Il est ressuscité !
N° 273 – Janvier 2026
Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard
Consoler Notre-Dame !
NOUS sommes encore sous le charme des merveilleux souvenirs de notre pèlerinage à Lourdes et à Garaison, en octobre dernier, pèlerinage de réparation au Cœur Immaculé de Marie. Nous voulions réparer, consoler notre chère Mère du Ciel en cette année du centenaire de son apparition à Pontevedra, le 10 décembre 1925.
Nous nous sommes rendus au pied de l’Immaculée Conception, la « Belle Dame » de Massabielle, « Aquéro », après nous être vu interdire l’accès à la Sainte Montagne de la Vierge en pleurs de La Salette, et à défaut de nous rendre à Pontevedra même, trop loin, trop cher et trop exigu pour nos 1 400 pèlerins...
Eh bien ! nos frères ne se sont pas avoués vaincus : ne pouvant aller à Pontevedra, ils l’ont fait venir en notre chapelle ! Donnant à la crèche de cette année un caractère original et fort audacieux.

LE 10 DÉCEMBRE 1925,
LA COMPASSION DU CŒUR DE DIEU.
L’impression est immédiate : nous sommes transportés dans l’humble cellule de sœur Maria das Dores, Lucie dos Santos entrée chez les religieuses de Sainte-Dorothée de Pontevedra. Grandeur nature, on la croirait vivante !
Agenouillée, elle contemple l’apparition dont elle fut favorisée le soir du 10 décembre 1925 ; une admirable représentation, peinte par une amie phalangiste, nous permet de partager le ravissement de sœur Lucie. L’Immaculée est debout et à côté d’elle, porté par une petite nuée divine, l’Enfant-Jésus. Elle avance sa main gauche pour la poser sur l’épaule de Lucie tandis que son autre main présente son Cœur Immaculé couronné d’épines.
L’Enfant-Jésus que la nuée élève à la hauteur du Cœur de sa Mère, a mis sa main droite sur son Divin Cœur pour contenir les peines qui l’oppressent et, au bord des larmes, il dit à Lucie en montrant le Cœur Immaculé de Marie :
« Aie compassion du Cœur de ta très Sainte Mère, couvert des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. »
Le Divin Petit Jésus nous révèle un saisissant mystère : Actuellement, des hommes ingrats enfoncent à tout moment des épines qui sont les sacrilèges, les blasphèmes et les péchés qui outragent la Personne de la Sainte Vierge et transpercent son Cœur Immaculé... et aucun acte de réparation n’est fait pour les en retirer.
L’Enfant-Jésus demande une réparation, une expiation dont l’intention, le principe et le but est la consolation du Cœur de sa Mère qu’il aime infiniment et qu’il ne peut voir souffrir sans en être atteint lui-même.
Il nous appelle à être des victimes d’amour pour la consolation de Dieu et de la Vierge Marie.
Huit ans plus tôt, le 13 juillet 1917 à Fatima, Notre-Dame avait annoncé aux trois pastoureaux qu’elle viendrait « demander la Communion réparatrice des premiers samedis » ; les deux statuettes des saints François et Jacinthe, sur la table de chevet, sont là pour nous le rappeler.
Ce soir du 10 décembre 1925, la Vierge Marie honorait sa promesse : « Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines, que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler. » Ce qui la fait souffrir, ce sont les blasphèmes et les ingratitudes vis-à-vis de son propre Cœur parce que notre très chéri Père Céleste ne peut les supporter et que ceux qui s’y obstinent tombent en Enfer.
Elle précise alors en quoi consiste cette dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois que nous pratiquons et essayons de diffuser : « Dis à tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte communion, réciteront un chapelet et passeront quinze minutes avec moi en méditant les quinze mystères du Rosaire en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. » C’est donc une question de vie ou de mort... éternelle !
