Il est ressuscité !

N° 212 – Août 2020

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


Medjugorje : vers une reconnaissance

LE journal La Croix publiait le 21 février dernier  un article au titre inquiétant : Medjugorje, une commission du Vatican aurait reconnu des apparitions. L’auteur, Nicolas Senèze, indiquait qu’ « un rapport remis en 2014 au Pape, et resté secret depuis, suggérait de reconnaître les sept premières apparitions de Medjugorje, tout en se montrant très réservé sur les phénomènes qui s’y seraient ensuite produits ». Le journaliste tient cette information d’un ouvrage du journaliste italien Saverio Gaeta qui vient d’être publié aux éditions italiennes San Paolo sous le titre Dossier Medjugorje et qui rendrait compte du rapport de la commission formée en 2010 par Benoît XVI, présidée par le cardinal Ruini, sur le caractère surnaturel des apparitions de Medjugorje. Mais le Saint-Siège, sollicité par La Croix, ne souhaite ni confirmer ni démentir l’authenticité de ce Dossier Medjugorje.

Quatre jours plus tard, le 25 février, Anita Bourdin de l’agence Zénith alertait ses lecteurs que la publication de ce Dossier Medjugorje, « n’est pas sans poser quelques questions qui imposent prudence : le document [le rapport Ruini] n’est pas publié officiellement par le Vatican ».

Alors, pourquoi le Vatican garde-t-il le silence ? Il n’a pas publié le rapport, mais ne condamne pas la publication du Dossier Medjugorje. Pourquoi cette double attitude apparemment contradictoire ? Prudence, crainte ou manœuvre du Saint-Siège ? Notre opinion est que le Saint-Siège prépare une reconnaissance d’une partie des apparitions de Medjugorje.

En nous appuyant essentiellement sur la longue enquête effectuée par frère Michel de la Sainte Trinité publiée en 1991 sous le titre Medjugorje en toute vérité et sur les nombreuses déclarations de Mgr Ratko Peric, évêque de Mostar, nous démontrerons que toutes les apparitions de Medjugorje sont diaboliques, que les évêques de Mostar, en toute connaissance de cause, n’ont jamais voulu les reconnaître, mais que Rome, jouant un double jeu, fait triompher les partisans de Medjugorje, permettant du même coup au diable de l’emporter.

Petit voyage dans un monde dominé par l’hérésie et le mensonge, mais qui s’écroulera à l’heure du triomphe de l’Immaculée.

LES FAITS

Les voyants sont deux garçons et quatre filles « ni meilleurs ni pires que d’autres », disent-ils d’eux-mêmes. Cinq d’entre eux sont nés à Bijakovici, l’un des quatre hameaux de la commune de Medjugorje, gros bourg de 3 400 habitants situé à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Mostar dans la province d’Herzégovine.

En 1981 quand a lieu la première apparition, Jakov Colo, âgé de dix ans, est encore un enfant (1971). Les cinq autres voyants sont des adolescents : Vicka Ivankovic, l’aînée, a bientôt dix-sept ans (1964), Mirjana Dragicevic, Marija Pavlovic et Ivan Dragicevic ont seize ans (1965), Ivanka Ivankovic a juste quinze ans (1966). Mirjana habite Sarajevo avec ses parents, fréquente un lycée de cette ville, mais vient en vacances à Bijakovici. Vicka, Marija et Ivanka suivent des études modestes à Mostar. Elles s’habillent à la mode, en jean, elles fréquentent les garçons, elles fument. Ivanka a déjà un soupirant.

Ces adolescents sont de familles modestes. Les parents sont agriculteurs, techniciens ou ouvriers. Certains pères ont émigré en Allemagne pour trouver du travail. Les voyants se rattachent entre eux par des liens de parenté, d’amitié, de voisinage. Vicka, Mirjana et Ivanka sont très amies.

Medjugorje se situe en Bosnie-Herzégovine, État de la péninsule balkanique dans le sud-est de l’Europe dont la capitale est Sarajevo. Au moment des apparitions et jusqu’en 1992, ce pays est une des républiques de la Yougoslavie communiste. La région de Medjugorje, de population croate, est un bastion du catholicisme traditionnel. La pratique religieuse y est encore intense. Mais aucun des futurs voyants ne se distingue par sa piété. Le Père Jozo Zovko, curé de la paroisse depuis six mois au moment des apparitions, affirmera ne point les connaître.

LES DIX PREMIÈRES APPARITIONS

À ce jour, les voyants de Medjugorje ont bénéficié de plus de 50 000 apparitions. Impossible, inutile d’étudier chacune d’elles ! Nous nous attarderons sur les dix premières, les plus acceptables, parce que les plus trompeuses. En les démasquant, c’est toute la crédibilité de Medjugorje que l’on atteindra.

MERCREDI 24 JUIN 1981 : PREMIÈRE APPARITION.

C’est la Saint-Jean-Baptiste, jour de fête. Vicka précisa au Père Yanko Bubalo qui recueillit son témoignage en 1984 qu’elle n’était pas allée à la messe ce jour-là parce qu’elle devait aller à un cours supplémentaire de mathématiques à Mostar et qu’elle avait ensuite projeté de faire une promenade avec ses deux amies Mirjana et Ivanka. Mais de retour chez elle, Vicka s’endormit et Mirjana et Ivanka firent seules la promenade. Elles prirent le chemin de Podbrdo, un lieu-dit au pied de la colline de Crnica qui domine Medjugorje de ses 300 mètres d’altitude, pour fumer en cachette.

Dans les jours qui suivirent les apparitions, quand on les interrogea, les voyantes ne voulurent pas dire qu’elles étaient allées fumer. Elles préférèrent mentir en disant qu’elles étaient allées « rassembler les brebis », « cueillir des fleurs ». Premier mensonge. L’évêque le leur reprochera. Non pas de fumer, mais de mentir ! Elles durent l’avouer à l’évêque pourtant, le 25 juillet suivant, sous la pression du serment. Dans sa Posizione du 30 octobre 1984, Mgr Zanic écrit : « Déjà, dès le début, il y avait certaines choses qui avaient une saveur de mensonge. Par exemple, les motifs qui avaient poussé les enfants à aller à Podbrdo. »

À la fin de leur promenade, tandis que les deux jeunes filles reviennent en direction du village, Ivanka tourne machinalement la tête vers la colline et voit quelque chose qui brille. « Je vis la silhouette de la Gospa », raconta Ivanka (La Gospa est le mot croate pour désigner la Vierge. Nous l’utiliserons désormais pour bien distinguer cette apparition de l’Immaculée). Ivanka le dit à Mirjana qui n’y croit pas et ne regarde même pas. Elles continuent leur chemin, récupèrent la petite sœur de Marija, Milka, et son troupeau de moutons, reviennent toutes les trois ensemble vers Podbrdo et voient à nouveau la Gospa au même endroit. Elles tombent à genoux.

Arrive Vicka qui voit les trois filles fixer quelque chose des yeux. « Elles semblaient effrayées », dira Vicka. « Qu’est-ce qui se passe ? Un serpent ? » – « Non, pas un serpent, c’est la Gospa. » Vicka accourt, mais la vision de l’apparition l’effraie à tel point que, prise de peur, elle se déchausse et s’enfuit. « J’ai retiré mes chaussures et, pieds nus, je me suis enfuie en courant comme une folle. En arrivant près du village, j’ai éclaté en sanglots. C’était irrésistible. »

Elle y retourne pourtant. Sur le chemin elle croise Ivan Dragicevic et Ivan Ivancovic et demande au premier de l’accompagner parce qu’elle a peur. Sur place, tous deux voient la Gospa et sont saisis de frayeur. Vicka raconte : « Ivan s’est enfui tout de suite en escaladant une clôture. Il a lâché les pommes et tout ce qu’il avait. »

Il était 18 h 30, il pleuvait un peu et faisait sombre. « Je l’ai vue vraiment blanche. J’ai vu sa robe, ses cheveux noirs. Elle portait quelque chose à la main droite qu’elle couvrait et découvrait sans cesse, mais je n’ai pas pu voir ce que c’était. » On comprend, ils sont à trois cents mètres. La Gospa leur fait signe d’approcher avec les mains, mais ils n’osent pas : « Nous avions trop peur ! » Et ils repartent au village. Ils en parlent chez eux, et bientôt tout le monde est au courant.

Mise à part la dissimulation des voyantes sur le motif de la promenade, trois éléments curieux, souvent propres aux apparitions diaboliques sont à remarquer. Les voyants ont la certitude que c’est la Vierge, d’emblée, alors qu’ils ne lui ont pas encore parlé et qu’ils voyaient mal la silhouette. « C’était comme si quelqu’un me disait : C’est la Gospa !  J’étais sûre que c’était la Gospa. » Ils ressentent à la fois une crainte révérencielle, mais surtout de la frayeur. Ils en ont tous témoigné. « Le premier jour, nous avons tous hurlé en faisant des grimaces », a avoué Vicka. Marija a dit qu’elle avait encore tellement peur le soir qu’elle avait les mains toutes froides, comme de la glace. Et puis, Vicka sanglote. Ces sanglots ne sont pas provoqués par la frayeur, ni par la pitié, mais par la vision elle-même. C’est un phénomène que l’on trouve fréquemment dans les groupes pentecôtistes durant les prédications ou au moment de l’effusion de l’esprit. Selon les exorcistes ces sanglots sont souvent le premier indice d’une diabolisation.

JEUDI 25 JUIN : DEUXIÈME APPARITION.

Les trois filles, Vicka, Mirjana et Ivanka, s’accordent pour retourner voir la Gospa. Comment savaient-elles qu’elle reviendrait puisqu’elle ne leur avait rien dit ? Toujours est-il qu’elles y retournent le soir et que du monde les suit.

Le phénomène se reproduit sur la colline de Podbrdo : « Tout à coup la lumière a jailli. La Gospa était là. » Vicka part en courant et va chercher Marija et Jakov qui s’empressent d’accourir.

Et Ivan, était-il là ? Vicka a affirmé qu’il était présent. Le Père Kraljevic a écrit que la Gospa a demandé « plus tard de célébrer l’anniversaire de la première apparition, non pas le 24, jour de crainte, d’incertitude et de confusion, mais ce deuxième jour où ils l’ont vue ensemble tous les six, où ils ont parlé avec elle et prié dans la paix ». Mensonge ! Au cours de l’interrogatoire du 27 juin, Ivan affirma à trois reprises n’avoir pas été présent ce second soir, et aucune voyante à ce moment-là n’a signalé sa présence.

La Gospa leur fait signe de gravir la colline. Selon Vicka, il y aurait alors eu un miracle. Ils se mettent à courir « comme si nous avions des ailes... Il n’y a pas de chemin là-bas. Nous sommes montés en courant tout droit à travers les ronces (...). Nous ne sentions ni les pierres, ni les ronces, rien ! Comme si le sol était couvert d’une éponge ou de caoutchouc (...). J’avais peur. J’étais aussi pieds nus, mais aucune épine ne me blessa, rien... Quand nous sommes arrivés à peu près à deux mètres de la Gospa, nous nous sommes sentis saisis et poussés à genoux. » Jakov s’est même mis à genoux dans un buisson épineux sans en être blessé.

Cette version de 1984 est bien différente de celle donnée trois ans plus tôt, les 27 et 28 juin 1981, par les voyants au Père Zovko, leur curé. L’ascension fut difficile. Ils se perdirent dans les pierrailles et les gens, d’en bas, leur criaient où aller : « À gauche ! à gauche ! » car eux-mêmes semblaient voir quelque chose, jusqu’à ce que les voyantes, mystérieusement guidées par quelque chose, montent tout droit et s’arrêtent soudain au même endroit. Jakov précisa que lors de l’ascension ils avaient tous saigné bien sûr, mais que nul ne s’en préoccupait.

La Gospa se tient au milieu des ronces d’où s’envole une hirondelle. Face à l’apparition, les filles s’évanouissent et éprouvent une grande peur, comme la veille. La Gospa a une robe très longue qui cache ses pieds. « Elle est belle comme une actrice », dira Jakov. Elle a dans les vingt ans. Ses yeux sont bleus. Elle est couronnée d’étoiles. Elle n’a pas de chapelet, mais étend ses mains sur les voyants.

Malgré la peur, les voyants se livrent à d’étonnantes familiarités : « Nous touchions la Gospa, nous l’embrassions et elle riait », raconta Vicka. Ce fait attesté dès la deuxième apparition et qui se renouvellera souvent est rigoureusement établi par les enregistrements qu’a livrés au grand public le Père Ivo Sivric, franciscain natif de Medjugorje, en 1988 dans son ouvrage La face cachée de Medjugorje. Pourtant, les Pères Kraljevic, Ljubic et Bubalo ont gommé ces faits dans leurs ouvrages-sources. L’abbé Laurentin, qui deviendra rapidement l’autorité en la matière, ne le signale qu’une seule fois dans un seul de ses quinze ouvrages sur le sujet. On le comprend ! Les attouchements, les embrassements multiples, les rires de la Gospa... autant de comportements gênants et vulgaires indignes de la Vierge Marie. « Quand tu touches, dira Ivanka, ça résiste comme du métal. »

Les adolescents demandent un signe miraculeux afin d’être crus. La Gospa sourit. C’est alors que Mirjana regarde sa montre et constate que les aiguilles ont tourné. Elles n’indiquent plus l’heure exacte. Les voyants affirmèrent que ce dérèglement subit de la montre fut un signe de la Gospa. Mais le fait est tellement peu probant que Laurentin omettra longtemps de le raconter et que les voyants demanderont dès l’apparition suivante un autre signe.

La Gospa s’en va. Les voyants redescendent, troublés, certains sont en pleurs. Plusieurs villageois attendent au pied de la colline. La grand-mère de Mirjana n’y croit pas : « Comment voulez-vous que la Gospa vous apparaisse si vous n’évitez pas la compagnie des garçons ? » – « La Gospa n’entend pas faire de nous de faux dévots hypocrites », répond insolemment Mirjana.

Marinko, un voisin, mécanicien, décide d’aller rendre compte aux franciscains chargés de la paroisse. Le curé étant absent pour plusieurs jours, le Père Zrinko le reçoit : « Marinko, laisse la liberté à ceux qui veulent voir cela de le voir, et à ceux qui ne le veulent pas de ne pas le voir. » « Sa réponse m’a découragé, raconta Marinko, il se comportait comme si cela ne l’intéressait pas de savoir si la Vierge était avec nous. » L’attitude de ce franciscain négligeant surprend. Il aurait dû recueillir les témoignages des voyants et des villageois afin de pouvoir les confronter aux déclarations ultérieures. Cela manquera.

VENDREDI 26 JUIN : TROISIÈME APPARITION.

