Il est ressuscité !

N° 253 – Mars 2024

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


Centenaire de Georges de Nantes,
notre Père (3)

 IL EST UNE PERSONNE QUI VOUS JUGE, TRÈS SAINT-PÈRE 

À la fin de son second livre d’accusation,  notre Père prend à nouveau comme témoin et, mieux encore, comme juge de la cause qui l’oppose à Jean-Paul II, Notre-Dame de Fatima.

Reprenant les uns après les autres tous les éléments de l’Évangile du Cœur Immaculé de Marie, salut du Monde, des pécheurs, des nations et de l’Église, notre Père reproche au Saint-Père son refus ostentatoire, son hostilité, sa haine envers tout ce que la Sainte Vierge lui commandait de faire, particulièrement l’établissement de la dévotion réparatrice à son Cœur Immaculé et la consécration à ce même Cœur de la Russie, à Elle confiée par une volonté particulière du Bon Dieu. Toute la doctrine de Jean-Paul II s’oppose à Fatima. Tout Fatima condamne les enseignements de Jean-Paul II.

« Pour ma part, lui écrit notre Père, il me semble que je n’aurais jamais eu de lumière et la force nécessaire à mon combat actuel contre les puissances d’apostasie en œuvre dans l’Église et depuis bien longtemps, si la religion, le message et le secret de Fatima n’avaient été mon secours et ma consolation. Il est curieux que dans votre discours du 13 mai vous ayez passé sous silence la fin déjà connue du Secret, ou plutôt que vous ayez substitué de grandiloquentes paroles sur la Jérusalem céleste descendant du ciel sur la terre, pastichant l’Apocalypse, à ces paroles qui soutiennent l’espérance actuelle de toute l’Église : “ À la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira, et il sera donné au monde un certain temps de paix. 

« Le désespoir guette tant des nôtres ! Cette promesse solennelle qui ne peut faillir venant de la Mère de Dieu, paroles prouvées par la Danse du soleil ! cette promesse sûre et certaine nous garde l’espérance pour ce qui est du temporel. Pour ce qui est du spirituel et qui concerne le salut de nos âmes, c’est le Secret qu’il faut connaître assurément pour ne pas désespérer de l’Église, ou pour résister au courant de l’apostasie générale. Car comment reviendrait-on, me disent les meilleurs catholiques, ceux qui vous sont soumis et ceux qui ne peuvent l’être, comment l’Église si fort engagée et compromise depuis ce maudit Concile, depuis trois ou quatre papes, avec l’hérésie et la révolution, pourrait-elle revenir en arrière ? Cela fait maintenant partie de sa “ tradition ”, il faut s’y résigner ! Soit pour l’abandonner comme une mère traîtresse et adultère, pour l’honneur et à regret. Soit pour s’abêtir avec le monde moderne et se rallier pour lui demeurer fidèle, et après, Dieu jugera !

« Tel est l’épouvantable état d’âme des meilleurs prêtres et des fidèles. Eh bien ! À cette formidable objection qui nous est faite depuis le commencement de notre Ligue de Contre-Réforme Catholique, c’est par Fatima que nous discernons la voie étroite, héroïque et sainte de la restauration soudaine de l’Église. Tout se fera par la grâce de l’Immaculée. Quelques humbles paroles d’Elle suffiront à chasser de l’Église, puis de la terre entière les fumées de Satan, les ténèbres de l’enfer vaincu. »

Le 13 mai 1983, anniversaire de la première apparition de Notre-Dame à Fatima, notre Père tenta de remettre au pape Jean-Paul II ce deuxième livre d’accusation dont il avait achevé la rédaction deux jours auparavant. Il fut reçu cette fois-ci dans le palais de la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi par son secrétaire, Mgr Hamer. Ce dernier lui signifia que le Saint-Père refusait de recevoir l’acte introductif d’instance, il en interdisait la publication et lui enjoignait de rétracter non seulement toutes ses accusations d’hérésie portées contre Paul VI et le concile Vatican II, mais également de prétendues “ erreurs ” qu’il aurait reconnues. C’était le même procédé employé en 1968. L’abbé de Nantes se leva en désignant le crucifix et s’écria : « Au nom du Christ crucifié, au nom de mon Dieu qui sera notre Juge, je dis Excellence, que vous êtes un menteur. » Le 16 mai, une notification de la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi rendait publique la demande de notre Père de voir ouvrir un procès contre le Saint-Père pour hérésie, schisme et scandale, et reprenait les points notifiés de vive voix par Mgr Hamer.

Après quelques jours de réflexion et de prière, notre Père annonçait au palais de la Mutualité, à Paris, qu’en dépit de l’injonction qui lui avait été faite, il diffuserait le livre d’accusation. C’était un devoir, « si je veux confesser ma foi catholique et manifester la vérité nécessaire à la vie de l’Église. Je vais maintenant dans une lettre ouverte au Pape, répondre à la notification et justifier la publication du Liber. »

La lettre fut envoyée et ne reçut aucune réponse de la part de son auguste destinataire. Et pour cause ! « La preuve du double mensonge est accessible à un enfant. Si j’ai commis quelque erreur, que le Saint-­Office la produise ! Voici du papier, voici une plume... Si j’ai reconnu mon erreur, qu’on montre la trace de cet aveu capital ! Voici la minute de ce procès : Quelle page ? quel paragraphe ? Le compte rendu des séances de mai 1968, signé et contresigné de mes juges et de moi, m’est bien connu puisque, anomalie sans doute unique dans les annales de la Justice, c’est moi, l’accusé, qui l’ait rédigé, devant l’incapacité du greffier et l’impuissance des juges à faire correctement ce travail ! » (Lettre ouverte au pape Jean-Paul II)

Il ne se trouva aucun théologien sur la terre pour en débattre publiquement, aucune autorité dans l’Église pour la condamner dogmatiquement, bref personne pour prendre la défense du Pape. La forfaiture romaine renouvelant celle de 1973, était flagrante. Mais, affirmait notre Père dans son envoi, « que nous n’ayons pas été écoutés ni condamnés, témoignera par le silence de l’Église sainte, infaillible, qu’elle reconnut en nous les témoins de son indéfectible Vérité et, plus tard, c’est à ce silence et cette secrète bienveillance maternelle qu’on reconnaîtra sa fidélité sans défaillance à son seul Époux et Seigneur, Jésus-Christ ».

Le combat de notre Père pour la foi devait connaître un nouveau sommet en 1993 après la publication, le 11 octobre de l’année précédente, pour le trentième anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II, d’un prétendu Catéchisme de l’Église catholique, CEC, antithèse, s’il en fut, de la CRC !

LETTRE À NOS AMIS, APRÈS LA REMISE DU LIBER II

Mes chers amis, 8 juin 1983,

Il semble que le moment du plus dur  affrontement est arrivé. Désormais chaque jour peut tomber la nouvelle de notre excommunication, ou plutôt, je crois, de mon excommunication car on paraît vouloir dissocier votre sort du nôtre, ou plutôt du mien personnel. Comme si vous étiez tous de malheureux égarés, sans convictions personnelles, que ma condamnation suffira à ramener dans le corps du troupeau fidèle, et même nos frères et nos sœurs.

Comme je m’aperçois qu’on manque d’imagination là-haut, je m’attends à recevoir une sommation d’avoir à me soumettre dans un délai très bref, et puisque je n’en ferai rien, l’excommunication sera fulminée de Rome pour cause de refus répétés d’obéissance au Pape, pour insolences et injures graves envers le Souverain Pontife, il y a des canons pour cela ; peut-être pousseront-ils même jusqu’à insinuer dans une formule torve le mot, ou l’idée, d’erreurs que je refuserais de rétracter. Les seules indications positives concernant l’objet du litige seront mon opposition au Concile et aux Papes successifs, ma critique inacceptable ( ?!) de leur enseignement.

Même faiblement répercutée par les radios et journaux, cette nouvelle, ce seul mot d’excommunication, la privation des sacrements qu’il évoque et la damnation éternelle qu’il laisse supposer, auront assez de force pour briser le courage, rompre la fidélité de beaucoup par motif de conscience. Car le clergé, si cela vient se montrera féroce contre nous, nous déchirera à belles dents en ses discours, et nous refusera de très haut l’entrée des églises et les sacrements, trop zélé à défendre ses idées en obéissant au Pape.

Ce sera un beau gâchis, me disent certains qui n’étaient pas favorables à notre démarche romaine, un beau gâchis que vous aurez fait là ! Et si tous vous abandonnent vous ne devrez vous en prendre qu’à vous. Je le sais, et j’en revendique la pleine responsabilité car il vaut mieux que le diable se manifeste violemment contre nous que de le voir poursuivre avec tout notre respect son œuvre de démolition de l’Église et de corruption des âmes. Il faut que ce soit une guerre déclarée avec la Bête qui trône à Rome sous les apparences de l’Agneau de Dieu mais qui parle comme un monstre de Satan. Relisez les chapitres effrayants de l’Apocalypse annonçant ces événements, et comprenez qu’on ne triomphe pas de telles forces idolâtriques sans combats, sans violences verbales, sans souffrances et sans martyre.

