APOLOGÉTIQUE TOTALE

Introduction à l’apologétique

Premières définitions et situation

L’APOLOGÉTIQUE est la démonstration scientifique de la crédibilité objective de la religion chrétienne catholique, par preuves internes et externes (...). Parmi toutes les religions, sectes ou idéologies, l’Église catholique seule a toujours manifesté son plein accord avec la raison. Tant que la raison humaine réfléchit légitimement et ne sort pas de sa logique propre, elle est l’amie de la religion catholique ; celle-ci étant “ Révélation de Dieu ”, elle dépasse une “ raison ” avec laquelle cependant elle est et elle sera toujours en accord. Ce fut un des acquis du Concile Vatican I (Dei Filius) de le rappeler vigoureusement (...).

HISTOIRE DE L’APOLOGÉTIQUE

Les Juifs, tout au long de l’Ancien Testament, manifestent la vérité de leur Dieu, Yahweh, à la face des païens idolâtres. Yahweh qui veut dire JE SUIS est le seul Dieu vrai, le seul Dieu vivant, à preuve les miracles qu’il multiplie en faveur de son peuple (...).

Jésus remet les clés à saint PierreLes évangiles témoignent que le Christ, fils de Dieu fait homme a sans cesse donné des preuves de sa divinité, par miracles et accomplissement des prophéties ; les Apôtres à sa suite ont sans cesse voulu persuader les juifs puis les païens des origines divines de la doctrine chrétienne, ensuite les Pères de l’Église et les Docteurs de l’Église en ont sans cesse développé et approfondi les preuves scientifiques et historiques (...). En plus de ces critères de crédibilité, appropriés à l’intelligence de tous, le concile Vatican I (1870) insistera sur le « grand et perpétuel motif de crédibilité » qu’est l’Église catholique elle-même, considérée dans son histoire et dans son action, comme le témoignage irréfragable de sa mission divine : « signe levé parmi les nations » (...).

DE LA CRÉDIBILITÉ...

Cette réponse scientifique de la foi aux objections ou aux questions des incroyants peut prendre l’allure polémique d’une défense contre des attaques, ou bien celle plus irénique d’une proposition des titres de la foi catholique à être reçue par tout homme de bonne volonté comme étant la Vérité, la Beauté, le Bien total, le salut de l’humanité et la raison ultime, définitive de son existence terrestre (...). Le but de l’œuvre apologétique est double : démontrer à l’intelligence humaine que sa propre science et sa réflexion la plus haute atteignent des limites qu’elle ne saurait franchir, alors même qu’elle désire aller plus loin dans la connaissance de la réalité ; lui faire reconnaître ensuite que la foi catholique seule relaie précisément cette science et cette métaphysique, donnant des réponses admissibles, étonnantes, merveilleuses (...).

Mais une fois que vous aurez établi les préambules de la foi pour montrer que la philosophie et les sciences prouvent l’existence de Dieu, et que vous aurez démontré avec saint Thomas que la foi elle-même par des analogies nombreuses est toute en harmonieuses correspondances avec la sagesse et les aspirations humaines ; quand vous aurez ensuite mis votre auditoire ou votre interlocuteur devant le fait historiquement incontestable des miracles de l’Ancien et du Nouveau Testament, comme de ceux de l’Église, encore faut-il qu’il se mettre à croire...

Or, passer de la démonstration scientifique à la foi, c’est faire un bond au-delà des limites de la raison. Sous la pression de la crédibilité philosophique de la doctrine chrétienne et de la certitude historique de la Révélation, mon auditeur arrivera à penser que c’est croyable, quand même prouvé, mais il ne professera pas pour autant que Dieu est trois Personnes ni que Jésus-Christ est Fils de Dieu ; il ne remettra pas toute sa vie en question à cause de ce message qu’il verra être de Dieu, car il n’a pas encore la foi. Mais alors, qu’est-ce que la foi (...) ?

À L’ACTE DE FOI

Saint Thomas

Saint Thomas, suivi par saint Jean de la Croix et d’autres, nous enseigne que la foi est un acte de l’intelligence par lequel l’esprit, dépassant soudain toutes les premières démonstrations des preuves humaines, voit la vérité. Il dépasse les énoncés complexes ou conceptuels du Credo et touche la réalité même de Dieu.

L’acte de foi, c’est donc ce qui s’impose lorsqu’après avoir bien entendu prêcher (Fides ex auditu) sur les preuves de l’existence de Dieu, sur la réalité historique de la Révélation évangélique ou sur le miracle permanent de l’Église, on réalise soudain qu’on rencontre, qu’on touche Dieu : Il est là ! Comment se réalise ce toucher purement spirituel ? C’est mystérieux. Mais on ne peut pas, à mon avis, expliquer l’acte de foi, dans sa nouveauté radicale, sans parler d’existentialisme, c’est-à-dire de contact, analogue à celui des corps, mais il s’agit ici d’esprit à esprit, de Dieu avec l’âme.

