La circumincessante charité

La Vierge Marie

I. L'Immaculée Conception, préexistante

« La Femme » dans la Bible

NOTRE entrée dans la vie surnaturelle, qui n’est rien d’autre que notre accès à la Trinité Sainte des Trois Personnes divines, se fait par la Vierge Immaculée qui nous apparaît en premier dans toute sa gloire au seuil du Paradis retrouvé.

Dans l’aujourd’hui de Dieu – qui est bien l’aujourd’hui de notre histoire à nous – brille à nos yeux au Ciel la gloire de l’Immaculée : c’est une Femme annoncée au tout début de l’histoire sainte, première bonne nouvelle après la catastrophe du péché originel. Aussi, tous les Pères de l’Église ont appelé ce passage de la Bible, Genèse 3, 15, le Protévangile. Dieu fait cette promesse avec dédain au démon : « Je mettrai une hostilité entre toi et la Femme, entre ton lignage et le sien. Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. » Ce seul verset change tout le cours de l’histoire humaine. Dieu promet le salut : une Femme sera bénie de Dieu et par son descendant, son “ lignage ”, sauvera le monde du démon qui sera vaincu sous son pied dans un combat cruel.

Or, la descendance de la femme prend figure par l’annonce du Messie, en Isaïe 7, 14 : « Voici, la Vierge est enceinte, Elle va enfanter un fils et Elle lui donnera le nom d’Emmanuel. » Il n’y en a qu’un dans l’histoire du monde, c’est évidemment Jésus-Christ, né d’une Vierge, la Vierge Marie qui est donc cette Femme victorieuse de Satan et par laquelle l’œuvre de Dieu sera réparée.

On retrouve aussi cette « Femme » à la fin de la Bible : Apocalypse 12, 1 : « Un signe grandiose apparut au ciel : c’est une Femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement. Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon ». C’est Satan qui revient, le même qui avait été vainqueur d’Ève. « En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprêta à dévorer son enfant aussitôt né. » C’est la grande bataille de la fin des temps où la Vierge triomphera par la grâce de Jésus.

Le parallélisme des deux textes du début et de la fin de la Bible est évident. Ainsi annoncée dès les origines, cette « Femme » est à la fin glorifiée, magnifiée, couronnée dans l’Apocalypse, devenue Mère du Verbe et notre Mère à tous, quel destin unique !

« Tota pulchra es o Maria »
Vous êtes toute belle, ô Marie !

Vierge d'humilité
« Vous êtes toute belle, ô Marie,
et la tache originelle n’est pas en vous. »
Antienne du 8 décembre

Cette Femme nous apparaît dans la pureté originelle de sa nature et de son sexe, elle est pleine de grâce : c’est ainsi que l’Ange la saluera. Nous retrouvons le même émerveillement en nous-mêmes que celui d’Adam lorsqu’il ouvre les yeux sur cette compagne que Dieu lui a donnée. C’est cette même admiration et affection que tout homme doit normalement éprouver, comme d’instinct, spontanément, pour cette Vierge Immaculée. Car Elle est pleine de grâce, admirable et aimable, à l’homme comme à Dieu. Dieu est heureux de contempler la Vierge dans son Immaculée Conception, première œuvre sublime de sa pensée et de son Cœur. Et de la même manière, quel est l’homme qui ne sera pas frappé de la beauté et de la bonté qui resplendissent en tout son être ? Certains peintres savent nous faire éprouver cette inclination naturelle du cœur humain pour la Vierge Marie, et parmi eux, citons l’incomparable Fra Angelico. Contemplons ses Vierges dites “ d’humilité ” et tous ses autres tableaux de la vie de la Vierge Marie.

Dans cette ravissante beauté qui nous touche, notre cœur est fait pour l’aimer. Dieu l’a créée et bénie de telle sorte qu’Elle est l’objet de la fascination et contemplation de toute la descendance d’Adam. Quand l’Ange Gabriel s’incline devant Elle le jour de l’Annonciation et lui adresse ces paroles : « Vous êtes pleine de grâce », ce mot ne veut pas dire simplement ici “ don gratuit de Dieu ”. Mais aussi, cavri" [karis] en grec, signifie beauté. Du fait de cette grâce, la Vierge Marie est Immaculée. Toute tache lui est insupportable. Elle est inaccessible à la tentation du diable et d’Elle émane une force pour détourner ceux qui l’aiment de toute luxure et de toute superbe. Sa vision guérit l’homme de ses souillures. Elle vient pour réparer le péché originel. Non point qu’Elle soit Elle-même le Sauveur, mais Elle est la Mère du Sauveur, conçue avant tous les temps pour lui donner chair quand l’heure serait venue et être sa Corédemptrice pour l’aider à ramener les hommes à Dieu.

Créature parfaite, inaccessible au mal, invincible à la chair, au monde et à Satan, touchante par sa beauté et sa grâce, sa tendresse et sa douceur, sa virginité, sa ferveur et sa piété, Elle est la Porte du Ciel par où l’on entre dans le circuit d’amour du Père, du Fils et du Saint Esprit. Dieu l’a créée pour sa gloire, mais Il l’a créée pour notre salut. L’attrait naturel qu’Adam avait pour Ève n’était voulu par Dieu que pour ce qui suivrait : l’amour de la Vierge Marie ! Que toute créature humaine se sente attirée invinciblement vers cette créature que depuis le commencement des temps, Dieu dans sa bonté rêvait de nous donner : amour spontané de toute femme pour sa virginité ; amour spontané de tout homme pour la Femme parfaite.

Elle est première dans l’histoire du monde et dans chacune de nos âmes qu’Elle enfante à la grâce. Comme l’enfant connaît d’abord sa mère et ne connaît qu’elle, apprenant d’elle à se tourner vers son père, la première personne que rencontre le baptisé, c’est la Vierge Marie et il adhère à cette Mère Immaculée d’un élan spontané d’enfant.