Beaucoup seraient capables de soutenir les prisons, les tortures et la mort que leur infligerait la « première Bête », qui est l’empire du mal politique, la judéo-maçonnerie et le communisme mondial. Du moins le disent-ils. Mais les sentences d’excommunication de la « seconde Bête », qui est le Pouvoir spirituel dévoyé, adultère, prostitué au service de la première Bête, leur poseront disent-ils déjà, des problèmes de conscience. Et ils nous l’annoncent : ils ne nous suivront pas. À parler franc, ils nous abandonneront et ils se fondront dans la masse soumise aux deux pouvoirs de Satan, le temporel et le spirituel. Nous avons déjà vu cela, ou nos parents nous l’ont appris, lors de la « condamnation » de l’Action française et l’excommunication de ses ligueurs et jusque de ses simples lecteurs abonnés !

Vis-à-vis de ces lâcheurs, je voudrais que nous adoptions tous une même attitude nette et ferme, cependant tolérante et pardonnante. Ils seront à nos yeux excusables et excusés. À quoi bon, et de quel droit les accabler de critiques et de reproches ? Il n’en restera pas moins pour nous certain qu’ils auront tort, absolument, que ce soit en ce qui concerne le bien général de l’Église, qu’en ce qui concerne leur propre salut éternel et celui de leur entourage. Quiconque nous trahira alors, trahira la cause de la vérité divine et de la religion, apportant le poids de sa trahison au « Masdu » qui opère dans le monde la grande Apostasie. Et ce faisant, pour le repos prétendu de son âme inquiète, ce transfuge et les siens avec lui s’engageront dans la voie de cette même « molle apostasie » immanente par laquelle des masses de catholiques se détachent comme feuilles mortes un jour d’automne au moindre vent, de l’arbre nécrosé qu’est l’Église conciliaire et tombent du Ciel à terre, bienheureux si ce n’est directement en enfer.

Restent ceux qui tiennent bon et qui tiendront bon, contre vents et marées, annoncés eux aussi par l’Apocalypse. Il s’agit de vous, nos très chers, très fidèles, très intimes amis auxquels j’écris ainsi aujourd’hui parce que depuis des mois je n’ai plus donné le moindre temps à notre douce correspondance, ni pour vous conseiller, ni pour vous réconforter, ni pour vous répondre et vous remercier de vos dons. Mais les épreuves de demain nous appellent à nous serrer davantage les uns auprès des autres, vous tous auprès de nos Maisons Saint-Joseph, Sainte-Marie, et là-bas notre Sainte-Thérèse des Laurentides !

Je finis par réprouver, en ces temps si durs, les gens qui s’occupent de trente-six choses et du coup ne servent à rien nulle part, n’obéissent à personne, critiquent un peu tout, en fait courent là où le succès semble venir, là où leurs projets et leur vanité sont cultivés. Allez où vous voudrez, servez qui vous paraît le mieux défendre l’Église et la Patrie, mais cessez ce petit jeu des multiples demi-appartenances dont la vertu dominante n’est pas la loyauté. À l’heure de l’épreuve, Jésus dit nettement : « Qui n’est pas avec moi est contre moi. » Tandis qu’en des temps plus paisibles il s’était accommodé de toutes les plus médiocres adhésions, disant : « Qui n’est pas contre vous est pour vous. »

Priez, travaillez obéissez, aidez-nous, tout cela non pour des avantages temporels ou humains, mais pour l’amour de Dieu, de la Vierge Marie et des âmes à sauver. Même si cela vous paraît parfois un peu dur, ou bien dur. Nous n’avons pas encore souffert, ni les uns ni les autres, jusqu’au sang !

Moyennant quoi, tout va parfaitement bien pour nous ici, spirituellement et même matériellement, ce qui nous permet d’abattre un travail considérable. Je sais qu’à travers toutes les épreuves, j’aurai ce qu’il faudra de frères, de sœurs, d’amis, de secours et de dévouements, mais pas plus vraiment qu’il ne faudra, pour continuer ma mission et la mener à sa fin triomphale. Je n’ai même pas à imaginer des sorts plus grandioses, héroïques ou dramatiques, hauts en couleur. Je suis là, rivé à ma table de travail, dans la loge de concierge de cette maison bourdonnante comme une ruche industrieuse. Et j’y resterai sans peines, maladies, vertus ni mérites jusqu’à la victoire de la Contre-Réforme dans l’Église et de la Contre-Révolution dans le monde. Voilà ce que me dit, du moins je le crois, l’Esprit-Saint de mon Dieu et Père, de mon Maître et Seigneur Jésus-Christ, l’Esprit-Saint de l’Église.

C’en est assez pour que vous deviniez, amis fidèles, que vous aurez à me supporter un bon moment encore, et à vous dévouer, à souffrir avec nous pour triompher avec nous. C’est tout de même un fameux message d’espérance que je vous dévoile là. Gardez-le pour vous, « comme une lampe qui brille dans un lieu obscur, jusqu’à ce que le jour commence à poindre et que l’astre du matin se lève à vos yeux », saint pape, grand monarque, sauveurs que je ne suis pas, mais qui viendront au nom du Sacré-Cœur, à la prière du Cœur Immaculé de notre bénie Mère, la Sainte Vierge Marie.

Désolés de vos peines, heureux de vos joies, tous s’unissent à vous, ici, dans la prière pour vos âmes et la reconnaissance à Dieu pour votre charité,

frère Georges de Jésus.

LE TROISIÈME LIVRE D’ACCUSATION

À la première lecture de cet acte d’enseignement, l’abbé de Nantes se trouve séduit « par la parfaite maîtrise des questions dogmatiques, la connaissance admirable de l’Écriture sainte, les choix excellents des citations des Pères de l’Église et, mieux encore, s’il est possible ! ses ouvertures sur ce que la science et la théologie modernes ont de meilleur, toujours d’une grande modération, d’une toute romaine sobriété qui n’exclut pas la chaleur d’un juste enthousiasme ». Mais une lecture approfondie déchira le voile et laissa entrevoir le venin enrobé dans un miel des plus suaves et onctueux. « Certains chapitres parfaitement repérables sont faits de citations massives des Actes de Vatican II que notre foi catholique refuse [...] et de plus en plus fermement, pour leur évidente incompatibilité et contradiction avec la simple vérité philosophique ou scientifique accessible à la raison naturelle, ou avec des points de doctrine ecclésiastique qu’on ne saurait remettre en cause, ou même en doute, maintenant qu’ils ont été définis. »

Ce catéchisme était le fruit de six ans de travail d’une commission cardinalice et d’un comité de rédaction formé d’experts, sous la direction du cardinal Ratzinger, délégué à cette tâche par le pape Jean-Paul II. Notre Père dressa donc un nouvel acte d’accusation, une “ plainte contre X ” à l’encontre de l’Auteur du CEC.

Douze hérésies étaient dénoncées : une extension abusive de l’infaillibilité, une erreur sur la prédestination, sur l’incarnation, sur la rédemption, sur l’au-delà perdu hors de l’espace et du temps, sur le Saint-Esprit, animateur du monde, sur le peuple de Dieu, convoqué, conduit par l’Esprit, sur le sacerdoce commun des fidèles, sur un culte de l’homme antichrist, sur la démocratie dite chrétienne, sur la laïcité de l’État et enfin sur la gnose personnelle de Jean-Paul II.

La première hérésie est d’une actualité dramatique, à l’heure de “ l’Église synodale ”. Sous le titre « Le sens surnaturel de la foi », il est écrit que « l’ensemble des fidèles », grâce à « l’onction de l’Esprit-Saint qui les instruit et les conduit vers la vérité tout entière », « ne peut se tromper dans la foi et manifeste cette qualité par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier ». Ce que notre Père accuse d’être une « extension abusive de l’infaillibilité et de l’indéfectibilité de l’Église, en son peuple ». « La masse des centaines de millions de fidèles de l’Église actuelle ne peut se tromper ? C’est grotesque, c’est inexistant. C’est la caricature de la très véritable infaillibilité catholique de l’Église constituée hiérarchiquement, pyramidale, monarchique, à laquelle Jésus a promis que les portes de l’enfer ne prévaudraient pas contre elle ! »

Comme en 1973 et 1983, notre Père apporta ce livre d’accusation en personne à Rome le 13 mai 1993 et fut reçu à la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi par Mgr Caotorta. Ce dernier accepta le livre, mais ce fut pour le mettre dans un tiroir et ne plus en parler.

Dix jours plus tard, Mgr Leonardo Sandri, assesseur à la secrétairerie d’État, accepta de me recevoir. Cette rencontre suscita un vif échange d’une heure et demie, moi pour demander l’ouverture d’un procès canonique, exigé par les accusations en hérésie de notre Père, lui pour nous reprocher notre « méthode trop brutale »... mais pour finalement lâcher cet incroyable aveu : « Si nous faisons ce que vous demandez, cela veut dire que tout cela a un fundus veritatis, un fond de vérité. Si nous commencions à examiner, cela voudrait déjà dire que vous avez raison. Nous ne pouvons pas le faire. Tout le magistère postconciliaire a expliqué Vatican II. L’abbé de Nantes doit ouvrir son esprit à toutes les nouveautés. »

Nonobstant le fait qu’elle avait formellement accepté ce troisième livre d’accusation de notre Père, l’Autorité romaine, comme en 1968, en 1973 et en 1983, se dérobait à son obligation de juger la cause qui lui était déférée, contrevenant même aux dispositions du premier paragraphe du canon 1417 du Code de droit canonique qui autorise tout fidèle à saisir le Saint-Siège de toute cause contentieuse ou pénale, à n’importe quel moment du procès, du fait de la primauté du Pontife romain. Le silence de Rome extraordinairement éloquent prouve que la foi catholique n’a pas encore été modifiée, altérée, corrompue dans l’âme virginale de l’Église.