C’est la plus importante : la Gospa y révèle son message. Elle se manifeste par un rayon de lumière éclatante qui illumine par trois fois le village et les environs. Puis elle apparaît vers 18 h, toujours sur la colline, mais trois cents mètres plus haut que les fois précédentes. Il y a 2 000 à 3 000 personnes. Les voyants montent et volent à nouveau comme des oiseaux. La foule suit derrière. Vicka a de l’eau bénite, donnée par sa maman : « Si ce n’est pas bon, l’eau bénite la chassera. »

Lorsque l’apparition se manifeste, Vicka l’asperge vigoureusement. Dans les interrogatoires de juin 1981, Ivanka affirme que la Gospa est restée. Mais en 1984, interrogée par le Père Bubalo, Vicka répondit que la Gospa « avait disparu. Nous avons commencé à prier et elle est revenue. » Dans les premiers interrogatoires, aucun voyant ne mentionne un sourire ou une marque quelconque de contentement de la Gospa à la suite de cette aspersion. « Les voyants raconteront plus tard, écrit le Père Kraljevic, que la Gospa leur fit un beau sourire après qu’ils l’eurent éprouvée. » Les voyants n’ont pas cessé de se contredire !

Marinko est à côté et note dans un journal qui fut confié à l’Église toutes les réactions des voyants : « Ivanka, Mirjana et Vicka se sont évanouies plusieurs fois. Il fallut alors les extirper de la foule pour les ranimer. »

Revenues à elles, les voyantes commencent à prier. Elles disent alors sept Pater, sept Ave et sept Gloria comme c’est la coutume là-bas. « Cela nous avait été recommandé par notre grand-mère. Et un Credo. » Ce témoignage de Mirjana du 27 juin indique bien que les voyantes eurent l’initiative elles-mêmes de la récitation des prières. Le 30 juin, Ivanka affirme au Père Zovko que la Gospa ne leur a nullement indiqué les prières qu’ils doivent dire. Plus tard, les voyants diront le contraire : c’est la Gospa qui leur a recommandé de dire telle et telle prière.

On exhorte les voyants à demander un signe. La Gospa biaise et répond seulement qu’elle reviendra le lendemain, puis elle disparaît. Les voyants s’évanouissent de nouveau aussitôt après la fin de l’apparition. Et on redescend au village.

Vicka raconte au Père Bubalo : « Marija, qui marche toujours vite nous a devancés un peu... Et, tout d’un coup, elle s’est trouvée à côté du chemin, comme si elle avait été poussée par quelqu’un... Et là, Notre-Dame lui est apparue, à elle seule, avec une grande croix. » Marinko complète : « Selon son propre récit, Marija vit alors une croix composée de différentes couleurs comme un arc-en-ciel, sans corps dessus. La Gospa se tenait devant elle, en larmes, et demanda d’abord : Où sont les autres filles ?  Puis elle répéta :  Paix, paix, paix, réconciliez-vous !  Ses dernières paroles furent encore :  Allez dans la paix de Dieu ! ” » « Marija a eu tellement peur, précise Vicka, qu’elle ne tenait plus sur ses jambes. » Il fallut la soutenir.

C’est là l’essentiel du message de Medjugorje. Les quinze interrogatoires des voyants du 27 au 30 juin publiés par le Père Sivric ne mentionnent aucune autre parole de la Gospa complétant ce message qu’on jugea par la suite trop banal.

Au presbytère, le curé, le Père Zovko est toujours absent, mais le vicaire, le Père Cuvalo, est là et n’a pas l’idée d’aller voir et interroger les voyants. Il prend tout à la légère. C’est un jour d’interrogatoire supplémentaire perdu. Dans la soirée, arrivent au presbytère quatre prêtres, dont le Père Ivica, secrétaire de Mgr Zanic, évêque de Mostar, qui souhaitent se rendre auprès des voyants. Le Père Cuvalo n’est pas capable de les renseigner ! Toutefois, cette visite poussera le vicaire à faire son travail.

SAMEDI 27 JUIN : QUATRIÈME APPARITION.

Le lendemain, ce dernier se décide à convoquer Vicka, Ivanka et Marija au presbytère pour des interrogatoires qu’il enregistre en partie. Ivan sera interrogé dans l’après-midi. Les voyantes précisent qu’elles ont suivi le catéchisme, mais de façon irrégulière et souvent avec des films. Le soir, prient-elles davantage ? Oui, mais elles disent incidemment qu’elles n’ont pas de chapelet et ne savent pas le réciter. Le Père Cuvalo leur en donne un. Elles n’avaient donc pas de chapelet pendant les premières apparitions et ce n’est pas la Gospa qui leur a dit de le dire. D’ailleurs, la Gospa n’a pas non plus de chapelet.

Le Père Zovko rentre ce même jour et est surpris par la présence de la foule dans les rues. Son vicaire lui fait écouter les enregistrements et le curé convoque les voyants. Ce nouvel entretien est également enregistré et conservé. Sur la bande, on entend le Père Zovko très détendu, familier et riant plusieurs fois avec les voyants. Quelle différence d’attitude avec celle de l’abbé Peyramale un siècle plus tôt ! Le curé décide qu’à la prochaine apparition deux franciscains iront sur la colline avec appareil photo et magnétophone.

Le soir, les voyants retournent à la colline, sauf Ivan. Interrogé le lendemain, celui-ci ne mentionnera aucune apparition à lui seul, mais plus tard il affirmera en avoir eue. Nouvelle contradiction. La foule composée de milliers de personnes accompagne les cinq voyants restants qui décident de se partager en deux groupes : Marija et Jakov attendent au bas de la colline, et les autres se rendent directement à l’endroit où la Gospa est déjà apparue. Pourquoi deux groupes, interrogea plus tard le Père Cuvalo ? « Nous avons pensé que peut-être la Gospa ne nous apparaîtrait pas (...). Nous l’avons testée », répondit Marija. « Pourquoi ce doute, continue le Père Cuvalo ? N’a-t-elle pas dit qu’elle viendrait ? » Confusion de Marija... qui révèle à l’évidence que la Gospa n’avait rien dit aux voyants, ne sachant pas elle-même si elle réapparaîtrait, ni où, au pied de la colline, en haut ou au milieu. On constatera plusieurs fois au cours des apparitions cette ignorance étonnante de la Gospa de l’avenir.

Incertitude des voyants et de la foule. On ne sait où se rendre. Tout d’un coup, Marija voit quelque chose sur la colline et se met à monter à toute vitesse « comme un sanglier », dit Marinko. « Elle volait littéralement », ajoute le Père Kosir, témoin. Elle s’arrête vingt mètres plus loin que l’endroit habituel des apparitions, lorsque la Gospa disparaît. Jakov qui suit derrière arrive avec quelques témoins. On prévient les autres voyants qui se sont rendus au premier lieu des apparitions et qui ignorent où est Marija, car la foule nombreuse et qui ne sait où aller empêche de se voir. Enfin, tout le monde finit par se mettre autour de Marija et l’on prie. Alors, la Gospa réapparaît. Parmi la foule, « chacun essaie d’être le plus près possible, de voir, de toucher. Les voyants virent que les gens piétinaient le voile de la Gospa. » Ils supplient que l’on s’éloigne de la vision, trop tard, la Gospa disparaît... puis revient une troisième fois. Mais un garçon marche sur le voile, et la Gospa disparaît encore. Quelques hommes décident de constituer un cordon de sécurité.

Ce jeu de cache-cache extravagant de la Gospa est rapporté sans ciller par le Père Kraljevic, partisan des apparitions.

Une voyante demande alors à la Gospa d’apparaître à la foule pour que tous croient. Elle répond que sont bienheureux ceux qui croient sans voir.

Quel est son nom ? « Je suis la Sainte Vierge Marie. »

Peut-elle laisser un signe, demande-t-on encore une fois ? À cette question, « elle est partie sans nous saluer », affirme Vicka. Les voyants attendent, mais la Gospa ne revient pas.

C’est alors que sur le chemin du retour, la Gospa leur aurait apparu de nouveau. C’est du moins ce que rapporte le Père Kraljévic, mais l’abbé Laurentin n’en parle pas dans Medjugorje, récit et messages des apparitions (1986). La Gospa aurait dit aux voyants : « Vous êtes mes anges, mes anges chéris. Allez dans la paix de Dieu. » Et elle aurait promis de revenir le lendemain.

Quelle impression gênante nous laisse cette journée ! Manque de sérieux, confusions, contradictions des témoignages, mensonges, attitude grotesque de la Gospa. N’est-ce pas suffisant pour juger que la Gospa n’est pas du Ciel ?!

DIMANCHE 28 JUIN : CINQUIÈME APPARITION.

Tous les voyants sont à la grand-messe de 8 h 30. « Après la messe, témoigne Vicka, frère Jozo nous a invités au presbytère, et il nous a longuement questionnés ; chacun à notre tour. Nous en avions vraiment ras le bol... Il n’en finissait pas sur la quatrième apparition. » Mirjana rapporte : « Cela me paraissait étrange que j’aie vu la Gospa, mais c’était si plaisant. »

L’après-midi, pendant que le curé prie à l’église et fait réciter le rosaire à ses paroissiens pour être éclairé sur les apparitions, une foule de 15 000 personnes gravit la montagne. Kozina, un villageois, prend son magnétophone pour enregistrer les paroles des voyants pendant l’apparition.

La Gospa apparaît à 18 h 30. Voici quelques-unes des huit paroles dites ce jour-là par la Gospa. « Chère Gospa, pourquoi n’apparais-tu pas dans l’église afin que tout le monde te voie ? » – « Bénis soient ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. » – « Chère Gospa, est-ce que tu préfères qu’on te prie ou qu’on te chante ? » – « Faites les deux. Priez et chantez. » – « Chère Gospa, que veux-tu pour cette foule qui s’est rassemblée ici ? » – « Qu’ils croient comme s’ils avaient vu. » Elle regarde la foule, sourit et disparaît. Les voyants s’exclament : « Elle disparaît, elle est partie ! » Ils prient, la Gospa réapparaît. « Chère Gospa, est-ce que tu nous laisseras un signe sur la terre afin de convaincre tous ces gens que nous ne sommes pas des menteurs ? » « Allez dans la paix de Dieu. » Et aussitôt, elle s’en va sans rien ajouter à ce dialogue sans relief. L’apparition a duré dix minutes.

Le soir, vers 20 h 30, le Père Zovko interroge à nouveau les voyants. Plusieurs choses le contrarient profondément. Les voyants n’ont pas l’air de s’en rendre compte. La tenue vestimentaire de Mirjana et d’Ivanka est très incorrecte.

Leur attitude ne concorde pas avec celle d’enfants humbles et obéissants. Les voyants répondent au curé, ils sont arrogants, sarcastiques. Il faut lire la retranscription des entretiens dans leur verdeur originale. Ivanka, piégée par une question, se met à rire au nez du curé et lui dit insolemment : « Ok ! Allez-y ! continuez de parler ! » Si la Gospa lui apparaissait vraiment, elle aurait un air tout différent, s’exclame le franciscain. Pendant qu’Ivan est interrogé seul, les autres voyants qui attendent dehors s’impatientent, ne se gênent pas pour le faire savoir, frappent à la porte, entrent bruyamment sans autorisation et interrompent l’entretien. On doit les reprendre sévèrement.

Ils ne sont pas plus pieux, ni plus mortifiés qu’auparavant. « Voilà mon problème, rétorque le Père Zovko à Ivanka, si tu n’as pas fait de prière spéciale, si tu n’as pas remercié Dieu, cela m’ennuie terriblement. En effet, il arrive parfois que le diable dise des choses... qu’il prétende : Je suis Jésus. Je suis la Gospa, afin de tromper les gens. » Il s’étonne que la Gospa n’invite pas à dire le chapelet ni à jeûner. L’abbé Laurentin prétend à partir de 1988 que la Gospa a dit dès le 26 juin : « Il faut croire, prier, jeûner... » Mais les transcriptions des premiers interrogatoires n’en disent rien. Les voyants n’ont attribué à la Gospa aucun message concernant le jeûne avant « la fin d’août 1981 », comme l’affirmait Laurentin lui-même dans ses ouvrages publiés entre 1984 et 1987. Et encore, cette mention tardive, sans date ni source précises, est-elle discutable. Vicka n’en parle pas dans son diaire à cette date-là.

Un autre sujet préoccupant est que, sans avoir aucunement soumis leur jugement à l’autorité ecclésiastique, les voyants affirment catégoriquement l’identité de l’apparition : c’est la Sainte Vierge, car la Gospa l’a dit. « Mais ne crains-tu pas que peut-être Satan puisse prétendre cela ? » objecte le franciscain. Mirjana écarte absolument cette possibilité : ils l’ont aspergée d’eau bénite.

Plus que tout, deux choses inquiètent le Père Zovko. À chaque fois que les voyants demandent un signe, la Gospa disparaît. Elle est toujours impuissante à fournir le grand signe promis. « Chaque fois qu’on demande un signe à la Gospa, elle s’en va », avoue Mirjana. Le Père Zovko laisse éclater son émotion : « C’est terrible. Les gens sont troublés, le comprends-tu ? (...) Cela devient une chose très risquée. » Vicka est particulièrement préoccupée, et même obsédée, par l’impuissance de la Gospa. La nuit, on l’entend crier dans son sommeil : « Laisse un signe ! »

Et puis, la Gospa ne dit rien, elle n’a pas de message. « La Gospa devrait te laisser un message, te communiquer quelque chose. Sinon, c’est seulement du spectacle, des singeries, et cela n’est pas très convaincant. » Mais non, rien, la Gospa ne dit rien. Ce sont toujours les voyants qui ouvrent le dialogue et qui posent des questions. « Alors il n’y a pas de message ! » « C’est terrible », ne cesse de répéter le curé.

En réalité, derrière le désarroi du prêtre se cache de la sympathie pour les voyants : il est favorable aux apparitions. En même temps, voyant la foule troublée et mal disposée envers les événements à cause des nombreux faits étranges, et lui-même travaillé par le scrupule et l’angoisse, il s’oblige à faire son travail inquisitorial... qui devient vite managérial.

En effet, une idée l’habite : il faut profiter de l’occasion, il faut reprendre les événements en main. Plutôt que de faire une enquête objective, d’adopter une attitude prudente et de laisser l’évêque juger des apparitions, il se lance dans une aventure des plus folles en voulant corriger les faits. Il discerne encore, mais peu à peu il va sélectionner les éléments, les ignorer ou les réinterpréter, en suggérer d’autres, de manière à rattraper les choses pour les rendre surnaturelles. Il sait que s’il n’arrange pas cela, la foule jugera que c’est démoniaque. Ce serait dommage.

