dimanche 26 avril 2026
Le serviteur souffrant
En cette fête du bon Pasteur, l’épître de saint Pierre est d’une très grande richesse. En lisant ce texte admirable, on découvre que tout le Nouveau Testament – et en particulier les Actes des Apôtres – montre en Jésus le Serviteur de Yahweh prophétisé par Isaïe (chapitre 53). Véritablement, les Apôtres et les premiers chrétiens ont été hantés par cette image du Serviteur souffrant. Celui qui est conduit à l’abattoir comme une brebis pour le sacrifice, c’est Jésus !
Pour saint Pierre, qui parle là indubitablement, c’est le souvenir de Jésus qu’on a emmené un soir du jardin de l’Agonie pour le conduire à son procès et son martyre, et qui, loin de se débattre, se soumettait, comme un agneau qu’on mène à la tonte :
« Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu. »
Puisque le Christ s’est soumis ainsi, vous, vous n’avez pas le droit de vous révolter. Nous n’avons pas le droit de désobéir, nous n’avons pas le droit de nous rebeller. C’est en cela même que nous imiterons le Christ et que nous mériterons d’être appelés des fils de Dieu.
Voici ce texte qui est d’une densité incroyable :
« C’est bien à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces... »
C’est la Passion du Christ.
« ... lui qui n’a pas commis de faute – et il ne s’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche ;... »
Pas de mensonge dans sa bouche : c’est une citation littérale d’Isaïe 53. Donc, lui n’était pas de ces gens qui reçoivent des coups parce qu’ils l’ont mérité. Comme dit saint Pierre plus haut, il n’y a pas de mérite à recevoir des coups quand on les a mérités, mais quand on ne les a pas mérités, on devient un peu semblable au Christ, car c’est lui le premier qui nous a donné l’exemple de cette soumission.
« ... lui qui insulté ne rendait pas l’insulte,...
Ce portrait psychologique de Jésus, il faut le méditer véritablement en regardant la Sainte Face, en regardant le Suaire qui est l’illustration même de ce que Isaïe, dans le chapitre 53 avait prophétisé : cet homme qui n’aurait plus d’apparence humaine, qui serait comme un ver de terre, cet homme dont on se moquerait, qui serait considéré par les gens spectateurs comme le rebut de l’humanité.
« ... souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec justice ;...
« Mon Père, je remets mon âme entre vos mains ». Voilà le portrait véritable de Jésus !
« ... lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes...
C’est encore Isaïe : il a porté nos fautes sur le bois qui était un instrument de malédiction dans la Bible. Mourir sur le bois, mourir attaché à une poutre ou pendu à un arbre, c’était une malédiction. Jésus a subi la malédiction !
« ... lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris.
Donc, il a été meurtri, mais cette meurtrissure a été notre guérison.
Car vous étiez égarés comme des brebis, mais à présent vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes. »
C’est à cause de ce dernier verset que ce texte a été choisi pour le dimanche du bon Pasteur. Ce verset est vrai des juifs qui étaient déjà des brebis du troupeau de Dieu, mais que Jésus-Christ a ramenés à lui après sa mort et sa résurrection. C’est vrai encore plus des païens qui étaient véritablement perdus et que Jésus a sauvés par son Sacrifice. Le gardien, en grec, cela se dit : l’épiscope [épiscopos], celui qui veille. L’évêque, c’est celui qui veille avec sollicitude sur son troupeau. Jésus a été le premier évêque, l’évêque des évêques.
Quand on lit toute cette Épître, on respire le climat véritable de l’Évangile.
En ce dimanche du bon Pasteur, nous devons nous émouvoir, non pas romantiquement, de ce véritable portrait du Christ qui a été tracé par Isaïe, six cents ans avant Jésus-Christ, Notre-Seigneur l’a véritablement réalisé d’une manière si patente, si émouvante, si impressionnante que les Apôtres en ont été marqués pour la vie. Ayant été marqués pour la vie, eux-mêmes ont considéré que Jésus était leur modèle. Ils se sont faits véritablement les serviteurs de leurs frères. Ils ont prêché la soumission aux païens en tant qu’ils représentaient les autorités.
Il faut méditer cet enseignement. Telle est la vertu chrétienne. Je vous l’ai dit cent fois : nous vivons dans un monde de rébellion, un monde d’orgueil. On ne supporte plus aucun joug, c’est le contraire de l’exemple du Christ. On a toujours l’Évangile à la bouche et on appelle ça « l’Évangile de la libération ! » Vous voyez que nous sommes loin de compte. Mais n’accablons pas nos frères, regardons-nous et demandons pardon à Notre-Seigneur dans notre communion pour toutes les insultes et les vexations que nous lui avons fait souffrir, jadis et aujourd’hui encore. Enfin, demandons-lui la grâce de lui ressembler davantage.
Abbé Georges de Nantes
Extraits du sermon du 9 avril 1989