Il est ressuscité !
N° 277 – Mai 2026
Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard
Un fleuve de sang nous sépare
LE 13 avril dernier, notre Saint Père le pape Léon XIV entamait un voyage apostolique de onze jours en Afrique. Après 18 000 km parcourus en pleine crise pétrolière, quatre pays visités du nord au sud du continent, pas moins de seize discours, quels fruits attendre d’un tel périple ?
À son retour, Léon XIV a résumé ses attentes lors de l’audience hebdomadaire du 29 avril, place Saint-Pierre. « Dès le début de mon pontificat, j’ai pensé à un voyage en Afrique. Je remercie le Seigneur de m’avoir permis de l’accomplir, en tant que Pasteur, pour rencontrer et encourager le peuple de Dieu ; et aussi de le vivre comme un message de paix à un moment historique marqué par des guerres et par de graves et fréquentes violations du droit international. » Allusions pudiques à des “ phénomènes ” que le Pape déplore bien sûr, mais dont on cherchera en vain un responsable... et pour cause : le Pape se veut un « messager de paix » pour la terre entière... comme Jésus-Christ Prince de la Paix, mieux que Lui ?
« La Providence a voulu que la première étape soit précisément le pays où se trouvent les lieux de saint Augustin, c’est-à-dire l’Algérie. » En fait de “ providence ”, l’ensemble de ce voyage est trop cohérent dans l’exposé de ce « message de paix » pour que cette première halte soit fortuite.
« Je me suis ainsi retrouvé, d’une part, à repartir des racines de mon identité spirituelle et, d’autre part, à passer et à consolider des ponts très importants pour le monde et l’Église d’aujourd’hui : le pont avec l’époque très féconde des Pères de l’Église ; le pont avec le monde islamique ; le pont avec le continent africain. » Le vocabulaire employé ici est celui du pape François. Léon XIV s’inscrit dans cette continuité. Quelle nouvelle voie ouvre-t-il par ses ponts ?
RENIEMENT EN ALGÉRIE.
« En Algérie, j’ai reçu un accueil non seulement respectueux, mais aussi chaleureux. » Et il y avait de quoi ! Le vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en visite apostolique, officiellement invité, n’était certes pas “ obligé ”, comme d’aucuns ont voulu le penser pour se rassurer, d’aller se recueillir devant le “ Mémorial du Martyre ” (comprendre : monument célébrant les bourreaux et tortionnaires FLN de la Communauté historique de notre belle Algérie Française trahie par un chrétien parjure). Non ! Léon XIV y est allé de son plein gré, à son arrivée, et il en a expliqué la raison sur place : « Me trouver devant ce Monument est un hommage à cette histoire de l’Algérie et à l’âme d’un peuple qui s’est battu pour l’indépendance, la dignité et la souveraineté de cette nation.
« En ce lieu, rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations : une paix qui ne soit pas seulement une absence de conflit, mais l’expression de la justice et de la dignité. » Et encore : « Les défunts que nous honorons ici ont perdu la vie, en la donnant par amour pour leur peuple. Que leur histoire soutienne le peuple algérien et nous tous dans notre cheminement : car la vraie liberté ne s’hérite pas seulement, elle se choisit chaque jour. » (à Alger, le 13 avril 2026) et de citer les Béatitudes...
Quand on songe à ce que ce “ monument ” représente de tortures et d’assassinats de la part de terroristes justement exécutés par la France qui défendait alors ses enfants contre cette subversion marxiste et islamiste financée et imposée de l’étranger à ces pauvres populations dont nous avions reçu la charge civilisatrice, c’est monstrueux ! Alors continue de résonner la terrible parole que notre Père avait adressée au malheureux Jean-Paul II en de semblables circonstances :
« Vous m’écœurez ! Insulteur de nos marins et de nos missionnaires, de nos soldats et de nos colons, de nos médecins, de nos planteurs grâce auxquels l’Afrique avait un avenir. Vous crachez sur les tombes de nos aînés et de nos frères torturés, violés, empalés, mangés, parce que des émissaires de Moscou, de New York... et de Rome étaient venus soulever les nègres contre leurs bienfaiteurs. J’arrête, je deviendrais méchant et sarcastique. Comme je l’écrivais à Paul VI tendant les mains vers les Gardes rouges de la Révolution culturelle chinoise : Il y a désormais entre nous un fleuve de sang qui nous sépare, le sang de nos martyrs répandu par ces chiens, par ces démons à votre appel !