Pourquoi cinq ? Notre-Seigneur avait précisé à sœur Lucie, le 29 mai 1930, que s’il demandait cinq samedis, c’est parce qu’il y a « cinq espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie ». Des anges entourent l’apparition et chacun d’eux montre entre ses mains les cinq privilèges du Cœur Immaculé de Marie contre lesquels les impies blasphèment. Au sommet, un ange drapé d’or fait briller le privilège qui n’est autre que son Nom même révélé à Lourdes : « Je Suis l’Immaculée Conception. » De part et d’autre du tableau, deux anges proclament sa Virginité perpétuelle, et sa Maternité divine qui la rend non seulement Mère de Dieu, son Fils, Jésus, mais aussi Mère des hommes et femmes sauvés par Jésus, qui sont donc nos frères et sœurs. Un quatrième ange chante la Mère très aimable, car Notre-Seigneur demande de réparer les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence, le mépris ou même la haine à l’égard de cette Mère tellement aimable. Et enfin, un cinquième ange rappelle qu’il faut aussi réparer les offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes images.
Pourtant, deux anges se sont ajoutés afin de défendre les deux privilèges attaqués aujourd’hui même par le Dicastère pour la doctrine de la Foi : la Médiation universelle des grâces que nous recevons pour notre salut, toutes passent par son Cœur Immaculé, et sa Corédemption qui nous mérite ces grâces de salut. Ces deux anges n’ont cependant pas la prétention d’augmenter le nombre des samedis demandés par Notre-Dame, mais ils désirent seulement nous faire comprendre que cette dévotion réparatrice est plus que jamais nécessaire et actuelle, parce que les âmes pour lesquelles personne ne prie tombent en Enfer, inexorablement !
Il nous faut expier pour consoler le Cœur de Marie. Cette consolation est si agréable au Cœur de Dieu qu’elle mérite à celui qui s’y voue une grâce de salut éternel promise par Notre-Dame, pour lui-même et pour les « pauvres pécheurs » de nos Ave Maria.
À Fatima, dans ses pressants appels à la prière pour les pécheurs, Notre-Dame a révélé que cette dévotion est capable de leur valoir les grâces nécessaires pour se repentir. Si nous consolons le Cœur de notre Mère pour les ingratitudes qu’elle subit de la part des pécheurs, ces mêmes pécheurs seront sauvés... et si nous ne la consolons pas, ils ne seront pas sauvés. Quel mystère !
L’INCARNATION, OU L’AMOUR DE DIEU POUR L’IMMACULÉE.
En ce temps de Noël, tournons nos regards vers la crèche que sœur Lucie a installée dans sa bibliothèque, pour découvrir le mystère d’amour insondable que révèle la naissance du Fils de Dieu du sein d’une Vierge Immaculée.
À première vue, nous ne voyons qu’une Mère avec son Fils. Toutefois, si nous songeons à Qui est ce Fils et à Qui est cette Mère, ce couple unique est beaucoup plus mystérieux et fait éclater tous les cadres de nos relations humaines.
Ce petit Enfant aux cheveux blonds et aux yeux bleus qui nous tend si gentiment les bras est le Fils de Dieu, le Créateur qui était avant tous les siècles, le Tout-Puissant. Et Elle, cette humble Marie à genoux, adorante, est la Fille de Dieu, sa créature, toute soumise et obéissante, et même en attente de sa grâce, elle reçoit tout de Lui... et pourtant, à nos yeux ravis, c’est le contraire que nous contemplons à Noël : n’est-ce pas la Vierge Marie qui vient d’offrir à son Dieu une chair, des pieds pour marcher à la rencontre des hommes et une bouche pour leur parler ? Ce Fils ne tient-il pas tout de sa Mère en cette nuit bénie de Noël ? Quel renversement prodigieux !
C’est Lui qui lui donne l’être, la vie, le mouvement et qui lui donne la grâce en venant en Elle. C’est Lui qui demande à venir en Elle et qui vient. C’est Lui le Chef et l’Homme, et Elle, l’humble servante qui se prête à ses œuvres, à son service. Le Dieu créateur s’est fait le Fils de son Immaculée Conception, tendrement aimée et chérie, par amour pour Elle et, à travers Elle, en Elle, le Père de tous leurs enfants.