« L’atteste ce Libelle d’accusation qui reste dans les archives du palais du Saint-Office, et dans les cœurs tourmentés de ceux qui espéraient changer la foi catholique en changeant le catéchisme des siècles en un nouveau Catéchisme de l’Église catholique. »

En conclusion de son accusation, notre Père avait tenu cependant à se solidariser avec les auteurs de ce prétendu catéchisme, afin de bien marquer son horreur du schisme, qui n’a d’égale que sa véhémente réprobation de l’hérésie :

« Nous nous sommes égarés dans nos mirages, Très Saint-Père, nous nous sommes perdus dans notre gnose et enorgueillis d’avoir rêvé d’un dessein de grâce plus merveilleux que celui de Dieu même ! Nous avons rejeté le genre humain sous le joug du Menteur, du Satan des origines. Aujourd’hui, il croit triompher par notre faux Évangile. Ah ! repentons-nous, prêchons les justes voies du salut ! Il ne sera jamais trop tard pour réparer nos erreurs et nos extravagances.

« Par le Cœur Immaculé de la Vierge Marie, le Sacré-Cœur se laissera toucher et notre monde, humblement assoiffé de Vie, de Vérité, d’Amour, trouvera ou reprendra le chemin de l’Église, le chemin de Rome qui est celui du Royaume des cieux en ce monde et en l’autre.

« Je suis de Votre Sainteté l’humble serviteur. »

Le 13 mai 1993, remise du troisième Liber.
Le 13 mai 1993, l’abbé de Nantes, entouré de ses amis, vint une dernière fois à Rome remettre au Souverain Pontife et au cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, son troisième Livre d’accu­sation à l’encontre de l’Auteur du Catéchisme de l’Église catholique. Il fut reçu par Mgr Damiano Caotorta, offi­cier de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui prit note de la demande d’ouverture d’un procès canonique.

L’INSPIRATION D’UN APPEL A NOTRE-DAME

Exactement un an après le dépôt de ce Liber, notre Père reçut l’inspiration de mener une nouvelle démarche, qu’il annonçait en ces termes à sa Phalange :

« Le 13 mai, l’idée m’est venue, à laquelle je consentis du même mouvement qui l’inspirait en mon âme, de promettre au Cœur Immaculé de notre divine Mère de me rendre le 13 octobre 1996 en pèlerinage à Fatima, ce que, seul de nos communautés, je n’ai pas encore fait, m’en voyant empêché, par ma suspense a divinis. À peine remarqué-je, en vous écrivant qu’alors cette cruelle suspense aura tout juste trente ans d’âge, misérable record ! »

« Jusqu’à ce jour, c’est à Rome que je fus contraint en esprit d’aller seul, ou assisté de frères et de fidèles amis, cinq fois : en 1968, 1969, 1973, 1983, 1993, pour y porter, selon le droit canonique, nos demandes de décisions infaillibles sur la foi, hélas ! sans aucun succès ni effet, en pleine et opiniâtre forfaiture du Pape et de ses ministres ainsi provoqués à réagir contre leur propre  désorientation diabolique  ; le fait est unique dans l’histoire bimillénaire du Siège apostolique. Je ne m’y rendrai plus que d’abord la synagogue de Satan qui s’y tient ne soit anéantie. »

Loin d’être anéantie, la Synagogue de Satan qui se tient à Rome triomphe toujours, et continue de s’activer à la Ruine de l’Église.

« Mais d’être poussé d’aller à Fatima, tout obstacle levé, pourquoi ? et à cette date lointaine de 1996 ? J’en fus le premier surpris, mais nullement angoissé. Au contraire, une très pure, une divine joie s’était emparée de moi qui m’y faisait d’enthousiasme consentir, et dire, dans un élan d’action de grâces et de disponibilité totale et définitive, cette étrange prière : “ [...] Je vous aime ô Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous. – J’irai, j’irai donc ! et d’ici là je vivrai à tout moment déjà en chemin vers Fatima. – Et je vais enthousiasmer vos bons, vos vrais serviteurs et servantes qui vous aiment à l’idée de venir à vos pieds, ô Mère chérie, à vos genoux. – Pour nous tenir à vos ordres, à vos demandes, à vos désirs finalement soumis dès maintenant, et à l’heure bénie de midi en ce 13 octobre 1996 ! Ainsi soit-il ! ” »

C’est, avant toute résolution, tout calcul, une inspiration de Notre-Dame, à laquelle notre Père a consenti.

« Le monde va mal, très mal. Notre société maternelle nous est devenue marâtre. Elle nous tient serrés dans ses bras, à nous étouffer, et c’est pour nous jeter dans l’abîme avec elle devenue folle et mauvaise, abîme de l’apostasie, de la rébellion à toute autorité, au Christ même et à sa divine Mère, abîme de la corruption et de la violence en ce monde, et de la damnation éternelle [...]. La partie secrète du Message du 13 juillet 1917 est déjà en marche : c’est l’apostasie, comme une lèpre gagnant partout. C’est dans notre entourage même que le démon de la laïcité nous guette, c’est dans nos maîtres, nos confrères et collègues, nos amis, nos propres parents que se lèvent des renégats dont l’exemple, les paroles perfides, les séductions, les offres nous tentent [...]. »

« C’est pourquoi il nous faut répondre à l’appel entendu, de lever l’étendard de la Croisade en toute sagesse, contre le démon, contre le monde et contre nous-mêmes, au Nom de l’Immaculée Mère de Dieu, médiatrice, auxiliatrice. Il nous faut nous convaincre nous-mêmes de rompre dès aujourd’hui avec la molle facilité qui nous retient et d’en trouver la force et les moyens ensemble, dans notre “ Communion phalangiste ”. Nous avons neuf cents jours pour ce salut de nos vies. Si nous n’y consentons pas, nous périrons d’orgueil et de luxure, celle-ci horriblement contagieuse, celui-là invisible, secret, dévorant comme un chancre les âmes altières. »

« Cette Croisade, ce pèlerinage à la Vierge Marie est un appel intime à prendre la mesure des événements que nous traversons. C’est le tocsin qui sonne à nos oreilles. Dans les trente mois qui viennent, un monde va disparaître, un autre naître. » (Lettre à la Phalange n° 47, 29 mai 1994)

« ELLE SEULE POURRA VOUS SECOURIR »

Cette inspiration, et la résolution de notre Père montrent bien qu’il était tout abandonné à la Médiation de la Vierge Marie, comme le voulait l’abbé Poppe. C’est là vraiment la dévotion au Cœur Immaculé de Marie que notre Dieu veut voir embrassée par ses enfants, dont notre Père reçut la flamme d’une manière “ intense, et démesurée ou encombrante aux autres ” le 3 juillet 1993. Il expliquait : « Cette dévotion est une sorte d’affection mutuelle de la Vierge et de celui qui la prie, affection qui est toute suscitée par des paroles intimes, des aspirations et inspirations invisibles de cette même Vierge à son enfant et cela faisant naître en lui des élans qu’Elle-même est heureuse d’agréer. » C’est ainsi que Notre-Dame inspira cette résolution de nous rendre à ses pieds à Fatima, comme une nouvelle étape, un nouveau progrès pour notre Phalange dans la dévotion à son Cœur Immaculé, pour notre persévérance et notre salut, pour sa consolation et l’avènement de son Règne.

Dans sa lettre suivante, du 13 août 1994, notre Père écrivait :

« C’est vraiment comme si, de mois en mois, notre attachement à la Très Sainte Vierge remontait le peloton de nos autres dévotions et de nos raisons d’aimer, de vivre et d’espérer, le peloton des 150 Points de notre programme de reconstruction catholique, royaliste, communautaire, et de renaissance spirituelle pour s’y établir bonne première. »

Dans la décadence croissante, apostasie dans l’Église et barbarie dans notre Patrie, le Cœur Immaculé de Marie apparaît de plus en plus comme l’unique recours. En 1960, déjà, notre Père espérait beaucoup de la publication du troisième Secret. Et c’est en 1981, à l’occasion d’une retraite à Josselin, qu’il avait étudié à fond le message de Notre-Dame, et vraiment compris l’ampleur de cette révélation : Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, il n’accordera sa grâce à la terre qu’à condition que ses ministres embrassent cette dévotion, et il châtie la Chrétienté pour que, dans son malheur, l’Église n’ait plus d’autre recours qu’en l’Immaculée. C’est une « alliance, fille de la nouvelle et éternelle Alliance », qui nous est proposée par Notre-Dame, et « donc les affaires de ce monde sont conduites d’En-Haut par Dieu selon les engagements de cette Alliance », « donc, c’est ce que nous avons fait des demandes de Dieu exprimées par la Vierge Marie à Fatima le 13 juillet 1917, qui doit nous renseigner sur ce que Dieu va faire de nous maintenant », écrivait notre Père dans son éditorial de janvier 1992.

