Il est ressuscité !
N° 278 – Juin 2026
Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard
CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2025
La grande nouvelle du règne de l’Immaculée
Neuvième conférence : L’Alliance dans le Cœur Immaculé de Marie
INTRODUCTION :
UN MYSTÈRE ÉTERNEL, RÉVÉLÉ DANS L’HISTOIRE
NOTRE sainte religion, la religion de l’Ancien Testament comme celle du Nouveau qui en marque l’accomplissement, est une religion historique, à la différence des “ autres religions ”, qui sont mythologiques. Elle est un mystère éternel, révélé par des interventions réelles de Dieu, notre créateur, dans le cours de l’histoire, pour nouer des alliances avec sa créature.
« Dieu m’a prise dans ses bras de Père et m’a conduite là où il a voulu m’amener. J’ai cru en lui, et je me suis remise à lui jusqu’à ce qu’il veuille me prendre et m’amener à ce nouveau jour où je le servirai, je l’adorerai et l’aimerai sans fin, pour toujours. »
Notre religion n’est donc pas une doctrine abstraite, mais une histoire, où les vérités religieuses sont des faits historiques. C’est une doctrine concrète, une histoire doctrinale, qui nous est racontée dans la Bible.
Notre Père en a fait l’objet de sa méditation toute sa vie durant. En 1966, il expliquait ainsi à ses lecteurs : « Voici donc, dans ce seul livre, le fil conducteur, divin, révélé, vrai et définitif, de toute l’histoire des hommes, connue et inconnue, d’hier, d’avant-hier et de demain. Toute la connaissance possible du Sens de l’histoire est dans ce Livre, cette Écriture sainte qu’il faut d’abord lire et méditer, avant toute science, et reprendre encore après toutes les autres connaissances, pour posséder la Sagesse éternelle, qui vient purement de Dieu. » (Lettre à mes amis n° 230, 22 juillet 1966)
Trente ans plus tard, en 1997, il comparait cette histoire sainte, cette succession de révélations et d’alliances de Dieu avec les hommes, à une suite de tuiles sur un toit.
« Dans notre théologie catholique, il y a deux possibilités d’accès à ce grand mystère de notre destinée humaine et de la destinée universelle.
« Celle que je privilégie, c’est celle du mystère biblique, la Bible étant la matière même de cette Révélation, dans toute sa plénitude, écrite. Le mystère biblique va de la Genèse à l’Apocalypse, et lui-même constitue une sorte de cascade. J’aime le mot que l’on emploie dans le grégorien, quand chaque verset est un peu couvert par le verset suivant avant d’être terminé, cela donne le grand mouvement comme d’une cascade, on dit qu’on “ tuile ”. Il faut savoir que dans la Bible – je ne l’ai jamais lu nulle part, parce que c’est simple et qu’on croit que tout le monde la connaît –, on remarque comme une suite de tuiles qui se revêtent les unes les autres, pour donner une suite sans césure. Ce n’est pas une seule alliance, ce ne sont pas deux alliances, il y en a plus que cela, et d’une alliance à l’autre, le dessein de Dieu se forme, s’accomplit, nous parle davantage à l’esprit. Cela devient une histoire, une histoire sainte.
« Ce que j’estime et que je vous montrerai si je peux, c’est que chaque fois, Dieu reprend les choses en douceur. Avec une douceur extrême, il introduit la tuile suivante sur la précédente, de telle manière que nulle ne se perde en route. C’est la philanthropie divine, dont parlait saint Paul. Dieu fait une attention extrême à ce que son plan réussisse. On dirait – j’ose le dire, je n’ose le dire ? – que Dieu s’est trouvé bien pris par l’échec de son premier plan, sa première alliance avec Adam et Ève, et il s’est juré qu’il ne recommencerait plus – je parle en langage humain –, parce que cela avait été trop saisissant pour eux. Ces pauvres naïfs se sont laissé prendre par le démon, parce que véritablement ils ne comprenaient pas dans toute son ampleur le plan divin, que justement nous allons tâcher d’éclaircir.
« Ensuite, les différentes tuiles qui ont suivi, les différentes alliances qui se sont succédé, ont toujours commencé d’une manière minime, d’une manière tellement minuscule et tellement silencieuse, qu’elles n’ont donné lieu à aucune secousse, aucune agitation. Ce n’est pas une révolution. Aucune de ces alliances n’est une révolution, au contraire c’est une tradition.
« Alors, il me semble qu’il est passionnant d’étudier notre Bible dans cet aspect du mouvement qui emporte toute personne, de celles qu’elle a engendrées à celles qu’elle engendrera. C’est une vie, c’est une histoire à laquelle Dieu est intimement mêlé. Nous raconterons cette histoire, en lisant la Genèse et en recueillant les événements les plus significatifs, pour faire rendre à cette histoire sa leçon directe et immédiate, existentielle, pleine de vie. Et puisqu’il s’agit de passer d’une génération à l’autre, d’un siècle à l’autre, d’une alliance à l’autre, elle est relationnelle, c’est-à-dire qu’elle répond tout à fait à nos recherches de métaphysique sur ce qu’est l’être humain dans toute sa richesse. C’est cela que nous privilégierons.
« De ce fait, nous délaisserons l’autre manière d’aborder la nature humaine et la nature créée : la manière des scientifiques, la manière naturelle. Découvrir les natures des êtres et leurs lois, c’est une manière rationnelle. Comme c’est une manière rationnelle, la raison y prime le cœur. Souvent, cela donne une doctrine, voire une philosophie, qui sont très desséchantes, quoique plus élaborées, plus techniquement valables, que ce qui peut devenir ce que j’appelle une “ romance ”, une histoire qui se contente de choses épisodiques, en laissant notre cœur deviner le secret de ces choses.
« Donc, je délaisse la philosophie avec enthousiasme, sans l’oublier pourtant, pour embrasser cette autre vue des choses, que nous appelons “ l’orthodromie ”, qui est toute du cœur, qui alimente directement, sans préambule aristotélicien, la Foi, l’Espérance, et qui déborde de Charité. Le secret que nous allons mettre en lumière, s’il est possible – mais les choses sont commencées depuis plusieurs années, cela se construit d’une année à l’autre, ce n’est pas encore parfait ! – c’est le secret divin lui-même, c’est la circumincessante charité, qui est tout à la fois le secret le plus intime de notre Dieu, et le secret le plus intime de notre histoire. » (Tendresse et dévotion, S 134, octobre 1998, 2e conférence)
devant une statue du Cœur Immaculé de Marie,
en 2002.
Pour percer ce secret, nous serons aujourd’hui à l’école de notre Père, mais aussi de la vénérable sœur Marie-Lucie de Jésus et Cœur Immaculé, qui en fut la confidente puis le témoin incomparable : en 1917, à Fatima, elle a vu Dieu et, en Dieu, elle a contemplé comme en un miroir son dessein éternel, la hauteur, la profondeur de son mystère. Et elle a ensuite vécu de longues années, jusqu’en 2005 ! Elle n’est pas demeurée la petite pastourelle de 1917, mais en répondant aux grâces qu’elle avait reçues alors, elle est devenue une très grande sainte, « une enfant chérie de l’Église », au témoignage du cardinal Luciani, le futur Jean-Paul Ier. Or la vie mystique d’intime union avec la Sainte Trinité de la voyante de Fatima illustre tous les enseignements de notre Père, sa métaphysique et sa théologie totales.
Dans son ultime écrit, rédigé à l’âge de quatre-vingt-huit ans, sœur Lucie nous dévoile ingénument la source de toute sa vie spirituelle, de sa sainteté, à l’occasion de son récit de l’apparition du 13 juin :
« C’est alors que la céleste Messagère, avec un geste de protection maternelle, ouvrit les bras et nous enveloppa dans le reflet de la lumière de l’Être immense de Dieu.
« Cette grâce nous marqua pour toujours dans l’ordre du surnaturel. Oh ! Seigneur, n’est-elle pas le refuge des pécheurs, la Mère de miséricorde, le secours des chrétiens, que tu as fait descendre jusqu’à nous pour nous introduire dans l’océan de ton amour, de ton pouvoir, de ton Être immense où cette flamme ardente nous fera vivre pour toujours ce mystère de l’amour des Trois pour moi ?
« C’est avec cet amour que je t’adorerai, que je te rendrai grâce, que je t’aimerai, transformée en cantique de ton éternelle louange.
« J’avancerai ainsi, Seigneur, en marchant derrière toi, en suivant tout simplement ce difficile chemin que tu as préparé pour moi.
« En mettant mes pas dans les empreintes que tu as laissées sur la terre que tu as foulée, j’avancerai en te suivant, le regard fixé sur toi ; je ne veux plus que m’embraser d’amour pour toi, je ne veux plus que la vie de Dieu en moi ! Flamme étincelante, qui en moi brûlait et, par toi attisée, s’embrasait de jour en jour davantage ! Je ne la lâchais pas ! Elle grandissait et gagnait la terre froide qu’elle rencontrait ! » (Comment je vois le Message à travers le temps et les événements, p. 46)
Quel est ce mystère de Dieu qui l’a enflammée d’amour ?
Comment, pauvres mortels, limités par le temps qui passe, pouvons-nous comprendre le dessein divin éternel dont Lucie n’a plus détaché son regard depuis 1917 ?
Il s’agit d’une révélation, c’est LA Révélation – le mot fait bondir les théologiens patentés ! – c’est l’Évangile éternel présenté dans une nouvelle lumière pour nos derniers temps. Sœur Lucie nous l’explique :
« En Dieu il n’y a ni passé ni futur, tout est présent dans la lumière de son Être immense, comme si tout se passait dans le même instant.
