Il est ressuscité !
N° 277 – Mai 2026
Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard
LA LIGUE

Beati immaculati in via
HEUREUX ceux qui marchent dans la voie de l’innocence ! C’est ainsi que commence le grand psaume 119 qui développe inlassablement ce thème. Nous le récitons tout au long des dimanches et jours de fête : bien souvent donc, pendant le temps pascal. Au sens littéral, il s’agit de la voie des commandements de Yahweh, la voie de la fidélité. Au sens spirituel, c’est le chemin du Ciel, de l’Église, de la CRC, le chemin de l’Immaculée !
LA VOIE DE LA CONVERSION
Le dimanche 19 avril, frère Bruno eut la joie de donner la coule monastique à notre nouveau frère Armand-Marie des Martyrs, après que celui-ci l’eut assuré de la fermeté de sa résolution : « Ne comptant pas sur mes propres vertus mais sur la grâce surabondante de Dieu, mon souverain Seigneur et seul Sauveur, je suis décidé à répondre aux exigences de notre vocation, chaque jour, de mon mieux, et je veux m’engager dans cette voie sans retard et pour toujours, s’il vous plaît. » ( Cérémonial de vêture des Petits frères du Sacré-Cœur, composé par frère Georges de Jésus-Marie)
La veille, frère Bruno avait répondu à la coulpe du postulant en l’encourageant à un plus grand amour du Cœur Immaculé de Marie, à l’école des saints pastoureaux de Fatima. Comme elle fut le moyen de leur sainteté, cette dévotion est aujourd’hui le ressort de notre vie religieuse, telle que nous l’a enseignée notre Père : « Cette dévotion envahissante prendra tout votre cœur et vous parviendrez à la perfection, sans même y prendre garde, tout occupé que vous serez à consoler votre divine Mère. »
Notre Saint-Père le pape Léon XIV a rappelé récemment cette primauté de l’amour en commentant le discours après la Cène : « “ Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements. ” ( Jn 14, 15 ) L’amour de Dieu est la condition de notre justice. » ( Regina Cæli du 10 mai 2026 )
Mais hélas ! ce fut pour nier la vérité complémentaire, l’exigence d’une réponse de notre part. Non, pour Léon XIV, Jésus « nous libère d’un malentendu, à savoir l’idée que nous sommes aimés si nous observons les commandements : notre justice serait alors une condition de l’amour de Dieu ». Selon le Pape, ce serait là « un chantage ». C’est pourtant bien ce que Notre-Seigneur enseigne à ses Apôtres quelques versets plus loin : « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. » ( Jn 15, 14 )
Cette parole limpide condamne l’hérésie du pur amour, passée en dogme de la religion conciliaire, quiétiste et charismatique, et enseignée par le Pape : « Le Christ est lui-même le critère, la norme de l’amour véritable : Celui qui est fidèle, pour toujours, pur et inconditionnel. Celui qui ne connaît ni “ mais ” ni “ peut-être ”, Celui qui se donne sans vouloir posséder, Celui qui donne la vie sans rien prendre en échange. » ( ibid.)
Comment nous réjouirions-nous d’un amour qui serait indifférent à notre réponse ? Notre bonne Mère du Ciel, au contraire, est très soucieuse de nous voir correspondre à ses grâces. Frère Bruno rappela à notre postulant comment, au fil de ses apparitions, de la Rue du Bac à Fatima, elle se manifesta comme une éducatrice avisée, une admirable maîtresse des novices ! s’appliquant à corriger ses petits confidents de leurs défauts, à les guider sur le chemin de la sainteté, afin de pouvoir leur départir plus largement ses grâces et de les accueillir finalement au Ciel. En rassemblant ses paroles, on obtiendrait le plus parfait directoire pour la vie religieuse ! Notre frère évoqua certaines de ces leçons, en s’arrêtant spécialement sur les apparitions de Notre-Dame de Pellevoisin, dont Estelle Faguette nous a transmis les conseils. Quelle sage directrice de conscience, si miséricordieusement exigeante ! « À l’avenir, tâche d’être fidèle. Fais encore des progrès. Ne perds pas les grâces qui te sont données, et publie ma gloire. » ( 3e apparition, 16 février 1876 )
LA VOIE DU MARTYRE
Notre-Dame avait bien averti Estelle : « Tu souffriras, et tu ne seras pas exempte de peines. C’est ce qui fait le mérite de la vie. » ( 2e apparition)
De la même manière, avant de revêtir le postulant de l’habit de notre Ordre, le Prieur lui précise que les sentiers de l’Évangile sur lesquels il s’élance en entrant dans la vie religieuse convergent vers le Calvaire, pour s’y unir plus étroitement à Jésus et Jésus Crucifié, par l’amour et l’imitation : « Comme le Fils de l’Homme n’est pas venu pour se faire servir mais pour servir et donner sa vie en rédemption pour beaucoup. »
LES MARTYRS DU TROISIÈME SECRET.