C’est d’ailleurs une tradition vénérable, à peine l’enfant est-il baptisé, de le porter sur l’autel de la Vierge Marie pour le lui consacrer. Les parents font cela avec dévotion, mais ne s’aperçoivent pas de la grandeur de ce geste considérable. Revivons cette consécration et réjouissons-nous d’être de ses enfants privilégiés, confiés à son Cœur Immaculé qui sera toute notre vie, notre refuge et le chemin qui nous conduira à Dieu. Être enfant de Marie : pour cela, notre Père invite chacun de nous à revenir sur son expérience de la maternité, dans la personne même de sa mère : c’est là un trésor relationnel tout à fait singulier, intime. C’est Dieu qui a rêvé cette relation entre une mère et son enfant, relation incomparable : elle l’a porté en elle, l’a mis au monde dans les douleurs, l’a veillé dans son enfance, pris dans ses bras... Cet amour maternel vient de beaucoup plus haut : il est chargé de nous révéler l’amour de la Vierge Marie.

Bse Zélie Martin
Bse Zélie Martin (1837-1877),
mère de sainte Thérese

L’analogie peut être à double sens : ou bien j’ai eu en ma mère une femme attentive, dévouée, chaleureuse, et alors je n’ai qu’à faire appel à cette expérience pour avoir une dévotion semblable pour la Vierge Marie qui est ma Mère du Ciel, transportant cette même tendresse, affection, réconfort perpétuel de ma mère de la terre à Celle du Ciel (comme cela fut le cas pour sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus), ou bien si je n’ai pas eu cette joie, soit que ma mère ne m’ait jamais aimé, sois que je me sois braqué contre elle, tout en acceptant cette épreuve, je veux trouver en la Vierge Marie cette source de tendresse qui ne m’a pas été donnée sur terre.

Notre Père ne se contente pas de nous expliquer les fondements théologiques de la dévotion à la Sainte Vierge. Il multiplie les citations des saints, et nous donne des exemples entraînants dans la vie des saints connus ou ignorés : il y a la conversion spectaculaire du juif Alphonse Ratisbonne, retourné en un instant par l’apparition éblouissante et toute-puissante de la Vierge aux rayons, dont il avait accepté de porter la médaille.

Il y a ce frère Gabriel Mossier, ancien cuirassier de la guerre de 1870, devenu trappiste au monastère de Chambaran et délivré miraculeusement, par l’intervention de la Sainte Vierge, de tentations terribles du diable qui voulait casser cette vocation magnifique. Il raconte les débuts si éprouvants de sa vie religieuse :

« Malaises, énervements, langueur, voilà pour le corps ! Peines, afflictions, craintes, angoisses, tentations, difficultés, voilà pour l’âme ! Je priais, je pleurais, je m’ensanglantais [de disciplines], Dieu restait sourd et me laissait toujours dans la grotte de Gethsémani. Un jour pourtant que, plus malheureux que jamais, je lui criais : “ Mon Dieu, ayez donc pitié de moi ! Que voulez-vous que je fasse ? ” je crus entendre une voix intérieure qui me dit très distinctement : Aime Marie ! Aime Marie !– Et dès ce moment c’en fut fait de mes épreuves. Non seulement plus de craintes, plus d’angoisses, plus de difficultés, plus de peines ; mais des joies et toujours des joies, parce que la Vierge, ma toute bonne et céleste Mère, change et transforme tout en délices ! Tout ! jusqu’aux humiliations les plus amères, jusqu’aux sacrifices les plus sanglants ! J’ai le ciel sur la terre et il m’est impossible de faire pénitence, moi qui ai été si pécheur ! (...) Ah ! que je voudrais être apôtre ! J’irais dans les villes, les villages, les hameaux, partout où il y aurait une âme ! et je crierais et ne cesserais de crier : Aimez Marie ! Aimez Marie !L’amour de Marie, c’est le train de plaisir pour le Ciel ! »

C’est sous l’impression très forte de cette parole : Aimez Marie ! que notre Père eut l’inspiration d’invoquer la Sainte Vierge avec ces mêmes mots : Je vous aime, ô Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, pour la récitation de notre chapelet. « Il me semble, nous confiait-il, que cette parole pleine de dévotion, nous contraint, pour ainsi dire, à sortir de notre routine un peu froide (et “ cavalière ”) du Je vous salue, Marie, et aussi de faire réparation pour tant d’âmes qui ne l’aiment pas. » Autant d’Ave, autant d’actes d’amour.

Sermon de saint Bernard, abbé.

« ET le nom de la Vierge était Marie. Disons quelques mots de ce Nom qu’on peut interpréter Étoile de la mer et qui convient parfaitement à la Vierge-Mère. Car de même que sans aucune altération, l’astre émet son rayon,, ainsi, sans aucun dommage pour sa virginité, la Vierge a enfanté son Fils (...) Elle resplendit partout sur la terre et réchauffant les âmes plus que les corps, nourrit les vertus et dessèche les vices (...)

« Ô vous qui que vous soyez, qui comprenez que dans le tourbillon de ce monde, vous êtes balloté par les orages et les tempêtes au lieu de marcher sur une terre ferme, ne détournez point les yeux de cet astre éclatant, si vous ne voulez pas être englouti par la tempête. Si le vent des tentations se lève, si vous heurtez l’écueil des tribulations, regardez l’étoile, invoquez Marie. Si vous êtes secoué par les vagues de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, de la jalousie, regardez l’étoile, invoquez Marie. (...)

« Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, pensez à Marie, invoquez Marie. Que son nom soit constamment sur vos lèvres, qu’il ne quitte pas votre cœur ; et afin d’obtenir l’appui de sa prière, ne perdez point de vue son exemple. »

Vision de saint Bernard
Vision de saint Bernard

Matines du saint nom de Marie, 12 septembre

« Je suis l’Immaculée Conception »

Entrons un peu plus profondément au centre du mystère de Marie. Elle est conçue et créée par Dieu, Immaculée, comme sa Fille ornée et comblée de toutes les perfections, sortie de ses mains à l’aurore des temps, comme une œuvre à part de son Amour, unique et singulière. C’est une Femme, non un ange, mais « plus divine qu’humaine ». À la suite du Père Kolbe, prolongé par les intuitions de notre Père, posons cette question : Qui êtes-vous, Immaculée ? C’est le pape Pie IX qui définit infailliblement en 1854 le dogme de son Immaculée Conception, par la Bulle Ineffabilis Deus, dont notre Père savourait tous les termes en parfaite consonance avec la circumincessante charité :

Pie IX« La Bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant de sa Conception a été par un singulier privilège de Dieu, en vertu des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute souillure originelle. (...)

