Il est ressuscité !
N° 273 – Janvier 2026
Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard
In memoriam
Michel Vrignaud
(1940 – 2025)
UNE VIE GUIDÉE PAR L’ÉTOILE DE LA MER
« Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par Moi pour orner son trône. »
NOTRE fidèle ami Michel Vrignaud a largué les amarres et pris le large, le 28 novembre. Il s’en est allé rejoindre son Créateur et toute la phalange du Ciel après une vie entière de fidélité à notre Père, à nos communautés, à notre CRC, à notre doctrine. Vie de droiture, d’amitié et de dévouement.
Il m’écrivait le 28 avril 1999 : « C’est ton papa, le premier, il y a fort longtemps qui m’a parlé du Père. Son amitié fidèle a survécu à toutes les désertions de nos amis d’antan. Sa foi solide l’a sauvé des tentations “ démocratiques ”. Quel bonheur... de nous savoir unis dans les Cœurs de Jésus et Marie... et pour le salut de nos âmes, de la France et de l’Église. Tout cela nous le devons au Père, aux communautés de France et du Canada, et à ces phalangistes... du Cœur Immaculé. Cher frère, remercie les maisons Saint-Joseph et Sainte-Marie... pour nous, serviteurs inutiles... mais reconnaissants pour l’œuvre de Contre-Réforme. »
Le 25 avril 2022, peu après la mort de son vieil ami, il m’écrivait encore : « Hervé fut un ami fidèle depuis l’Algérie française et les camps nationalistes. Surtout il fut le premier à me parler d’un “ certain abbé de Nantes ” qu’il avait reçu à Rennes : “ Enfin un curé qui défendait la France. ” Très éprouvé par son départ pour la Patrie Céleste. Mon Espérance : le retrouver au Ciel. En attendant tous unis dans le Cœur Immaculé de Marie... »
C’était en 1965. Tout en menant avec succès ses études de dentiste, ce Vendéen amoureux de son Dieu et de sa Patrie s’était engagé dans le mouvement Jeune Nation pour défendre la cause de l’Algérie française. C’est au sein de cette « organisation dissoute » par de Gaulle puis refondée sous le nom de Fédération des étudiants nationalistes, qu’il avait fait la connaissance de son futur ami de toute une vie, Hervé Raffray, ainsi que de Thierry M. Ensemble ils y avaient côtoyé Dominique Venner, Alain de Benoist, Amaury de Chaunac-Lanzac (pseudonyme : François d’Orcival), Gérard Longuet, Alain Madelin, etc. Dans leur combat pour la défense de l’Algérie française, les deux amis étaient pris entre des catholiques de gauche complices du FLN et des nationalistes païens plus ou moins hostiles à la foi catholique. Ces derniers avaient même entrepris d’interdire à Hervé et Michel de se rendre à la messe le dimanche, avec menaces à l’appui !
C’est dire le bonheur immense que fut pour Hervé sa première rencontre avec l’abbé de Nantes, à Rennes en octobre 1965. C’était juste après le voyage du pape Paul VI à l’ONU. Organisateur d’une réunion pour le compte de l’Action française, Hervé eut la grâce d’un premier contact direct avec le conférencier. À peine la réunion terminée, il appela son ami Michel pour lui communiquer son enthousiasme : « J’ai trouvé un prêtre formidable, il est pour nous ! » En ce prêtre extraordinaire, ils trouvaient leurs deux grands amours – Dieu et la France ! – enfin réunis sans plus de conflit.
S’en suivirent soixante ans de fidélité de disciples à l’égard de leur maître immensément admiré et aimé.
À partir des années 70, Michel Vrignaud se rendit assidûment aux réunions organisées par notre Père, enregistrant ses conférences afin de pouvoir les réécouter. En 1972, il participa aux Journées vendéennes sur sainte Jeanne d’Arc, chez madame de Tinguy.
Passionné de plongée sous-marine et spécialiste des tournages de films sous-marins, Michel Vrignaud était présent avec sa petite caméra à Rome le 10 avril 1973 aux côtés de l’abbé de Nantes, immortalisant cet événement exceptionnel : la remise du Liber accusationis contre Paul VI. Il participera ensuite à la remise des deux autres Libers, en 1983 et en 1993. Il était encore présent avec sa caméra à Turin en 1998, lors de notre grand pèlerinage de vénération du Saint Suaire, pour couvrir l’événement.
