APOLOGÉTIQUE TOTALE

Orthodromie catholique

Vierge au mateau de Brea.

INTRODUCTION

QUE d’étapes parcourues tout au long de notre enquête scientifique sur le dessein de Dieu, chacune comportant un progrès décisif : JE SUIS ayant créé l’immense cosmos pour la terre, la terre pour la vie, la vie pour la donner à l’homme, et les hommes pour entrer en relation d’Alliance avec Lui. Tout a commencé ou plutôt a recommencé par un couple : Abraham et Sarah puis au terme d’une histoire mouvementée de leur descendance, on arrive cet aboutissement inouï, de nouveau un couple : la Vierge Marie, fille d’Abraham, mère de Dieu, car mère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu fait homme (...).

L’ŒUVRE DE DIEU EN MARCHE : L’ÉGLISE CATHOLIQUE

C’est la fin du jeu de cache-cache entre Dieu et l’humanité. Il s’en est progressivement approché puis finalement il est venu lui-même, par son Fils Jésus, pour être vu, touché par les hommes, et ainsi les sauver, leur donner sa lumière, sa force, sa grâce, sa vie (...). Le Christ a déclaré son amour en s’offrant en sacrifice sur la Croix, puis en ressuscitant le troisième jour, et en remontant aux Cieux auprès de son Père. Il montre ainsi à l’humanité le chemin qui conduit à la vie éternelle (...). C’est la BONNE NOUVELLE qu’Il ordonne aux APÔTRES de prêcher au monde entier (...). Le jour de la Pentecôte, L’ESPRIT SAINT envoyé sur les Apôtres se fait l’âme de l’assemblée apostolique, de l’Église, le “ moteur divin ” pourrait-on dire, de la réponse de l’homme à l’amour de Dieu. Depuis lors l’Esprit-Saint ne cesse d’animer L’ÉGLISE CATHOLIQUE afin qu’elle soit et demeure la fidèle ÉPOUSE DU CHRIST.

OBJECTION

L’Église, la société fondée par le Christ pour répandre et communiquer sa vérité et sa vie divines, est “ un seuil ”, un “ saut qualitatif ”, où l’on passe de l’humain au divin, du naturel au surnaturel. Cela doit être perçu dans la multitude des événements historiques, comme dans leur succession et dans leur orientation, leur ordination vers une fin qui se dévoilera donc en observant ces événements.

Objection. Cela étant, pourquoi l’Église a-t-elle connu et connait-elle encore tant de scandales, de désordres, de divisions ? Pourquoi est-elle si lente en son progrès, si humaine et si peu divine finalement ? Cette objection des incrédules et des rationalistes est partagée depuis le concile Vatican II par l’Église hiérarchique elle-même, en violente contradiction avec la Tradition.

Alors, l’Église est-elle « pécheresse » ou pire, « l’obstacle majeur de la foi » ? (cf. cardinal Ratzinger : La foi catholique, hier et aujourd’hui) ou bien est-elle selon l’enseignement dogmatique et infaillible du premier Concile du Vatican : « un miracle permanent, un signe levé parmi les nations » ? C’est cette démonstration de la présence tangible de Dieu dans l’histoire, réalisant par son Église des merveilles, qu’il faut rapidement évoquer.

LES QUATRE TEMPS DE L’ORTHODROMIE CATHOLIQUE

L’ÉGLISE CROYANTE

Dans un premier temps, l’Église a été l’Église de la foi. C’est l’Église du SYMBOLE DES APÔTRES, du CREDO, énoncé des événements historiques dont Notre-Seigneur a enseigné la portée spirituelle et la vérité, objet d’une révélation qui dépasse les capacités de la raison humaine. Les Apôtres enseigneront cette doctrine à leur tour au monde entier en se heurtant à deux puissances, celle du judaïsme qui a refusé le Christ et qui va les persécuter, et celle du paganisme. Aussi, cette petite “ secte ” juive, comme on appelait – déjà ! – la communauté primitive, aurait dû être écrasée. Contre toute attente, beaucoup de païens vont se convertir. La foi chrétienne a été transportée avec succès en climat païen grâce à SAINT PAUL.

Martyre de saint Ignace d’Antioche.