« Ainsi donc, je vois le message présent dans l’Être immense de Dieu, depuis toujours, et il l’a envoyé sur terre au jour et à l’heure qu’il a fixés dans les desseins et les plans de son infinie miséricorde, comme un nouvel appel à la foi, à l’espérance et à l’amour. »
« Le message est la révélation de Dieu en tant que présent dans le monde parmi les hommes, particulièrement en chacun de nous. Ce n’est pas là chose nouvelle. »
Rassurez-vous, messieurs les théologiens ! La Révélation est bien close à la mort du dernier Apôtre, comme on l’a toujours dit et il n’y a rien de nouveau depuis lors.
Et cependant, « le message est aussi une nouvelle lumière qui brille au milieu des ténèbres des erreurs de l’athéisme, afin que celui-ci ne vienne pas éteindre la lumière de la foi qui luit encore dans les cœurs et les âmes des élus ».
Ce sont précisément contre ces ténèbres de l’athéisme que lutta sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus durant sa dernière maladie ; cet athéisme que saint Pie X annonçait devoir être la dernière étape de la grande apostasie après le protestantisme et le modernisme.
Sœur Lucie insiste : « Quand le moment, l’année et l’heure, fixés par Dieu, sont arrivés, il a envoyé sa céleste Messagère sur notre terre dont elle est la Souveraine, la Reine, la Mère et la Protectrice, pour y placer son autel et, de là, aller évangéliser la terre entière, en volant comme si elle avait des ailes de lumière, afin que l’athéisme n’éteigne pas la lumière de la foi, de l’espérance et de l’amour. »
Au terme de cette orthodromie mariale du dix-neuvième siècle que nous avons parcourue pendant ce camp, Notre-Dame nous a donc proposé à Fatima une ultime planche de salut, une arche dans le déluge de la grande apostasie des derniers temps, « une alliance de son Fils Jésus-Christ, Dieu, avec les hommes, nous expliquait notre Père, une alliance fille de la nouvelle et éternelle alliance scellée à jamais dans le Sang de l’Agneau et dans la foi indéfectible de son Église-Épouse, vraie fille d’Abraham et légitime détentrice de ses promesses. » (“ Cet adorable Secret, notre unique espérance ”, CRC n° 279, janv. 1992, p. 1)
La Révélation de Fatima est donc la dernière “ tuile ”, de la grande histoire de l’Alliance, pour reprendre la comparaison de notre Père. Il nous faut donc éclairer Fatima par la Sainte Écriture et réciproquement pour comprendre et entrer à notre tour dans cette Alliance nouvelle et éternelle. À la lumière de la Sainte Écriture, nous comprendrons l’ampleur de la Révélation de Fatima et à la lumière de Fatima, nous découvrirons dans toute la Bible, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, l’ouvrage de l’Immaculée Conception, Coopératrice et Médiatrice de toutes les œuvres de Dieu.
Pour illustrer cette grande vérité, prenons le temps de lire, dans le Livre de l’Exode, comment fut conclue l’Alliance entre Dieu et son peuple, au Sinaï. Ce récit est exemplaire. Tout au long de l’histoire de l’humanité et jusqu’à Fatima, nous découvrirons que c’est toujours sur ce modèle que notre très chéri Père céleste offre son Alliance aux hommes.
Moïse, après avoir reçu la Loi de Dieu au sommet de la montagne, redescendit auprès des Hébreux.
« Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles de Yahweh et toutes les lois, et tout le peuple répondit d’une seule voix ; ils dirent : “ Toutes les paroles que Yahweh a prononcées, nous les mettrons en pratique. ” Moïse mit par écrit toutes les paroles de Yahweh. » (Ex 24, 3-8)
Ce sont les clauses de l’Alliance, la Loi de Dieu.
« Puis, se levant de bon matin, il bâtit un autel au bas de la montagne, et douze stèles pour les douze tribus d’Israël. Puis il envoya de jeunes Israélites offrir des holocaustes et immoler à Yahweh de jeunes taureaux en sacrifice de communion. »
Un sacrifice de communion, c’est-à-dire un sacrifice où une partie de la victime est consommée en un banquet sacré, pour signifier la communion des fidèles avec Dieu qui en reçoit l’autre partie. Tels sont le sacrifice et le festin de l’Alliance.
« Moïse prit la moitié du sang et la mit dans des bassins, et l’autre moitié du sang, il la répandit sur l’autel. il prit le livre de l’Alliance et il en fit la lecture au peuple qui déclara : “ Tout ce que Yahweh a dit, nous le ferons et nous y obéirons. ” Moïse, ayant pris le sang, le répandit sur le peuple et dit : “ Ceci est le sang de l’Alliance que Yahweh a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses. ” »
Moïse remonta ensuite sur la montagne, où Dieu lui donna ses prescriptions pour le culte liturgique qui lui serait rendu et d’abord, pour la fabrication de l’Arche d’Alliance, dans laquelle serait déposé le Témoignage de l’Alliance (cf. Ex 25, 10-22), c’est-à-dire les Tables de la Loi, ces tables de pierre sur lesquelles Dieu avait gravé ses commandements.
Dans ce récit de l’Alliance mosaïque, nous trouvons donc trois éléments constitutifs de l’Alliance, qui dicteront les trois parties de cette conclusion de notre étude de La grande nouvelle du règne de l’Immaculée : les clauses de l’Alliance, le Sacrifice de l’Alliance et son banquet sacré, l’Arche d’Alliance, enfin.
I. LES CLAUSES DE L’ALLIANCE
Dans son ouvrage Comment je vois le Message, sœur Lucie nous rappelle la Loi divine de l’Ancien et du Nouveau Testament. Elle cite d’abord le Décalogue et commente :
« Cette insistance de Dieu à nous voir garder ses commandements nous montre quelle est leur importance pour notre vie, dans le temps et dans l’éternité. Et si nous les méditons et y réfléchissons, nous verrons que les graves maux dont souffre l’humanité viennent de ce qu’on ne les observe pas. »
Notre-Dame de La Salette ne parlait pas autrement : « Si la récolte se gâte, ce n’est rien qu’à cause de vous autres. » C’est la loi de crainte, loi d’Ancien Testament, qui est le commencement de la sagesse.
Sœur Lucie continue : « Lorsque, encore enfant, enlacée dans les bras maternels ou assise sur les genoux paternels, j’ai appris les commandements de la Loi de Dieu, on disait à la fin que les dix commandements se résumaient en deux : aimer Dieu par-dessus toutes choses et son prochain comme soi-même (...). Je pensai : voilà mon chemin, renoncer à moi-même, embrasser la croix que le Seigneur m’a donnée, par amour pour lui et du prochain, afin qu’ainsi, de par son infinie miséricorde, il me soit un jour accordé la grâce d’être reçue dans les demeures éternelles du Ciel. Car c’est l’amour qui nous purifie, qui nous ennoblit et nous unit à Dieu.
« Saint Jean nous dit que Dieu est amour. Voilà pourquoi seul l’amour peut nous amener à nous plonger dans l’Être immense de Dieu, à n’être qu’un avec Lui. »
Avec la loi d’amour et la loi de la Croix, nous sommes passés de l’Ancien au Nouveau Testament. Que vont y ajouter les révélations de l’Immaculée dans les derniers temps ?
Nous l’avons vue, depuis la rue du Bac jusqu’à Fatima, agir en mandataire de son Seigneur, pour imposer ses commandements. Dans sa bouche, la Loi divine se fait certes très tendre, mais d’autant plus instante et souveraine. Elle est notre maîtresse de sagesse, pour nous conduire de ce bas monde jusqu’au Ciel en nous détournant de l’enfer (cf. CRC n° 297, déc. 1993, p. 21).
Déjà, l’Ancien Testament, dans le Livre des Proverbes notamment, nous révélait la présence auprès de Dieu, dès « le commencement », de la Sagesse : une mystérieuse figure féminine, assistante du Dieu créateur et appelant les hommes à se détourner du mal pour avoir part à la sagesse divine.
« La Sagesse crie par les rues : sur les places publiques, elle élève la voix ; à l’angle des carrefours, elle appelle. » (Pr 1, 20-21)
« Et maintenant, mes fils, écoutez-moi ; heureux ceux qui gardent mes voies ! Écoutez l’instruction pour devenir sages ; ne la rejetez pas. Heureux l’homme qui m’écoute, qui veille chaque jour à mes portes, et qui en garde les montants ! Car celui qui me trouve a trouvé la vie, et il obtient la faveur de Yahweh. Mais celui qui m’offense blesse son âme ; tous ceux qui me haïssent aiment la mort. » (Pr 8, 32-36)
Marie est cette femme qui se porte aux carrefours du monde, mystérieusement, déjà, sous les traits de la Sagesse, et jusqu’à Lourdes, à La Salette, à Fatima, et de là elle appelle les hommes à cesser leurs moqueries, à ne plus être des insensés, à se convertir à ses exhortations.
Nous comprenons alors que la « Loi », les « témoignages », les « sentences », les « décrets » et les « préceptes » dont les psaumes font un éloge continuel et quelque peu lassant si l’on ne songe qu’à la Loi mosaïque, ne sont rien autre, finalement, que les paroles, les conseils, les avis, les recommandations et les bienveillances de la Sainte Vierge en personne !