Il dirigea pendant plusieurs dizaines d’années le cercle des Sables-d’Olonne. Chaque réunion CRC était l’occasion de le retrouver et de communier dans un même enthousiasme pour l’œuvre de notre Père, spécialement lors des Congrès à la maison Saint-Joseph, et lors des « Mutus ».
Il ne perdait pas une occasion de témoigner en faveur du combat CRC non seulement auprès de laïcs mais aussi de prêtres.
Michel et Hélène Vrignaud rendirent de nombreux services aux frères, faisant des démarches pour eux ou les logeant chez eux. Ils participèrent à un grand nombre de pèlerinages organisés par frère Gérard à Fatima, Hélène se dévouant à l’intendance, comme elle le fit également pendant plusieurs années, l’été lors des camps d’enfants, pour aider à l’intendance, faisant toujours preuve d’un excellent esprit. Elle avait appris cette générosité dans sa jeunesse en travaillant chez les sœurs du Bon Pasteur d’Angers.
Plusieurs fois frère Gérard demanda à notre ami de montrer ses films sous-marins lors des camps vélo, nous faisant découvrir, ébahis, les merveilles du Bon Dieu cachées au fond des océans.
Une fois à la retraite ils partirent à deux reprises au Bénin afin de soigner bénévolement les malades relevant de son art. La deuxième fois ils emmenèrent une statue de Notre-Dame de Fatima qu’il offrit aux Béninois pour leur faire partager leur amour du Cœur Immaculé de Marie.
Notre ami Didier Sinson Saint-Albin se souvient : « Il fut pendant des années un des piliers de sa paroisse. Il prenait en charge tout le côté matériel, faisant entretenir le chauffage qu’il allumait avant la messe. Il s’occupait des problèmes électriques et autres menus travaux de l’église, mais il était aussi un des premiers arrivés le dimanche matin afin de faire réciter la prière du matin à ceux qui étaient présents, puis le chapelet avant la messe. La messe était tout son bonheur, avec son chapelet. Il tenait à faire les premiers vendredi et les premiers samedi du mois. Jusqu’à la fin de sa vie, il se tenait au courant des derniers articles de la CRC dont il nous parlait à la sortie de la messe, et déplorait la situation générale et l’indifférence aux demandes de la Sainte Vierge. Il nous disait sans cesse qu’il acceptait ses souffrances en réparation de ses péchés. »
Michel Vrignaud est tombé malade peu après le départ pour le Ciel de notre bienheureux Père. Sa dernière sortie CRC fut en 2016, où il avait rejoint les frères de Magé lors du pèlerinage jubilaire qu’ils organisaient pour les amis de la région à Saint-Laurent-sur-Sèvres, afin de gagner l’indulgence plénière accordée par le pape François. Il avait alors beaucoup de mal à marcher et s’appuyait sur deux béquilles. Il nous dit alors avec un sourire malicieux : « Je ne peux plus aller voir la mer, alors je viens voir ma Mère du Ciel ! »
Depuis, la maladie a peu à peu progressé avec des rémissions. Ayant correspondu avec l’une de nos sœurs les six dernières années de sa vie, nous ne pouvons mieux faire que de citer des extraits de ses lettres. Ses réflexions sur la croix de sa maladie et sur les actualités montrent la profondeur de son âme et de son attachement à notre Père... et à l’Immaculée !
