Il est ressuscité !

N° 276 – Avril 2026

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


Notre-Dame de Romay, la Vierge du répit

LE succès inattendu du docu-fiction des époux Gunnel  « Sacré-Cœur, son règne n’aura pas de fin », a attiré récemment l’attention publique sur les faits qui se sont déroulés dans le monastère de la Visitation Sainte-Marie de Paray-le-Monial entre 1673 et 1689. Les révélations du Sacré-Cœur de Jésus à sainte ­Marguerite-Marie avaient pourtant été bien enterrées par deux siècles et demi d’un laïcisme bétonné et soixante ans d’une religion conciliaire frigorifiée dans lesquels cette œuvre cinématographique a opéré quelques lézardes.

Il y a pourtant dans ces apparitions de quoi réchauffer le monde ! Le 2 juillet 1688, jour de la fête de la Visitation, sainte Marguerite-Marie fut témoin d’une grandiose apparition de « l’aimable Cœur de Jésus avec sa plaie, laquelle jetait des rayons si ardents et lumineux que tout l’endroit en était éclairé et échauffé ».

À côté du Sacré-Cœur se tenait la Sainte Vierge qui s’adressa alors aux Filles de la Visitation également présentes dans cette vision. Elle donna pour vocation à ses filles de s’enrichir et de distribuer à tous « ce précieux trésor que le divin Soleil de justice a formé dans la terre virginale de mon Cœur, où il a été caché neuf mois, après lesquels il s’est manifesté aux hommes » (lettre lxxxix, à la mère de Saumaise, juillet 1688).

Cette parole de l’Immaculée évoque la parabole évangélique selon laquelle « le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va, ravi de joie, vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ » (Mt 13, 44).

Par ce rapprochement, Notre-Dame signifiait que son Cœur Immaculé est cette Terre virginale qu’il faut chercher à conquérir à tout prix, en vendant toute fausse richesse dans le but d’obtenir le vrai trésor : celui des mérites infinis du Sacré Cœur de son divin Fils. N’en déplaise au cardinal Fernandez, l’Immaculée est bien la Médiatrice auprès des hommes de toutes ces richesses, « monnaie inappréciable, marquée au coin de la divinité, afin [que les hommes] en puissent payer leurs dettes et négocier la grande affaire de leur salut éternel ». Qui ne possède pas cette Terre, n’en peut obtenir le Trésor !

Ce sera la leçon que Notre-Seigneur voudra faire comprendre à tous les hommes dans la suite des siècles : Que tous passent par sa Mère Immaculée pour pouvoir utiliser cette « précieuse monnaie ». Il est à noter que cette vérité incontournable dans l’ordre de la grâce est tout aussi exacte dans l’histoire même de la ville qui a vu naître la dévotion au Sacré-Cœur. Car avant de porter à travers le monde catholique le beau nom de Cité du Sacré-Cœur, Paray fut depuis son origine chrétienne la Cité de Marie.

En effet, lorsqu’en 973 le comte Lambert de Chalon vint reconnaître les lieux d’implantation d’un monastère avec l’accord de Mayeul, abbé de Cluny, il arrêta son choix sur le site du Val d’Or, à faible distance du village de Paray, situé au bord de la Bourbince. L’église de ce village, qui remontait au moins à l’an 876, était déjà dédiée à Notre-Dame. Centre de la paroisse primitive, elle demeura la paroisse de Paray jusqu’à la Révolution.

L’ABBATIALE CLUNISIENNE

Après trois ans de travaux fut construite l’abbatiale du monastère, placée elle aussi sous le patronage de la Vierge Marie dans le mystère de son Assomption. Elle fut consacrée en 977. En 999, le comte Hugues de Chalon, fils de Lambert, fit don de ce monastère à l’abbé de Cluny, Odilon de Mercœur. Paray prit alors rang de prieuré jusqu’à la Révolution. Remplacée en 1004 par une réduction de Saint-Pierre de Cluny, il ne vint à personne l’idée de la placer sous le patronage du Prince des Apôtres, dont la dévotion était pourtant si considérable dans toute la Congrégation. On lui conserva Notre-Dame pour patronne titulaire, et elle fut une nouvelle fois dédiée à l’Assomption de la glorieuse Vierge Marie.

Une troisième série de travaux fut entreprise à Paray sous le priorat de saint Hugues de Cluny, vers 1100, au moment même où était entrepris à quarante kilomètres de là le chantier de la grande abbaye de Cluny III. Les mêmes équipes d’ouvriers ont œuvré sur l’un et l’autre chantier pour offrir à la glorieuse Vierge Marie les splendeurs de l’art clunisien que l’on peut encore contempler à Paray-le-Monial. Mais en attendant d’avoir cette église si majestueuse, les ouvriers avaient besoin sur leur chantier d’une chapelle où chanter l’office divin et adresser leurs louanges à leur Dame. Ils en construisirent une très modeste, à deux kilomètres de Paray, tout près des carrières de pierres, trouvées providentiellement dans cette région réputée argileuse. C’est l’origine de la chapelle Notre-Dame de Romay, si humble par son apparence, mais où l’Immaculée répandra de nombreux bienfaits à son peuple.

DÉVELOPPEMENT DE LA PAROISSE

Au fil des siècles, la dévotion à la Vierge Marie s’affermissait dans la paroisse en même temps que celle-ci se développait. Il fut un jour nécessaire de bâtir une nouvelle église plus grande et plus proche du centre de Paray. Placé sous le patronage de saint Nicolas, l’autel principal restait consacré à la Sainte Vierge. En 1302 y fut fondée une société de prêtres très zélés, tous expressément originaires de Paray, pour le service de la paroisse : le Mépart de Notre-Dame.

