Il est ressuscité !

N° 275 – Mars 2026

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


Deus Mariæ

Théologie totale de l’abbé Georges de Nantes (3)

en réponse à la note Mater Populi Fidelis du Dicastère pour la doctrine de la Foi

Serait-il possible de faire une théologie nouvelle, qui garderait tout ce qu’il y aurait de bon de l’ancienne bien sûr, mais qui y ajouterait aussi du neuf ? Jésus disait : « Tout scribe devenu disciple du royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. » (Mt 13, 52) Il ne fallait donc pas que les scribes et les pharisiens s’offusquent de ce qu’avait de nouveau, d’apparemment révolutionnaire, l’enseignement de Jésus. S’ils avaient bien médité leur Ancien Testament, ils y auraient vu déjà, en filigrane, le Nouveau Testament.

Cette parole restera vraie jusqu’à la fin du monde : l’enseignement de Jésus, pourtant très parfait, est tellement mystérieux, complexe, et riche, que chaque siècle découvrira du nouveau de l’ancien. Il ne faut pas nous étonner quand des théologiens ajoutent à ce qu’on savait déjà des choses nouvelles, pourvu que les choses nouvelles ne détruisent pas les anciennes parce que, à ce moment-là, nous n’aurions pas affaire à un véritable développement du dogme, mais à une révolution, à une destruction.

Ce qui est précisément le cas avec la note Mater Populi Fidelis du cardinal Fernandez en rupture avec toute la tradition de l’Église, comme l’a montré frère Joseph-Sarto le mois dernier (cf. Il est ressuscité n° 274, février 2026, p. 4-19).

Au contraire, la théologie totale de notre Père présente le renouveau et l’épanouissement de ce qui était traditionnel dans l’Église, dans la philosophie occidentale, dans la théologie classique.

 Totale ”, cette théologie englobe les différents aspects dans l’être humain : non seulement la raison, mais aussi le cœur, l’intuition et d’autres facultés encore. Car l’intuition de notre Père est de mettre notre connaissance des mystères divins en relation avec les mystères de l’homme, savoir quelle relation Dieu entretenait avec l’histoire des hommes, jusque dans ses aspects les plus concrets :

« Puisque j’ai l’intuition que d’être le fils de mon père – quoiqu’Aristote dise que ce n’est rien –, c’est très important, de la même manière, je me dis que la relation de l’homme avec Dieu, si Dieu est mon Père – “ Notre Père qui êtes au Cieux ” –, c’est important. C’est important pour moi, mais c’est important aussi pour Dieu. “ Ah ! Non ! ” disent les théologiens classiques, “ Dieu s’en moque, Dieu est éternel, Dieu ne s’occupe pas de Georges de Nantes, pas plus d’Adolphe, que d’Anatole. ” Moi, je crois que si ! Non seulement je crois que si, mais les mêmes, quand ils disent que ça n’a aucune importance en théologie, ensuite font leur prière : “ Notre Père qui êtes aux cieux, ayez pitié de nous, faites attention à nous, donnez-nous notre pain quotidien ! – Oh ! Dieu, votre pain quotidien, il ne va pas s’occuper de ça ! – Si, si ! ” C’est pour ça que je dis que c’est une théologie totale ! » (session à la Maison Sainte-Thérèse, 29-30 août 1987)

Poursuivons donc avec bonheur notre étude de la pensée de ce grand théologien d’avant-garde. Dans le cœur de notre Bon Dieu Trinité, nous avons découvert la place centrale de l’Immaculée Conception (“ Deus Mariæ  Il est ressuscité n° 272, décembre 2025, p. 4-11). Fille du Père, toute la création a été faite pour Elle. Mère et Épouse du Verbe, Elle est participante de l’œuvre unique de notre Rédemption dans la perfection de cette union au jour de la Croix (ibid. p. 12-19).

Et le Saint-Esprit (Il est ressuscité n° 273, janvier 2026, p. 6-13), jaillissement de l’Amour du Père et du Fils est évidemment partie prenante du dessein divin, Lui qui est tout retour d’Amour au Père et Fils pour leur commune Gloire... comme l’Immaculée Conception précisément...

IV. LE DON DE L’ESPRIT À L’ÉPOUSE 1

SAINT Jean de la Croix nous expliquait d’une  manière si charmante et si juste, si profonde, dans le Romancero : Dieu le Père entretient son Fils de son “ idée ” de lui donner une épouse qui l’aime, du même amour : « Une épouse qui T’aime, mon Fils, J’aimerais Te donner... » que je puisse aimer, parce qu’elle Te ressemblera et que je mettrai en elle un même amour que j’ai pour Toi.

Le Père dit : “ Si nous créions, si nous faisions sortir du néant. ” Voilà le Père qui a une certaine “ conception ” d’une créature à tirer du néant. Le Père en a l’idée. Il consulte son Fils, mais il n’est pas question de la créer sans que son Fils lui communique sa ressemblance, car il dit bien que rien ne lui plaît que son Fils. S’il doit créer quelque être autre que son Fils, évidemment ce sera à la ressemblance de son Fils bien-aimé puisque tout son amour va à son Fils. Cet être sera déjà précontenu dans son Fils, à titre d’idée, de “ conception ”, d’image, d’ailleurs de ressemblance. Et donc, voici que, dans l’esprit du Père, jaillit cette idée qu’il impose à son Fils, et voici que le Fils, qui est son Verbe, sa Parole, lui répercute l’image qu’il s’est faite de cet être qui doit être l’Épouse du Fils.

C’est pourquoi, selon la juste théologie de saint Maximilien-Marie Kolbe, mais qui est contredite par le langage partiellement défectueux qui était à sa disposition, c’est déjà “ l’Immaculée Conception ”. Cette épouse que le Romancero chante comme devant être donnée par le Père à son Fils pour lui complaire et lui-même se complaire en elle, c’est évidemment la conception d’une créature toute à la ressemblance du Père, ce n’est pas le Saint-Esprit qui existe déjà depuis toujours. C’est la créature la plus parfaite que le Père va aimer suprêmement, parce que sans Elle, ce n’est pas la peine de créer l’univers. Les pierres, les plantes, les animaux, tout n’a d’intérêt que si c’est le logis, le palais de cette Épouse qui, elle, est toute à la ressemblance du Fils, comme le Fils l’est de son Père.

C’est ici que le Père Maximilien-Marie Kolbe ajoute, d’une manière prodigieuse, que “ Immaculée Conception ” ne veut pas seulement dire qu’elle est née en dehors de la tache originelle, en dehors de notre tare héréditaire. Mais, dit-il, c’est la “ Conception immaculée ” que Dieu se fait de cette créature qu’il va appeler à l’existence. Dieu conçoit une créature, mais absolument Immaculée, évidemment Immaculée. Sinon, cela ne vaudrait pas la peine de la créer. Dieu ne peut pas concevoir une saleté, la saleté viendra d’ailleurs, de la créature, mais le péché ne peut pas venir, même comme pure “ conception ”, de Dieu.