Dans son sermon, frère Bruno expliqua que le martyre est ainsi l’accomplissement plénier de notre vocation de Petits frères du Sacré-Cœur, à la suite de saint Charles de Foucauld, à l’exemple de notre Beau Pasteur « qui donne sa vie pour ses brebis », fêté en ce deuxième dimanche après Pâques.
La troisième partie du Secret de Fatima nous révèle le prix et la fécondité du sang des martyrs dans une Église à moitié en ruine. Nous serions acculés au désespoir sans le tableau final : « Sous les deux bras de la Croix, il y avait deux Anges, chacun avec un vase de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des martyrs, et avec lequel ils arrosaient les âmes qui s’approchaient de Dieu. »
Vision inattendue, où le sang des martyrs semble couler à la place de celui du Sauveur ! Dans une Église dévastée, où la Croix du Christ est si souvent évacuée, où le Saint-Sacrifice de la Messe est de moins en moins célébré par un clergé de moins en moins nombreux, en un mot, où Jésus-Christ peine à répandre son Sang rédempteur et vivifiant, eh bien ! nous voyons que c’est le Précieux Sang des martyrs qui lui sert de substitut afin que, malgré les persécutions des puissances du Monde, malgré l’apostasie de la hiérarchie et de tant de fidèles, la vie divine continue à féconder l’Église, le monde, toutes les âmes qui s’approchent de Dieu. C’est une promesse consolante de résurrection après l’épreuve.
Dans la lumière du Secret de Fatima, le martyre nous apparaît comme la plus haute des vocations : la plus parfaite identification à notre Chef et Rédempteur, mais aussi le plus fécond service de l’Église, malade du Concile comme d’une leucémie. Elle a bien besoin de la transfusion d’un sang purifiant !
Plus particulièrement, nous autres, disciples de l’abbé de Nantes, religieux ou phalangistes, nous avons la charge de poursuivre et de faire connaître le combat et l’œuvre doctrinale de notre Père, pour la renaissance de l’Église. Mais nous assistons impuissants à sa consomption, relégués à la dernière place. Nous nous voyons tellement trop petits pour la tâche à accomplir ! Comme les martyrs des temps jadis qui conquirent les plus redoutables empires païens, notre plus haut, notre plus utile service de l’Église serait de verser notre sang pour notre foi.
Encore faut-il s’y préparer, par l’application à nos devoirs d’état et aux vertus religieuses, la mortification de notre esprit propre. Et puisque nous sommes les gardiens d’une doctrine capable de guérir l’Église de son mal, il nous appartient de l’étudier sans cesse, afin d’être en mesure d’en rendre compte le jour venu, de confesser, de défendre notre foi, de mourir pour la vérité !
Notre Père a inscrit cet idéal dans notre Règle : « Que les frères considèrent la recherche de la Sagesse et de la science comme très sérieuse, pour la Gloire de Dieu mieux contemplée, pour la foi de l’Église ainsi proclamée et soutenue. Qu’ils invoquent en ces temps de persécutions les martyrs et les confesseurs pour demeurer avec constance unis dans la pleine vérité de Dieu et désireux de mourir pour elle. » ( article no 41 )
Hélas ! le Saint-Père est pour l’heure bien loin de cet esprit du martyre. Il cherche à construire la paix par le dialogue interreligieux. À une délégation musulmane du Sénégal, le 9 mai, il a proposé pour fondement d’une fructueuse collaboration au service de la paix et de l’humanité, la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Chrétiens et musulmans, nous croyons ensemble que tout être humain est façonné par les mains de Dieu, ainsi revêtu d’une dignité que nulle loi ni aucun pouvoir humain n’a le droit de confisquer. Les nations du monde l’ont ainsi proclamé : “ Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. ” »
Les droits de l’Homme, voilà bien le credo du Masdu ! « Désunis sur le culte de Dieu, les peuples pourront enfin s’unir dans un même culte de l’Homme ! » ( CRC no 60, sept. 1972 )
Quand on songe aux milliers de martyrs de la Révolution française qui préférèrent mourir plutôt que de faire allégeance à ces principes impies, conçus dans les loges maçonniques pour ruiner les nations chrétiennes et l’Église, on est épouvanté de constater qu’ils sont devenus depuis soixante ans le programme officiel du Saint-Siège !
