Il est ressuscité !

N° 277 – Mai 2026

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2025 
La grande nouvelle du règne de l’Immaculée

Huitième conférence : 
De la Grotte au chêne-vert 
la victoire de l’Immaculée

APRÈS la funeste révolution de 1830, qui entraîna l’abdication du roi Charles X et son exil, la Vierge  Marie est devenue Régente de France, intervenant dans l’histoire de notre pays par de nombreuses apparitions, comme celles de La Salette et de Lourdes, qui contribuèrent à y maintenir et y renforcer la foi et la dévotion, parce que l’évêque du lieu en a reconnu le caractère surnaturel et que la meilleure part du clergé français fit passer le message dans le peuple fidèle. Cependant, en raison de la sournoise opposition des libéraux catholiques, ces apparitions n’ont pas eu un effet décisif jusque dans le domaine de la politique, que Satan a investi en France depuis 1789 et où il règne encore aujourd’hui en maître. De surcroît, d’autres manifestations et demandes de la Vierge ont rencontré l’indifférence et même l’hostilité des autorités ecclésiastiques. Si bien qu’à Pellevoisin, le 15 septembre 1876, la Sainte Vierge confiait à Estelle Faguette : « La France, que n’ai-je pas fait pour elle ? Que d’avertissements, et pourtant elle refuse encore d’entendre. »

C’est une des raisons qui conduisit la Vierge Marie à révéler le grand dessein divin de grâces et de miséricorde pour les derniers temps, non pas en France, mais au Portugal, que l’on pourrait qualifier de nation “ fille de la nôtre ”, étant donné les circonstances de sa fondation. En effet, à la fin du onzième siècle, Henri de Bourgogne participa à la Reconquista de la Nouvelle Castille, avec des chevaliers français. En récompense, Alphonse VI, roi de Castille et de Léon, lui accorda en mariage sa fille Thérèse, qui lui apporta en dot la région reconquise, d’où naîtra le Portugal, quelques années plus tard, en 1140. Les Portugais sont donc nés Croisés et Français !

Cette nation était prédisposée à recevoir des révélations de l’Immaculée, parce que son histoire est une histoire sainte. Après l’avoir rappelé, nous verrons ce que les apparitions de Fatima apportent de nouveau par rapport à celles du dix-neuvième siècle. Ensuite, nous constaterons que le Portugal a satisfait en partie aux volontés divines ; donc, il a joui de l’accomplissement des promesses célestes, du moins pour un temps, annonçant et illustrant ainsi ce que notre Père du Ciel veut accomplir dans le monde entier.

L’IMMACULÉE, REINE DU PORTUGAL

Dès le douzième siècle, l’histoire du Portugal fut imprégnée de la surnaturelle présence de la Vierge Marie qui noua une alliance avec cette nation. Ce sont les aides décisives de la Reine du Ciel qui permirent à ses rois de préserver l’indépendance de leur pays en remportant des victoires militaires quasi miraculeuses (Frère François, Fatima, salut du monde, éd. CRC, p. 15-17).

Les Portugais se sont distingués par leur croyance en l’Immaculée Conception dont la fête fut célébrée dans certains diocèses, comme ceux de Coïmbre, de Lamego, de Lisbonne, à partir des années 1320. De surcroît, des inscriptions très anciennes, gravées sur pierre, et des peintures rustiques sur de vieux murs de fermes ou sur des rochers témoignent de leur foi en l’insigne privilège de la Vierge Marie.

Au dix-septième siècle, le serment de défendre la doctrine de l’Immaculée Conception fut prêté lors de plusieurs synodes diocésains, convoqués par les évêques de Guarda (1634), de Braga (1637) et de Coïmbre (1639).

La Vierge de Vila Viçosa.
La Vierge de Vila Viçosa.
Le roi Jean IV proclama Notre-Dame de la Conception, de Vila Viçosa, Patronne et Reine du Portugal le 25 mars 1646, en la solennité de l’Annonciation. Le sanctuaire de Vila Viçosa est situé au centre-est du pays et sa Vierge est encore très honorée, chaque année, le 8 décembre.

À cette époque, le pays étant retombé sous la domination de la Castille, le duc de Bragance, proclamé roi sous le nom de Jean IV en 1640, restaura l’indépendance nationale. Dans les batailles successives qui l’opposèrent aux Espagnols, Notre-Dame lui accorda une protection tangible, donnant la victoire à ses armes.

En reconnaissance, huit ans après la consécration de la France par Louis XIII, le roi consacra sa nation à la Vierge Immaculée : le 25 mars 1646, il proclama Notre-Dame de la Conception, de Vila Viçosa, Patronne et Reine de son royaume. Joignant le geste à la prière, il déposa sa couronne et la remit à Notre-Dame. Par la suite, ni les rois ni les reines du Portugal ne porteront leur couronne sur leur tête, la gardant simplement auprès d’eux, signifiant par là que la vraie Reine du Portugal, c’est la Vierge Marie.

Jean IV s’obligea par serment à professer et à défendre, au prix même de sa vie, la doctrine de l’Immaculée Conception, sous la réserve de l’agrément de l’Église. Le prince héritier et les Cortès, c’est-à-dire les chambres des représentants du royaume, s’associèrent à son serment. Enfin, pour perpétuer le caractère national de son vœu, le roi ordonna qu’aux portes des villes fût gravée une inscription le rappelant.

Quelques mois après le roi, à Coïmbre, le recteur de l’université, ses professeurs et tous ses membres firent solennellement le serment de défendre, lire, enseigner et prêcher publiquement que la Mère de Dieu avait été préservée de la tache originelle. Et il fut décrété que, dorénavant, l’université ne conférerait les grades académiques qu’à ceux qui prêteraient ce serment.

LE RECOURS À NOTRE-DAME DE LOURDES 
CONTRE LA FRANC-MAÇONNERIE.

À partir de la cruelle tyrannie du marquis de Pombal, au dix-huitième siècle, le Portugal fut en grande partie dominé et asservi par la franc-maçonnerie.

Cependant, les meilleurs Portugais demeurèrent fidèles à leur Reine. Au dix-neuvième siècle, ils accueillirent avec un merveilleux enthousiasme la définition du dogme de l’Immaculée Conception par le bienheureux pape Pie IX en 1854. Puis ils manifestèrent une ardente dévotion pour Notre-Dame de Lourdes, se rendant en France, jusqu’à la Grotte, malgré les difficultés du voyage.

À leur arrivée, rapporte le chroniqueur des Annales de Lourdes, « on regarde avec curiosité le visage énergique et basané des hommes, les mouchoirs et les écharpes multicolores des femmes, on écoute cette langue originale, sœur de la langue castillane, et qui, néanmoins, s’en distingue profondément ».

Lors du grand pèlerinage de mai 1878, deux Portugais furent guéris miraculeusement. En effet, le Père Antoine Jean-Baptiste Assomption, du diocèse de Leiria, âgé de soixante-trois ans, avait toujours été myope. En raison d’une cataracte incurable, il perdit complètement la vue en 1856. Vingt-deux ans plus tard, le 18 mai 1878, à Lourdes, il fut plongé dans l’eau des piscines. Tout à coup, il entrevit une lueur qui provenait d’une petite fenêtre. Il recommençait à voir, il était guéri. Dans la soirée, deux médecins constatèrent qu’il lisait facilement toute espèce de caractères, malgré la cataracte qui existait encore. Mais elle aura bientôt disparu.

« Le lendemain, le bon prêtre reprit la célébration de la messe du jour, ce qu’il n’avait pu faire depuis vingt ans !

« En même temps que le prêtre aveugle, on avait transporté à la piscine une pauvre femme, Marie des Douleurs, aide au couvent de Chelles des Augustines de Lisbonne. Âgée de quarante-huit ans, elle était entièrement paralysée du côté droit depuis cinq ans : elle ne pouvait ni marcher ni se tenir debout. Descendue dans la piscine, elle en sortit quelques instants après et, seule, sans aucun appui, elle courut à la Grotte joindre son action de grâces à celle du Père Assomption. »

Ces pèlerinages et ces miracles réveillaient la foi des Portugais et confondaient l’incrédulité. Cependant, au début du vingtième siècle, deux ans après l’assassinat du roi Carlos Ier et du prince héritier par deux carbonari, la Révolution triompha rapidement à Lisbonne : la République y fut proclamée le 5 octobre 1910. Les francs-maçons, réorganisés par Afonso Costa, ayant pris le pouvoir, allaient s’acharner à détruire les fondements de la Chrétienté portugaise. Les lois persécutrices de Pombal et d’Aguiar furent remises en vigueur : tous les couvents, monastères et établissements catholiques de tous ordres furent supprimés. Puis, la loi de séparation de l’Église et de l’État fut votée le 20 avril 1911.

Alors que l’État portugais, devenu antichrétien, s’efforçait d’asservir l’Église par tous les moyens, censurant toutes ses publications, les catholiques portugais se tournèrent vers Notre-Dame de Lourdes.

Certains exilés partirent même en France, se réfugier auprès de la Grotte de Massabielle. Le chroniqueur des Annales écrit : « Cette pieuse colonie y vit en tremblant pour le sort des parents et des amis restés au pays. Elle offre ses épreuves, ses prières et ses sacrifices pour le salut de sa chère patrie. Aussi, on devine avec quelle joie ces émigrés apprirent que de courageux compatriotes, malgré d’innombrables obstacles et vexations, préparaient un pèlerinage à Lourdes.

« Le 27 septembre 1913, quatre cent soixante Portugais y arrivaient sous la conduite du vaillant évêque de Portalegre, Mgr Antonio Moutinho. Plus de deux cents exilés les attendaient à la gare et leur firent une réception enthousiaste.

« Le lundi, à la Grotte, un prêtre exilé fit couler des larmes, en évoquant les deuils récents, les libertés religieuses profanées et, surtout, en rappelant que les nations ressuscitent à la foi par la prière, le sacrifice et de persévérantes supplications. »

Le chroniqueur achevait son compte rendu par un vœu plein d’espérance qui allait s’avérer prophétique : « Puisse ce pèlerinage si édifiant attirer sur le Portugal les bénédictions du Ciel et hâter l’heureux jour où ce noble pays, délivré de ceux qui l’oppriment, retrouvera sa foi religieuse et, sous l’égide de la Vierge Immaculée, reprendra le cours de ses glorieuses destinées ! »

CHAOS, ANARCHIE, ASSASSINATS, FAMINE.

Pour l’heure, depuis la Révolution de 1910, le Portugal s’enfonçait dans le chaos. Les politiciens républicains, qui se disputaient le pouvoir, se montraient incapables de gouverner et de faire face aux violences des anarchistes et des terroristes d’extrême gauche : ceux-ci déclenchaient des grèves insurrectionnelles avec sabotages et destructions sauvages, et organisaient des attentats à la bombe terriblement meurtriers. Quant aux soulèvements royalistes, ils étaient durement réprimés et suivis d’emprisonnements arbitraires.