À l’aurore des temps, avant toute création, Dieu dit à son Fils : “ Je voudrais quelqu’un qui t’aime ”, et voilà que la charmante image de la toute pure, de la toute belle, de la toute sainte Vierge Marie est conçue dans le commun Esprit du Père et du Fils. Alors, tous deux, le Père et le Fils, l’aiment, à partir du moment où ils ont cette image dans le Cœur, dans leur unique Cœur, à partir du moment où la Vierge habite – imaginez ! – dans le Cœur du Père et du Fils, et dans leur embrassement, dans leur unité. Elle est là, maintenant. Dans leur exultation d’amour, d’être tous les deux un, maintenant, ils sont, si on ose dire, encore plus un, parce que tous les deux trouvent dans cette Vierge un surcroît d’amour l’un de l’autre, et d’Elle en même temps.

Ainsi, l’Amour, qui est le Saint-Esprit, se précipite dans cette Immaculée Conception. C’est-à-dire que cet Amour jaillit du Père et du Fils, mais cette fois-ci, pour avoir un terme en dehors de Dieu. Notre Père reprenait sa comparaison cosmique : « Voici que, à côté de cet astre, tout d’un coup, une planète est apparue, la lune à côté du soleil, et aussitôt, dans ce soleil, il se fait des émanations, des projections de joie, d’amour, de louange pour cet objet de leur commune conception. Cet amour jaillissant d’eux comme la chaleur atteint la terre, satellite du soleil. Elle est réchauffée par le soleil et quand il y a des taches du soleil, la chaleur de la terre grandit. Cet amour étant projeté du Cœur de Dieu, Père et Fils, vers, à destination de cette planète qu’est la terre, elle se réchauffe. Voici que la Vierge elle-même est envahie, embrasée des feux qui jaillissent du Cœur de Dieu, Père et Fils. C’est cela, le “ baiser mystique ”, qui n’est pas entre le Père et le Fils, cela ne voudrait rien dire, mais c’est le baiser de Dieu à sa créature. »

L’ÉPOUSE MANIFESTE L’ESPRIT-SAINT.

Le Cœur de la Vierge Marie est le réceptacle, le sanctuaire de l’Esprit-Saint, puisque c’est Elle qui est aimée, principalement et souverainement, de Dieu. C’est en elle que l’Amour créateur a produit ses premières et excellentes opérations, et qu’il va les poursuivre. C’est immense et on commence à ne plus voir les rives du grand fleuve que nous sommes en train d’explorer, nous confiait notre Père.

Saint Maximilien-Marie Kolbe disait excellemment à ses frères : « On peut affirmer que l’Immaculée est, en un certain sens,  l’incarnation  de l’Esprit-Saint. En elle, c’est l’Esprit-Saint que nous aimons, et par elle, le Fils. Le Saint-Esprit est très peu connu. » (conférence du 5 février 1941)

Et encore d’une manière assez théologique : « Avant le Christ, le mystère de la très Sainte Trinité n’était pour ainsi dire pas connu. Pour que le monde pût le connaître, la seconde personne de la Sainte Trinité s’est faite homme et est venue en ce monde ; ce fut la première étape pour une parfaite connaissance de Dieu. Mais afin que le Fils de Dieu soit mieux connu [et aimé !], il fallut la venue du Saint-Esprit, troisième personne de la Sainte Trinité [...]. En Dieu le Père, une seule nature, une seule personne, dans le Fils de Dieu, une seule personne et deux natures, et dans le Saint-Esprit il y a comme deux personnes et deux natures, la Mère très sainte est très étroitement unie au Saint-Esprit [Oui, il y a union !]. Il nous est difficile de comprendre que l’Immaculée est comme  l’incarnation  de l’Esprit-Saint.

« La Vierge Marie existe pour que soit mieux connu l’Esprit-Saint... » (Conférence du 25 septembre 1937)

Ainsi, la Vierge Marie est l’expression, la manifestation de l’Esprit-Saint, non pas en une seule personne, mais en deux personnes ! Elle est l’habitacle, elle est le sanctuaire, et l’Esprit-Saint est le Dieu Amour qui se plaît à résider en elle et à se manifester en elle.

Or voici un point de théologie que notre Père aimait à développer :

« Il est vrai qu’il n’y a pas de femme en Dieu, il n’y a point de sexe dans la Sainte Trinité, mais il y a quelque chose qui y ressemble. Pour la bonne raison que les missions en Dieu correspondent aux processions éternelles et que la manière de créer l’être humain, homme et femme, a été pour Dieu le Père, la manière d’exprimer, non pas qu’il y avait sexe en Dieu, mais qu’il y avait quelque chose tout de même qui était le fondement de cette distinction. Et il est vrai que le Fils de Dieu, lui, s’est fait homme.

« L’Esprit-Saint n’est pas une femme, mais ­l’­Esprit-Saint a quelque chose d’analogue. Pour le représenter, le Père, le Fils et le Saint-Esprit inventent la Femme, la femme parfaite, avant tous les temps, ils la “ conçoivent ”, elle est femme, c’est-à-dire, elle est passive, elle est accueillante, elle est toute reconnaissance, tout retour à Celui dont elle tient tout, la Voie, la Vérité, la Vie. La Femme tient tout de Dieu le Père, et à travers et par la médiation de Dieu le Fils, le premier Adam, le splendide Adam, le nouvel Adam qu’est Jésus-Christ.

« Et c’est l’Homme qui saisit cette Femme, et la prend pour épouse parce que dans l’éternité, il est vrai que c’est Dieu le Père, qui dans son Fils et par le Fils, spire le Saint-Esprit, d’une spiration active. Ils “ produisent ” cette troisième Personne qui est l’Amour, qui est la Beauté, qui est la Splendeur de leur Vérité, qui est le rayonnement de leur unité, qui est le feu ardent, réchauffant et fécond de leur un, et ce Saint-Esprit est tout retour vers eux, comme la Vierge Marie dans son Immaculée Conception est tout retour vers le Père et le Fils, dans une action de grâces immortelle. » (Abbé Georges de Nantes, Splendor Veritatis, session de la Pentecôte 1992)

Notre Père exprimait ce mystère d’une façon aussi délicieuse que profonde dans un dialogue imaginé pour les enfants, mais qui séduira aussi les grandes personnes !

INTERMÈDE :  AVANT LA CRÉATION DU MONDE, DIALOGUE DU PÈRE ET DU FILS.