LES MARTYRS DES CARMES.
C’est précisément à l’un des bienheureux martyrs des Carmes, tombés glorieusement en martyrs le 2 septembre 1792, que notre nouveau frère doit son nom : le bienheureux Armand de Foucauld ( 1753-1792 ), l’arrière-grand-oncle de saint Charles de Foucauld. Frère Bruno nous raconta sa vie l’après-midi, en suivant la brève biographie qu’avait publiée en 1902 Catherine de Flavigny, la cousine du Père de Foucauld, sœur aînée de Marie de Bondy.
Armand de Foucauld, grand-vicaire d’Arles, accomplit son ministère dans l’ombre de son archevêque et cousin germain, Mgr Jean-Marie du Lau, l’un des plus éminents et des plus saints prélats de son siècle. Tout est édifiant dans le récit des dernières semaines, des dernières heures de ces confesseurs de la foi, jusqu’à leur martyre, offert avec une sérénité qui stupéfia certains de leurs bourreaux eux-mêmes.
La comtesse de Flavigny concluait ainsi sa brochure : « En revendiquant l’honneur d’appartenir aux familles des prêtres que l’Église espère canoniser – ils ne seront béatifiés qu’en 1926 –, on se dit : N’oublions pas que nous sommes d’une sainte race, sachons croire, sachons souffrir et mourir, afin de rendre témoignage au Christ mort pour l’amour de nous. Seigneur Jésus crucifié, permettez que votre bienheureux serviteur Armand se suscite des émules parmi ses petits-neveux ; perpétuez dans le sang des Foucauld versé pour votre gloire, la vocation la plus haute qui soit : l’appel au martyre. »
Nous devinons avec quel enthousiasme son cousin, frère Charles de Jésus, lut cette petite biographie, lui qui implorait chaque jour la grâce du martyre ! En 1905, établi depuis peu à Tamanrasset, seul roumi parmi des populations hostiles, il écrivit à Marie de Bondy : « Votre enfant aurait le sort de notre arrière-grand-oncle Armand, n’en seriez-vous pas heureuse ? »
Par notre vénéré Père saint Charles de Foucauld, par notre fondateur, l’abbé Georges de Nantes, qui termina son séminaire aux Carmes et y recueillit précieusement l’héritage des martyrs, nous sommes leurs descendants légitimes, irrévocablement attachés à la foi, à l’unité et à la liberté de l’Église.
LA VOIE DE LA CONTRE-RÉFORME
Pour le premier samedi du mois de mai, s’il n’y avait pas de réunion organisée à la maison Saint-Joseph, les amis purent profiter de nos ermitages.
CONTRE LA DISSIDENCE LEFEBVRISTE.
À l’approche des consécrations épiscopales annoncées par la FFSPX pour le 1er juillet, il importe d’éclairer les phalangistes sur ce crime effroyable qui se prépare contre l’Église : le renouvellement formel du schisme de Mgr Lefebvre en 1988. Heureusement, nous conservons les multiples conférences prononcées par notre Père depuis plus de cinquante ans, d’abord pour indiquer au supérieur d’Écône le bon chemin de la Contre-Réforme dans et pour l’Église puis, lorsque son orientation schismatique fut avérée, après les premières ordinations de 1976, pour mettre en garde les fidèles contre son mouvement et tâcher de le détourner du pire. En vain.