En mai 1915, Afonso Costa, qui avait été écarté du pouvoir, organisa et déclencha une nouvelle révolution. À partir de navires de guerre, des marins bombardèrent le siège du gouvernement tandis que dans les rues de Lisbonne des insurgés élevaient des barricades avec une furie diabolique. Costa se trouvait à Porto avec Joao Chagas qui partit en train pour Lisbonne afin de prendre la tête d’un nouveau gouvernement révolutionnaire. Un sénateur républicain, Joao de Freitas, entra dans son compartiment et lui déchargea son arme, le blessant gravement. En fait, il cherchait Costa pour l’abattre et, ainsi, en finir une fois pour toutes avec ses agissements. Aussitôt arrêté, Freitas fut descendu du train et tué. C’est un des innombrables épisodes de sang lié au régime républicain.

MGR LEITE DE VASCONCELOS, EN EXIL A LOURDES

LE Père Yves de la Brière écrit :  « Investi depuis 1907 du gouvernement du diocèse de Béja où le besoin de réforme était impérieux et sur lequel semblait peser depuis bientôt un siècle et demi comme une malédiction d’en haut, Mgr Leite de Vasconcelos avait réellement accompli des merveilles, à force de zèle et de dévouement apostolique : transformation morale et religieuse du grand séminaire ; rappel au clergé de toutes les observances de la discipline ecclésiastique ; impulsion donnée aux œuvres de piété, de charité, d’enseignement, d’apostolat populaire ; opposition aux empiétements du pouvoir civil ; résistance non moins franche au modernisme et au libéralisme religieux, tels étaient les actes caractéristiques de ses trois années d’épiscopat.

« Le meilleur signe de la fécondité de son ministère pastoral fut la haine véritablement farouche qu’il s’attira de la part de tous les anticléricaux et, hélas ! de quelques mauvais prêtres.

« Lorsque éclata la révolution d’octobre 1910, Mgr Leite de Vasconcelos était en tournée de confirmation dans les paroisses les plus voisines de la frontière espagnole. À peine l’évêque a-t-il reçu les premières nouvelles de la catastrophe qu’il reprit en hâte la direction de Béja, sa ville épiscopale, où dominaient les éléments républicains et anticléricaux. Il ne voulait pas, en une pareille heure, demeurer éloigné de son poste de combat, dut le bon pasteur donner sa vie pour ses brebis. » (Les luttes présentes de l’Église, Paris, 1913, p. 470)

Cependant, plusieurs séminaristes, accourus à sa rencontre, l’avertirent que Béja était en pleine anarchie et que des meurtriers étaient notoirement enrôlés pour l’assassiner. Ses meilleurs prêtres et les principaux personnages catholiques de la province le supplièrent de passer la frontière espagnole et de disparaître temporairement, ce qu’il fit.

Mais lorsqu’il avertit le nouveau ministre de la Justice et des Cultes, Afonso Costa, de son prochain retour à Béja, celui-ci lui répondit : « Puisque vous avez quitté le Portugal sans la permission du gouvernement provisoire, la République vous révoque de vos fonctions épiscopales et vous expulse pour toujours du territoire portugais. » Quelques jours plus tard, Afonso Costa biffa purement et simplement le diocèse de Béja de la liste des évêchés portugais.

L’évêque quitta alors l’Espagne pour Lourdes, rejoignant ainsi d’autres exilés, parfois des familles entières, devenus « les pèlerins perpétuels de leur patrie malheureuse ».

(Annales de Lourdes)

Alors que le Portugal était déjà en guerre en Afrique, défendant difficilement ses colonies contre les agressions allemandes, Costa, revenu au gouvernement, l’engagea officiellement dans la guerre aux côtés des Alliés et envoya un contingent portugais sur le front européen, avec le dessein de consolider la République ou, plus précisément, de mieux asseoir son pouvoir personnel à l’intérieur du pays et vis-à-vis des gouvernements étrangers.

Le recrutement de militaires portugais et leur départ pour la France furent très mal acceptés dans le pays. Les populations souffraient de la cherté de la vie et du rationnement. Le pain manquait dans les villes. Le 12 mai 1917, le Conseil des ministres fut informé qu’il n’y avait plus de farine à Lisbonne. Les 19, 20 et 21 mai, sur l’ordre de Costa, l’armée ouvrit le feu contre des Lisboètes affamés qui pillaient des épiceries et des magasins. Bilan : vingt-cinq morts et une cinquantaine de blessés graves.

Le 23 août 1917 éclata la grève des travailleurs de la Société de l’Eau. La population de Lisbonne fut privée d’eau pendant quatre jours, au moment de la plus forte chaleur de l’été.

Ce fut dans cette conjoncture que Notre-Dame apparut à Fatima, dans le diocèse de Leiria, où un très grand nombre de Vierges étaient honorées et priées.

« SEUL UN MIRACLE PEUT NOUS SAUVER... »

EN 1917, la situation intérieure du  Portugal était si catastrophique que même un journaliste libéral comme Joao Semana comprenait que le redressement du pays ne pourrait advenir que par un véritable miracle.

Dans le journal Liberdade, du 20 décembre 1917, il écrivait notamment :

« Dans le moment tragique où nous vivons, de partout les gens, effrayés par le spectre de l’anarchie, de la famine et du démembrement de la nation, crient : “ Seul un miracle peut nous sauver. 

« La situation créée dans notre pays n’a pas d’issue naturelle. Mon esprit a beau tourner dans tous les sens le problème national, il n’en trouve pas. Il ne nous reste qu’à en appeler à Dieu. Si les Français célèbrent ce que Dieu fit avec eux, Gesta Dei per Francos, pourquoi nous, Portugais, ne faisons-nous pas valoir devant Lui les grandes choses qu’il a consenti à accomplir par la grandeur de nos rois, par l’épée de nos soldats, par les vertus de nos saints.

« Si nous avons besoin d’un miracle, certainement il le fera. Par l’intermédiaire d’un saint guerrier possédant une âme ascétique et mystique et une épée victorieuse comme Nuno Alvares, par le moyen d’une bergère illuminée comme Jeanne d’Arc ? Cela ne regarde que Dieu, qui choisit ses moyens. »

Le journaliste évoquait les interventions « de la Mère de Dieu » dans l’histoire du Portugal : son « indépendance s’affermit devant Santa Maria de Batalha, les découvertes commencèrent devant Santa Maria de Belém, la restauration devant Nossa Senhora da Conceiçao de Villa Viçosa ». Et de mettre son espoir dans « Nossa Senhora de la Résurrection à l’horizon céleste ».

LA PROPHÉTIE DE L’ABBÉ BENEVENUTO DE SOUSA.

À vingt kilomètres de là, dans la paroisse d’Assentiz, un sanctuaire pour instaurer le culte de Notre-Dame de Lourdes avait été construit en 1908 par l’abbé Benevenuto de Sousa.

Ce grand prédicateur et journaliste à la plume incisive, dont les périodiques qu’il avait fondés étaient très lus dans le pays, polémiquait contre les républicains et les libres penseurs, en annonçant que la Vierge de Lourdes allait libérer le Portugal des puissances maçonniques (Documentaçao critica de Fatima, vol. 4, t. 3, 2007, p. 441- 442).

Après la révolution de 1910, les diaboliques pensaient l’avoir définitivement emporté quand ils profanèrent son sanctuaire et le chassèrent de la région. Ils écrivaient dans leur journal O Livre pensamento, la Libre pensée : « Cette dame de Lourdes ne s’est pas défendue contre une rude volée de bois vert qui l’a réduite en pièces par une nuit de beau clair de lune... De cette dame de Lourdes, tout a disparu, jusqu’aux débris, car elle n’a pas fait le miracle de ressusciter ni celui de reprendre sa place. » (ibid.)

Eh bien, si ! elle fit le miracle en 1917, venant en personne “ reprendre sa place ”, pour y être honorée et vénérée par des dizaines, des centaines, des milliers, des centaines de milliers et, finalement, par des millions de pèlerins !

LA RÉVÉLATION PLÉNIÈRE POUR LA FIN DES TEMPS

LE RECOURS À L’INTERCESSION
DES SAINTS CŒURS DE JESUS ET DE MARIE.

Les trois pastoureaux de Fatima, Lucie, François et Jacinthe, furent préparés à leur mission par les apparitions de l’Ange du Portugal qui leur enseigna l’adoration de la très Sainte Trinité en leur apprenant notamment des prières de réparation. Ainsi, au printemps 1916 : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime ! Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui ne vous aiment pas ! »

Puis l’Ange leur dit : « Priez ainsi ! Les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications. »

Ensuite, au cours de l’été 1916 : « Priez, priez beaucoup ! Les Saints Cœurs de Jésus et de Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. »

À l’automne, l’Ange leur ordonnait de recourir à l’intercession des très Saints Cœurs de Jésus et de Marie pour obtenir la conversion des pécheurs, en raison de « leurs mérites infinis ».

« CONSOLEZ VOTRE DIEU. »

Lors de cette troisième apparition, l’Ange donna la communion eucharistique aux trois enfants, la sainte Hostie à Lucie et le Sang du calice à François et Jacinthe, en leur disant : « Mangez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ horriblement outragé par les hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu. »

Comprenons bien la signification de cette demande : « Consolez votre Dieu. »

Le Dieu de Fatima, comme celui de Paray-le-­Monial, n’est pas le Dieu des philosophes, immuable, inaccessible, insensible aux offenses et aux outrages. Dieu a un Cœur, Jésus a une vie psychique, il a des sentiments. Sa Personne divine et humaine est affligée de nos péchés, il en souffre dans son corps et dans son âme parce qu’il nous aime : il est infiniment triste que nous échappions à son amour. Ce n’est pas la philosophie qui nous l’apprend, mais des révélations divines, les révélations de Paray-le-­Monial et de Fatima. C’est un mystère, la raison est dépassée.

L’IMMACULÉE DANS LE RESPLENDISSEMENT DE SA GLOIRE.

Lors de l’enquête canonique, Lucie donna une description de la si belle Dame qui lui apparut pour la première fois lorsqu’elle était avec son cousin et sa cousine, à la Cova da Iria, le 13 mai 1917 :

« Elle semblait ne pas avoir plus de dix-huit ans d’âge. Sa robe était d’une très pure blancheur de neige, comme son voile bordé d’or qui lui couvrait la tête et la plus grande partie de son corps.

« Son visage, aux lignes d’une noblesse incomparable, était d’une beauté impossible à décrire et incomparablement supérieure à n’importe quelle beauté humaine. Il avait un je ne sais quoi de surnaturel et de divin ; il se montrait serein et grave, et comme empreint d’une légère ombre de tristesse. De ses mains, jointes à la hauteur de la poitrine, pendait, terminé par une croix, un joli rosaire dont les grains d’une blancheur d’hermine ressemblaient à des perles.

« Toute sa personne et surtout son visage étaient entourés d’une splendeur plus brillante que le soleil et irradiaient des faisceaux de lumière. »

Plus tard, elle précisera : « La robe et le manteau pouvaient se distinguer comme deux ondulations de lumière l’une sur l’autre. L’or bordant le manteau était simplement une ligne de lumière plus intense. »

L’Apparition éblouissait tellement les trois enfants que par moment ils baissaient les yeux. Ce caractère presque aveuglant de la vision est un des nombreux indices permettant d’affirmer que les manifestations de l’Immaculée à la Cova da Iria, le 13 de chaque mois, de mai à octobre 1917, furent des apparitions réelles, objectives, d’un corps glorieux, perçu par les trois voyants comme extérieur à eux.

DES SIGNES PUBLICS 
DE LA PRÉSENCE DE L’APPARITION.