Aujourd’hui, c’est difficile. Il faudrait expliquer ce qu’est la troisième Personne de la Sainte Trinité. Je devrais donc expliquer des choses vraiment difficiles et je me suis dit qu’il y aurait beaucoup d’enfants dans l’assistance... Je vais prendre des images pour me faire comprendre, raconter des histoires ; Jésus faisait pareil ! Je vais me permettre des images, ce n’est pas comme cela que cela se passe au Ciel, mais c’est pour dire que c’est un peu comme cela. Que vais-je raconter ? Une histoire que j’ai inventée ce matin et qui me parle :

Le Père avec le Fils, aux applaudissements du Saint-­Esprit, décident de créer le monde. “ Il y aura des anges, des hommes, des animaux sur la terre. On va créer des hommes qui seront les rois des animaux, parce qu’ils auront une raison, et ce sera merveilleux ! Et toi, mon Fils, tu vas prendre une nature humaine, tu vas t’incarner pour être le Roi de tous ces hommes. Tu seras le Roi de l’univers, le Roi du ciel étoilé ! 

 Ce sera magnifique ”, dit le Saint-Esprit. [Cela anime à nos yeux la vie de la Sainte Trinité, et va nous mener très loin !]

Dès que Dieu veut une chose, cette chose existe, le Père conçoit le Fils comme un homme. C’est dans l’éternité [ce n’est pas une succession chronologique, on est dans l’instant d’un éternel présent], mais ce sera un jour un vrai homme et ce sera Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est un homme parfait. Un homme, on sait ce que c’est : il est à l’image de son Père, il est fort, il a l’autorité, il est sage, tout ce qu’il dit c’est son Père qui le lui a appris [C’est ça la relation filiale, les relations entre le Père et le Fils]. Il répète bien les choses et on le comprend rien qu’à le voir : c’est un corps et une âme semblables aux nôtres. Jésus, c’est Dieu et Il se fait homme. Saint Paul nous dit : c’est dès avant la création du monde. Évidemment, puisque Dieu est éternel, il n’a pas attendu l’année 1 pour que son Fils ait déjà cette humanité.

Je parle ainsi, selon notre manière humaine de parler pour expliquer un peu les choses et que vous compreniez un peu que Dieu le Père voit Jésus, c’est son Fils, éternellement, et Il le voit comme Jésus. Il l’admire, Il admire sa réussite, c’est un homme parfait. C’est le plus beau des enfants des hommes bien évidemment, c’est le plus fort, le plus intelligent, c’est pourquoi nous l’appelons le Christ-Roi, et c’est celui qui a pour les hommes une affection incroyable, puisqu’Il acceptera même de mourir pour eux. C’est pour plus tard.

Mais, au moment où le Saint-Esprit regarde Jésus, le Fils de Dieu, Il trouve tout ce que Dieu fait bon, Il est toujours joyeux, plein d’affection pour Jésus, Il aime Jésus et il se fait entre eux trois une pensée, une “ conception ” : il faudrait quand même que l’on voie aussi un peu qui est le Saint-Esprit.

Dieu dit ceci : “ J’ai donné à mon Fils toute ma sagesse, toute ma force, toute ma puissance. C’est lui, le Roi du monde, le Roi de la création, et Il s’est fait homme. Cet homme est un prodige de beauté, de force, de sagesse, de vertu. ” Il admire encore une fois ce Jésus-Christ qui va être le modèle du genre humain. Ce modèle va être pour les hommes un sujet de fierté qui les transportera parce que, quand Il va créer Adam, Adam va regarder et dire : “ Je suis l’image de Dieu, comme Jésus-Christ. ” [“ à son image et ressemblance ”, dit le texte de la Genèse.]

Dieu dit alors : “ Il ne faudrait pas que les hommes s’enorgueillissent et, voyant Jésus si beau, si fort, qu’ils se croient pareils. Il faut qu’ils se rendent compte qu’ils me doivent tout, qu’ils ne croient pas que, ayant tout hérité de moi, ils sont tes égaux, mon Fils ! Alors il y a comme un défaut là-dedans. Comment te dire ? Ta virilité est merveilleuse, ta puissance est absolue, ta sagesse est infinie, mais si on trouvait quelque chose encore ? Qu’est-ce que cela serait ? 

– Eh bien, dit le Fils, moi, je suis fort, mais ne pourrait-on pas faire quelqu’un qui soit fragile, doux, qui soit comme le Saint-Esprit à nous admirer sans chercher à être pareil, une nature qu’on pourrait dire féminine ?

– Ah ! dit le Père, c’est intéressant ! Mon Fils, tu es génial ! (J’ai honte, Seigneur, mais c’est pour leur faire comprendre, mettre les choses au niveau des enfants ; mais Seigneur, vous l’avez fait... Je continue !).

Le Père et le Fils se sont aperçus dans leur éternelle sagesse que, en définissant le portrait de l’homme parfait pour que le Fils puisse s’incarner, ils avaient défini un être aux contours bien définis, la personnalité de l’homme dont Adam sera l’image ainsi que tous les hommes sortis d’Adam. C’est vrai. Mais cette image n’en exclut pas une autre qui ne sera pas un autre Fils (il n’y en a qu’un), mais quelqu’un du genre du Saint-Esprit [...].

Dieu dit encore : “ Toi, mon Fils, tu vas t’incarner et les gens qui sortiront de toi, qui seront baptisés à ta ressemblance, ils seront des chefs comme toi. Ils auront ta puissance, ta sagesse. Mais à côté, on va faire une représentation de notre Saint-Esprit. On va faire une femme, on va créer un autre modèle d’être humain qui leur montrera ce qu’est notre Esprit-Saint. Elle, ce sera l’amour. Lui, ce sera la force ; elle, la fragilité. Elle reçoit tout de nous, elle n’a rien par elle-même. Elle est si contente de ce qu’on lui a donné, c’est une bonne ménagère, elle passe son temps à jubiler, à rendre grâces, à chanter le Magnificat, comme notre Saint-Esprit. 

Le Saint-Esprit trouvait merveilleux qu’on s’occupe de Lui, pour Lui donner une image de sa perfection et que cette image puisse donner aux hommes le sentiment de ce qu’Il est au fond, de révéler aux hommes que, en Dieu, il y a un Esprit qui passe son temps à aimer, à désirer être aimé pour faire aimer l’Amour. Cela, c’est magnifique, et se faisait dans l’Esprit de Dieu, certains disent “ l’idée ” de cette Femme merveilleuse qui serait par rapport à Jésus-Christ quelque chose comme Ève par rapport à Adam, quelqu’un tiré de lui, mais une véritable créature. Cette “ idée ”, c’est la perfection qui vient compléter ce que nous savons de Dieu. [Cette méditation est merveilleuse !]