« Dieu ineffable dont les voies sont miséricorde et vérité (...) avait prévu de toute éternité la déplorable ruine en laquelle la transgression d’Adam devait entraîner tout le genre humain. Et dans les profonds secrets d’un dessein caché à tous les siècles, Il avait résolu de parfaire par l’Incarnation du Verbe l’œuvre première de sa bonté (...). Il destina donc à son Fils Unique, dès le commencement et avant tous les siècles, la Mère de laquelle, ayant pris chair, Il naîtrait (...). Il la choisit, (...) et L’aima par-dessus toutes les créatures, d’un tel amour suprême et antérieur, qu’Il mit en Elle, d’une manière singulière, toutes ses plus grandes complaisances (...). Puisant au trésor de sa divinité, Il la combla bien plus que tous les esprits angéliques (...) de l’abondance de toutes les grâces célestes et l’enrichit avec une profusion merveilleuse afin qu’Elle fût toujours sans aucune tache, entièrement exempte de l’esclavage du péché, toute belle et parfaite et dans une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne pût, au-dessous de Dieu, en concevoir une plus grande et que nulle autre pensée que celle de Dieu même ne pût en mesurer la grandeur. (...) Les Pères de l’Église n’ont rien eu plus à cœur (...) que de louer et d’exalter à l’envi, de mille manières et dans les termes les plus magnifiques, la parfaite sainteté de Marie, son excellente dignité (...) Ils ont enseigné que par ce divin oracle : “ Je mettrai l’inimitié entre toi et la Femme, entre ta postérité et la sienne ” (Gen 3, 15), Dieu avait clairement montré à l’avance le miséricordieux Rédempteur du genre humain, son Fils Unique Jésus-Christ, désigné sa Bienheureuse Mère, la Vierge Marie (...) en sorte que la Très Sainte Vierge, unie à Lui par un lien très étroit et indissoluble, fut, par Lui et avec Lui, l’éternelle ennemie du serpent venimeux, le vainquit, le terrassa sous son pied virginal (...) et lui brisa la tête. »

Notre-Dame de LourdesOn pensait être au bout de nos découvertes, lorsque à Lourdes, la Très Sainte Vierge s’est nommée elle-même : « Je suis l’Immaculée Conception ». Qu’est-ce que ce Nom donné à la Sainte Vierge ? La Sainte Vierge n’a pas dit : « Je suis Immaculée dans ma conception » ou bien « Je suis née d’une Immaculée Conception ». Elle a dit : « Que soy era Immaculada Councepciou - Je suis l’Immaculée Conception » : c’est le fond de son mystère. Saint Maximilien Kolbe a été saisi par cette parole que personne n’a encore comprise et il nous a ouvert les portes toutes grandes sur le mystère positif merveilleux qui nous est dévoilé. L’Immaculée Conception, ce n’est pas seulement négatif, c’est-à-dire une créature prise d’entre les hommes et prémunie de toute tache. C’est bien plus ! Le mot « Conception » veut dire « ce que Dieu a conçu, ce que Dieu a pensé ». Saint Maximilien Kolbe l’interprète d’une manière tout à fait active, perpétuelle, à savoir qu’Elle est le fruit de la pensée de Dieu. C’est Elle que Dieu a pensée d’abord. Elle est le premier projet de Dieu Père et Fils dans le Saint-Esprit de toute éternité. Mais notre Père ne prétend pas pénétrer entièrement toute la richesse de ce Nom. Il demeurera toujours émerveillé devant « ce qu’il y a de plus fantastique dans la Vierge Marie » pour qu’un jour, la Sainte Vierge ou l’Esprit-Saint en ouvre la compréhension à toute l’Église qui en sera bouleversée.

Mais en méditant attentivement sur les textes de l’Écriture qui annoncent l’Immaculée et que l’Église depuis des siècles lui applique dans la liturgie de ses fêtes, notre Père en vient à ajouter un nouveau fleuron à la couronne de la Sainte Vierge : la préexistence de son âme. En effet, voici le texte de l’épître de la fête de l’Immaculée Conception, le 8 décembre :

« Yahweh m’a conçue, commencement de sa Voie, avant ses œuvres, depuis toujours. Dès l’éternité, je fus sacrée, dès le commencement, dès les origines de la terre. Quand les abîmes n’existaient pas, je fus enfantée.

« Quand il n’y avait point de sources regorgeant d’eau, avant que les montagnes ne fussent implantées, avant les collines, je fus enfantée ; alors qu’il n’avait pas encore fait la terre, ni les campagnes, ni le commencement des poussières du monde. Quand il affermit les cieux, j’étais là ; quand il traça un cercle à la surface de l’abîme, quand il condensa les nuées en haut, quand il rendit puissantes les sources de l’abîme, quand il assigna sa limite à la mer, pour que les eaux n’en franchissent pas le bord, quand il fortifia les fondements de la terre ; à ses côtés, je suis, enfant chéri ; je suis, faisant ses délices, jour après jour ; jouant devant lui tout le temps, jouant sur le sol de sa terre, et trouvant mes délices avec les fils d’Adam. »

Il s’agit de la Prosopopée de la Sagesse (Proverbes 8, 22-36) et il y a aussi d’autres textes parallèles. Les scribes inspirés, auteurs des Livres de sagesse, avaient perçu auprès de Dieu une sagesse divine, existante auprès de Lui depuis toujours, pleine de douceur et possédant toutes les vertus féminines. Dans la Bulle Ineffabilis Deus, le Pape le disait pareillement :