Les pèlerins et les curieux qui retrouvèrent les pastoureaux à la Cova da Iria le 13 des mois suivants contemplèrent des signes indubitables de la présence du corps vivant de la Vierge Marie dans le resplendissement de sa gloire. Ces signes extraordinaires et miraculeux sont l’un des traits les plus spécifiques de Fatima. Dans aucune autre de ses apparitions, la Vierge Marie n’a environné sa venue de signes si grandioses et si variés.

Le 13 juin, « quand Notre-Dame s’éloigna de l’arbuste, raconte un témoin, on entendit comme le souffle d’une fusée d’artifice lorsqu’elle monte au loin. Lucie se leva très vite et, en tendant le bras, elle s’exclama : “ Voyez, elle s’en va, elle s’en va ! 

« Quant à nous, nous vîmes un léger nuage, distant du feuillage de l’arbuste d’une main ouverte, qui s’élevait doucement vers l’orient, jusqu’au moment où il se dissipa complètement. »

« Lorsque Lucie annonça, rapporte un autre témoin, que Notre-Dame partait dans la direction de l’est, tous les rameaux de l’arbre se ramassèrent et s’infléchirent de ce côté. » Notre-Dame, en partant, avait laissé traîner sa robe sur la ramure.

De surcroît, « les branchettes du sommet du petit chêne-vert, qui étaient auparavant toutes droites, étaient désormais un peu inclinées vers le levant ». Elles avaient été réellement foulées par quelqu’un, par Notre-Dame ! Il y eut ainsi, à chaque apparition, des signes publics de sa venue dans son corps glorieux.

LE CŒUR BLESSÉ DE L’IMMACULÉE.

La nouveauté des apparitions de Fatima par rapport à celles dont la France a été privilégiée au dix-neuvième siècle fut la place qu’y tient le Cœur blessé de l’Immaculé Vierge Marie. Dès le 13 mai, les trois pastoureaux furent sollicités de lui faire réparation, car dans un récit de l’apparition corrigé par sœur Lucie, la demande de Notre-Dame est rapportée en ces termes : « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, ainsi que pour les blasphèmes et les outrages contre mon Cœur Immaculé, et de supplication pour la conversion des pécheurs ? » (Frère François, Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, éd. CRC, 2014, p. 58)

Il faut saisir la nouveauté de cette demande, nouveauté qui se trouvait déjà dans les révélations de Paray-le-Monial et de Pellevoisin, mais au sujet du Sacré-Cœur.

Jésus et sa très Sainte Mère, après avoir souffert il y a 2000 ans, lors de la Passion, pour expier nos péchés, sont maintenant au Ciel, dans leurs Corps glorieux. Néanmoins, ils continuent réellement à souffrir, étant atteints et blessés par nos offenses actuelles.

Dans leurs Corps glorieux, ils souffrent ?

« Impossible ! » me direz-vous.

Eh bien, si ! au Ciel, ils sont véritablement peinés et affligés à cause de nos outrages, ingratitudes et indifférences. Certes, cette vérité était déjà présente à la rue du Bac et surtout à La Salette où l’Apparition était en pleurs. Mais la Vierge de La Salette annonçait d’une part des châtiments et, d’autre part, que c’est Elle-même qui répare pour nous : « Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse pour vous !... Jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous ! »

À Fatima, il y a du nouveau par rapport à La Salette. Ce n’est pas Elle-même qui répare ; mais il nous est demandé à nous, pauvres pécheurs, d’accomplir la réparation. Dieu veut que nous consolions le Cœur Immaculé de sa très Sainte Mère en supportant “ les souffrances qu’Il voudra nous envoyer, en acte de réparation... pour les blasphèmes et les outrages contre son Cœur Immaculé ”.

Au Portugal, en 1917, l’Immaculée était très outragée par les blasphèmes des révolutionnaires ; la presse républicaine en était remplie. C’est dans ce contexte que la Vierge de Fatima demande aux pastoureaux de réparer, afin d’obtenir de Dieu le pardon pour ces impies qui l’offensent si gravement.

LES SIGNES MIRACULEUX DU 13 SEPTEMBRE 1917

CE jour-là, à la Cova da Iria,  l’éclat du soleil diminua, l’atmosphère devint jaune d’or, comme les fois précédentes. Puis de nombreux pèlerins aperçurent un ravissant globe lumineux descendant du ciel et, quand la Dame eut achevé son entretien avec Lucie, on le vit remonter. Une petite fille, toute joyeuse, criait : « Je le vois encore... Je le vois encore. » Ils purent aussi contempler une mystérieuse pluie de pétales de fleurs, ainsi qu’une nuée au-dessus du petit chêne-vert.

Après-guerre, en 1947, un jésuite italien, professeur d’algèbre et de trigonométrie à l’université grégorienne de Rome, le Père Pio Scatizzi, s’attacha à montrer que ces phénomènes n’avaient aucune explication naturelle et même contredisaient les lois naturelles. De fait ! impossible d’interpréter comme un phénomène physique ordinaire ce globe lumineux se déplaçant majestueusement dans un ciel parfaitement bleu, sans aucun nuage. De même, à quelle cause physique attribuer la mystérieuse pluie de flocons ou de fleurs insolites, s’évanouissant en arrivant à terre ? Et comment expliquer cette nuée se formant et disparaissant, trois fois de suite, au-dessus du petit chêne-vert ?

Les phénomènes extraordinaires du 13 septembre furent attestés par les deux tiers de la foule rassemblée à la Cova da Iria. Comme il y avait ce jour-là vingt-cinq à trente mille personnes, cela fait une myriade de témoins ! Par ailleurs, le fait qu’un tiers environ de ceux qui étaient là déclarèrent n’avoir rien vu du tout, écarte de façon rédhibitoire toute explication par un phénomène naturel quelconque.

De plus, un fait remarquable permet d’affirmer que les témoignages de ceux qui ont vu ne sauraient s’expliquer par une autosuggestion. En effet, beaucoup, qui auraient désiré voir, n’ont rien vu du tout, alors que d’autres, simples curieux ou incrédules, furent gratifiés du spectacle de ces ravissants phénomènes extraordinaires. Tel cet Inacio Antonio Marques, employé de poste, qui ayant admiré la “ pluie de fleurs ”, n’en fut pas convaincu pour autant : « Je retournai à la maison, l’esprit préoccupé de l’événement, et cherchant une solution... Je ne voulais pas croire à cette apparition. » Il lui faudra descendre aux portes de la mort et être guéri in extremis par un miracle de Notre-Dame de Fatima, à la Noël 1917, pour qu’il consente à croire aux apparitions. Celui-là, du moins, n’avait pas pu voir les prodiges qu’il racontait sous l’effet d’une sorte d’autosuggestion pathologique !

Et inversement, beaucoup d’autres qui croyaient déjà aux apparitions et espéraient vivement voir un signe qui les conforterait dans leur foi, ne purent rien voir. Par exemple, José Alves, du hameau de Moita, qui était un fervent ami des voyants : « Je ne voyais pas les signes dont les autres parlaient. Je n’eus même pas l’idée d’ôter mon chapeau », déclarera-t-il en 1924, devant la commission d’enquête. Autre exemple : Carlos Mendes, ce jeune avocat, si enthousiaste de sa visite à Aljustrel six jours auparavant, revint chez lui, le soir du 13 septembre, déçu : « D’abord, j’entendis des gens qui criaient, disant voir une lumière extraordinaire, des pétales qui tombaient du ciel, etc. Moi, je ne voyais rien, et pourtant j’étais à côté des enfants. »

Ainsi, selon le bon plaisir de la Reine du Ciel, qui est aussi la Reine des cœurs, certains eurent le privilège de jouir de manifestations secondaires de sa présence, tandis que d’autres n’ont perçu aucun signe miraculeux de la merveilleuse apparition qui ravissait les trois enfants. L’Immaculée a accordé aux uns la consolation sensible d’entrevoir comme le pan de son manteau de gloire, et à d’autres, la grâce, peut-être plus grande encore, d’une invitation pressante à croire sans voir, sur le seul témoignage des autres.

Le 13 octobre, le grand miracle ne sera plus, comme les mois précédents, une sorte de faveur gratuite accordée aux uns et non aux autres. Tous, sans exception, verront le miracle.

CE QUE DIEU VEUT.

Le 13 juin, Notre-Dame révéla le grand dessein d’amour de notre Père céleste pour son Cœur Immaculé, dans lequel s’insérait la vocation de Lucie : « Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône.

Je vais rester ici toute seule ? demanda-t-elle avec peine.

Non, ma fille. Tu souffres beaucoup ? Ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.

« Au moment même où elle prononça ces dernières paroles, précise Lucie, l’Apparition ouvrit les mains et nous communiqua, pour la deuxième fois, le reflet de cette lumière immense. Dans cette lumière, nous nous voyions comme submergés en Dieu.

« Il me semble que ce jour-là ce reflet avait pour but principal de mettre en nous une connaissance et un amour spécial envers le Cœur Immaculé de Marie. Depuis ce jour, nous sentîmes au cœur un amour plus ardent envers le Cœur Immaculé de Marie. »

Jacinthe disait à sa cousine : « Notre-Dame a dit que son Cœur Immaculé serait ton refuge et le chemin qui te conduirait à Dieu. N’aimes-tu pas cela beaucoup ? Moi, j’aime tant son Cœur, il est si bon ! »

De plus, ce jour-là, les trois pastoureaux furent privilégiés de la vision de ce Cœur : « Devant la paume de la main droite de Notre-Dame se trouvait un Cœur entouré d’épines qui s’y enfonçaient. Nous avons compris que c’était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l’humanité, qui demandait réparation. » Il leur était apparu « couleur chair, mais brillant, et entouré comme d’une tige d’ajonc sauvage », dira Lucie.

POUR LE SALUT DES ÂMES ET LA PAIX DU MONDE.

En retirant les épines qui s’enfoncent dans son Cœur Immaculé, en réparant les offenses qui le font souffrir, nous sauvons des âmes de l’enfer. C’est le message du 13 juillet.

« Aïe, Notre-Dame ! Aïe, Notre-Dame ! » s’écria Lucie en devenant livide à la vue de l’ « océan de feu » où flottaient « les âmes qui étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retombaient de tous côtés comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur. »

« Vision terrible de réalisme physique et de vérité dogmatique », écrit l’abbé de Nantes.

« Ce qui m’est resté le plus gravé dans l’esprit et le cœur, dira sœur Lucie, ce fut la tristesse de cette Dame lorsqu’elle nous montra l’enfer. Ce fut l’expression douloureuse du regard de Notre-Dame [quand elle voyait les âmes tomber en enfer]. Si je vivais mille ans, je la conserverais toujours gravée dans mon cœur. »

« Vous avez vu l’enfer, dit Notre-Dame, où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. »

« Le message de Notre-Dame, écrit frère Bruno, c’est la révélation du Cœur de Dieu et de ce qu’il a de plus précieux : Dieu veut que le Cœur Immaculé de Marie règne, parce qu’il aime Marie plus que tout, d’un amour de prédilection sans égal, et il veut qu’elle soit glorifiée, honorée, aimée, servie par toutes ses autres créatures, afin qu’Elle soit la Médiatrice universelle de leur salut éternel. »

Notre-Dame poursuit : « Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et l’on aura la paix. »

Ainsi, le salut des âmes, mais aussi la paix du monde est toute dépendante de la satisfaction de ses demandes : le don divin de la paix est lié à la dévotion réparatrice à son Cœur Immaculé, dévotion qui sera explicitée et précisée lors des apparitions de Pontevedra.