De grâce en grâce, tandis que tous les espoirs humains, même ecclésiastiques ! s’évanouissent, cette révélation va peu à peu prendre toute la place.

LE FIL ORTHODROMIQUE PERDU... ET RETROUVÉ.

Nouvelle grâce, nouvelle étape, racontée par notre Père dans La Ligue du numéro de janvier 1995 : « Muet de stupeur... j’ai perdu le fil. »

« J’ai perdu, au passage des années 1993-1994 aux suivantes, énigmatiques, 1995-1996, mon fil d’Ariane. Je le cherche à tâtons et ne le trouve pas. Comme s’il n’existait pas, si même il avait jamais existé ! Je ne le dis à personne, car je croyais à une grippe mentale, à une paresse passagère, à un engourdissement de ma plume. Que tirer de ces masses de documents, d’informations, de dossiers de plus en plus nombreux, volumineux et scandaleux ? Rien.

« [...] Durant ces deux dernières années, l’avenir, quoiqu’abandonné à des mains imbéciles ou traîtresses, me paraissait encore protégé par la Providence divine, encore ouvert à un salut, hé­roïque certes, mais possible [...]. Il aurait suffi de quelque sage, de quelque athlète moral, quelque prince de l’Église envoyé par Dieu... C’était donc le moment d’aller à Fatima, tous ! enfin, tous ceux qui le pourraient, afin de détourner la Colère de Dieu de notre misérable monde, et d’obtenir du Ciel que le Pape consacre la Russie au Cœur Immaculé de Marie... Alors, à la stupéfaction de l’univers, ce terrifiant empire bolchevique se convertirait !

« Mais...

J’ai perdu le fil.

« Au changement de millésime, d’automne en hiver, pourquoi ? cette miraculeuse sortie d’une si longue et implacable décadence m’a paru inaccessible, im­possible, non pas de la faute du Dieu tout-puissant et miséricordieux, ni non plus de la bienheureuse Vierge Marie au Cœur si bon, si maternel, mais de la faute globale de notre humanité. À toutes les actualités télévisées, à toute lecture de “ La Croix ”, à toute nouvelle du monde, des écoles, des voisins, de la famille, c’est le désarroi. Aux appels de la Vierge Marie, aux incitations du Ciel, la terre ne répond que par des blasphèmes, des moqueries, des mépris, des grossièretés impies ! A-t-on jamais vu ça ?

« Voici, à tant de questions démoralisantes et mon complet aveu d’ignorance et d’impuissance, la réponse attendue du Ciel et que je n’avais pas su lire là où elle devait évidemment être trouvée : dans les trois secrets du grand message de Notre-Dame de Fatima, à la date du 13 juillet 1917.

« Il me fallait moralement me déchausser pour aborder ce haut lieu de l’histoire de l’Église et de l’histoire chaotique du monde », écrira-t-il le mois suivant. Et il détaillait, il expliquait la révélation de ce grand Secret, qui éclaire toute notre existence, notre destinée temporelle et éternelle :

« Première révélation : de l’enfer sur la terre.

« [...] J’ai osé voir notre société actuelle avec les yeux de ma Mère ­céleste : tout partout, autour de nous, dans ce monde d’un athéisme ­agressif, d’un laïcisme ravageur, où nous tympanise une propagande obsessionnelle contre toute vertu, en faveur de tous les crimes – ces gens qui s’affichent dans le mal, ennemis déclarés de Dieu et de son Église, ce sont eux, les “ pauvres pécheurs ” que plaint doucement la Sainte Vierge, parce qu’ils sont ces damnés de demain qui, dès aujourd’hui, ici près de nous, vont en enfer.

« Et comme l’on n’a rien fait des demandes de la Vierge Marie pour sauver ces âmes qui se perdent, alors, c’est clair, le monde que nous côtoyons en est plein, et surtout ceux qui le dirigent sont ces damnés qui vont en enfer, et bientôt y tomberont [...]. »

Deuxième partie du Secret, « deuxième révélation, du purgatoire ici-bas.

« Après cette révélation si pénible, mais utile ! effrayante, mais salutaire ! sur les damnés qui peuplent nos cités, en voici une autre, tout à fait singulière ! qui concerne nos affaires terrestres [...]. Y trouverai-je mon fil d’Ariane, un instant perdu ? Absolument ! Notre orthodromie, juste au moment où elle nous échappait, réapparaît, fondée sur l’autorité divine ! [...] Orthodromie prévue dans ses étapes successives.

« Notre-Dame de Fatima annonce que la guerre de 14-18 va finir. Mais, si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, en commencera une autre pire.

« Ici, le fil de l’orthodromie est gros comme un câble ». Durant l’entre-deux-guerres, retour de l’anticléricalisme et de la corruption : la Seconde fut bien pire que la Première.

 Notre céleste Historienne ” « poursuit son récit prophétique selon la pure logique de l’orthodromie divine : Point de conversion ? L’on n’écoute pas ses demandes ? aggravation des châtiments, éducatifs plutôt que vindicatifs : “ Sinon (hélas !), la Russie répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église... ” Mon fil est toujours gros comme un câble : j’en ai pour dix conférences, sur cette chute du monde dans l’américanisme des uns, ploutocratique, libéral, anticatholique, enfin catastrophique, et le communisme des autres passant son marxisme-léniniste à tous les damnés de la terre pour faire flamber la révolution, bouddhique, islamiste, raciste, tout plutôt que l’obéissance à Dieu ! La terre flambe comme un purgatoire.

« Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties... » Ici, la prophétie se tait, tandis que nous en sommes rendus à notre tragique aujourd’hui.

Reste le troisième Secret, que les Pontifes, voulant à tout prix étouffer les avertissements de notre Divine Mère, gardent dans leur tiroir. « Étonnez-vous, après cela, de mon émoi à ne plus voir où va le monde et ne plus distinguer l’ortho­dromie divine quand tant de mules ecclésiastiques la piétinent et enfouissent sous le sable. »

Mais la leçon importante de ce deuxième secret est que, « durant ces durs moments, où semble perdu le fil, nous ne sommes nullement chargés par la très Sainte Vierge, de parler, de décider, d’agir dans ce chaos des peuples et des religions, mais seulement d’avoir pitié et de prier, de réparer et d’expier pour obtenir la grâce du Ciel qui seule nous donne enfin la paix sur terre et le salut du Ciel [...]. Voici ce qui, d’imbéciles mis au rencart par les décideurs ecclésiastiques et séculiers, nous fait acteurs conscients, résolus, patients et persévérants, du salut du monde. C’est notre purgatoire de souffrir ces mépris et ces persécutions, mais nous regardons de plus haut l’actualité où les démons et les damnés s’activent pour leur perdition, d’auprès du trône de Marie notre Reine. »

« Troisième révélation, du paradis de Marie :

« Au Portugal, dit le Secret dans sa conclusion publiée, se gardera toujours le dogme de la foi. » Parce qu’au Portugal se trouve le Paradis de la nouvelle Ève et de son divin Fils, le nouvel Adam, le Rédempteur du monde, Jésus-Christ : Fatima ! Dans la ruine universelle, Fatima subsistera toujours et rien que Fatima, extraordinaire Volonté de bon plaisir de notre très chéri Père céleste, contraignant enfin Pierre lui-même dans son orgueil insensé, trop terriblement défait, à se rendre à la Vierge Marie pour y retrouver, après son triple reniement, bénédiction, misé­ricorde et grâce ! En suite de quoi, il confirmera ses frères et, leur enseignant infailliblement “ le dogme de la foi ” sans lequel il est impossible de plaire à Dieu et d’être sauvé, il relèvera toute l’Église remise à l’heure de Fatima, selon les désirs et les ­gracieuses invitations, incitations et promesses de Marie au Cœur Immaculé.

« Il est évident pour nous que nul ne se sauvera dans les temps qui viennent, s’il n’est acquis de tout son esprit, de toute son âme, de tout son cœur et de toutes ses forces à la Contre-Réforme sans laquelle il n’est plus de foi catholique. Mais je n’ai pas dit assez clairement où était le pays, la ville, le ­sanctuaire de cette renaissance. Pour rivaliser avec Rome dans ce salut et ce retour en Chrétienté, il ne peut être d’autre Ville sainte que la Ville-Marie, Fatima, actuelle capitale du royaume de Marie au Cœur Immaculé, où se prépare la victoire définitive du Cœur Eucharistique de Jésus, à Rome d’abord, et par elle, à toute la terre.