On discerne cette disposition à vouloir orienter les événements dès cet interrogatoire. Le Père Zovko demande à Mirjana ce que lui et la communauté paroissiale devraient faire pour rendre le phénomène acceptable par la foule. Devant Ivanka, il formule l’idée que ce serait tellement mieux si les apparitions se déroulaient dans l’église. C’est déjà dans cet esprit, croyons-nous, que ce même dimanche après-midi, il a demandé à ses paroissiens de dire le chapelet et que le 2 juillet suivant il les engage explicitement à jeûner. La Gospa n’a rien demandé de tel, mais plus tard les partisans mettront ces actes de piété à son crédit. Le Père Zovko se chargeait d’une responsabilité extrêmement grave. Mais nous verrons qu’un mobile puissant l’y poussait.

LUNDI 29 JUIN : SIXIÈME APPARITION.

Ce matin-là, les voyants sont sortis du lit par des ambulanciers sur ordre du gouvernement communiste qui les emmènent à la clinique psychiatrique de Mostar pour subir un examen médical. Ils sont observés, non pas individuellement, mais tous ensemble par le docteur féminin Mulija Dzudza. « Vous affabulez, vous êtes drogués, vous êtes habillés trop à la mode pour être vraiment des filles de la Vierge... », commence-t-elle par leur dire. Elle les libère rapidement vers 14 h : « Les fous sont ceux qui vous ont menés ici : vous êtes absolument normaux. »

Mirjana racontera plus tard, en décembre 1982 : « Pendant l’examen de Madame le docteur Dzudza, j’ai vu, derrière Notre-Dame, la tête de Jésus. »

De retour chez eux, ils sont assaillis de questions et sont emmenés pour un nouvel interrogatoire par le Père Tomislav Vlasic, franciscain, appelé à jouer un rôle déterminant dans les événements de Medjugorje.

Le soir, il y a grande foule sur la colline, mais les voyants sentent que l’atmosphère se dégrade. « Les gens étaient les uns sur les autres, raconte Vicka. Certains criaient, d’autres pleuraient... inouï ! » « Nous entendons des jurons tandis que nous attendons la Gospa, ajoute Mirjana. Nous avons aussi entendu des remarques obscènes. » Les gens ont apporté leur magnétophone pour enregistrer l’apparition, mais en attendant, ils écoutent de la musique.

Parmi eux, le docteur Darinka Glamuzina, sans doute une observatrice envoyée par les autorités communistes de Citluk. Elle sollicite Ivanka de demander à la Gospa « si les religions sont les mêmes ». Comme la veille, Kozina est là avec son magnétophone. La Gospa arrive à 18 h 30.

« Chère Gospa, est-ce que tu vas nous laisser un signe ? » – « Je reviendrai demain. » – « Chère Gospa, que veux-tu de ces gens ? » – « Il n’y a qu’un Dieu et qu’une foi, croyez avec force. » C’est la première formulation d’un message œcuménique que la Gospa développera de façon bien plus explicite à partir du mois de septembre. « Chère Gospa, quel est ton souhait ici ? » – « Que vous ayez une foi solide et la confiance en moi. »

Pendant ce temps, le docteur Glamuzina ne cesse d’importuner les voyants pour toucher la Gospa. Les voyants demandent : « Est-ce que cette femme peut te toucher ? » – « Il y a toujours eu des Judas incroyants. Qu’elle vienne. » Vicka guide la main du docteur qui touche la Gospa à l’épaule droite. « C’était le plus commode », confiera Vicka. La Gospa disparaît.

On prie. La Gospa réapparaît. Les voyants demandent la guérison d’un petit infirme, Daniel Setka, touché « d’une espèce de paralysie infantile ». Ils insistent trois fois avant de s’entendre répondre : « Que les parents croient fermement qu’il sera guéri. » Et la Gospa disparaît. Le lendemain, au Père Zovko qui insiste pour savoir pourquoi l’enfant n’a pas été guéri, Ivanka répond que la Gospa le guérira d’ici un an environ. En 1983, les parents ont témoigné qu’il y avait eu une amélioration progressive, mais pas de guérison.

Le Père Vlasic qui a assisté à l’apparition est extrêmement déçu par la confusion qui règne sur la colline, mais, comme le Père Zovko, il voit le parti qu’on pourrait en tirer et pense qu’il faut aller vite pour « orienter tout cela vers l’église, en ayant soin d’écarter au bon moment tout ce qui pourrait être négatif. Et nourrir, fortifier, développer tout ce qui est positif », comme il le déclara à Christian Ravaz dans un reportage enregistré. Or, il sera bientôt curé de Medjugorje, directeur spirituel des voyants et artisan du pèlerinage.

Cette sixième apparition marque la fin d’une première phase pendant laquelle le curé est demeuré complaisant, tout en ayant de graves inquiétudes sur la nature des phénomènes. Les voyants ont vu quelque chose, c’est certain. Ils ne sont pas drogués ni psychopathes. Ils ne jouent pas la comédie. Il s’y passe vraiment quelque chose de préternaturel. Alors deux hypothèses sont envisageables : ou bien c’est la Vierge Marie, ou bien c’est Satan se déguisant en ange de lumière.

La suite des événements montrera que le Père Zovko a tranché pour la première solution. Répétons que son souci n’est pas tellement de savoir qui est l’apparition, ni d’attendre la position de l’Ordinaire, quoique tout cela continue de le tourmenter, mais d’exploiter cet événement extraordinaire. Désormais, un seul motif le préoccupe : reprendre les choses en main, les contrôler, pour les rendre acceptables et en tirer parti.

MARDI 30 JUIN : SEPTIÈME APPARITION.

Le matin, deux franciscains des environs viennent à Medjugorje interroger les voyants. Ne sachant finalement que penser des phénomènes, l’un des Pères suggère d’exorciser les voyants, mais le Père Zovko s’y oppose : « Attention à ne pas les détruire ! » Aucun exorcisme ne fut exercé.

Peu après, le curé reprend les interrogatoires et enregistre ceux de trois voyantes. Il s’enquiert de savoir combien de jours encore va apparaître la Gospa. Mirjana répond : « Deux ou trois jours encore. » Le Père Zovko tente avec beaucoup de patience de rallier successivement Ivanka, Mirjana et Vicka à ses vues de faire apparaître la Gospa à l’église pour l’intégrer dans une cérémonie liturgique qu’il dirigerait. Bien qu’aucun historien de Medjugorje ne fasse la moindre allusion à cette manœuvre, les enregistrements sont là. Le curé suggère que quand les gens descendront de la colline, les voyants les attendront en bas pour les attirer à l’église. Il suffira de demander à la Gospa de bien vouloir apparaître dans l’église ! Cette décision extrêmement grave d’inviter la Gospa dans l’église établit la responsabilité du curé. Mis au courant, l’évêque la condamnera.

Mais une initiative imprévue retarde ce projet. Vers 15 h, les voyants acceptent de partir en promenade en voiture avec deux infirmières de Citluk, qui le leur proposent sans doute à l’instigation de la police. Les voyants diront le soir même au curé que « c’était pour voir si Notre-Dame leur apparaîtrait à un autre endroit ». En décembre 1983, Vicka ne se souviendra plus avoir dit cette phrase. Devant l’évidence de l’enregistrement, elle se justifiera par cette réflexion inqualifiable : « Il est vrai que nous avions envie de sortir et de nous défouler un peu. » La promenade est fort gaie. On s’arrête dans un café. Au retour, on fait halte dans la forêt de Cerno où la Gospa apparaît. Après que les voyants lui eurent demandé de se montrer à l’église, elle répond « qu’elle ne serait pas fâchée » et elle déclare à nouveau ne plus apparaître que trois jours encore, c’est-à-dire jusqu’au vendredi 3 juillet.

Quelle journée incroyable ! On se demande quelles raisons poussent le Vatican à vouloir reconnaître cette septième apparition qui nous paraît apporter tant d’éléments incriminants ?

Passons plus vite sur les suivantes.

MERCREDI 1er JUILLET : HUITIÈME APPARITION.

L’après-midi, la police débarque au village pour arrêter les enfants. Ceux-ci s’enfuient à travers les vignes pour trouver refuge à l’église, mais la porte est fermée. À l’intérieur, le Père Zovko se prépare à accueillir le soir les voyants et la Gospa elle-même. Les fuyards frappent à la porte. Au même moment, raconte le curé, il entend « comme un appel, une grâce spéciale de révélation » qui l’éclaire définitivement sur l’attitude à adopter vis-à-vis des voyants et de la Gospa : « Sors et protège les enfants ! » Il se presse d’ouvrir la porte et conduit les voyants au presbytère dans une pièce inoccupée. Après que la police se fut éloignée, se produisit la première apparition de la Gospa en ce lieu.

Pendant ce temps, on annonce aux pèlerins qu’un service de prières se déroulera à l’église. Vers 17 h, le Père Cuvalo fait réciter le rosaire à la foule qui se presse et à 18 h on dit la messe.

JEUDI 2 JUILLET : NEUVIÈME APPARITION.

Les paroissiens affluent longtemps à l’avance vers l’église. Comme la veille, le rosaire est récité à 17 h, suivi de la messe. Au cours du sermon, dont on possède l’enregistrement, le curé exhorte les fidèles à jeûner au pain et à l’eau durant trois jours, à prier quotidiennement le chapelet chez soi et à lire journellement la Bible en famille. C’est curieusement trois des cinq points que les voyants diront plus tard être le cœur du message de la Gospa. Pendant ce temps, les voyants sont au presbytère où leur apparaît la Gospa. À la fin de la messe, sans faire aucune restriction, le curé leur demande de venir dans le chœur de l’église et de témoigner de ce qu’ils ont vu. Vicka et Jakov font une déclaration publique comme si tout était authentifié. Outrepassant absolument son rôle de pasteur et sans se préoccuper du jugement de son évêque, le Père Zovko conclut : « La Vierge Marie est là ! Ici vous pouvez lui adresser vos prières et vos demandes. Ici, vous devez venir à sa rencontre ! » Une telle précipitation et une telle infidélité à sa charge sont pour le moins coupables ! Il est clair que le curé cherche à forcer les événements.

VENDREDI 3 JUILLET : DIXIÈME APPARITION.

D’après ce qu’a dit la Gospa le 30 juin, c’est la dixième et dernière apparition. C’était la conviction des voyants eux-mêmes. Cela fut encore authentifié par cinq témoins, quatre prêtres et un laïc, bien identifiés, qui entendirent tous les voyants dirent à la fin de l’apparition : « C’est la dernière apparition ! » L’abbé Laurentin ne fait pas la moindre allusion à cette déclaration des voyants. Cependant, elle se trouve dans la Posizione de Mgr Zanic, qui fut le premier et longtemps le seul à la mentionner. Elle fut confirmée par une enquête minutieuse du Père Sivric en 1988.

Après l’apparition, les voyants sont conduits à l’église par le curé qui les place derrière l’autel pour que les gens puissent les voir et les toucher. Puis on prie et le Père Zovko exhorte à la conversion, au jeûne, à la lecture de la Bible. Il insiste sur la récitation du rosaire. Avec les voyants à genoux, on récite les sept Pater, Ave, Gloria, le Credo et on termine par une originale prière charismatique pour les malades instaurée ce jour-là.

APRÈS LE 3 JUILLET.

Ce petit rituel demeura inchangé pendant plusieurs années. Quand les voyants n’étaient pas là, un Père franciscain se tenait à l’église et renseignait les pèlerins sur l’histoire des apparitions et sur le dernier message de la Gospa.

Malgré l’annonce de leur fin, les apparitions ont continué. À partir du 4 juillet 1981 et jusqu’en janvier 1982, la Gospa apparut tous les jours, dans les lieux les plus divers, même quand les voyants quittaient Medjugorje. À partir du 11 janvier 1982, qui correspond à la constitution d’une commission d’enquête par l’évêque, les apparitions ont principalement eu lieu dans un ancien débarras situé en face de la sacristie que l’on a baptisé la chapelle des apparitions.

MEDJUGORJE À LA LUMIÈRE DE LA DOCTRINE
ET DE LA MORALE CATHOLIQUES

Tandis que dans l’examen des grandes apparitions mariales du dix-neuvième et du vingtième siècle, les théologiens et les pasteurs chargés du discernement avaient prudemment et systématiquement « recherché avec soin tous les motifs capables de faire rejeter [l’authenticité] du fait » (Mgr Bruillard, dans son Jugement doctrinal sur le fait de La Salette), le parti pris avec lequel les auteurs favorables aux apparitions de Medjugorje rejettent comme une éventualité tout à fait hors de propos l’hypothèse d’une intervention diabolique est pour le moins funeste. Certains avancent que ce ne peut être le diable puisque la Gospa appelle à la conversion, d’autres que l’affluence des foules et le nombre considérable de confessions et de messes qui ont lieu à Medjugorje parlent amplement en sa faveur. Mais, à supposer que cela soit vrai, cela ne suffit absolument pas pour garantir le caractère surnaturel des apparitions.

Dans tout cas d’apparition, si limpide soit-il, les deux hypothèses possibles du miracle divin ou du prestige satanique doivent être tour à tour sérieusement envisagées.

Il est donc primordial d’établir les faits en toute objectivité, ce que nous avons tenté d’établir dans notre première partie. J’écris tenté d’établir, car les témoignages sont parfois tellement confus et contradictoires qu’il est difficile de retrouver le fil des événements. Nous avons fait de notre mieux.

Il nous faut maintenant les analyser en eux-mêmes, à la lumière de la foi, de la discipline et de la morale catholiques.

L’examen des fruits viendrait ensuite, si l’analyse théologique était favorable. Comme ce ne sera pas le cas ici, nous les évoquerons à peine. En aucun cas, ces fruits ne peuvent rendre bons des faits et des messages attribués au diable.

LA GOSPA EST UNE HÉRÉTIQUE

À Medjugorje, ce n’est pas la Vierge Marie qui apparaît, mais Satan. De très nombreux propos de la Gospa fourmillent d’ambiguïtés, d’erreurs et d’hérésies caractérisées.

SUR NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

Vicka note dans son diaire, le 27 juillet et le 22 août 1981, que la Gospa leur a montré Jésus et qu’elle leur a déclaré : « Mes anges, je vous envoie mon fils Jésus qui a été torturé pour sa foi. »

Que le Fils de Dieu, dont l’âme humaine a joui durant sa vie terrestre de la vision béatifique dès le premier exercice de ses facultés, ait eu la foi, vertu spécifique de ceux qui tendent à la vision mais n’en jouissent pas encore, voilà une révélation qui n’est pas d’une stricte orthodoxie catholique ! Dire que Jésus a été « torturé pour sa foi » équivaut à faire de Notre-Seigneur un homme ordinaire. Jamais la Vierge Marie n’a pu enseigner une doctrine aussi contraire à la vérité catholique. Celle-ci est tout autre : le Christ a livré sa vie quand et comme il l’a voulu, en rédemption pour la multitude et pour témoigner de sa filiation divine, dont il avait toujours eu, même dans son âme humaine, une connaissance parfaite excluant jusqu’à l’ombre de toute foi.

SUR LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR.