Le déclenchement des PERSÉCUTIONS en est le contrecoup : les chrétiens sont livrés aux bêtes, au glaive, mis en croix, déportés dans les mines de sel. LES MARTYRS témoignent vis-à-vis des païens, de la vérité de la religion chrétienne, mais ils témoignent aussi, vis-à-vis de Dieu, de la vérité de leur amour.

L’Église est habitée par une force divine. Loin d’être anéantie, elle ne cesse de progresser, pendant ces trois cents ans de persécutions, remontant des basses classes jusqu’à la maison de l’empereur. La conversion de Constantin et l’édit de Milan (313) marquent l’arrêt des persécutions. L’Église sort des catacombes et triomphe au grand jour. Et l’on constate alors que le meilleur de la population de l’Empire, toutes classes confondues, devient chrétien.

Vient le temps des CONFESSEURS DE LA FOI, c’est toujours l’Église de la foi, une Église militante qui lutte, non plus contre des ennemis de l’extérieur, mais contre ceux de l’intérieur qui travestissent l’enseignement de Jésus-Christ. Les grandes crises se succèdent : arianisme, nestorianisme, monophysisme, monothélisme, donatisme sont des théories séduisantes qui simplifient, rationalisent ou, au contraire, sentimentalisent, l’enseignement de l’Église pour se retourner contre l’orthodoxie. L’histoire de ces crises montre l’intelligence avec laquelle l’Église répond à toutes ces hérésies : jamais d’une façon humaine, rationaliste, mais en trouvant une expression cernant le mystère sans l’amoindrir. ARIUS prétend que Jésus est une créature adoptée par Dieu pour son Fils. Cette négation de la divinité du Christ nous ramène au “ monothéisme ” juif. L’Église précise d’un mot qui retient la foi : “ consubstantiel ” à son Père, Jésus-Christ ne forme avec lui qu’une seule substance. Comment cela est-il possible ? C’est le mystère de la Sainte Trinité. Mais le mot “ consubstantiel ” définit « le DOGME de la foi ».

Mille cinq cents ans après, on se rend compte que ces expressions dogmatiques ont permis la transmission de la Révélation dans son intégralité jusqu’à nous, sans appauvrissement. Et voici le fait remarquable : elles trouvaient un peuple fidèle qui adhérait avec un enthousiasme éclairé à l’orthodoxie, tandis que les hérésies dépérissaient sous le coup de la définition dogmatique. Cela aussi est l’œuvre du Saint-Esprit, force divine, sans laquelle l’Église se serait dissoute dans les hérésies du quatrième ou du cinquième siècle.

Le concile d’Éphèse a proclamé contre NESTORIUS que Marie était Mère de Dieu, et non pas seulement mère de l’homme Jésus, parce qu’on ne peut séparer en lui le divin de l’humain. Il y a “ communication des idiomes ” : Marie, Mère de Jésus, est Mère de Dieu, THÉOTOKOS. Le peuple d’Éphèse, et les marins égyptiens, venus pour la circonstance, l’acclamèrent sous ce vocable avec un enthousiasme populaire marqué d’une force divine manifeste. C’est ainsi que l’Église a défendu avec une virginité inviolable sa Vérité contre les erreurs, tout en endurant des persécutions. Un saint Athanase, un saint Hilaire et les autres champions de l’orthodoxie, en souffrirent d’effrayantes, sans cesser de construire cette cathédrale dogmatique où nous abritons encore notre foi. Évidemment, aucun peuple n’a jamais bâti pareil édifice religieux. Humainement, cette fidélité doctrinale est inexplicable. Dieu est là.

L’ÉGLISE ADORANTE.

Deuxième étape : l’Empire tombe en ruine à cause des vices de son paganisme intrinsèque. Le christianisme prend la relève au milieu des invasions barbares, grâce aux ÉVÊQUES DÉFENSEURS DES CITÉS.

Saint Remi baptise Clovis.
Saint Remi baptise Clovis.

Clovis est baptisé, inaugurant le mouvement de conversion des barbares qui donne naissance à L’ÉGLISE DE L’ADORATION, c’est-à-dire de la reconnaissance par toute la société, institutions comprises, de la souveraineté de Dieu. C’est l’instauration de la CHRÉTIENTÉ, invitant l’humanité tout entière, pour ainsi dire, à se soumettre peu à peu au culte du vrai Dieu.