« Les termes mêmes dans lesquels les divines Écritures parlent de la Sagesse incréée et représentent ses origines éternelles, l’Église a eu coutume de les employer dans les offices ecclésiastiques et dans la liturgie sacrée et de les appliquer aux origines de cette Vierge ; origines mystérieuses que Dieu avait instituées dans un seul et même décret avec l’Incarnation de la Sagesse divine (...) »

« Yahweh m’a conçue... » : il s’agit d’un être spirituel auprès de Dieu depuis toujours et créé par Lui. Ce ne peut donc pas être le Fils ! Le texte est d’une clarté incomparable : il s’agit de la Vierge Marie. Existerait-elle depuis toujours dans son âme ? Si cette intention paraît audacieuse, nouvelle, elle ne va à l’encontre d’aucun dogme. Elle rencontre même cette exclamation du bienheureux Pie IX : « Avec la Vierge, vous pouvez concevoir les choses les plus magnifiques, les plus extraordinaires : vos idées ne seront même pas au niveau de ce que l’on peut penser et croire de la Vierge Marie. »

De plus, notre Père n’impose à personne cette nouveauté et la soumet d’avance entièrement au jugement de l’Église.

Mais si on s’appuie sur ce principe de l’Église que la loi de la prière est la loi de la foi (lex orandi lex credendi), tous les textes de la liturgie poussent à cette conclusion : « Dès l’éternité, je fus sacrée... »

Notre Père observe que généralement, certaines notes en bas de page de nos bréviaires prennent soin de limiter cette préexistence de la Sainte Vierge à une pure pensée, intention de Dieu, dénuée de toute réalisation créée. Mais notre Père objecte que c’est trop peu pour Dieu et pour Elle que cette vue d’Elle par Lui comme d’une pure conception intime, idéale, une conception intellectuelle. Cela n’aurait rien de singulier puisque nous sommes tous « dans la pensée de Dieu ». Ce n’est pas une idée que Dieu a dans ses placards. Dieu La pense, et en La pensant, Il la crée. Comme Elle se nomme Elle-même, Elle est la Conception unique et singulière, réelle, déjà créature et aimée, aimante de son Créateur, à l’intersection du temps et de l’éternité : mystère ! Assistante auprès du trône de Dieu, serrée sur son Cœur et promise, le temps venu, à une vocation magnifique d’Épouse et de Mère. La Vierge Marie est la Personne que Dieu a conçue dans sa Sainteté, à l’origine des siècles.

Cela donne une largeur, une longueur, une hauteur, une profondeur à l’éternité qui n’est plus un vain mot portant seulement absence d’histoire. La présence de Marie donne une sorte de contenu humain, une durée humaine à la gloire de Dieu. Si l’âme de la Vierge Marie extasiée, déjà possédée par la flamme de l’Esprit Saint assiste aux œuvres de Dieu depuis toujours, la voilà vraiment Reine de l’univers. Quand les anges sont créés, ils admirent déjà cette âme, première de toutes les créatures. Ils s’inclinent devant Elle, et ceux qui se refusent à cet hommage, à cet amour seront les démons tombés en enfer pour n’en plus jamais revenir. Elle était là participant à la création du genre humain. L’âme de Marie préexistante est déjà en lien avec tous les êtres vivants depuis Adam et Ève, en charge de corédemption. Et les Trois Personnes divines reçoivent dès l’origine, de sa voix une très pure louange, un amour et une gloire selon cette parole du Cantique des cantiques : « J’entends ma bien-aimée, ma vierge colombelle. Que ta voix est douce et ton visage charmant. »

Notre Père fut très heureux d’apprendre un jour que Sainte Louise de Marillac fut elle aussi vivement saisie par la lecture de l’Épître de la fête de l’Immaculée Conception :

« Le Seigneur m’a créée au début de ses desseins, avant ses œuvres les plus anciennes. Dès l’éternité, je fus sacrée, dès le commencement, avant l’origine de la terre. »

Cette sainte eut un songe : « Voyant que la sainte Église appliquait à la Sainte Vierge son être devant la création du monde, mon esprit y a acquiescé, pensant que non seulement Elle était de toute éternité en l’idée de Dieu par sa prescience, mais encore préférablement à toute autre créature pour la dignité à laquelle Dieu la destinait, de Mère de son Fils. (...) Dieu a voulu faire un acte de sa volonté spécifié pour la création de l’âme de la Sainte Vierge, et ce pourrait aussi avoir été un acte effectif, ce que je soumets entièrement à la Sainte Église, ne m’en servant que pour en honorer davantage la Sainte Vierge », ce qui est aussi notre propos.

Dieu, cette infinie liberté, avant même de penser à créer le monde, a créé mieux : Marie ! Elle est antérieure en perfection, exempte de toute souillure, Elle a été préservée de la faute, adhérant de toute éternité à tout ce que Dieu veut. Elle choisit Dieu : Satan ne peut mordre sur Elle.

Qu’Elle soit créature éternelle n’est pas contradictoire dans les termes puisque saint Thomas admet comme plausible l’éternité de la matière. Ici, il s’agit de la création de son âme, avant même qu’il soit question de son corps.

Notre Père nous fait contempler « la toute sage et belle et espérante et aimante Immaculée Conception, Marie toujours Vierge, dans les embrassements éternels du Père et du Fils l’envahissant de leur Esprit d’amour saint et créateur. Il me semble qu’avant le monde, tout le monde était déjà en Elle, en son Cœur Immaculé et qu’après, tout ce monde s’y retrouvera. (...) Notre espérance d’aller La voir un jour au Ciel dans la Patrie grandit en pensant d’Elle que depuis toujours, évidemment, elle est Elle dans les bras du Bon Dieu, qu’ils se connaissent et s’aiment absolument depuis toujours ! et qu’enfin, si Jésus est, il a bien fallu qu’éternellement, Elle ait été sa Mère terrestre et qu’Elle soit toujours de même, Marie Immaculée, la Mère du Bon Dieu !