PONTEVEDRA : RÉPARER LES CINQ SORTES D’OUTRAGES.

Le 10 décembre 1925, à Pontevedra, la Vierge Marie apparaît à Lucie, avec l’Enfant-Jésus qui lui dit : « Aie compassion du Cœur de ta très Sainte Mère, entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. »

Lors de cette même apparition, la Sainte Vierge demande à Lucie de la « consoler », et elle poursuit en indiquant ce qui est demandé pour accomplir la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois : la confession, le quart d’heure de méditation sur les mystères du rosaire, le chapelet et la communion, dans un esprit de réparation.

La Vierge est tellement sensible à nos amoureuses pratiques des cinq premiers samedis, son Cœur maternel en est tellement touché qu’elle accorde en retour, avec une largesse incommensurable, la plus précieuse des grâces, la grâce de la persévérance finale. Cette dévotion libère un flot de grâces qui permet à toute âme fervente de sauver non seulement sa propre âme, mais aussi les âmes d’une multitude de pauvres pécheurs qui offensent les Saints Cœurs de Jésus et de Marie.

Cette dévotion réparatrice est vraiment la nouveauté de Fatima, l’ultime révélation et demande de notre Bon Dieu pour la fin des temps.

En mai 1930, Notre-Seigneur précisa les cinq sortes d’outrages qu’il faut réparer : il s’agit des blasphèmes visant son nom d’Immaculée Conception et les privilèges de sa Virginité perpétuelle et de sa Maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes, des blasphèmes de ceux qui mettent dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée, et des outrages à ses saintes Images.

« Voilà, ma fille, lui dit Notre-Seigneur, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation et, en considération de celle-ci, d’émouvoir ma miséricorde pour pardonner aux âmes qui ont eu le malheur de l’offenser. Quant à toi, cherche sans cesse, par tes prières et par tes sacrifices, à émouvoir ma miséricorde à l’égard de ces pauvres âmes. »

Ainsi, les communions des cinq premiers samedis, offertes pour consoler le Cœur Immaculé de Marie outragé, sont le moyen sûr et facile, qui nous est donné par le Cœur de Jésus, pour sauver les pauvres âmes en péril de se perdre éternellement.

L’APOSTOLAT PAR LE SACRIFICE.

Le salut des âmes dépend, de surcroît, de nos sacrifices. C’est l’apostolat par le sacrifice que les trois pastoureaux pratiquèrent avec tant de générosité après y avoir été invités par l’Ange du Portugal dès l’été 1916 :

« Offrez sans cesse au Très-Haut des prières et des sacrifices.

 Comment devons-nous nous sacrifier ? demanda Lucie.

– De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs [...]. Surtout, acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra. »

Mais c’est plus encore l’avertissement de Notre-Dame, du 19 août 1917, qui les marqua profondément : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. »

La Vierge Marie a besoin de notre amour consolateur, de nos prières et sacrifices, pour arracher des âmes au feu de l’enfer. C’est le mystère de la communion des saints, qui fait dépendre réellement le salut éternel de beaucoup d’âmes de notre propre générosité.

On sait avec quelle ardeur les trois pastoureaux pratiquèrent toutes sortes de sacrifices, en les offrant avec la prière que leur avait enseignée Notre-Dame le 13 juillet : « Ô Jésus, c’est par amour pour vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés contre le Cœur Immaculé de Marie. »

Ils s’attachèrent à la taille une corde qui les faisait horriblement souffrir. À tel point que Notre-Dame dut les modérer, leur disant le 13 septembre 1917 : « Dieu est satisfait de vos sacrifices, mais il ne veut pas que vous dormiez avec la corde. Portez-la seulement pendant le jour. »

MIRACLE DES DERNIERS TEMPS.

L’Apparition avait annoncé dès le 13 juillet un grand miracle pour le 13 octobre que « tous verront pour croire ». Elle précisait trois mois à l’avance son lieu, son jour et son heure. Et elle réitérera sa promesse le 19 août et le 13 septembre, ce qui attira à la Cova da Iria le 13 octobre 50 000 à 70 000 personnes, malgré une pluie battante.

Il y eut à midi heure solaire huit phénomènes merveilleux.

1. À trois reprises, une colonne de fumée, déliée, ténue et bleutée, monta droit au-dessus du chêne-vert, jusqu’à deux mètres au-dessus des têtes, et s’évanouit à cette hauteur.

2. L’arrêt subit de la pluie. Ce brusque changement du temps surprit tous les témoins.

3. La vision du soleil sans brûlure de la rétine. « Le plus étonnant, raconte un témoin, est d’avoir pu fixer aussi longtemps le disque solaire, dans tout son éclat de lumière et de chaleur, sans avoir mal aux yeux, et sans éblouissement de la rétine. »

4. La triple danse du soleil. Soudain, l’astre se mit à trembler, à se secouer avec des mouvements brusques, pour finalement tourner sur lui-même.

5. Les couleurs de l’arc-en-ciel. Transformé en “roue de feu”, le soleil faisait jaillir des gerbes de lumière bleue, rouge, violette, jaune, verte, qui changeaient la couleur de toutes les choses sur la terre.

6. La chute du soleil. Le soleil, conservant son mouvement rapide de rotation, sembla se détacher du firmament et, rouge sang, s’avancer vers la terre, en menaçant d’écraser la foule avec le poids de son énorme masse de feu. Il semblait très près des gens qui étaient à la fois terrifiés et émerveillés. Des personnes s’évanouirent, beaucoup se jetèrent à genoux et disaient leur acte de contrition. D’autres s’endurcissaient, des hommes gardaient ostensiblement leur chapeau sur la tête.

7. Tous les vêtements étaient devenus secs.

8. La vision du miracle à distance. Des témoins parfaitement crédibles, qui se trouvaient assez éloignés de la Cova da Iria, jusqu’à trente-cinq kilomètres, racontèrent avoir vu le spectacle inouï de la chute du soleil, exactement comme les dizaines de milliers de personnes regroupées autour du petit chêne-vert.

Le Père jésuite Pio Scatizzi affirmait très justement que la suite des prodiges du 13 octobre 1917 constitue « le miracle le plus éclatant et le plus inouï de l’histoire » (Fatima all’analisi della fede e della scienza, ed. Coletti, Roma, 1947, p. 170).

« Miracle de la fin des temps », écrit l’abbé de Nantes, puisqu’il était annoncé par Notre-Seigneur dans son discours eschatologique : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles... les puissances des cieux seront ébranlées. » (Lc 21, 25)

Ce miracle cosmique eut un retentissement immense au Portugal et suscita un grand mouvement d’enthousiasme et de piété dans tout le pays. Il fut, de plus, très vite connu en Espagne et en France, et probablement au Vatican, puisque le 13 octobre il y avait à la Cova da Iria un représentant de Mgr Benedetto Aloisi Masella, secrétaire à la nonciature de Lisbonne (Documentaçao critica de Fatima, vol. 3, t. 1, p. 16).

Si les deux grandes requêtes de Notre-Dame s’adressant à la hiérarchie de l’Église, la consécration collégiale de la Russie et l’approbation de la dévotion réparatrice, ont rencontré des oppositions persistantes à Rome, de la part des plus hautes autorités de l’Église, en revanche, au Portugal, le message de Notre-Dame fut mieux reçu.

TOUS ONT-ILS VU LE GRAND MIRACLE DU 13 OCTOBRE 1917 ?

DES opposants perfides à  Fatima ont émis des doutes à ce sujet. Le jésuite Édouard Dhanis et le professeur Charles Journet, futur cardinal, disciple de Jacques Maritain et ami de Paul VI, ont prétendu que certaines personnes présentes à la Cova da Iria le 13 octobre 1917 n’avaient pas vu le miracle du soleil.

Y en a-t-il, oui ou non, qui n’ont vu ce jour-là aucun des huit phénomènes merveilleux ?

Édouard Dhanis affirma que le journaliste Avelino de Almeida, rédacteur en chef d’O Século, le quotidien anticlérical de Lisbonne, n’a pas témoigné avoir vu lui-même le miracle. Dhanis écrivait : « Monsieur Almeida ne nous dit pas explicitement qu’il a lui-même observé le tremblement du soleil. » (Bij de verschijningen en de voorzeggingen van Fatima, Revue Streven, 1944, p. 135)

C’est une contrevérité. Avelino de Almeida a raconté les faits dans un compte rendu exhaustif publié dans le journal O Século du 15 octobre. Violemment mis en cause par ses confrères francs-maçons, il renouvela son témoignage le 29 octobre, dans l’Ilustraçao portugueza en répétant comme un refrain tout au long de son article : « J’ai vu... J’ai vu... J’ai vu. » Citons sa conclusion : « Qu’ai-je vu sur la lande de Fatima qui fût vraiment étrange encore ? La pluie, à l’heure annoncée d’avance, cesser de tomber ; l’épaisse masse de nuages se dissiper ; et l’astre-roi, disque d’argent sans éclat, apparaître en plein zénith et se mettre à danser dans un mouvement violent et convulsif, qu’un grand nombre de témoins comparèrent à une danse serpentine, tant les couleurs qui revêtirent successivement la surface du soleil étaient belles et rutilantes. »

À un ami rationaliste qui s’enquérait de ses convictions intimes Avelino de Almeida répondait sans ambages : « Assurément, nos yeux et nos oreilles n’ont pu voir et entendre des choses différentes. » (Ilustraçao portugueza, 29 octobre)

Par ailleurs, Charles Journet a insinué que certaines personnes n’auraient pas vu le miracle. Il écrivait en 1948 : « J’ai entendu parler d’une dame portugaise très cultivée et très dévote à la Vierge, qui, pour sa plus grande désolation, n’a rien vu. » (Nova et vetera, mai-août 1948, p. 187)

« J’ai entendu parler... » Journet n’a pas enquêté, il n’a pas rencontré cette personne, ni lu son témoignage. Il propage des bruits... mensongers !

Nous savons très bien quelle est cette “ dame portugaise ”. C’est la seule personne qui a été mentionnée pour prétendre que certains n’ont rien vu. Il s’agit d’Izabel Brandão de Melo. Dans sa lettre du 31 octobre 1917 adressée à un prêtre suisse, le Père Gélase, elle commence par y décrire le prodige :

« Il est midi précis et la pluie qui tombait par torrents cesse tout d’un coup. Voilà qu’on entend une clameur qui sort de milliers de bouches ; tout le peuple crie : “ Miracle, miracle, loué soit Jésus-Christ, louée soit la Très Sainte Vierge ”.

« Et le soleil qui se laisse fixer et qui semble un disque de métal sans rayons commence à tourner sur lui-même et à descendre plusieurs fois. Voilà ce qu’on dit à côté de moi, et ce que des milliers de personnes affirment avoir vu.

« Moi, je ne l’ai pas vu ; j’ai bien pu fixer le soleil, et j’étais terriblement émotionnée », émotionnée d’entendre les gens décrire les mouvements extraordinaires du soleil.

« Je crois que Notre-Seigneur ne m’a pas trouvée digne de voir ces phénomènes, mais dans mon âme je n’avais pas besoin de les voir pour croire à l’apparition de la Sainte Vierge aux trois enfants.