Durant mille ans, l’Église va créer et soutenir cette merveille qu’est la civilisation chrétienne : pacification des barbares par la création et le soutien d’institutions politiques viables, moralisation de leurs mœurs par l’éducation chrétienne. La force brutale et le pouvoir temporel se trouvent soumis à la foi. L’Église catholique, épouse du Christ, dicte leurs devoirs envers Dieu aux princes et aux empereurs, et enseigne aux peuples l’obéissance à leurs autorités politiques. Tel fut le Moyen-Âge, où saint Bernard, par exemple, n’hésite pas à morigéner empereur ou pape dans la mesure où Dieu est mal servi.

Dieu était le souverain reconnu de tous. Il n’est d’humanisme que fondé sur ce “ MOYEN ÂGE ” chrétien, où l’ÉGLISE DE L’ADORATION est souveraine, soumettant toutes choses au Christ. C’est le royaume de Dieu instauré dès cette terre.

L’Église a brillé d’un éclat miraculeux à cette époque. On vit Abélard l’ouvrir à l’invasion de la philosophie païenne, et saint Bernard, mystique, se dresser contre lui. Pourquoi ? Parce qu’Abélard, c’était la raison naturelle qui réduisait tout le mystère de Dieu à une sorte d’humanisme. Et l’Église a condamné Abélard, heureusement !

Au siècle suivant, saint Thomas reprend les choses calmement, et ouvre les portes de l’Église à la philosophie grecque, mais en la disciplinant, en la soumettant à la révélation de Dieu et non l’inverse. Il en résulte, par la suite, un développement considérable, religieux, philosophique, scientifique, préparant ce qu’on appellera l’HUMANISME, aujourd’hui devenu la règle universelle de la science, de la philosophie, des mœurs du monde entier, fruit de mille ans de christianisme.

Survient LUTHER, qui se pose en redresseur de torts. Cet homme misérable, de sa seule autorité se met là en travers de cette autoroute, contre Rome, contre sa doctrine, contre les monastères, contre les autorités temporelles, contre cette civilisation incomparable ! Faisant prévaloir décadence et obscurantisme. C’est l’assaut du diable contre cette Église souveraine, au moment où elle était en passe de conquérir le monde.

La Chrétienté est déchirée par la révolte insensée des PROTESTANTS, que l’Église n’a pas réussi à dominer, tandis qu’elle a apprivoisé l’humanisme de la Renaissance. Au contraire, cette révolte va s’indurer et s’aggraver. Comment expliquer cela ? Par la mise à l’épreuve, voulue par Dieu, de L’ESPÉRANCE !

L’ÉGLISE DE L’ESPÉRANCE.

L’Église depuis lors, a dû poursuivre sa course sur une autoroute plus étroite, elle a maintenu le cap, soutenue par l’ESPÉRANCE, au sein d’un monde hostile et de plus en plus violent dressé contre elle.

La fondation de la FRANC-MAÇONNERIE et l’expansion des philosophies des Lumières sont autant de forces infernales déployées dans la Chrétienté elle-même. Des hommes de Satan se lèvent pour faire le procès de l’Église, martyriser ses saints, détruire les institutions politiques qu’elle a suscitées, et les œuvres qu’elle a fondées. La RÉVOLUTION FRANÇAISE renverse le trône pour atteindre l’autel. Révolution satanique dans son essence, et qui triomphe. Au moment où elle est à bout de souffle, il va se trouver un NAPOLÉON BONAPARTE pour la sauver. C’est la Révolution continuée, mais stabilisée par l’Empire, institutionnalisée par le code civil et qui va se répandre dans toute l’Europe. Notre monde moderne s’est ainsi constitué sur cette base révolutionnaire : “ LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ ”, DROITS DE L’HOMME. C’est une société antichrétienne, instaurée au centre même de notre Chrétienté.

Saint Pie X
Saint Pie X

Cependant, durant tout le XIXe siècle, l’Église continue sa route coûte que coûte, fidèle toujours, réagissant, débordant de sainteté et de générosité missionnaire, mais elle ne parvient pas à reconquérir ce qu’elle a perdu. Non seulement elle perd de plus en plus de terrain, mais le mal devient plus intérieur encore avec LAMENNAIS, ce prêtre étrange, aux diatribes de prophète, qui veut marier l’Église et la Révolution. Il est condamné par Grégoire XVI, mais ses idées se répandent. Condamnées de nouveau par Pie IX dans le SYLLABUS, elles renaissent, sous une apparence scientifique, avec le MODERNISME, et sous une forme politique avec le SILLON et la DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE. Saint Pie X les condamne. Mais tout continue en sous-main après sa mort, jusqu’au concile Vatican II où l’Église a déclaré officiellement s’ouvrir aux idées de la Révolution, se réconcilier avec les protestants, entamer le procès de l’Église des siècles, ne plus définir de dogmes...