Ainsi, à Frébourg et à Magé, nos retraitants purent-ils assister à une conférence du congrès de 1988 – quelques mois après les sacres schismatiques – dans laquelle l’abbé de Nantes retrace tout l’itinéraire de Mgr Marcel Lefebvre, chef de file de la valeureuse minorité traditionaliste lors du concile Vatican II, mais qui fut brisé par une défaite qu’il ne comprit pas, ne pouvant concevoir que le Pape prît le parti de la subversion. Au dernier jour du Concile, il signa même tous les Actes qui furent promulgués !
Dès lors, cet homme vaincu choisit la ruse et le mensonge. Plutôt que de poursuivre le combat en dénonçant les hérésies du Concile avec son autorité de successeur des Apôtres et son prestige personnel – c’est pourtant bien ce à quoi il encouragea notre Père en 1968 –, il fonda un séminaire destiné à former un clergé préservé des erreurs promues par Paul VI, tout en protestant hypocritement de la plus grande soumission au Pape ! Peu à peu, Mgr Lefebvre s’enfonça dans une inacceptable dichotomie entre l’Église sainte de toujours et l’Église conciliaire. Il n’y a pourtant pas deux Églises, mais deux religions qui s’affrontent au sein de l’unique Église ! À la racine de la dissidence lefebvriste, il y a donc une erreur sur la nature même de l’Église. La dérive schismatique, que notre Père prévit dès la fondation d’Écône, s’accentua inéluctablement lorsque Paul VI décida d’éradiquer ce réduit traditionaliste, en 1975, acculant les intégristes à sortir de l’hypocrisie pour plonger dans la sédition.
FOI, ESPÉRANCE, AMOUR DE L’ÉGLISE... ET PATIENCE.
Dans chaque ermitage, le frère prieur encouragea nos amis à supporter avec profit les maux de l’Église qui semblent ne jamais devoir finir.
Frère Matthieu, à Frébourg, rappela les fondements de notre foi dans l’Église, établie sur les Apôtres, sur la Confession de Pierre et sur la Maternité de la Vierge Marie au Calvaire. Ainsi l’Église est-elle notre famille où la communion des saints se vit dans la plus chaleureuse affection. Nous ne sommes pas indifférents aux saints du Ciel qui nous aiment comme leurs petits frères et sœurs !
Frère Grégoire, à Fons, prêcha sur la patience, à l’école de saint Cyprien, évêque de Carthage et martyr au troisième siècle, qui parlait en connaissance de cause ! La patience ne désigne pas tant la persévérance dans l’épreuve que la disposition à supporter le mal avec une âme égale et pour un plus grand bien. Sœur Lucie nous en donne un exemple héroïque ! Et plus encore le Bon Dieu, qui supporte nos offenses et modère son indignation, afin que nous nous convertissions, avant qu’il ne nous juge.
Frère Jean Duns, enfin, à Magé, exhorta lui aussi son auditoire à l’Espérance. Dès lors que nous entreprenons de servir et de combattre pour l’Immaculée, il est normal que nous prenions des coups. Le tout est d’affermir notre foi, de brûler de dévotion afin de recevoir tous les secours de la grâce. Tant de saints nous donnent l’exemple d’une espérance invincible dans les épreuves, spécialement les confidents de Notre-Dame, Estelle Faguette, sœur Lucie, Jacqueline Aubry, mais aussi notre Père !
Notre frère termina en rappelant la dernière phalangiste partie pour le Ciel, Jeanne-Marie de Maillard, qui conserva jusqu’à sa mort une extraordinaire ardeur pour pratiquer et propager la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie ( infra, p. 36 ).
OÙ VA LÉON XIV ?
La maison Saint-Bruno avait la chance d’accueillir frère Michel dans ses murs, qui s’acquitta de son loyer en prononçant une conférence d’Actualités religieuses, afin de jeter quelque lumière sur les dits et faits du Saint-Père depuis le début de l’année.
CONSISTOIRE EXTRAORDINAIRE À ROME.
Plus que dans la matière des discussions des cardinaux les 7 et 8 janvier 2026, l’enjeu de cette réunion paraît avoir résidé dans la mise en œuvre de la synodalité en adoptant un format inusité : division par groupes linguistiques, par tables et “ conversation dans l’Esprit ”. S’agit-il de transformer cet organe de conseil en une chambre délibérative étroitement contrôlée ? Il semble que Léon XIV, poursuivant le dessein de son prédécesseur, s’efforce de transformer la constitution divine de l’Église pour en faire une sorte de monarchie constitutionnelle.