Tandis que lui-même jouissait d’une rémission dans sa maladie, son épouse fut alors atteinte d’une maladie grave. Il s’occupa d’elle, jour et nuit pendant presque deux ans. « Bien sûr, la prière m’aide beaucoup, et la VOD me permet de suivre frère Bruno tout en regardant et écoutant le Père dans ses admirables sermons. Souvent je pense aux pèlerinages à Fatima. Ô souvenirs... Merci à frère Gérard et à tous les frères et sœurs pour ces voyages sanctifiants. En ces temps mauvais et de confinements, car le Bon Dieu n’est pas content, j’espère travailler pour la conversion des âmes et consoler le Saint Cœur de Jésus-Marie. »
Le 25 janvier 2022, il dut se résoudre à la séparation : « Avec retard je vous réponds que j’ai dû être hospitalisé pour des problèmes respiratoires. Mon épouse, atteinte d’une maladie a dû rejoindre un établissement approprié. Elle devra y demeurer définitivement. De retour à la maison, je suis désormais seul, enfin pas tout à fait, car la Sainte Vierge m’accompagne dans mon chapelet et je sais que vos prières m’aident à tenir. J’essaie de pratiquer les premiers samedis du mois et m’en remets à notre bonne Mère du Ciel. D’Elle seulement viendra le salut des âmes et de l’Église. Les épreuves de cette vallée de larmes sont nécessaires pour purifier nos cœurs et comme disait notre Père : “ Dieu éprouve ceux qu’il aime ”... alors la maladie et les séparations sont des croix heureuses. Je vous souhaite ainsi qu’à toute la communauté une année de grâces aux fruits incomparables pour les âmes unies au Doux Cœur de Jésus et Marie. Dans cette perspective je demeure auprès du Cœur Immaculé de Marie, notre Mère à tous. »
En juillet 2022, il subit une nouvelle hospitalisation, puis rentra chez lui. Nouvelle souffrance, son épouse ne le reconnaissait plus. « Avec intérêt, je suis les analyses de la CRC. Oui, faudra-t-il le châtiment de la France pour qu’elle revienne à sa vocation de Fille aînée de l’Église ? Quant au clergé, c’est pitoyable, il ne semble plus vouloir convertir personne, c’est à pleurer ! Je ne pensais pas constater un jour un tel désastre ! Heureusement nous avons Fatima... Ce n’est pas sans émotion que je pense à tous nos pèlerinages. Mon chapelet quotidien demeure le trésor de mes vieux jours. Si j’ai du mal à prier, je peux au moins offrir mes peines, en réparation de mes péchés mais aussi pour les offenses faites au Cœur Immaculé de Marie, dont frère Bruno parle dans la dernière CRC. Puisse du haut du Ciel, notre Père et nos amis intervenir pour que cessent enfin les funestes fruits de ce Concile qui n’en finit pas de ravager notre planète. “ C’est effarant ”, dirait notre Père. Que vos communautés soient assurées de mes pensées et prières si pauvres. Dans les Doux Cœurs de Jésus et Marie, mon affection profonde. »
Au mois de décembre, il accompagne son épouse à un pèlerinage à Lourdes, organisé par l’établissement médical. Il est désolé de la fermeture des piscines et de l’envahissement de l’esprit de Vatican II : « En quatre jours, je n’ai entendu qu’une seule fois le mot “ pénitence ”, je pensais alors à Bernadette Soubirous qui le répétait si souvent. »
De retour à l’EHPAD, il essaie de dire au moins une dizaine de chapelet avec son épouse : « La statue de Notre-Dame de Fatima veille sur elle. Il est loin le temps où nous avions emporté une grande statue de Notre-Dame de Fatima en Afrique. Avion, 4 x 4, etc. La statue intacte a été donnée et intronisée dans une communauté de religieuses traditionalistes... Hélène a appris les couplets de l’Ave Maria aux prêtres africains de la paroisse. Son dévouement sans relâche a sûrement contribué aux grâces actuelles qui nous permettent de porter la Croix de Notre-Seigneur Jésus avec plus d’espérance. En ce beau jour, pour elle, pour les malades et les défunts de nos familles, nous nous en remettons en tout à Notre-Dame de Fatima. »
Après de vives craintes pour l’état de son épouse qui a frôlé la mort suite à une erreur de médicaments : « J’ai pu reprendre une vie presque normale en habitant seul dans la maison... C’est un peu mon cloître, même si j’ai des aides pour subvenir à mes besoins. Cette solitude est voulue par le Bon Dieu. Au soir de ma vie, je revois le chemin parcouru... les congrès CRC, les Libers à Rome, les pèlerinages à Fatima, etc. et tant de visages aimés. Celui de votre grand-père pendant ma faculté de médecine à Nantes et tant d’autres... En vérité, je crois que la Sainte Vierge ne m’a jamais abandonné, même si souvent j’ai préféré l’action à l’oraison, c’est avec le recul que je mesure les grâces qu’elle a déversées sur ma famille. Mais j’aurai dû faire mieux et plus pour réconforter son Cœur Immaculé mais douloureux à cause des épines de mes péchés, chère sœur, priez pour nous pauvres pèlerins d’ici-bas... Union de prière dans les Doux Cœurs de Jésus et Marie. »