Bien plus, tous ces commandements de Dieu et, plus largement, l’harmonie des lois de la nature, de l’immense univers réglé par la même Loi de Dieu que chantent les auteurs inspirés, cette Loi révélée au long des siècles, dans les mille vertus et perfections qu’elle ordonne, dessine les traits ravissants de la Vierge Marie elle-même. Car le premier « décret » de Yahweh, c’est Elle, c’est l’Immaculée Conception. Ce que Dieu a “ conçu ” d’abord, ce n’est pas la Loi donnée à Moïse, mais c’est une Loi vivante, la perfection, la règle, le modèle de toute création. Il a “ conçu ” l’Immaculée.
Or dans les derniers temps, cette Femme qui ne se manifestait que de manière voilée dans l’Ancien Testament, qui traversa presque silencieusement le Nouveau Testament, est maintenant projetée par Dieu en pleine lumière pour personnifier sa Loi. Le 13 juillet 1917, elle révèle à Fatima son grand Secret dont dépendent non seulement le salut de nos âmes, non seulement le salut de nos nations, mais le salut de l’Église et du monde entier. Soyons donc très attentifs !
« Nous nous trouvons ce soir en un moment solennel de notre vie. En tout cas, après toute une vie consacrée à l’étude de l’Écriture sainte et des dogmes de notre foi, je me trouve pour ma part décontenancé devant un texte dont l’auteur, j’ose le dire, dont l’auteur est la Vierge Marie elle-même ! Celle que saint Bernardin de Sienne félicite de n’avoir prononcé que sept paroles dans sa vie. Et c’est vrai qu’au long de l’Évangile, c’est à peine si on peut compter, en comptant le Magnificat, sept paroles de la Vierge, plus admirables les unes que les autres.
« Or, voici que le fait de Fatima, les événements de Fatima, nous conduisent, sans que nous l’ayons cherché, à devenir les exégètes, c’est-à-dire les commentateurs d’un texte tout entier émané de l’esprit et du Cœur de la Vierge Marie. Est-ce possible ? C’est possible, le soleil est tombé et remonté dans le ciel, entre autres miracles tout à fait stupéfiants, pour nous en convaincre. Ce qui fait que croire à Fatima est une grâce, mais une grâce selon laquelle nous sommes bien placés pour plaire à la Vierge Marie et connaître les joies de la vie éternelle. Au contraire, repousser Fatima est un signe de réprobation épouvantable (...).
« Je l’ai là, sur une seule feuille, sur une seule page de notre numéro de juin 2000, n° 364, p. 13. Et c’est ça, une petite page, qui va régler notre sort ? Parfaitement ! Et d’autant plus que vous allez voir, au fur et à mesure que ma petite démonstration se déroulera, que cette petite démonstration est très simple. Que du point de vue de la raison, du point de vue de l’intellectuel, du point de vue des grands remuements de la pensée humaine à travers les siècles, cela ne touche pas grand-chose.
« Mais que du point de vue du cœur, c’est un appel à se convertir comme il n’y en aura jamais d’autres. Après l’appel du Christ : “ J’ai soif ! ” voici l’appel de la Vierge Marie : il faut aimer son Cœur. C’est Dieu qui veut que nous aimions le Cœur très aimant, très pur, très fervent de Marie. » (Le Secret de Marie, PC 61. 11, 22 juillet 2000)
LA VISION DE L’ENFER.
Dans le Livre des Proverbes, la Sagesse s’écriait : « Celui qui me trouve a trouvé la vie, et il obtient la faveur de Yahweh. Mais celui qui m’offense blesse son âme ; tous ceux qui me haïssent aiment la mort. » (Pr 8, 35-36)
le 13 juillet 1917, quelques
instants après la vision de l’enfer
« Si la vision de l’enfer avait duré un instant de plus, nous serions morts de peur et d’épouvante. Cependant, une chose m’a encore plus impressionnée, ce fut l’expression douloureuse du regard de Notre-Dame ! Si je vivais mille ans, je la conserverais toujours gravée dans mon cœur. »
( Sœur Lucie)
À Fatima, le Secret de Marie commence par la vision de l’enfer, « terrible de réalisme physique et de vérité dogmatique », commentait notre Père (“ Cet adorable Secret, notre unique espérance ”, CRC n° 279, janvier 1992).
Certes, Notre-Seigneur avait composé des paraboles sur l’enfer. Plus tard, des mystiques, telle sainte Thérèse d’Avila, en ont eu quelque expérience, mais sans commune mesure avec ce que Lucie, François et Jacinthe ont vu de leurs yeux, entendu de leurs oreilles. C’est peut-être la première fois que des êtres humains ont ainsi vu, de leurs yeux vu, l’enfer et ceux qui y tombent.
Le fait est là, marquant d’une extraordinaire objectivité des mystères inaccessibles à notre esprit. Ce ne sont pas des imaginations d’enfants ; c’est le dogme de la foi exprimé avec une clarté et une précision capables de mettre au cœur de chacun de nous une crainte salutaire, afin de ne pas tomber dans ce feu ! Et c’est justement pour combattre l’apostasie des derniers temps que notre Mère en grand chagrin nous a dévoilé la réalité épouvantable de l’enfer. Sœur Lucie écrit d’ailleurs :
« Quand Notre-Dame nous a montré l’Enfer, dans la lumière de l’Être immense de Dieu, je ne sais pas si c’était pour nous faire mieux comprendre la nécessité que nous avons d’offrir à Dieu des prières et des sacrifices pour la conversion des pécheurs ; c’était peut-être aussi parce qu’elle savait que dans un proche avenir cette vérité serait niée ou mise en doute. » (Comment je vois le Message, p. 51)
Le plus grand mal n’est pas la maladie ni la pauvreté, mais le péché qui tue, plus que le corps, l’âme même éternellement. Le péché est le seul malheur absolu : c’est la leçon très sage, très ferme de la Reine du Ciel en grand chagrin, comme le cri lancinant d’une mère qui voit s’ouvrir devant ses enfants des abîmes insondables.
Dorénavant, par pitié des pauvres pécheurs qui vont en enfer et pour consoler le Cœur Immaculé de Marie, les trois petits voyants ne sauront qu’inventer, dans leurs imaginations enfantines, comme moyens pour prier et faire des sacrifices.
LA LOI DU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE.
Heureusement, la Vierge Marie, avec le châtiment, nous révèle le remède : « Notre-Dame nous dit avec bonté et tristesse : “ Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. ” »
Notre Père fut bouleversé par cette révélation :
« La parole qui m’a hanté, qui a été comme un coup de matraque, c’est ce “ Dieu veut ” (...).
« Dieu veut et les hommes ne veulent pas. Pour tout théologien, pour tout homme qui connaît la Bible, l’Ancien et le Nouveau Testament, ce “ Dieu veut ”, avec cette conclusion “ et les hommes n’ont pas voulu ”, parle. Dieu a voulu sauver ce peuple pendant deux mille ans, finalement, il a envoyé son Fils comme étant le dernier des Prophètes : “ Je vais leur envoyer mon Fils, lui, ils l’écouteront. ” Pas du tout ! Ils ne l’écouteront pas, ils le tueront. Parole de Notre-Seigneur : “ Jérusalem, Jérusalem, j’ai voulu te rassembler comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes et tu n’as pas voulu. ” Vous n’avez pas voulu ce que je voulais, d’où viendra votre châtiment et dans l’espace d’une génération, tout sera accompli. De Jérusalem, il ne restera plus pierre sur pierre.
« Quand Jésus veut quelque chose, ce n’est pas un désir humain, ce n’est pas un caprice passager, ce n’est pas une volonté instable et sans raison, c’est véritablement la racine de l’explication de l’histoire : Dieu veut. Il fait tourner le soleil dans le ciel, il le décroche même du ciel pour nous montrer que lorsqu’il veut quelque chose, Il prouve que c’est bien lui qui a parlé et s’il n’obtient pas ce qu’il veut, “ ce sera la galère ”.
« Voilà ce qui s’est passé une première fois. Jésus voulait sauver Jérusalem, tout simplement, par l’amour, la miséricorde, en l’émouvant par le spectacle de son Sang répandu sur la Croix. Parce que c’était la race élue, parce qu’ils avaient la Loi de Moïse, parce qu’ils avaient le Temple de Yahweh, ils n’avaient pas besoin de Jésus et ils n’ont pas voulu. Jésus a été évidemment le plus fort. Jérusalem, cette bande d’escrocs, de sadducéens, grands prêtres et prêtres, et puis cette bande d’hypocrites de pharisiens, allaient-ils faire leur loi à Dieu, à Dieu le Père, contre son Fils ? Cela ne tient pas !
« Grande découverte un peu effrayante pour nous, royalistes, élevés dans le culte des rois de France, sacrés à Reims, quand il a fallu rouvrir cette histoire à la lumière de la théologie. Le Sacré-Cœur, Dieu le Fils, est revenu en 1689 et il voulait refaire ce contrat entre l’humanité et particulièrement la France, sa fille aînée et particulièrement le roi de France, son ami, son bien-aimé. Il voulait refaire cette connivence, cette communauté de cœur et de pensée, il fallait que ce roi accepte de reconnaître cette suprématie sur le Roi-Soleil, qu’il s’incline, s’agenouille devant le Sacré-Cœur de Jésus. Le roi de France et son confesseur jésuite n’ont pas compris. Les jésuites et la Visitation ne l’ont pas compris, n’ont pas fait ce que Jésus voulait. Cela a été la décadence de cette monarchie. Malgré le sacre, malgré tout, elle a été emportée. Le roi guillotiné, son fils mourant au Temple, en victime expiatoire. Elle ne s’est toujours pas relevée (...).