Le message du 24 juillet 1982 est d’une invraisemblable ambiguïté : « ... le corps tiré de la terre se décompose après la mort. il ne revivra jamais. L’homme reçoit un corps transfiguré. » Dire que l’homme reçoit un corps transfiguré signifie qu’il y a rupture entre le corps terrestre et le corps glorieux. C’est pourtant un point capital du dogme de la résurrection de la chair d’affirmer une mystérieuse mais très réelle continuité entre la condition de notre corps en ce monde et sa transfiguration dans l’autre.

SUR L’ENFER.

Dans le message du 25 juillet 1982, la Gospa dit que « ... Dieu permet à ses enfants de souffrir en enfer, du fait qu’ils ont commis des fautes graves, impardonnables... », comme si des damnés souffrant en enfer pouvaient être encore « enfants de Dieu ». Mirjana ajoute, dans son rapport au Père Vlasic, une réflexion invraisemblable : en enfer « les gens commencent à se sentir confortables là-bas ».

Mais nous n’avons pas encore dit le plus grave. Les deux principales erreurs doctrinales qui démentent le caractère surnaturel des apparitions sont d’un tout autre ordre, à la fois par leur clarté et l’insistance avec laquelle la Gospa les répète.

SUR L’ŒCUMÉNISME.

L’abbé Laurentin écrit dans Corpus chronologique du message (1988) que l’une des « difficultés contre le message exemplaire [ ?!] de Medjugorje concerne l’œcuménisme. Pour la commission diocésaine aujourd’hui dissoute, c’était une des principales objections et Rome l’a reçue avec la plus grave attention. Le corps du délit, c’est la réponse de la Vierge à une question écrite remise aux voyants le 1er octobre 1981 : Est-ce que toutes les religions sont bonnes ? ” – “ Toutes les religions sont égales devant Dieu. ” »

Il est clair que cette réponse scandaleuse signifie que toutes les religions ont même vérité et même valeur, c’est son sens obvie et incontestable. Elle est évidemment fausse car elle équivaut à dire qu’il n’y a plus d’Église divine, unique Épouse du Fils de Dieu fait homme, hors de laquelle il ne peut y avoir que perte éternelle pour quiconque s’obstine.

Certains partisans objectent que cette réponse peut s’entendre dans un autre sens : la Gospa veut signifier que tous les hommes, quelle que soit leur religion, sont égaux devant Dieu. C’est ce qu’a dit Vicka à l’abbé Laurentin le 24 juin 1987, six ans après la réponse de la Gospa ! « La Gospa m’a dit que toutes les religions sont égales devant Dieu, c’est-à-dire que tous les hommes sont égaux devant Dieu, et que ce n’est pas Dieu qui a fait les divisions, mais les hommes. » Mais cette proposition est également une erreur, car, certes, tous les hommes sont appelés à devenir fils adoptifs du Père, mais on ne le devient que par le seul baptême, d’eau, de sang ou de désir. Ceux qui prennent résolument le parti du démon contre Dieu en refusant d’entrer dans la véritable Église de manière visible ou invisible sont les fils du diable, et non les fils de la Vierge Marie.

Le 1er octobre 1981, la Gospa a utilisé une image séduisante, mais trompeuse : « Dieu dirige toutes les religions comme un roi ses sujets par le moyen de ses ministres. » C’est dire qu’elle reconnaît indûment une autorité divine aux chefs tout humains des autres religions et que, par le fait même, elle rabaisse les seuls pasteurs légitimes de l’Église catholique. Ce n’est pas catholique.

« Existe-t-il des différences parmi ceux qui appartiennent à des Églises différentes ou à différentes communautés ? » a-t-on demandé aux voyants. Non, « la puissance du Saint-Esprit n’est pas aussi forte dans toutes les Églises (...). Tous les croyants ne prient pas de la même manière. »

Cela signifie que toutes les religions sont égales et conduisent toutes au salut, mais qu’elles ne sont pas toutes aussi efficaces. Pour la Gospa, ce n’est donc pas une différence de fond qui distingue les religions, mais une simple différence de degré. Le Bon Dieu se servirait de toutes les religions pour amener les âmes à lui. « Moi, je vois que les hommes peuvent aussi se sauver en pratiquant bien leur propre religion, s’ils la vivent sérieusement... » précise la Gospa le 18 janvier 1985. C’est clairement hérétique. On peut, à certaines conditions, appartenir à une autre religion et être sauvé, mais on ne sera certainement pas sauvé par sa fausse religion.

En 1982, la Gospa a dit encore une autre erreur : « (...) C’est vous qui vous êtes divisés sur la terre. Les musulmans et les orthodoxes, comme les catholiques, sont égaux devant mon Fils et devant moi, car vous êtes tous mes enfants. » Il est faux de dire que ce sont les catholiques qui ont cherché la division et que ce n’est pas Jésus ni la Vierge Marie qui l’ont voulue. Certes, la division sur terre est venue des hommes, mais non point d’une manière semblablement coupable de la part de tous. Nous ne nions pas qu’il existe des âmes droites et pacifiques dans les fausses religions et des fils ingrats, apostats et rebelles dans l’Église catholique, il n’empêche qu’il est faux de prétendre que les barrières religieuses qui nous séparent ne remontent pas jusqu’à Dieu ! Rien au contraire n’est plus précieux et plus salutaire aux yeux du Père que l’humble et fière appartenance à l’Église sainte qui est le Corps mystique de son Fils.

D’autre part, s’il est vrai que le Bon Dieu appelle tous les hommes à rester unis dans le sein de l’Église catholique, il n’en a pas moins ordonné qu’en soient retranchés ceux qui apporteraient un Évangile nouveau (Ga 1). Nos pasteurs font œuvre sainte en chassant l’hérétique et celui-ci porte tout le péché de sa rébellion. « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » (Mt 10, 34) « Celui qui ne croira pas sera condamné. » (Mc 16, 16)

SUR MARIE MÉDIATRICE.

Dans son ouvrage Les apparitions de Medjugorje (Fayard, 1984), le Père Kraljevic fait remarquer que « beaucoup de pèlerins qui viennent à Medjugorje demandent aux voyants de prier la Vierge afin qu’elle guérisse un membre de leur famille ou un ami intime. Le sens de toutes les réponses données aux voyants est ceci : Moi, je ne peux pas vous guérir. Dieu seul peut guérir. Priez (...). Je prierai avec vous. Je ne suis pas Dieu. J’ai besoin de vos prières et de vos sacrifices pour m’aider. ” »

Elle insiste sur le fait qu’elle ne peut pas tout obtenir, que son pouvoir est limité. Le 8 février 1982, au sujet d’un malade : « Il doit prier. Je l’aiderai dans la mesure de mon pouvoir. » Cette formule est souvent revenue dans la bouche de la Gospa.

Le 29 août 1982, la Gospa explique : « Si vous désirez un conseil pratique : Je suis la Mère sortie du peuple ; je ne peux rien faire sans l’aide de Dieu. Moi aussi, je dois prier comme vous. »

Le 15 mars 1982, le Père Vlasic demande à Vicka : « Ressens-tu la Vierge comme celle qui donne des grâces ou comme celle qui prie Dieu ? » Réponse : « Comme celle qui prie Dieu. » Voilà qui « n’est pas marqué par une polarisation mariale particulariste », mais qui « est parfaitement théocentrique », écrit l’abbé Laurentin, et qui tranche parfaitement, ajoutons-nous, avec les paroles de la Sainte Vierge dans ses apparitions les plus attestées, comme celles-ci adressées aux voyants de Fatima le 13 juillet 1917 : « Je veux que vous veniez ici le 13 du mois qui vient, que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce qu’elle seule pourra vous secourir. »

Le 31 août 1982, la Gospa déclare de façon plus explicite encore : « Je ne dispose pas de toutes les grâces. Je reçois de Dieu ce que j’obtiens par la prière. » Et le 4 septembre, le Père Vlasic publie imprudemment dans la Chronique paroissiale ce message révélé aux voyants : « Jésus préfère que vous vous adressiez directement à lui plutôt que par un intermédiaire. »

Il est clair que toutes ces phrases de la Gospa sont en totale contradiction avec la doctrine catholique et avec les différentes révélations mariales reconnues.

MEDJUGORJE : ROYAUME DU MENSONGE

Tout le monde ment à Medjugorje. Dès le début, la Gospa a menti en annonçant, le 30 juin 1981, sans la moindre ambiguïté, qu’elle n’apparaîtrait plus que trois fois.

Elle a menti en promettant à maintes reprises, pour des dates proches et précises, la réalisation d’un « grand signe ». La montre changeant d’heure n’a pas été le signe promis. À chaque fois que les voyants ont renouvelé leur demande, la Gospa n’a pas répondu de façon franche. Entre le 21 juillet 1981 et le mois de septembre, la Gospa promit un signe pour « bientôt », « sous peu », « encore un peu de patience ». Les voyants en étaient tellement persuadés que le Père Zovko l’annonça à la foule pour le jour de l’Assomption 1981. Las ! Rien ne vint. Début septembre, la Gospa changea d’attitude : elle donnerait le signe si les gens se convertissaient. Le 10 septembre, elle l’annonça pour « dans un jour ou deux », puis elle le promit pour le 8 décembre, pour Noël, enfin pour le jour de l’an 1982.

Jamais ce signe ne vint, et on l’attend toujours.

Les partisans de Medjugorje disent que les nombreuses conversions et confessions sont le signe annoncé. Cet argument est irrecevable. Le 31 août 1982, la Gospa déclara de façon explicite : « Le grand signe est accordé. Il apparaîtra indépendamment de la conversion des gens. » En décembre 1981, la Gospa révéla aux voyants la nature du grand signe et le leur montra en vision. Comme c’est un secret, ils ne peuvent pas le faire connaître, mais ils ont tout de même fourni quelques informations que le Père Vlasic exposa le 15 août 1983 : « La Gospa laissera un signe visible, permanent, destiné aux athées (...). Il y aura de nombreux miracles, beaucoup de guérisons. » Il sera « filmable et indestructible », précisa don Angelo Beda.

En attendant, point de signe !

La Gospa a menti encore en faisant croire qu’elle allait apaiser rapidement la querelle qui opposa les franciscains à leur évêque dans l’affaire d’Herzégovine. Nous y revenons plus loin.

Les voyants sont également des menteurs. Mgr Zanic « affirme avoir surpris tous les voyants à mentir ». Mirjana et Ivanka ont menti dès le début en cachant la raison de leur promenade le 24 juin 1981, puis elles l’ont avouée à Mgr Zanic en juillet, pour la nier avec obstination à l’abbé Laurentin qui, préférant les croire plutôt que l’évêque, accusa ce dernier de les calomnier. Le 25 juin 1986, Ivanka revint sur ses propos et en prévint Laurentin lui-même.

Ils ont menti en affirmant que la montre déréglée était le signe attendu.

Vicka a menti le 14 janvier 1985. Alors que les voyants étaient en extase, Jean-Louis Martin, un Français convaincu, pointa par surprise ses deux doigts écartés vers les yeux de Vicka. Surprise, elle repoussa la tête en arrière, preuve que les enfants, contrairement à ce qu’ils disaient, percevaient les stimuli extérieurs. Une équipe étrangère de journalistes filma la scène, ainsi que l’incroyable justification de Vicka qui affirma effrontément que le geste de Jean-Louis avait coïncidé avec le moment où elle crut voir « la Vierge laisser échapper l’Enfant Jésus de ses bras ».

Elle a menti de nombreuses fois au sujet de ses fameux diaires où furent notées plusieurs de ses réflexions sur les apparitions. Elle commença par en nier l’existence à son évêque et refusa de les lui donner. Les partisans des apparitions tentent d’innocenter Vicka en affirmant que ce n’est pas elle qui écrivit dans ses cahiers. Certes, et nous en convenons. Ce sont ses sœurs, peut-être même avec une certaine liberté. Toujours est-il que rien ne justifie le mensonge et la désobéissance de Vicka vis-à-vis de son évêque. Elle devait fournir ses cahiers comme il lui en donnait l’ordre, ce qu’elle a refusé. Là est la faute.

Vicka alla jusqu’à prétendre qu’il était permis de mentir : « Personne ne dit tout le temps ce qu’il a à l’esprit. Chacun prend pour acquis que de temps à autre, on peut mentir. »

Les franciscains de Medjugorje, directeurs et confidents des voyants, sont également des menteurs. Le Père Vlasic n’a pas craint de se parjurer devant le crucifix et l’évêque pour soutenir le mensonge de Vicka à propos de son diaire. Mgr Zanic en a fourni toutes les preuves irréfutées. L’abbé Laurentin, contrairement à ce qu’il promit, ne justifia jamais son ami franciscain de son mensonge infamant par la publication d’un opuscule.

Le Père Zovko, premier curé de la paroisse, premier responsable, est aussi un menteur. Il suffit de lire sa conférence aux pèlerins intitulée Pour l’unité du 12 avril 1988. En racontant aux pèlerins les premières apparitions, il reconstitue les faits à sa guise, invente de toutes pièces des messages dont les voyants n’ont jamais parlé, il calomnie odieusement son évêque et ment sur sa propre attitude qui nous est bien connue par les enregistrements de ses interrogatoires.

Les propagandistes de Medjugorje, enfin, mentent à longueur de pages, Laurentin tout le premier. Il dit connaître et utiliser les enregistrements des premiers interrogatoires des voyants. Il écrit par exemple que le 30 juin 1981 « Mirjana crut comprendre que la Vierge ne reviendrait que trois jours encore. Mais ce n’est que son interprétation. » Mensonge ! Quand quelques années plus tard le Père Sivric publia le texte intégral des interrogatoires, on s’aperçut que la Gopsa avait elle-même précisé le nombre de fois où elle apparaîtrait encore. Mirjana n’avait fait que répéter ce que l’apparition lui avait dit. L’enregistrement du 30 juin ne laisse aucun doute.

En outre, le message de la Gospa étant d’une pauvreté affligeante, Laurentin se permit d’ajouter des paroles à la Gospa. Ainsi lui fait-il dire : « Accomplissez humblement votre devoir d’homme et de chrétien pour vous rendre digne du Ciel. » Pure invention !

LA GOSPA, REBELLE COMME UN DÉMON

Mgr Zanic a maintes fois répété que si l’apparition soutenait les franciscains suspens dans leur désobéissance à ses décisions prises dans l’exercice de son ministère, ce ne pouvait être la Sainte Vierge. Selon lui, cette affaire était « un argument clef pour juger des faits de Medjugorje ».

En effet, ce qu’on appelle le cas d’Herzégovine est un élément capital du dossier. Un conflit existait entre l’évêque de Mostar et les franciscains bien avant les apparitions. En effet, les franciscains jouissent en Bosnie d’une grande notoriété, car lors de l’invasion turque du quinzième siècle, le clergé franciscain resta héroïquement au milieu des fidèles, supportant la charge pastorale et les persécutions, pendant que le clergé séculier s’enfuit. Celui-ci reprit peu à peu sa place à la fin du dix-neuvième siècle après le départ des Turcs, d’ordre de Rome, non sans créer une rivalité toujours plus envenimée entre les franciscains, soutenus par les fidèles, et l’ordinaire.