« Derrière vous, après vous, les révoltes se multiplient et chaque fois le destin hésite, incertain, entre le massacre, la répression brutale des rebelles par quelque roitelet ou dictateur païen, ex-chrétien, musulman, et la prise en main du pays par l’étranger capitalo-socialiste. » (Liber accusationis secundus, p. 121)
Léon XIV poursuit son récit, l’œil fixé sur sa chimère : « Nous avons pu constater par nous-mêmes et montrer au monde qu’il est possible de vivre ensemble comme des frères et sœurs, même de religions différentes, lorsque l’on se reconnaît comme enfants du même Père miséricordieux. » La tournure est habile, mais elle masque difficilement la réalité de l’Église d’Algérie aujourd’hui, persécutée par l’État fln qui reçoit pourtant si « chaleureusement » le Pape. Pauvre Église d’Algérie, une des plus florissantes au temps de saint Augustin, ensevelie une première fois sous les sables de l’invasion musulmane, restaurée magnifiquement lors de la conquête et de la colonisation françaises, elle ne compte aujourd’hui qu’à peine 9 000 catholiques, selon La Croix, brimés de toutes les manières et interdits de tout prosélytisme.
Le reste du voyage est sur le même ton, où le messianisme laïque du progressisme de Lamennais le dispute au personnalisme idolâtre de “ l’homme ” de Maritain.
« Dans les trois pays suivants que j’ai visités, la population est en revanche majoritairement chrétienne, et je me suis donc plongé dans une atmosphère de fête de la foi, d’accueil chaleureux, favorisée aussi par les traits typiques du peuple africain. » Toutes ces foules qui ont suivi la messe, qui ont récité le chapelet avec le Pape, le chef de l’Église catholique, accueilli comme tel dans ces pays d’Afrique dans une grande liesse populaire, en ont certainement reçu un grand réconfort alors qu’elles vivent parfois entourées des menaces des djihadistes ou de la guerre civile.
« J’ai moi aussi fait l’expérience, comme mes Prédécesseurs, d’un peu de ce qui arrivait à Jésus avec les foules de Galilée : il les voyait assoiffées et affamées de justice, il leur annonçait : “ Heureux les pauvres, heureux les doux, heureux les artisans de paix... ” et, reconnaissant leur foi, il disait : “ Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde ” (cf. Mt 5, 1-16). »
Avec cette différence : Jésus ne flattait pas ses auditeurs, bien au contraire ! « Si le sel s’affadit, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et piétiné par les hommes. » (Mt 5, 13) Aucune démagogie dans ce sévère avertissement surtout adressé aux Apôtres chargés de répandre l’Évangile et convertir la terre entière. Et Notre-Seigneur poursuivait en encourageant ses disciples : « On n’allume pas non plus une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le lampadaire ; et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Qu’ainsi brille votre lumière devant les hommes, afin qu’ils voient vos belles œuvres, et glorifient votre Père qui est dans les Cieux. » (Mt 5, 16)
Il suffit de citer l’Évangile pour se trouver dans un tout autre univers que celui de la vieille chimère progressiste désespérément terrestre, aujourd’hui encore prêchée par Léon XIV. Mais cet autre univers, celui-là même de Jésus-Christ Fils de Dieu, est le seul catholique.
UTOPIE AU CAMEROUN.