« Nous voici à la troisième sommation et c’est la dernière de Notre-Seigneur. Il envoie sa Mère. C’est l’ultime tentative pour sauver le monde. » (Sermon du 12 janvier 1992, L 76. 2 : “ En 1992, nous dévouer au Cœur Immaculé de Marie comme Dieu veut. ”)
Notre Père nous expliquait encore que Notre-Dame de Fatima, par son grand Secret du 13 juillet 1917, promulgue les clauses d’une « alliance contractuelle, d’un traité inégal, où il est peu demandé à la créature et beaucoup promis, si toutefois elle se montre fidèle à son Sauveur et dévouée à la Médiatrice de cet accord, appliquée à satisfaire toutes leurs demandes et loyale dans ce service. C’est un minimum ! en échange duquel paix sur terre et gloire dans le Ciel seront notre récompense.
« Donc les affaires de ce siècle sont conduites d’En-Haut par Dieu selon les engagements de cette alliance, comme les avatars du peuple hébreu le furent selon l’Alliance mosaïque et comme les bonheurs et les malheurs de la Chrétienté, de la France “ fille aînée de l’Église ”, résultent de leur fidélité ou de leurs manquements à la loi de Jésus-Christ leur Chef et leur mystique Époux. C’est insensé pour les autres hommes en raison de leur aveuglement et de leur dureté de cœur, c’est clair et rassasiant pour tout bon catholique. » (“ Cet adorable Secret, notre unique espérance ”, CRC n° 279, janv. 1992)
Quelles sont ces demandes dont l’accomplissement doit nous préserver des châtiments divins ?
« Je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé [à Tuy, le 13 juin 1929] et la Communion réparatrice des premiers samedis du mois [à Pontevedra, le 10 décembre 1925]. »
Cette soudaine entrée de la Russie, dès ce 13 juillet 1917, dans les affaires de Dieu est stupéfiante ! Et ce rôle de premier plan, cette nation le gardera jusqu’à la fin de ce drame apocalyptique.
Dès lors, nous expliquait notre Père, « la Russie est au centre de cette alliance conditionnelle de Jésus-Dieu avec le monde qu’il veut sauver. Mais, qu’on le remarque bien, en 1929 comme déjà en 1917, la consécration de la Russie pour empêcher qu’elle soit le moyen du châtiment de l’humanité, est mise en conjonction nécessaire avec l’œuvre de pure dévotion et charité réparatrice des premiers samedis du mois, l’une et l’autre demande ayant pour intention la gloire et la consolation, la louange et l’amour du Cœur Immaculé de Marie établis dans le monde entier. Jusqu’aujourd’hui, on a constamment oublié le lien divinement certifié de ces deux demandes à satisfaire conjointement pour en obtenir les merveilleux effets. Et rien n’est donc venu. » (ibid.)
C’était écrit en 1992, mais c’est le meilleur commentaire de la consécration de la Russie accomplie par le pape François en 2022, trente ans après !
Du temps de Pie XI, Jean XXIII, Paul VI, les papes avaient leur propre politique vis-à-vis de l’Urss, dont ils étaient très fiers, et ils jugèrent que Notre-Dame, par cette ingérence dans leur domaine réservé, “ disqualifiait ” toutes ses demandes. Et bientôt, ils pousseront si loin leur culte de l’homme qu’ils ne supporteront plus la notion de réparation qui suppose que les hommes sont pécheurs. Devant l’Immaculée, ces orgueilleux s’écrient comme les mauvais anges : « Non serviam ! »
Pourtant, Notre-Dame donnait toutes les preuves de l’urgence de ses demandes. Ses prophéties, très précises, se sont réalisées exactement : l’annonce de la Deuxième Guerre mondiale, « pire » que la première, qui se déclencherait sous un pape nommé Pie XI et précédée d’une « lumière inconnue » que l’Europe entière a effectivement contemplée dans la nuit du 25 janvier 1938 !
Dans le miroir de l’éternité où tout est présent, Notre-Dame connaissait déjà l’endurcissement de ses ministres, et c’est ce qui donne à ses demandes un ton de complainte qui rappelle certains psaumes oraculaires.
« Ah ! si mon peuple m’écoutait, si dans mes voies marchait Israël, en un instant j’abattrais ses adversaires et contre ses oppresseurs tournerais ma main. » (Ps 80)
« Aujourd’hui si vous écoutiez sa voix ! N’endurcissez pas vos cœurs. » (Ps 94)
Et l’Immaculée nous dit : « Si on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et on aura la paix (...). Si on écoute mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix. »
En conséquence de notre refus, elle nous annonce les châtiments, « par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions ». Ce sont les mêmes expressions que Notre-Seigneur dans son discours eschatologique. Tous ces textes procèdent bien de la même inspiration divine !
« La Russie répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties. »
Nous en sommes toujours là. Et la France elle- même aurait été anéantie par la révolution communiste si Notre-Dame n’était pas intervenue pour la sauver in extremis, le 8 décembre 1947, à L’Île-Bouchard.
En revanche, « au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi ».
Pourquoi donc au Portugal ? On attendrait : « À Rome se conservera toujours le dogme de la foi. » Mais non, la foi se perdra jusque dans l’Église, envahie à son tour par les erreurs de la Russie. La troisième partie du Secret nous la montre comme une grande ville à moitié en ruine, faute d’avoir obéi à Notre-Dame !
Au-dedans, elle est jonchée de cadavres. Ces cadavres sont ceux dont saint Jean écrit à l’Église de Sardes : « Je connais ta conduite ; tu passes pour vivant, mais tu es mort. » (Ap 3, 1) Ces cadavres sont donc des morts spirituels, comme ces pharisiens hypocrites que Notre-Seigneur appelait des « sépulcres blanchis » (Mt 23, 27). Ils ont rejeté les demandes de Fatima, ils se sont ainsi coupés de la grâce divine et, aujourd’hui, leurs cadavres encombrent l’Église qu’ils ont ruinée.
Au-dehors, l’Église souffre la persécution et le martyre. Ce qui sera son salut, car « sans effusion de sang, il n’est pas de rémission » (He 9, 22).
II. LE SACRIFICE ET LE BANQUET DE L’ALLIANCE
Dans son petit livre, Comment je vois le Message, sœur Lucie en vient à résumer l’économie de la Rédemption.
« Dans la Bible, qui retrace pour nous toute l’histoire de l’humanité, nous voyons qu’on offrait à Dieu des prières et des sacrifices pour les péchés personnels et pour ceux du peuple. Il y a d’abord Abel et Caïn ; puis Moïse, quand il sortit d’Égypte avec son peuple, disant qu’il allait dans le désert offrir à Dieu des sacrifices ; les Patriarches immolaient des victimes innocentes : agneaux, chevreaux, petits veaux, etc., pour les offrir à Dieu en sacrifices d’expiation pour leurs péchés et ceux du peuple. Le Christ s’offrit à son Père en victime expiatoire pour les péchés de l’humanité. Et nous, maintenant, nous devons unir notre prière et nos sacrifices à la prière et aux sacrifices du Christ immolé sur le bois de la croix et présent sur l’autel et dans les tabernacles, en renouvelant son offrande au Père pour compléter son œuvre rédemptrice. »
LA THÉOPHANIE DE TUY.
Une fois encore, sœur Lucie ne récite pas une leçon de théologie, mais elle raconte ce qu’elle a vu, spécialement à Tuy, le 13 juin 1929. Selon notre Père, cette théophanie trinitaire, eucharistique et mariale est la plus importante de l’histoire de l’Église.
(tableau d’Élisabeth de Nantes)
« Toute la chapelle s’éclaira d’une lumière surnaturelle et, sur l’autel, apparut une croix de lumière qui s’élevait jusqu’au plafond. Dans une lumière plus claire, on voyait sur la partie supérieure de la Croix, une face d’homme, avec un corps jusqu’à la ceinture. Sur sa poitrine une colombe, de lumière plus intense, et, cloué à la croix, le corps d’un autre homme. Un peu en dessous de la ceinture de celui-ci, suspendus en l’air, on voyait un Calice et une grande Hostie sur laquelle tombaient quelques gouttes de sang qui coulaient sur les joues du Crucifié et d’une blessure à la poitrine. Coulant sur l’Hostie, ces gouttes tombaient dans le calice. »
C’est la représentation du Saint-Sacrifice du Fils de Dieu fait homme, qui était préfiguré par tous les sacrifices de l’Ancien Testament, qui est perpétuellement en acte dans le Ciel et que réitère chacune de nos messes sur la terre, pour célébrer l’Alliance du Christ avec son Église et nous en distribuer les fruits.
Déjà à l’automne 1916, au Cabeço, le mystère de la Sainte Trinité et de la Sainte Eucharistie étaient apparus étroitement liés et la prière qu’avait enseigné l’Ange aux trois enfants avant de leur donner la communion constitue, par avance, le commentaire de la vision de Tuy :
« Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément, et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs. »
Notre Père disait que l’Église pourrait faire de cette prière le Canon d’une nouvelle messe ! Elle nous unit au Saint-Sacrifice et nous prépare à la communion sacramentelle ou spirituelle.
Quant à sœur Lucie, elle témoigne que cette prière lui fut d’un grand secours dans son union à Dieu : « Elle m’a rapprochée de Lui, m’a saisie, s’est gravée en mon cœur de façon indélébile : Sainte Trinité, Dieu unique et véritable, en qui je crois et j’espère, je t’adore et je t’aime ; accepte mon amour et mon humble adoration. Ce que j’ai à te donner, c’est si peu que je te demande d’accepter, en échange de mon indignité, les mérites infinis du Cœur de Jésus et ceux du Cœur Immaculé de Marie et, en échange, je te demande la conversion des pauvres pécheurs. »
Le Cœur de Jésus et le Cœur de Marie nous apparaissent inséparables, spécialement dans la célébration de leur Saint-Sacrifice.