En 1971, le diocèse de Mostar comptait 200 000 catholiques croates, dont 160 000 administrés par les franciscains. Rome voulait éviter le conflit tout en travaillant à une redistribution des paroisses. C’était dans l’ordre des choses. Saint Pie X lui-même, au début du siècle, avait fortement poussé en ce sens. Mais se réclamant du peuple de Dieu, les franciscains s’opposèrent ouvertement à l’évêque et certaines paroisses allèrent jusqu’à rejeter les prêtres séculiers nommés par l’ordinaire. Rome n’eut d’autre issue que de destituer, avec l’approbation du supérieur général de l’ordre, l’ensemble du gouvernement de la province franciscaine. La moitié des franciscains comprit la nécessité de la mesure, l’autre se révolta. Avec intelligence, le supérieur général nomma un provincial soumis à Rome. Mgr Zanic prit le diocèse en main à ce moment-là et s’accorda avec le provincial.

Le 14 septembre 1980, l’évêque demanda aux franciscains de Mostar de céder les trois quarts de leurs anciens territoires. Des paroissiens refusèrent la décision et soutinrent les franciscains rebelles qui continuèrent à leur donner les sacrements dans les anciens lieux de culte. Deux franciscains s’illustrèrent dans cette révolte, les Pères Ivan Prusina et Ivica Vego. Ils furent sommés par Rome, en avril 1981, trois mois avant les apparitions, de quitter Mostar. Mais, soutenus par d’autres franciscains rebelles, ils demeurèrent à Mostar et continuèrent leur ministère. Fin juin, ces deux franciscains se rendirent sur le lieu des apparitions pour voir. Le 22 juillet, leur supérieur religieux les menaçait d’être suspens et d’être exclus de l’ordre.

Trois jours plus tard, Mgr Zanic fit une visite à Medjugorje. Il n’était pas encore fixé sur les apparitions. Il demanda aux voyants si la Gospa s’était prononcée sur le cas d’Herzégovine. Il se disait que la Vierge était peut-être apparue pour inciter les rebelles à revenir à l’obéissance. Les voyants répondirent que la Gospa avait dit que tout serait résolu en peu de temps.

Le 9 décembre, une réunion spéciale se tint à Rome sur cette affaire en présence du supérieur des franciscains, de Mgr Zanic et du Pape lui-même. Jean-Paul II ordonna d’appliquer les sanctions.

Avertis des décisions les concernant, le Père Vego demanda l’avis de la Gospa. Vicka donna sa réponse le 19 décembre : « Le plus coupable de ces désordres est l’évêque Zanic. » Le frère Vego n’est pas coupable, il doit rester à Mostar et ne pas s’en aller. « C’est l’évêque qui est responsable. » Début janvier, la Gospa insista : « Si on expulse de leur ordre les Pères Vego et Prusina, qu’ils en soient fiers ! » « L’évêque sera puni. »

Le 14 janvier, les voyants se présentèrent à l’évêché. « Que t’a dit la Gospa », demanda l’évêque à Vicka. « Je ne sais pas », répondit-elle mensongèrement. « Mais j’ai entendu dire que vous aviez un message pour les deux vicaires. » – « Quels vicaires ? » Vicka déclara qu’elle n’avait reçu aucun message les concernant. Fin janvier, la Gospa réitéra ses directives : les deux vicaires ne sont pas coupables.

Le 29 janvier, le supérieur général les frappa de suspens et les libéra de leurs vœux. Mais ceux-ci, soutenus par la Gospa, restèrent à Mostar et continuèrent leur ministère illicitement.

La Gospa parla d’eux jusqu’en 1984. Elle dit au moins treize fois qu’ils étaient innocents et que l’évêque avait tort. En avril 1982, elle précisa : « Ce sont de bons prêtres. Je ne vois pas de faute en eux. »

Or, le Père Vlasic, qui était du côté des franciscains rebelles et que le célèbre théologien Hans Hurs von Balthasar considérait comme un saint, était tombé dans le péché d’adultère en 1976 avec une religieuse de son ordre. Ce n’est qu’en octobre 1985 que le cardinal Ratzinger et Mgr Zanic eurent en main toutes les preuves de cette malheureuse histoire. Le Père Vlasic fut réduit à l’état laïc en 2009.

Quant au Père Vego, il se rendit coupable de la même faute en 1989 avec sœur Léopolda, une religieuse de Medjugorje : nouveau camouflet pour Vicka qui l’avait passionnément soutenu et pour la Gospa qui s’était portée garante de sa bonne conduite.

ELLE DIT « PAIX », MAIS FAIT LA GUERRE

En septembre 1981, Vicka disait au journaliste italien Gianfranco Fagivoli : « La Gospa promet paix et liberté pour les hommes du monde entier, et quelle que soit leur foi. Elle recommande la paix et la fraternité universelle. Mir, Mir, Mir, répète-t-elle d’un ton persuasif. » Dix ans plus tard, la guerre éclatait en ex-Yougoslavie et tout particulièrement à Mostar.

En mai 1999, frère François de Marie des Anges publia un article faisant la recension d’un livre de Joachim Bouflet, intitulé Medjugorje ou la fabrication du surnaturel (éd. Salvator, avril 1999, 243 pages).

L’auteur écrit : « Le conflit, qui n’a pas été annoncé par la Gospa, prend les visionnaires et les franciscains au dépourvu. Les uns et les autres révéleront, dans ces tragiques circonstances, des aspects peu édifiants de leur personnalité. »

Vicka cherche « à joindre George Bush par téléphone, puis par internet, sur le site Medjulink ouvert en 1990 pour diffuser les messages de la Gospa. Elle tente de convaincre le président des États-Unis de faire effectuer une frappe aérienne contre les Serbes ! »

« Le 31 août 1993, le Père Jozo Zovko se distinguera en publiant dans Sloboda Dalmacija une lettre ouverte au président Clinton où il lui demande d’intervenir, au nom de la Gospa, contre les Serbes ! Il se signalera un mois plus tard, quand, le village musulman de Gradska, proche de Medjugorje, ayant été soumis par l’armée croate à une purification ethnique, il déclarera froidement : “ Ce lieu était entièrement croate, autrefois. Il l’est redevenu comme la Gospa le voulait. 

« Les franciscains profitent de la guerre pour se lancer dans toutes sortes d’actions humanitaires qui perdurent aujourd’hui, et qui leur sont autant d’occasions d’arrondir leur pelote. » (p. 115, 190-193, extraits)

Quel démenti au message de la Gospa prétendant apporter paix et fraternité universelle !

VULGARITÉS ET BIZARRERIES INQUIÉTANTES

On pourrait en écrire des pages. Chaque apparition apporte un petit fait scandaleux, une attitude vulgaire, trouble ou infernale de la Gospa, ce qui faisait dire à un évêque croate : « Tout va bien à Medjugorje, sauf la Madone. » En voici un petit échantillon.

Dans les interrogatoires de juin 1981, les voyants rapportent qu’au moment où la Gospa apparaît une hirondelle ou un papillon noir s’échappe de l’apparition. Ils ont également remarqué le tremblement de ses mains, ses pieds jamais visibles, toujours cachés par un nuage. Le 2 août 1981, à la fin de l’apparition, Marija pousse un cri parce que la Gospa les quitte entièrement noircie, « salie, pleine de taches ».

Certains prodiges apparaissent dans le ciel, toujours aujourd’hui, c’est indéniable. Un franciscain témoigna qu’il avait vu un nuage rouge-violet monter vers la montagne et se déplacer aussi vite qu’une flèche. Avant certains prodiges, les habitants ont entendu un grand vacarme, « un bruit épouvantable », accompagné d’une lumière insolite qui les effrayèrent. Parfois, ils virent d’ « étranges jeux de lumière » sur la colline, un « ballon de lumière » éclatant « en milliers de petites étoiles », une autre fois des étoiles qui se mirent à brûler puis qui s’éteignirent alternativement pendant plus d’une heure. Le soleil qui tout à coup se mit à tourner, à courir vers le lieu des apparitions, se maintenir comme au-dessus de la tête des assistants. D’autres ont vu le soleil qui sembla clignoter, trembler, envoyer un rayon bleu. Ou encore la silhouette de la Gospa qui apparut dans le ciel, ou qui se substitua à la grande croix de Krizevac située sur la montagne voisine, ou des files d’anges sonnant de la trompette. Le mot MIR qui s’inscrivit dans le Ciel. Un feu d’une nature inconnue qui se déclara au lieu de la première apparition pendant quinze minutes, et qui brûla sans rien consumer. Ce phénomène fut constaté par plusieurs centaines de personnes.

Il faut remarquer qu’aucun de ces prodiges n’a été et ne peut être considéré comme le grand signe promis, car ils ne sont jamais prophétiquement annoncés et apparaissent de façon inopinée. C’est de l’esbroufe diabolique.

De très nombreuses personnes ont rapporté que « la Gospa permettait à tous ceux qui le désiraient de venir la toucher », que les voyants guidaient leur main en disant : « Maintenant, vous touchez son voile, sa tête, sa main, sa robe... » Les récits de ces insupportables séances d’attouchements et d’embrassades se comptent par dizaines. L’abbé Laurentin n’en a jamais parlé : « C’est ordinairement que je ne l’ai pas retenu parce que non fondé ou tout à fait accessoire... », écrivit-il pour se justifier. Plusieurs fois, les voyants ont rapporté que la Gospa avait embrassé le portrait de Jean-Paul II.

La Gospa est apparue dans les lieux les plus divers et les plus farfelus : sur la colline de Podbrdo, dans les maisons, les jardins, les champs, les vignes, les plantations de tabac. Elle est descendue dans l’église, sur l’autel, dans la sacristie, sur le toit, dans le clocher, dans la rue, sur la route de Cerno, en voiture, dans l’autobus, dans un fourgon de police, à l’école, à l’hôpital psychiatrique, à Mostar, à Sarajevo, à Zagreb, en Suisse, en Italie, aux USA, en Palestine, et partout où se rendent les voyants.

« Toute personne sérieuse qui vénère Notre-Dame, dit un jour Mgr Zanic en chaire à Medjugorje, doit alors se demander : Ô Vierge sainte, qu’ont-ils fait de Vous ? ” »

UNE VASTE OPÉRATION FINANCIÈRE

Medjugorje, sous l’impulsion du charismatisme mondial et avec le soutien de tout l’appareil de l’Église conciliaire et de l’État communiste yougoslave, est aussi une grosse et juteuse opération financière. Des millions de pèlerins, des millions de lecteurs... Mgr Zanic constatait : « Laurentin et les autres sont des menteurs riches, riches, riches ! Tous ceux qui ont écrit et imprimé les livres, filmé et reproduit les cassettes, diffusé les souvenirs, etc., sont riches ! Car l’argent joue un rôle très important dans cette affaire. L’argent, l’argent ! Et les franciscains ont des dollars, des deutsche mark, des lires, des francs... Énorme ! » Le 3 août 1989, un article de La Croix signalait qu’en l’année 1988, il y avait eu plus d’un million de pèlerins et que cela avait rapporté 100 millions de dollars à l’État yougoslave, soit 5 % des bénéfices qu’il retire du tourisme. L’abbé Laurentin disait cette même année que si Medjugorje était condamné ce serait une catastrophe nationale. Le gouvernement souhaitait que cet afflux d’étrangers continue. Ce qui faisait dire à Mgr Zanic : « Je risque ma vie en m’opposant aux fanatiques des apparitions. »

Si Medjugorje est reconnu, ce sera la première fois que l’Église accepte l’idée que des voyants puissent profiter du commerce développé autour des faits dont ils sont les témoins.

MGR ZANIC ET MGR PERIC, DÉFENSEURS DE LA FOI

Face à tous ces événements, quelle a été la réaction des autorités religieuses de Mostar et de Rome ? Les normes relatives au discernement des révélations privées, publiées le 24 février 1978 par la Congrégation pour la Doctrine de la foi, précisent que « c’est à l’Ordinaire du lieu qu’il appartient au premier chef d’enquêter et d’intervenir ».

Rappelons brièvement les étapes de l’enquête diligentée par Mgr Pavao Zanic, évêque de Mostar, entre 1982 et 1986. De juin 1981 à janvier 1982, l’évêque fut dans une expectative bienveillante. Il préféra faire confiance aux franciscains, car il espérait que la Gospa inciterait les rebelles « à revenir à l’obéissance et à l’amour envers l’Église », disait-il. Il commença à changer d’attitude en décembre 1981, quand il eut la preuve que l’apparition soutenait la rébellion franciscaine. Les mensonges d’Ivan, fin décembre 1981, et de Vicka, le 14 janvier 1982, confirmèrent son jugement.

Le 11 janvier 1982, l’évêque établit la première commission d’enquête composée de quatre membres, deux prêtres franciscains et deux séculiers. À la fin du mois de janvier, les franciscains rebelles Vego et Prusina étaient renvoyés de leur Ordre et suspens a divinis. Au printemps, les révélations sur le grand signe qui devait s’accomplir mais qui ne venait pas confortèrent définitivement Mgr Zanic dans son opposition à Medjugorje.

Le 2 juin, sûr d’être appuyé par Rome dans son jugement, Mgr Zanic porta lui-même son rapport au Saint-Siège, mais resta interdit devant la position de Rome. En effet, le cardinal Ratzinger, vice-postulateur du Saint-Office et avec lequel l’évêque avait été pourtant en relation constante, lui recommanda « de ne pas hâter d’émettre un jugement “ parce que le temps apporterait de nouvelles preuves pour et contre. Les apparitions du reste durent encore, et il est probable qu’il arrivera quelque chose de nouveau ” », rapporta Mgr Zanic. Jean-Paul II était très probablement au courant et d’accord avec le cardinal. Dans sa Posizione de 1984, Mgr Zanic écrit s’être entretenu deux fois par le passé avec le Pape qui lui avait dit d’agir « avec grande prudence ». Mgr Zanic n’avait pas encore compris que les partisans de Medjugorje avaient déjà des appuis à Rome. Un peu interloqué, il suivit le conseil du cardinal.

Arrêté dans son élan, l’évêque ne resta cependant pas les bras croisés. « Continuellement », dit-il, il s’adressa aux franciscains de Medjugorje pour leur interdire formellement de faire de la propagande pour la Gospa et pour leur intimer l’ordre de s’en tenir à leur ministère paroissial.

En janvier 1984, pour relancer et donner plus de poids à son dossier, l’évêque décida d’élargir la première commission d’enquête en intégrant des médecins, des psychologues et une douzaine d’experts en théologie choisis non par lui, mais par ses confrères évêques et provenant des différentes facultés de théologie de Croatie et de Slovénie. La commission tint ses réunions de mars 1984 à mai 1986 et finit par voter, à onze voix contre deux (onze voix pour, un accord de cœur, une abstention, deux voix contre), que les apparitions ne venaient pas du Ciel. Elle précisait en outre qu’il était interdit d’écrire des articles religieux sur le sujet, d’organiser des pèlerinages, de mettre les voyants en avant et de faire des déclarations à la presse.