Dieu abandonnerait-il son Église après mille cinq cents ans de sainteté, de progrès dogmatique, philosophique, scientifique, artistique ? Les hommes de Satan sont bien reconnaissables : Luther, Calvin, Henri VIII, la Révolution française ne sont pas de Dieu ! On sait où est Dieu, et l’Église continue, la sainteté fleurit, les martyrs versent leur sang.

Quelle explication alors ? Pourquoi Dieu ne fait-il pas triompher son Église ? Il n’aurait qu’à souffler sur tous ces maléfices pour les renvoyer au fin fond de l’enfer ! S’il ne le fait pas, il doit y avoir une raison (...). Elle est majeure : Il faut que les Écritures s’accomplissent, que se réalisent les paroles du Christ dans l’Évangile, et qu’advienne ce que saint Paul dans ses épîtres, et saint Jean dans l’Apocalypse annoncent : La grande apostasie.

Avant de connaître la dernière étape de l’histoire de l’Église, son épanouissement, sa gloire définitive, étape de l’AMOUR, de la parfaite manifestation de la gloire du Christ par toute la terre et par toutes les nations, où l’Évangile sera prêché à tous les hommes, où les juifs se convertiront, et il y aura un temps de paix, il est nécessaire que les hommes se rendent compte que, par eux-mêmes, ils ne sont capables de rien.

L’Église, Épouse du Christ, pour sa part, ne cesse d’avancer, qu’elle traverse des moments de crise ou d’épanouissement, toujours fidèle à son Seigneur. Mais quel prix aux yeux de Dieu aura donc la fidélité de son Épouse, dans ces derniers temps où tous le renieront et où, dans cette apostasie générale, elle paraîtra comme abandonnée même de Dieu. Ainsi, « l’Église vit une mort avec le Christ en attendant la résurrection », portant son ultime témoignage d’amour.

On comprend alors que Dieu ait voulu soutenir particulièrement cette espérance surnaturelle en nos derniers temps, pour nous encourager précisément à la fidélité, par les promesses du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial : « Je régnerai malgré mes ennemis. » et celle de Notre-Dame à Fatima : « À la fin mon Cœur Immaculé triomphera. »

L’ÉGLISE DE L’AMOUR : LE SEIGNEUR EST LÀ, IL T’APPELLE.

L’apologète suspend ici son discours, après avoir montré cette course droite, cette orthodromie qui, depuis le big-bang des origines nous mène à la Révélation de Jésus-Christ où Dieu déclare son amour, à la fondation de l’Église et au retour de toute la création à Dieu en Elle et par Elle, dans l’amour. Comme “ Abraham a vu son Jour et s’est réjoui ” (Jn 8, 56) avec trois mille ans d’avance, nous aussi nous voyons la venue du Verbe de Dieu dans ce monde et nous exultons (...).

« Car celui qui contemple tout ce qui est et ce qui doit être de notre univers, son horlogerie astronomique, son foisonnement biologique et sa chaotique histoire humaine, jusqu’aux hasards de l’individuelle existence quotidienne, en Dieu, s’éprend nécessairement d’un amour total de cette Volonté divine sur le monde, accompagné d’un désir véhément de la voir se réaliser et plus encore, de la décision d’y coopérer lui-même de toutes ses forces. » (G. de Nantes, La gloire cosmique du Christ, CRC n° 131, juillet 1978, p. 3) (...).

Alors, à l’âme qui a suivi cet exposé, l’apologète propose de conformer sa trajectoire personnelle à cette trajectoire de l’univers, de... “ suivre la musique et de prendre place dans ce mouvement de l’orthodromie divine, pour en être un élément vivant et non pas un cadavre gisant dans les bas-côtés, d’appartenir à ce royaume de Dieu, d’en être militant, en appartenant à ce grand CORPS MYSTIQUE qu’est l’Église, pour y lutter avec ses frères, et travailler avec eux pour l’honneur de Dieu, pour le salut de tous les hommes.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la conférence du 7 février 1985