Cette habitation de Lui en Elle est la réplique sainte et toute virginale du mariage de l’époux et de son épouse, dans un échange d’amour divinement plus parfait, plus profond et plus intime, où l’on ne sait, de l’un ou de l’autre, qui donne le plus et qui reçoit.
Seul un Dieu pouvait manifester un tel amour au point de devenir le Fils soumis et dépendant de sa Bien-Aimée ! Et c’est dans cette humble et amoureuse condition que Notre-Seigneur apparaît à Pontevedra.
Il révèle ainsi que son bon plaisir est d’accorder le salut à ceux qui s’efforcent de pratiquer les vertus de son enfance : l’humilité, la simplicité, l’amour de la Sainte Vierge et l’obéissance aux volontés de Dieu. Ce sont les divins remèdes à l’orgueil qui est à la racine de tous les maux depuis le péché originel, et qui règne en maître absolu dans notre société impie. Les catastrophes, les épreuves, les guerres sont des châtiments que Dieu permet afin de rabaisser notre orgueil. Or, le monde imbu de lui-même ne fait que s’endurcir...
Il y a cent ans, l’Enfant-Jésus est venu dévoiler la compassion qu’il a pour sa Mère. Elle souffre, son Cœur est entouré d’épines et cela ne nous fait rien !
ACTION DE GRÂCES POUR UNE ANNÉE SAINTE.
Les rayonnages de la bibliothèque qui fait office d’étable forment un modeste ex-voto, en action de grâces pour nos pèlerinages de cette année jubilaire.
Les deux statues du Sacré-Cœur et de Notre-Dame de Lourdes, qui surmontent la bibliothèque, évoquent nos deux pèlerinages ouvrant et terminant l’année.
Il y a tout juste un an, toutes nos communautés de France se sont retrouvées à Paray-le-Monial, pour visiter les lieux où le Sacré-Cœur s’était révélé à sainte Marguerite-Marie, trois cent cinquante ans plus tôt, marquant l’entrée dans les derniers temps. Enfin, il y a trois mois, en octobre, nous étions, en Phalange constituée, au pied de l’Immaculée Conception dans le creux de son rocher, à Lourdes. Une petite Piéta blanche rappelle la merveilleuse et consolante visite du sanctuaire de Notre-Dame de Garaison, sanctuaire de Contre-Réforme, clôturant notre pèlerinage de réparation.
Notre-Dame demande de passer « quinze minutes avec moi en méditant les quinze mystères du Rosaire en esprit de réparation ». Il s’agit souvent de la plus grande difficulté... Sœur Lucie le savait bien. Elle écrivait à Maria Rosa, sa mère, le 24 juillet 1927 : « Les quinze minutes de méditation, c’est ce qui peut, il me semble, vous donner de l’embarras ; mais c’est bien facile. À qui n’est-il pas possible de penser aux mystères du Rosaire ? À l’Annonciation de l’Ange à Marie et à l’humilité de notre chère Mère qui, en se voyant exaltée de telle manière, s’appelle elle-même l’esclave ; à la Passion de Jésus, qui a tant souffert pour notre amour, et à notre Mère très sainte auprès de Jésus au Calvaire ? Qui ne peut passer quinze minutes dans ces saintes pensées, auprès de la plus tendre des mères ? »
Encore un exemple ? Dans notre crèche, deux anges présentent la Sainte Tunique telle que nous eûmes la grâce de la vénérer, le 1er mai dernier, dans la basilique Saint-Denys d’Argenteuil. Cette relique est une poignante méditation des mystères douloureux où Notre-Dame a sa place éminente de Corédemptrice : cette Tunique sans couture tissée par l’Immaculée couvrit le saint Corps de Jésus dans les heures tragiques de sa Passion, elle fut tout imprégnée du Précieux Sang et de la sueur de l’Agonie, de la Flagellation, du portement de Croix, puis tirée au sort par les soldats romains qui ne voulurent point la déchirer. Image de la sainte humanité du Christ tissée dans le sein de la Vierge Mère, image de son Corps mystique, l’Église, une, sainte, catholique, apostolique et romaine, œuvre de Marie Médiatrice de toutes les grâces.