Persuadé du caractère diabolique des apparitions, Mgr Zanic voulait que la commission pousse ses conclusions jusqu’au bout. Mais lors d’une réunion de la commission, le 11 octobre 1984, l’un des théologiens, le Père Brajcic, jésuite très influent à Rome, retourna sa veste, défendit Medjugorje et parvint à faire ajourner toute décision.

Craignant une dérobade de la commission si on attendait plus longtemps, Mgr Zanic ordonna qu’elle rende ses conclusions le plus vite possible et, pour éviter un caviardage de l’enquête, il fit un coup de force en se présentant dès le lendemain à la Conférence épiscopale yougoslave pour donner ses propres conclusions. La quasi-totalité des évêques y adhéra. À la fin du mois, le 30 octobre, il enfonça le clou en publiant un rapport intitulé Posizione attuale (Position actuelle, non officielle, de la curie épiscopale de Mostar au sujet des événements de Medjugorje). Le but de ce rapport était de publier un document officiel pour orienter et informer les pasteurs et les fidèles et pour pallier le fait que la commission d’enquête tardait à publier ses conclusions et même risquait de ne pas le faire. Étant l’évêque de Medjugorje, il en avait entièrement le droit. La conclusion de cette note précisait bien que ce n’était pas la Vierge Marie qui apparaissait à Medjugorje, et que « l’affaire [était] habilement exploitée par un groupe de franciscains ». Malheureusement, l’évêque ne parla plus officiellement de diabolisation, mais d’hallucination. Officieusement, il continua à soutenir que les apparitions étaient d’origine diabolique. On le sait par les partisans qui lui en firent reproche publiquement.

Mgr Zanic espérait ainsi devancer ses adversaires et convaincre Rome. Le Vatican ne pouvait pas ne pas finir par suivre ses conclusions. Le dossier était beaucoup trop accablant. Hélas ! Le 1er avril 1985, dans une note officielle du bureau du secrétaire d’État du Vatican, n° 150458, le cardinal Casaroli chargea le cardinal Kuharic, président de la Conférence épiscopale yougoslave, de convaincre Mgr Zanic de « suspendre la diffusion de ses déclarations personnelles et de renoncer à prononcer un jugement jusqu’à ce que tous les éléments puissent être rassemblés et que les événements puissent être clarifiés », et de faire en sorte que les évêques ne s’affrontent pas de façon ouverte. En effet, Mgr Zanic devait souvent s’opposer à Mgr Franic, évêque de Split, charismatique convaincu, qui s’ingérait dans les affaires d’un diocèse qui n’était pas le sien pour soutenir les rebelles. Se faisant hypocritement passer pour un homme pacifique, Mgr Franic demanda que Rome intervienne dans l’affaire de Medjugorje, le but étant de forcer Mgr Zanic à abandonner l’enquête.

Une nouvelle fois, en mai 1986, Mgr Zanic se rendit à Rome pour porter le dossier des travaux de sa commission, lequel ne cessait de se gonfler de preuves criantes contre les apparitions. Il n’imaginait toujours pas ne pas gagner l’affaire. Le cardinal Ratzinger et le Pape lui dirent alors que les défenseurs de Medjugorje étaient trop forts, qu’il valait mieux faire poursuivre le travail par une commission de la Conférence épiscopale yougoslave et qu’il fallait laisser Medjugorje tranquille pendant quelque temps. Il est trop clair que si, à l’heure actuelle, le cas de Medjugorje n’est pas réglé, toute la faute en revient à Rome, car toute l’enquête avait été faite et bien faite par la commission épiscopale. Mais comme cela ne devait pas convenir à Rome, on faisait pression sur l’évêque pour qu’il remette le dossier à une commission supérieure. Le même procédé sera repris plus tard.

Les partisans s’engouffrèrent dans la brèche et profitèrent de cet attentisme calculé. Mgr Zanic aurait-il dû s’opposer au Pape ? Il écrivit plus tard : « Il était trop difficile pour moi d’aller contre le Saint-Siège ; une autre commission fut donc constituée. J’ai compris plus tard qu’on [le Pape !] voulait, de cette manière, préserver Medjugorje sans prononcer un jugement définitif [...]. C’est très douloureux. » Pauvre pasteur !

En janvier 1987, Mgr Zanic accepta donc de laisser l’enquête à la Conférence épiscopale de Yougoslavie qui constitua une nouvelle commission qui traîna des années. En 1990, elle n’avait émis encore aucune conclusion. C’est alors que Mgr Zanic fit un nouveau coup de force.

En mars 1990, il rédigea et publia un rapport adressé aux évêques du monde entier, véritable réquisitoire extrêmement sévère et argumenté, contre les apparitions et les mensonges de ses adversaires. Le mois suivant, il apportait ce rapport à Rome.

L’évêque savait qu’il jouait seul. Il était prévenu qu’il n’aurait pas l’appui de la Conférence épiscopale croate, pourtant composée de ses plus proches confrères, car elle déclara, fin avril, qu’elle ne publierait pas le rapport de la commission d’enquête de la conférence épiscopale yougoslave.

En juin, l’abbé de Nantes, notre Père, reçut le fameux rapport de l’évêque et décida de le publier immédiatement dans La Contre-Réforme catholique. Nous fûmes le premier bulletin français à le publier. Fin novembre, la commission avait enfin fini de rédiger ses conclusions, mais l’épiscopat yougoslave décida de les garder secrètes et de transmettre le dossier à Rome.

C’est alors que Mgr Zanic, sans en référer à personne, frappa une troisième fois en publiant l’essentiel du dossier de la commission avec ses conclusions. Ces dernières disaient que Medjugorje n’était pas « surnaturel », que la Conférence des évêques yougoslaves n’était pas compétente pour juger du problème de la rébellion des franciscains, mais que seuls l’étaient l’ordinaire du lieu et Rome, et que la Conférence des évêques yougoslaves était prête à aider Mgr Zanic dans l’organisation pastorale de Medjugorje.

Cette conclusion très mitigée ne pouvait pas satisfaire l’évêque. En effet, la conclusion théologique ne lui donnait qu’à moitié raison. Certes, elle affirmait que la Gospa n’était pas « surnaturelle », c’est-à-dire qu’elle n’était pas du Ciel, mais, chose invraisemblable, elle ne concluait pas à son origine diabolique. D’autre part, les évêques de la Conférence yougoslave proposaient hypocritement leur aide dans la gestion des pèlerinages, alors qu’ils auraient dû appuyer l’interdiction que leur confrère faisait de se rendre à Medjugorje. Cette dernière proposition “ pastorale ” était évidemment une brèche ouverte pour les partisans et sur laquelle s’appuieront largement le Pape et le cardinal Ratzinger pour contourner l’autorité de l’évêque, sans officiellement lui donner tort.

Alors, pourquoi Mgr Zanic a-t-il décidé de publier ces conclusions ? Parce que s’il ne l’avait pas fait, personne n’aurait su que la Conférence yougoslave ne croyait pas à l’origine surnaturelle des apparitions. Tandis qu’en les publiant, le courageux évêque révélait que ses confrères étaient arrivés aux mêmes conclusions que lui et qu’il ne s’était jamais trompé sur cette affaire. Cette publication lui permettait de continuer à dominer le combat. En obligeant Rome à tenir compte du fait que l’apparition n’était pas du Ciel, il la réduisait – mais s’en rendait-il compte ? – à soutenir les partisans en secret.

Surpris et afin de ne pas perdre la face, les évêques de la Conférence de Yougoslavie votèrent le 10 avril 1991, à dix-neuf contre un, la fameuse déclaration de Zadar qui reflète bien la tiédeur de leur position : « On ne peut affirmer que ces événements concernent des apparitions ou des révélations surnaturelles. Cependant, le rassemblement des fidèles venant des différentes parties du monde vers Medjugorje, inspiré par la foi ou pour d’autres raisons, exige une attention et une vigilance pastorales. »

Medjugorje est toujours sous le régime de cette déclaration absurde qui signifie, répétons-le, que la Gospa ne vient pas du Ciel, mais que l’on s’occupera des fidèles qui viendront « pour une raison ou pour une autre » ; que les pèlerinages privés sont tolérés à condition de ne pas en dire les raisons ; que les rassemblements sont permis, mais pas autour de la Gospa ! Quel pharisaïsme destructeur des âmes !

La manœuvre de Mgr Zanic et de Mgr Peric à sa suite sera de s’en tenir stricto sensu à cette déclaration. Ils répéteront à temps et à contretemps que la Sainte Vierge n’apparaît pas à Medjugorje. Malheureusement, jamais ils ne diront publiquement que c’est le diable. Cela est très dommage, mais nous avons vu que s’opposer à Rome était au-dessus de leurs forces.

En 1993, Mgr Zanic quitta sa charge et désigna son successeur d’accord en tout avec lui, Mgr Ratko Peric, qui se révéla fidèle et très pugnace. Mgr Zanic mourut en janvier 2000. Chaque année, Mgr Peric honora publiquement sa mémoire en soulignant son opposition à Medjugorje.

Le 15 août 1993, la Conférence des évêques de Yougoslavie prononça une déclaration officieuse, qui en dit long sur ses intentions : elle acceptait « Medjugorje comme lieu de prière, comme sanctuaire », sans se prononcer sur les apparitions.

Le bras de fer continua des années durant entre l’évêque de Mostar et les partisans de Medjugorje, discrètement soutenus par le Vatican. Mgr Peric ne lâcha rien. Étant l’autorité du lieu, il exprimait sa forte détermination contre Medjugorje et influençait largement les évêques d’au-delà les frontières.

Ainsi en 1995 et en 1998, Mgr Bertone écrivit de Rome à plusieurs évêques de France que les pèlerinages privés et publics à la Gospa étaient interdits, car cela présupposerait que l’Église ait reconnu les apparitions. En 1999, Mgr Brincart, chargé par les évêques de France de les informer sur cette même question des pèlerinages, fit un exposé complet, disant qu’il était de leur devoir de donner l’exemple de l’obéissance en respectant les décisions pastorales de leur confrère de Mostar et qu’il fallait même obtempérer « avec joie à ses souhaits ».

Ainsi, Mgr Peric illustrait parfaitement le fait qu’un évêque faisant son devoir peut, à lui seul, empêcher Rome et les évêques du monde de s’engager dans une voie mauvaise. Sa force de pasteur est tout à fait remarquable !

Voici un autre fait qui illustre son courage. Mgr Peric ne se rendait à Medjugorje que pour remplir les devoirs de sa charge. En juin 2006, le jour de la Fête-Dieu, il y officia les confirmations et y prononça un sermon retentissant. Après avoir parlé du Saint-Esprit et de l’Eucharistie, il en vint à dire qu’en tant que pasteur, il était de son devoir de rappeler quelques vérités : 1o Medjugorje est une paroisse catholique. Tout doit être soumis à son autorité et personne n’est autorisé à lui attribuer le titre de sanctuaire. 2o Personne n’a le droit de dire qu’il y a eu des apparitions surnaturelles ou mariales. 3o Les prêtres qui viennent dans cette paroisse n’ont pas le droit d’exprimer leurs opinions personnelles, ni en public, ni en privé, ni dans les médias. 4o Personne n’est obligé de croire à ces apparitions. Les pèlerinages en ce lieu sont interdits s’ils présupposent l’authenticité des apparitions ou même s’ils sont organisés pour simplement “ aller voir ”. Celui qui dit le contraire parle contre l’Église. 5o En tant qu’évêque, il maintenait qu’aucune apparition de Notre-Dame n’avait eu lieu ici.

Devant des paroissiens qui vivent des retombées financières des pèlerinages, quelle fermeté !

Les conclusions de la commission de la Conférence épiscopale yougoslave n’ayant pas été satisfaisantes pour les partisans, ceux-ci obtinrent qu’en 2010 le pape Benoît XVI ouvrît une commission d’enquête internationale sous l’autorité de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, présidée par le cardinal Ruini. Mgr Peric n’en fit pas partie. Elle émit son rapport sous le pape François, en janvier 2014. Les conclusions n’ont pas été rendues publiques, mais le pape François en a dévoilé quelques éléments inquiétants en 2017, dans l’avion au retour de Fatima. Il dit que le rapport distinguait trois choses : 1o Les premières apparitions sur lesquelles il fallait continuer d’enquêter. 2o Les présumées apparitions actuelles sur lesquelles l’enquête avait des doutes. 3o Le cœur du dossier constitué du « fait spirituel et pastoral », dont les éléments les plus visibles sont l’affluence des pèlerins et le nombre de conversions.

Ces quelques éléments révélaient que Rome adoptait une nouvelle stratégie pour obtenir la reconnaissance de Medjugorje. Elle consiste à distinguer, comme le Père Dhanis l’avait faussement fait pour Fatima, les premières apparitions, prétendument authentiques, des suivantes, fruit de l’imagination des voyants, et à mettre au premier plan les prétendus fruits de Medjugorje, nouveau critère d’authenticité, sans plus trop tenir compte du critère doctrinal. C’est dans cette perspective qu’il faut analyser la publication du Dossier Medjugorje du journaliste italien Saverio Gaeta que nous avons évoqué en introduction. Rome lâche quelques éléments pour préparer les esprits à la reconnaissance impensable des premières apparitions.

Rome exerça une autre pression. En juin 2015, lors d’une conférence de presse tenue dans l’avion au retour de Sarajevo, le pape François révéla qu’une décision allait être prise, sans préciser laquelle. En 2016, le bureau de presse du Vatican annonça qu’il était probable qu’un administrateur apostolique, dépendant directement du Saint-Siège, soit nommé pour superviser la vie pastorale de Medjugorje. Exit l’ordinaire du lieu !

Le 11 février 2017, Mg Henryk Hoser, archevêque émérite de Varsovie-Praga, reçut la mission d’envoyé spécial du Saint-Siège pour la paroisse de Medjugorje afin de voir ce qu’il était possible de faire pour améliorer « la situation pastorale de cette réalité » et pour répondre aux « besoins des fidèles qui s’y rendent en pèlerinage ».

Mgr Peric ne fut pas naïf. Avant même l’arrivée de Mgr Hoser à Medjugorje, et alors que celui-ci n’avait pas à se prononcer sur la véracité des apparitions, l’évêque de Mostar publia un long message sur le site du diocèse et le fit traduire en italien pour en assurer une plus large diffusion. Il y rappelait la position qu’il tenait depuis le début sur « le phénomène Medjugorje » : « Il ne s’agit pas de vraies apparitions de la bienheureuse Vierge Marie [...]. Même si on a parfois affirmé que les apparitions des premiers jours pourraient être considérées comme authentiques [...], cette curie a toujours maintenu la vérité au sujet de ces premiers jours [...]. Les phénomènes présumés sont à l’évidence non authentiques ».

