2 AVRIL 2026
L’Agonie de Jésus au jardin des Oliviers
En ce Jeudi-Saint où la Sainte Église est toute tournée vers la Passion de Notre-Seigneur et la Compassion de Notre-Dame, méditons sur l’Agonie de Jésus au jardin des Oliviers, afin de consoler leur très Unique Cœur non seulement des douleurs endurées jadis, mais des offenses et indifférences, outrages et blasphèmes qui transpercent ce Cœur aujourd’hui.
Après une vie publique, sans cesse confronté au mauvais esprit, à la jalousie et la haine des juifs qui refusaient de croire en lui, Jésus est monté une dernière fois à Jérusalem avec ses disciples. Il sait très bien le complot que fomentent ses ennemis pour le tuer, Il veut souffrir leur persécution jusqu’à la mort, pour offrir sa vie en expiation des péchés du monde, par obéissance à son Père. C’est le grand mystère de la Rédemption. Le soir du mardi 4 avril de l’an 30, dans un dernier repas avec ses apôtres, Il leur donne, ainsi qu’aux saintes Femmes, son propre Corps à manger et son Sang précieux à boire, célébrant par avance la Nouvelle et Éternelle Alliance qu’Il scellerait par son Sacrifice.
La Sainte Vierge assistait à tout cela. Elle était d’une Sagesse, d’une sensibilité, d’une intuition féminine telle que, certainement, pendant cette dernière veillée, elle comprenait que Judas allait trahir ; elle réprouvait la présomption de Pierre qui le conduirait au reniement annoncé par Jésus ; et elle admirait saint Jean, le disciple que Jésus aimait plus que les autres. Elle comprenait très, très bien que c’était le dernier repas avant sa Passion et elle était remplie d’appréhension.
Saint Jean écrit : « Jésus sortit avec ses disciples, et se rendit au-delà du torrent du Cédron, où il y avait un jardin, dans lequel il entra, lui et ses disciples. » (Jn 18, 1)
La Vierge Marie avait compris que Judas avait été renvoyé par Jésus pour qu’il aille trahir son Maître. « Et erat nox », c’était la nuit, la nuit du diable, l’heure de la puissance des ténèbres. Jésus s’enfonçait dans ces ténèbres, avec ses Apôtres qui, eux, n’avaient aucun courage et aucune perception de ce qui va se passer, aucune intelligence. Alors, ses entrailles de Mère se sont réveillées et toute cette nuit, elle n’a cessé de souffrir cruellement, de deviner comme une mère, toute l’angoisse de son Enfant. Comme Elle aurait voulu le suivre, recueillir chaque goutte de sa sueur de sang, s’interposer entre ses bourreaux et lui ! La Vierge Marie a offert le grand renoncement de le laisser aller, comme elle l’avait déjà laissé partir au commencement de la vie publique, quand Il la quitta à Nazareth.
Au Cénacle, dans Jérusalem endormie, il fallait qu’elle reste là sans rien faire, et elle a commencé à compatir, instant par instant. Comme Jésus acceptait, sa Mère, sa Compagne, son Épouse acceptait. Elle a tout souffert de moment en moment ; c’est là son mérite : elle accepte, elle ne se rebelle pas, elle n’a aucune haine pour tous ceux qui torturent son Fils. Elle prie pour eux. Elle sait que dans la mesure même où elle acceptera ce supplice jusqu’au bout, elle participera au salut de ces âmes qu’elle aurait lieu de détester. Ainsi, elle devient Refuge des pécheurs, Médiatrice de toutes grâces.
« Jésus et ses Apôtres parviennent à un domaine du nom de Gethsémani, et il leur dit : “ Restez ici, tandis que je prierai. ” Puis il prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il commença à ressentir effroi et angoisse. Et il leur dit : “ Mon âme est triste à en mourir ; demeurez ici et veillez. ” » (Mc 14, 32-34)
Le divin Cœur de Jésus est triste, à en mourir, de la peine que nos péchés causent à son Père. À Pontevedra, en 1925, Il manifestera la même tristesse, à cause de la peine que nos péchés suscitent dans le Cœur de sa Sainte Mère.