Donc dès l’origine, toutes les églises de la ville de Paray étaient sous le patronage de la Vierge Marie. Mais comme le rapporte l’abbé Barnaud (Notre-Dame de Romay et les souvenirs qui s’y rattachent, 1903), c’est en fait à chaque pas qu’on retrouve les traces populaires du culte de la Vierge Marie dans la paroisse. Nombre de rues portaient le nom de Notre-Dame, comme celle menant de l’ancienne église Notre-Dame à l’église Saint-Nicolas. Celle qui passe aujourd’hui devant le monastère de la Visitation s’appelait alors la « rue Dame-Dieu », raccourci qui ferait hurler nos minimalistes conciliaires ! mais qui rendait en fait gloire à Notre-Dame, Mère de Dieu.

À partir du seizième siècle, pour réparer les outrages infligés par les protestants à la Vierge Marie, les meilleures familles érigèrent spontanément des statues sur les façades de leurs habitations.

À l’époque de la Révolution, pour éviter que l’une d’elles fût profanée, son propriétaire, monsieur Naulin, la fit descendre dans son magasin. Un jour, un client apercevant la Madone entra en fureur et donna un violent coup de couteau sur le visage de la statue dont il fit sauter une partie du nez. Rentrant chez lui, il rencontra un chien qui se jeta soudain sur lui et le mordit au nez, le blessant gravement là où il avait frappé lui-même la Vierge. Il mourut peu de jours après des suites de cette morsure, en punition de cet acte d’impiété envers Marie.

La piété populaire des Parodiens s’épanouit particulièrement sous le regard de leur protectrice spéciale : Notre-Dame de Romay.

Selon toute vraisemblance, le bourg de Romay tire son nom du latin « romera », (“ pèlerin, pèlerine ”) par simple dérivation du nom de Rome vers où affluaient les pèlerins en ces temps de foi et de pénitence. Pour quelle raison ce nom apparut-il dans cette région ? Le chanoine Barnaud suggère que ce fut parce que saint Mayeul, quatrième abbé de Cluny, fut fait prisonnier avec ses compagnons par des Sarrasins en revenant d’un pèlerinage à Rome en juillet 972 et demanda à la Sainte Vierge de pouvoir fêter l’Assomption chez les chrétiens, ce qui lui fut accordé.

LA STATUE

Notre-Dame de RomayCe qui fait la richesse de ce petit sanctuaire roman, c’est la statue en pierre d’une Vierge à l’Enfant dont l’origine inconnue semble remonter au treizième siècle. La Vierge apparaît debout, portant son Fils sur son bras droit tandis que sa gauche tient délicatement les pieds du divin Enfant. Celui-ci, dont les vêtements sont de mêmes tissus que ceux de sa Mère, mais moins riches, tient en ses mains une pomme, fruit du Paradis terrestre. Le front de la Madone est orné d’un diadème dont il ne reste plus que le bandeau, rehaussé d’une imitation de pierreries.

La Vierge est vêtue d’un manteau royal dont la bordure a un caractère roman, régulièrement sculpté.

Cette œuvre n’est pas d’une grande finesse artistique, mais comme l’explique le chanoine Cucherat, « peu importe à la Vierge sans tache la finesse ou la grossièreté de la formule destinée à fixer son amour rendu sensible ! [...]

« C’est la Mère de Dieu qui est le but de ces hommages comme elle est l’auteur de ces bienfaits. En vertu de cette toute puissance de supplication qui lui a été donnée, elle ouvre l’abîme de la divine miséricorde quand elle veut, comme elle veut, en faveur de qui elle veut.

« Car telle est la volonté du Seigneur ! La volonté de Marie, voilà – et elle suffit – la seule raison que nous puissions donner du choix qu’elle fait de certains lieux, de certaines images pour se manifester au monde d’une manière plus sensible. » (Notre-Dame de Romay ou les traditions, les monuments et la pratique du culte de la Sainte Vierge à Paray-le-­Monial ; 1878)

LES GUERRES DE RELIGION

Un acte notarié datant de 1575 fondant la célébration de messes solennelles à la charge du Mépart Notre-Dame prouve la popularité et la ferveur du culte de la Sainte Vierge à Romay à cette époque malgré son éloignement de la paroisse. Cela se passait pourtant en pleine guerre de religion.

En effet, en 1540 s’installèrent à Paray les premiers enseigneurs de la voie salutaire, qui tinrent les premiers consistoires calvinistes chez des personnages influents de la ville, créant une vive émotion chez les catholiques. Les protestants ne dépassèrent jamais une quarantaine de familles, mais ils étaient des personnages influents dans la ville. Ils attirèrent sur elle de très grands malheurs, qui furent cause que les catholiques les détestaient et s’opposèrent de toutes leurs forces à leur sépulture dans le cimetière de la paroisse.

Lors de leur incursion de 1562, après que l’un d’entre eux eut ouvert les portes de la ville à deux chefs calvinistes à la tête d’une troupe de quatre cents hommes, les protestants saccagèrent la ville et mirent le feu, devant le grand porche de l’abbatiale, à une partie non négligeable du mobilier d’église, de boiseries, des livres et archives. L’intensité de ce feu fragilisa les tours jusqu’à leur restauration en 1860. C’est pour cette raison qu’il y a aujourd’hui si peu d’archives datant d’avant le seizième siècle sur la chapelle de Romay. Cinq ans après, ils livrèrent de nouveau la ville au pillage. Lors de ces affrontements, les catholiques se défendaient avec vaillance, mais le plus souvent, ils succombaient écrasés par les masses huguenotes.

En 1576, le duc d’Alençon, frère rebelle du roi Henri III et proche des protestants, rejoignit Henri de Navarre et le prince de Condée en Bourgogne pour y faire la jonction avec les armées de Casimir de Bavière et ses six cents reîtres. Logeant entre autres à Paray, ils ravagèrent Semur et y causèrent beaucoup de dommages. Ces faits cristallisèrent encore davantage les partis dans la ville de Paray où, malgré leur minorité numérique, les protestants se savaient en position de force... d’autant que la reine Catherine de Médicis, la Serpente, savait toujours ménager une paix en leur faveur, malgré leurs défaites militaires. C’était donc en toute impunité et avec une certaine arrogance qu’ils continuaient de tenir leurs consistoires à Paray.