« Nous autres, que nous soyons inscrits comme voyageurs, ou comme pèlerins de cœur, ce gros avion qui nous accueillera et nous emportera, pèlerins d’un jour d’entre les jours à Fatima, aux pieds de notre Mère, le 13 octobre 1996 sera, et déjà il l’est en nos cœurs, le char de feu du prophète Élie, nous arrachant à l’apostasie pour nous inscrire à jamais comme citoyens de la sainte Cité, le Paradis de Marie, heureux serviteurs et servantes de l’Immaculée dans une fidélité gardée ou retrouvée, et jurée pour toujours, sous l’aile de la Sainte Colombe. » (La Ligue des nos 309 et 310 de la CRC, janvier et février-mars 1995)

CROISADE DE CONTRE-RÉFORME, 
AU SERVICE DE NOTRE-DAME.

Dans l’éditorial de la CRC de mai 1995, notre Père préparait ses troupes à cette “ échéance 96 ” :

Ce pèlerinage « n’est pas une mince décision de voyage, de vacances, c’est une des grandes “ affaires ” de notre vie, comme furent les trois remises à Rome des Libelles d’accusation de 1973, 1983, 1993. Ces “ opérations coup-de-poing ” trouvent leur suite naturelle, surnaturelle ! dans ce pèlerinage à la Vierge Marie, qui se nomma elle-même à Fatima le 13 octobre 1917, “ Notre-Dame du Rosaire . »

Ainsi, « il n’y a rien d’humain à ambitionner, rien à convoiter dans cette expédition. C’est un pur souci d’Église. » « Une volonté venue de notre foi, notre espérance, notre charité, et commandée par les volontés de notre Mère au Cœur Immaculé : Croisade en ce sens-là, bien précis, d’un voyage en ce lieu béni, inspiré par la seule pensée que là-bas est un point de ralliement sûr et certain, des fidèles catholiques, en vue de rappeler au Ciel qu’on n’oublie pas sur la terre ce qu’Il a daigné nous révéler et nous demander de faire et d’espérer, comme aussi, de rappeler à la terre que les avertissements du Ciel sont toujours actuels, et qu’il devient très urgent de leur donner les suites qui conviennent. Oui, Croisade !

« Non que la CRC disparaisse devant Fatima. Au contraire ! Elle est en nous l’indispensable fondement de notre entreprise. Cela va sans dire, et encore mieux en le disant : Ce sont nos convictions “ 100 % CRC ”, qui motivent notre écoute de Fatima, notre mobilisation au service de Marie au Cœur Immaculé.

« Que nos communs adversaires – je ne dis pas : nos ennemis, car nous n’avons d’inimitié pour personne –, le constatent avec déplaisir ne change rien à ce qui est : la CRC et la fidélité entière à la cause de Fatima vont de pair, et il n’y a point d’autre accord aussi parfait que celui-là. Sur l’essentiel, qui réside dans les révélations prophétiques du 13 juillet et qui explique l’inhumaine tribulation héroïquement acceptée par Lucie de Fatima, la CRC a choisi exactement de suivre la même voie persécutée que celle de la voyante, et la même pensée ecclésiastique et politique que recommande ce secret. »

Il faut donc « s’attendre à ce que d’étranges manœuvres ou interventions du dehors cherchent à nous diviser, à nous égarer et finalement à nous faire renoncer à ce pèlerinage. De toute la force des démons en ces sortes de luttes. Je n’attends rien de bon, de personne autre que nos fidèles amis de la Ligue CRC ou de la Communion phalangiste. Je prévois les campagnes sourdes qui, peut-être, se déchaîneront contre ce gros avion blanc rempli de pèlerins jugés indésirables à Fatima par les autorités civiles, peut-être, et religieuses certainement. »

Hélas... Il voyait clair ! La persécution viendra, mais Notre-Dame en tirera un plus grand bien : nous-mêmes accomplirons ce pèlerinage, tandis que notre Père sera mis à part, pour un service particulier... que nous allons voir.

FAIRE « LA POLITIQUE DE DIEU » : 
CROISADE EUCHARISTIQUE ET MARIALE.

Au congrès de l’automne 1995, notre Père précisait à sa Phalange en quoi consistait cette Croisade.

« Sœur Lucie a bien dit qu’il ne fallait pas attendre “ que vienne de Rome un appel à la pénitence de la part du Saint-Père pour le monde entier [...]. Il faut que chacun commence sa propre réforme spirituelle. ” Il est temps, donc, de commencer à faire quelque chose, sans attendre qu’on décide pour nous. Cette fois, c’est engagé, nous irons à Fatima, le 13 octobre 1996, passer en prière cette nuit-là et ce jour-là, uniquement pour “ consoler notre Dieu ”, et pour expier toutes les injures et blessures, celles des autres et les nôtres, “ faites au Cœur Immaculé ” de notre Mère et Reine, la bienheureuse Vierge Marie [...].

« Nous avons beaucoup changé sous l’empire des études que nous avons menées à la CRC. Aujourd’hui, nous avons atteint à une unité de nos convictions, à une sûreté dans nos conclusions qui nous font penser que la “ politique de Dieu ” a fini par l’emporter en nous, tranquillement, totalement sur la “ politique des hommes ”. Ou encore, autrement dit, selon saint Augustin : le service de la Cité de Dieu en nous passe loin devant le souci de la Cité des ennemis de Dieu [...]. » (Lettre à la Phalange n° 51, 13 août 1995, d’annonce du Congrès,)

C’est-à-dire qu’ayant depuis toujours combattu les mensonges de Satan qui mènent les âmes à leur perte, particulièrement lors de ses trois appels à l’infaillibilité pontificale, notre Père se consacrait maintenant davantage au service de Dieu selon sa Volonté révélée à Fatima : « Nous autres, nous avons décidé de faire une Croisade eucharistique et mariale, c’est-à-dire que la première préoccupation de notre C.R.C., de notre Phalange, sera d’obéir à la Sainte Vierge.

« Nous prenons d’abord en esprit, puis en avion, le chemin de Fatima pour aller nous agenouiller devant la Reine des Cieux pour lui offrir nos vies. Nous n’allons pas pour demander. Elle nous a trop demandé de choses que nous ne lui avons pas accordées. Nous avons trop à réparer, à consoler notre Dieu et la Sainte Vierge de tant d’injures qui lui sont faites, de tant d’infidélités de notre part. Nous n’avons pas d’autre souci d’ici octobre 1996. Ceux qui ne voudraient pas s’occuper de cela par priorité devraient nous quitter, pour que nous soyons bien rassemblés dans une absolue unanimité qui, déjà, caractérise nos réunions d’une manière de plus en plus chaleureuse, plus profonde, plus fortifiante. » (Sermons du Congrès 1995)

Notre Père voulait maintenir l’effort de cette Croisade jusqu’au fatidique 13 mai 1996, parce qu’il pensait imminent, à cause des songes de saint Jean Bosco, et de l’insistance répétée de Jean-Paul II, “ grand-prêtre cette année-là ”, à annoncer un monde nouveau pour l’an 2000, le grand châtiment qui convertirait la terre, suivi du triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

Mais comme ce dénouement n’a pas eu lieu, notre Croisade n’est pas achevée, et demeure toujours notre principale “ doctrine d’action ”, pour obtenir des Saints Cœurs de Jésus et Marie la conversion du Saint-Père.

« Dans l’année préparatoire, nous étudions son message et prions pour que le Pape et les évêques, par une grâce céleste, soient retournés et qu’ils consacrent la Russie au Cœur Immaculé de Marie. » (ibid.)

STATIONS ORTHODROMIQUES.

Ainsi notre Père marqua cette année de plusieurs étapes, comme autant de stations de pèlerinage, au fil des numéros de la CRC, afin de préparer nos âmes à venir aux pieds de Notre-Dame. Tandis que, de toute part, la calomnie et la persécution s’intensifiaient.

« La première étape nous mena devant la sculpture de notre très chéri Père Céleste pour méditer le Pater noster et savourer le Pain célestiel (Lettre à la Phalange n° 52), puis, avec le jeune saint Didace, pour entrer vaillamment dans la Croisade eucharistique et mariale sous la conduite d’un bon curé, en adoptant sa devise programme : “ Prie, communie, sacrifie-toi ; sois apôtre. ” » (Lettre n° 53)

« La station suivante nous conduisait à Notre-Dame de ­Lorette dont la Santa Casa, transportée par les Croisés et protégée des infidèles par la victoire de Lépante en 1571 s’impose en figure prophétique de la Capelinha de Fatima, “ trésor de l’Occident aujourd’hui ”, “ paratonnerre du Por­tugal ”, “ perle de Fatima ”, comme la qualifiait notre Père. Ici et là, en l’une et l’autre, veille la même, l’unique Notre-Dame du Très Saint Rosaire : “ Son apparition du 13 octobre 1917 nous la montre forte comme une armée rangée en bataille et le Nom qu’elle se donna est celui-là même que la vision de la Victoire miraculeuse de Lépante inspira au pape saint Pie V : Notre-Dame du Très Saint Rosaire. Façon de dire alors, et encore en 1917, et sans doute pour nous au 13 octobre 1996, “ in hoc signo vincetis ” : c’est par ce nom que vous emporterez la victoire. ” (Lettre n° 54)

De là notre Père nous emmena à Notre-Dame des Vic­toires, à la suite de l’inscription de la CRC parmi les “ dangereuses sectes ” pseudo-catholiques par le rapport Guyard : ainsi désignées à la vindicte publique, notre mise à mort était programmée. Il fallait donc que la grâce reçue du Cœur Immaculé de Marie par l’abbé des Genettes en 1836, convertissant sa paroisse de son impiété libérale, nous obtienne du même Cœur Immaculé de Notre-Dame de Fatima la victoire et la paix promises (Lettre n° 55).