On aperçoit encore trois santons : saint Maximilien-Marie Kolbe présentant la Médaille miraculeuse, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, dont cette année marquait le centenaire de la canonisation, et notre Père brandissant un chapelet. Ce chapelet que Notre-Dame nous a tant de fois suppliés de réciter tous les jours. Ce chapelet dont notre Père a su nous découvrir toute la profondeur mystique, et charnelle même : « Quand nous récitons notre chapelet, nous sommes invités d’une part à considérer notre vie quotidienne pour l’offrir à Dieu et lui demander ses grâces, et, pendant que nous disons ce chapelet, se superpose à nos yeux la vie quotidienne de Jésus, Marie, Joseph [...]. Réciter son chapelet, c’est une douce lumière, une douce chaleur qui prend notre cœur et qui nous rend véritablement de la même famille que le Fils de Dieu, Créateur du monde, qui sera le Juge de notre vie et de toute vie humaine à la fin des siècles. »
« Ce chapelet devient alors, entre la Vierge Marie et la personne qui y tient, un lien de communion spirituelle. » (Petit traité sur le chapelet, août 1999)
Réciter son chapelet dans cet esprit, c’est vivre en toute vérité la consécration totale à l’Immaculée tant prêchée par saint Maximilien-Marie Kolbe, lui dont nous avons chanté la vie au camp de la Phalange et médité l’enseignement pendant notre retraite de communauté. Il écrivait en 1931 : « À Niepokalanów [comme chez nous et dans toutes nos familles phalangistes], nous vivons d’une “ idée fixe ”, si l’on peut s’exprimer ainsi, volontairement choisie et très aimée : L’Immaculée ! C’est pour Elle que nous vivons, que nous travaillons, que nous souffrons et que nous voulons mourir. Nous désirons de toute notre âme et par tous les moyens que cette “ idée fixe ” soit accueillie par tous les cœurs. » Et quel est le moyen le plus efficace sinon la récitation quotidienne du chapelet ?
LE 15 FÉVRIER 1926, L’APPEL AUX ÂMES CONSOLATRICES.
La fenêtre de la cellule qui ouvre sur un ciel étoilé rappelle l’apparition de Jésus-Enfant du 15 février 1926. Laissons sœur Lucie raconter, son récit a tant de charmes : « J’étais très occupée par mon emploi, et je ne songeais presque pas à l’apparition du 10 décembre précédent. J’allais vider une poubelle en dehors du jardin. »
« Presque pas » ! Pauvre Lucie ! elle devait y songer continuellement, se demandant comment elle pourrait répandre autour d’elle le message céleste... n’est-ce pas notre “ obsession ” présente ?
« Au même endroit, quelques mois auparavant, j’avais rencontré un enfant à qui j’avais demandé s’il savait l’Ave Maria. Il m’avait répondu que oui, et je lui avais demandé de me le dire, pour l’entendre. Mais comme il ne se décidait pas à le dire seul, je l’avais récité trois fois avec lui. À la fin des trois Ave Maria, je lui ai demandé de le dire seul. Comme il restait silencieux et ne paraissait pas capable de le dire seul, je lui demandai s’il connaissait l’église Sainte-Marie [à deux pas du couvent]. Il me répondit que oui. Je lui dis alors d’aller là tous les jours et de prier ainsi : “ Ô ma Mère du Ciel, donnez-moi votre Enfant-Jésus ! ” Je lui appris cette prière, et je m’en allai.
« Donc, le 15 février, en revenant comme d’habitude, pour vider les poubelles en dehors du jardin, j’y trouvai un enfant qui me parut être le même, et je lui dis alors :
« As-tu demandé l’Enfant-Jésus à notre Mère du Ciel ?