Au-delà du pape François et de son exhortation apostolique Evangelii gaudium ( 2013 ), le Saint-Père veut enraciner son action dans le concile Vatican II.
CATÉCHÈSES DU MERCREDI SUR LE CONCILE.
Le Pape a ouvert au début de l’année un cycle de catéchèses consacrées à l’étude des Actes de Vatican II, dont le magistère demeure aujourd’hui « le phare qui guide le chemin de l’Église », ouvrant « une nouvelle ère ecclésiale ». Tous les thèmes ont été clairement annoncés dès la première séance, le 7 janvier : réforme liturgique, ouverture au monde, « rechercher la vérité par la voie de l’œcuménisme, du dialogue interreligieux et du dialogue avec les personnes de bonne volonté ».
Frère Michel s’appliqua spécialement à commenter les cinq instructions dédiées à la Constitution dogmatique Dei Verbum, à propos de laquelle notre Père avait jeté son cri d’alarme en 1964, lors de la troisième session : « L’hérésie est au Concile ».
Malgré le caractère nébuleux de ces catéchèses, on y retrouve les hérésies dénoncées inlassablement par notre Père. Et tout d’abord un subjectivisme religieux qui fait litière de la nécessaire médiation de l’Église (cf. Préparer Vatican III ). Nous croyons que la Parole de Dieu est une révélation enseignée et interprétée par l’Église, qui se reçoit dans la soumission et l’obéissance. Mais le Pape, à la suite de Dei Verbum, nous persuade que tous les hommes peuvent jouir d’un contact immédiat avec Dieu qui leur parle directement « comme à des amis ». On est en plein illuminisme.
La seconde erreur qui transparaît dans ces catéchèses est la confusion sur les rapports entre les deux sources de notre foi, l’Écriture et la Tradition. Cette équivoque fut une victoire de la secte moderniste au Concile, qui parvint à troubler un point de doctrine pourtant clairement établi. Dans l’Église catholique, l’Écriture et la Tradition sont inséparables, la seconde expliquant, explicitant, développant fidèlement la première. Tout l’effort des modernistes, en revanche, vise à donner la primauté à l’Écriture sur l’enseignement de l’Église. Le Magistère n’est plus pour eux le gardien du dépôt de la Foi, mais l’interprète de la conscience des croyants où vit et progresse la Tradition authentique.
Malheureusement, ces discours ne sont pas lettre morte, mais ils dictent la pastorale et l’enseignement quotidien de Léon XIV. Ainsi, le 8 mai, en la cathédrale de Naples, lorsqu’il a rencontré le clergé et les religieux, le Saint-Père a manifesté une sollicitude touchante pour les difficultés et les fatigues de ses prêtres. Mais pour les soutenir, pour fortifier leur vie spirituelle, il n’a su leur recommander qu’une religion toute d’expérience subjective et de libre examen « en nourrissant constamment notre relation personnelle avec le Seigneur dans la prière et en cultivant la capacité d’écouter ce qui s’agite en nous, afin de discerner et de nous laisser éclairer par l’Esprit. Cela exige aussi le courage de savoir nous arrêter, de ne pas avoir peur d’interroger l’Évangile sur les situations personnelles et pastorales que nous vivons ».
Contre le danger de la solitude et de l’individualisme, il les a exhortés à la fraternité, à la communion, mais en paraissant ignorer toute hiérarchie, toute paternité. Pauvres prêtres qu’il laisse orphelins !
Le Pape ne conçoit plus l’Église comme une médiatrice, une mère qui dispense à ses enfants la vérité par son enseignement, la grâce par ses sacrements, mais comme une collectivité fraternelle, égalitaire et synodale où chacun rencontre immédiatement le Seigneur. Nous nageons en plein protestantisme.
SARAH MULLALLY SUR LE SIÈGE DE CANTORBÉRY.