En effet, à Tuy, Notre-Dame de Fatima apparaît sous le bras droit de la croix en Corédemptrice, dispensatrice du Pain et du Vin eucharistiques, Médiatrice de la Grâce et de la Miséricorde. « C’était Notre- Dame de Fatima avec son Cœur Immaculé dans la main gauche, sans épée ni roses, mais avec une couronne d’épines et des flammes », précisera Lucie.
Déjà, dans l’Ancien Testament, il était écrit de la Sagesse : « Elle a abattu ses bêtes, préparé son vin, elle a aussi dressé sa table (...). “ Qui est simple ? Qu’il passe par ici ! Venez, mangez de mon pain, buvez du vin que j’ai préparé ! ” » (Pr 9, 2-5)
C’était l’évocation des rites de l’ancienne liturgie mosaïque, le sacrifice et le repas de communion auxquels la Sagesse convie les hommes, et qui préfiguraient le Saint-Sacrifice de la Messe. Nous comprenons que la Vierge Marie, sous les traits mystérieux de la Sagesse, dirige l’Histoire sainte en vue du Sacrifice perpétuel de l’Alliance.
MARIE CORÉDEMPTRICE.
La vision de Tuy nous fait comprendre sa Corédemption au Calvaire et les souffrances de son Cœur Immaculé, qu’elle présente « avec une couronne d’épines et des flammes ». Au pied de la Croix, Notre-Dame partageait toutes les douleurs de son Fils, à qui elle avait fourni ce Corps et ce Sang qu’il immolait maintenant sur la Croix, pour nous les donner à manger et à boire après sa mort et sa résurrection !
Tout au long des apparitions du dix-neuvième siècle, que vous connaissez bien, maintenant, Notre-Dame a montré son souci du Saint-Sacrifice de son Fils.
À la Rue du Bac, pour commencer, au dos de la Médaille miraculeuse, la Sainte Vierge a voulu inscrire son initiale, un grand M : il tient lieu d’autel pour la Croix qui le surmonte. Cela évoque l’offrande par la Sainte Vierge des souffrances de son Fils crucifié, à la Messe comme au Calvaire, qui est la source des grâces qu’elle répand en Médiatrice, comme le montre l’avers de la Médaille.
Ensuite, à La Salette, que porte la Vierge en pleurs sur sa poitrine ? Un crucifix vivant, avec la tenaille et le marteau de la Passion, et qui semble être la source de la lumière de gloire qui l’environne. Mais la Sainte Vierge se plaint du peu d’assiduité de son peuple à la Messe.
Et à Lourdes, comment l’Immaculée a-t-elle exprimé son amour de la Croix ? Par son premier geste devant Bernadette, qui fut de saisir le crucifix de son chapelet pour tracer sur elle un sublime signe de croix, renouvelé à chaque apparition. Bernadette l’imiterait désormais avec une grâce telle que la voir faire son signe de croix suffirait à convertir des pécheurs. « Si l’on fait au ciel des signes de croix, ils ne peuvent être faits que de cette manière », témoignera Jean-Baptiste Estrade.
À Pontmain, Notre-Dame empoigne à pleine main le crucifix sanglant et le présente à l’adoration de son peuple avec une indicible douleur. En même temps, elle s’unit au “ Parce Domine ” chanté par ses enfants, cette hymne de pénitence et de conversion. Elle revit sa compassion et son intercession du Calvaire, elle achève l’œuvre de notre Rédemption.
À Pellevoisin, enfin, sur la poitrine de Notre-Dame, le scapulaire du Sacré-Cœur remplace le crucifix sanglant. « Rien ne me sera plus agréable, dit-elle à Estelle dans sa dernière apparition, que de voir cette livrée sur chacun de mes enfants et qu’ils s’appliqueront tous à réparer les outrages que mon Fils reçoit dans le Sacrement de son amour. » En effet, avait-elle précisé auparavant, « ce qui m’afflige le plus, c’est le manque de respect qu’on a pour mon Fils dans la sainte communion ».
Nous ne sommes donc pas étonnés, à Pontevedra, de voir la Sainte Vierge nous appeler encore à la Table sainte pour que nous nous nourrissions de l’Eucharistie, par une communion réparatrice ! Au moins lors de cinq premiers samedis du mois, après nous être confessés, afin de la consoler, de lui faire plaisir et d’en recevoir toutes les grâces nécessaires à notre salut.
Enfin, la théophanie de Tuy met en lumière la participation de Marie à chacune de nos messes : non seulement en s’unissant au Saint-Sacrifice de son Fils, mais en personnifiant l’Église dans son offertoire. L’Église offre le pain et le vin, comme la Vierge Marie offrit sa chair virginale au jour de l’Annonciation, puis son sang, son lait maternel. Le Fils de Dieu s’empare de ces êtres, disant : « Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang » et les changeant réellement en son Corps et son Sang divins.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus l’exprimait en un vers, un raccourci saisissant : « Ma blanche Hostie, c’est le Lait Virginal !... » (“ La Rosée divine ”)
UNA CUM CHRISTO HOSTIA, COR UNUM.
Cependant, à Tuy, il n’y a pas de prêtre, pour nous distribuer la sainte Eucharistie. L’abbé de Nantes remarquait la même absence, déjà lors de la troisième apparition de l’Ange, en 1916. Il avait apporté la sainte communion aux trois pastoureaux sans recourir au ministère du prêtre. Notre Père le comprenait comme l’annonce de temps terribles où il n’y aurait plus de prêtres pour nous nourrir du Corps et du Sang eucharistiques de Jésus.
La vision de Tuy nous révèle du moins où l’Ange a pris l’Hostie et le Calice qu’il partagea entre les enfants : sous le bras droit de la Croix de lumière, au Ciel !
Surtout, Notre-Dame nous y offre « les deux derniers remèdes », comme le dira Lucie au Père Fuentes, deux moyens pour nous unir tout de même au Saint-Sacrifice et en recueillir les fruits : le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.
« Les mystères du Rosaire, médités et savourés, enseignait le cardinal Luciani, futur Jean-Paul Ier, sont la Bible approfondie, faite nourriture et sang spirituels. » (Homélie du 7 octobre 1973, cf. CRC n° 325, sept. 1996, “ Jean-Paul Ier et Fatima ”)
Le chapelet est donc le moyen privilégié de nos communions spirituelles.
Quant au Cœur Immaculé de Marie, Notre-Dame est revenue à Tuy spécialement pour demander que le Pape lui consacre la Russie. Quel rapport avec l’Eucharistie ? Sœur Lucie nous l’explique :
« La consécration au Cœur Immaculé est un lien qui unit à la Mère du Corps mystique du Christ et au Christ présent dans l’Eucharistie, devenu notre pain de chaque jour. »
La vie de sœur Lucie, toute consacrée au Cœur Immaculé de Marie, nous donne l’exemple d’un tel attrait pour Jésus-Hostie, jusqu’à s’identifier avec Lui. Elle l’exprime dès les premières lignes de son petit livre, Comment je vois le Message, dans une poésie ravissante et d’une insondable profondeur théologique et mystique :
« Je veux te suivre toujours,
où que tu ailles,
avec toi être consacrée,
petite hostie d’amour !
Humble grain de blé,
moulu par amour pour toi,
offert au Père avec toi,
hymne d’éternelle louange ! »
Il n’y a qu’à réciter cette prière devant le Saint-Sacrement pour entrer en contemplation !
La vision de la troisième partie du Secret du 13 juillet 1917 nous décrit la consomption de l’Église hiérarchique, cause de cette disparition du sacerdoce catholique que redoutait notre Père. Mais elle nous révèle aussi un autre affluent du grand fleuve de la grâce et de la miséricorde : le sang des martyrs. Si le Christ n’offre plus son Saint-Sacrifice sur les autels faute de prêtres pour en être les ministres, il le revit en revanche dans ses martyrs dont le sang s’identifie à son Précieux Sang, pour irriguer, sous les deux bras de la Croix, les âmes qui s’approchent de Dieu.
On comprend alors la soif du martyre qui animait sœur Lucie, comme un moyen de s’unir à la divine victime ! « Ah ! que je voudrais le martyre ! s’écriait-elle le 15 août 1936, au moment où le sang des prêtres, religieux et fidèles de toutes conditions coulait à flots en Espagne. Je ne mérite pas cette grâce, mais je la désire et l’espère de la divine Miséricorde. » (Lettre au Père Aparicio, cf. Sœur Lucie, confidente du Cœur immaculé de Marie, p. 235)
Ainsi, l’Alliance divine avec l’Église défaillante se resserre dans un « marché d’amour » entre Jésus et Marie, bien exprimé par notre Père, dans sa Complainte d’amour et de miséricorde de Notre-Dame en grand chagrin (15 juillet 2000) : « De mes larmes mêlées aux larmes et sang de toutes les âmes vouées à mon Cœur Immaculé, je plaiderai Miséricorde pour les âmes qui s’approchent de Dieu : le Sang des martyrs est semence de chrétiens. »
C’est ainsi que Notre-Dame remportera sa victoire, « à la fin ».
« À la fin, Dieu aura pitié de qui ? » se demandait notre Père.