Dieu est Père, il a un Fils et, dans leur joie, Ils “ spirent ” [ce n’est pas un engendrement, ce n’est pas un nouveau Fils, c’est l’action qui fait procéder le Saint-Esprit du Père et du Fils], ils produisent le Saint-­Esprit. Le Saint-Esprit, nous ne savons pas qui c’est, mais il y a quelqu’un sur la terre...

Le Père dit dans son enthousiasme : “ Il faut faire cela tout de suite, je ne peux pas m’en passer. Cette idée est trop belle ! Pauvre Saint-Esprit ! Il n’aurait personne à son imitation ? Toi, mon Fils, tu es déjà Jésus-Christ. Ton âme est créée en nous. Les théologiens ne comprennent pas, mais les braves gens comprennent que c’est de toute éternité que tu es auprès de moi dans le Ciel. Un jour, tu descendras, mais toi, mon Fils, tu es paré, parfait, humainement parfait aussi. C’est une joie de penser à tous ces hommes qui seront sauvés par toi. Moi, je ne vois plus l’univers qu’à travers toi ! 

Et le Saint-Esprit dit : “ C’est merveilleux ! Vite que Jésus vienne sur la terre ! 

Le Père et le Fils, tournés vers le Saint-Esprit, disent : “ On va créer quelque chose pour toi. 

Alors, ne vous imaginez pas, comme tous les imbéciles, que c’est pour mettre une femme dans la Sainte Trinité, parce qu’un homme a besoin d’une femme. Tout cela, c’est pour la terre. Non, mais c’est créer la miséricorde, la bonté, la tendresse, le dévouement, la splendeur d’une beauté qui n’est pas écrasante, une beauté d’accueil qui soit toute reconnaissance, le merci charmant que la femme adresse à son mari ou au beau-père, et c’est la Sainte Vierge qui n’est pas une personne divine. [Vous ne trouverez cela dans aucun Traité sur la Sainte Trinité, d’où la sécheresse totale de nos évêques quand il s’agit de critiquer la pensée de l’abbé de Nantes sur la Sainte Trinité. En deux lignes, ils ne savent pas quoi dire ! parce qu’ils n’ont eux-mêmes aucun répondant !] Je n’ai jamais dit cela, qu’on ne nous fasse pas dire des hérésies pour nous condamner pour rien. Mais c’est la Sainte Vierge et la Sainte Vierge introduit dans notre monde créé la douceur, la bonté qui est le Saint-Esprit.

Les saints disent : la Sainte Vierge, c’est bien simple, c’est la merveille qui nous permet d’avoir accès au Saint-Esprit, d’abord pour comprendre cette forme d’amour de Dieu qui n’est pas l’amour tonitruant qui juge les vivants et les morts, condamne à l’enfer. Non, c’est l’amour toute bonté, toute miséricorde, intercession. [Voilà comment notre Père  fait de la religion un amour  dans cette théologie qu’il a vécue lui-même. Il a trouvé cette expression très parlante. On ne trouvera ces attributs dans aucun traité de théologie.]

La Sainte Vierge est le tabernacle du Saint-Esprit. Il habite en la Sainte Vierge. Ce n’est pas une autre Personne qui serait faite du Saint-Esprit et de la Sainte Vierge confondus, le Saint-Esprit est bien représenté par la Sainte Vierge.

Tous les saints ont dit que la Sainte Vierge est le reposoir de l’Esprit-Saint et qu’on ne peut comprendre la Sainte Trinité, qu’on ne peut avoir de participation à l’amour divin qui est le Saint-Esprit, sans passer par la Sainte Vierge [...]. Le Saint-Esprit est en elle. Il l’enflamme d’une flamme qui n’est plus de la terre et la Sainte Vierge, à ce moment-là, c’est l’amour divin sous un visage humain. Ce visage est féminin, maternel, d’épouse du Christ.

(Frère Georges de Jésus-Marie, sermon du 8 juin 1997)

Il y a donc une affinité certaine entre le Saint-­Esprit et l’Immaculée Conception, une convenance parfaite, qui se devine déjà tout au long de la Bible, au point que saint Bernard a pu s’exclamer : « C’est à partir d’Elle, c’est à cause d’Elle, c’est pour Elle que toute l’Écriture a été faite ! », ce qui paraît tomber sous le sens puisqu’en bonne théologie catholique, l’auteur principal des Saintes Écritures est le Saint-Esprit lui-même.

LA COLOMBE DU SAINT-ESPRIT.

Une preuve scripturaire de cette affinité entre le Saint-Esprit et l’Immaculée Conception est la « forme de colombe » (Lc 3, 22) sous laquelle le Saint-Esprit est apparu au jour du Baptême de Notre-Seigneur Jésus-Christ par saint Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain.

« Et Jean rendit témoignage en disant : J’ai vu l’Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, celui-là m’avait dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans ­l’Esprit-Saint. Et moi, j’ai vu et je témoigne que celui-ci est l’Élu de Dieu. » (Jn 1, 32-34)

« Que Dieu le Père se fasse entendre du haut du ciel par une voix invisible, c’est très compréhensible. Que le Fils de Dieu fait homme, Jésus-Christ, se présente dans son humanité sainte au baptême pour être le Sanctificateur de ces eaux baptismales, aussi ! » nous disait notre Père.

« Mais cette colombe ? Non ! Un animal qui vient comme cela, qui plane sur la tête de Jésus, pas moyen !

« Pourquoi une colombe ? Qu’est-ce que cela veut dire que le Saint-Esprit se manifeste comme cela par un oiseau ? Je me suis rappelé notre vieux professeur d’exégèse, le Père Robert : “ Il faut expliquer la Bible par la Bible ”. Si le Saint-Esprit est apparu comme une figure, une figure de colombe, sous une forme de colombe, il faut que je cherche dans la Bible. »

Et notre Père appelait toutes les “ colombes ” de la Bible à la rescousse, depuis celle du Déluge, puis celles des prophètes Jérémie, Ézéchiel, des psaumes... « J’ai feuilleté ma Bible et puis, tout d’un coup, la grande révélation. Comment n’y avais-je pas pensé jusqu’à ce moment-là ? Ah ! Le Cantique des cantiques, la Sulamite, la Bien-Aimée du Messie, l’Épouse du Messie, la Fiancée du Messie : “ O columba unica mea, veni, veni de Libano ! ” Et voilà que j’avais toutes sortes de références, une dizaine dans le Cantique des cantiques. La colombe, c’est l’Épouse de Dieu dans l’Ancien Testament. C’est celle qui est toute pure, toute belle : “ Columba formosissima ”, l’Immaculée Conception.

« Tout le monde sait que la Colombe, c’est la Vierge Marie par excellence, puis nos âmes dans la mesure où elles sont un peu saintes, et puis l’Église. Mais il s’agissait de cette colombe du Baptême de Jésus et je n’avais jamais fait le joint entre l’un et l’autre. Alors donc, nous sommes en train de découvrir une vérité.