Après l’hérésie, le schisme et le scandale. Le 27 avril, le Saint-Père a reçu en audience au Vatican Sarah Mullally, élevée en octobre 2025 à la tête de la communion anglicane. Déjà, il lui avait écrit une superbe lettre de félicitations, lui reconnaissant son titre – prétendu – d’archevêque de Cantorbéry. En cela encore, Léon XIV met ses pas dans ceux de ses prédécesseurs depuis Paul VI, dont il rappela la rencontre historique de 1966 avec le docteur Ramsey, primat des anglicans.
Pourtant, lorsqu’à la fin du dix-neuvième siècle, dans l’élan du Mouvement d’Oxford qui promouvait le rapprochement entre anglicans et catholiques, Léon XIII avait voulu reconnaître la validité des ordinations anglicanes, les exigences de la théologie et la réalité des faits l’avaient finalement contraint à les rejeter. Enrayé sous saint Pie X, ce mouvement œcuménique avait repris de plus belle sous Benoît XV, avec l’instauration des “ Conversations de Malines ” en 1920. Puis Pie XI condamna ces rencontres, « puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables » ( Mortalium animos, 1928 ).
Mais Vatican II a tourné la page des condamnations. Frère Michel, en commentant l’adresse du Pape à Sarah Mullally, le 27 avril, nous expliqua sa ligne de conduite, exprimée dans sa devise : « In Illo uno unum. En Lui seul – qui est le Christ – nous sommes un. » L’unité de tous les chrétiens lui paraît être un besoin « pour le bien d’une évangélisation plus fructueuse ». Il importe donc « de saisir toutes les occasions possibles pour proclamer ensemble le Christ au monde ».
La décadence des anglicans, de plus en plus corrompus par l’idéologie progressiste, aurait pourtant de quoi décourager les œcuménistes romains. Mais rien ne refroidit leur fièvre adultère. Ni “ l’ordination sacerdotale ” des femmes anglicanes en 1992, ni leur “ ordination épiscopale ” en 2014, ni même l’accession de Mrs Mullally au siège de Cantorbéry !
Frère Michel termina sa conférence par une analyse du voyage pontifical en Afrique, comme « pèlerin de la paix » et artisan du Masdu ( cf. supra, p. 1-5 ).
LA VOIE DU SALUT
Les 11, 12 et 13 mai, célébrant les rogations, nos communautés terminaient par cette belle oraison pour le Pape : « Dieu tout-puissant et éternel, ayez pitié de votre serviteur, notre pontife Léon, et dirigez-le, par votre clémence, dans la voie du salut éternel, afin que, par votre grâce, il désire ce qui vous plaît et l’accomplisse de toutes ses forces. »
Or ce qui plaît à Dieu, c’est d’instaurer le culte du Cœur Immaculé de Marie. Hélas, Léon XIV en est encore loin ! Par exemple le 8 mai, il s’est rendu à Pompéi dans la basilique Notre-Dame-du-Rosaire. Un sanctuaire sans apparition, sans message, sans politique, fondé par un laïc en 1883 et dédié à la paix, avant la diffusion des demandes de Fatima donc. Le Pape y a invoqué l’exemple de la réunion interreligieuse d’Assise organisée par Jean-Paul II en octobre 1986 pour promouvoir la paix. Alors que c’est au Cœur Immaculé de Marie que Dieu l’a confiée !
En 2003, commentant le pèlerinage qu’y avait accompli Jean-Paul II, frère Bruno concluait : « Ce pèlerinage à Pompéi est un exemple flagrant de ce que notre Père appelle “ un semblant de révérence ” rendu par le Pape à la Sainte Vierge, et qui cache une hostilité, une lutte, une passion d’écrasement de l’Événement de Fatima, des prophéties qui l’accompagnent et des demandes instantes de la Vierge, farouchement étouffées, refusées... Mystère profond de rivalité et d’iniquité dont l’Église souffre et meurt. »
De ce pèlerinage du Saint-Père, nous retenons toutefois son étonnante, sa merveilleuse exhortation à la récitation du chapelet, qui nous conforte dans notre résolution de consoler beaucoup notre Mère en lui disant plus que jamais : « Je vous aime ô Marie », en dépit de tous les murmurantes.