En 1597, malgré les plaintes persistantes des catholiques et la défense qui leur fut faite par les officiers de tenir leurs assemblées, les huguenots de Paray continuèrent de tenir leurs offices et conservèrent l’usage d’un collège. La publication de l’édit de Nantes (1598) permit la reconnaissance officielle de ces institutions. La morgue des protestants alla jusqu’à y inviter Théodore de Bèze, le grand continuateur de l’œuvre de Calvin. C’est dire le miracle que représentera le règne de Marie dans cette ville (toujours majoritairement catholique !) souffrant de l’hérésie.

De 1600 à 1607, la situation s’apaisa quelque peu à l’initiative des catholiques. Il fut par exemple convenu qu’un protestant pourrait faire partie des échevins. Mais les hostilités reprirent vite et l’échevin ne fut jamais remplacé. C’est que leurs activités en négoce, leur astuce, ainsi que leur condition aisée les rendaient redoutables. Les catholiques, honnêtes et bons, inclinaient trop souvent à des concessions dont abusaient les huguenots.

Or, en peu de temps, cette guerre de religion sera achevée fort heureusement par l’anéantissement des protestants... par Notre-Dame de Romay elle-même.

LA CONTRE-RÉFORME MENÉE PAR NOTRE-DAME :

NI HÉRÉSIE.

Une tradition constante et invariable atteste que ce fut dans ce contexte très tendu que la statue de l’Immaculée fut enlevée par une pieuse âme de la chapelle de Romay afin d’éviter les profanations. Elle fut alors enterrée dans un pré voisin. À ce moment s’accomplissait à la lettre la parole de l’Écriture que, dans ses offices, l’Église attribue à l’Immaculée : « Radicavi in populo honorificato.J’ai pris racine au milieu d’un peuple honoré » (Si 24, 12). Oui, comme le fera remarquer trois siècles plus tard le cardinal Perraud le jour du couronnement de la statue : « Marie a pris racine, dans le peuple honoré par Notre-Seigneur, et aujourd’hui, nous voyons ce peuple, le peuple de Paray, l’honorer à son tour. Et saint Bernard en donne une gracieuse explication :  Amat florigeram patinam flos de radice Jesse ”. “ La fleur de Jessé aime le sol propice aux fleurs ”. Voilà pourquoi ce vallon du Charolais, où s’épanouit le bouton d’or et où la marguerite étale sa blanche corolle, a été choisi pour les manifestations divines. »

Pour l’heure, on perdit le souvenir de cette sainte semence et la statue de Notre-Dame fut perdue. On finit pourtant par remarquer que les bœufs venaient s’abreuver en respectant l’herbe qui poussait dans une certaine zone. On fouilla donc la terre en cet endroit, et l’on y retrouva la statue perdue qu’on replaça dans la chapelle. Dans les moments d’accalmies avec les protestants, les catholiques accouraient en foule pour offrir des supplications ardentes à la Sainte Vierge pour le salut de leur ville. Il est d’ailleurs notable que la petite chapelle ne subit pas de dommages particuliers pendant cette période des guerres de religion. Mieux que cela : Notre-Dame préparait Elle-même une contre-réforme qui fut un modèle du genre, et qui préparait la ville à recevoir les révélations du Sacré-Cœur.

Elle s’appuya d’abord sur les autorités locales qui jouèrent parfaitement leur rôle de défenseurs de la foi du pays. L’économe de Cluny et les procureurs fiscaux de Paray travaillèrent de concert à l’extinction des protestants. Les prêtres du Mépart, influents par leurs prêches et leurs familles, déployèrent eux aussi un grand zèle dans cette lutte.

Signe d’une ferveur croissante, les fondations (fonds légués au bénéfice des confréries pour la célébration de messes) se multiplièrent à cette époque, tout comme la création des confréries : la confrérie du Saint-Sacrement, la plus ancienne de la paroisse, reprit un nouveau souffle ; celle de Sainte-Anne, en faveur des veuves, et qui avait pour but explicite d’opposer une barrière aux progrès du calvinisme et de contribuer à son extinction définitive, compta deux cents membres. Apparurent bientôt la confrérie des tailleurs d’habits honorant saint Barnabé ; celle du Rosaire ; celle de Saint-Éloi (ouvriers des métaux et orfèvres). Sans oublier diverses congrégations qui entretenaient ces foyers de charité : Congrégation de la Propagande de la foi (pour secourir les protestants souhaitant se convertir), des Dames de la Charité (pour les pauvres honteux), de Notre-Dame du Prompt Secours, pour soulager les âmes du Purgatoire, et, plus tard, congrégation de la Bienheureuse Vierge Marie (fondée par le Père La Colombière en 1675).

Notre-Dame prit aussi la tête de la Contre-Réforme par les Ordres religieux : en 1617, les jésuites furent appelés par l’épouse du gouverneur du Charolais pour lutter contre les protestants qui s’étaient maintenus en place. Avec l’assistance évidente de Notre-Dame de Romay, ils obtinrent de nombreuses conversions parmi les huguenots. En 1626, ils obtinrent à leur tour la fondation d’un couvent de visitandines – celui-là même qui accueillera sainte Marguerite-Marie quarante-cinq ans plus tard – qui fut d’ailleurs préservé de la peste de 1628 par l’intercession de Notre-Dame de Romay et qui ouvrit un collège de filles en 1637. En 1644, ce furent des ursulines qui furent accueillies et qui se vouèrent à l’éducation des jeunes filles. Or, ces deux ordres religieux sont placés spécialement sous le regard de la Vierge Marie dont les religieuses récitent le Petit Office quotidiennement. Leurs chapelles respectives furent dédiées à la Vierge Marie, l’une sous le titre de la Visitation l’autre sous celui de l’Assomption. On retrouva deux siècles plus tard un ex-voto dans un des murs de leur couvent stipulant qu’il « fut dédié, comme ovation et témoignage de fidélité à Notre-Dame de Romay ».