« Le mois suivant [février 1996], nous faisions station à Notre-Dame de Pontmain. C’était le 17 janvier 1871. “ Mais priez mes enfants. Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher. ” Merveilleuse assurance à l’heure même où, dans Paris assiégé, les fidèles se rassemblaient en foule à Notre-Dame des Victoires pour demander en suppliant le salut à la Très Sainte Vierge !

« Et les Allemands refluèrent. N’est-ce pas là aussi, à ­Pontmain, que parurent, piquées sur ses épaules, deux petites croix blanches et nues dont le R. P. Barbedette dira qu’elles étaient prophétiques ? “ Voilà qui annonce le Secret de Fatima : jadis, les Croisés portaient de semblables croix, piquées ainsi. Voilà qui annonce notre Croisade eucharistique et mariale. Victorieuse, car la blancheur est couleur de joie et de victoire. ” (Lettre n° 56) »

« À mi-chemin de Fatima, se cache dans les rochers la grotte de Lourdes, où Notre-Dame apparut en 1858, comme en exil, loin des nouveaux pouvoirs et des nouvelles mœurs du Paris financier, libéral et franc-maçon. Là se retrouva le peuple de France, pénitent et dévot, invinciblement attaché à sa Reine, en union avec le grand et saint pape Pie IX, récompensé de sa proclamation en 1854 du dogme de l’Immaculée Conception, et encouragé à dénoncer l’impiété libérale, qu’il anathéma­tisera en 1864 par le Syllabus (Lettre n° 57, 25 mars 1996). »

« Enfin un dernier détour nous fit découvrir toute la vérité de Notre-Dame de La Salette, Réconciliatrice des pécheurs, figurative des temps nouveaux annoncés par la même Dame à Fatima. Les deux apparitions s’éclairent mutuellement par leurs deux secrets tenus cachés, mais devinés dans leur annonce tragique de l’apostasie de la hiérarchie ecclésiastique : “ Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist. ” » (Lettre n° 58)

« Toutes ces stations convergent vers le règne du Cœur ­Immaculé de Marie, rempart contre l’hérésie. Il ne nous fallait plus qu’un pape, un saint pape de notre époque, attestant la perpétuelle sainteté de l’Église romaine, au prix même de sa vie, pour patronner notre démarche, en garantir la parfaite catholicité : ce fut Jean-Paul Ier dont la bannière de drap d’or fut confectionnée par nos sœurs et bénite par notre Père le matin de son départ. Le visage lumineux de ce Pontife bien-aimé semblait nous promettre pour bientôt un grand mouvement de ferveur comme celui qu’éveilla son merveilleux sourire au cours d’un pontificat si bref mais si exemplaire, paradigmatique, comme une figure, une annonce de la Renaissance prochaine de l’Église. Ne confiait-il pas à don Germano Pattaro :

« “ Si je vis, je retournerai à Fatima pour consacrer le monde et particulièrement les peuples de la Russie à la Sainte Vierge, selon les indications que Celle-ci a données à sœur Lucie. 

« Il fut assassiné. Sœur Lucie du Cœur Immaculé est recluse à Coïmbre, notre Père est exilé. Pour la même raison. » Écrivais-je dans le numéro de la CRC d’octobre 1996...

LA DERNIÈRE PLACE...

En effet, au cours de cette même année 1996, la persécution contre notre Père et son œuvre de Contre-Réforme, atteint son paroxysme. Mais, ces trente mois de Croisade Eucharistique et Mariale n’avaient-ils pas été une préparation au plus parfait abandon, aux plus durs sacrifices ? Comme il l’écrivait le 11 novembre 1995, dans son commentaire du Pater :

« Nous irons, nous sommes déjà en marche spirituelle vers le sanctuaire de Notre-Dame de Fatima, mais nous irons d’âme et de corps, là-bas, pour implorer que se fasse la Volonté de notre Dieu, qui est son Père, son Fils et son Époux, son tout sur la terre comme au ciel, cette Volonté de pure grâce et de miséricorde infinie, afin que les âmes en perdition soient arrachées aux portes de l’enfer et que le monde goûte un temps de paix sous le joug doux et suave du très unique Cœur de Jésus-Marie ! Treize mois pour se préparer à écouter la Volonté de Dieu sur la terre comme au Ciel, et à la mettre en pratique... Mais déjà deux mois sont vite passés, de grandes grâces nous ont été faites, avec des persécutions ; il nous reste onze mois pour nous envoler, en suppliants parallèles, deux gros avions de sept cents places au total, cœurs unanimes pour faire ce que Vous voudrez, ô notre très chéri Père céleste. »

« Alors, écoutons l’Esprit-Saint aux ailes déployées, nous dire ce dont nous avons besoin pour nous plier aux “ nécessités du Service ” et ainsi échapper à l’enfer, sauver nos âmes et celles de nos frères humains, malheureux, et en fin des fins, ô vocation sublime, ô éternelle promesse de béatitude ! “ pour consoler notre Dieu ”. »

Notre Père céleste l’a pris au mot, pour qu’il nous donne l’exemple de cet abandon qu’il avait prêché, en se soumettant aux persécutions de notre évêque qui s’était résolu à mettre un terme à cette Contre-Réforme Catholique, seul bastion irréductible à la religion conciliaire.

Le 27 juillet 1996, Mgr Daucourt diffusait, bien au-delà des frontières de sa juridiction, une “ mise en garde ” infamante et calomnieuse à l’égard de notre Père, sans aucune preuve à l’appui, sans aucune citation pour fonder son accusation “ d’enseigner des doctrines contraires à la foi catholique ”.

Ce même jour, par écrit, il enjoignait notre Père de quitter la maison Saint Joseph : « Je veux vous aider à chercher, dans la discrétion, le lieu où vous pourrez avoir le soutien nécessaire pour votre conversion. »

Comme Mgr Daucourt était injoignable, en voyage à Alexandrie ! il fallut attendre son retour à Troyes, le 1er août, pour obtenir une audience. L’évêque reçut notre Père ce jour même et lui intima l’ordre de cesser toutes ses activités, en se retirant définitivement dans un monastère, sans garder la moindre relation avec ses frères ou ses amis, sous la menace d’un scandale médiatique.

Notre Père connut alors un écartèlement. Au retour de cette entrevue, il nous dit simplement : « Priez pour que je sache où est mon devoir ». Que faire ? L’évêque prétendait mettre de côté tout le grand combat doctrinal, les accusations canoniques à l’encontre du Pape régnant, Jean-Paul II, pour s’en prendre uniquement à la théologie mystique de notre Père ainsi qu’à sa vie privée, en pleine illégalité tant du point de vue de la loi civile que de la Loi de l’Église...

Mais précisément, parce que sa personne seule était mise en accusation, et non pas la Vérité qu’il défendait, notre Père, après quelle agonie ! décida de se soumettre, suivant, comme il l’avait toujours fait, « avec délice, la ligne de la plus grande pente de l’abjection où l’on me jetait... » Il faisait ainsi la preuve de sa soumission à l’autorité ecclésiastique, avec la pensée de nous épargner les inévitables retombées d’un procès, et d’une campagne médiatique contre lui.

Le 6 août, il partit donc pour se retirer au monastère de la Grande Chartreuse... En pleine nuit, conduit par moi, ne voulant même pas prévenir ses communautés tant aimées, déchirement du cœur. À la Chartreuse, le Père Général refusa d’accueillir notre Père, à cause de son opposition au concile Vatican II, en lui précisant qu’il ne trouverait certainement nul diocèse ni monastère dans l’Église qui recevrait un prêtre avec de telles convictions...

Ce furent dix jours d’angoisse et de déréliction : arraché à la communauté qui était l’œuvre de toute sa vie, et sa joie, sans trouver nulle part, dans cette Église qu’il avait servie toute sa vie, un lieu hospitalier pour obéir à l’injuste sanction de son supérieur.

Il revint donc dans notre maison Saint-Joseph le 16 août. Mgr Daucourt n’ayant pas laissé de consignes précises, notre Père reprit sa charge et son labeur à la tête de nos communautés ; il se rendit donc au Camp de la Phalange, à Bosserville, puis partit pour son séjour annuel dans notre maison Sainte-Thérèse au Canada.

Une confidence à nos frères et nos sœurs révèle ses luttes intimes : « C’est difficile de pardonner. Il faut se conformer au Cœur Sacré de Jésus. Mon premier souci est le retour de la hiérarchie à la vraie foi catholique. Il ne faut pas arrêter le débat sur l’injustice qui m’est infligée, afin de ne pas nuire au combat pour la foi et donc, à l’Église. » Pour être sûr qu’il pardonnait à ses calomniateurs, il inaugura la petite dévotion qui nous est maintenant familière : « Faire le signe de croix et ajouter en mettant la main droite ouverte sur le milieu de la poitrine : “ Par l’Immaculée Conception, notre Mère à tous, à jamais ! 