« Ma visite au Cameroun m’a permis de réitérer l’appel à œuvrer ensemble pour la réconciliation et la paix, car ce pays est malheureusement lui aussi marqué par des tensions et des violences. » Qu’est-ce donc que cette réconciliation et cette paix que l’on recherche, semble-t-il, en vain ?
« Le Cameroun est surnommé “ l’Afrique en miniature ”, en référence à la variété et à la richesse de sa nature et de ses ressources, mais nous pouvons également comprendre cette expression dans le sens où les grands besoins de tout le continent se retrouvent au Cameroun : celui d’une répartition équitable des richesses ; celui de donner leur place aux jeunes, en surmontant la corruption endémique ; celui de promouvoir un développement intégral et durable, en opposant aux diverses formes de néocolonialisme une coopération internationale visionnaire. »
Hélas ! rien de nouveau ici. Déjà, au lendemain de la parution de l’encyclique Pacem in terris de Jean XXIII (11 avril 1963), notre Père mettait en garde ses lecteurs : « Il est facile d’édifier à partir d’une vue abstraite de la nature humaine une doctrine morale et un programme politique où le respect des droits de l’homme et des peuples développe sereinement ses exigences, où le sentiment du devoir impose en contrepartie à chacun de prendre sa part de l’effort commun en vue de tous. On en arrive alors, pour peu qu’on oublie les conditions concrètes et les lois qui régissent nos communautés, qu’on néglige le péché originel et la malice des hommes, à esquisser le tableau d’une communauté mondiale libre, égale et fraternelle, où chaque homme et chaque peuple reçoivent tout autant qu’ils peuvent naturellement désirer, où les nations sont indépendantes et les religions, cultures et idéologies s’accordent et “ convergent ”, où il n’y a plus de peuples dominateurs et de peuples dominés, où enfin les hommes de bonne volonté désirant dans leur cœur profond la paix et l’harmonie, ayant fait litière des malentendus ancestraux et des conflits d’intérêts, soumettent leurs humeurs et leurs passions au bien suprême de la paix universelle. C’est un exercice d’optimisme, utile et agréable.
« Mais la mise en pratique de cette doctrine est périlleuse dans la mesure même où elle relève de la science-fiction. La morale en action qui découle de ces mirifiques présuppositions va en effet exactement à l’opposé de celle qui nous tient liés par les définitions traditionnelles du juste et de l’injuste au monde tel qu’il est, et personne jusqu’à ce jour n’a osé aborder ouvertement ce problème moral primordial. Même sans légitimer la révolution absolue, l’évolutionnisme progressiste, en morale, aboutit à condamner au nom de la Cité nouvelle à promouvoir, les soumissions et fidélités quotidiennes que depuis toujours nos communautés historiques et leurs lois, écrites et non écrites, avaient réclamées et obtenues des individus. » (Lettre à mes Amis n° 139, 28 avril 1963)
Vérification : au tout début des années 50, le Cameroun était encore une des plus belles missions de l’Afrique française équatoriale. Notre ami le Père Krémer, spiritain, en a été le témoin (cf. Il est ressuscité n° 49, août-septembre 2006).
Puis notre Père n’a cessé de dénoncer le crime des gens d’Église qui ont prêché l’émancipation, le “ droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ” à leurs chrétientés pourtant florissantes. Ainsi, dès 1960, notre Père avertissait : « La guerre civile instituée sous ce Mythe de la Libération précipitera le monde chrétien dans la ruine totale. Les missionnaires ont encouragé l’indépendance camerounaise ; les voilà maintenant assaillis et tués parce que l’Orgueil qui mène la danse ne peut s’en prendre à l’ordre terrestre sans haïr les causes surnaturelles de l’ordre. Le départ des colons et des soldats annonce le martyre immanquable des missionnaires, à moins qu’à leur tour, revenus au juste sens des choses, ils fassent eux-mêmes le coup de feu contre leurs adversaires, les Bamilékés [tribu de la région de l’ouest du Cameroun] musulmans et communistes, pour sauver leur petit troupeau. Ils risquent bien cependant d’être emportés en même temps que les magnifiques chrétientés qu’ils avaient fondées. Semé le grand vent de l’Orgueil, la tempête de la Haine vient... » (Lettre à mes amis n° 63, 1er janvier 1960)
Depuis ce jour, le Cameroun indépendant est régulièrement en proie aux massacres d’une guerre civile larvée, peuples anglophones contre francophones, protestants contre catholiques... sans compter le djihad renaissant qui vient d’y ajouter son lot de barbaries atroces, il y a à peine dix ans.
