables si nous ne nous convertissons pas. Ceux qui croient en Fatima iront au Ciel, s’ils ne font pas de sottises, mais ils auront le temps d’être pardonnés. Mais s’ils sont impies et qu’ils ne croient pas à la démarche de l’Immaculée, comment voulez-vous que Notre-Seigneur leur permette cette débauche mentale et morale ? Refuser la Sainte Vierge alors qu’Elle se déplace comme cela !
« Nous savons par son grand “ secret ” l’importance des événements de ce siècle. Donc, nous sommes bien dans la course et nous voyons bien que Notre-Seigneur et la Vierge Marie tentent ce qui est possible pour convertir le monde entier. Eh bien ! mettons-nous en marche, peut-être que la fin du monde est dans deux ans, cinq ans, je ne sais pas. Il faut que nous soyons du bon côté et non pas à niaiser sur la terre avec toutes ces folies du monde moderne, tous ces loisirs stupides et tout cela, contre Dieu. » (6 décembre 1998)
Frère Bruno de Jésus-Marie