« Savez-vous pourquoi je m’y suis mis avec volonté ferme et ferveur ? Parce que si je ne pardonne pas, je ne serai pas pardonné, et dès le moment présent, si le souvenir des autres me revient sans être l’occasion d’une charité vraie et entière, mes fautes reviennent au Cœur très unique de Jésus et de Marie avec indignation contre cet enfant gâté... Alors, l’Immaculée est invoquée comme Médiatrice pour la solution de nos affaires, mais en échange l’invocation “ notre Mère à tous ” inclut tous ceux que... qui... tous, ce n’est pas tous “ les hommes ”, c’est nous tous ! Et le “ à jamais ” veut dire : sans esprit de vengeance ou de poursuite d’une défense personnelle quelconque. Et aussi pour qu’on se retrouve tous, oui, tous ! au Ciel. L’enfer, c’est trop, trop, trop terrible. Je ne le veux à personne. »

Le 25 août (trente ans, précisément, après l’injuste suspense que lui infligea Mgr Le Couëdic !), notre Père reçut un fax de Mgr Daucourt lui ordonnant de se retirer dans le monastère cistercien d’Hauterive, en Suisse.

« J’ai accepté cette sanction pour mettre fin à un procès où j’étais et je reste condamné en dehors de toute légalité et vérité... Maintenant, écarté de vous, écrivait-il dans sa Lettre à la Phalange du 13 septembre, nul ne peut vous reprocher quelque responsabilité ou connivence avec ce dont on m’a accusé... Je suis condamné, je n’attaque pas ce jugement, je purge ma peine. » À nos communautés canadiennes, il dit : « Je pars, non à cause de racontars de bonnes femmes, mais parce qu’il est impossible de s’entendre sur la foi avec l’évêque. Nous allons passer par un tunnel tortueux, mais pour aboutir à la lumière. Cela va être utile à l’Église. C’est cela qui galvanise. » Il partit donc avec au cœur une secrète et surnaturelle jubilation : « Voyant l’absence de toute proportion entre mon misérable orgueil écrasé et un appel à Rome ! j’ai profité de la peine qui m’était annoncée, je me suis jeté aux pieds de mon juge, j’ai accepté la réclusion qui me serait une mort au monde pour une vie en Dieu. » (Lettre à la Phalange du 21-22 septembre 1996)

CENT JOURS AU DÉSERT

Notre Père s’était longuement préparé à se rendre aux pieds de Notre-Dame de Fatima, le 13 octobre. La rencontre eut bien lieu, non pas comme il l’attendait, mais dans l’épreuve, comme le prophète Élie traqué par l’infâme Jézabel, mais réconforté, sur le mont Horeb, par le “ passage ” de Yahweh, et renvoyé à son combat pour la défense de sa Gloire.

Sa réclusion commença le 23 septembre, pour “ cent jours ” de solitude absolue, qui devaient, dans son esprit et le nôtre, durer au plus trois ans, mais, pour Mgr Daucourt, c’était pour le restant de sa vie.

Sans esprit de retour, il s’appliqua à sa nouvelle vocation de “ reclus ”. Son réveil sonnait à 4 heures du matin. Il se levait rapidement, récitait un Je vous aime, ô Marie et se donnait la discipline, puis il se rendait à l’église du monastère en passant par l’extérieur, quel que soit le temps. Il n’avait pas la permission d’entrer dans la clôture comme le faisaient d’autres retraitants ; il était considéré comme un prêtre indigne qui devait vivre à part de la communauté, dans une condition humiliée. Après avoir assisté aux matines, il remontait dans la chapelle des hôtes, qui ne lui offrait « aucune consolation du point de vue esthétique... », pour célébrer, seul, sa Messe. Office des Laudes conventuel, prière solitaire, petit déjeuner au réfectoire des hôtes, et travail dans sa cellule. L’après-midi, « marche forcée en récitant mon chapelet » dans les bois entourant le monastère, avant de se remettre au travail, et à la prière.

Entrant en solitude, il s’était mis à l’école de saint Jean de la Croix : « Me voici logé dans une solitude et un secret de force si spéciale que je m’y trouve, pire qu’en prison, en un cachot mentalement et affectivement semblable à celui de Tolède. J’en ai déliré d’enthousiasme, puis d’angoisse, et, parce que je me suis retourné vers notre Mère chérie, je me suis senti réconforté et introduit en la compagnie de saint Jean de la Croix pour réussir cette fois ce que j’ai dix fois eu l’illusion que j’allais faire, que je faisais, que j’avais fait... sans avoir seulement poussé la lourde porte d’entrée ! » Et quoi donc ? « Me faire saint, par grâce, pour les miens. Et sans mentir ! » « C’était l’oubli, la mortification des tendances. Je dis bien des tendances, parce que ce n’est pas mortifier les êtres qu’on aime, mais mortifier son appétit de consolation extérieure. »

« Nous étions séparés corporellement et, dans cette séparation, nous étions vous comme moi occupés à nous plonger dans le Cœur très unique de Jésus et de Marie, dans le Cœur très unique de notre très chéri Père céleste. Nous y trouvions ce que nous considérons comme l’essentiel, la seule chose nécessaire dans la vie, qui est notre union à Dieu, en Dieu, notre union de charité envers le prochain. J’avais besoin de cette expérience. Le mot “ expérience ” est faux, j’avais besoin de vivre ainsi assez longtemps sans absolument aucun espoir humain de nous retrouver un jour et j’en suis arrivé un jour très rapidement, grâce à un excellent confesseur trouvé sur place (j’en remercie Dieu !), à une absence de cri du cœur.

« Ce n’est pas un oubli des créatures, c’est, par delà les attachements, les tendances que saint Jean de la Croix demande à retrancher si puissamment, une absence de tristesse, de cri du cœur. Quand les frères sont venus pour me reprendre, je n’ai pas eu une palpitation du cœur à la pensée de vous revoir. Cela vous étonnera peut-être, parce que notre âme était établie au-delà du sensible et j’avais besoin de ressentir cette totale indifférence ignacienne, cette totale mortification des tendances qui me prouvait que je n’étais pas un mauvais prêtre, mais un prêtre soutenu par la grâce de Dieu.

« Et quand tout d’un coup, je ne dis pas que c’est terrible parce qu’on n’est pas avec ses frères et ses sœurs, avec sa famille, mais il suffit que Dieu se taise, que ce courant d’eau vive cesse de se déverser dans un cœur pour que ce cœur soit effrayé. Que faire ? Quand on a des heures de solitude devant soi, qu’on sait qu’on ne verra personne, qu’on ne parlera pas avec les autres du monastère et qu’on retournera dans sa cellule, ou bien à l’église ou bien dans la petite chapelle du monastère, et si Dieu se tait, c’est terrible ! Que faire, que faire ? C’est terrible. On a piqueté sa journée : à telle heure, telle prière, à telle heure travail, à telle heure promenade, à telle heure visite au Saint-Sacrement. C’est long, c’est un désert.

« Là, la Sainte Vierge, c’est le remède. Ce n’est pas : “ Prends ton fusil, Grégoire ”, c’est “ prends ta Vierge d’ivoire, prends ton chapelet, frère Georges ” (c’était mon nom, là-bas). Le chapelet en promenade ; on va se promener tout seul et on dit son chapelet. Ce n’est pas de se promener qui est l’important, c’est de dire son chapelet. Puis on revient et si cela ne cesse pas, on retourne à la petite chapelle et on redit son chapelet et on le fera jusqu’à ce qu’un peu d’eau vive coule dans le cœur et que Dieu, tout simplement, par la main de la Vierge Marie, vous rende un peu, une petite saveur de piété qui donne un peu de courage pour aller à son travail.

« On s’en tire comme un char embourbé parce qu’on a le chapelet à la main. C’est la Sainte Vierge qui, par son chapelet, redonne vie comme des accumulateurs neufs rendent la vie à une auto exténuée.

Abbé Georges de Nantes« Et ça repart ! On se met à son travail de polémique pour la défense de la foi. Le stylo vole dans la main et on écrit ce que Dieu veut que l’on écrive. C’est reparti !

« Encore une chose très importante que j’ai vérifiée de nombreuses fois, car de nombreuses fois, mon courage m’abandonnait totalement. Quand on dit son chapelet, on le dit mécaniquement et des idées vous viennent, qui viennent de l’esprit mauvais et on les rejette pour se rejeter dans son chapelet. C’est la manuduction qui empêche l’homme de déraper sur la neige et qui vous maintient sur la voie mariale. Seulement, quand le chapelet est fini, il faut se diriger vers l’oraison. Il ne faut pas rester dans la prière orale. Il faut beaucoup de prières orales, tout simplement pour s’humilier, reconnaître son impuissance et tendre la main à la Sainte Vierge pour qu’elle nous tire de ce bourbier. Mais quand on a fini son chapelet, il ne faut pas retourner à son travail, il faut s’arrêter et faire oraison, une oraison d’amour et de confiance en la miséricorde de Dieu. Ce mot de miséricorde ! Heureusement que j’ai trouvé un confesseur qui, tout de suite, m’a prêché la miséricorde de Dieu.