Léon XIV le déplore, mais il persévère quand même dans cette voie insensée ouverte par Pacem in terris et continuée depuis par le Concile, par tant d’encycliques et de discours pontificaux. Là gît la cause des malheurs de l’Afrique, et ne pas le voir relève d’un aveuglement, d’une désorientation proprement diabolique !
« Je remercie l’Église du Cameroun et tout le peuple camerounais, qui m’a accueilli avec tant d’amour, et je prie pour que l’esprit d’unité qui s’est manifesté au cours de ma visite soit maintenu vivant et guide les choix et les actions futures. » Intention sans doute louable... « Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit. » (Bossuet, Histoire des variations des églises protestantes)
Le 26 avril, on apprenait de nouveaux affrontements dans le nord-ouest du Cameroun, à moins de cent kilomètres de Bamenda qui avait reçu la visite du Pape dix jours auparavant.
RÉVOLUTION EN ANGOLA.
Léon XIV poursuit le récit d’un voyage dont il désire faire un modèle en vue de la réconciliation qu’il veut prêcher partout. Il sait bien les tensions, les affrontements, les guerres. Mais il pense que par la mise en œuvre d’une volonté commune d’écoute, de pardon, de reconnaissance mutuelle, de progrès dans la justice qu’il entend comme l’abolition de toute inégalité de richesses, de droits, adviendra l’ère de paix qu’il vient proclamer en Afrique, mais pour le monde entier : c’est une reprise du masdu de ses prédécesseurs teinté d’une volonté d’entente par-dessus tout point de discorde.
« La troisième étape du voyage s’est déroulée en Angola, grand pays situé au sud de l’équateur, doté d’une tradition chrétienne séculaire, liée à la colonisation portugaise. » Le Pape a l’honnêteté de le reconnaître, mais il passe à ce qu’il pense être emblématique du rôle de l’Église d’Angola :
« Comme de nombreux pays africains, après avoir accédé à l’indépendance, l’Angola a traversé une période troublée, marquée dans son cas [sic ! “ son ” cas est loin d’être unique car c’est le lot de souffrance de tous les pays d’Afrique, comme d’Amérique du Sud et d’Asie] par une longue guerre civile sanglante. Au creuset de cette histoire, Dieu a guidé et purifié l’Église, la convertissant toujours davantage au service de l’Évangile, de la promotion humaine, de la réconciliation et de la paix. » Purification et conversion de l’Église, par la Révolution ? Absit ! Saint Pie X affirmait, dans la Lettre sur le Sillon : « L’Église, qui n’a jamais trahi le bonheur du peuple par des alliances compromettantes, n’a pas à se dégager du passé [...], car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes. » (Lettre sur le Sillon, n° 44)
Au contraire, lors de son récit, Léon XIV a lancé ce slogan place Saint-Pierre : « Une Église libre pour un peuple libre ! » Montalembert avait dit “ l’Église libre dans l’État libre ”, et à cause de la complicité de Léon XIII, cette formule a signé l’arrêt de mort de la Chrétienté, de cette « heureuse concertation de l’Église et de l’État » selon saint Pie X, qui a fait la civilisation chrétienne catholique. Aujourd’hui, c’est le Pape lui-même qui proclame l’anarchie généralisée. Pour l’Angola, ce pays exsangue, en proie à une misère accrue par l’épuisement progressif de la manne pétrolière, où les émeutes, latentes, sont réprimées dans le sang pas plus tard qu’à l’automne dernier, comment ne pas frémir à la pensée des flots de sang innocent qu’un tel slogan pontifical insensé et impie va encore faire jaillir.