« L’Ave Maria qui se répète dans le Saint Rosaire est un acte d’amour. N’est-ce pas propre à l’amour que de répéter sans se lasser : “ Je t’aime ” ? Un acte d’amour qui, sur les grains du chapelet, nous ramène à Jésus et nous conduit à l’Eucharistie, source et sommet de toute la vie chrétienne. »
Certes, notre Père nous a expliqué depuis longtemps que « les grands masduistes sont partisans d’une foi dogmatique, d’une liturgie authentique, d’une vraie discipline, et même des dévotions à la Vierge et au Sacré-Cœur. Tout cela, disent-ils, est nécessaire pour éveiller en notre âme l’amour du prochain – c’est-à-dire l’amour du Monde, explique le Père Lebret – en échappant à tout sectarisme, même religieux » ( Lettre à mes amis no 200, 25 mars 1965 ).
Effectivement, Léon XIV poursuit son sermon en ajoutant que « le Rosaire porte notre regard sur les besoins du monde ». Cependant, s’il récite le chapelet avec autant d’amour et d’assiduité qu’il nous y invite, ne peut-on pas espérer que la grâce envahisse son cœur par cette brèche et le convertisse finalement ?
Mercredi 13 mai, le Saint-Père a consacré sa catéchèse hebdomadaire au mystère de Marie et de l’Église selon Lumen gentium. À l’issue, en saluant les pèlerins portugais, il leur a recommandé : « Confions au Cœur Immaculé de Marie le cri de paix et de concorde qui s’élève de toutes les parties du monde, en particulier des peuples affligés par la guerre. » Mais pourquoi le Pape qui est si bouleversé par le désir de paix des malheureux n’a-t-il pas précisé à quelles conditions modiques la Sainte Vierge nous l’a offerte : la consécration de la Russie et surtout la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie qui demeure étouffée par Rome.
Frère François, qui s’est rendu au Portugal du 28 avril au 3 mai dernier, y a mieux pris la mesure de cette proscription ténébreuse. S’il a été très réconforté par la piété des Portugais à Fatima, où les messes se succèdent toutes les heures à la Capelinha, où le rosaire résonne sur toute l’esplanade, il a en revanche pu se rendre compte au fil de ses rencontres de la censure rigoureuse exercée par le Vatican sur le message du Cœur Immaculé de Marie. Aujourd’hui, les archives de sœur Lucie sont sous cloche, d’ordre de la Congrégation pour la cause des saints ! C’est que les vérités dogmatiques contenues dans les révélations du Cœur Immaculé de Marie contredisent le modernisme qui envahit l’Église depuis le concile Vatican II.
En revanche, un prêtre ami a remercié notre frère après avoir visionné sur la VOD sa conférence sur “ Le témoignage héroïque de la vénérable sœur Lucie en faveur de la dévotion réparatrice ” ( sigle : A 150 ) :
« Je tenais à vous exprimer sans tarder toute ma reconnaissance pour le travail que vous avez fourni. Merci de nous avoir retrouvé avec tant de précision le parcours spirituel héroïque de la vénérable sœur Lucie en soulignant sa fidélité à nous transmettre inlassablement les messages qu’elle reçut du Ciel ! Merci à votre Fondateur d’en avoir saisi toute l’importance en confiant à votre Communauté la belle mission de prendre le relais auprès du plus grand nombre. »
IN MEMORIAM :
JEANNE-MARIE DE MAILLARD ( 1933-2026 )
Le soir du mardi de Pâques 7 avril, à Angoulême, s’est éteinte la doyenne de notre Phalange, Jeanne-Marie de Maillard, entourée par sa famille et par les prêtres qu’elle avait tellement encouragés à la pratique de la dévotion réparatrice. C’est l’occasion de nous replonger dans les souvenirs d’une disciple de la première heure, qui avait fait la connaissance de la famille de Nantes dès 1947 ! La voici maintenant réunie à la Phalange du Ciel et surtout à son cher époux, Christian de Maillard, décédé en 2012.