Mgr Peric avait raison de se méfier. Une des premières choses que fit Mgr Hoser, lors de sa visite en avril 2017, fut de prononcer un sermon et de tenir une conférence de presse qui dépassèrent les attentes des partisans, au point qu’ils l’applaudirent dans l’église. Mgr Hoser les réconforta, les félicita pour tout le soi-disant bien qui se faisait en ce lieu et fit beaucoup d’allusions favorables à Medjugorje. Par exemple, il les encouragea à prier la Reine de la Paix. « C’est une des invocations des litanies de Lorette », dit-il hypocritement. C’était précisément le nom utilisé par la Gospa en août et octobre 1981 pour se désigner. Cela n’échappa certainement pas à Mgr Peric.

Le 13 mai 2017, dans l’avion qui le ramena de Fatima, le Pape dévoila les trois parties du rapport de la commission Ruini telles que nous les avons rapportées plus haut. Le Pape ne croyait pas à une Vierge qui serait « chef de bureau qui envoie des messages tous les jours », disait-il, « mais il fallait continuer d’enquêter sur les premières apparitions ».

Le 31 mai 2018, dans la continuité de sa première mission qui consistait à enquêter sur les besoins pastoraux, Mgr Henryk Hoser reçut une nouvelle charge : « visiteur apostolique à caractère spécial pour la paroisse de Medjugorje » pour assurer « un accompagnement stable et continu de la communauté paroissiale », précisait le communiqué du Vatican, « charge exclusivement pastorale ». Il n’avait pas la responsabilité ni l’autorisation de se prononcer sur les phénomènes. Mais une fois de plus, il passa outre la consigne en déclarant, le 23 juillet suivant, dans le quotidien l’Avvenire : « Medjugorje est une référence de prière internationale où l’on touche des fruits spirituels extraordinaires [...]. Je ne pense pas qu’il y ait de traces d’hérésie. »

Ces éloges étaient-ils bien compatibles avec ceci ? « Hoser, Medjugorje cible de la mafia  ». Ce fut le titre d’un article signé Andrea Tornielli publié dans La Stampa du 10 juillet 2018. Ce dernier rapportait une homélie de Mgr Henryk Hoser prononcée le 4 juillet précédent dans la chapelle de l’aéroport Chopin de Varsovie avant de se rendre à Medjugorje.

Évoquant le combat entre le bien et le mal, Mgr Hoser disait : « Nous voyons bien comment les forces mauvaises se mobilisent pour tout bouleverser. Je vais devoir affronter ces forces à Medjugorje. Il y a des conversions massives, des foules énormes qui se confessent, et où les confesseurs ne suffisent pas. Mais il y a aussi des manœuvres démoniaques qui cherchent à ruiner l’endroit par tous les moyens. » Et il ajoutait : « Les mafias agissent déjà, non seulement dans la gestion du flux des pèlerins, mais aussi sur des victimes qui doivent payer pour pouvoir rester. J’ai entendu dire que la mafia napolitaine, par exemple, est déjà là, et aussi une autre [...]. Telle est la réalité, et il ne faut pas être naïf face à cette réalité ».

Pour nous, c’est un fruit de plus de la Gospa, mais pour les partisans et le Vatican, et c’est le sens de cette homélie, c’est une raison de plus pour que l’Église s’implique davantage à Medjugorje. S’il y a la mafia, c’est parce que l’Église n’est pas présente. Aussi, le 12 mai 2019, le pape François autorisa que « les pèlerinages soient organisés officiellement par des prêtres et des évêques », à condition que cela ne soit pas « interprété comme une authentification des événements connus, qui demandent encore un examen de la part de l’Église », précisa le porte-parole du Saint-Siège. Encore une fois, Rome refusait de faire son devoir et préférait s’enferrer dans une voie qui allait contre la vérité et le bien des âmes.

Mgr Peric a dépassé la limite d’âge et vient de présenter sa démission au Saint-Père après vingt-sept ans de combat. Honneur à lui ! Pour le remplacer, le pape François a nommé début juillet Mgr Petar Palic, quarante-huit ans, ancien évêque de Hvar-Brac-Vis. Prions le Cœur Immaculé de lui donner la force d’être fidèle à la ligne adoptée par ses prédécesseurs dans la lutte contre les forces de l’enfer.

ÉPILOGUE

Que sont devenus les voyants ? Joachim Boufflet nous l’apprend dans son livre : Medjugorje ou la fabrication du surnaturel. « Eux aussi ont cédé au vedettariat américano-italo-français, multipliant voyages et conférences pour se faire, dans le monde entier, les représentants de commerce de leurs apparitions, jusqu’à en avoir dans les pays qu’ils visitent. On ne saurait rêver propagande plus efficace... et plus lucrative. »

Chaque voyant a son petit régime particulier d’apparitions.

Ivanka, 54 ans, a trois enfants et vit à Medjugorje. Elle eut des apparitions quotidiennes jusqu’en 1985 et bénéficie maintenant d’une apparition annuelle le 25 juin. Mirjana, 55 ans, a deux enfants et vit également à Medjugorje. Elle a vu la Gospa quotidiennement jusqu’à Noël 1982, puis elle la vit une fois par an le jour de son anniversaire, le 18 mars ! En 1987, celle-ci fut déplacée au 2 de chaque mois. Depuis le 2 janvier 2007, elle est dépositaire d’un message mensuel. Ce message, elle s’en souvient le temps de le faire retranscrire, mais plus ensuite. Jakov, 49 ans, a trois enfants et vit à Medjugorje. Il eut des apparitions quotidiennes jusqu’en septembre 1998. Depuis, il bénéficie d’une apparition annuelle, le 25 décembre.

Les trois derniers voient encore quotidiennement la Gospa, y compris pendant leurs tournées de conférences. Ivan, 55 ans, est marié avec une ex-miss Massachusetts et a trois enfants. Il vit entre les États-Unis et Medjugorje. Vicka, 55 ans, s’est mariée en 2002. Elle habite près de Medjugorje et a un enfant. Marija, 55 ans, reçoit depuis janvier 1987 un message tous les 25 du mois, plus bref que les messages de Mirjana. Elle a quatre enfants et vit en Italie et à Medjugorje.

D’après les voyants, cette distinction de régime est due au fait que les trois premiers ont reçu dix secrets de la Gospa, tandis que les autres n’en ont reçu que neuf. Mais quand ceux-ci recevront le dixième, la Gospa arrêtera de leur apparaître chaque jour. Notons qu’on ne connaît pas ces secrets et que les voyants n’ont pas tous reçu les mêmes secrets. On approcherait des cinquante secrets.

Le nombre de messages est lui aussi exceptionnel. Depuis 1981, on les compte par dizaines de milliers. Quant à leur contenu, les partisans remarquent eux-mêmes que c’est un peu toujours la même chose : appel à la paix, invitation à prier, à jeûner, à dire le rosaire, à se réconcilier, à lire la bible, à se confesser et à participer à l’Eucharistie quotidienne.

À Medjugorje, la foule n’a cessé d’augmenter. Il est difficile de faire des estimations, car les partisans gonflent les chiffres. D’après eux, il y aurait eu, entre juin et octobre 1981, 500 000 pèlerins. On compte actuellement deux millions et demi de pèlerins par an.

MEDJUGORJE : UNE DÉSORIENTATION DIABOLIQUE

Le 22 septembre 1987, le Père Dugandzig, alors desservant de Medjugorje, avait reproché à Mgr Zanic de travailler « à démontrer que c’est Satan en personne qui est à l’œuvre et que, depuis l’époque de Jésus-Christ, c’est sa plus grande imposture ». Nous souscrivons totalement à ce tragique constat de l’évêque de Mostar : à Medjugorje, c’est le démon.

Comme le faisait remarquer Mgr Zanic, il n’y a pas une seule apparition, pas une journée, qui n’apporte son mensonge, sa bizarrerie, son incohérence, sa contradiction. Elles ont toutes quelque chose de suspect, de contraire à la foi ou de contraire à la convenance. Il suffit de lire les faits. Il n’y a rien de surnaturel, rien de divin. Vouloir reconnaître l’une des sept premières apparitions est insensé.

Cependant, il y a de vraies apparitions. Les évêques successifs de Mostar ont pris officiellement le parti de s’en tenir à la déclaration officielle de Zadar qui affirme que cela ne vient pas du Ciel, sans se prononcer sur le caractère diabolique des apparitions. Derrière l’abbé de Nantes, nous prenons la liberté de dire que puisqu’il y a de vraies apparitions et que ce n’est pas la Sainte Vierge, alors c’est Satan. Nous ne pouvons faire aucun compromis avec Medjugorje.

Même si Rome reconnaissait les premières apparitions, nous ne pourrions pas nous ranger à sa décision. Impossible. Les objections sont si fortes qu’une conscience droite est obligée de les refuser. L’argument de Jean-Paul II, du cardinal Ratzinger et des partisans fut de dire qu’il faut attendre que les apparitions se terminent pour émettre un jugement. Cet argument est absolument sans valeur. Comme disait Mgr Zanic : les apparitions à venir n’annuleront jamais les mensonges du passé.

Voyons maintenant à qui profitent ces apparitions.

UNE APPARITION CHARISMATIQUE.

Frère Michel de la Sainte Trinité écrivait en juin 1986 (CRC n° 223) :

« Les premiers bénéficiaires, ce sont les charismatiques. Les événements de Medjugorje, c’est maintenant bien connu, ont commencé avant les apparitions de “ la Vierge ”. Déjà annoncées par le Père Heribert Mühlen, responsable du mouvement charismatique en Allemagne, les apparitions ont été prophétisées au Père Vlasic, en mai 1981, par le Père Tardif et la sœur Briege McKenna, à Rome, lors du Congrès international des leaders du Renouveau charismatique.

« Les propagandistes de Medjugorje ont souligné eux-mêmes l’importance de ces étranges prophéties. L’abbé Laurentin a parlé d’une « harmonie prééta­blie entre les apparitions et le Renouveau charismatique » (...). Cette collusion des deux causes n’a jamais été démentie, ni d’un côté ni de l’autre : la Gospa, dans ses messages, n’a cessé de cautionner discrètement, mais sans qu’aucun doute soit possible, le Renouveau charismatique, sa doctrine, ses pratiques, ses leaders. Les franciscains qui se sont succédés comme directeurs de la paroisse, du pèlerinage et des voyants, sont tous charismatiques. Aux deux premiers, le Père Zovko et le Père Vlasic, “ la Vierge de Medjugorje ” est apparue. L’évêque Franic, qui les protège, est passionnément charismatique. Les voyants eux-mêmes ont constitué des groupes de prière charismatiques. Les plus zélés propagandistes de Medjugorje étaient tous charismatiques, ou le sont bientôt devenus. Si bien qu’il n’est plus possible désormais d’ignorer cet infrangible lien, de nier cette reconnaissance réciproque du charismatisme et de l’Apparition yougoslave se cautionnant mutuellement.

« Or, comme l’abbé de Nantes l’a souvent expliqué, le charismatisme succède au modernisme et au progressisme comme la troisième phase de la grande entreprise d’infiltration satanique de l’Église, pour son autodestruction et la perte des âmes. On comprend dès lors que le démon, qui sait perdre un peu pour un temps afin de gagner bientôt davantage, se soucie fort peu des quelques prétendus bons fruits que Medjugorje peut occasionner accidentellement. »

UN APPUI INOUÏ À LA RELIGION CONCILIAIRE.

L’étonnant succès de Medjugorje apparaît tout d’abord comme un contrecoup de la scandaleuse apostasie postconciliaire. Paradoxalement, c’est parce qu’ils sont las du modernisme et du progressisme que tant d’évêques, de prêtres et de fidèles accourent en foule aux pieds de la Gospa. Les fidèles se pressent là où ils trouvent encore les signes d’une piété ardente et où, par une étrange exception, la hiérarchie les encourage à aller.

Ils y trouvent des apparitions quotidiennes de la Vierge, une vie paroissiale rythmée par la messe quotidienne, le sacrement de pénitence qui s’y pratique aisément. La Gospa invite à la confession mensuelle, recommande le chapelet, parle du Sacré-Cœur et du Cœur Immaculé de Marie : « Que toutes les familles se consacrent au Sacré-Cœur chaque jour. » « Consacrez-vous au Cœur Immaculé de Marie. » Mentions rares et tardives, mais mentions tout de même. Rien n’y manque, pas même l’habit des franciscains et des sœurs. Sur certains points, l’Apparition est même en réaction avec le modernisme ambiant. Elle parle des anges et du diable, du paradis, de l’enfer et du purgatoire. Elle semble mettre en garde contre le laisser-aller et inviter au jeûne, à la prière et à la conversion. Dans leur ensemble, les messages de la Gospa paraissent catholiques et ne laissent pas d’impressionner.

Mais tout cela n’est qu’une façade trompeuse. Les plus avertis y discernent autre chose... Medjugorje est une justification, un renfort inouï du monde de l’au-delà à la religion conciliaire. L’œcuménisme, la liberté religieuse, la liberté de conscience, la fraternité humaine, le rabaissement de la Vierge Marie à sa “ juste ’’ place, le primat de l’amour et de l’unité sur la Vérité, l’optimisme béat. Tous ces thèmes abordés à Medjugorje sont autant de chapitres âprement discutés et imposés à l’Église lors du concile Vatican II. Après vingt années d’aggiornamento conciliaire qui ont vidé les séminaires et les paroisses comme l’avait annoncé l’abbé de Nantes, ces apparitions arrivent à point nommé. Quoi de plus inespéré que la manifestation d’ « un ange venu du Ciel » pour justifier la religion du Concile.

Medjugorje, c’est aussi toute la séduction de la religion nouvelle avec sa spiritualité humaniste de liberté individuelle et d’épanouissement de la personne, telle que la prêchait Jean-Paul II. Prenons le cas du jeûne. Ce que l’on découvre chez les voyants, écrit Laurentin, « c’est la joie saine, signe de santé, qu’on trouve chez ceux qui sont bien dans leur peau, comme on dit aujourd’hui. La prière, le jeûne austère qu’ils pratiquent, réussit à leur santé physique et psychique. Si leur message est sérieux et parfois grave, il est sans dolorisme. » Ici, l’ascèse elle-même vise au plus parfait épanouissement de soi. La Gospa invite à jeûner deux fois la semaine au pain et à l’eau. Mais il importe de remarquer l’esprit nouveau de cette ascèse. Le jeûne n’a rien à voir avec « les sacrifices » demandés avec tant d’insistance par Notre-Dame de Fatima « en réparation des offenses faites à son Cœur Immaculé et pour la conversion des pécheurs ». Dans la spiritualité “ adulte ” de Medjugorje, le jeûne est une ascèse personnelle librement consentie qui vise à l’épanouissement spirituel procuré par la prière charismatique. « Le jeûne est source de non-violence et de paix, écrit Laurentin bouche d’or. Bien compris, il est purification, pacification, intégration des forces vives. » Liberté et épanouissement de la personne, c’est toute la spiritualité de Jean-Paul II.