« Au sanctuaire marial de Mamã Muxima – qui signifie “ Mère du cœur ” –, j’ai senti battre le cœur du peuple angolais. » Et pour qui battait-il ? pour lui-même ou pour Elle, l’Immaculée Conception précisément vénérée dans ce sanctuaire depuis 1599. Ce peuple angolais garde encore vive la dévotion à Notre-Dame de Fatima qu’il tient de la mère patrie portugaise. Pourquoi le Pape n’en a-t-il apparemment pas tenu compte ?
Il leur a prêché sur le Ciel : « Comme Marie, nous sommes nous aussi faits pour le Ciel, et c’est vers le Ciel que nous marchons avec joie, en regardant vers Elle, Mère bonne et modèle de sainteté », mais c’est pour aussitôt les ramener à l’horizon terrestre : « la Mère du Ciel confie un grand projet : celui de construire un monde meilleur, accueillant, où il n’y ait plus ni guerres, ni injustices, ni misère, ni malhonnêteté, et où les principes de l’Évangile inspirent et façonnent toujours davantage les cœurs, les structures et les programmes, pour le bien de tous. » (sanctuaire de Mama Muxima, 19 avril 2026) Quelle distance avec le message de Notre-Dame de Fatima : « Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Si on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et on aura la paix. » (13 juillet 1917)
Léon XIV poursuit son récit : « Au cours des différentes rencontres, j’ai vu avec joie tant de religieuses et de religieux de tous âges, prophétie du Règne des cieux au milieu de leur peuple ; j’ai vu des catéchistes qui se consacrent entièrement au bien des communautés ; j’ai vu des visages d’anciens marqués par les fatigues et les souffrances, mais rayonnants de la joie de l’Évangile ; j’ai vu des femmes et des hommes danser au rythme des chants de louange au Seigneur ressuscité, fondement d’une espérance qui résiste aux déceptions causées par les idéologies et les vaines promesses des puissants. »
L’une de ces rencontres avait lieu dans l’église Notre-Dame de Fatima de Luanda. La statue de la Vierge de Fatima surmonte l’une des deux tours de la façade, et trône en majesté au-dessus du maître-autel, au centre de la nef. Le Pape s’y est rendu ; aucune prière à la Souveraine des lieux, mais un discours masduiste où les encouragements à suivre Jésus dans l’engagement du sacerdoce, des vœux religieux, à « rester étroitement unis à Jésus-Christ » à adhérer à l’enseignement de l’Évangile, se concluent par l’exhortation de Populorum progressio : « Le développement est le nouveau nom de la paix »... Quelle insulte pour Notre-Dame de Fatima !
« Cette espérance exige un engagement concret, et l’Église a la responsabilité, par son témoignage et par l’annonce courageuse de la Parole de Dieu, de reconnaître les droits de tous et d’en promouvoir le respect effectif. » Encore de grands mots vagues et vides. Mais aucun souci de demander pardon à Dieu, d’implorer d’être préservé du feu de l’enfer, et de mener les âmes au Ciel, surtout celles qui ont le plus besoin de la Miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ comme l’enseigne la petite prière que Notre-Dame de Fatima a demandé de dire après chaque dizaine de notre chapelet, et que le Pape avait pourtant récité la veille avec ce peuple fervent.