« C’est vrai que la colombe, l’Épouse du Verbe, dans toute notre mystique, me revenait à la mémoire. Eh ! oui, la Vierge Marie est blanche dans toutes ses apparitions, elle est d’une blancheur comme celle de la colombe, elle est d’une douceur comme celle de la colombe, elle est faite pour les hauteurs, pour s’envoler dans le ciel très librement comme Elle fera le jour de son Assomption ! C’est un être de paix, c’est un être de tendresse. Si on la prend dans ses mains, comme elle est douce et comme elle est chaude ! Son cœur bat très vite, elle a une haute température et tout cela montre qu’elle brûle ; elle brûle d’amour et les amours de la colombe ont été souvent chantées par les poètes, tellement elles sont merveilleusement expressives ; un amour merveilleux qui paraît le summum de la chasteté. Ah ! voilà qui est la Vierge Marie.

« Et pourquoi le Saint-Esprit a-t-il pris la forme de la colombe ? J’y suis ! Dieu le Père, nul ne l’a jamais vu ; Il ne peut se manifester que par une voix, car Il n’a pas de forme humaine. Le Fils s’étant incarné a pris une condition humaine et c’est un vrai homme qui est là, les pieds dans le Jourdain et qui est en train de se faire baptiser ; c’est un homme véritable.

« Et leur Esprit-Saint ? Leur Esprit-Saint s’est dit : “ Mon Dieu, mon Dieu, comment vais-je me représenter à eux ? Je pourrais représenter des choses qu’ils ne comprendraient peut-être pas. Un grand vent, ils ne comprendraient pas ; une flamme de feu, plus tard, on verra plus tard le jour de la Pentecôte ! mais il faudrait que je trouve quelque chose qui me représente. Rien ne me représente ! Alors, à défaut d’avoir quelque chose qui me représente, je vais prendre une figure de la personne que j’aime le plus au monde, dans laquelle j’habite depuis toujours et pour toujours ; seulement, il ne faudra pas que je représente cette personne sous ses traits véritables, parce qu’on croirait que la Vierge Marie, c’est la troisième Personne de la Sainte Trinité. ” »

C’est absolument génial ! C’est ce que cherchait le Père Kolbe, il n’a pas su le dire de cette façon-là !

« Donc, le Saint-Esprit ne pouvait pas se représenter sous les traits de Marie. Même dans l’apparition la plus récente de Tuy en 1929, la Trinité est représentée avec cette fameuse Colombe, qui s’élance vers la Vierge Marie qui est au pied de la Croix.

« Alors, le Saint-Esprit a dit : “ Je vais créer une énigme ; je vais prendre un logo... ” comme disent nos modernes technocrates, “ je vais prendre un symbole et les gens un peu futés comprendront que moi, l’Esprit-Saint, j’ai une affinité avec la toute Pure, la toute Douce, la toute Chaste, la toute brûlante d’amour, celle que le Cantique des cantiques pour cela appelle quantes et quantes fois la Colombe. 

« C’est la Colombe du Christ, c’est l’Aimée, c’est la Bien-Aimée, la Toute-Pure, 1’incomparable Vierge Marie. “ Ah ! dit le Saint-Esprit, il n’y a pas une créature au monde qui peut davantage dire ce que je suis ! ” Pourquoi ? Parce que l’amour de Dieu se tourne vers la créature la plus pure, la plus belle, la plus douce, la plus brûlante d’amour aussi et alors, Il l’envahit, Il l’habite et Il rend son Amour tellement incandescent que, par elle-même, par sa prière, elle mérite l’Incarnation de Jésus dans son propre sein ; elle est la Médiatrice de toutes grâces. Voilà !

« Cette Colombe du Baptême de Jésus, dorénavant pour moi, c’est la Vierge Marie ; c’est le signe que l’Esprit-Saint habite éminemment, parfaitement en la Vierge Marie parce qu’elle a toutes ces vertus que l’on prête à la Colombe qui n’est là qu’une image. [Une  forme ”, comme dit saint Luc.]

« Dieu est Trinité, trois Personnes. Dans ces trois Personnes, il y a l’Esprit-Saint et tant que cet Esprit-Saint semblait se matérialiser ou se manifester dans une colombe toute seule, planant au-dessus de la tête de Jésus, je ne voyais pas le rapport, je ne voyais pas la relation ; tandis que maintenant, je la vois. Parce que quand on a une petite colombe, on la soigne, elle vient dans vos mains, elle monte sur votre épaule, quelquefois un petit peu insolemment sur votre tête, et il se fait un rapport. J’aime ma colombe, je l’aime même démesurément.

« Jésus aime sa colombe, parce que la colombe l’aime autant qu’un animal peut aimer, mais il ne s’agit pas d’un animal, il s’agit de la Vierge Marie qui est comme sa colombe, son Élue, sa Préférée, c’est le Cantique des cantiques, c’est ce que liturgie de la fête de l’Immaculée Conception chante de toute manière.

« Alors, cela, j’aime. J’aime que le Saint-Esprit nous approche sous la forme d’une colombe, non ! de la Colombe éminente qu’est la Vierge Marie. Donc, quand je vais regarder la Vierge Marie, je saurai qu’il y a en elle la divinité même sous l’aspect de l’amour, de l’amour qui rend enthousiaste ; c’est l’enthousiasme, “ Dieu en nous ”. » (Frère Georges de Jésus-Marie, sermon du 8 décembre 1989)

DOMINUS TECUM.

Une autre mention scripturaire de la présence intime du Saint-Esprit en l’Immaculée Conception, c’est la salutation de l’ange Gabriel au jour de l’Annonciation :

« Réjouissez-vous, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous... L’Esprit Saint viendra sur vous et la puissance du Très-Haut vous prendra sous son ombre... » (Lc 1, 28 et 35)

C’est l’Esprit Saint qui vient au-dessus de la Vierge, la force, l’énergie créatrice, la force virile, la force d’un Dieu, du Très-Haut qui la couvrira de son ombre. C’est la nuée divine qui est ainsi fixée.

Notre Père nous expliquait : « C’est le moyen de l’Incarnation et c’est parce qu’il y a cette parole que des saints, toute une tradition, disent que c’est le Saint-Esprit. Ils ont raison littéralement parlant ; c’est l’  Esprit Saint ”.

« J’ose trancher : dans la Bible de l’Ancien Testament, avant la révélation de la Sainte Trinité par Jésus-Christ, ce mot “ Esprit Saint ” désignait Dieu, c’était Dieu qui était le Saint par excellence. D’autre part, Dieu était Esprit ; Il était même l’Esprit en perfection ; les Anges aussi étaient des esprits et l’homme même avait le Souffle. Mais Dieu est l’Esprit et donc, dire le “ Saint Esprit ” dans l’Ancien Testament, c’était parler de Dieu évidemment.