Mais ce n’est pas tout : l’Immaculée intervint Elle-même directement, comme le raconte le chanoine Barnaud dans son ouvrage : « Autrefois, il y avait à Paray un assez grand nombre de familles protestantes. Un miracle, arrivé à Romay, détermina la conversion de plusieurs. [Un certain monsieur Decamp avait] une petite fille privée dès sa naissance, de l’usage de ses jambes et incapable de marcher. Elle avait environ quatre ans, lorsque sa mère, [...] cédant peut-être aux instances de quelques amies pleines de confiance en Notre-Dame de Romay, consent à lui laisser présenter sa fille pour solliciter d’elle, sa guérison. On apporte la pauvre enfant dans une jatte : on la dépose ainsi au milieu du sanctuaire pendant la sainte messe, offerte à son intention. Au moment de l’élévation, l’enfant se lève d’elle-même et court saisir la clochette que le clerc venait de remettre sur le marchepied de l’autel. Elle était guérie ; et, après le saint sacrifice, la petite revenait à Paray de son pied, donnant la main au prêtre et escortée par tous les témoins de cette merveille. Toute la population fut mise en émoi et l’on vit revenir à la foi plusieurs religionnaires de Paray. »

« Dans les registres de la paroisse, au 20 mars 1683 on trouve l’acte d’abjuration d’Abel Decamp, père de l’enfant miraculée. La Sainte Vierge, qui a vaincu toutes les hérésies successivement dans le passé et qui doit les vaincre à l’avenir jusqu’à la fin des siècles, n’a pas peu contribué à la défaite du calvinisme à Paray. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il n’en reste pas le moindre vestige. Souvent on observe que là où a passé le protestantisme, il laisse après lui son esprit raisonneur qui naît du libre examen. Parmi nous, au contraire, les paroissiens d’origine parodienne sont généralement chrétiens. Il y a assurément bon nombre d’indifférents et de non pratiquants. Plusieurs même ne connaissent plus le chemin de l’église. Ils restent encore chrétiens par quelque côté, au moins par la dévotion à Notre-Dame de Romay. Les plus éloignés de Jésus-Christ et de ses ministres gardent encore la pratique de la visite à Romay le dimanche et les fêtes de la Sainte Vierge. Ils pénètrent sans aucun respect humain dans la chapelle et y prient de tout leur cœur la bonne Dame. Personne ne conteste le fait. À l’heure de la mort, il suffit que l’on réveille ce reste de religion pour les ramener presque tous à résipiscence. Notre-Dame de Romay n’a jamais cessé d’être pour la paroisse de Paray la porte du ciel. » (Barnaud, p. 67)

Il y a certainement eu beaucoup d’autres miracles à cette époque et même bien avant, comme l’assure la tradition orale liée au sanctuaire, notamment des miracles de répits. Mais les archives ayant été brûlées, il n’en est pas resté de traces jusqu’au dix-neuvième siècle.

Toujours est-il que par l’Immaculée, le protestantisme fut effacé de la région parodienne, au point qu’il ne reparut plus, même après la Révolution !

LA RÉVOLUTION

Précisément, les révolutionnaires parodiens semblent avoir été plutôt des suiveurs, dans cette ville qui ne cherchait pas à persécuter ses curés... mais qui y fut finalement contrainte par les « autorités » supérieures. Un intrus prit la place du curé et de son vicaire qui furent bientôt exilés. Les noms des rues furent changés : la rue de la Dame-Dieu devint celle des Droits-de-l’Homme, celle des Saintes-Maries (les visitandines) la rue de la Révolution. En 1792, un ordre du district de Charolles chassa les religieuses. Les visitandines seules reviendront après la Révolution, en 1801, à titre individuel. L’église Saint-Nicolas devint un lieu de réunions publiques puis un grenier à foin. Tout comme celle des bénédictins (l’actuelle basilique), qui échappa de peu à la destruction. Les fêtes religieuses durent laisser la place aux fêtes populaires... qui coûtaient cher et qu’il fallut payer en vendant les biens ecclésiastiques. Pendant ce temps, la chapelle de Romay fut épargnée. Elle fut vendue au juge de paix de Paray qui se désintéressa de la statue.

Conservée avec beaucoup d’autres objets du culte dans l’appartement qui se trouvait au-dessus du porche de l’église bénédictine par les autorités civiles, elle n’échappa à la destruction que grâce à l’intervention d’une jeune fille, Catherine Roulier, qui poussa son cousin à pénétrer de nuit dans l’abbaye pour récupérer la précieuse statue, passer la Bourbince à la nage, avec la statue ! et la placer sous un saule, dans la rivière, mais attachée à une corde. Cependant, par peur que des pêcheurs la découvrissent, ils préférèrent finalement la dissimuler dans la maison même de Catherine, rue Dame-Dieu, derrière une pile de linge où elle passa la fin de la Révolution. À la suite du Concordat, en 1811, la chapelle fut rouverte. Ce jour-là, Catherine Roulier la porta d’un seul trait jusqu’à la chapelle, malgré son poids de cent une livres (45 kg), disant à son cousin que la statue ne lui paraissait pas plus lourde qu’une plume. Si la chapelle fut rouverte sous le Premier Empire, pourtant froidement persécuteur, ce fut en grande partie suite à un autre événement extraordinaire qui montra à la population que Notre-Dame n’entendait pas qu’on l’oublie.