« Deux de mes cousines près de moi étaient hors d’elles-mêmes et affirmaient voir exactement le soleil comme une pièce de feu d’artifice tournant vertigineusement. » (Documentaçao critica de Fatima, vol. 3, t. 1, p. 554).

Nos remarques sur ce témoignage :

Premièrement, la Vierge Marie avait annoncé trois mois auparavant : « Je ferai un miracle que tous verront pour croire. » Or, cette dame affirme qu’elle n’avait pas besoin de voir le miracle pour croire aux apparitions. Bienheureuse était-elle !

Notons que le cardinal Journet se trompe et nous trompe quand il affirme qu’elle est repartie dans « la plus grande désolation ».

Deuxièmement, ce témoignage entre certainement dans un dessein de la providence. En effet, les cœurs rebelles et endurcis y trouvent un prétexte pour ne pas croire. Mais pour les âmes de bonne volonté la réaction de cette dame rappelle et illustre l’avertissement de Notre-Seigneur à l’apôtre saint Thomas : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. »

Troisièmement, Izabel de Melo rapporte avec foi ce que tous les gens autour d’elle disaient voir.

Quatrièmement, elle était terriblement émotionnée, ce qui peut expliquer qu’elle n’ait pas vu les mouvements du soleil.

Cinquièmement, elle précise qu’elle a « bien pu fixer le soleil ». Fixer le soleil sans éblouissement aveuglant pour la rétine ! Donc elle a constaté un des phénomènes miraculeux ! Et pas des moindres !

Conclusion :

À ce jour, pas un témoignage ne permet d’affirmer que quelqu’un n’a absolument rien observé d’extraordinaire le 13 octobre, à midi heure solaire, à la Cova da Iria. Assurément, Notre-Dame a accompli sa promesse : « Je ferai un miracle que tous verront pour croire. »

LE MIRACLE PORTUGAIS

L’ENTRÉE EN GUERRE 
VOULUE PAR LES DIABOLIQUES.

Le Portugal étant entré officiellement en guerre en 1916, un corps expéditionnaire fut envoyé en France alors que rien ne l’exigeait. Mais les socialistes radicaux qui s’étaient emparés du pouvoir espéraient obtenir ainsi la reconnaissance définitive de la République portugaise par les gouvernements étrangers. Des officiers portugais fustigeaient Afonso Costa, déclarant « qu’il avait vendu la peau des soldats portugais aux Britanniques ».

De plus, en formant un gouvernement dit “ d’union sacrée ” pour “ la défense extérieure et intérieure de la République ”, les radicaux voulaient mobiliser « tous les citoyens de la démocratie pour combattre la réaction qui est l’ennemi » (Journal républicain O Mundo du 18 octobre 1915). Il s’agissait pour eux de développer, grâce à la guerre étrangère, la lutte contre “ les traîtres de l’intérieur ”, c’est-à-dire contre toutes les forces catholiques et contre-révolutionnaires qui s’opposaient à la destruction de leur nation.

« ELLE SEULE POURRA VOUS SECOURIR. »

Selon les révélations de Fatima, la cause la plus profonde de la guerre, ce sont nos péchés. Pour obtenir le don divin de la paix, il faut que les hommes se convertissent et récitent le chapelet.

Dès le 13 mai, Notre-Dame avait dit : « Récitez le chapelet tous les jours afin d’obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre. » Puis, le 13 juillet : « Continuez à réciter le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce qu’elle seule pourra vous secourir. »

Enfin, le 13 octobre : « Je veux te dire que l’on fasse ici une chapelle en mon honneur. Je suis Notre-Dame du Rosaire. Que l’on continue toujours à réciter le chapelet tous les jours. La guerre va finir et les militaires rentreront bientôt chez eux. »

Ces dernières paroles annonçaient que les Portugais allaient être libérés de la tyrannie des Jacobins qui avaient contraint les enfants du pays à partir sur le front européen. Très mal préparés à ces combats meurtriers, les soldats portugais subirent un échec sanglant lors de la bataille de la Lys, dans les Flandres, le 9 avril 1918. Leur front ayant été enfoncé, ils laissèrent sur le terrain 1 350 morts, 4 600 blessés, 2 000 disparus et 7 700 prisonniers. Après cette déroute, le corps expéditionnaire fut en grande partie rappelé au Portugal.

« TROP OFFENSÉ » PAR LES LIBÉRAUX CATHOLIQUES.

La promesse de Notre-Dame rapportée par Jacinthe : « Que les hommes se convertissent et la guerre finit aujourd’hui » n’était pas une prophétie de l’arrêt subit des hostilités le 13 octobre, mais une promesse conditionnelle d’accorder la paix dès que les hommes se seraient conformés à ses désirs.

Cela s’accorde bien avec ce que Lucie proclama le 13 octobre aussitôt après l’apparition. « Avec une grande foi, elle criait d’une voix forte et assurée : ‘‘Faites pénitence ! Faites pénitence ! Notre-Dame veut que vous fassiez pénitence. Si vous faites pénitence, la guerre finira. ’’ »

Cet appel fait écho à la douloureuse plainte de la Vierge entendue le même jour : « Que l’on n’offense pas davantage Dieu Notre-Seigneur, car il est déjà trop offensé. »

Notre-Seigneur était très offensé, et même trop offensé au Portugal, en 1917, parce que les révolutionnaires au pouvoir avaient imposé la séparation de l’Église et de l’État en 1911, ce qui constituait un mépris outrageant de Jésus et de Marie, laquelle est la Reine du Portugal, comme nous l’avons vu.

Notre-Dame de Fatima lança son avertissement pathétique alors que depuis cinquante ans, partout dans le monde, les libéraux catholiques refusaient l’enseignement du bienheureux Pie IX et de saint Pie X, faisant ainsi échec, dans presque tous les pays, à leur programme de restauration de la royauté divine et humaine de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les peuples et sur les pouvoirs humains.

Ce que Notre-Dame voulait et ce qu’elle veut encore, c’est notre conversion dans tous les domaines, même en politique, afin que les Cœurs de Jésus et de Marie règnent sur toutes les autorités et dans toutes les institutions civiles.

Au Portugal, c’est grâce à son intercession que fut instauré en plein vingtième siècle le règne politique et social du Cœur Immaculé de Marie.

LA CONVERSION DU PORTUGAL, FRUIT DU PÈLERINAGE DE FATIMA.

« Depuis le jour où le soleil avait dansé dans le ciel, raconte Maria Carreira, ce fut une procession continuelle, spécialement les dimanches après-midi, et les treize de chaque mois. Il y avait des gens du pays, et des gens qui venaient de loin. Les hommes arrivaient avec un bâton, et leurs provisions sur le dos ; les femmes, avec leurs petits enfants sur les bras ; il y avait même des vieux qui venaient, et qui n’avaient plus guère de forces. Tous s’agenouillaient auprès du chêne-vert où Notre-Dame était apparue.

« Ici, on ne faisait que pleurer et prier Notre-Dame. Quand il y avait beaucoup de monde, on chantait les beaux cantiques de l’Église. Ah ! quel riche temps c’était ! On faisait beaucoup pénitence, et avec beaucoup de joie. Les gens revenaient chez eux tout contents et satisfaits. Ils venaient demander des miracles à Notre-Dame, et Notre-Dame les exauçait tous. En ce temps-là, je n’ai jamais entendu dire que Notre-Dame ait refusé un miracle à personne. Tous ceux qui se rendaient ici venaient avec dévotion ; ou, s’ils ne l’avaient pas auparavant, ils la trouvaient ici. »

La chapelle en l’honneur de l’Apparition, à la Cova da Iria, fut très vite construite, et reconstruite après son dynamitage par les diaboliques.

« Fatima, écrit le chanoine Formigao, devenait un second Lourdes, non moins merveilleux que le premier. Parfois, les guérisons s’opéraient pendant ou à la fin de neuvaines faites en l’honneur de Notre-Dame ; d’autres fois, par l’application d’un mélange d’eau et de terre du lieu des apparitions, d’autre fois encore après l’usage interne ou externe de l’eau des fontaines de la Cova da Iria.

« Cette eau abondante n’était que la figure du flot de grâces et de bénédictions accordées en cette terre sainte aux dévots de l’Immaculée. Les Portugais, par dizaines de milliers, ont lavé et purifié leurs âmes en l’église dite des confessions, construite tout près de la chapelle des apparitions.

« Fatima devint un foyer de foi et de piété si intenses qu’il n’y en avait jamais eu de semblable en ce pays. Grâce à cette dévotion providentielle, les villes, les bourgs et les villages se rechristianisaient et se régénéraient comme par enchantement. Dans toutes les provinces de la glorieuse terre de Sainte Marie, la foi était avivée, la piété croissait, l’amour pour Jésus au Saint-Sacrement, ce culte si cher à l’âme portugaise s’intensifiait et la dévotion envers la bénie Vierge de Fatima se propageait, subjuguant même les âmes les plus froides, les cœurs les plus durs et les plus réfractaires.

« Heureux pays qui, à l’heure la plus douloureuse peut-être et la plus tragique de son existence historique, a été l’objet de l’amour miséricordieux du Cœur de la Mère de Dieu qui l’a sauvé de l’abîme dans lequel il était prêt à tomber ! »

Après la reconnaissance des apparitions, la hiérarchie portugaise répondit à la grâce de Fatima en consacrant solennellement le Portugal au Cœur Immaculé de Marie, le 13 mai 1931. À la Cova da Iria, en présence du nonce apostolique, de tous les évêques du pays ou de leurs représentants et de 300 000 fidèles accourus de tout le pays, le patriarche de Lisbonne prononça l’Acte de consécration de la nation au Cœur Immaculé de Marie.

Ainsi les apparitions de Notre-Dame du Rosaire et le miracle du soleil ont-ils provoqué au Portugal un réveil de la foi, un renouveau de la piété et une consécration solennelle de la nation par son épiscopat.

En réponse à ces actes de dévotion publique, la Vierge réalisa un double miracle : premièrement, la restauration de la Chrétienté portugaise grâce à une véritable contre-révolution politique ; et deuxièmement, un miracle de paix, accomplissant en faveur du Portugal les promesses de Notre-Dame.

LIBÉRÉ DU JACOBINISME RÉPUBLICAIN.

Deux mois après le miracle du soleil, le coup d’État du commandant Sidonio Pais, ancien franc-maçon, libéra le Portugal du jacobinisme républicain :

« Une pléiade d’hommes courageux et amis de la véritable liberté parvenait à mettre un terme à la tyrannie qui écrasait les Portugais et à préparer l’avènement de jours meilleurs pour leur chère patrie. Les relations entre l’Église et l’État furent immédiatement rétablies. L’État renonça à son ingérence oppressive dans l’organisation interne de l’Église et les mesures draconiennes promulguées par les gouvernements antérieurs ne furent jamais plus renouvelées. » (Rapport canonique des apparitions)

Cependant, après l’assassinat de Sidonio Pais le 14 décembre 1918 par un anticlérical fanatique, le pays courut de nouveau vers l’abîme, avec une succession de gouvernements fantoches et corrompus.