« De l’Immaculée Conception, et, à cause d’Elle, il sauvera le monde. Comment ? En bon catholique, il le sauvera par le Pape, son Vicaire, son fils, et voici comment je traduis ce message merveilleux, dans une fidélité profonde à sa prophétie : “ À la fin, mon Cœur Immaculé, dit la Sainte Vierge, triomphera (du) Saint-Père (qui) me consacrera la Russie, qui se convertira. Et il sera donné au monde un certain temps de paix. ” » (“ Cet adorable Secret, notre unique espérance ”, CRC n° 279, janv. 1992, p. 6)
III. L’ARCHE D’ALLIANCE
Nous avons de quoi être émerveillés des grandeurs de la Vierge Marie, Notre-Dame de la Victoire, qui désarme même la Colère de Dieu. Au fil de ses grandes manifestations, elle nous est apparue de plus en plus revêtue d’autorité, elle confine à la Divinité !
▪ à La Salette : « Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième et on ne veut pas me l’accorder » ;
▪ à Lourdes : « Je suis l’Immaculée Conception. » Elle dit : « Je suis », comme Yahweh à l’Horeb, comme Jésus dans l’Évangile, comme la Sagesse dans le livre des Proverbes !
▪ à Pellevoisin : « Je suis toute miséricordieuse et maîtresse de mon Fils » ;
▪ en attendant qu’à Tre Fontane, en 1947, elle dise : « Je suis Celle qui suis dans la divine Trinité. »
▪ À Fatima, Notre-Dame avait dit, le 13 mai : « Je suis du Ciel. » Lucie, en commentant plus tard cette apparition avec sa profonde intelligence de l’Écriture sainte, la nomme d’ailleurs : « L’Arche d’Alliance, la Porte du Ciel. »
Cela nous rappelle aussitôt l’Apocalypse, où l’apparition de la Sainte Vierge suspend le châtiment divin : « Alors s’ouvrit le temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d’alliance apparut, dans le temple ; puis ce furent des éclairs et des voix et des tonnerres et un tremblement de terre, et la grêle tombait dru...
« Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête. » (Ap 11, 19 – 12, 1)
Quelle était donc cette Arche d’Alliance de l’Ancien Testament, qui est une figure de l’Immaculée Conception toute divinisée ? C’était un coffre précieux, conservé dans le Temple de Jérusalem, et qui renfermait trois reliques : les Tables de la Loi données par Dieu au Sinaï, mais aussi le bâton de Moïse, avec lequel il avait accompli les miracles de la sortie d’Égypte et de la traversée du désert, vers la Terre promise, et enfin un peu de la manne qui avait nourri les Hébreux dans le désert.
Or, l’Église a reconnu le symbole de la Parole de Dieu dans ces Tables de la Loi. Bien plus, pendant ce camp, l’Immaculée Conception elle-même nous est apparue comme la Loi vivante : la Conception de Dieu, qui nous fait connaître sa volonté. Jusqu’alors, elle n’était encore que gravée sur des tables de pierre. Et non seulement la connaître, mais l’aimer et la pratiquer, pour plaire à Notre-Dame.
Ensuite le bâton de Dieu : il est la figure de la Croix qui nous délivre de Satan. Moïse avait reçu ce bâton pour faire jaillir l’eau du rocher, au désert, afin d’abreuver les Hébreux. De même, sur la Croix, du Cœur de Jésus transpercé par la lance du centurion jaillit l’eau de la grâce purifiante et vivifiante, dont l’Immaculée est la dispensatrice, l’eau du baptême.
La manne, enfin, nourriture quotidienne miraculeuse du peuple hébreu dans le désert, est la figure de la Sainte Eucharistie : la Sainte Hostie et le Précieux Sang, dont le Cœur à Cœur eucharistique de Jésus et Marie nourrit chaque matin leurs enfants à la messe, que célèbrent ses ministres sur toute la surface de la terre.
L’Arche d’Alliance était tellement revêtue de la Sainteté, de la Puissance de Dieu, qu’elle devint pour les Hébreux un palladium, une protection contre leurs ennemis.
Dans le Livre de l’Exode, lorsque Yahweh commanda à Moïse la fabrication de l’Arche, il ajouta : « C’est là que je te rencontrerai. C’est de sur le propitiatoire, d’entre les deux chérubins qui sont sur l’arche du Témoignage, que je te donnerai mes ordres pour les Israélites. » (Ex 25, 22)
Bien plus parfaitement, c’est du sein de la Vierge Marie que le Verbe divin s’est incarné pour nous révéler sa Loi nouvelle. Et dans les derniers temps, de la rue du Bac à Fatima, la Parole de Dieu nous atteint immédiatement par la voix de Marie, Arche véritable de l’Alliance nouvelle et éternelle, sanctuaire de la Divinité. Quel mystère !
Heureusement, parallèlement à la Révélation de Fatima, le Bon Dieu a suscité des saints pour tâcher d’expliquer cette union sublime de la Vierge Marie avec la Sainte Trinité, qui est inhabitation, identification, divinisation !
LE BIENHEUREUX ÉDOUARD POPPE (1890-1924).
Ce prêtre flamand était dévoré de zèle pour le règne du Christ dans les âmes et dans toute la société, selon la devise de saint Pie X : « Omnia instaurare in Christo. » Alors même qu’il était très malade, souvent alité, il devint le grand promoteur de la Croisade eucharistique des enfants et exerça un puissant rayonnement sur les prêtres de sa génération.
Quel était le secret de sa fécondité étonnante ?
Dès son séminaire, il s’était mis à l’école de saint Louis-Marie Grignion de Montfort et depuis lors, toute sa vie spirituelle et son ministère sacerdotal furent un déploiement de la Médiation de Marie, même s’il n’en fit pas une théologie systématique.
« Grignion de Montfort est un excellent maître, affirmait-il à ses confrères. Plus qu’aucun autre, il nous conduit à une union plus étroite, plus directe et plus totale avec Jésus “ en Marie ”. » (26 février 1920)
C’est pourquoi il s’appliquait lui-même et recommandait aux autres de rentrer dans le sein de Marie, notre Mère – ce que Nicodème ne comprenait pas, dans l’Évangile (cf. Jn 3, 4) –, afin d’être formés par elle comme ses enfants et devenir de « petits Jésus ».
Dans cet élan, découvrant toujours plus profondément « la relation entre Jésus et Marie dans leur gloire agissante mutuelle », comme il disait, il ne les sépara plus, les embrassant toujours dans un même regard, dans une même prière, jusque dans l’Hostie !
« J’adore Jésus en Marie. Le sein de sa Mère est son trône par excellence, son ostensoir le plus resplendissant (...).
« Mon cœur va à tous deux en un seul regard, un seul amour. Je vois la Sainte Hostie comme le fruit du sein de Marie, et Elle, je ne la vois que comme le trône vivant du Roi eucharistique. Elle est là, et sa présence ouvre les sources de grâce du Cœur eucharistique de Jésus et les fait déborder plus pleinement dans ma pauvre âme. » (L’Étendard de Marie, article posthume, juin 1925)
En revanche, il déplore que beaucoup, même parmi les dévots de Marie, la placent seulement à côté de Jésus. « Je suis si souvent peiné de constater que Marie est placée à côté de Jésus, même par ceux qui lui donnent les noms de Médiatrice et de Temple de la Trinité ! Marie n’est pas à part ni par elle-même : Elle est le Trône où a pris origine et d’où coule la Source de grâce éternellement jaillissante de la Trinité. » (à Urbain Bauwens)
Et encore : « La vraie dévotion à la divine Trinité et à Jésus est “ mariale ”, toute notre vie de grâce est “ mariale ”. » (à Eugène Heyrman, septembre 1919)
« Chacune des grâces que nous recevons est perlée d’une goutte du Sang de Jésus et d’une larme de notre Mère spirituelle. Chacune des grâces de Jésus nous est donnée avec un sourire de Marie, Médiatrice de toutes grâces. » (Conférence au Congrès eucharistique de Gand, 4 août 1922)
L’abbé Poppe n’aspire qu’à une chose : se perdre en Marie pour être tout à Jésus. Sa dernière lettre à son directeur paraît à cet égard un commentaire des théophanies de Fatima – qu’il ignorait pourtant –, lorsque Notre-Dame ouvrait les mains, enveloppant les enfants dans l’immense lumière qui est Dieu :
« Entrons dans la nubes lucida [c’est une allusion à la nuée lumineuse qui manifestait la présence et la protection de Yahweh auprès du peuple hébreu, dans le désert ; c’était une figure annonciatrice de Marie !], entrons en Marie, c’est là que nous serons transformés en lumière, c’est là que nous attendent les ardeurs du Règne. Elle est le foyer du Feu, Elle est la douce entrée de la Fournaise. » (12 mai 1924)
Au même moment, un autre instrument de l’Immaculée commençait à embraser la Pologne, avec une ardeur capable d’enthousiasmer l’Église, de jeter le monde entier aux pieds de Marie. Nous avons chanté tout au long du camp de la Phalange l’oratorio que frère Henry lui a consacré. Est-il besoin de le présenter ?
SAINT MAXIMILIEN-MARIE KOLBE (1896-1941).
Frère Maximilien-Marie puisa dans son intimité avec l’Immaculée d’autres intuitions qui lui vaudront d’être proclamé un jour docteur de l’Église, pensait notre Père.
D’abord, ce dévot de la Vierge de la Rue du Bac et de Lourdes comprit que le mystère primordial de Marie, ce n’est pas sa Maternité divine, mais son Immaculée Conception : « Je suis l’Immaculée Conception », c’est son nom propre, le secret de son être !
Et ce premier mystère le conduisait à scruter surtout l’union de Marie avec la troisième Personne de la Sainte Trinité car, affirmait-il, « la Vierge Marie existe pour que soit mieux connu l’Esprit-Saint » (Conférence du 25 septembre 1937).
