Il est ressuscité !

N° 276 – Avril 2026

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


La Fraternité Saint-Pie X 

acte la rupture

LE supérieur de la  Fraternité Saint-Pie-X, l’abbé Pagliarani, a pris la décision, avec le consentement unanime de son Conseil, de faire procéder à de nouvelles consécrations épiscopales le 1er juillet prochain, sans en demander la permission au Pape.

Le Saint-Père a confié au cardinal Fernandez la mission d’intervenir, ce qui a conduit ce prélat à rencontrer l’abbé Pagliarani à huis clos. Le cardinal a proposé une « discussion doctrinale ». L’abbé a répondu au cardinal : « Nous savons d’avance tous deux que nous ne pouvons pas nous mettre d’accord sur le plan doctrinal, en particulier concernant les orientations fondamentales prises depuis le concile Vatican II. »

Dans la déclaration officielle signée de sa main, à l’issue de sa rencontre avec le supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, le cardinal Fernandez a fait écrire qu’il avait « proposé un parcours de dialogue spécifiquement théologique, avec une méthodologie bien précise, concernant des thèmes n’ayant pas été suffisamment clarifiés... »

Et un peu plus loin, il précise : « Cette démarche aurait pour objectif de mettre en évidence, parmi les thèmes débattus, les éléments minimaux nécessaires à la pleine communion avec l’Église catholique. »

Notre Père, à la maison Saint-Joseph en 1997, à son retour d’exil.

« Il ne faut pas calculer, pour les craindre, les répercussions de notre service de l’Église sur nos intérêts privés, notre réputation, l’avenir de nos maisons ; les difficultés matérielles pourraient survenir, comme aussi les contradictions et incompréhensions, l’éloignement même de vieux amis, et puis l’échec, la ruine de l’œuvre. Tout cela ne peut être mis en balance avec une seule vérité dogmatique. Dieu n’a pas besoin de notre réussite. Il prendrait plutôt intérêt et joie à notre sacrifice ! » (Lettre à mes amis, 13 avril 1975)

Ce travail de clarification est précisément ce que notre Père, sa vie durant, a tenté d’obtenir, sans y parvenir.

D’abord, lors de son procès en 1968, notre Père a demandé à la Congrégation pour la doctrine de la Foi d’opérer une œuvre de discernement entre les deux “ esprits ” qui se sont affrontés lors du concile Vatican II.

La seule réponse que notre Père s’est vu signifier fut l’obligation d’un acte de soumission totale, inconditionnelle, à tout acte du magistère passé, présent et à venir, que celui-ci émane du Pape, de notre évêque, ou de tous les évêques de France, sans la moindre distinction possible quant à son autorité.

Notre Père répondit par une profession de foi catholique, signifiant sa soumission totale et inconditionnelle à la seule foi de l’Église, et non pas à n’importe quel acte du magistère. En réponse, il a vu son œuvre déclarée “ disqualifiée ”...

Trente ans plus tard, Mgr Daucourt voulut sanctionner notre Père au seul motif de son refus de se soumettre aux enseignements du concile Vatican II, même donnés de manière non décisive, pour ensuite, un mois plus tard, faire volte-face et attaquer notre Père sur un autre fondement. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’admettre que telle nouveauté conciliaire n’a été donnée que de manière non décisive, c’était admettre qu’elle ne jouissait que d’une simple présomption de vérité qu’il était possible de renverser par la démonstration d’une erreur ! C’était ouvrir à notre Père les portes d’une discussion que l’évêque s’empressa aussitôt de refermer.

Notre Père présenta donc un premier recours devant la Congrégation pour la doctrine de la Foi, entièrement fondé sur l’exacte définition du magistère ordinaire et universel seul infaillible, à la différence de ces doctrines non décisives dont il faudra bien un jour faire le tri entre les vérités et les erreurs qu’elles contiennent et qui s’y côtoient.

Et notre Père, dans un second recours, réclama la liberté de professer dans toute son étendue et ses implications la foi catholique. « Mais, précisait-il, recouvrer et conserver le statut n’est certes pas suffisant. C’est un intérim pour ramener la concorde et la paix. Resterait, selon nos vœux, à reprendre exactement le projet de réconciliation qui était près de se concrétiser en 1978. »

Ce projet de réconciliation consistait à demander aux juges romains de notre Père de considérer l’ensemble de son différend afin que soient examinées les possibilités d’un accord et les voies d’une réconciliation dans l’unité de la foi, la diversité des opinions et la charité de l’Église. C’était laisser à Rome l’initiative de dresser la liste des points en litige et constituant à ses yeux, et pour chacun d’entre eux, en cette année 1978, la nécessaire condition d’appartenance à l’Église et de pleine communion avec le Saint-Père tout en mettant au second plan tout ce qui relève de la diversité des opinions, laissant à chacun une certaine liberté.

Cela ne correspond-il pas, dans le contexte actuel, à ce qu’a proposé le pape Léon par les bons offices du cardinal Fernandez, à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X ? À savoir : mettre en évidence « les éléments minimaux nécessaires à la pleine communion avec l’Église catholique » ?

Cette proposition aurait été l’occasion d’une confrontation salutaire qui aurait contraint :

  • d’un côté le Dicastère pour la doctrine de la Foi, à son initiative, à prononcer clairement, parmi les nouvelles lois, celles relevant d’un enseignement qui ne saurait être refusé pour être, selon lui, en pleine communion avec la foi de l’Église,
  • et de l’autre la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, à dresser la liste précise et exhaustive des doctrines directrices majeures constituant à ses yeux des enseignements hérétiques que l’on ne saurait embrasser sans perdre la foi et rompre ainsi précisément sa communion avec l’Église.

Telle pourrait être une confrontation utile à la défense de la foi dans un vrai et charitable service de l’Église. Entre les Actes du concile Vatican II et les Actes subséquents, nous sommes confrontés à une masse incroyable de textes qui distillent à longueur d’année cette religion moderne conciliaire d’une Église réformée.

Notre Père a fait en 1993, à partir de l’étude du Catéchisme de l’Église Catholique (CEC), une synthèse très remarquable de la religion conciliaire dont il a su dégager douze hérésies majeures, la première concernant précisément le magistère, par « une extension abusive de l’infaillibilité et de l’indéfectibilité de l’Église en son chef, en ses pasteurs et en son peuple ».

En acceptant cette confrontation, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X aurait fait œuvre de Contre-Réforme. Jusqu’où ? Peut-être aurait-elle obtenu que lui soit reconnue officiellement la liberté de professer la foi catholique sans avoir à donner son assentiment à des doctrines douteuses qui ne jouissent d’aucune garantie d’infaillibilité. Et ce faisant, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X aurait mis en évidence l’absolue nécessité pour le Pape de rendre un jugement extraordinaire et solennel pour trancher infailliblement les points d’affrontement absolument irréconciliables.

Mais au lieu de cela, comme l’avait fait Mgr Lefebvre en 1976, les supérieurs de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X ont trahi l’œuvre de Contre-­Réforme que leur proposait le Dicastère de la doctrine de la Foi. Avant même de combattre, ils ont déclaré forfait, préférant assurer, dans le schisme de surcroît, les arrières de leurs œuvres avant la défense du dogme de la foi sans lequel il ne saurait y avoir de communion au sein de l’Église.

Pour avoir cette liberté de défendre le dogme de la foi jusqu’à réclamer au Pape la Vérité qu’il a le pouvoir de dire infailliblement, il faut donc être petit et compté pour rien. C’est aujourd’hui tout notre privilège, dans la fidélité au combat engagé par notre Père.

Frère Bruno de Jésus-Marie