« J’ai trouvé un livre sur saint Ignace justement au moment où j’étais dans cette tentation du scrupule et Dieu sait s’il y avait de quoi. Cette tentation de scrupule, saint Ignace a failli en mourir à Manrèse, tenté de suicide. Dans ces chemins de forêt dominant la Sarine, près des précipices, j’ai compris ce que c’était. Pourtant, je ne suis pas suicidaire, mais c’est si vite fait de se dire : “ Ma vie est perdue ”, plus d’espérance. Saint Ignace a vécu cela sur les bords du Coroner, un torrent. Juste au moment où j’avais besoin de cette leçon, j’ai vu comment saint Ignace s’en était tiré, suppliant Dieu de lui répondre et recevant de son confesseur les lumières nécessaires pour tourner la page et ne plus penser à rien des accusations que lui faisait son cœur sur sa propre vie. Voilà comment j’ai pu vivre cela et si les frères n’étaient pas venus, je pense que cette méthode m’aurait gardé les vingt-huit mois dont nous étions convenus. » (oraison du 4 janvier 1997)

La pire agonie survint après une lettre de Mgr Daucourt, reçue pour Noël, qui n’était pas assez ambiguë pour voiler ses intentions destructrices à l’égard de nos communautés :

« Le même évêque qui m’avait perdu de réputation en un seul jour, après six ans de total silence, allait détruire une œuvre considérable en deux temps trois mouvements, laissant sur le pavé soixante personnes consacrées, à moins de se réduire volontairement à son esclavage. Peut-être, me disais-je en cette traînante octave de Noël, est-ce déjà fait ? et j’interrogeais la nuit. Je traînais ma douleur de les avoir trahis et ma crainte, en me portant à leur secours, de me voir déclaré relapse par la secte haineuse attachée à ma perte, comme Jehanne d’Arc prise en tenailles par ce Cauchon d’évêque de Lisieux ! qui la fit brûler.

« Pour tuer le temps plutôt que de me tuer moi-même, je me rendis esclave de l’horaire monastique : prière, repas, marche forcée dans la neige, travail... Dieu aidant. » (CRC n° 329, janvier 1997)

HÆC EST VICTORIA 
QUÆ VINCIT MUNDUM... FIDES SUA.

Providentiellement conduit dans cette solitude, sous le regard de notre très chéri Père céleste, abandonné à la médiation de la Sainte Vierge, notre Père a pu pleinement accomplir sa vocation de témoin de l’immuable Foi de l’Église, en reprenant l’étude des textes du concile Vatican II, avec un esprit parfaitement libre.

« Dans ma solitude absolue, je cherche la lumière sur ce que je dois faire, écrivait-il en introduction à ce travail. J’ai le temps, la sérénité, l’ambiance de paix, tout pour examiner le fond du problème. » Le “ problème ” est celui d’être jeté, de force mais sans jugement préalable à cette sanction ! par son évêque « dans un cachot inaccessible, pour débarrasser le Pape régnant de l’accusation d’hérésie, donc de schisme et de scandale que j’ai portée contre le Concile, donc contre les Papes du Concile et contre le Nouveau Catéchisme à l’heure du Concile. »

Mais « en relisant, après vingt-cinq ans d’autres travaux, ces premiers actes du concile, je suis stupéfait, scandalisé, ébranlé [...]. Relisant avec un esprit averti “ discours de jean xxiii ” et “ message au monde  et puis, pour entrer dans le vif, Sacrosanctum concilium et Dignitatis humanæ... j’y trouve déjà tous les poisons de la clôture (1965) et de l’après-concile jusqu’à nos jours (1996).

« Je suis d’autant plus scandalisé qu’il n’y a plus aucune échappatoire. Personne autre que nous, et en tout cas nous plus ouvertement, continuellement et savamment, donc implacablement, personne ne s’est dressé canoniquement contre ce paquet monstrueux des pires hérésies du temps présent. On a fait semblant de m’ignorer, on a fait semblant de me juger, on m’a frappé d’une injuste suspense, on m’a “ disqualifié ”, puis on a additionné forfaiture sur forfaiture, en refusant mes “ Livres ou Libelles d’accusation ” de 1973, 1983 et 1993, malgré les promesses, ou malgré le droit. Et maintenant, on cherche dans des accusations de mauvaises mœurs l’ultime moyen (si ce n’est pas un suicide maçonnique) de me faire taire et de disperser notre groupe.

« Tremblement : il est impossible, en raison puisque notre démonstration reste sans réponse, et en toute prudence, puisque la forfaiture est permanente et universelle, il est impossible que nous soyons dans l’erreur, et la tête et les membres dans la vérité. Dieu voudrait-il la grande épreuve de la fin des temps, et donc délaisserait-il ses derniers fidèles en vertu de sa “ Volonté de Bon Plaisir ” inaccessible, incompréhensible à tous ? [...] Peut-être nous faudra-t-il être tous écrasés.

« Mais renégats, jamais !

« Nous ne prétendrons jamais être utiles à Dieu ! Cependant nous devrons affirmer, non seulement par notre existence et notre foi inchangée de Contre-­Réforme catholique, mais par notre certitude prophétique, que la Vérité divine, la grâce divine, des vertus de divine sainteté existent encore et jusqu’à la fin existeront et mériteront d’attirer par leurs prières et leurs mérites des aides apocalyptiques, c’est-à-dire “ dévoilées ” par des apparitions, et eschatologiques, c’est-à-dire de fin des temps, de la Bienheureuse Vierge Marie et de Jésus qui donneront aux “ apôtres des derniers temps ”, que saint Louis-Marie appelait de ses vœux et de ses prières, d’être l’Église Sainte se sauvant elle-même. » (Vatican II, l’Autodafé, avant-propos)

Dans cette pensée, notre Père s’attela à ce travail, et remplit trois cahiers, six cents pages écrites sans une rature, des textes du Concile recopiés et commentés. « Fastidieux à chaque reprise, ce travail devenait en peu de temps passionnant, et des textes ainsi copiés, analysés, fouillés, je crois pouvoir dire que je connais leur fond, leur forme, leurs intentions affichées et jusqu’aux plus secrètes arrière-pensées de leurs auteurs. »

Les erreurs, les mensonges, les chimériques illusions, les prétentions infatuées de ces textes conciliaires sont révélées, dénoncées, expliquées, et de lumineuses mises au point rappellent les Vérités divines de notre Foi. C’est une œuvre salutaire, vengeresse pour la Gloire de Dieu outragée, et mieux : réparatrice, par son témoignage de la Vérité, qui pourra éclairer l’Église entière à l’heure du Triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

Le “ secret ” de cet ouvrage, est la grâce faite à notre Père dans cette épreuve :

« Cette solitude, ces heures de travail, de prière, confiera-t-il, ont été pour moi une étape de ma vie. Je peux dire, maintenant, j’espère que Dieu m’en conservera la grâce, que j’ai réussi une difficile conciliation : passant d’une vie mystique, c’est-à-dire une vie dans l’amour de Dieu le Père, de Dieu le Fils, de ­l’Esprit-Saint dans le Cœur Immaculé de Marie, calme, joyeuse, confiante, tout axée sur la miséricorde de Dieu, dans le plein abandon à la Très Sainte Trinité, et passant de cela à la polémique épouvantable que j’ai dû mener contre le Concile en l’étudiant de fond en comble, en relisant les absurdités et les blasphèmes qu’il a promulgués comme des actes de son Magistère.

« Dieu voulait que j’arrive à unifier dans ma propre vie la douceur de l’oraison, la saveur de la sagesse surnaturelle avec la polémique telle que les Pères de l’Église en ont toujours donné l’exemple, eux, suprêmement, unis à Jésus et Marie. »

C’était un combat singulier avec le diable qu’il livrait, et c’est dans cette lutte que le chapelet fut sa force, la force que lui donnait l’Immaculée pour affronter son ennemi originel.

« L’esprit de Satan se manifestait dans chacun de ces chapitres, que j’avais dénoncés sur le moment, mais comme un jeune prêtre n’osant donner toute leur force à ses propres raisonnements. Cette fois, il n’était pas possible de ne pas livrer une bataille sanglante contre cette invasion de Satan en plein Concile et qui continue depuis trente ans. »

Ainsi, en 1973, Satan avait mis en travers de la démarche salutaire de notre Père, un barrage de carabiniers. En 1983, ce fut un prélat romain, jadis dominicain fervent disciple de son fondateur et de Pie XII, mais renégat et menteur, inconditionnel et homme des basses manœuvres du pape régnant. En 1993, ce fut un jeune monsignore insignifiant, chargé de noyer le dossier. Et, en 1996, Satan crut encore empêcher la Croisade que menait notre Père au nom de Notre-Dame de Fatima, en le capturant, comme il avait fait pour les pastoureaux le 13 août 1917. Mais au moment même où il croyait triompher, dans l’humiliation du serviteur de Dieu, il fut vaincu par cette œuvre qui sera sa condamnation, par l’Autodafé de son Concile, quand sonnera l’heure du Règne des Saints Cœurs de Jésus et Marie. (à suivre)

frère Bruno de Jésus-Marie