RENAISSANCE DU SANCTUAIRE

Le soir du 19 novembre 1807, trois paroissiens revenaient à Paray chargés de bois mort. Arrivés près de Romay, ils aperçurent distinctement une vive lumière au-dessus de la chapelle. L’un d’eux, nommé Lécué, solide gaillard qui avait servi onze ans dans l’artillerie, voulut se rendre compte d’où provenait ce feu. Il quitta ses compagnons et se dirigea vers la chapelle. Que se passa-t-il ? Il certifia ensuite avoir appris de la bonne Dame de Romay qu’il lui fallait remettre en ordre sa conscience, car il mourrait le lendemain à sept heures du soir. Il vint trouver le curé pour se confesser. Celui-ci, fatigué d’un voyage qu’il venait d’accomplir, lui conseilla d’attendre au lendemain. « Ce sera trop tard ! » Alors monsieur le Curé le confesse, mais, en l’absence de maladie, refusa de lui donner les derniers sacrements. Lécué se retira en disant : « Je mets tout cela sur votre conscience. » Le lendemain, il passa sa journée à payer ses dettes et à faire ses adieux à ses parents et à ses amis, annonçant à tous qu’il devait se préparer à paraître devant Dieu. L’heure qu’il avait prédite être l’heure de sa mort approchait. Malgré tout ce que ses voisins pouvaient lui dire, il s’appuya contre son lit et à sept heures exactement, il rendit le dernier soupir, à la stupéfaction de toute la ville. « Le fait et les circonstances sont exacts », précisa ensuite le médecin le plus renommé de Charolles. Il avait aussi annoncé la mort prochaine de son dernier enfant que rien ne laissait présager. Toutes ces prédictions réalisées contribuèrent beaucoup à augmenter la dévotion à Notre-Dame de Romay.

La chapelle appartenait toujours à Jacques Brigaud, un opportuniste radical qui profita du retour du culte pour revendre à prix fort une bonne partie des propriétés achetées à faible coût à l’État républicain. Le 15 août 1809, mille personnes se trouvaient aux alentours de la chapelle de Romay pour prier la Vierge Marie. En 1811, la chapelle fut achetée par une pieuse femme qui en laissa l’usage à la paroisse, ce qui permit de la rouvrir au culte en 1812 dans un concours de fidèles prodigieux dont la joie fut inexprimable. En 1844, ce sanctuaire fut définitivement confié à la paroisse, lui donnant un plus grand rayonnement.

LES GRANDS PÈLERINAGES

Déjà en 1729, un grand concours de peuple s’opérait pour les fêtes de l’Assomption et de la Nativité de la Sainte Vierge, jusqu’à 70 km à la ronde. L’élan de piété de la ville de Paray et de toute la région envers Notre-Dame de Romay s’intensifia avec les grands pèlerinages nationaux au Sacré-Cœur qui suivirent la défaite de 1870 et justifièrent le couronnement de la statue accordé par Léon XIII à la demande du cardinal Perraud. Cette cérémonie grandiose eut lieu le 5 août 1897, devant une affluence considérable. Dès lors, les pèlerinages furent presque incessants au retour de la belle saison, en particulier ceux des communautés religieuses parodiennes : les chapelains-missionnaires, le pensionnat des Frères des Écoles chrétiennes, la confrérie des Enfants de Marie de la basilique, le pensionnat des religieuses du Saint-­Sacrement, le tiers ordre de Saint-François-d’Assise, les Religieuses des Saints-Anges, les sœurs tourières de la Visitation, les Sœurs hospitalières, l’Orphelinat du Sacré-Cœur et les Enfants de Marie de Notre-Dame du Cénacle se succédaient aux pieds de l’Immaculée pour obtenir ses faveurs, y compris par l’absorption de l’eau de la fontaine située à quelques pas de l’entrée de la chapelle.

NI SCHISME.

Il faut dire que Notre-Dame continuait de distribuer ses grâces avec largesse. Après avoir éteint l’hérésie calviniste, Elle s’était attaquée au schisme anticoncordataire. Des familles entières avaient refusé de se soumettre à l’Église catholique, sous le prétexte que le Pape était tombé dans l’erreur en signant le Concordat, méconnaissant par là même, l’autorité du Curé et refusant les sacrements en dehors du baptême. Toutefois, honnêtes dans leur conduite et attachés aux prières de l’Église, ils semblaient avoir une particulière dévotion pour Notre-Dame de Romay qu’ils venaient prier les jours de fête. Voici le témoignage du chanoine Barnaud, curé de Paray de 1887 à 1908 :

« Les prières si ferventes de ces pauvres égarés sont souvent exaucées dans le sens de leur conversion qu’ils ne demandent pas [...]. La Madone miraculeuse les ramène à la vérité : ils se convertissent quelquefois avant de mourir. Depuis une vingtaine d’années, nous avons eu la consolation d’ouvrir la porte du bercail de Jésus-Christ à plusieurs [...].

« Au mois de septembre 1896, nous adressions aux lecteurs du Pèlerin, un appel de prières et de supplications, pour obtenir de Notre-Dame de Romay la conversion d’une famille nombreuse anticoncordataire, dont trois membres étaient réconciliés depuis peu de temps avec notre Sainte Mère l’Église. Une communauté religieuse promit à cette intention douze mille actes de vertu. Une autre maison s’engageait à réciter, par jour, six Notre Père, à tour de rôle de chaque membre de la pieuse communauté, afin d’intéresser les âmes du Purgatoire à la même intention. »

Cette Croisade mariale porta ses fruits : quatre enfants de cette famille renièrent leur schisme avec le consentement de leurs parents et firent leur première communion, tout rayonnants de la joie du Ciel.

« Notre-Dame de Romay aura encore à triompher de la nouvelle secte des libres penseurs et des francs-­maçons, notait encore le chanoine Barnaud. Ils ont déjà un pied sur le sol béni du Sacré-Cœur ; ces ennemis du Christ ne sont encore qu’une poignée, mais si Notre-Dame ne les arrête, ils seront bientôt légion, car les minorités ardentes finissent trop souvent par se changer en majorités puissantes qui troublent les localités les plus pacifiques. » Mais pour confondre ces rationalistes, Notre-Dame ne ménageait pas sa peine : au cours des cinquante ans qui suivirent sa réouverture, sa chapelle fut le théâtre de miracles sans nombre. Il y en avait de trois sortes.