« Ce sont nos convictions religieuses et politiques qui nous ont fait nous rencontrer, mon mari et moi son épouse, nous avait-elle confié alors. L’un et l’autre de familles catholiques d’Action française, fidèles au maréchal Pétain – l’une de ses grandes fiertés était d’ailleurs d’avoir été, enfant, portée sur les genoux du Maréchal ! – à l’Algérie française, que mon mari défendait sur le terrain avec le valeureux 13e régiment de Dragons parachutistes, sa fierté jusqu’à la fin de sa vie. Toutes ces fidélités nous conduisirent, par grâce, à nous attacher à la personne de l’abbé de Nantes connu lors d’un camp d’A. F. en l’été 1958. »
L’abbé de Nantes participa durant quelques jours à ce camp Maxime Réal del Sarte, près de Lourdes. C’était juste après le 13 mai 1958, en plein sursaut nationaliste, mais il prévoyait déjà la trahison gaulliste... Le matin, il célébrait la messe, à laquelle n’assistait qu’une dizaine des cent cinquante participants du camp. Le dimanche, c’est à la grotte de Massabielle qu’il dit la messe : souvenir inoubliable pour notre amie ! Il prononçait aussi chaque jour une conférence sur Pascal. La première fois, seules trente personnes y assistèrent, les autres préférant la piscine ! Il faut dire qu’alors, dans une A. F. encore traumatisée par la condamnation de Pie XI, la religion avait mauvaise presse. Néanmoins, le Père rayonnait d’intelligence, d’autorité naturelle, d’alacrité ! Sa première conférence fut si passionnante et les auditeurs si enthousiastes que dès le lendemain, tout le camp était réuni pour l’écouter.
La jeune Jeanne-Marie Chambon était allée se présenter dès le début à l’abbé de Nantes. En raison des liens entre leurs deux familles, il prit l’habitude de l’appeler sa “ presque cousine ”, ce dont elle n’était pas peu fière ! La voyant si assidue, il lui proposa rapidement ses Lettres à mes amis.
Frère Charles nous en voudrait de ne pas ajouter que cinq ans plus tard – notre amie s’étant mariée entre temps –, lors du camp de 1963 au Fief Basile, près du Mans, lorsque l’abbé de Nantes, à la fin d’une conférence, voulut faire chanter à son public royaliste “ Catholique et Français ”, il ne se trouva personne pour l’entonner avec lui, sinon madame de Maillard ! Notre Père la fit venir auprès de lui et la jeune maman en profita pour lui placer son bébé dans les bras, tout le temps du cantique.
M. et Mme de Maillard s’attachèrent définitivement au Père chez qui la politique et la religion s’accordaient si bien : c’était la « satisfaction totale » ! Et ce furent ses directions spirituelles qui attirèrent le plus notre amie.
À l’été 1971, inquiets de la mauvaise atmosphère du camp de la Nouvelle Action française, M. et Mme de Maillard passèrent pour la première fois à la maison Saint-Joseph pour demander conseil au Père. L’année suivante, ils adhérèrent avec enthousiasme à la Ligue. Jeanne-Marie de Maillard accompagna l’abbé de Nantes à Rome en 1983 et 1993 pour la remise des deuxième et troisième livres d’accusation. Elle s’engagea aussi dans la Phalange dès 1984 et renouvela son allégeance en 1988 : « Si vous m’en jugez digne, mon Père, je sollicite de votre bienveillance mon entrée dans la nouvelle Phalange pour le Congrès, en parfaite et totale obéissance à vous qui en êtes le chef et le père spirituel que j’ai toujours suivi avec grande confiance et pour mon plus grand bien et celui des miens. Je serai, comme j’ai été sans doute, la plus misérable des phalangistes, mais je désire de toute mon âme faire mieux que j’ai fait jusqu’à maintenant. »
Faire mieux, cela consista pour elle à embrasser avec une ferveur rare la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie, ravivée à chacun de ses nombreux pèlerinages CRC à Fatima et par une écoute très assidue de la VOD. Elle fit dès lors tous ses efforts pour la propager autour d’elle, entreprenant le clergé pour le convaincre de l’instituer dans les paroisses, distribuant de très nombreux fascicules présentant cette petite dévotion. Elle les commandait toujours par paquets de deux cents ! Dans son livret de funérailles encore, elle tint à ce que figure un exposé des demandes de Notre-Dame et de l’Enfant-Jésus à Pontevedra. Ce dernier exemple est bien la meilleure des consolations pour sa famille et ses amis, car comment douter que la Sainte Vierge ait accompli ses promesses en faveur d’une telle zélatrice, en l’assistant de toutes ses grâces à l’heure de sa mort ?
frère Guy de la Miséricorde.