« Dans le premier chapitre de saint Luc – c’est de la science exégétique – saint Luc a écrit sous la dictée de la très Sainte Vierge. C’est peut-être la Sainte Vierge elle-même qui a collé à la mentalité juive. C’est un Juif qui a écrit cela ou un Grec qui oubliait son hellénisme pour coller à la parole qui lui était dite en araméen. Le vocabulaire est de l’Ancien Testament... comme on le retrouvera encore au début des Actes des Apôtres, écrits aussi par saint Luc.

« Donc, j’affirme qu’on ne peut pas tirer de ce texte-là, comme des multitudes de gens l’ont fait, que le Saint-Esprit est l’Époux de la Vierge, c’est-à-dire que Jésus, le Fils de Dieu, est né de la Vierge Marie, par l’opération du Saint-Esprit, troisième Personne de la Sainte Trinité.

« Non, cela démolit toute notre théologie et cela me semble de plus en plus grave, surtout quand se développent le nouveau catéchisme et les charismatiques d’aujourd’hui. Jésus serait pour ainsi dire une production de l’Esprit-Saint et de la Vierge. L’Église aussi viendrait de l’Esprit-Saint. L’Esprit-Saint serait un être autonome, indépendant et qui fait des merveilles, par exemple c’est Lui qui a permis à la Vierge de concevoir, c’est Lui qui a opéré en la Vierge sa fécondation, afin qu’elle produise en elle le Fils... Erreur profonde !

« L’Esprit-Saint n’a jamais produit le Fils ; ­l’Esprit-Saint est “ spiré ” par le Père et le Fils. Ne lui donnons pas une place qu’il n’a jamais revendiquée. Comprenons simplement que la Vierge Marie reçoit la Puissance divine qui est la puissance du Père, car Dieu est identifié d’abord au Père qui est la première Personne, qui est non-née, qui est sans principe et qui engendre le Fils, qui spire l’Esprit-Saint avec le Fils. C’est le Père qui s’est penché vers la Vierge, qui l’a regardée avec prédilection.

« C’est comme lors de la Transfiguration, quand le Christ est glorieux, la nuée lumineuse qui entoure les Apôtres, c’est la présence de Dieu, de Dieu le Père près de son Fils et les Apôtres se sentent remplis d’une force et d’une lumière qui est l’Esprit-Saint. De la même manière, il faut donc dire que la Vierge Marie était assistée de l’Esprit-Saint, évidemment, depuis très très longtemps.

« Dans cette œuvre-là, Celui qui apparaît et qui est dit l’  Esprit Saint ” et ensuite la “ Puissance du Très-Haut ”, c’est Dieu le Père qui donne sa puissance en la Vierge Marie pour faire le miracle de la fécondation virginale de l’individualité nouvelle du Christ dans le sein de la Vierge Marie. Cela constitue la Vierge Marie épouse du Père, ou épouse du Verbe, mais par une délégation du Père. Quant à l’Esprit-Saint, il est évidemment venu à demeure dans la Vierge Marie, avec le Fils. Le Fils ne peut pas aller quelque part sans que le Père soit là et qu’il donne à l’Esprit-Saint la créature qui Le reçoit.

« Voilà comment nous remettons tout en ordre. Voilà ma théologie ; je ne prétends pas l’imposer, mais cela nous redonne le sentiment de la juste hiérarchie des trois Personnes divines. Jésus a dit : “ Le Père est plus grand que moi ” (Jn 14, 28). C’est au Père d’être au principe de cet enfantement virginal comme Il est au principe de la génération éternelle de son Fils. Il est le Père de cet Enfant et cet Enfant rayonne l’Esprit-Saint dans le sein de la Vierge Marie, comme Il rayonne dans l’éternité. Il faut qu’il donne ce dont Il resplendit. Jésus venant dans le sein de la Vierge, se saisit de ce corps dont il va faire sa sainte Humanité, Il rayonne l’Esprit-Saint. Quand nous commençons à entendre que la Vierge est “ pleine de grâces ”, nous comprenons que ce sont toutes les grâces que le Père lui donne dans sa complaisance. » (Frère Georges de Jésus-Marie, sermon du 25 mars 1993)

Et puis, il y a cette petite parole : « Le Seigneur est avec vous ». Qui est ce « Seigneur » ?

« La réponse est facile ! Dominus tecum : le Seigneur est avec vous. Près de vous, vous avez quelqu’un, en vous, vous avez quelqu’un et ce quelqu’un c’est Dieu lui-même ! Ce Dieu qui est Amour, ce Dieu qui est flamme de lumière et d’ardeur vous habite.

« Alors, ça devient facile ! Le Saint-Esprit ne l’a jamais quittée, ne s’est jamais éloigné d’Elle le moins du monde. Avec Elle, auprès d’Elle, il était dès la conception de son âme immaculée, à l’origine des temps par le Créateur, comme une sorte de Colombe de pure lumière. Elle était déjà un habitacle existant, une existence créée pour être comme une lampe destinée à éblouir le monde de la lumière qui l’habite. Et la lumière qui l’habite, c’est la lumière divine ! C’est la gloire de Dieu, c’est l’Esprit-Saint.

« Et ensuite, dans sa conception charnelle, quand ce corps fut formé, déjà, dès la première cellule conçue, ce Paraclet était là, en lui, dans ce corps, pour assurer à son âme une force capable de rejeter toute matière de péché originel, de n’en vouloir admettre nulle ombre, nulle forme, de tare, d’injustice, de disgrâce. Donc ni son âme ni son corps n’étaient laissés seuls, mais ornés de toutes les vertus, habités par l’Esprit-Saint. Ensuite, ce Conseiller, ce secours, ne l’a pas laissée prendre une seule décision sans lui-même l’orienter vers la réponse à donner, l’œuvre à entreprendre. Ah ! Comme il est facile de faire son chemin quand on est une Colombe innocente et fragile, si l’on a près de soi un conseiller, le Conseiller fort, l’Esprit de Dieu lui-même ! » (Abbé Georges de Nantes, Splendor Veritatis, session de la Pentecôte 1992)

LE CHEF D’ŒUVRE DU SAINT-ESPRIT.

Alors, quelle est donc cette œuvre du Saint-­Esprit, cette “ opération du Saint-Esprit ” en l’Immaculée Conception ?

« Le Saint-Esprit était en Elle, est en elle perpétuellement, et voilà pourquoi on dit qu’elle est devenue la Mère de Jésus par l’  opération du Saint-Esprit ”.