1. RAPPELS À LA VIE D’ENFANTS MORT-NÉS.

Avant la Révolution, la chapelle faisait déjà partie des quelques sanctuaires français « à répit », c’est-à-dire de ces lieux où Notre-Dame accordait un retour temporaire à la vie aux enfants mort-nés déposés sur son autel, le temps de leur conférer le baptême avant la mort définitive. Le chanoine Barnaud rapporte de nombreux témoignages de personnes ayant vu ces miracles s’opérer sous leurs yeux.

Un exemple frappant est celui dont témoigna le futur cardinal Boyer dont la mère avait l’habitude de l’emmener prier à Romay le dimanche. Un jour, pendant qu’ils priaient en compagnie d’autres personnes, un paysan entra, un enfant mort entre les bras. Madame Boyer lui dit : « Déposez-le près de la grille, et nous allons prier. » Toute l’assistance s’agenouilla et pria avec beaucoup de ferveur la Madone. On pria assez longtemps ; mais le petit mort ne donnait aucun signe de vie. Madame Boyer donna l’exemple d’une prière plus instante, accompagnée d’une invincible confiance en la Sainte Vierge. Enfin Notre-Dame de Romay se laisse toucher : on aperçoit d’abord un mouvement bien prononcé de la main de cet enfant. Puis une rougeur sur tout le visage. Plus de doute. Madame Boyer s’empresse d’ondoyer l’enfant et chacun reprend joyeux le chemin de Paray, tandis que le père bénit de tout son cœur Notre-Dame de Romay et s’en retourne en toute hâte porter la bonne nouvelle à son épouse.

En 1895, mourait à l’hôpital de Paray Joséphine Laforêt, femme honnête, sensée et chrétienne de vieille roche. Toujours disposée à rendre service, plusieurs fois elle fut requise par des voisins et des amies pour porter des mort-nés à Romay. Elle a affirmé avec serment qu’elle avait bien fait vingt fois le voyage de Romay dans ce but, et que dans une dizaine de cas, le miracle avait eu lieu et qu’elle avait ondoyé l’enfant. Elle ajoutait : « J’allais alors le déclarer à monsieur le Curé qui l’enterrait, parce qu’il savait bien que je ne voulais pas dire un faux. » Un jour, une de ses voisines accoucha d’un enfant mort. La pauvre mère était inconsolable et ne pouvait se décider à le faire porter au cimetière sans prêtre. Il y avait quarante-huit heures que l’enfant était mort. Joséphine s’offrit à le porter à Romay. Elle partit en compagnie de plusieurs personnes. On se mit à prier avec ferveur. La main remua plusieurs fois. Elle se contenta de ce signe et ondoya le petit ange. Après un sérieux interrogatoire, monsieur le Curé de Paray accorda la sépulture chrétienne.

Monsieur Buisson a été fermier du domaine voisin de la chapelle, pendant cinquante ans. Il avait les clefs de la chapelle ; souvent des personnes, venues de loin, le réveillaient la nuit pour l’ouvrir. Il se prêtait volontiers à rendre ce service et affirmait que le miracle se faisait si souvent qu’on n’y faisait plus attention. Sa sœur était plus explicite. Elle estimait que dans une période de vingt-cinq ans d’observation, on a transporté à Romay environ une centaine d’enfants.

Les témoignages abondent. Toutefois, le chanoine Barnaud constatait en 1903 que « depuis vingt-cinq ans, ces rappels à la vie sont, il est vrai, devenus plus rares. La tradition s’en effaçait même insensiblement. Il était temps d’en recueillir les échos [...]. Depuis vingt-quatre ans que nous suivons attentivement ce qui se passe dans notre sanctuaire marial, quatre enfants mort-nés, à notre connaissance, ont été présentés à la Madone, deux fois sans résultat et deux fois avec succès. » Les raisons ? Outre la crainte d’être surpris par l’autorité civile transportant un cadavre d’un lieu à un autre et les progrès de la médecine, le chanoine déplorait l’affaiblissement de la foi en la nécessité du baptême pour le salut. De fait ! « vingt-cinq ans » avant 1903, c’était précisément la fin du pontificat de Pie IX et le début de celui de Léon XIII. C’était là une preuve patente et très figurative des progrès du libéralisme, idéologie alors promue par la plus haute Autorité de l’Église !

2. LES AUTRES GUÉRISONS.

Notre-Dame ne se bornait pas à ressusciter les enfants mort-nés.

Voici le récit de deux miracles sur les très nombreux qui furent accomplis par cette puissante Médiatrice.

Vers 1840, en hiver, une enfant voyait le jour dans le hameau de Poisson, à dix kilomètres de Paray, au sein d’une famille foncièrement chrétienne. On s’empressa de faire la route par des chemins fort peu praticables, pour que monsieur le Curé puisse la baptiser. Au retour, on confia le précieux fardeau au parrain. Mais voici qu’en franchissant l’échalier d’une prairie, la pauvre petite fille, portée avec maladresse, glissa jusqu’à terre sans que le porteur s’en aperçoive. Après une centaine de pas, s’apercevant que l’enfant n’était plus là, il rebroussa chemin, en proie à la plus vive inquiétude. La petite créature était gisante sur l’herbe froide et humide au pied de l’échalier. On se hâta de rentrer à la maison et de lui prodiguer tous les soins. Mais rien n’y fit. Survinrent bientôt de violentes convulsions. Au bout de quelques semaines, la joie de ce foyer chrétien disparut pour faire place à la tristesse, car le péril de mort était imminent.

Le père, homme de foi patriarcale, eut l’inspiration d’aller à Romay. Il partit pieds nus, aller et retour. Là, il fit brûler un cierge devant la Vierge et il pria de tout son cœur, terminant par cette invocation : « Ô bonne Sainte Vierge, je vous la donne, sauvez-la ! » Après cette offrande, il se retira, sûr d’être exaucé, et regarda l’heure précise à sa montre. Rentré à son domicile, il apprit que la malade avait pris du mieux à l’heure même où il priait la Madone. La Sainte Vierge prit au mot le père de famille. Sa fille entra en religion pour se consacrer à l’éducation de petites filles. Elle eut la joie de revenir à Paray, où elle se plaisait à redire à ses écolières que Notre-Dame de Romay l’avait arrachée à la mort.