« L’Enfant se tourna vers moi et me dit : “ Et toi, as-tu révélé au monde ce que la Mère du Ciel t’a demandé ? ”
« Et, ayant dit cela, il se transforma en un enfant resplendissant. »
La suite du dialogue est tout à fait charmante. Sœur Lucie, qui profite, pourrait-on dire, d’avoir l’Enfant-Jésus sous la main, le presse de questions pratiques au sujet des premiers samedis du mois... détails qui nous sont bien précieux aujourd’hui.
« Reconnaissant alors que c’était Jésus, je lui dis :
« Mon Jésus ! Vous savez bien ce que m’a dit mon confesseur dans la lettre que je vous ai lue. Il disait qu’il fallait que cette vision se répète, qu’il y ait des faits pour permettre de croire, et que la Mère supérieure ne pouvait pas, elle toute seule, répandre la dévotion dont il était question.
– C’est vrai que la Mère supérieure, toute seule, ne peut rien, mais avec ma grâce, elle peut tout. Il suffit que ton confesseur te donne l’autorisation et que ta supérieure le dise pour que l’on croie, même sans savoir à qui cela a été révélé. »
Si le Saint-Père voulait comprendre que tout seul, il ne peut rien, mais qu’avec la grâce de Jésus et Marie, il pourrait tout. Il suffirait qu’il le veuille et qu’il obéisse...
« Mais mon confesseur disait dans sa lettre que cette dévotion ne faisait pas défaut dans le monde, parce qu’il y a déjà beaucoup d’âmes qui Vous reçoivent chaque premier samedi, en l’honneur de Notre-Dame et des quinze mystères du Rosaire.
– C’est vrai, ma fille, que beaucoup d’âmes commencent, mais peu vont jusqu’au bout et celles qui persévèrent le font pour recevoir les grâces qui y sont promises. Les âmes qui font les cinq premiers samedis avec ferveur et dans le but de faire réparation au Cœur de ta Mère du Ciel me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférentes. »
L’Enfant-Jésus laisse parler son Cœur, révélant son bon plaisir. Il ne se satisfait pas d’une pratique toute formelle et intéressée par les biens qui y sont attachés, il cherche des cœurs compatissants qui n’ont d’autre but que de consoler le Cœur Immaculé.
Notre-Seigneur demande peu de choses pour que l’on puisse s’y appliquer avec cœur, ce qui ne veut pas dire toujours avec beaucoup de ferveur sensible, car c’est la volonté qui importe. Notre vénéré Père, saint Charles de Foucauld, l’exprimait admirablement dans une lettre à Marie de Bondy, écrite le matin même de son martyre : « Vouloir aimer c’est aimer. On trouve qu’on n’aime pas assez. Comme c’est vrai ! on n’aimera jamais assez, mais le bon Dieu, qui sait de quelle boue Il nous a pétris et qui nous aime bien plus qu’une mère ne peut aimer son enfant, nous a dit, Lui qui ne ment pas, qu’il ne repousserait pas celui qui vient à Lui. » À plus forte raison l’âme qui veut consoler le Cœur Immaculé de Marie !
Les “ accommodements ” que l’Enfant-Jésus concède à sœur Lucie expriment bien le désir pressant de Dieu. Le Cœur de Marie souffre, il est urgent de le consoler ! Il ne faudrait pas que des conditions impossibles à pratiquer pour un grand nombre d’âmes les éloignent du but essentiel de cette dévotion réparatrice : la consolation du Cœur Immaculé de Marie outragé. Cela n’exclut pas l’effort, au contraire, mais Jésus veut surtout de l’amour, et du plus grand nombre possible d’âmes. C’est une question de cœur à cœur.
« Mon Jésus ! Bien des âmes ont de la difficulté à se confesser le samedi. Si vous permettiez que la confession dans les huit jours soit valide ?