8 DECEMBRE 1917 : LE COUP D’ÉTAT DE SIDONIO PAIS,
VICTOIRE DE L’IMMACULÉE

LE 9 décembre 1917, donc dès  le lendemain de la réussite du coup d’État du commandant Sidonio Pais, le journal monarchiste A Monarquia la célébra comme une victoire de l’Immaculée :

L’assistance maternelle de la Vierge pour notre chère Patrie s’est manifestée encore une fois et merveilleusement. Quand tout semblait perdu... et que le corps de la nation était prisonnier de l’unique force organisée, celle des bandits, aujourd’hui en déroute, le jacobinisme portugais trouva enfin son Thermidor précisément le jour de la Patronne du Portugal.

Ce n’est pas seulement l’armée qui a remporté la victoire place du marquis de Pombal : avec nos braves soldats, il y avait aussi les prières des femmes du Portugal, leurs tristes larmes, leurs mains suppliantes.

C’était le sang innocent de tant de victimes demandant à Dieu vengeance, c’était les souffrances, les vexations endurées dans le silence, et attendant l’heure de la justice réparatrice.

Cette heure est arrivée. Et elle est arrivée le jour de la fête de Notre-Dame qui restera pour toujours le jour de la deuxième restauration du Portugal.

Si l’autre victoire, il y a deux cent soixante-seize ans, a été contre l’ennemi de l’étranger, celle d’aujourd’hui est contre l’ennemi de l’intérieur. Ils avaient renié notre sang, les fourbes, sans le moindre scrupule. Ils n’ont pas voulu croire que la Vierge avait parlé dans la lande de Fatima à trois petits bergers innocents, promettant sa bénédiction à la malheureuse terre du Portugal.

Le Portugal s’incorpore ainsi dans l’admirable renaissance de la foi patriotique qui, de tous côtés, est aujourd’hui le fait de la jeunesse. Élevons notre cœur et ayons une sereine confiance dans l’avenir. Notre-Dame de la Conception, veillez sur nous.

Le miracle est visible dans la joie communicative qui nous réunit tous, dans la même anxiété d’avoir pour notre patrie de meilleurs jours.

Nous, qui sommes croyants, nous renouvelons dans notre cœur, avec recueillement, le vœu de nos ancêtres, prononcé il y a presque trois siècles, dans l’un des moments les plus difficiles de la vie du Portugal. Notre- Dame de la Conception continue toujours à être notre Patronne !

Ainsi, nous accompagnent ceux qui n’ont pas encore oublié que l’histoire du Portugal, c’est l’histoire du culte de Marie. Une fois encore la Vierge a écrasé le Serpent ! Que la Vierge nous protège sous son manteau jusqu’au bonheur final, auquel douloureusement sept millions de Portugais aspirent !

LE SALUT PAR L’ARMÉE.

Toutefois, après la « nuit sanglante » d’octobre 1921, au cours de laquelle des républicains s’entretuèrent, les Portugais furent de plus en plus nombreux et de toutes tendances à penser que seule une prise du pouvoir par l’armée pourrait arrêter la décomposition du pays. « Parmi tous les corps de la nation en ruine, remarquait le général Gomes da Costa, seule l’armée détient l’autorité morale et la force matérielle pour cristalliser en elle l’unité d’une patrie qui ne veut pas mourir. »

Au cours des années suivantes, plusieurs soulèvements militaires échouèrent : ils ne purent restaurer une autorité politique.

Enfin, au printemps 1926, des officiers emprisonnés en préparèrent un nouveau qui fut déclenché par le général Gomes da Costa le 28 mai 1926, à Braga, où deux cent mille fidèles participaient à un congrès marial.

Alors que le succès du coup de force paraissait compromis, une fois de plus ! en raison des hésitations et de la défection de nombreux officiers, une succession d’événements providentiels, certainement inspirés ou provoqués par l’Immaculée, favorisèrent les insurgés. La complicité de civils des PTT permit d’envoyer une série de fausses informations qui sabotaient les mesures prises par le gouvernement et anticipaient les adhésions de garnisons au soulèvement. De plus, un journaliste monarchiste, Correia Marques, arrêté par les gouvernementaux, leur fournit de prétendus renseignements, selon lesquels le général da Costa était doté de beaucoup d’artillerie et qu’il se préparait à attaquer la colonne gouvernementale qui montait vers Braga, alors qu’en réalité il n’avait pas d’artillerie et que, découragé, il n’avait pas la moindre intention de l’attaquer.

LE REDRESSEMENT FINANCIER.

Presque malgré lui, le général Gomes da Costa l’emporta finalement, mais il se révéla vite incapable de gouverner.

Les menées de politiciens de l’ancienne République et des révoltes de militaires liés à des factions allaient tout compromettre, quand le général Carmona appela au gouvernement le seul homme qui paraissait capable de redresser la situation financière catastrophique du pays : c’était le professeur Oliveira Salazar. Celui-ci, arrivant de l’université de Coïmbre, entra définitivement au gouvernement comme ministre des Finances en avril 1928, parce que les conditions qu’il posait pour remplir cette charge furent cette fois-ci acceptées :

« Il fixerait le plafond budgétaire de chaque ministère.

« Il disposerait du droit de veto sur toute dépense nouvelle.

« Il participerait à la rédaction des textes législatifs de chaque ministère ayant des conséquences fiscales ou financières. »

Bref, il allait pouvoir contrôler toutes les recettes et couper dans les dépenses 140 millions reconnus « inutiles » !

Pour cela, il n’hésita pas à se comporter en « dictateur » et il revendiqua même le mot : « Notre dictature se rapproche évidemment de la dictature fasciste par le renforcement de l’autorité, la guerre déclarée à certains principes de la démocratie, par son caractère nationaliste, sa préoccupation de l’ordre social. Elle s’en éloigne cependant par ses procédés de rénovation. »

Salazar se révéla être un rigoureux gestionnaire, un notaire scrupuleux, un honnête « père de famille ». La dette flottante intérieure et la dette extérieure furent liquidées. Le taux d’emprunt des obligations du Trésor fut diminué des deux tiers. L’escudo devint une monnaie forte et respectée.

OLIVEIRA SALAZAR, L’ÉLU DE NOTRE-DAME.

À la différence des apparitions des dix-neuvième et vingtième siècles, qui n’ont pas libéré la France de son asservissement à des pouvoirs francs-maçons, Fatima a provoqué au Portugal une restauration de la Chrétienté, et cela malgré le ralliement à la République imposé aux catholiques portugais par le pape Benoît XV en 1919.

Salazar se rendit à Fatima dès le 12 mai 1929, accompagné du général Carmona et de plusieurs membres du gouvernement. Cet hommage officiel symbolisait la merveilleuse transformation du Portugal, passé du pire des régimes maçonniques à un gouvernement national résolument favorable à l’Église.

Salazar remplira sa lourde charge comme un « ministère de Dieu pour le bien commun ». C’est pourquoi son ancien condisciple à l’université de Coimbra, Mgr Manuel Trindade Salgueiro, pourra lui écrire : « Depuis longtemps, je vous considère dans un état de sacrifice permanent. » (Franco Nogueira, Salazar, t. 4, Coimbra, 1980, p. 128)

Salazar attribuait la renaissance du Portugal à Notre-Dame de Fatima, mais lui-même en a été l’instrument prédestiné. Le cardinal Cerejeira, patriarche de Lisbonne, lui aussi son ancien condisciple, lui écrivait : « C’est toi qui as été choisi par Dieu pour réaliser de si grandes choses presque miraculeusement. Tu es attaché au miracle de Fatima : tu étais dans la pensée de Dieu au moment où la très Sainte Vierge préparait notre salut. Et tu ne connais pas encore tout. Il y a des victimes choisies par Dieu qui prient pour toi et accumulent des mérites en ta faveur. »

Salazar récitait tous les soirs son chapelet. « Jamais, mais jamais, il ne l’oubliait. » Plus tard, quand il apprit que le chapelet était attaqué, dénigré, il révéla le fond de son cœur : « Quelle catastrophe ! Ne récitez pas le chapelet et vous verrez ce qui arrivera ! Notre-Dame aime beaucoup cette dévotion, on doit la maintenir dans notre patrie. »

Heureux État, heureuse nation, dont le président recommande le chapelet à ses concitoyens !

« FAIRE VIVRE LE PORTUGAL HABITUELLEMENT. »

Après avoir encore été troublé, au début des années 1930, par des insurrections armées de groupuscules d’extrême gauche, le Portugal deviendra le pays le plus stable de l’Europe : le général Carmona demeurera président de la République jusqu’à sa mort, en 1951, et Salazar dirigera le gouvernement de 1932 jusqu’en 1968, et avec quelle sagesse !

« Pour moi, déclarait-il, je n’ai qu’un but, c’est faire vivre le Portugal habituellement ! Nous voulons à tout prix y préserver la simplicité de vie, la pureté de mœurs, la douceur de sentiments, l’équilibre des relations sociales, cet air familial modeste, mais digne, qui est le propre de la vie portugaise. »

Les ennemis de l’État nouveau et de son régime corporatif accusaient Salazar d’être responsable du faible niveau de vie d’une grande partie de la population. Très conscient que son pays était pauvre et peu industrialisé, le président leur répondait : « Nous déplorons, comme vous, de ne pas nous trouver en première ligne des peuples les plus riches et les plus développés. » Réaliste, il ajoutait : « Nous n’y serons jamais. Ceux qui envisagent une telle possibilité ignorent profondément les données du problème. Sans aucune richesse du sol, du sous-sol ou du littoral, notre plus grande ressource dans la métropole, c’est encore l’homme et le travail qu’il produit. Pour les élever l’un et l’autre au niveau souhaité, il faudra du travail, il faudra de grands efforts, il faudra du temps. »

Ce que l’Immaculée avait promis lors de ses apparitions de 1917, si ses demandes étaient satisfaites, s’est accompli au Portugal qui fut miraculeusement préservé de la guerre par deux fois : d’abord en 1936, il échappa à une contagion de la lèpre communiste espagnole, puis lors de la Seconde Guerre mondiale.

PRÉSERVÉ DE LA CONTAGION RÉVOLUTIONNAIRE.

La menace était grave pour le Portugal en 1936 quand la révolution embrasait l’Espagne et aurait pu facilement passer au-delà de la frontière. Néanmoins, il n’y eut presque aucun départ d’incendie dans le pays.

Quand le 8 septembre 1936, deux bateaux de guerre, l’aviso “ Albuquerque ” et le contre-torpilleur “ Dao ”, se mutinèrent pour rejoindre les Rouges d’Espagne, Salazar réagit immédiatement, donnant l’ordre de les bombarder jusqu’à ce qu’ils se rendent ou qu’ils coulent : « Les bateaux de la marine portugaise, déclara-t-il, peuvent être mis par le fond ; mais ils ne peuvent arborer un autre pavillon que celui du Portugal. » Salutaire décision. Car les mutins furent rapidement mis à la raison, et la nation échappa aux horreurs de la révolution.

Si Salazar pouvait agir de manière aussi efficace, c’est qu’il avait le ferme appui d’une hiérarchie qui justifiait moralement son action. Voici ce que les évêques portugais écrivaient dans une de leurs Lettres pastorales à propos de ces mutineries et de leur répression :

« Cependant, les ennemis de la paix ne désarment pas. Le jour de septembre dédié à la Nativité de Notre-Dame, – avant même que la capitale s’aperçoive du péril –, un mouvement révolutionnaire se dessine, qui est tout de suite étouffé.