Mais comment exprimer cette union dont il avait pourtant l’expérience ? Le Père Kolbe chercha, mais n’y parvint pas. Quelques jours avant son arrestation par les nazis, en février 1941, il écrivait encore : « La troisième Personne de la Sainte Trinité n’est pas incarnée, mais notre mot humain “ épouse ” n’arrive pas à exprimer la réalité du rapport de l’Immaculée avec le Saint-Esprit. On peut affirmer que l’Immaculée est, en un certain sens, “ l’incarnation ” de l’Esprit-Saint. En Elle, c’est l’Esprit-Saint que nous aimons, et par Elle, le Fils. » (Conférence du 5 février 1941)
FRÈRE GEORGES DE JESUS-MARIE (1924-2010).
Notre Père s’est réclamé bien souvent de saint Maximilien-Marie Kolbe, pour pousser plus avant ses recherches. Or sa métaphysique relationnelle, qui lui donnait tant de justesse dans l’analyse de nos relations humaines, lui ouvrit, par analogie, le secret des relations de Marie avec les trois Personnes divines, le secret de son être et de sa vocation.
Comme le Père Maximilien-Marie Kolbe, le théologien de la Contre-Réforme catholique s’appliqua à explorer le mystère de Marie en étudiant son nom, révélé à Lourdes : « Je suis l’Immaculée Conception ». Notre Père découvrit la clef du mystère en remarquant que, de toute éternité, Dieu le Père conçoit son Verbe, sa Parole. Il y a donc de la conception, en Dieu ! Ce mot de conception qualifie la génération du Fils par le Père. Une conception, explique l’abbé de Nantes, c’est une relation d’engendrement spirituel.
Et voilà que la Vierge Marie, plus divine qu’humaine, se nomme par une œuvre éternelle de Dieu : « Je suis l’Immaculée Conception ». Cela l’établit dans une analogie non pas d’abord avec le Saint-Esprit, comme croyait le pressentir le Père Kolbe, mais avec le Fils de Dieu, la deuxième Personne de la Sainte Trinité.
Cette analogie stupéfiante illustre la parole fulgurante de saint Louis-Marie Grignion de Montfort : « Ce que je dis absolument de Jésus-Christ, je le dis relativement de la Sainte Vierge. » (Traité de la vraie dévotion, n° 74)
Comprenons bien : le Verbe est la Conception du Père et, analogiquement, Marie est l’Immaculée Conception du Père et du Fils, dans l’embrasement de leur Amour.
Saint Louis-Marie poursuit :
« Jésus-Christ l’ayant choisie comme compagne indissoluble de sa vie, de sa mort, de sa gloire, de sa puissance au Ciel et sur la terre, il lui a donné par grâce, relativement à sa majesté, tous les mêmes droits et privilèges qu’il possède par nature. »
Vous avez bien lu : Il lui a tout donné, tout ! c’est-à-dire sa splendeur, sa divinité, son éternité ! L’Immaculée Conception est la compagne éternelle du Verbe, que le Père lui a donnée pour épouse. De ce premier couple parfait, Adam et Ève ne seront que l’image, dans le temps.
Et que va faire cet Époux divin pour son Épouse immaculée ? Il va la combler de son Amour, de son Esprit, afin qu’elle aime son Père et pour lui donner une fécondité inépuisable. Notre Père jouait de ces allégories humaines, d’une façon savoureuse !
« Voyons bien que les choses de la chair ne nous éloignent pas de cette grande vérité selon laquelle la perfection des épousailles humaines consiste pour l’être humain, l’époux, à répandre dans le sein de sa femme sa semence vivifiante et fécondante. Ici, comme il est question d’épousailles spirituelles, le Christ-Époux va répandre dans l’âme de la Vierge, dans le Cœur de la Vierge, indéfiniment, inépuisablement, les richesses de son Esprit vivifiant et fécondant. Ainsi, la Vierge devient le sanctuaire de l’Esprit-Saint.
« Erreur de dire qu’elle est l’épouse de l’Esprit-Saint. Elle est comblée de l’Esprit-Saint par Jésus, son Époux, afin de devenir Mère de génération et génération. Et si vous voulez qu’on aille jusqu’au bout des choses, elle a été comblée de l’Esprit-Saint dès l’origine, afin de devenir la Mère de cette chair et de ce sang du Christ, pouvoir être capable par sa sainteté d’être féconde d’un Fils de Dieu fait homme (...).
« Et voici que l’Époux et l’Épouse sont tellement unis que passe de son Cœur dans le Cœur de la Vierge Marie, dans ce baiser nuptial, éternel – qui est un baiser chaste et spirituel évidemment, mais qui est, même pour les époux, un modèle de vie spirituelle, surnaturelle –, voici que passe de Jésus en Elle l’Esprit-Saint. Et cet Esprit-Saint la rend féconde, c’est-à-dire active dans le Ciel ; elle passe son Ciel, Elle aussi, Elle plus que quiconque, à faire du bien sur la terre. Elle donne sans cesse des enfants à son Époux pour la gloire du Père. » (Sermon de la fête de la Sainte Trinité, 2 juin 1985 : “ La Bienheureuse Vierge Marie est M. E. R. E. ”, cf. S 82. 7)
Voilà donc comment l’Immaculée Conception, fille du Père, Épouse du Fils, devient le sanctuaire de leur Amour et son instrument pour accomplir toutes ses œuvres.
Voilà pourquoi les livres sapientiaux nous la montrent, sous les traits de la Sagesse qui partage le trône de Dieu (Sg 9, 4). Dès la création, elle participe à l’œuvre divine : « J’étais à ses côtés comme le maître d’œuvre. » (Pr 8, 30) C’est Elle qui « gouverne l’univers pour son bien » (Sg 8, 1). Et à travers les siècles, c’est Elle qui dirige l’Histoire sainte ! « Ainsi ont été rendus droits les sentiers de ceux qui sont sur la terre, ainsi les hommes ont été instruits de ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés. » (Sg 9, 18)
Aux jours de l’Incarnation, par l’opération du Saint-Esprit, Elle sera rendue capable de fournir, de sa propre chair virginale, sa nature humaine au Fils de Dieu fait homme.
Après l’Ascension, à la Pentecôte, c’est par Elle que le Saint-Esprit sera donné à l’Église et, dans les derniers temps, c’est encore par sa bouche que l’Esprit-Saint nous enseigne et nous rappelle tout ce que Jésus nous a dit (cf. Jn 14, 26), comme Jésus l’avait promis à ses Apôtres. Il ne nous révèle pas des vérités nouvelles, mais il nous donne une intelligence nouvelle de la Révélation, du dessein éternel de Dieu dont nous comprenons maintenant qu’il veut, de toute éternité, établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.
L’Immaculée Conception est vraiment à la source et au terme de la Révélation du Mystère de Dieu. C’est d’ailleurs bien ce qu’elle a dévoilé en se nommant à Tre Fontane : « Je suis la Vierge de la Révélation. »
Et ce n’est pas fini, l’activité, la fécondité de l’Immaculée ne sont pas achevées ! En effet, au Ciel, elle ne désire qu’une chose : partager son infinie béatitude au sein de la Sainte Trinité et nous attirer au Ciel pour multiplier sa joie, la répandre, en enivrer le cœur de ses enfants. Ainsi, nous serons avec Elle, nous ne ferons plus qu’un avec Elle, nous serons tous ensemble cette Église dont Elle est le modèle et le total, la personnification, pour la louange de la gloire de son Père, de son Fils et Époux et de leur commun Esprit. Amen ! Alléluia !
CONCLUSION :
NOUS, DU MOINS, RÉPONDONS AUX DEMANDES DU CIEL !
Parvenus au terme de notre étude de la grande nouvelle du règne de l’Immaculée, nous avons progressé dans l’intelligence du dessein de Dieu. Dans les derniers temps, il veut réchauffer la froide vieillesse du monde par la suave éloquence des battements de son Cœur.
À mesure que l’apostasie progresse, notre très chéri Père céleste nous dévoile les profondeurs de sa tendresse. Le Sacré-Cœur de Jésus, le Cœur Immaculé de Marie qu’il offre à notre culte sont les relais de la circumincessante charité divine, déversant sur la terre l’eau vive de la grâce et de la miséricorde jaillie du sein du Père.
Ces dévotions que l’Esprit-Saint suscite dans l’Église ne sont pas une nouveauté, encore moins une “ réforme ”, car ces inventions variées de la Sagesse divine n’ont d’autre but que de nous faire aimer l’Amour et de nous attirer à sa source. Tel est bien le sens de la devise des Petits frères du Sacré-Cœur, que nous chantons chaque soir :
Deus noster, Pater, in Filio Jesu,
per Spiritum et Mariam,
ad laudem Gloriæ suæ, Misericordia nostra !
Dieu, notre Dieu et notre Père,
dans son Fils Jésus,
par l’Esprit-Saint et la Très Sainte Vierge Marie,
à la louange de sa Gloire, notre Miséricorde !
2026 : LE REJET DE L’ALLIANCE DANS LE CŒUR IMMACULÉ DE MARIE.
Las ! les hommes ne veulent pas. Cent ans après la révélation de la dévotion réparatrice, demandée par l’Enfant-Jésus et sa Mère à Pontevedra le 10 décembre 1925, elle demeure strictement censurée par le Vatican. Pire, Satan qui déambule librement dans l’Église depuis qu’elle s’est ouverte au monde lors du concile Vatican II, a sinistrement devancé ce centenaire par la publication de la note doctrinale Mater populi fidelis (4 novembre 2025) : au lieu de reconnaître et promouvoir la réparation de tous les outrages commis contre le Cœur Immaculé de Marie par ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, parce qu’ils n’espèrent pas et n’aiment pas, le Dicastère pour la doctrine de la Foi y ajoute ses propres blasphèmes contre la Médiation et la Corédemption de notre Mère.