Alors, Elle nous connaît bien, Elle sait bien ce que nous sommes, que nous n’étions que misère et même rien du tout, que nous sommes devenus à travers les milliards d’années à sa prière, sous son regard, objets de miséricorde, en gloire et béatitude auprès d’Elle dans le sein du Père, de notre bon Père Céleste. » C’est toute la circumincessante charité accomplie !

La place de la Sainte Vierge dans la Sainte Trinité

La particularité de notre Père, qui fait de lui un métaphysicien de génie, est d’avoir trouvé la vraie définition de la personne, qui convient aussi bien aux Trois Personnes divines qu’à toute créature humaine. Il est donc à même de nous expliquer les relations de la Bienheureuse Vierge Marie avec la Sainte Trinité. Un poème de saint Jean de la Croix qu’il affectionne particulièrement, va nous aider à imaginer un peu la vie divine au sein de la Trinité et le premier jaillissement d’amour qui posa la Vierge Marie dans l’être, au commencement.

Il s’agit du Romancero1, ensemble de poésies qui sont de psychologie mystique dans lesquelles saint Jean de la Croix explique l’Être divin et les êtres créés, en suivant de très près l’évangile de saint Jean.

Sainte Trinité
« À la différence de l'icône de Roublev, la Sainte Trinité peinte par frère Henry nous est représentée sous le mode du Père avec sa grande barbe ; Jésus-Christ avec sa Croix, dans son incarnation, les pieds sur le globe de la terre ; et à côté de Lui, Lui donnant la main comme une épouse à son époux, sous la bénédiction du Père, c'est la Vierge Marie, comme le réceptacle du Saint-Esprit. La Colombe du Saint-Esprit est le lien entre les deux. »
Commentaire de notre Père

Comme support à la compréhension du Romancero, notre Père propose un tableau peint par un frère de la communauté.

« Au principe demeurait le Verbe et en Dieu vivait
Où son infini bonheur Il possédait.
(...)
Fils est le nom du Verbe, puisque du Principe Il naît
Toujours Il L’a conçu et Il Le conçoit toujours
Ainsi la gloire du Fils est celle qu’en son Père Il avait.
Et toute sa gloire, le Père dedans son Fils possédait.
 »

Dieu est unique, mais non pas solitaire. Dieu est Trinité, et en Lui, il y a une psychologie qui distingue les Trois Personnes les unes des autres.

Le Père est l’origine : Il EST infiniment par Lui-même et Il est toute force, puissance, perfection. En Dieu, tout est parfait. Le Père est l’Acte Pur. Il fait puissamment ce que sa pensée veut faire. Il engendre parfaitement son Fils, à sa ressemblance : son Fils est tout-puissant. C’est un engendrement divin, spirituel : son Fils est sa Parole. Quand le Père engendre son Fils, Il lui donne toutes ses perfections... non, pas tout à fait ! Car Jésus dit : « Le Père est plus grand que moi. » Cela ne veut pas dire que le Fils n’est pas Dieu. Mais en Dieu, la génération est active dans le Père et passive dans le Fils : le Fils reçoit la vie. Le Fils reçoit tout l’être du Père et Il est plein de reconnaissance.

Il y a donc un Père qui engendre son Fils et se retrouve en Lui parfaitement. Le Fils, le Verbe, se complaît aussi parfaitement dans son Père : parfait échange de cette nature divine, parfait amour.

Le Père et le Fils donnent existence à leur Amour qui est “ rayonnement ”, “ communion du Père et du Fils ”, exultation, joie de leur Être qui ne fait qu’Un : c’est le Saint-Esprit, troisième Personne divine. Il est l’objet d’une spiration. On ne sait comment le nommer : on Le dit l’Amour.

Le Père et le Fils, dans leur union d’Amour donnent... spirent, expirent un Souffle qui s’appelle Esprit : c’est une procession. Il ne faut pas chercher à comprendre !

L’Esprit Saint est passif et revient au Père et au Fils. Il se définit par cette spiration passive. Il est retour d’Amour. Le Père et le Fils soufflent leur Amour qui se hâte de revenir en leur sein.

« À tous Trois, ils étaient trois Personnes, et cependant, Un seul Être aimé. »

Le Père ne cesse de se donner, de donner tout ce qu’Il est à son Fils qui Lui-même le lui rend bien en reconnaissance, mais en même temps, les deux donnent cette même perfection de nature divine, avec tous ses attributs, à l’Esprit Saint qui est leur Amour. Donc, c’est un mouvement, une circumincession.

« Et un seul amour en Elle toutes un seul ami Les faisait... »

À la deuxième strophe, intervient cette psychologie qui est évidemment une figure mais qui nous rend tout de même un peu compréhensible l’inénarrable Trinité.

« En cet immense amour qui procède des Deux,
Le Père au Fils disait propos grandement savoureux...
 »

Nous entrons dans cette douceur et tendresse qui est certainement le propre, le caractère de la vie trinitaire :

« De si profond délice que nul ne les entendait.
Seul s’en réjouissait le Fils à qui le Père les adressait.
Rien ne me contente, Fils, hors ta compagnie.
Et si quelque chose [ou quelqu’un] Me contente, c’est en Toi que Je l’aimerais.
Celui qui te ressemble le plus, le plus Me satisferait (...)
En Toi seul Je trouve mon gré, ô vie de ma vie.
De ma lumière, Tu es ma lumière, tu es ma sapience,
L’image de ma substance, en qui J’ai bonne complaisance.
 »

On voit tout d’un coup naître en Dieu cette pensée d’associer à leur Trinité parfaite, divine, d’autres êtres.

« Celui qui T’aimerait, Fils, à lui Je me donnerais Moi-même... »

Je T’aime tant, mon Fils, que qui t’aimera toi-même recevra de Moi tout l’amour que Je verse en Toi-même ! Cette strophe est admirable et la suivante est un chef d’œuvre qui évoque le premier projet de Dieu : l’Immaculée Conception comme un don d’amour du Père à son Fils.