Elle-même, disait Notre Père, a vécu par l’opération du Saint-Esprit la même agonie dans sa solitude, par Lui, avec Lui, et en Lui. Comme Jésus, le Saint de Dieu, a porté nos péchés devant son Père, la Vierge Marie s’est faite péché avec lui.
« Étant allé un peu plus loin, il tombait à terre, et il priait pour que, s’il était possible, cette heure passât loin de lui. Et il disait : “ Abba (Père, en araméen) ! tout t’est possible : éloigne de moi cette coupe ; pourtant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! ” » (Mc 14, 35-36)
Durant toute sa vie terrestre de Fils de Dieu fait homme, Notre-Seigneur a souffert du mal, du péché de notre monde. Il avait de quoi être exaspéré par l’incrédulité, le mauvais esprit de ses contemporains et cela provoquait en lui une sorte de désarroi intime, un écartèlement entre sa volonté divine et sa volonté humaine. Dans cette angoisse, Il a toujours trouvé refuge auprès de son Père : l’Évangile nous dit qu’Il passait des nuits à prier ainsi.
Suprêmement, à cette heure de l’Agonie, Jésus est écartelé entre sa volonté d’obéir à son Père et sa volonté humaine, son instinct de conservation humain révulsé par la souffrance, la mort, et surtout l’ignominie de porter tous les péchés du monde. Il est tenté par le démon qui rôde dans ce jardin comme dans le paradis terrestre, de refuser cette charge accablante, immonde.
Il retourne alors vers ses disciples « et les trouve en train de dormir ; et il dit à Pierre : “ Simon, tu dors ? Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible. ” » (Mc 14, 37-38)
Dans sa souffrance à lui, Jésus pense à ses pauvres Apôtres qui, s’ils ne prient pas, seront sans force quand l’ennemi viendra, et succomberont à la tentation de tout abandonner.
« Puis il s’en alla de nouveau et pria, en disant les mêmes paroles. De nouveau il vint et les trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis ; et ils ne savaient que lui répondre. Une troisième fois il vient et leur dit : “ Désormais vous pouvez dormir et vous reposer. C’en est fait. L’heure est venue : voici que le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici que celui qui me livre est tout proche. ” » (Mc 14, 39-42)
Notre-Seigneur s’est relevé de son Agonie. Les ténèbres de la tentation sont dissipés. Quand vient « Judas, menant la cohorte et des gardes détachés par les grands prêtres et les pharisiens, avec des lanternes, des torches et des armes », afin de l’arrêter, Jésus se livre à eux : « Sachant tout ce qui allait lui advenir, Il sortit et leur dit : “ Qui cherchez-vous ? ” Ils lui répondirent : “ Jésus le Nazôréen. ” Il leur dit : “ Je Suis ” et non pas “ c’est moi. ” » C’est le nom de Yahweh. En le disant, Jésus exprime toute la majesté de Dieu, au moment où il est traqué comme un brigand. À ces mots, les soldats reculèrent et tombèrent à terre. C’est vraiment dire que s’il l’avait voulu, il les aurait renvoyés au diable ! À Simon-Pierre qui voulait défendre son Maître, qui avait déjà coupé l’oreille d’un soldat, Jésus dit : « Rentre le glaive dans le fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? » (Jn 18, 3-11) Et Jésus va guérir l’oreille, c’est dire qu’il conduit tout !
Mes bien chers frères, mes sœurs, chers amis, nous du moins, pendant notre adoration en cette nuit du Jeudi-Saint, tâchons de consoler notre Sauveur et notre divine Mère. C’est le fruit de ce premier mystère douloureux : la contrition de nos fautes, et le désir de consoler le Cœur très Unique de Jésus-Marie par nos prières et nos sacrifices.
Frère Bruno de Jésus-Marie
Extraits du sermon du 4 mars 2023