À l’exception de quelques efforts sporadiques en faveur de la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie, dans quelques pays, diocèses, paroisses, mouvements ou communautés religieuses, parmi lesquels nous voulons tenir notre place, l’Église dans son ensemble refuse à Dieu le culte qu’il lui plaît de nous réclamer aujourd’hui.
1726 : LE REJET DE L’ALLIANCE DANS LE SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS.
Pour bien comprendre la tragédie qui se déroule sous nos yeux, prévoir ses conséquences et nous y préparer, il est utile de jeter un regard en arrière, sur les quatre années 1726-1729, il y a juste trois siècles, qui marquèrent, selon l’abbé de Nantes, le paroxysme du combat entre le Sacré-Cœur de Jésus et le démon pour la possession de la Chrétienté.
Bien que Louis XIV ait refusé les demandes de son Souverain véritable en 1689, le Ciel demeurait disposé à faire grâce à la France.
L’effroyable peste de Marseille, en 1720 et 1722, avait été un avertissement des châtiments que méritait à la France la corruption des mœurs et plus encore des esprits, tandis que la Régence favorisait les menées des libertins, des jansénistes et des prétendus philosophes. L’extinction miraculeuse du fléau, en revanche, après la consécration de la ville de Marseille au Sacré-Cœur par son saint évêque, Mgr de Belsunce et par les échevins de la ville, avait été le signe éclatant pour la Chrétienté tout entière de la puissance et de la volonté de miséricorde du Sauveur. En 1726, en accomplissement de ses vœux, le vénérable prélat posa la première pierre d’une église dédiée au Cœur de Jésus.
Au sortir de la Régence, le destin de la France semblait hésiter entre le règne du Sacré-Cœur et les profondeurs de Satan.
1726 fut l’année de l’introduction de la franc-maçonnerie en France, venue d’outre-Manche, qui ensemencerait les esprits de l’aristocratie et de la bourgeoisie de ses idées impies, préparant le renversement du roi et de l’Église. Ce fut aussi l’année de l’exil de Voltaire en Angleterre. Il y resta trois ans, publiant ses Lettres philosophiques qui, sous prétexte de raconter son séjour, attaquaient la monarchie française, le catholicisme et prônaient en revanche les libertés anglaises dont il affirmait qu’elles faisaient sa supériorité.
Mais au même moment, les débuts magnifiques du règne de Louis XV le Bien-Aimé faisaient la preuve du contraire ! En 1726, aux applaudissements de son peuple, il renvoya son Premier ministre, le duc de Bourbon pour gouverner personnellement et guérir son royaume des séquelles de la Régence. En revanche, le 5 novembre de la même année, son sage et fidèle mentor, Mgr de Fleury, était créé cardinal.
par Nattier.
L’année précédente, le roi avait épousé Marie Leczinska, la fille du roi de Pologne déchu. Il l’avait choisie sans la connaître, à cause de la renommée de ses vertus. Avec son souverain, c’est la France tout entière qui s’éprit de la jeune reine. Nulle femme ne fut alors plus aimée en Europe, dans le monde, après la Sainte Vierge bien sûr ! C’était une âme d’élite, une âme mystique, coutumière de la souffrance. Elle fut l’instrument que le Sacré-Cœur suscita pour faire avancer sa cause au dix-huitième siècle, non seulement auprès du roi, mais auprès du Pape et dans toute l’Église ! La princesse avait d’ailleurs embrassé cette dévotion en Pologne, où la visitation de Cracovie, fondée en 1690 par une novice de sainte Marguerite-Marie, l’avait répandue avec un succès foudroyant.
En 1726, un an à peine après son mariage, la reine de France demanda au pape Benoît XIII d’autoriser la messe du Sacré-Cœur dans tout le royaume.
Avec elle, l’élite de la Chrétienté faisait le siège du Pape et propageait le culte du Sacré-Cœur. Mgr de Belsunce, suppliait le Saint-Père d’obéir au Sacré-Cœur, de même que l’évêque de Cracovie, le roi de Pologne, bientôt imité par le roi d’Espagne, l’Ordre de la Visitation.
L’évêque de Soissons, pour sa part, Mgr Languet de Gergy, écrivit sa Vie de sœur Marguerite-Marie Alacoque, qui parut en 1729. Ce fut un extraordinaire succès de librairie ! Par dévotion, par curiosité, par haine, tout le monde la lut, y compris les libertins et les jansénistes ! Et cet ouvrage opéra quantité de conversions : il suffit de raconter la vie de la sainte pour convertir les âmes bien disposées !
À Rome, le fer de lance de cette offensive divine était le Père Galliffet, jésuite, postulateur de la cause de sainte Marguerite-Marie, qui publia en 1726 son livre De Cultu Cordis. Il y réfutait tous les arguments spécieux des ennemis du Sacré-Cœur. Il était sûr du succès !
Hélas ! Satan était déjà bien installé dans la place, en la personne du Promoteur de la Foi, qui a rarement été si justement surnommé : l’avocat du diable ! Il s’agissait de Prosper Lambertini, le futur pape Benoît XIV, car cet homme deviendra pape ! et demeurera l’adversaire opiniâtre du Sacré-Cœur. Son argument décisif fut en substance d’expliquer aux cardinaux que le cœur n’est qu’une pompe. Plus précisément, il expliqua que faire du cœur l’organe du sentiment était une thèse philosophique hasardeuse en faveur de laquelle la théologie ne devait pas prendre parti.
Autant dire que les apparitions du Sacré-Cœur étaient fausses, car philosophiquement inadmissibles ! Lambertini n’osa développer une telle attaque qu’oralement, mais c’est néanmoins ce qui emporta la conviction de la Sacrée Congrégation des Rites.
Elle rejeta donc la demande de messe en l’honneur du Sacré-Cœur, d’abord hypocritement en 1727, puis catégoriquement en 1729.
Alors le sort de la France bascula irrémédiablement sous l’emprise de Satan. Le Roi, d’abord, succombant à ses passions charnelles, livra son cœur au diable sous les traits ravissants de Madame de Pompadour. De la même manière, les élites se laissèrent conquérir par les idées révolutionnaires qui conduisirent le pays à la ruine de 1789. À Marseille, la belle église du Sacré-Cœur édifiée par Mgr de Belsunce fut rasée jusqu’aux fondations.
L’ARCHE DU SALUT.
Néanmoins, le zèle de la reine Marie Leczinska en faveur du Sacré-Cœur ne se découragea jamais. Elle comprenait que sa position faisait d’elle l’instrument de la Providence pour promouvoir ce culte. De même les trahisons du roi n’aigrirent jamais son cœur d’épouse. Elle ne se lassa pas de pardonner et d’espérer sa conversion. Et elle finit par obtenir gain de cause ! En 1764, la mort de la Pompadour lui rendit son époux, tandis que l’année suivante, en 1765, Clément XIII approuva enfin la messe du Sacré-Cœur. Sa mission était accomplie.
Pendant ce dix-huitième siècle impie, la dévotion au Sacré-Cœur progressa néanmoins dans les âmes saintes et, par leur entremise, dans tout le peuple. La dernière fille de Marie Leczinska, Madame Louise de France, devenue prieure du carmel de Saint-Denis, y devint, à l’exemple de sa mère, l’apôtre infatigable de la dévotion au Cœur de Marie. C’est par le Sacré-Cœur de Jésus et le Cœur Immaculé de Marie que la foi catholique résistera à la tourmente révolutionnaire.
C’est leur culte qui animera spécialement le zèle des défenseurs du trône et de l’autel, leur permettant de triompher des diaboliques, soit par le martyre, comme Madame Élisabeth ou les carmélites de Compiègne, soit en préparant la magnifique restauration du splendide dix-neuvième siècle, mystique, apostolique et marial. Ainsi du Père de Clorivière, qui affirmait que la dévotion aux saints Cœurs de Jésus et de Marie avait été donnée à la France comme « la digue principale qu’il faut opposer au torrent d’iniquité ».
En quoi ce retour en arrière éclaire-t-il notre situation présente ?
Aujourd’hui, les dévots du Cœur Immaculé de Marie sont bien moins influents qu’au dix-huitième siècle : aucun évêque, aucun théologien en vue, aucun souverain chrétien, bien sûr, ne réclame du Saint-Père la reconnaissance de la dévotion réparatrice. Ses détracteurs, au contraire, encombrent la hiérarchie de l’Église, appelant sur elle le châtiment de terribles tempêtes !
Néanmoins, loin de vouloir quitter le navire en perdition, nous voulons plus que jamais nous identifier à l’Église, ainsi qu’à notre Patrie, la France, pour que par le modeste tribut de notre dévotion réparatrice, elles répondent malgré tout aux demandes du Ciel et obtiennent miséricorde.
L’exemple de Marie Leczinska nous encourage à persévérer, pour le salut de nos âmes et de toutes celles que Dieu a placées sur notre chemin, jusqu’à la victoire : au jour de leur martyre pour les uns, ou de l’inauguration du Règne nouveau de Jésus et Marie, pour ceux qui auront été mis à part pour en être les artisans !
En attendant, au plus fort des tempêtes, le Cœur Immaculé de Marie sera notre « port du salut », comme l’écrivait sœur Lucie en commentant la merveilleuse promesse que lui avait faite Notre-Dame le 13 juin 1917 : « Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu. »
Frère Bruno de Jésus-Marie