Philibert Gauthier était né à Vitry-les-Paray, vers 1830. Ayant été tiré au sort pour le service militaire, il fut incorporé dans un régiment d’artillerie. Un jour, dans une manœuvre militaire, le cheval de son voisin se mit à ruer et Gauthier reçut au genou un coup de sabot si violent qu’il fallut le porter d’urgence à l’hôpital. La blessure était fort grave. Le chirurgien-major fit immédiatement l’extraction de plusieurs esquilles ; mais il en resta quelques-unes qui sortirent à travers les chairs au prix de très grandes souffrances. Au bout de six mois, ce genou était dans le même état, aussi le jeune soldat fut déclaré impropre au service. On le renvoya dans ses foyers, avec une indemnité annuelle de 180 francs, à titre provisoire. Au bout de deux ans, bien qu’il ne fût pas guéri, l’État lui retira cette pension. Incapable de gagner sa vie et souffrant de grandes douleurs, il s’affaiblissait visiblement. Sa femme, le voyant profondément découragé, lui dit un jour : « Si tu veux, nous irons demander la guérison à la bonne Dame de Romay. » « Que veux-tu qu’elle me fasse ? » Il n’avait pas foi à tout ce qu’on racontait d’elle.

Finalement, convaincu par l’un de ses amis que sa femme lui avait donné là un bon conseil, ils partirent avec un petit enfant en bas âge, porté par la mère. Le voyage fut horriblement pénible pour le malade. Enfin les voilà à la porte de la chapelle. Il y pénètre et aussitôt va s’asseoir tout haletant de fatigue. Sa femme allume son cierge et ils récitent ensemble neuf fois le Notre Père et le Je vous salue Marie. Cependant, Gauthier restait immobile sur sa chaise. Il fixait la Vierge avec une sorte d’extase. Elle lui apparaissait, comme vivante, et changeant de couleur, d’un instant à l’autre. Mais le petit enfant était impatient de sortir de la chapelle. « Allons-nous-en ! » lui dit sa femme. « Restons encore, comme je suis bien là ! Je ne sens plus aucun mal. »

Enfin, il se lève, il sort et il va boire à la fontaine. Après avoir bu, il dit : « Je suis guéri, je le sens bien. » Au retour, il demanda à porter l’enfant ; mais la mère s’y refusa ! Au bout d’un quart d’heure de marche, il prit l’enfant aux bras de sa mère et le porta sans peine jusqu’à la maison. Il était réellement guéri ! Pendant la nuit la plaie béante qu’il portait au genou se ferma et devint entièrement sèche. En reconnaissance de sa guérison, Gauthier s’imposa l’obligation d’assister chaque année aux messes de Romay du 15 août et du 8 septembre.

3. PROTECTIONS CONTRE LES CALAMITÉS PUBLIQUES.

Au dix-huitième siècle, le curé de la paroisse de Chalmoux, pour fléchir la colère divine manifestée par les fléaux qui ravagèrent les récoltes pendant sept années consécutives, suggéra à ses paroissiens de faire le vœu d’un pèlerinage annuel à la Vierge de Romay, le premier lundi de mai. Dès qu’ils en prirent l’engagement, les fléaux cessèrent et, pendant plusieurs années, les récoltes abondèrent. Mais en 1860, la grêle emporta la récolte tout entière. Les habitants se ralentissaient d’année en année dans l’accomplissement de la promesse des ancêtres. Ils résolurent de revenir plus nombreux, conformément à l’esprit du vœu fait par une partie notable de la population. À partir de ce moment-là, le pèlerinage devint nombreux et édifiant. Présidé par monsieur le Curé, les hommes se rendaient à Romay à pied (32 km) et marchaient une partie de la nuit. Les femmes et les enfants effectuaient une partie du trajet par petites voitures à âne puis faisaient à pied le reste du chemin. Là, la foule retrouvait toutes les pratiques de l’Église, aux pieds de Notre-Dame : cantiques, prières publiques, récitations des Évangiles, sacrements, processions...

Dans son Histoire de notre fondation, rédigée en 1638, mère Françoise Madeleine de Chaugy raconte les ravages de la terrible peste de 1626 qui se fit si violente au mois de juin « qu’en moins de quatre à cinq jours, la ville fut abandonnée des principaux habitants, ne restant en icelle que nos sœurs avec les pauvres qui n’avaient où se réfugier ». Quatre ou cinq sœurs furent atteintes bénignement. Les médecins ayant fui Paray, la supérieure mit sa foi en Notre-Dame et fit alors trois vœux dont le principal était de faire dire une messe à Notre-Dame de Romay et d’y offrir six cierges de cire blanche le jour de l’Ascension. C’est ainsi qu’elle obtint le salut de son monastère.

Trois siècles plus tard, une autre peste menaçait d’extinction la communauté. Face aux lois maçonniques qui persécutaient les communautés religieuses, en particulier à partir de 1900, mère Marie de Sales Croizier, enfant de Paray, fit le vœu de faire dire chaque année une messe et d’offrir communions, prières et cierges en l’honneur de Notre-Dame de Romay en qui elle avait une profonde dévotion en échange de sa protection. En 1904, le monastère figura à l’Officiel sur la liste des Communautés supprimées. Successivement, tous les procès furent gagnés et les religieuses ne furent plus jamais inquiétées.

CONCLUSION

Mais ce ne furent pas là les seules occasions où l’Immaculée intervint pour sauver ce monastère qui fut choisi pour être le lieu de la révélation du Sacré-Cœur au monde.