En décembre 2023, c’est l’annonce de la mort de notre cher ami monsieur Mourot qui l’émeut : « “ Seul le Ciel compte ”, oui, le rappel à Dieu de monsieur Mourot me ramène à Rome en 1972 [Sic : en 1973] pour le Liber accusationis à remettre à Paul VI. Aujourd’hui, ce liber serait bien épais et bien lourd. Chaque jour nous apporte de nouveaux éléments de l’apostasie dans l’Église. Heureusement, grâce à notre regretté Père, nous avons la clef... et le remède. Bien que seul, je prie et m’abandonne dans les Cœurs de Jésus et Marie. Au crépuscule de ma vie, le chapelet et les premiers samedis du mois en réparation me sont un réconfort. Pour ma conversion d’abord, mais aussi pour celle de tant d’âmes... parfois si près de nous. Vous imaginez aisément celles à qui je pense... J’offre mes croix pour elles. »
Un an après, en octobre 2024, la fatigue croissante n’a en rien atténué son ardeur : « Votre lettre du mois d’août rejoint parfaitement mon indignation pour les blasphèmes des JO ! Quelle décadence ! L’exemple de Saint Louis est un réconfort [c’était le sujet de l’oratorio de frère Henry cette année-là] mais la France et l’Église devront souffrir pour réparer leur apostasie. Ma maladie peu à peu me retire du monde, c’est déjà le cas pour ma chère épouse qui continue à décliner. Mes pensées et prières se joignent aux vôtres et cela m’aide au quotidien. Ce matin, j’ai appris que le Burkina Faso tombait dans des attentats des islamistes. À Mami, cent cinquante morts, des chrétiens massacrés ! Où cela va-t-il s’arrêter ? Des innocents paient pour la lâcheté de l’Occident... Notre-Dame de Fatima, sauvez-nous ! Cœur de Jésus et Marie, venez à notre aide ! »
Sa dernière lettre toute tremblée date du 12 juin 2025. Après avoir frôlé la mort à la suite d’une septicémie, il est transféré dans une maison médicalisée. « J’attends avec impatience les commentaires de frère Bruno sur le nouveau pape. Léon XIV doit réparer les dégâts de François, sans heurter les mentalités Vatican II... Merci de vos prières maintenant que je suis en EPHAD ! »
Après ces quinze années de calvaire, la Sainte Vierge a eu enfin pitié de son fidèle serviteur. En ce 28 novembre, début de la neuvaine en l’honneur de l’Immaculée Conception, et au moment où ses enfants récitaient les prières des agonisants, Elle est venue le chercher pour le serrer sur son Cœur maternel. « Je viens voir ma Mère du Ciel ! », la « Stella Maris » comme l’Église l’appelle dans l’antienne Alma redemptoris Mater qu’Elle nous fait chanter durant le temps de l’Avent, cette Étoile qui l’avait guidé sur les mers agitées de ce monde.
Sur son lit de mort, le Cœur et la Croix rappelèrent que Michel Vrignaud fut un véritable Vendéen, à l’âme de soldat et de Croisé, d’une fidélité sans faille à notre Père, dès la première heure et toute sa vie durant, à travers toutes les épreuves, vibrant à tous ses combats pour l’Église, et hanté par le souci du salut des âmes et de la fidélité de ses petits-enfants qu’il aimait tant. Quel exemple admirable il leur laisse, et pour eux, quel héritage à conserver et à faire fructifier !
Apprenant un jour la mort de deux de ses « chevaliers de l’Immaculée », saint Maximilien-Marie Kolbe s’était exclamé : « Chaque fois que les choses ne vont plus, l’Immaculée appelle au Ciel l’un des nôtres afin qu’il nous aide plus efficacement. Ici-bas nous ne pouvons travailler que d’une seule main, car de l’autre nous devons bien nous cramponner pour ne pas tomber nous-mêmes, mais au Ciel nous aurons nos deux mains libres et la Sainte Vierge sera notre Père Gardien ! »
Cher Michel, votre dévotion au Cœur Immaculé de Marie nous assure que vous êtes enfin arrivé à Bon Port, et nous vous devinons absorbé dans la louange des gloires de l’Immaculée avec notre unique Père et tous vos anciens amis retrouvés. N’oubliez pas ceux que vous avez aimés ici-bas et qui sont encore à la peine : votre chère épouse, votre famille, toute la Phalange de l’Immaculée, l’Église et la France.
frère Jean Duns de Sainte-Anne.