« Comme disent les théologiens, l’  opération du Saint-Esprit ”, ce n’est pas pour œuvrer matériellement dans la chair de la Vierge Marie. Non, cela c’est un miracle. Mais c’est pour l’élever à la dignité de Mère de Dieu, pour faire qu’elle ait dans tout son être et son organisme même une perfection digne d’enfanter le Fils de Dieu, d’en faire un homme et ensuite de vivre avec Lui dans cette sainteté absolument nécessaire pour continuer à être la mère de cet enfant, de ce jeune homme, de cet adulte, toujours avec la parole qu’il faut, avec la patience qu’il faut, avec la compassion qu’il faut, avec l’esprit de sacrifice infini qu’il faut. Toujours la Vierge a été à la hauteur de la situation. »

C’est le rôle de Celui que saint Jean appelle le Paraclet, l’avocat, le conseiller, l’ami intime. « Elle, elle l’a senti. Ce n’est pas comme nous qui sommes toujours à chercher le Saint-Esprit : où est-Il, comment le prier ? Elle, elle l’a senti, parce qu’elle l’écoutait, elle suivait ses inspirations, c’est cela qui fait sa gloire ; non pas sa sainteté, elle l’avait au point de départ, Elle, l’Immaculée Conception, mais sa gloire. » (Frère Georges de Jésus-Marie, sermon du 4 mai 1991)

Et notre Père affirmait : « Ainsi, la Vierge Marie est le sanctuaire, le temple de l’Esprit-Saint. Elle le porte en elle, elle l’a reçu en elle, mais pas comme un enfant, pas comme un époux qu’elle embrasse. C’est l’Ami intime que son Époux lui a donné et cet Ami intime est comme indistinct d’elle. Voilà la vérité. » (Esquisse d’une mystique trinitaire, retraite de l’automne 1989)

Ainsi, Elle est comme une citerne débordante de la Sagesse divine, elle est comme un foyer tout ardent d’amour qui réchauffe toute l’atmosphère, aussi loin qu’il est possible d’imaginer. La Vierge Marie est toute passivité, elle est tout abandon à son Époux divin, elle est tout soin spirituel de son Époux, Jésus-Christ, son Fils et son Époux, et par lui, du Père du Ciel. Elle est dans cette passivité, sous l’opération du Saint-­Esprit, sanctifiée et divinisée, et notre Père voulait qu’on recommence, qu’on restaure ce vocabulaire en usage au dix-neuvième siècle et prohibé depuis : la divine Marie. Elle est divine, elle est divinisée au point de pouvoir être dite divine, elle est pénétrée par l’amour de l’Esprit-Saint en toutes ses fibres.

Puis, dans cet être tout contemplatif, dans cette épouse toute tournée vers son Époux, de regard, de pensée et d’affection, ce Cœur tout donné à Jésus, et n’oublions pas que c’est cela sa vie principale, suffisante même, elle n’en exerce pas moins, dans cette mouvance de l’Esprit d’Amour créateur, une procréation qu’elle a méritée sur la Croix. Elle travaille au salut de l’humanité, elle est Corédemptrice. Elle est Médiatrice de toutes grâces, et voici qu’elle s’occupe de tous les autres êtres du monde.

Il y a une page de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui le dit merveilleusement. Elle l’a écrite d’elle-même, mais c’est d’abord vrai de l’Immaculée Conception, avant d’être vrai de sa “ miniature ” :

« Être ton épouse, ô Jésus, être carmélite, être par mon union avec toi la mère des âmes, cela devrait me suffire... il n’en est pas ainsi... » C’est une épouse qui, pour son Époux, voudrait non seulement l’aimer, être toujours auprès de lui, comme Marie-Madeleine assise à ses pieds à l’écouter, tendre son cœur vers lui, lui donner ses baisers d’épouse, et être prête à répondre à la moindre de ses demandes, mais en même temps, elle voudrait aller courir à droite et à gauche, travailler pour lui, et de toutes les manières, toutes des manières d’homme. Cela ne fait rien ! Si l’Esprit-Saint la virilisait, la christifiait, elle serait capable d’être moine, elle serait capable d’être guerrier, missionnaire, docteur, martyr et même zouave pontifical !

« Je sens en mon âme le courage d’un Croisé, d’un Zouave pontifical, je voudrais mourir sur un champ de bataille pour la défense de l’Église. Je sens en moi la vocation de prêtre. »

Et tandis qu’elle chemine et qu’elle avance dans sa méditation, elle découvre que la charité est la voie excellente qui conduit sûrement à Dieu.

« Considérant le corps mystique de l’Église, je ne m’étais reconnue dans aucun des membres décrits par saint Paul, ou plutôt je voulais me reconnaître en tous... La charité me donna la clé de ma vocation. Je compris que si l’Église avait un corps [c’est ad-mi-ra-ble ! nous disait notre Père, ce style lui-même est d’une force, la profondeur de cette pensée est ravissante !], composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un Cœur et que ce Cœur était brûlant d’amour. Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Église, que si l’Amour venait à s’éteindre [c’est le cas aujourd’hui], les Apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang... Je compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux, en un mot qu’il est éternel !... Alors, dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : Ô Jésus, mon Amour... ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’amour !...

« Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Église, et cette place, ô mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée... dans le Cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour... ainsi je serai tout... ainsi mon rêve sera réalisé !... »

C’est exactement la description de la plénitude de la perfection du Cœur Immaculé de Marie, ce Cœur médiateur de toute grâce. Marie est Vierge, Marie est épouse du Christ et Marie est Mère universelle. Et Marie est donc, non seulement celle qui se tient au pied de la Croix, mais Marie est celle qui, dans l’inhabitation excellente du Saint-­Esprit, remplie de la grâce, est remplie de toutes les vocations. Avant sainte Thérèse de Lisieux [qui est vraiment la miniature de l’Immaculée], la Vierge Marie aussi aurait voulu être missionnaire, aurait voulu être prêtre, aurait voulu être ermite, aurait voulu tout cela, et même zouave pontifical, et même combattre pour la libération de la France comme Jeanne d’Arc, tout ! La Vierge Marie voulait tout, et voulant tout au cœur même de l’Église, elle n’avait qu’à le demander à son Fils et c’est l’Esprit-Saint qui le lui inspirait pour que, par ses mérites éminents, elle puisse donner à tous ces êtres qui sont les organes de l’Église, ce feu de la charité par le sang découlant de son Cœur. C’est le Cœur de la Vierge Marie dont nous venons d’entendre la définition par la bouche de sa miniature, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte Face.

C’est admirable ! Cela nous fait comprendre que la totalité de la richesse de l’Esprit-Saint jaillie du Cœur de Jésus vient emplir le Cœur de la Vierge, comme l’Ami intime, le confident, le secours inépuisable de ce Cœur Immaculé qui est plein de désir de maternité universelle, de consolation des affligés, de conversion des pécheurs, et plus elle a de désirs maternels, plus cet Esprit-Saint en elle la rend féconde.