Alors, le reste est dérisoire :
« Aux côtés des autorités civiles angolaises, mais aussi de celles des autres pays, j’ai pu réaffirmer la volonté de l’Église catholique de continuer à apporter cette contribution, en particulier dans les domaines de la santé et de l’éducation. »
« Le dernier pays que j’ai visité est la Guinée Équatoriale, 170 ans après la première évangélisation. Fort de la sagesse de la tradition et de la lumière du Christ, le peuple équatoguinéen a traversé les vicissitudes de son histoire et, ces derniers jours, en présence du Pape, il a renouvelé avec un grand enthousiasme sa volonté de marcher uni vers un avenir d’espérance. »
Quelle espérance ? Les grands “ shows ” pontificaux masquent bien évidemment les réalités locales, ici d’un pays toujours dirigé par une dictature corrompue, assise sur un tas d’or noir découvert dans les années 90, mais dont la population qui vivait honnêtement du temps de la colonisation espagnole croupit maintenant dans la misère.
Léon XIV concluait son récit : « Chers frères et sœurs, la visite du Pape est, pour les populations africaines, l’occasion de faire entendre leur voix, d’exprimer la joie d’être peuple de Dieu et l’espérance d’un avenir meilleur, de dignité pour chacun et pour tous. » C’est bien vite dit... Pauvres peuples d’Afrique, terrain d’expérimentations sanglantes des plus folles utopies révolutionnaires.
La réalité, c’est que l’Afrique n’en finit plus de mourir du mirage de la décolonisation, actuellement encore imposé par le capitalo-socialisme franc-maçon malheureusement encouragé par le clergé révolutionnaire et démocrate chrétien, du haut en bas de la hiérarchie. Le pape Léon XIV a renouvelé cette prédication de liberté et d’autonomie contre de « nouvelles tentations coloniales » (Alger, 13 avril 2026), de responsabilité, d’épanouissement, de développement intégral, pour une volonté de réconciliation générale, de communion, de dialogue et de paix. Il n’a fait que s’inscrire dans la continuité du Concile et des papes postconciliaires... endossant aussi leur terrible responsabilité.
À peine s’était-il envolé que la guerre recommençait dans le Nord-Mali (25 avril), aux portes de l’Algérie qui n’en est probablement pas tout à fait innocente.
Responsable, Léon XIV l’est tout autant des guerres sanglantes de Trump et Netanyahou, en cela même qu’il met toute son énergie à prêcher sa « paix désarmée » tout à fait vainement, puisque ce n’est pas ce que Notre-Dame de Fatima a explicitement demandé, Elle « à qui la paix a été confiée » (sainte Jacinthe). Tragique.
En Afrique, il y avait pourtant mieux à faire, pour le salut des âmes et des corps !
LIBERTÉ FILIALE ET COLONISATION.
Au deuxième jour de son voyage en Algérie, le pape Léon XIV a fait pèlerinage à la basilique Saint-Augustin d’Annaba, tout près de l’ancienne Hippone. « Ce fut l’occasion propice de suivre l’enseignement de saint Augustin : par son expérience de vie, ses écrits et sa spiritualité, il est un maître dans la recherche de Dieu et de la vérité », a-t-il raconté à son retour à Rome.
Or précisément, c’est dans cet esprit de « vérité » qu’un prince de l’Église exhortait naguère gravement ses diocésains :
« La vraie liberté ne consiste pas dans l’indépendance absolue et dans l’anarchie, qui sont des tyrans les plus féroces. Là où il n’y a pas de maître, a dit un docte apologiste, tous sont maîtres, et une nation sans maître est une nation d’esclaves.
« Pauvre peuple ! Pour te flatter on t’appelle souverain ; mais te voyant dans la poussière, devenu l’escabeau des intrigants, qui voulaient s’élever sur ta ruine, logiquement tu t’es rebellé ! Dans le langage de l’Écriture, comme dans celui de tous les peuples, la condition libre par excellence, la plus en opposition avec celle de l’esclavage, c’est la condition filiale. Être fils et être libre, c’est tout un. Mais cette condition est subordonnée à l’obéissance ; dans la famille, il y a un sceptre, une autorité, un pouvoir. Devenir libre ne signifie donc pas sortir du rang des esclaves pour entrer en celui des rebelles, mais secouer le joug d’un maître pour passer sous l’autorité d’un père ; c’est quitter le domaine des choses pour celui des personnes, et quitter le servage pour entrer dans la famille. » C’est ainsi que le cardinal Joseph Sarto, patriarche de Venise, résumait le 25 avril 1895 la “ question sociale ” – et la “ question coloniale ” est exactement la même : c’est la reconnaissance et la fructification d’une relation filiale.