« Une épouse qui T’aime mon Fils, j’aimerais Te donner,
Qui, grâce à Toi, vivre avec Nous puisse mériter,
Et manger à la même table du même pain dont Je Me nourris,
Pour qu’elle connaisse les biens que J’ai en un tel Fils,
Et que, de ta grâce et de ta vigueur, avec Moi elle se réjouisse. 
»

Pourquoi une épouse pour un Dieu qui est pur Esprit ? C’est là que nous surprenons l’imagination créatrice de Dieu. Il voulait quelqu’un qui puisse être témoin de leur joie, de la surabondance de leur amour. Il n’a pas voulu d’un Esprit pur comme Lui, Père, Fils et Saint-Esprit, non, pas comme les Anges, trop parfaits, trop semblables à Lui. Alors un homme ? Non ; l’homme, c’est l’intelligence, la force, le chef, le disciple du maître, mais c’est trop de vigueur. Dieu aime la petitesse ; son regard s’abaisse avec d’autant plus d’amour que l’être est différent de Lui. Il estime devoir créer un être qui lui doive tout, qui porte la marque de la fragilité, disons le mot de saint Thomas, de la passivité. Il invente une femme, une épouse qui Lui doive tout, que sa nature porte vers Lui dans un immense élan d’amour, d’accueil, de tendresse : c’est l’Immaculée Conception.

Réponse du Fils qui est d’une admirable humilité :

« Je T’en rends grâce, ô Père, le Fils Lui répondait.
À l’épouse que Tu me donneras, la mienne clarté Je donnerai
Pour qu’elle puisse voir tout le prix de mon Père,
Et comment l’être que Je possède, de son être Je l’ai hérité.
Sur mon bras Je la pencherai : de Ton amour elle s’embrasera entière,
Et en éternel délice elle exaltera Ta bonté.
 »

Ainsi, Fille de Dieu, la Vierge Marie est-elle aussi l’Épouse et la Mère du Verbe divin. Mère de Dieu, Épouse du Christ : dans le spirituel, c’est conciliable.

C’est parce que Dieu a inventé la Vierge Marie pour la donner à Jésus en épouse qu’Il a créé l’homme et la femme.

Enfin, sa dernière invention : ayant conçu la Vierge Marie, Dieu a voulu lui donner un époux semblable à Elle. Dans son immense amour, le Verbe prend une chair pour lui devenir comme égal ; ne voulant pas être au-dessous d’Elle, Il se fait son Enfant.

Elle est dans le Ciel son Épouse parfaite : parfaitement proportionnée, l’Immaculée Conception. L’amour de Dieu a fait cette égalité à partir de la faiblesse et de l’humilité. Il l’a haussée jusqu’à Lui, et même un peu plus : Elle est sa Mère ! Elle est à la hauteur du Père !

Elle est la sponsa Verbi, en laquelle toute l’Église et toutes les saintes âmes sont présentes, car Dieu l’a faite Mère de tous les vivants, Reine et Souveraine du monde.

« Une Épouse qui T’aime, mon Fils, J’aimerais Te donner... »

Ces épousailles que Dieu prépare pour son Fils ne sont en aucun cas charnelles. Ce n’est pas pour son corps, si beau, si pur, si édifiant soit-il pour nous, que Dieu a créé Marie.

Dieu a voulu un Cœur, le Cœur Immaculé de Marie dont toute l’application va être d’aimer.

« ... et manger à la même table du même pain dont Je Me nourris... »

La Vierge Marie, tout amour, va pour ainsi dire, manger le Verbe, c’est l’Eucharistie, et se nourrir de la présence en Elle de l’Enfant-Jésus. C’est une sorte d’habitation du Fils de Dieu en son Épouse et de son Épouse dans le Fils de Dieu.

Si nous la prions et la contemplons, la Vierge Marie va nous révéler son secret, nous laisser pénétrer dans son intimité avec son Époux divin. Nous découvrons en Marie non seulement des rapports de maternité avec Jésus : la maman de Jésus, notre Mère qui porte son cher Enfant dans ses bras... Elle est aussi Épouse de Dieu ! non pas du Saint-Esprit, car cette expression très souvent employée est défectueuse ; non pas du Père, mais Épouse du Verbe fait chair, de ce Dieu qui s’est fait homme pour voir et être vu, pour embrasser et être embrassé. Elle est la nouvelle Ève de cette nouvelle Alliance, dont Jésus est le nouvel Adam. Elle est sa compagne. Elle connaît tous ses secrets. Tout l’amour de la Vierge Marie va au Christ, en perfection. Elle y trouve son union totale à son Dieu devenu son Époux.

Notre Père invite son auditeur à relire dans cet esprit les versets du Cantique des cantiques qui chantent ces divines épousailles, appliquées à l’union de Jésus et de Marie, comme l’Église l’a compris en les mettant dans la liturgie des fêtes de la Sainte Vierge.

Tandis que le Roi était dans mes bras... ce verset exprime la fidélité retrouvée de l’épouse à son Dieu qu’elle entoure de ses bras, soucieuse de Lui plaire. La Vierge Marie entourera en Elle l’Homme-Dieu, lors de l’Incarnation. Dieu Enfant sera dans son sein, entouré de toute part par cette Vierge.

... Mon odeur exhala son parfum suave pour Le toucher, L’émouvoir. La sainteté du Cœur de la Vierge Marie devait bien charmer l’Enfant-Jésus dans ses bras.

Sa gauche est sous ma tête et sa droite me tient embrassée.C’est dit du Christ et de la Vierge Marie ! De telles expressions évoquent la plénitude de l’amour qui rayonne entre la Vierge Marie et Jésus, amour sponsal, nuptial : nous pouvons, par grâce participer à ce secret, entrer dans ce mystère, imiter l’inimitable Vierge Marie. Comme une mère enseigne ses enfants, par les mêmes strophes du Cantique des cantiques qu’Elle a dites à son profit, Elle nous apprend son langage d’amour pour notre propre compte.