L’âme qui s’est approchée de Dieu, par la recherche de la foi, tout à coup le touche. Elle le rencontre comme si Dieu était venu lui-même au-devant d’elle ; ce sont deux êtres qui se cherchaient et qui se trouvent. Le cœur bondit, car la foi s’accompagne nécessairement, dans son premier acte, dit saint Thomas, d’un acte d’amour. Nécessairement, pourquoi ? Parce que, dans cette sorte de toucher, il y a un message d’amour, une preuve, une attention d’amour de la part de Dieu pour l’âme, à quoi répond un amour plein de reconnaissance, d’effusion : « Je crois » (...).

Si l’apologétique doit se développer avec toute sa force, c’est précisément pour préparer cette rencontre. Tout ce que l’homme a compris du Credo, toute la science des choses de Dieu enseignée par l’apologète, saint Jean de la Croix nous apprend que cela développera dans son intelligence des lumières de vérité, de beauté, de bien, qui rendront la rencontre, le « baiser », d’autant plus ardent et intime (...).

L’APOLOGÉTIQUE POUR TOUS

Puisque les mystères révélés expliquent les réalités de la nature, et que celles-ci nous aident à appréhender les mystères de Dieu, le croyant jouira de voir que sa foi est raisonnable, en harmonie avec la nature humaine ; il comprendra et adorera d’autant mieux l’infinie perfection de l’intelligence de Dieu. Tout cela est d’une prodigieuse sagesse en partie démontrable et en partie mystérieuse, à la ressemblance de l’iceberg qui a une partie apparente et une partie immergée. La partie apparente, pour les gens qui connaissent le principe d’Archimède, permet d’envisager quel est le volume de la partie immergée. Le visible, si je l’étudie bien, me donne des renseignements sur l’invisible, et vis-versa. Donc, j’étudierai l’archéologie chrétienne, l’exégèse chrétienne, toutes les sciences ; je les aimerai parce qu’elles me parlent de Celui que j’aime, de ses volontés, de ce qu’il attend de nous. L’apologétique est un régal pour le croyant.

Le premier effet du discours apologétique sur l’incroyant, c’est de désarmer ses objections, voire son hostilité. Deuxièmement, cela le prépare à la foi. Il pourra se dire en lui-même : « C’est vraiment raisonnable, beau ; c’est vraiment ce que l’intelligence humaine a produit de supérieur, c’est vraiment une ligne directrice dans l’histoire de l’humanité, que je ne peux pas négliger. Et dire que je suis en dehors de tout cela ! » Alors, il pleurera et cherchera. Saint Augustin qui a connu ce passage de l’incroyance à la foi lui expliquera : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé. » Au même moment où tu me cherchais, déjà, moi, Dieu, je prenais possession de ton âme, j’attendais simplement que tu veuilles bien, comme la Sulamite du CANTIQUE DES CANTIQUES, t’éveiller.

L’APOLOGÉTIQUE AU TEMPS DE LA GRANDE APOSTASIE

La prédication de la foi chrétienne s’est toujours accompagnée d’une propédeutique ou argumentation rationnelle devant mettre en évidence les questions sans réponses, ou du moins légitimes, amenant à examiner les titres de la religion chrétienne à être embrassée, et cela concurremment avec une prédication exposant le mystère chrétien sans concession.

Or, aujourd’hui, il semble que l’apologétique soit révolue. On ne convertit plus personne (...). L’esprit moderne étant porté à refuser tout pouvoir intellectuel, toute démonstration de foi s’imposant à l’intelligence, les prédicateurs et théologiens libéraux en concluent que la démonstration apologétique ne vaut rien.

Il faut maintenir à temps et à contretemps, qu’aujourd’hui encore l’apologétique est une science et une pastorale irremplaçable, faute de quoi la foi s’évanouira pour devenir un libre sentiment ou une construction intellectuelle de valeur purement dialectique. Il faut chercher la raison ou les raisons de ce refus de toute apologétique, si hautes ou si basses soient-elles pour adapter notre présentation de la Vérité de foi et des vérités naturelles préalables, à notre auditoire.

Et enfin, toujours en arriver à démontrer que l’homme qui nous écoute peut et doit admirer combien la foi chrétienne catholique répond aux problèmes intellectuels et aux aspirations les plus hautes de notre temps, de notre milieu, de notre propre personne (...).

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la conférence du 1er octobre 1984