Voilà ce qui est admirable en Marie, et aussi bien, elle est douce épouse auprès de son Fils, aussi bien elle est terrible comme une armée rangée en bataille contre toute hérésie, car le Saint-Esprit qui la meut, c’est l’Amour de Jésus-Christ, Sagesse suprême du Père, donc, il ne peut pas dévier de l’orthodoxie.

L’Immaculée Conception a toutes les vocations, et par là Elle est l’image même de l’Église. Elle est l’exemplaire de ce que doit être l’Église, Elle en est la Personnification, la synthèse, la perfection. Elle en est le Cœur.

Alors, on mesure l’abîme séparant les malheureux signataires de la note doctrinale Mater Populi Fidelis, et la théologie de notre père, l’abbé Georges de Nantes qui sera un jour déclaré Docteur mystique de la foi catholique, certain !

Mais tout se tient ! Car le jour où le Saint-Père reviendra et confirmera ses frères dans la pratique de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois, toute l’Église, à ce coup honorant le Cœur Immaculé de Marie se retrouvera elle-même, par l’opération du Saint-Esprit !

Osons encore un dernier mot :

LE CIEL.

Selon Aristote, Dieu est l’Acte pur. Et tout le monde répète après lui que Dieu est unique – c’est évident ! –, qu’il est éternel – c’est évident ! –, qu’il n’y a jamais de changement en Dieu. On se fait de Dieu une idée d’un être absolument stable et inerte. Saint Thomas a beau dire, dans le Traité des Noms divins, que Dieu est vivant, on se demande en quoi consiste la vie d’un Être qui a toujours existé et qui existera toujours, et dans lequel il n’y a aucun mouvement ?!

Et notre Père insistait : « Si on me dit que je dois être en face de Dieu, immobile pendant l’éternité, je dis : si beau que soit le spectacle, au bout de trois jours, au bout de trois ans, au bout de trois siècles, je n’en aurai plus envie ! Comme disait un de mes professeurs : on sera comme vissés sur un siège de cinéma, à regarder un film fixe ! C’est ce que la philosophie nous dit, faussement, du bonheur des élus, parce qu’elle veut rester dans les limites de la raison : Dieu est un être sans mouvement.

« Pour nous, la vie, c’est changer, c’est une succession d’actes. Et moi, je ne conçois pas un amour où on est là à se regarder perpétuellement comme des chiens de faïence sans faire un seul mouvement ! L’amour est une répétition d’actes, pour nous.

Couronnement de la Très Sainte Vierge par la Sainte Trinité.

Couronnement de la Très Sainte Vierge par la Sainte Trinité.

Tympan du portail de l’église de Verrières, Aube, en pierre polychrome (XVIe siècle).

« Or qu’apercevons-nous quand nous écoutons le Christ nous parler de l’envoi du Saint-Esprit ? Que nous apprend la vie avec le Saint-Esprit ?

« Le Saint-Esprit est Feu, ce sont des flammes de feu, c’est une source d’eau vive, c’est une source d’eau jaillissante. La pluie ou la neige qui tombe, on regarde ! On ne se fatigue pas, parce que c’est toujours la même chose et ça change toujours. C’est la vie !

« Le Père et le Fils sont une source jaillissante d’un Être vivant, un Être qui jaillit, qui bouge et bougera toute l’éternité. Le Saint-Esprit, c’est l’Amour jaillissant du Père pour le Fils, du Fils pour le Père, et c’est un amour jaillissant qui, comme il jaillit, revient au Père et au Fils pour être relancé de nouveau, c’est une Vie. Exubérance divine, rayonnement divin, surabondance, qui trouve un réceptacle merveilleux en la Personne de leur Immaculée Conception. Alors, c’est l’Amour, en la Vierge Marie, qui la ramène à l’Amour du Père et du Fils. C’est l’Amour de Dieu pour Elle, c’est l’Amour de Dieu en Elle, c’est en Elle l’Amour de Dieu. »

Remplie de l’Esprit-Saint, Elle est son instrument merveilleux avec lequel il part à la reconquête des âmes rachetées par le Sacrifice du Christ Rédempteur, pour les ramener en l’Amour du Père et du Fils, et reconstituer dans le Ciel cette épouse que le Christ s’est choisie et pour laquelle Il a versé son Sang sur la Croix, l’Église, dont l’Immaculée Conception est déjà la personnification. En Elle, Épouse corédemptrice, c’est déjà toute l’Église qu’elle porte. Embrasée de l’amour très saint du Père et du Fils, en ce sens-là, Elle est notre Mère et Elle nous donne l’Esprit-Saint. Elle a tout pouvoir de nous le donner, Elle est la Médiatrice de toutes grâces. C’est Elle qui viendra en nous et qui nous communiquera de son propre Esprit qui est l’Esprit-Saint.

D’où notre vie chrétienne est une grâce jaillissante du Cœur du Christ, Esprit-Saint qui sans cesse vient dans nos âmes avec et par cette Médiatrice universelle, et qui est à Lui seul une Personne fascinante, et capable, en face de toutes les fascinations du Démon, de multiplier ses touchers spirituels, comme disent les mystiques, ses baisers spirituels, afin que notre âme soit éprise d’un amour sans cesse renaissant, en retour, l’amour de Jésus.

C’est l’annonce de cette grande union définitive, éternelle, de toute la création, c’est-à-dire de tous les êtres sauvés de l’univers, et j’espère bien que nous y serons tous, dans le Christ, par le Cœur Immaculé de Marie.

Nous serons là auprès de la Vierge Marie, dans cette cour céleste dont le Christ sera l’Époux, le Roi, le Maître, le Sauveur, pour ainsi dire le Tout, et Elle sera la Colombe de l’Esprit-Saint. Alors, pour la louange de Gloire du Père et du Fils, remplis du Saint-Esprit, nous chanterons inlassablement de toute l’ardeur de cet amour qu’est l’Esprit-Saint, notre Bon Dieu Trinité aimant Marie éternellement :

Je vous aime, Ô Marie !

frère Bruno de Jésus-Marie
frère Sébastien du Cœur de Marie Immaculée

 

 Le don de l’Esprit d’amour créateur , 12e conférence de la retraite : Esquisse d’une mystique trinitaire, 22-29 octobre 1989 (sigle : S 103). – “ Le Dieu donné ”, conférence du cours de Théologie Totale de l’abbé Georges de Nantes, prononcée à Paris, salle de la Mutualité, le 9 avril 1987 (sigle Th T 7 sur le site VOD de la Contre-Réforme catholique).