Notre Père nous a appris à voir dans la suite de psychodrames qui eurent lieu pendant la vie de sainte Marguerite-Marie un figuratif de la grande bataille qui se jouerait bientôt dans le monde et dans l’Église même, avec pour enjeu le salut d’un grand nombre d’âmes par la médiation et la Corédemption du Cœur Immaculé de Marie, unique chemin qui conduit au Sacré-Cœur. Ces deux privilèges de l’Immaculée apparaissent de façon évidente dans les faits extraordinaires qui se déroulèrent à Paray-le-Monial. Il est d’ailleurs fort dommage que cela ne soit pas souligné dans la pastorale « pneumatique » du sanctuaire, le Saint-Esprit étant pourtant l’Âme de l’âme de la Sainte Vierge !

Entrée à la visitation Sainte-Marie le 20 juin 1671, sainte Marguerite-Marie bénéficia des grandes révélations du Sacré-Cœur en 1673 et 1675. Mais celles-ci avaient d’abord pour but de sauver certaines religieuses de la froideur du cœur. Le 2 juillet 1677, étant alors devant Jésus au Saint-Sacrement, elle priait pour son monastère et trouvait « cette divine Bonté inflexible à ma prière, me disant ces paroles :  Ne m’en parle plus. [Ces religieuses] font la sourde oreille à ma voix et détruisent le fondement de l’édifice. S’ils pensent de l’élever sur un étranger, je le renverserai. ” »

« Mais la Très Sainte Vierge, prenant nos intérêts proche de son divin Fils courroucé, elle parut accompagnée d’une multitude d’esprits bienheureux qui lui rendaient mille honneurs et louanges. Et se prosternant devant Lui avec ces tendres paroles :  Déchargez sur moi votre juste courroux, c’est les filles de mon Cœur, je leur serai un manteau de protection qui recevra les coups que vous leur donnerez. 

« Alors, ce divin Sauveur, prenant un visage doux et serein, lui dit :  Ma Mère, vous avez tout pouvoir de leur départir mes grâces comme il vous plaira. Je suis prêt, pour l’amour de vous, de souffrir l’abus qu’elles en font par le mépris qu’elles ont de mon esprit d’humilité et de simplicité qui doit tenir les filles de la Visitation cachées en moi, qui suis leur Amour crucifié, qu’elles persécutent avec cet esprit d’orgueil qui a rompu les liens de charité et divisé ce que j’avais uni. Si leurs intérêts vous sont plus chers que les miens, vous pouvez arrêter le cours de ma justice. 

« Mais cette Reine de bonté, d’un amour plus que maternel, lui dit :  Je ne vous demande de délai [autrement dit “ un répit ”] que jusqu’à ma fête de la Présentation et dans ce temps, je n’épargnerai ni soins ni peines pour rendre vos grâces victorieuses et ruiner les prétentions de Satan en lui ôtant la proie qu’il croit déjà tenir. 

« Et cette Mère d’amour étant restée victorieuse en tout ce qu’elle avait demandé pour nous, l’ennemi n’en fut pas content, et enrageant de dépit de se voir frustré de son attente, il s’éleva un tourbillon si grand, qu’il semblait qu’il allait renverser notre église. Mais étant chassé honteusement par Celle qui nous défendait, il rompit deux fois les rideaux de notre grille, avec ces paroles qu’il faisait retentir :  C’est ainsi que je voulais renverser l’Ordre de la Visitation, s’il n’avait été soutenu par cette forte Colonne contre laquelle je n’ai point de pouvoir ; mais je lui ferai bien de la peine, par l’empire absolu que plusieurs m’ont laissé prendre dans leurs cœurs, et si elles continuent à tenir mon parti, j’espère la victoire. 

« Quelques temps après, la Sainte Vierge se présentant à mon esprit comme toute lassée, fatiguée, tenant en ses divines mains des cœurs remplis de plaies et d’ordures, disant :  Voilà [ce] que je viens d’arracher des mains de l’ennemi qui s’en jouait avec plaisir ; mais ce qui afflige mon Cœur maternel, c’est que quelques-unes prennent son parti, se mettant contre moi en méprisant le secours que je leur présente. 

« Une autre fois, comme l’on récitait le Salve à sa chapelle, à ces paroles : Advocata nostra, elle répondit :  Oui, mes filles, je la suis en effet [votre avocate], mais ce serait avec bien plus de plaisir si vous vouliez être fidèles à mon Fils !  Et depuis ce temps, je me trouvais quitte d’un désir qui me pressait et tourmentait presque continuellement pour demander à Dieu les grâces dont j’ai parlé, spécialement cet esprit de charité, pour lequel j’aurais voulu sacrifier mille vies, si je les avais eues, pour le voir régner dans les communautés. » (Fragments autobiographiques, no 2)

Cette grâce qui poussa sainte Marguerite-Marie à se sacrifier pour ses sœurs en danger de damnation était encore une faveur du Cœur Sacré de Jésus qui voulait les sauver par l’Immaculée : « Ma fille, donne-leur ce dernier avertissement de ma part : que chacune pense à part soi à faire profit de la grâce que je lui présente par l’entremise de ma sainte Mère ; car celles qui n’en profiteront pas, demeureront comme des arbres secs qui ne rapportent plus de fruits. » (Fragments autobiographiques, no 3)

De même, Notre-Dame accorde aujourd’hui sa grâce aux martyrs du troisième Secret qui offrent leur vie pour le Saint-Père au pas vacillant et pour leurs frères en danger de se perdre éternellement. Leur sang précieux enrichi par la médiation du Cœur Immaculé de Marie vaut à l’Église à moitié en ruine « un répit » sauveur !

Frère Grégoire de l’Annonciation.

Pèlerinage des Petits frères et Petites sœurs du Sacré-Cœur à la chapelle Notre-Dame de Romay (janvier 2025).
Pèlerinage des Petits frères et Petites sœurs du Sacré-Cœur à la chapelle Notre-Dame de Romay (janvier 2025).