L’abbé de Nantes souligne ici une nécessité : il faut nous dégager de la doctrine équivoque selon laquelle l’Incarnation serait l’union du Fils de Dieu avec la nature humaine. Le Verbe de Dieu est un Être bien vivant et la nature humaine est une abstraction. Si on pousse un peu, on tombe dans l’hérésie de Jean-Paul II : en s’incarnant, le Christ a épousé l’Homme, les épousailles sont faites. Tout homme est uni à Dieu en Jésus-Christ.

Quand Jésus veut ne faire qu’une chair, qu’un cœur et qu’un esprit avec une personne qui sera le début du salut, la nouvelle Ève, c’est la Vierge Marie Elle-même qu’Il prend pour Épouse. Les épousailles ont lieu au jour de l’Annonciation. Le Verbe vient “ nidifier ” dans l’Immaculée et se faire de Lui-même et d’Elle un corps. Il a tout de l’Époux qui féconde son Épouse de Lui et pour Lui, se faisant en Elle une humanité à leur commune ressemblance. C’est Lui-même fait chair et bien évidemment par Lui-même et non sans son Père, dans un engendrement où Il est l’Époux et Marie, l’Épouse.

L’Immaculée est l’Épouse du Dieu très Haut, une Épouse en laquelle son Époux divin se fait une chair d’enfant, conduisant son Épouse à y travailler maternellement pour se retrouver ainsi sa Mère sans rien perdre de sa virginité, tandis que Lui, d’Époux, est devenu son Enfant, sans rien perdre de sa divinité.

La Vierge Marie est aidée, soutenue, sanctifiée, divinisée... au-dessus de toute créature pour entrer dans cette union nuptiale et maternelle tout ensemble. Quelle application merveilleuse de l’Esprit Saint dans le droit fil de son œuvre trinitaire !

Répons de l’office du 8 décembre

« JARDIN clos est ma sœur épouse ; jardin clos, fontaine scellée.
Votre floraison est celle d’un jardin de délices, ô Marie !
Ouvrez-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, mon Immaculée. »

Colombe du Saint-Esprit.

À ce point de sa réflexion, notre Père contemple la relation singulière de la Très Sainte Vierge avec la troisième Personne de la Sainte Trinité : Elle est la demeure, le sanctuaire du Saint-Esprit.

Dieu le Père engendre son Fils de toute éternité et quand le Fils s’incarne, Il prend une nature d’homme. Pour prier le Verbe de Dieu, nous n’avons qu’à regarder Jésus-Christ, sur la Croix, sur le saint Suaire, recevoir dans la Communion son Corps et son Sang. Et le Fils est l’image du Père. Mais comment se faire une idée du Saint-Esprit puisqu’Il ne s’est pas incarné ? Regardez la Sainte Vierge : Elle est le temple du Saint-Esprit qui vient habiter en Elle. Le Saint-Esprit est passivité totale et Il est amour, amour, amour ! Dans la circumincession de la vie trinitaire, Il reçoit tout du Père et du Fils et Il remercie : « Merci, merci, merci ! Que je vous aime ô mon Père, ô Jésus, ô mon Verbe, que vous êtes parfaits ! Que vous êtes bons pour moi ! » C’est pour nous faire connaître cette troisième Personne de la Trinité que Dieu a créé la femme toute faiblesse et accueil, générosité, amour. Et avant toute créature, l’Immaculée Conception est la Colombe du Saint-Esprit. L’amour du Père et du Fils qu’est l’Esprit Saint doit s’épancher. Sa mission est d’incendier le monde, tous les cœurs au profit exclusif du Père et du Fils. N’ayant pas d’instrument, Il prend la merveille de la création, l’Immaculée Conception pour temple. Il ne s’est pas incarné en Elle. Mais Il l’a élue dès l’origine pour être sa manifestation, pour se rendre présent en Elle et agissant. Il nous serait pratiquement inabordable s’Il ne se manifestait pas à nous sous ce visage charmant de la Vierge Marie. Il l’a envahie depuis le début, opérant en Elle sa beauté, sa grâce, sa sainteté.

À l’Annonciation, quand l’Ange Gabriel la salue par ces paroles : « Ave Maria, gratia plena. Dominus tecum », « le Seigneur est avec vous », c’est du Saint-Esprit qu’il s’agit. Elle, fragile créature appelée à être comme divine dans sa mission de Mère de Dieu, est assistée par l’Esprit-Saint qui est l’âme de son âme.

Notre Père aime L’invoquer comme “ la Colombe du Saint-Esprit ”. Pourquoi ? Ici, la pensée de l’abbé de Nantes est originale, mais s’harmonise à merveille avec l’image biblique et évangélique de la colombe. La colombe apparaît dans la Bible au moment du déluge, annonçant le retour de la paix, de la grâce, de la bénédiction de Dieu : figure de la Bienheureuse Vierge Marie.

Dans le Cantique des cantiques, elle figure la Bien-Aimée du Messie, son Épouse, sa Fiancée, sa très belle, très pure et très fidèle Colombe.

« O columba unica mea, veni, veni de Libano. »

Miracle des colombes
Les colombes auprès de la Vierge de Fatima pèlerine, en Italie.

Au baptême de Jésus, la voix du Père s’est fait entendre. Saint Luc raconte : « Une voix partit du Ciel : Tu es mon Fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » (Lc 3, 22) « Le ciel s’ouvrit et l’Esprit Saint descendit sur Jésus sous une forme corporelle, comme une colombe. » Comment le Saint-Esprit pouvait-il se manifester mieux que sous l’apparence de la pure, la douce, la chaste Colombe, toute brûlante d’amour ? Cette colombe du baptême de Jésus est l’image de la Vierge Marie en qui habite le Saint-Esprit. La colombe, c’est la forme qui lui plaît le plus dans toute la création, c’est son symbole à cause de son innocence, de son amour, de son caractère très amoureux et de sa pureté, de sa fidélité dans l’amour : c’est du moins ce que tout le monde reconnaît dans la colombe.

Passons les siècles. À Fatima, des colombes miraculeuses entourent la statue de la Vierge Immaculée.