– Oui. Elle peut être faite même au-delà, pourvu que les âmes soient en état de grâce le premier samedi lorsqu’elles me recevront et que, dans cette confession antérieure, elles aient l’intention de faire ainsi réparation au Sacré Cœur de Marie.
– Mon Jésus ! Et celles qui oublieront de formuler cette intention ?
– Elles pourront la formuler à la confession suivante, profitant de la première occasion qu’elles auront de se confesser. »
La Sainte Vierge attache à la confession une importance spéciale, car, par ce sacrement de miséricorde et de pardon, les pécheurs retrouvent la Vie divine, se réconcilient avec leur très chéri Père Céleste et leur Frère aîné Jésus-Christ, et restaurent leur intimité avec l’Esprit-Saint dans son Cœur Immaculé et maternel. C’est Elle qui conduit à son Fils tous les pécheurs : « Chaque conversion, chaque sanctification est l’œuvre de la grâce dont elle est la Médiatrice », affirmait le Père Kolbe dans son commentaire de l’Acte de consécration à l’Immaculée Conception de 1940.
L’âme purifiée par la confession et qui offre à Jésus un cœur bien disposé, console grandement le très unique Cœur de Jésus et Marie si elle intercède pour les pécheurs, si elle répare par sa communion fervente les crimes des hommes. Cette réparation permet à Notre-Dame de s’entremettre, d’intercéder pour les pécheurs. Si la Sainte Vierge pleure devant son Père céleste et demande pardon pour les pécheurs, ils sont sûrs d’aller au Ciel.
Sœur Lucie achève son récit : « Aussitôt après, il disparut sans que je sache rien d’autre des désirs du Ciel jusqu’aujourd’hui. »
Notre-Seigneur apparaît à Lucie sans autre élément de gloire. La splendeur de la Majesté divine se manifestera trois ans plus tard, à Tuy, lors d’une grandiose théophanie trinitaire, eucharistique et mariale ; mais aujourd’hui, il vient dans une humble cellule et montre le Cœur de sa Mère, puis, il apparaît dans la rue, comme un enfant pauvre près des poubelles... parce qu’aujourd’hui, il est mis en dehors de notre société, et de l’Église elle-même ! Lui que sainte Jeanne d’Arc proclamait le vrai Roi de France ! et notre Reine n’est guère mieux lotie ! Nous les avons mis à la rue ! Quelle ingratitude ! Quelle peine !
Que faut-il faire ? Les cinq premiers samedis du mois pratiqués fidèlement comme demandés par Notre-Dame elle-même. Il faut imiter Jésus dans son amour de la Très Sainte Vierge : Lui a compassion d’Elle, ayons donc compassion de son Cœur Immaculé en lui obéissant.
« Et toi, as-tu révélé au monde ce que la Mère du Ciel t’a demandé ? » Cette question nous est aussi adressée. Qu’avons-nous fait ? Certes, nous ne pouvons souvent pas faire grand-chose, comme la pauvre Lucie au couvent de Pontevedra, entravée par ses supérieurs, mais elle désirait malgré tout « qu’une flamme d’amour divin s’allume dans les âmes pour que, soutenues dans cet amour, elles consolent vraiment le Sacré Cœur de Marie ».
On croirait entendre sainte Jacinthe : « Ah ! si je pouvais mettre dans tous les cœurs le feu que j’ai là, dans ma poitrine, et qui me brûle et me fait tant aimer le Cœur de Jésus et le Cœur de Marie ! »
Quand ce feu et cette flamme embraseront-ils notre pauvre Saint-Père qui cherche ailleurs la paix, alors qu’elle ne se trouve que dans le Cœur Immaculé de Marie ? « Pauvre Saint-Père ! Nous devons beaucoup prier pour le Saint-Père. » Nous, du moins, à l’exemple de la vénérable sœur Marie-Lucie de Jésus et du Cœur Immaculé, ayons « le désir de consoler beaucoup notre chère Mère du Ciel, en souffrant beaucoup pour son amour ».
Frère Bruno de Jésus-Marie