« Nous pouvons nous réjouir sans réserve de la victoire de l’ordre dont l’Église enseigne le respect aux hommes, et sans lequel il ne peut y avoir ni progrès ni liberté. »

Plus tard, le président Salazar échappa à une tentative d’assassinat. C’était le dimanche 4 juillet 1937, à 10 h 30. Comme il se rendait selon son habitude à la chapelle privée de la maison d’un ami, le Dr José Trocado, une puissante bombe dissimulée dans une caisse de fer explosa à trois mètres de lui, au moment où il descendait de voiture. N’ayant pas été touché, il dit aux passants affolés qui s’attroupaient : « Calmez-vous ! » Et à son hôte : « Allons à la messe. » En sortant de la chapelle, comme on insistait pour qu’il se reposât, il répondit : « Non. Puisque Dieu n’a pas voulu que je meure, je vais travailler. »

Conscients que leur pays devait la sauvegarde de sa paix intérieure à la sagesse politique et à l’énergie de Salazar, les évêques reconnurent publiquement dans l’échec de cet attentat la marque de la protection divine à son égard : « Dans l’ombre ténébreuse, on trame froidement, avec une précision diabolique, des attentats contre la vie de celui qui, plus que personne, a la charge de veiller sur la paix et sur la sécurité de tous, et qui, sous la haute présidence du chef vénéré de l’État, a tant mérité de la nation portugaise. Mais la main toute-puissante de la Providence détourna le coup que les mains criminelles avaient préparé avec tant d’habileté et de minutie qu’ils croyaient la réussite scientifiquement assurée. » (Lettre pastorale collective de 1938)

MIRACLE DE PAIX.

En 1938, le grand conflit mondial approchait. Le Portugal parviendrait-il à conserver sa neutralité ? Rien n’était moins sûr.

Cependant, sept mois avant la déclaration de guerre, le 6 février 1939, sœur Lucie communiqua à Mgr da Silva une magnifique promesse : dans cette guerre imminente et horrible, le Portugal serait épargné à cause de la consécration nationale au Cœur Immaculé de Marie, accomplie par ses évêques en 1931.

Afin d’obtenir ce miracle de paix, sœur Lucie transmit plusieurs avertissements à la hiérarchie portugaise : elle invitait les évêques à renouveler la consécration de leur nation au Cœur Immaculé de Marie et à prêcher la conversion et la pénitence. Les évêques portugais prirent très au sérieux ces avertissements. Le 2 février 1941, ils publièrent une Lettre pastorale collective sur les angoisses de la guerre et la nécessité de la réparation. L’année suivante, en 1942, pour le jubilé des apparitions, ils adressaient, une fois de plus, une vigoureuse exhortation à tous les Portugais, donnant en exemple la vie héroïque des trois pastoureaux de Fatima : « Dans les révélations de Fatima, il n’est question que de péché, de pécheurs, de l’enfer, de réparation, de conversion, de miséricorde. Les pauvres petits bergers de Fatima l’avaient bien compris, eux qui firent de si grandes pénitences pour obtenir la conversion des pécheurs et pour consoler le Cœur Immaculé de Marie. »

Ainsi, la consé­cration nationale du Portugal au Cœur Immaculé de Marie valut à ses évêques la grâce d’écouter docilement les avertissements de Notre-Dame, puis d’entraîner leur peuple à s’y conformer.

Dans les moments les plus dramatiques de la guerre, le président Salazar ne cessait d’implorer le secours de l’Immaculée, par exemple lorsqu’­Hitler prévoyait l’occupation des ports portugais le 10 janvier 1941 pour empêcher un débarquement anglais. Comme le führer avait informé le général Franco de sa décision de lancer l’assaut contre Gibraltar, le président portugais passa la nuit entière à téléphoner au Généralissime afin qu’il ne permette pas aux troupes allemandes de traverser l’Espagne et, en même temps, il récitait son chapelet. Il passa la nuit avec une main au téléphone et l’autre avec son chapelet. Et le miracle se produisit. Hitler renonça à son projet.

Le miracle de paix, dont a joui le Portugal, est illustré par le premier tableau du troisième Secret : Notre-Dame arrête les flammes qui jaillissent de l’épée de l’Ange, elle éteint les flammes de la guerre.

SŒUR LUCIE SOUTIENT SALAZAR CONTRE LA DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE.

Ainsi, Salazar fut l’homme providentiel accordé par Dieu au Portugal pour le maintenir en paix. Sœur Lucie l’a elle-même affirmé en 1945, quand une conjuration internationale se noua contre lui, avec la complicité de la démocratie chrétienne portugaise. La voyante écrivit à Mgr da Silva le 7 novembre 1945 : « Le Bon Dieu veut que Nos Seigneurs les évêques, pendant le peu de jours qui nous restent avant les élections, parlent au peuple, par l’entremise du clergé et de la presse, pour dire que Salazar est la personne qu’Il a choisie pour continuer à gouverner notre patrie, que c’est à lui que seront accordées la lumière et la grâce pour conduire notre peuple par les chemins de la paix et de la prospérité. »

À la fin du pontificat de Pie XII, en 1958, les démocrates-chrétiens se mobilisèrent de nouveau contre Salazar, avec la complicité de diplomates du Saint-Siège. La lettre à Salazar de Mgr Antonio Ferreira Gomes, évêque de Porto, qui fut largement diffusée dans le pays, était un manifeste en faveur des libertés démocratiques. Mgr Gomes tentait de briser l’accord profond qui existait entre l’Église et l’État portugais. De surcroît, des militants catholiques et royalistes organisèrent une conspiration militaire en faveur du duc de Bragance et d’une monarchie constitutionnelle.

Sœur Lucie, au courant de cette perfide contestation et de ces complots, écrivait : « Nous nous attristons sincèrement de la monstrueuse ingratitude envers notre très digne président du Conseil et nous demandons à Dieu qu’il illumine les esprits aveugles et obstinés. Qu’il donne à son Excellence santé et courage afin de porter la croix pour Dieu et pour la patrie. » (5 juillet 1959)

En 1961, les provinces portugaises d’Afrique subirent les premières attaques “ d’indépendantistes ”, c’étaient des incursions d’étrangers venant de pays frontaliers, qui assassinaient des Blancs, mais aussi et surtout des indigènes, pour instaurer la terreur parmi les populations. Ayant défendu fermement l’intégrité du territoire national, le président Salazar fut très critiqué par les progressistes, complices des rebelles, et, de plus, il se trouva en butte à une nouvelle conjuration internationale. Sœur Lucie s’en alarma :

« Je suis préoccupée par ce qu’on me dit de l’état de santé précaire de monsieur le président du Conseil. Que Notre-Dame le garde ! Étant donné les derniers événements, je ne m’étonne pas qu’il s’en ressente. Dieu seul pourra savoir tous les soucis, chagrins et sacrifices qu’ils lui ont causés !

Le président Salazar et sœur Lucie, le 13 mai 1967, à Fatima.
Le président Salazar et sœur Lucie, le 13 mai 1967, à Fatima.

« Quel dommage que tous les fous ne puissent être internés dans les maisons de santé ! Ah ! si seulement Dieu daignait, dans son immense miséricorde, donner à tous ces gens un tout petit peu plus de jugement. Mais peut-être permet-il cela pour nous faire mériter une meilleure place au Ciel puisque, en même temps, nous expions nos propres péchés et faisons un peu pénitence pour nous et pour les autres. » (2 avril 1961)

Le président n’avait nullement démérité : « Pour l’instant, disait sœur Lucie, Salazar est l’homme choisi par la divine providence, et un seul de ses cheveux blancs vaut plus que tous ces blancs-becs sans expérience qui s’agitent dans les rues là-bas. » Elle fustigeait une manifestation qui avait eu lieu à Lisbonne, inspirée et exploitée par les opposants à la politique coloniale du président. Elle poursuivait : « Nous devons remercier Dieu de la grâce qu’il nous fait en nous donnant des gouvernants d’une si grande valeur, et nous devons leur être reconnaissants de tant travailler et se sacrifier pour le bien général de la nation, dont dépend le bien particulier de chacun de nous. » (20 octobre 1961)

En septembre 1968, le président Salazar fut terrassé par une hémorragie cérébrale. Sœur Lucie pria très ardemment pour obtenir le « miracle » de son rétablissement : « Il est certain, écrivait-elle le 29 septembre 1968, que toute vie humaine a une fin sur la terre, pour commencer une vie meilleure dans le Ciel, mais il y a des personnes que, nous autres, nous voudrions conserver beaucoup plus longtemps parmi nous. Sa valeur et son action sont pour le monde un exemple qui indique et encourage le bien dont le monde est tellement dépourvu ! »

Étant entré dans le coma, Salazar fut déchargé de ses fonctions. Quelques jours après, le 9 octobre 1968, sœur Lucie lui rendit ce bel hommage : « Nous sommes comme une grande famille qui pleure l’absence du père, car monsieur le président Salazar fut non seulement un grand chef de gouvernement, mais aussi un père pour tous, qui chercha toujours le bien de tous, quoique beaucoup ne l’aient pas su, ou n’aient pas voulu le comprendre ! »

LA RÉCONCILIATION AVEC LE MONDE 
RÉPROUVÉE PAR LE CARDINAL CEREJEIRA.

Le président du Conseil a toujours gouverné avec le soutien moral du patriarche de Lisbonne qui dénonçait publiquement le « progressisme de certains catholiques contaminés par l’esprit marxiste ». Ce fut un des thèmes de son homélie prononcée à Fatima, devant cent cinquante mille pèlerins, au mois d’avril 1959, lors du vingt-cinquième anniversaire de la fondation de l’Action catholique portugaise. Dans ses mises en garde, il s’appuyait sur l’enseignement de saint Pie X : « Le chrétien de gauche fait de la démocratie une religion : l’unique traduction politico-­sociale authentique de l’Évangile. Telle fut l’erreur, par exemple, du Sillon français que Pie X condamna. » (Toute la vérité sur Fatima, tome 4, éd. CRC, p. 186)

Le patriarche observait que cette hérésie séduisait et désorientait des membres de son clergé. Voici des extraits de son discours du 18 novembre 1959, adressé aux prêtres venus lui rendre hommage pour le trentième anniversaire de son élévation à la pourpre cardinalice :

« La tentation politico-sociale est terrible aujourd’hui. Satan jouit d’une audience jamais vue : comme il avait promis au Seigneur l’empire du monde, il promet maintenant aux hommes le paradis sur la terre.

« Lorsque Pie X, le saint Pape, condamna le Sillon, il adressa aux évêques français des paroles qui semblent avoir été dites aujourd’hui. Eh bien ! elles datent d’un demi-siècle, car elles furent prononcées le 25 août 1910 ! Le Sillon avait identifié l’Évangile avec l’idéal de la démocratie qui serait sa réalisation temporelle. Saint Pie X disait : “ Eh quoi ! on inspire à votre jeunesse catholique la défiance envers l’Église, leur mère ; on leur apprend que, depuis dix-neuf siècles, elle n’a pas encore réussi dans le monde à constituer la société sur ses vraies bases ; qu’elle n’a pas compris les notions sociales de l’autorité, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la dignité humaine. 