Ne disons donc plus que l’Esprit Saint est le grand inconnu, comme le disent beaucoup de gens. Il n’y a pas d’injure plus grande qu’on puisse faire à l’Église que de dire que depuis deux mille ans que l’Esprit Saint a fondé l’Église le jour de la Pentecôte, Il est le grand inconnu !

D’où on va inventer une nouvelle Pentecôte avec un nouveau Saint-Esprit qui sera un faux Saint-Esprit et les charismatiques ont abondé dans cette erreur.

Saint Maximilien Kolbe a dit à l’Église : Vous cherchez le Saint-Esprit ? Mais regardez ! Depuis deux mille ans, l’Église n’a cessé d’en avoir le culte, la dévotion, l’amour fervent, convertissant et radieux, c’est la Vierge Marie ! Quand vous voyez la Vierge Marie, évidemment vous passez au-delà du corps, ou par le corps vous allez à son âme, et par son âme vous allez en son Cœur, c’est-à-dire au foyer même de sa sainteté, de sa gloire et de ses mérites, et c’est le Saint-Esprit que vous priez !

Et donc, des trois Personnes, notre Père dit au contraire : le Saint-Esprit est la Personne avec laquelle nous avons les rapports les plus intimes, les plus fréquents, les plus constants. Nous qui disons notre chapelet, nous ne cessons d’invoquer Marie !

Ainsi considérée, la Vierge Marie est vraiment la Porta Coeli, la Porte du Ciel qui nous introduit dans la circumincessante charité de Dieu et nous distribue les dons du Saint-Esprit en bonne médiatrice.

Marie, Corédemptrice

Notre-Dame des DouleursLa dévotion catholique honore Notre-Dame des douleurs en compatissant aux tourments indicibles qu’Elle endura avec Jésus dans sa Passion. Mais la révélation de l’horreur du péché originel tel que notre Père l’a décrit sans l’édulcorer nous fait prendre la mesure de la charité du Cœur de Marie Corédemptrice s’offrant en Victime avec son Fils sur la Croix.

L’histoire sainte a en effet commencé de façon dramatique, abominable : un double crime sexuel marquant à jamais Adam et Ève et leurs enfants, devenus esclaves de Satan, comme ensemencés par un virus malin. Tous malades, révoltés, promis à la mort temporelle et à la damnation éternelle. Or, la Vierge Marie qui est auprès de Dieu, assiste à toutes ses œuvres. Quand vient le péché d’Adam et Ève, Elle en est épouvantablement indignée, écœurée, désolée. Elle qui est “ du Ciel ” recule d’horreur devant un tel spectacle ! En Adam, c’est le Verbe qui est rétabli en cette liturgie cruelle – c’est-à-dire où le sang coule – dans le Sang répandue et le Corps partagé, la parenté rompue entre Dieu et l’humanité.

Le Fils de Dieu s’offre pour réparer et se substituer à Adam et tous ses imitateurs coupables.

La fille de Dieu Immaculée pareillement pour le relèvement d’Ève coupable.

Cette offre a été acceptée par leur Père. Pour ce sacrifice éminent, il y a un Sacrificateur et une Victime. Jésus, Fils de Dieu se met à la place d’Adam, se fait Adam coupable et par son sacrifice, obtient le pardon. Tous les sacrifices de l’Ancien Testament étaient une préparation de ce Sacrifice unique du Christ. En attendant la Victime parfaite promise.

On substituait des animaux ou des gâteaux de pain et de miel qui étaient comme des mini-sacrifices, des mimes du Sacrifice à venir. Ainsi, le sacrifice d’Isaac : Dieu arrête le bras d’Abraham et un bélier remplace l’enfant, car Dieu attend la Victime pure. Jésus, de par sa condition de Fils de Dieu est souverain Prêtre et Il s’offre à immoler une victime.

La Vierge Marie se dit répondante d’Ève et prête, par sa nature créée et sa féminité vouée à l’obéissance, à être immolée en victime par son divin Chef, le Verbe de Dieu. Elle accepte donc d’être la Victime ! Il est évident que l’oblation de la Vierge fut acceptée. Dieu ne pouvait lui refuser cela.

Mais son Fils Jésus-Christ décide de faire Lui-même, comme prêtre du Très-Haut, le sacrifice du sang exigé par la Justice divine intraitable, mais comme Victime aussi, Lui seul en étant capable. En effet, Jésus mettait ainsi dans la balance, pour le rachat d’Adam et de tous les hommes jusqu’à la fin du monde, l’infinité de sa nature divine. C’est donc le Christ qui est à la fois Prêtre et victime de son sacrifice.

Cependant, pour l’honneur, le mérite, la gloire éternelle et le bonheur de pareille satisfaction donnée au Père, Il accepte que sa Mère, l’Immaculée Fille de Dieu, en fût l’associée, la conjointe par sa présence, par son courage, par son martyre. Tandis que son Fils souffrirait passion cruelle et mort, un glaive de douleur lui percerait le cœur, l’associant à l’œuvre du salut du monde. Et quand le vieillard Siméon le lui annonce, le jour de la Présentation de l’Enfant-Jésus au Temple : « Et toi, un glaive de douleur te transpercera le cœur », Elle aurait pu dire : « Il y a longtemps que c’est accepté. »

Quand on croit à cette préexistence de la Vierge Marie, cette Passion prend une dimension cosmique : Elle savait depuis l’avant des jours, que viendrait cette heure effrayante dans sa vie, où Elle assisterait à la mort terrible de son Fils. Elle sait que le Père du Ciel, Lui-même pleure sur son Fils à ce moment-là et Il pleure aussi éternellement sur les pécheurs qui ne trouveront pas dans cet horrible drame le principe de leur conversion. C’est un mystère de charité, car il n’y aurait pas eu de pardon s’il n’y avait pas eu de rançon, c’est-à-dire de Rédempteur et de Corédemptrice qui est aussi notre Médiatrice et notre Auxiliatrice.  


(1) Pour un autre commentaire du Romancero de saint Jean de la Croix fait par notre Père, lire la retraite sur les poèmes mystiques de ce saint.