Voilà précisément l’ « expérience de vie » de saint Augustin à laquelle faisait allusion Léon XIV. Saint Augustin était de pure race berbère. Ce n’était pas un Européen, c’était un Africain. Mais il ne s’est pas enorgueilli de sa race berbère. Il était citoyen romain, fier de l’être. Saint Augustin, comme d’ailleurs tous ces Numides de l’Empire romain, ont été fiers d’avoir été conquis. Ils n’étaient absolument pas fiers de l’héritage carthaginois. Au contraire, ils respiraient dans la gloire de Rome : citoyens romains ! De même, nous autres, Français, nous avons applaudi à la conquête de César, fiers d’avoir été romanisés parce que nous y avons tout gagné : civilisation et christianisation.
Ce n’est ni orgueil ni paranoïa de reconnaître que l’Afrique ne fut heureuse et prospère qu’au temps de sa colonisation, qu’elle fut romaine ou plus tard française, portugaise, espagnole, belge, et dans une moindre mesure anglaise et allemande.
Or, la colonisation, dit notre Père, est un fait permanent de l’histoire : c’est une loi historique que les peuples les plus forts ou les plus civilisés conquièrent les peuples moins évolués ou plus faibles. Bien qu’aujourd’hui, l’Église ne veuille plus en entendre parler, elle se fait quand même par ceux-là mêmes qui la dénoncent, mais c’est Satan qui en est le maître. Ainsi des USA, d’Israël...
Aussi, au plus loin de la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, du racisme colonisateur de certaines nations, et à l’opposé de la colonisation séculière républicaine, l’idéal d’une colonisation catholique et française est de « faire dépendre toute relation humaine, nonobstant toutes les imperfections et injustices inévitables, de la Révélation évangélique du Père et du Fils dans un même Esprit-Saint de charité », car alors seulement « ces rapports humains sont dignes et justes, féconds et fondateurs de communautés durables et paisibles. » (CRC n° 107, juillet 1976, p. 10).
Coloniser, c’est donc créer un lien durable avec d’autres peuples pour se les unir dans la Chrétienté qui est le règne de Jésus-Christ, suivant en cela la maxime évangélique : « Cherchez le Royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » Le surcroît sera donc de « communiquer avec la foi, l’ordre politique, les techniques, les biens matériels de peuples chrétiens évolués à d’autres qui le sont moins ».
Ainsi, « la colonisation ne saurait être qu’une christianisation. Car pour ces peuples comme pour le nôtre jadis, la voie de l’humain passe par la conversion au vrai Dieu et au vrai Seigneur Jésus-Christ, par la douce médiation de l’Immaculée Vierge Marie ! » (ibid.)
Lorsqu’aura sonné l’heure, certainement hâtée par le sang répandu de tant de martyrs et d’innocents, du Triomphe du Cœur Immaculé de Marie sur le cœur du Saint-Père, celui-ci aimera davantage nos frères d’Afrique au point de nous rendre à notre devoir de reprendre la charge civilisatrice des populations que le Sacré-Cœur nous avait confiées : « Va, Fille aînée de l’Église, nation prédestinée, vase d’élection, va porter comme par le passé mon Nom devant tous les peuples et tous les rois de la terre. » (prophétie de saint Pie X, allocution consistoriale du 29 novembre 1911)
Alors, Notre-Dame d’Afrique reverra ses peuples venir en grandioses processions pour la consoler, et nous y serons, Si Dieu le Veult !
frère Sébastien du Cœur de Marie Immaculée.