En un mot, à Medjugorje, tout le monde peut s’y retrouver, car c’est un parfait compromis entre le bien et le mal, le vrai et le faux, entre le culte de Dieu et le culte de l’homme.

Et donc que penser des prétendus bons fruits de Medjugorje ? Voici trois réactions de Mgr Zanic. À un prêtre salésien qui lui en faisait l’objection, Mgr Zanic répondit : « Certes, Medjugorje est devenu un lieu de prière, mais plus encore un lieu d’affaires : l’argent, le tourisme, la cupidité, l’envie, etc. »

En 1989 se présentent un prêtre et un groupe de pèlerins du Panama. Ce prêtre vient trouver Mgr Zanic et lui demande pourquoi il est contre les apparitions. Une femme favorable aux apparitions sert d’interprète. Mgr Zanic répond qu’il a au moins vingt raisons de ne pas y croire et il raconte l’histoire du scandale du franciscain Ivica Vego pourtant soutenu par la Gospa. L’interprète demande à l’évêque s’il faut vraiment traduire. Mgr Zanic répond : « Si vous n’aviez pas couvert et dissimulé ces vilains événements, ces gens du Panama auraient appris plus tôt la vérité et n’auraient pas eu besoin de faire en vain le voyage de Medjugorje. Il est injuste et coupable de cacher cette vérité ; même si elle est désagréable, elle doit être dite. » Mgr Zanic et Mgr Peric ont été absolument intransigeants et ont clairement dit qu’il ne fallait pas venir à Medjugorje, que si les gens veulent des grâces, ils n’ont qu’à aller ailleurs.

Dans un sermon prononcé à Medjugorje, le 25 juillet 1987, Mgr Zanic déclara : « Certes, ici l’on prie et l’on jeûne beaucoup, mais tout cela se fait dans la conviction que tous les événements survenus ici sont vraiment surnaturels. Eh bien ! prêcher au peuple fidèle des choses qui ne sont point vraies, au sujet de Dieu, de Jésus-Christ ou de la Vierge Marie, cela mérite le fond de l’enfer. »

CONTRE FATIMA.

Enfin, et ce n’est pas le moindre de nos reproches, Medjugorje supplante et ignore Fatima. À la Cova da Iria, le 13 juillet 1917, Notre-Dame avait révélé à ses trois confidents un unique secret, composé de trois parties distinctes. À Medjugorje, le message est d’une plus vaste ampleur, on atteint au minimum les quarante-cinq secrets !

Les voyants de Medjugorje ont plusieurs fois insisté sur le fait que les apparitions de la Gospa « sont les dernières de la Vierge sur la terre » : « Ensuite, je n’apparaîtrai plus sur la terre. » Une telle révélation situe Medjugorje à part et au-dessus de toutes les autres apparitions. Elle disqualifie Fatima et « les deux derniers remèdes », le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, que Dieu a donnés au monde pour le sauver, faisant dire à sœur Lucie qu’ « il n’y en aura pas d’autres ».

À propos du grand signe, les voyants de Medju­gorje ont précisé que rien ne sera comparable à ce qui arrivera alors. On doit supposer alors que ce sera un miracle beaucoup plus éclatant que la danse du soleil à Fatima, puisqu’il sera « durable, visible et tangible par tous ». Ce ne sera pas non plus la conversion de la Russie qui, pour les voyants, a déjà été obtenue en 1989.

Certains messages de la Gospa évoquent le Cœur Immaculé, mais sans rapport avec les exigences demandées par Notre-Dame à Fatima : l’établissement dans le monde de la dévotion au Cœur Immaculé, l’approbation par le Saint-Père de la pratique de la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois, la consécration de la Russie par le Pape en union avec tous les évêques.

Notre-Dame de Fatima annonce dans son secret que si l’on n’obéit pas, la Russie communiste sera le fléau par lequel Dieu punira l’Église et le monde. Medjugorje ignore ce châtiment. Et si la Gospa dit en octobre 1981 « que le peuple russe est le peuple où Dieu sera le plus puissamment glorifié », cette prophétie n’est accompagnée d’aucune réserve à l’encontre du communisme.

Enfin, mais il y aurait bien d’autres choses à dire, l’abbé de Nantes expliquait que l’attentat du 13 mai 1981 contre Jean-Paul II aurait dû le provoquer à se tourner vers Fatima et à rejeter son Ostpolitik. Eh bien ! là encore, Medjugorje travailla contre Fatima. Un mois après, la Gospa apparaissait, fournissait au Pape une occasion de ne pas répondre à Fatima et le séduisait par un message œcuménique qui le flattait dans ses convictions intellectuelles les plus profondes.

Bref, sur les demandes du Ciel, sur les châtiments annoncés, sur le miracle promis comme sur beaucoup d’autres points, l’opposition est totale. Medjugorje n’est pas dans la continuité de Fatima. « Medjugorje est à la fausse religion conciliaire ce que les apparitions et le message de Fatima sont à la vraie et irréformable religion catholique », écrivait notre Père. Bien avant les mises en garde de l’évêque de Mostar, dès octobre 1981, à la suite des premiers comptes rendus, notre Père avait vu juste : « Cela peut être encore une simagrée de Satan pour nous faire oublier Fatima. »

Malheureusement, pour les mois à venir, il faut s’attendre à une nouvelle défaite. À moins d’un coup de la Providence, par exemple si Mgr Petar Palic répond à la grâce de suivre héroïquement le chemin douloureux de ses prédécesseurs, Rome poursuivra sa politique de conciliation, les pèlerins afflueront et Medjugorje deviendra le plus grand sanctuaire mondial soi-disant marial.

C’est alors que le diable, croyant triompher, croira utile de dévoiler son œuvre pour le scandale des foules et parviendra, pensera-t-il, à l’apostasie universelle. Mais ce triomphe sera sa perte, car nous sommes certains que le Cœur Immaculé de Marie lui écrasera la tête.

frère Michel de l’Immaculée Triomphante et du Divin Cœur.

RENCONTRE AVEC MGR RATKO PERIC, ÉVÊQUE DE MOSTAR, EN HERZÉGOVINE

Publié sur le site Cath. ch, le 15 août 2011. Bosnie-Herzégovine.

Dans le diocèse de Mostar, la rébellion de quelques franciscains « confine au schisme ».

Mostar, 15 août 2011 (Apic). « Nous avons dans notre diocèse neuf ex-franciscains suspens a divinis qui exercent leur ministère alors qu’ils ont été expulsés de leur ordre... Dans cinq paroisses, ils se sont emparés de l’église et des registres paroissiaux ; quelques 10 à 15 000 paroissiens les suivent ! » Mgr Ratko Peric, l’évêque de Mostar, qui nous reçoit dans sa résidence épiscopale de la rue Nadbiskupa Cule, en face de la cathédrale Sainte-Marie, est contrarié. Il attend une réaction de Rome qui, à ses yeux, n’a que trop tardé !

Le conflit qui dure depuis des années dans le diocèse de Mostar-Duvno, entre une poignée de franciscains dissidents et le diocèse catholique du sud de la Bosnie-Herzégovine, confine à un « schisme » peut-on lire sur le site de ce diocèse qui fait frontière avec la Croatie. Mgr Peric, 67 ans, est à la tête de l’Église locale depuis 1993. Outre ses préoccupations concernant le phénomène des « apparitions de Medjugorje », à quelque vingt kilomètres au sud-ouest de Mostar, Mgr Peric doit faire face depuis une bonne dizaine d’années à la rébellion d’une poignée de franciscains qui n’obéissent ni à l’évêque diocésain, ni au Saint-Siège, ni à la Curie générale de l’ordre des franciscains à Rome. Ce long conflit, dont on ne voit pas la fin, est désigné depuis des années sous le vocable d’ « Affaire d’Herzégovine ».

ILS SE DISENT PERSECUTÉS PAR L’ÉVÊQUE ET PAR ROME

« Ces franciscains rebelles n’ont plus aucun contact avec la maison provinciale à Mostar et l’Ordre à Rome. Le Vatican connaît la situation, mais n’a pris encore aucune mesure concrète... Rome espère que les prêtres saisissent leur chance de rester au sein de l’Église ! » lâche Mgr Peric, qui constate que même s’ils se font réduire à l’état laïc, ces dissidents vont rester et continuer leur œuvre de division au sein du diocèse : « Ces rebelles et leurs fidèles ignorent l’évêque. Ils agissent dans au moins six localités du diocèse. Ils sont comme une secte, ils disent que Rome est mal informée, qu’ils sont persécutés par l’évêque, par le Vatican ! »

À Capljina, non loin de la frontière croate, deux franciscains, frères Petar Barbaric et Bozo Rados, ont refusé en 1996 de quitter leur paroisse. Ils ont été par la suite expulsés de leur congrégation. Dans cette paroisse de quelque 6 000 âmes, les dissidents ont fait main basse sur les registres et les archives. Le prêtre désigné par l’évêque ne peut pénétrer dans l’église paroissiale, les franciscains dissidents l’en empêchent par la force.

UNE STRATÉGIE DE RECONQUÊTE

L’évêque, dans une stratégie de reconquête, a envoyé un prêtre pour « reprendre » la paroisse, mais il a dû louer un appartement pour le loger et installer des bureaux, la maison paroissiale lui étant interdite d’accès. Ce prêtre a déjà béni cette année quelque 600 maisons et les familles qui les habitent. 400 enfants se sont déjà inscrits pour la catéchèse. Les confirmands reviennent chez le prêtre “ légal ”, mais l’évêque est forcé de célébrer la confirmation dans une autre paroisse.

La guérilla continue : pour éviter que les fidèles aient à se déplacer trop loin, le diocèse a acheté un terrain pour construire un centre pastoral et des locaux pour la Caritas, mais les ex-franciscains sont intervenus auprès de la commune, par avocats interposés, pour empêcher les travaux...

L’évêque nous confie qu’il ne pourra pas, avec ses propres ressources, construire ce centre pastoral et les locaux de la Caritas. Il compte pour ce faire sur des aides extérieures, en mentionnant l’œuvre d’entraide catholique internationale Aide à l’Église en Détresse (AED), Renovabis, la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB).

Depuis onze ans, le diocèse a rétabli les registres confisqués, et les paroissiens qui désirent se marier à l’Église doivent « refaire » leur confirmation s’ils ont été confirmés de façon illicite et invalide par des « dissidents ». Les franciscains rebelles avaient ainsi invité un « évêque anonyme » en octobre 1997 pour confirmer plus de quatre cents enfants ! Il s’était avéré qu’un franciscain s’était alors présenté de « façon blasphématoire » comme un évêque : il a été finalement expulsé de l’ordre des franciscains, poursuit Mgr Peric.

SCANDALE DES CONFIRMATIONS ILLICITES

« Un scandale encore pire est arrivé en 2001 quand des franciscains – certains déjà suspendus de la congrégation et d’autres pas encore suspendus – ont invité Srecko Franjo Novak, un diacre de l’Église vieille catholique s’identifiant lui-même comme un archevêque ”. Plus de sept cents jeunes avaient alors été confirmés  dans des paroisses occupées. Toutes ces confirmations sont invalides et sacrilèges. » Mgr Peric sort alors de ses dossiers divers documents explosifs : ses demandes adressées à Berne à Mgr Hans Gerny, à l’époque évêque de l’Église catholique-chrétienne de Suisse, pour savoir si Novak était effectivement un évêque croate. Avant de rejoindre l’Église catholique, Novak avait été exclu d’un séminaire catholique-chrétien.

Mgr Gerny confirme que Novak a bien étudié à la Faculté de théologie catholique-chrétienne de Berne et qu’il a été ordonné diacre par Mgr Léon Gauthier, mais que l’ordination sacerdotale lui a été refusée. « Il n’a depuis lors plus rien à faire avec l’Église catholique-chrétienne ou une autre des Églises vieilles-catholiques de l’Union d’Utrecht. Il n’a jamais été ordonné évêque vieux-catholique », écrit dans son courriel du 23 mai 2001 Mgr Hans Gerny, qui était alors également secrétaire de la Conférence internationale des évêques vieux-catholiques.

TENTATIVE AUPRES DE MGR GERNY D’OBTENIR 
L’ORDINATION D’UN EVEQUE CLANDESTIN

Cinq jours après, toujours en mai 2001, arrive également la réponse de Mgr Gerny concernant la demande de deux ex-franciscains qui s’étaient rendus à Berne pour obtenir de lui qu’il ordonne l’un de ces dissidents évêque « sub secreto ». Dans une conférence de presse à Capljina, l’ex-frère franciscain Boniface Petar Barbaric avait déclaré le 27 mai 2001 que durant le communisme en Tchécoslovaquie et dans d’autres pays, la pratique existait d’ordonner en secret des évêques et des prêtres. « Qui sait si, parmi nous, il n’y avait pas quelque évêque ordonné secrètement ? » avait-il lancé.

Le lendemain, Mgr Gerny répond que deux franciscains du diocèse de Mostar se sont bien rendus à Berne et qu’il les a reçus, pensant qu’ils venaient demander de l’aide humanitaire. Ils ont déclaré à l’évêque catholique-chrétien de Suisse que l’évêque de Mostar voulait faire quitter les paroisses aux franciscains qui y avaient travaillé durant des siècles. Comme l’évêque ne veut pas ordonner de nouveaux franciscains, ont-ils dit, ils devaient subvenir eux-mêmes à la relève, raison pour laquelle ils ont demandé à Mgr Gerny d’ordonner pour eux un « évêque clandestin ». « Évidemment, j’ai tout de suite refusé cette demande et mis un terme à l’entretien. » Mgr Gerny ne voulait en aucun cas se prêter à une telle mascarade, qui aurait été de toute façon un schisme.

« À Capljina, notamment, nous essayons d’être flexibles, afin d’éviter les conflits, car les familles sont divisées », souligne Mgr Peric, qui déplore que les rebelles bénéficient de soutiens de missionnaires franciscains croates à l’étranger.

« Nous bénéficions du soutien du Saint-Siège, qui nous a donné raison, mais sur le terrain, dans la pratique, rien ne change. Les fidèles finissent par se demander si le Vatican est si faible qu’il ne peut rien faire pour résoudre ce conflit », regrette l’évêque de Mostar-Duvno. Pour Mgr Peric, « c’est cependant une question de génération, car les jeunes diacres et prêtres franciscains sont actuellement ordonnés par l’évêque de Mostar ». Signe d’espoir que ce long conflit va un jour prendre fin : les relations entre l’évêque et le provincialat des franciscains à Mostar sont désormais qualifiées de bonnes.