« Oubliant que l’Église est bâtie sur la “ Pierre ” contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas, certains se sont empressés d’emboîter le pas au “ mouvement de l’histoire ” dans la crainte que l’Église soit retardataire. Ils réclament, du moins à l’intime, qu’elle s’adapte au monde moderne, dans l’espoir généreux, mais illusoire, d’une parfaite réconciliation entre l’Église et le monde, malgré l’avertissement de l’Apôtre, selon lequel nous ne devons pas nous conformer au monde.

« Comme le Seigneur le rappela un jour aux Apôtres, le moment est venu de nous examiner pour savoir de quel esprit nous sommes et pour ne pas succomber à la tentation de trahir l’Église tout en ayant l’intention de la servir. » (Ibid.)

LES VŒUX DE MGR TRINDADE SALGUEIRO POUR VATICAN II.

En 1960, les évêques portugais, excepté Mgr Gomes, conservaient le dogme de la foi et voulaient le défendre, comme en témoignent les vœux qu’ils adressèrent à Rome pour le concile Vatican II. Ainsi, Mgr Manuel Trindade Salgueiro, archevêque d’Évora, écrivait au Secrétaire de la commission antépréparatoire de Vatican II :

« D’après la tradition fondée sur la nécessité de condamner ouvertement le péché, il faut frapper d’anathème les erreurs et les [mauvaises] mœurs. C’est pourquoi le libéralisme religieux actuel, qui s’efforce de reléguer Dieu et son Christ dans les temples et les sanctuaires, empêchant toutes les manifestations extérieures du culte, doit être frappé de la condamnation effective déjà clairement énoncée dans le Syllabus et par le premier Concile du Vatican.

« Plus que jamais nos adversaires, qui nient la divinité du Christ et même son humanité, ont perdu l’esprit. Il faut lancer l’anathème sur ceux qui commettent un si grand péché contre la foi et contre l’histoire.

« Jamais l’athéisme n’a atteint les proportions diaboliques de notre temps. Cet athéisme, qui s’élève contre la religion, par le moyen du marxisme, s’efforce de supprimer le saint nom de Dieu et toutes les manifestations religieuses dans la cité, dans la famille, et même dans les consciences individuelles. Ce n’est pas simplement une révolution économique et sociale, c’est également un épouvantable système philosophique, qui abhorre toutes les choses spirituelles.

« La sainte Église a montré à maintes reprises et surtout par les paroles fermes de Pie XI et de Pie XII la fausseté d’un enseignement si pervers. Nul doute qu’elle le condamnera solennellement pour ses aspects contraires au christianisme et à l’humanisme. » (Acta et documenta concilio œcumenico Vaticano II Apparando, Series I, Volumen II, Pars II, p. 589)

Hélas ! dans son discours d’ouverture de Vatican II, le 11 octobre 1962, le pape Jean XXIII prit le contrepied de ces vœux.

LA DEMANDE PROPHÉTIQUE DE LA DÉVOTION RÉPARATRICE.

Dans les années 1960, la fidélité du Portugal à sa vocation colonisatrice le mettait à part dans le concert des nations.

En 1961, alors que l’opinion publique mondiale était mobilisée en faveur des terroristes étrangers et communistes qui pénétraient en Angola, Salazar se trouva trahi jusque dans son gouvernement.

Les évêques portugais réagirent en montrant que les prophéties de Fatima étaient en train de s’accomplir : la Russie répandait ses erreurs dans le monde. Le remède, c’était la dévotion au Cœur Immaculé de Marie : « Notre-Dame est venue pour sauver les pécheurs et apporter la paix au monde. Elle a montré son Cœur douloureux et Immaculé, entouré d’épines (les épines enfoncées par nos péchés), comme étant le refuge des pécheurs et le recours contre les maux de ce monde. Pour son Cœur maternel, Elle a demandé réparation amoureuse... et consécration. » (Lettre pastorale du 30 avril 1961)

Le président Salazar s’inquiétait de l’orientation que le pape Paul VI donnait à son pontificat et au concile Vatican II. Il écrivait au cardinal Cerejeira le 21 novembre 1964 : « Au Vatican même, on pense beaucoup à la démocratie chrétienne, on pense au libéralisme, on permet le progressisme. Dieu fasse que je n’aie jamais à voir le résultat de ces deux doctrines et de ces deux attitudes au Portugal. » (Cardoso Reis, Salazar e o Vaticano, Lisboa, 2006, p. 313) Salazar dit deux doctrines et non trois, parce qu’il considère la démocratie chrétienne et le libéralisme comme une seule et même dangereuse chimère.

Au cours du Concile, l’évêque de Fatima, Mgr Joao Venancio, fut proche des évêques traditionalistes du Coetus internationalis patrum. Mais comme tous ses confrères portugais, il signa finalement tous les décrets de Vatican II.

Cependant, il demeura attaché aux révélations de Notre-Dame et recommanda dans ses Lettres pastorales la pratique de la dévotion réparatrice des premiers samedis. Il comprenait d’autant plus la nécessité de consoler notre Mère du Ciel qu’il avait été scandalisé lors du Concile par le mépris des réformateurs à l’égard de Marie Médiatrice.

Assurément, la dévotion réparatrice était une demande prophétique, puisqu’au vingtième siècle les offenses au Cœur Immaculé de Marie ne furent plus seulement le fait d’impies, adversaires déclarés de l’Église, comme c’était le cas en 1917 au Portugal, mais les outrages au Cœur Immaculé furent proférés au sein même de l’Église, par les théologiens modernistes dont les thèses triomphèrent au concile Vatican II.

La mort du président Salazar en 1970, puis le renouvellement de l’épiscopat portugais par le pape Paul VI permirent la mise en œuvre de la réforme conciliaire au Portugal, ce qui provoqua un attiédissement de la dévotion au Cœur Immaculé et mit fin, en quelque sorte, au miracle portugais.

AU PORTUGAL SE CONSERVE LE DOGME DE LA FOI.

Cependant, comme les Portugais ont répondu, du moins dans leur meilleure part, aux requêtes du Ciel, il n’est pas surprenant de trouver à la fin de la deuxième partie du Secret du 13 juillet 1917, comme en appendice, la promesse : « Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi. »

Si le dogme de la foi se conserve au Portugal, c’est grâce au contenu des révélations de Fatima qui constituent un véritable catéchisme, le « catéchisme de Notre-Dame ». L’évêque de Fatima, Mgr do Amaral, le disait en 1975, dans un raccourci saisissant : « S’il n’y a pas d’article du Credo qui ne soit mis en doute aujourd’hui, il n’y a pas de vérité de foi qui ne soit affirmée par Fatima. »

Sœur Lucie a souvent expliqué que c’est par la récitation du chapelet que l’on conserve la foi. Donc, si des Portugais, du moins les plus fervents, ont gardé et gardent encore la foi véritable, c’est très concrètement par le pèlerinage de Fatima et la pratique du chapelet, dévotion qui plaît souverai­nement au Cœur Immaculé de Marie.

Certes, le mouvement portugais des Croisés de Fatima, d’institution épiscopale et officiellement dirigé par l’évêque de Leiria, a été réformé au début des années 1980. Il est devenu le Mouvement du Message de Fatima. Néanmoins, la récitation quotidienne du chapelet demeure la première obligation de ses membres.

Dans le cadre de la célébration du centenaire des apparitions de Pontevedra et de la théophanie de Tuy, ce mouvement a organisé une campagne pour propager au Portugal la dévotion réparatrice. Pour en montrer les fruits, citons le témoignage d’un prêtre, publié en décembre dernier dans la Voz da Fatima, le mensuel du sanctuaire : « J’ai eu la joie de participer au pèlerinage du Mouvement du Message de Fatima à Pontevedra et à Tuy. Bien que je connaisse déjà Pontevedra, revenir visiter ce lieu est toujours un événement de grâce. Revivre la demande de Notre-Dame concernant les cinq premiers samedis, en vue de la réparation envers son Cœur Immaculé, continue de nous interpeller ; et, dans ce monde si fragmenté, cela nous montre aussi combien nous avons besoin de réparer nos propres fautes. Père Agustín Torti. »

L’ÈRE NOUVELLE DU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE.

Le renouveau de la Chrétienté portugaise au vingtième siècle a montré ce que la très Sainte Vierge, Médiatrice de toutes grâces, peut faire et veut faire pour nos nations chrétiennes tombées dans le laïcisme, l’immoralisme et toutes les plaies du monde démocratique. Et elle l’accomplira quand la hiérarchie, en premier lieu le Saint-Père, approuvera et recommandera la dévotion réparatrice qui est le moyen voulu par Dieu pour sauver de l’apostasie tant les âmes que les nations.

Le cardinal Cerejeira affirmait très justement en octobre 1942, c’est-à-dire pendant la Seconde Guerre mondiale, quand le Portugal demeurait un îlot de paix : « Nous croyons que les apparitions de Fatima ouvrent une ère nouvelle, celle du Cœur Immaculé de Marie. Ce qui s’est passé au Portugal proclame le miracle. C’est l’annonce de ce que le Cœur Immaculé de Marie prépare pour le monde. »

Cela adviendra quand la fête en l’honneur du Cœur Immaculé sera élevée au rang de première classe, devenant l’une des principales fêtes de la sainte Église, conformément à ce que sœur Lucie a si souvent demandé, en précisant : « Ce désir n’est pas seulement mien. Quelqu’un l’a déposé en moi. Il provient des très Saints Cœurs de Jésus et de Marie. » Quant au saint Rosaire, il sera déclaré prière liturgique.

Le règne universel du Cœur Immaculé de Marie sera « un temps non d’utopie, non de paradis, écrit l’abbé de Nantes, mais de vraie religion et de paix, d’ordre, de sage prospérité qui s’étendront à toute la terre. Ce temps, personne n’en sait conjecturer la durée ; Jésus lui-même déclarait l’ignorer. Le Père seul sait quand sera l’heure de son avènement. Mais durant ce temps, quarante ans, cent ans, ou deux mille ans ? la vertu de l’Évangile se manifestera dans toute sa force. Les hommes resteront libres, les uns pécheurs, sensuels, d’autres vertueux ou saints (Ap 22, 11) ; ce mélange des bons et des mauvais subsistera jusqu’au bout. Mais l’Église aura instauré dans le monde la vraie et unique religion », la religion de Fatima ! « Le Saint-Sacrifice de la messe aura partout supplanté les autres cultes, faisant monter vers Dieu sans cesse par toute la terre la louange sainte du Seigneur crucifié. Les institutions majeures de la société humaine seront chrétiennes et procureront l’unité, la paix, la justice au genre humain, non sans les irréductibles imperfections et faiblesses qu’y mêlera sans cesse le péché. Telle sera la nouvelle Chrétienté dont celle des siècles antérieurs à la grande apostasie ne devait être que l’esquisse. » (“ L’avenir du monde ”, CRC n° 83, août 1974, p. 14)

 frère François de Marie des Anges.

À Pontevedra, dans l’ancien couvent des religieuses dorothées, l’étage, où se trouvait la petite chambre de sœur Lucie, a été transformé en une grande chapelle.
À Pontevedra, dans l’ancien couvent des religieuses dorothées, l’étage, où se trouvait la petite chambre de sœur Lucie, a été transformé en une grande chapelle. Son ornementation rappelle l’apparition du 10 décembre 1925 qui a eu lieu à l’endroit où se trouve le tableau la représentant.